ACTE IV, SCÈNE II
tes plaisirs, ni même peut-être de son amour; n'importe! je perds pour toujours la confiance aveugle, qui est pour le sommeil de l'homme le plus doux oreiller ; je perds ce qu'on a de bonheur à rentrer chez soi et à s'asseoir, en souriant à sa famille. — On a beau se jouer de l'ordre ; c'e^t un jeu auquel on se blesse soimême. Ce plaisir fatal semble un hochet lorsqu'on attaque , c'est un poignard quand on est atteint. — Si Borgia rentrait en ce moment; s'il te voyait ainsi, jeune et simple femme, abattue par un mot, et moi frappé du même coup, serait-il orgueilleux de son triomphe ou honteux du mien? Lequel sent-on le mieux, du mal qu'on fait ou de celui que l'on reçoit? Ah! la perte est plus vivement sentie que la conquête. L'une donne plus de douleur que l'autre de volupté. (72 touche IsabeUa.) Elle est froide. Mais son cœur bat. Elle est évanouie... C'est un sommeil. Le sommeil est un oubli... Plus heureuse que moi. — Va, plus heureuse! Il est chez moi , et je demeure chez lui... Courons , j'ai le poignard de Florence pour l'homme de Corse... Plus d'incognito! je suis Concini , maréchal de France !
Il prend son manteau, et sort avec fureur, en enfonçant sur sa tête un chapeau à larges bords.