SCÈNE I
la duchesse. Vos deux familles le reçoivent ici avec un amour...
la duchesse, soupirant.
Oui, mais il n'est pas ici chez lui.... et cependant c'est la ce qu'on appelle le plus grand bonheur du monde, et tel qu'il est, on n'oserait pas le souhaiter à sa (ille.
Après un peu de rêverie.
Sa fille ! ce mot-là me fait trembler. Est-ce un état bien heureux que celui où l'on sent que si l'on était mère on en mourrait de honte, que l'insouciance et les ménagements du grand monde finiraient la tout à coup, et se changeraient en mépris et en froideur, que les femmes qui pardonnent à l'amante fermeraient leur porte à la mère, et que tous ceux qui me passent l'oubli d'un mari ne me passeraient pas l'oubli de son nom , car ce n'est qu'un nom qu'il faut respecter, et ce nom vous tient enchaînée , ce nom est suspendu sur votre tète, comme une épée ! Que celui qu'il représente soit pour vous tout ou rien, nous avons ce nom écrit sur le collier, et au bas : j'appartiens.
ROSETTE
Mais, madame, serait-on si méchant pour vous.' Madame est si généralement aimée !
LA DUCHESSE
Quand on ne serait pas méchant, je me ferais justice à moi-même et une justice bien sévère, croyez-moi. — Je n'oserais yas seulement lever les yeux devant ma mère, et même, je crois, sur moi seule.
ROSETTE
Bon Dieu! madame m'effraie.
LA DUCHESSE
Assez. Nous parlons trop de cela, mademoiselle, et je ne sais pas comme nous y sommes venues. Je ne suis pas une héroïne de roman , je ne me tuerais pas , mais certes j'irais me jeter pour la vie dans un couvent.