‹ [Œuvres]Chapitre 358 sur 402 · C1IAM · texte numérisé non relu

C1IAM

Sur la neige des monts, couronne des hameaux . L'Espagnol a blessé l'aigle des Asturies, Dont le vol menaçait ses blanches bergeries . Hérissé, l'oiseau part et fait pleuvoir le sang, Monte aussi vite au ciel que l'éclair en descend , Regarde son Soleil , d'un bec ouvert l'aspire, Croit reprendre la vie au flamboyant empire; Dans un fluide d'or il nage puissamment , Kt parmi les rayons se balance un moment : Mais l'homme l'a frappé d'une atteinte trop sure ; Il sent le plomb chasseur fondre dans sa blessure ; Son aile se dépouille , et son royal manteau Vole comme un duvet qu'arrache le couteau. Dépossédé des airs , son poids le précipite ; Dans la neige du mont il s'enfonce et palpite . Et la glace terrestre a d'un pesant sommeil Fermé cet œil puissant respecté du Soleil.

Tel retrouvant ses maux au fond de sa mémoire, L'Ange maudit pencha sa chevelure noire, Et se dit , pénétré d'un chagrin infernal :

— Triste amour du péché! sombres désirs du mal !

De l'orgueil, du savoir gigantesques pensées! » Comment ai-je connu vos ardeurs insensées?

Maudit soit le moment où j'ai mesuré Dieu !

Simplicité du cœur! a qui j'ai dit adieu , » Je tremble devant toi, mais pourtant je fadore;

Je suis moins criminel puisque je t'aime encore;

Mais dans mon s,ein flétri tu ne reviendras pas ! » Loin de ce que j'étais , quoi ! j'ai fait tant de pas !

Et de moi-même à moi si grande est la distance » Que je ne comprends plus ce que dit l'innocence; - Je souffre, et mon esprit par le mal abattu

Ne peut plus remonter jusqu'à tant de vertu.

; Qu'ète>-\<'Us devenus, jours de paix, jours célestes!

> Quand j'allais, h- premiei de Ces Ange> modestes,

» Prier à deux genoux devant l'antique loi,

Et ne pensais jamais au «Ida de la foi? » L'éternité pour moi s'ouvrait comme une iète; « Et des fleurs dans mes mains, des «ayons sur ma tête, a Je souriais, j'étais... J'aurais peut-être aimé! »

Le Tentateur lui-même était presque charmé, Il avait oublié son art et sa victime, Et son cœur un moment se reposa du crime. Il répétait tout bas, et le front dans ses mains . Si je vous connaissais, ô larmes des humains!

Ah! si dans ce moment la Vierge eût pu l'entendre, Si la céleste main qu'elle eut osé lui tendre

;>à ÉLOA.

L'eût saisi repentant, docile à remonter...

Qui sait? le mal peut-être eût cessé d'exister.

Mais sitôt qu'elle vit sur sa tête pensive

De l'Enfer décelé la douleur convulsive,

Étonnée et tremblante, elle éleva ses yeux ,

Plus forte elle parut se souvenir des Cieux ,

Et souleva deux fois ses ailes argentées,

Entr'ouvrant pour gémir ses lèvres enchantées;

Ainsi qu'un jeune enfant, s'attachant aux roseaux

Tente de faibles cris étouffés sous les eaux

Il la vit prête à tuir vers les cieux de lumière

Comme un tigre éveillé bondit dans la poussière

Aussitôt en lui-même , et plus fort désormais ,

Retrouvant cet esprit qui ne lléchit jamais ,

Ce noir esprit du mal qu'irrite l'innocence

Il rougit d'avoir pu douter de sa puissance,

Il rétablit la paix sur son front radieux ,

Rallume tout à coup l'audace de ses yeux ,

Et long-temps en silence il regarde et contemple

La victime du Ciel qu'il destine à son temple;

Comme pour lui montrer qu'elle résiste en vain,

Et s'endurcir lui-même à ce regard divin.

