‹ [Œuvres]Chapitre 135 sur 402 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

les précédents, NERISSA, déguisée en clerc d'avocat,

le doge, à Nerissa.

Vous venez de Padoue ?

NERISSA.

Oui, seigneur, et je quitte Bellario. J'ai pour vous un ordre, et m'en acquitte.

Elle remet ses lettres et parie bas au doge. Pendant ce temps, sur le devant de la scène, Shylock repasse son couteau sur le cuir de son soulier, en mettant un genou en terre.

bassanio, s' approchant pour V examiner.

Pourquoi donc d'aussi près aiguiser ton couteau?

SHYLOCK

Pour que de ce voleur il coupe mieux la peau.

GRATIAXO.

Juif, si tu veux qu'il ouvre une large blessure, Passe-le sur ton cœur et non sur ta chaussure: Car il n'est pas de pierre aussi dure que lui : Quelle instance pourrait te fléchir aujourd'hui?

shylock, continuant de repasser le couteau. Rien. Dans les oraisons que ton espèce invente, Tu ne pourras trouver prière assez fervente.

gratiaxo. le regardant à terre.

Sois damné dans l'enfer, inexorable juif! Et, si tu vis long-temps, que ce soit un motif Pour maudire les lois de te laisser la vie. D'abandonner ma foi je me sens presque envie En te voyant : je crois que pour changer de maux Les âmes dans nos corps viennent des animaux. Oui, la tienne (s'il faut qu'âme cela se nomme) Sort d'un vieux loup pendu pour le meurtre d'un homme, Et son esprit qu'en l'air une corde exhibait IS'est entré dans ton corps qu'échappé du gibet.

ïe>.

shylock s'interrompt un moment, rit et se remet

(l Ïnurr,l(j0.

Tant qu'au bas du billet reste la signature, Tes poumons seulement souffrent de cette injure. Si tu légares trop, tu perdras ton esprit, Jeune homme! Moi, j'attends; un écrit est écrit.

La lettre que voici, seigneurs, nous recommande Un jeune et savant juge.

XERISSA.

Oui. s'il faut qu'il attende Plus long-temps a Venise, il attendra.

le doge, à des juges.

Seigneurs, Qu'on aille le chercher; rendez-lui les honneurs Que nous eussions rendus à Bellario lui-même.

Plusieurs juges sortent avec Nerissa.

En attendant qu'il vienne, en ce moment extrême Je vous lirai la lettre :

« Votre altesse soit informée qu'à la réception de sa » lettre j'étais fort malade; mais qu'à l'instant où son » messager est arrivé , j'ai reçu la visite amicale d'un » jeune docteur de Rome, nommé Balthazar. Je l'ai mis » au fait du procès entre le juif et Antonio le marchand. » Nous avons feuilleté beaucoup de livres. Il est muni » de mon opinion, à laquelle se joint son savoir que l'on » ne peut trop vous vanter. Il va me remplacer, d'après » mes instances, auprès de votre grandeur. Que les an- » nées qui lui manquent ne lui otent rien de votre es- » time, car jamais je ne connus un esprit si mùr dans une » tète aussi jeune. Je vous supplie de l'accueillir avec )) bonté; vous connaîtrez son mérite à l'essai. »

Or, d'après ce, je crois Que ce jeune savant interprète des lois Doit être consulté. Son renom le devance : S'il est ici déjà, dites-lui qu'il s'avance.

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