LE TRÉSOR DÉDAIGNÉ
A peine avait-il achevé ce récit, que le vénérable compagnon de Bardouc pénètre dans le kiosque. Il le parcourt dans tous les sens, et, à force d'examiner toutes les fioles qui restent , il finit par en trouver une encore pleine et soigneusement bouchée : elle était dans l'endroit le plus obscur du cabinet, et, soit oubli, soit dédain, elle n'avait pas même été changée de place. Elle portait pour étiquette : Fiole de la vertu. « Ah! mon cher maître ! s'écrie le sage en bondissant de joie ; bois la liqueur contenue dans cette fiole, et tes malheurs seront finis. » Bardouc obéit. A peine a-t-il bu cette divine liqueur, plus douce que le nectar, plus parfumée que l'ambroisie, son cœur se remplit des plus pures et des plus sublimes émotions. L'avenir s'offre à ses yeux tout brillant d'une gloire et d'une félicité qui ne doivent jamais finir. Le souvenir de sa petite gazelle sort entièrement de sa pensée , et de grandes espérances remplissent son àme tout entière.