Sans amour, sans remords, au tond d'un cœur de gla<

Des coups qu'il va porter il médite la pian-,

r.HWi ni.

Lt pareil au guerrier qui, tranquille à dessein.

Dans les défauts du fer cherche à frappa le

Il compose ses traits sur les désirs de l'Ange .

Son air, sa voix, son geste et son maintien, tout cham

Sans venir dt- son cœor, des pleurs fallacieux

Paraissent tout a coup sur le bord de se> yeux.

La Vierge dans le ciel n'avait pas vu de larmes

Lt s'arrête; un soupir augmente se> alarmes

11 pleure amèrement comme un homme e\ik

Comme une veuve auprès de son tils immolé;

Ses cheveux dénoués sont épais; rien n'arrête

Les sanglot- de son sein qui soulèvent sa tête

Éloa vient et pleure; ils se parlent ainsi

Que vous ai-je donc fait? Qu'avez- vous.' me voici.

— Tu cherches à me fuir, et pour toujours peut-être Combien tu me punis de m 'être fait connaître!

— J'aimerais mieux rester; mais le Seigneui m'attend le \tu\ parlei pour vous "meut il nous entend

— Il ne peut rien sur moi, jamais mon sort ne change, El toi seule es le Dieu qui peut sauver un Ange.

— Que puis-je faire ? hélas ! dites, faut-il rester;'

— Oui, descenoS jusqu'à moi , car je ne puis monter. —Mais quel don voulez- vous? — Le plus beau, c'est nous-même> Viens. — M'exiler du Ciel ? — Qu'importe , si tu m'aimes ' Touche ma main Bientôt dans un mépris égal

Se confondront pour nous et le bien et le mal. Tu n'as jamais compris ce qu'on trouve de charmes A présenter son sein pour y cacher des larmes. Viens, il est un bonheur que moi seul t'apprendrai; Tu m'ouvriras ton âme , et je l'y répandrai. Comme l'aube et la lune au couchant reposée Confondent leurs rayons , ou comme la rosée Dans une perle seule unit deux de ses pleurs Pour s'empreindre du baume exhalé par les fleurs, Comme un double flambeau réunit ses deux flammi .Non moins étroitement nous unirons nos âmes. -Je t'aime et je descends Mais (pie diront les Cieux

En ce moment passa dans l'air, loin de leurs yeux, Un <le> < éleste> chœurs, ou, parmi les louanges, On entendit ces mots qne répétaienl do Anges : «. Gloire dans l'Univers, dans les temps, à celui » Qui s'immole à jamais pour le salut d'autrui. » Les eieux semblaient parler. C'en était trop pour elle

Deux fois encor levant sa paupière infidèle , Promenant des regards encore irrésolus, Elle chercha ses Cieux qu'elle ne voyait plus

Des Alises au Chaos allaient puiser des mondes Passant avec terreui dans ses plaines profondes, Tandis qu'ils remplissaient les messages de Dieu IN uni tous mi toinbei un nuage de feu

EfcOA.

lies plaintes de douleur, des réponses (ruelles, se mêlaient dans la flamme au battement des ailes

Où me conduisez-vous, bel Ange? — Viens toujours.

— Que votre voix est triste , et quel sombre discours ! N'est-ce pas Éloa qui soulève ta chaîne?

J'ai cru t'avoir sauvé. — Non , c'est moi qui t'entraîne.

— Si nous sommes unis, peu m'importe en quel lieu ! Nomme-moi donc encore ou ta Sœur ou ton Dieu !

— J'enlève mon esclave et je tiens ma victime.

— Tu paraissais si bon! Oh! qu'ai-je fait? — Un crime

— Seras-tu plus heureux, du moins, es-tu content?

— Plus triste que jamais. — Qui donc es-tu? — Satan.

i.i rit en \ai.i, «lun» li

Page 1