‹ [Œuvres]Chapitre 359 sur 402 · MYSTERE · texte numérisé non relu

MYSTERE

<cr.i-t-il dit que vous fassiez mourir le josle avec Ip méchanl ?

La Terre était riante et dans sa fleur première : Le jour avait eneor cette même lumière Qui du Ciel embelli couronna les hauteurs Quand Dieu la fit tombei <le ses <i« >i-f - créateui

Rien n'avait dans *a tonne altéré la nature, Et des monts réguliers l'immense architecture S'élevait jusqu'aux Cieux par ses degrés égaux , Sans que rien de leur chaîne eût brisé les anneaux. La forêt , plus féconde , ombrageait , sous ses dômes Des plaines et des fleurs les gracieux royaumes , Et des fleuves aux mers le cours était réglé Dans un ordre parfait qui n'était pas troublé. Jamais un voyageur n'aurait, sous le feuillage, Rencontré, loin des flots, l'émail du coquillage , Et la perle habitait son palais de cristal : Chaque trésor restait dans l'élément natal , Sans enfreindre jamais la céleste défense ; Et la heauté du Monde attestait son enfance ; Tout suivait sa loi douce et son premier penchant . Tout était pur encor. Mais l'homme était méchant

Les peuples déjà vieux, les races déjà mines, Avaienl \u jusqu'au fond des .sciences obscures;

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Les mortels savaient tout, et tout les affligeait;

Le prince était sans joie ainsi que le sujet;

Trente religions avaient ou buis prophètes,

Leurs martyrs, leurs combats, leurs gloires, leurs défaites

Leur temps d'indifférence et leur siècle d'oubli ;

Chaque peuple à -on tour dans l'ombre enseveli,

Chantait langnissamment ses grandeurs effacées .

La Mort régnait déjà dans les âmes glacées :

Même plus haut que l'homme atteignaient ses malheurs;

D'autres êtres cherchaient ses plaisirs et ses pleurs

Souvent, fruit inconnu d'un orgueilleux mélange,

Au sein d'une mortelle on vit le fds de l'Ange *.

Le crime universel s'élevait jusqu'aux Cieux.

Dieu s'attrista lui-même et détourna les veux.

Et cependant, un jour, au sommet solitaire Du mont sacré d'Arar, le plus haut de la Terre,

" Les enfants «le Dieu , voyant que les li Iles des hommes étaient belles prirent pour femmes celles qui leur avaient plu

Gen . < hap. VI, v. 2

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Apparut une vierge et près d'elle un pasteur

Ions deux nés dans les champs, loin d'un peuple impostem

Leur langage était doux, leurs mains étaient unies

Comme au jour fortuné des unions bénies;

ll> semblaient, en passant sur ces monts inconnu>.

Retourner vers le ciel dont ils étaient venus;

Lt, sans l'air de douleur, signe que Dieu nous Laisse

Rien n'eût de leur nature indiqué la faiblesse ,

Tant les traits primitifs et leur simple beauté

Avaient sur leur visage empreint de majesté.

Quand du mont orageux ils touchèrent la cime, La campagne à leurs pieds s'ouvrit comme nu abtme C'était l'heure où la nuit laisse le ciel au joui l.<js constellations pâlissaient tour à tour; Et , jetant à la Terre un regard triste encore , Cornaient vers l'Orient se perdre dans l'aurore , Comme si pour toujours elles quittaient les yeux Qui lisaient leur destin sur elles dans les d'eux

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! e Soleil , dévoilant sa figure agrandie,

s'éleva sur les bois comme un vaste incendie;

Et la Terre aussitôt, s'agitant longuement.

Salua son retour par un gémissement.

Réunis sur le> monts, d'immobiles nuages

Semblaient y préparer l'arsenal des orages;

Et sur leurs fronts noircis qui partageaient les Cieu\

Luisait incessamment réclair silencieux.

Tous les oiseaux, poussés par quelque instinct funesfc

s'unissaient dans leur vol en un cercle céleste;

Comme des exiles qui se plaignent entre eux ,

ll> [toussaient dans ie> air.- de longs cris douloureux

La Terre cependant montrait ses ligne> sombres Au jour pâle et sanglant qui faisait fuir les ombres; Mais si l'homme y passait , on ne pouvait le voir : Chaque cité semblait comme un point vague et noii Tant le mont s'élevait a des uautenrs immenses ! El de- fleuves lointains les faibles apparences

nli LE DELUGE.

Ressemblaient au dessin par le vent efiai •<■ Que le doigt d'un enfant sur le sable a tracé.

Ce fut là que deux voix , dans le désert perdues, Dans les hauteurs de l'air avec peine entendues , Osèrent un moment prononcer tour à tour Ce dernier entretien d'innocence et d'amour :

— Comme la Terre est belle en sa rondeur immense La vois-tu qui s'étend jusqu'où le Ciel commence? La vois-tu s'embellir de toutes ses couleurs ? Respire un jour encor le parfum de ses fleurs, Que le vent matinal apporte à nos montagnes. On dirait aujourd'hui que les vastes campagnes Elèvent leur encens, étalent leur beauté, Pom toucher, s'il se peut, le Seigneur irrité.

Mais les vapeurs du Ciel, comme de noirs l'antôin Amènent tous ces bruits, ces lugubres symptômes Qui devaient, sans manquer au moment attendu, Annoncer l'agonie à l'Univers perdu.

Viens, tandis que l'horreur partout nous environne, Et qu'une vaste nuit lentement nous couronne, Viens, ô ma bien-aimée ! et fermant tes beaux yeux , Qu'épouvante l'aspect du désordre des Cieux , Sur mon sein , sous mes bras repose encor ta tête , Comme l'oiseau qui dort au sein de la tempête ; Je te dirai l'instant où le Ciel sourira, Et durant le péril ma voix te parlera. »

La vierge sur son cœurpencba sa tète blonde. l'n bruit régnait au loin, pareil au bruit de l'onde Mais tout était paisible et tout donnait dan- l'air ; Rien ne semblait vivant, rien, excepté réclair

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