SCÈNE V
ALMANZINE, SOLIMAN, ALI.
SOLIMAN
Hé bien ? Almanzine , vous venez donc d'entretenir la fille d'Amulaki ?
ALMANZINE.
Oui , seigneur.
SOLIMAN
Air : Hélas ! ce^ut sa faute. n.*> 238. A-t-elle de vives douleurs ?
Sent-elle bien tous ses malheurs?
ALMANZINB.
Elle en est abattue.
SOLIMAN
Voas avez vu couler ses pleurs ?
J'en suis encore émue ,
Lonla , J'en suis encore émue.
SOLIMAN
Où est-elle ?
ALMANZINE.
Je viens de la faire entrer dans mon cabinet, pour la soustraire à vos regards.
SOLIMAN
Vous avez bien Hut. [A AIL) Ali, va la prendre, et la mène à l'endroit où sont les esclaves qui remplissent les derniers devoirs du sérail.
ALMANZINE, intriguée , à Ali , le retenant. Attendez, Ali. [A Soliman.) Ah ! seigneur, que voulez-vous faire ?
Air: Pourjfoire honneur à lanoce. n.** 5o. Par ce châtiment terrible Vous allez causer son trépas :
La pauvre eufant ne pourra pas Supporter un travail pénible j
Par ce châtiment terrible Vous allez causer si>n trépas.
SOLIMAN
Vous êtes trop bonne, Almanzine; vous êtes trop bonne , de vous intéresser pour elle. [A Ali-) Ali, qu'on m'obéisse....
ET AliMANZINE. 425
A LM A N zi N E , retenant encore AU.
Hé ! non, non, un moment. [A Soliman.) Elle me lait compassion. Songez qu'elle n'a point de pari au cri.me de son père.
Air : Çimnd je tîpns de ce j'is d^octobre. n.° 3. Laissez-lui voir votre clémence , Et marquez-moi votre amitié ^ Considérez son innocence , Ayez égard à ma pitié.
SOLIMAN
Qu'exigez-vous de moi?
ALMAJSiZiNE, à genoux.
Air : Si dcins Te mal qxii me possède, n." i5. Donnez sa grâce à ma prière , Je vous la demande à genoux.
SOLIMAN, la rele vant.
Chnre Almanzine, levez-vous.
Pour vous la donner plus entière.
Et prévenir votre désir, Je pardonne même au vizir.
{A Ali.) Ali, remène toi-même Alalide chez son père.
A L xVJ A N z I N E , à part , in teixlite . Fatal revers! [Haut.) Seigneur,... l'excès de
voire générosilé {A AU, V arrêtant par la
manche. )
SOLIMAN
Air ; Un de nns bergers T lutre îour, n." 469.
Oui jcher objet de mon ardeur, ( bis)
Je consens qu'en voiic faveur A son père on la rende.
426 ACHMET
AIvMANZINE.
Non, non; tous m'accordez, seigneur.
Plus que je ne demande.
SOLIMAN, surpris.
Comment?
ALMANZINE.
J'abuserois de vos bontés, et j^aurois bien de rimprudence d'exiger cela de vous. Je ne prétends point dérober un coupable à votre justice. \ ous avez sujet d'être irrité contre Amulaki. Il ne faut pas que sa faute demeure impunie.
ALI
Elle a raison.
SOLIMAN
Hé ! de quelle manière voulez-vous donc le
punir ?
ALMANZINE.
En retenant sa fdle auprès de moi pour quelque
temps seulement. Le chagrin qu'il aura de ne la
point voir, vous vengera bien de sa désobéissance.
SOLIMAN
Si cela vous fait plaisir, je consens qu'elle vous tienne compagnie.
( j4li se retire d'un air jnécontent. )
ALMANZINE.
Air : Je Vaime ^ je l'aime. n.''436. Atalide a de la douceur. (^t^)
Bien plus tendrement qu'une sœur
Je l'aime ,
Je l'aime.
ET ALMANZINE. 4^7
Elle paroît , seigneur , M'aimer de même.
SOLIMAN
A-la-bonne-henre. Mais elle se regardera toujours ici comme une esclave; et je crois qu'elle s'ennuyera bientôt avec vous.
AliMANZINE.
Air : J''ai>ois , Lisette , un billet doux, n.» 488. C'esl mon affaire , Et je pre'tends Fort bien lui faire Passer son temps.
Nous broderons , et nous ferons des nœuds , Pour voire usage :
Nous travaillerons toutes deux
Au même ouvrage. ( his)
SOLIMAN
Hé bien ! je viendrai quelquefois vous voir travailler l'une et Tautre.
Air : Cest le prince d'Orange, n." 470. Je me flatte d'avance D'être de votre écot.
ALMANZINE.
Oh ! je vous en dispense.
Vous y seriez (j'en crains la conséquence ) Vous y seriez de trop.
SOLIMAN
D'où vient donc?
ALMANZINE.
Vous oubliez déjà le serment que vous avez fait de ne jamais voir Atalide ?
428 ACHMET
SOLIMAN
Air: Diable zot. n." 285.
Pardonnez-moi, je m'en souviens :
Mais vos appas , belle Almanzine , ]Ne doivent pas craindre les siens.
Sa beauté, fùt-elle divine, Ne sauroit rompre mes liens.
ALMANZINE.
Ne m'en dites pas davantage.
Croyez-vous mon cœur assez sot ^ Pour se fier à ce langage ?
Diablezot !
Je n'exposerai point Atalide à vos regardsj «oniptez là-dessus.
SOLIMAN, riant.
Air: Talalerire. n.oy-j.
De quelle terreur occupée...
ALMANZINE, V interrompant.
Non , non, vous ne la verrez pas.
Je n'y serai point attrapée.
Dès que nous entendrons vos pas , Je prétends qu'elle se retire.
Talaleri, talalcri, talalerire.
SOLIMAN
Air : Sut les bords d'imej'ontainc. n." 471.
Ce transport jaloux m'enchante I
Je vois que je suis aimé , Ce plaisir , bcUe Almanzine , augmente La naissante ardeur dont je suis enflammé.
ET ALMANZINE. 42^