‹ [Œuvres]Chapitre 219 sur 402 · ACTE IV, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE I

ISABELLA

Ah! vous nie faites peur! Quel homme êtes-vous?

aussi méchant, j'en suis sûr, que ce vil Concini. concini.

Vous ne vous trompez guère, aussi méchant, en vérité. Et si bien, qu'il n'est pas sur de me désobéir. Borgia reçoit-il des billets ?

ISABELLA

Un seul ce matin. Un qui l'a fait sortir.

concini, lui prenant le bras avec violence.

Eh! comment ne saviez-vous pas ce que ce pouvait être, imprudente? Ah! pour une Italienne vous êtes bien peu jalouse!

ISABELLA

Je n'avais pas encore pensé à l'être.

CONCINI

Songez donc, songez à cela. Il est aux genoux d'une autre femme, il lui parle d'amour en la tutoyant.

ISABELLA

Hélas ! est-ce possible !

CONCINI

Et cette femme est charmante... Elle est imposante et superbe , elle a des yeux d'une grande beauté ; son esprit est plein de force, de grâce et de passion. isabella, chancelant.

Ah! voulez-vous me faire mourir?

CONCIM.

C'est un crime étrange que l'adultère. Je le trouvais bien léger tout à l'heure, et monstrueux à présent. Le parjure est vraiment la plaie de la société... Dire que ni vous ni moi ne pouvons les empêcher de s'aimer , quand nous les ferions mourir... Savez-vous bien qu'il se rit de vous dans ce moment? Voilà ce qui est affreux à penser.

ISABELLA

Oh! oui. Cela me semble inévitable.

CONCINI

Et soyez bien sure que , si l'un d'eux porte quelque anneau conjugal , quelque bijou précieux . quelque sisme d'un amour légitime, il en fait à l'autre le sacri-

fice en le (humant ou en le brisant à ses pieds. C'est presque toujours ainsi que cela se passe,

ISABELLA

Quoi! vous le croyez! Je pense bien qu'en effet il faut que cela soit ainsi. Soutenez-moi un peu, mes genoux sont bien fatigués.

conctni.

Si vous m'aidez, je vous vengerai.

ISABELLA

Comment? comment?

CONCINI

Sur tous les deux.

Sur elle surtout... Mais lui...

CONCINI

Eh bien! lui?

ISABELLA. tombant dans un fauteuil, évanouie. Ah! j'ai le cœur brisé... Vous m'avez tuée... Laissez-moi...

CONCINI

Voilà comme elles sont toutes et comme nous sommes tous... Quand elle venait à moi tout à l'heure, comme fascinée par l'enchantement de mes flatteries, aurais-je pu croire qu'une bagatelle la rendrait aussi pareille à une morte qu'elle l'était à une joyeuse enfant? Et moimême , quand je lui parlais d'amour , de volupté , de musique, par fantaisie, par désœuvrement, m'essayant de nouveau à mes folies de vingt ans, me trouvant peu coupable et riant de ma faute . je ne me croyais . ma foi, pas assez sot pour sentir un violent chagrin de ce qu'on me rend la pareille. On dirait que l'affliction est une chose matérielle. Je l'ai là, là, sur le cœur, comme une masse de plomb. Elle m'oppresse, elle m'étouffe. — Une idée certainement ne ferait pas tout ce mal , une idée que d'autres idées combattent et anéantissent... Ah ! cela me brûle. J'ai beau raisonner. Le raisonnement est un faux ami qui fait semblant de nous secourir et ne donne rien. — Quand je me répéterais mille fois : La maréchale d'Ancre ne te prive, par cette faiblesse, ni de tes grandeurs, ni de tes richesses, ni de

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