‹ [Œuvres]Chapitre 137 sur 402 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

PORTIA

Cela ne doit pas être, et rien ne m'autorise A changer un seul mot clans les lois de Venise. De cet antécédent chacun se servirait Si l'état une fois détruisait un décret; Cela ne se peut pas.

Un Daniel ! un prophète !

Un Daniel jeune et sage! Ah ! justice m'est faite! C'est un Daniel !

PORTIA

Viens donc, approche et montre-moi Ton billet.

SHYLOCK

Le voilà! saint docteur de la loi, Très-révérend docteur.

Le triple des.ducats.

PORTIA

On t'offre, prends-y garde,

SHYLOCK

Malheur à qui hasarde Un serment dans le ciel, et sur le livre ment! Puis-je me rétracter? j'ai là-haut un serment.

PORTIA

Je dois donc déclarer que, d'après la lecture Du billet, le juif peut, suivant cette écriture, Satisfaire à sa clause, en pesant et tranchant Une livre de chair près du cœur du marchand. Mais, encore une fois, sois clément et retire Cette condition; dis-moi : Oui. — Je déchire Ton billet, et trois fois ton argent t*est payé.

SHYLOCK

Puisque par cette loi je me trouve étayé. Vous qui la connaissez et l'appliquez en homme Savant, judicieux, grave, expert, je vous somme De donner jugement, jurant que jamais rien Ne me fera brûler ce billet que je tien.

ANTONIO, s' avançant.

Je supplie instamment la cour qu'elle prononce.

portia. d Antonio.

Puisqu'il en est ainsi, voilà notre réponse : Préparez votre sein au couteau de ce juif.

shylock. rari de joie.

Oui. son sein! le billet est exact, positif; Son sein! tout près du cœur.

PORTIA

Doucement! tu t'élances Sans avoir tout prévu ; tu n'as pas tes balances.

shylock. vivement.

J'en ai là.

PORTIA

Mais il faut quelque chirurgien Qui soigne sa blessure, et qui pose un lien Pour arrêter le sang.

SHYLOCK

E-t-ce dans l'écriture Du billet?

PORTIA

Non, Shylock; mais une créature Semblable à vous a droit à votre charité.

SHYLOCK

Moi, je ne le crois pas, si cela n'est porté Dans le billet.

portia, à Antonio.

Marchand, qu'avez-vous à répondre?

ANTONIO

Rien, sinon que les maux que Venise a vus fondre Depuis deux jours sur moi m'ont à tout disposé ;

A Bassauio.

Je suis préparé. — Non, vous n'avez rien causé.

La fortune me traite avec moins d'amertume

Et de dérision que ce n'est sa coutume;

Car presque tous les jours on voit des malheureux

Survivant à leurs biens, fantômes aux yeux creux,

Qu'elle condamne à voir la vieillesse engourdie,

Avec la pauvreté, honteuse maladie,

Arriver tristement, remplaçant leurs beaux jours ;

Elle m'a délivré de ce mal pour toujours.

Vous parlerez de moi, vous, votre jeune femme

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