ACTE II, SCÈNE I
portia, s' an it nant.
Je pourrais aussi sermonner vingt personnes. Et raisonner en l'air ainsi que tu raisonnes Bien plus facilement que je n'accomplirais Le quart des beaux conseils que je débiterais. Un bon prédicateur va plus loin que la forme, Écoute son sermon lui-même et s'y conforme ; Si celui que. tu fais à tous les maux suffit. Redis-le toute seule, et fais-en ton profit.
NERISSA.
Mais je ne prétends pas que ma voix réussisse
A modérer l'effroi d'un si grand sacrifice
Que le vôtre ; il s'agit de chercher à loisir
Dans vingt maris charmants celui qu'on veut choisir.
PORTIA
Choisir! hélas! quel mot prononces-tu, cruelle? Il ajoute à ma peine une peine nouvelle. Je ne puis, ni choisir celui qui me plairait, Xi refuser la main qui me répugnerait.
Ai-je lieu d'être en joie?
XERISSA.
Eh ! cette loterie N'était donc pas, madame, une plaisanterie? J'avais pris pour un jeu votre usage exigeant; Un choix dans ces coffrets d'or, de plomb et d'argent.
PORTIA
Ce choix est sérieux. Au lit de mort, mon père,
Que, sans l'avoir connu, cependant je révère,
Fit ce bizarre vœu que j'observe aujourd'hui,
Et que je maudirais sans mon respect pour lui.
Ce palais, tous mes biens, mes trésors et mes terres,
Jusqu'à mes diamants, bijoux héréditaires,
Tout à des étrangers appartiendrait demain,
Si j'allais par mon choix disposer de ma main.
Ce vœu triste et fantasque au hasard me confie,
Et sur un coup me sauve ou bien me sacrifie.
Juge si les joueurs me sont intéressants,
Et si j'ai dû trembler de leurs jeux menaçants.
ICO LE .UAUUJAISD DE \EMSE.
NERISSA. .
Lequel des trois coffrets vous donne pour la vie?
PORTIA
Aucun ne l'a touché, mon àme en est ravie. Sur les deux autres seuls s'est exercé leur choix. Les voyant hésiter, j'ai pâli bien des fois; Mais je sais à présent que la boite qui reste Renferme mon portrait, l'acte et la loi funeste.
NERISSA.
Lorsqu'ils tiraient au sort, madame, votre cœur A-t-il toujours battu par crainte du vainqueur?
PORTIA
Hélas! toujours je tremble, et jamais je n'espère Aussitôt qu'il s'agit d'obéir à mon père; Car de ces prétendants nommes-en, s'il te plaît, Un seul qui soit séant seulement pour valet.
NERISSA.
C'est trop sévère aussi. Celui qui se ruine, Le comte Palatin, n' a-t-il pas bonne mine?
PORTIA
Non. Il a l'air boudeur, hautain, contrariant, Sans gaîté, sans plaisir aucun, même en riant.
NERISSA.
Et l'Anglais Falcombridge?
Il est sans savoir-vivre ; Le matin il s'ennuie, et le soir il s'enivre. Il m'influence avant plus qu'après ses repas, Car toujours il m'ennuie et ne m'enivre pas.
NERISSA.
Et don Pèdre?
PORTIA
Ah ! je hais cette figure brune, Ce manteau brun, ces airs d'amant au clair de lune, Ces propos rembrunis; et je le trouve plat Autant que sa guitare et son brun chocolat.
NERISSA.
Et le marquis français, madame, que l'on nomme D'Estrade?