ACTE II, SCÈNE I
PORTIA
Dieu l'a fait; qu'il passe pour un homme, J'y consens. Mais je crus, lorsqu'à Belmont il vint, Qu'en l'accueillant chez moi j'en avais reçu vingt, Tant il se multiplie, et s'agite, et rassemble Tous les traits de chacun dans un bizarre ensemble. Il se bat contre une ombre, il pleure, chante et rit, Changeant comme d'habits d'airs, de corps et d'esprit.
NERISSA.
Mais celui qui souvent pour vous voir se déguise
En gondolier sur mer, en moine dans l'église,
Et du pape Luigi, par son or attiré,
Acheta vingt ducats votre gant déchiré,
Ce beau Vénitien, qu'en pensez-vous, madame?
PORTIA
Sans partialité, sur les autres, mon âme Peut long-temps réfléchir, comparer, balancer: Sur celui-là j'ai peur de ne pouvoir penser.
NERISSA.
Il va tirer au sort.
PORTIA
Déjà!
NERISSA.
Vous étonnée!
L'heure précisément que vous aviez donnée Sonne, et c'est Bassanio qui va se hasarder.
PORTIA
Pour la première fois je voudrais retarder.