‹ [Œuvres]Chapitre 133 sur 402 · ACTE III, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IV

antomo, $' avançant près d f lui prenant

le bras.

Bassanio, mon ami. cessez de raisonner Avec ce juif, il n'a qu'un motif à donner. Vous pourriez aussi bien supplier la marée De retirer sa vague en nos ports égarée; Vous pourriez aussi bien interroger un loup, Lui demander pourquoi, sans tuer d'un seul coup La brebis, il la mord et tâche quelle bêle, Pour que l'agneau la suive et que leur sang se mêle... Vous pourriez... Mais comment trouver dans l'univers Quelque chose aussi dur. aussi noir et pervers Que son cœur? Cessez donc, et je vous en conjure, De le prier encor; c'est me faire une injure. Laissez-moi fermement, et comme il me convient, ■ Livrer moi-même au juif tout ce qui lui revient.

11 découvre son sein.

bassanio. au juif, a part.

Pour trois mille ducats, je t'en donne six mille. shylock, à Bassiano.

Tu peux serrer ta bourse, elle est bien inutile; Tes six mille ducats, chacun fût-il brisé, Et par le saint prophète en six parts divisé, Et chaque part fût-elle un ducat, peu m'importe, Moi , je veux recevoir ce que mon billet porte.

Comment esperes-tu miséricorde, ô toi Qui ne sais pas la faire?

SHYLOCK

Eh! qu'ai-je à craindre, moi, Au jour du jugement? fais-je mal à personne? Je ne m'emporte pas comme eux, moi, je raisonne. X'avez-vous pas ici, vous tous, dans vos palais, Des esclaves traités comme sont vos mulets. Vos ânes, vos chevaux;' Ces malheureux serviles, Les employez-vous pas aux choses les plus viles? Si je venais vous dire : Eh! pourquoi ces fardeaux De tant d'hommes courbés écrasent-ils le dos? Donnez-leur de bons lits, et que dans vos familles

Ils dînent en commun! qu'ils épousent vos filles! Vous me répondriez : Ces hommes sont à nous, Nous les avons payés. J'en dis autant à vous. — Ma livre de sa chair, je l'ai très-bien payée; J'exige qu'elle soit par vous-même octroyée,

Avec fureur, cris, emportement, en frappant sa canne.

Je la veux! Honte à vous! honte à vos faibles lois!

Si vous me refusez, je crirai sur les toits

Que l'on n'a plus d'honneur au sénat de Venise !

Aurai-je la justice, enfin, qui m'est promise?

L'aurai-je?

le doge, à la cour.

Mon pouvoir m'autorise, seigneurs, A renvoyer la cour jusqu'à des temps meilleurs; J'attends que, pour juger ce juif qui nous insulte, Arrive Bellario, savant jurisconsulte:

Je l'ai fait demander pour résoudre ceci.

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