‹ [Œuvres]Chapitre 366 sur 402 · DANS LE GOUT DE THEOCRITE · texte numérisé non relu

DANS LE GOUT DE THEOCRITE

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Honorons d'à boni la Terre, qui, la première entre

les Dieux, rendit ici les oracles

J'adore aussi les Nymphes.

ESCUYLE.

Vois-tu ce vieux tronc d'arbre aux immenses racines:

Jadis il s'anima de paroles divines;

Mais par les noirs hivers le chêne fut vaincu ,

Et la Dryade aussi , comme l'arbre a vécu

( Car, tu le sais, berger, ces Déesses fragiles,

Envieuses des jeux et des danses agiles,

soii^ l'écorced'nn bois on les fixa le sort, Reçoivent a\ec lui la naissance et la mort). Celle dont la présence enflamma ces bocages , Répondait aux pasteurs du sein des verts feuillage^ Et, par des bruits secrets, mélodieux et sourds, Donnait le prix du chant, ou jugeait les amours. Bathyl le aux blonds cheveux, Ménalqueaux noire» tresses In jour lui racontaient leurs rivales tendresses. L'on parait son front blanc de myrte et de lotus: L'autre, ses cheveux bruns de pampres revêtus, Olfrait à la Dryade une coupe d'argile; Et les roseaux chantants enchaînés par Bathylle, Ainsi que le dieu Pan renseignait aux mortels, s'agitaient, suspendus aux verdoyants autels J'entendis leur prière, et de leur simple histoire Les Muses et le temps m'ont laisse la mémoire.

■ERALQUE.

0 Déesse propice! écoute, écoute-moi!

Les Faunes . les Sylvains dansent autour de toi Quand Bacchus a reçu leur bruyant sacrifice; Ombrage mes amours, 6 Déesse propice:

i.a Di'.um:. 107

Dryade du vieux chêne, écoute mes aveux ! Les vierges, le matin , dénouant leurs cheveux, Quand du brûlant amour la saison est prochaine. T'adorent; je t'adore, ô Dryade du chêne:

HÉNALQDE.

Que Liber protecteur, père des longs festins , Entoure de ses dons tes champêtres destins, Et qu'en écharpe d'or la vigne tortueuse Serpente autour de toi , fraîche et voluptueuse.

Que Vénus te protège et t'épargne ses maux , Qu'elle anime, au printemps, tes superbes rameaux Et si de quelque amour, pour nous mystérieuse, Le charme te liait à quelque jeune yeuse, Que ses bras délicats et ses feuillages verts A tes bras amoureux se mêlent dans les ah s.

Il Wl.nlT

ida : j'adore Ida , la légère bacchante : Ses cheveux noirs, mêlés de grappes et d'acanthe Sur le tigre, attaché par une griffe d'or, Roulent abandonnés; sa bouche rit encor En chantant Évoë; sa démarche chancelle ; Ses pieds nus, ses genoux que la robe décèle. S'élancent, et son œil, de feux, étincelant , Brille comme Phébus ><>u> le signe brûlant.

r.^TiiYi.u:

C'est toi que je préfère, ô toi, vierge nouvelle,

Que l'heure du matin à nos désirs révèle :

Quand la lune au front pur, reine des nuits h

Verse au gazon bleuâtre un regard argent»' ,

Elle est moins belle encor que ta paupière blonde ,

Qu'un rayon chaste et doux sons «son long voile inonde

NI NALQUE

Si le fier léopard, que les jeunes Sylvain-. Attachent rugissant au chai du Dieu des vins, Voit amener au loin l'inquiète tigresse Que les Faunes, troublés par la joyeuse ivresse, N'ont pas su dérober à ses regards brûlants, Il s'arrête, il s'agite, et de ses cris roulants Les bois sont ébranlés; de sa gueule béante . L'écume coule en flots sur une langue ardente; Furieux, il bondit, il brise ses liens, Et le collier d'ivoire et les jougs phrygiens Il part; et, dans les champs qu'écrasent ses caresses, Prodigue à ses amours de fougueuses tendresses. Ainsi, quand tu descends des cimes de nos bois, ' Ida ! lorsque j'entends ta voix, ta jeune voix , Annoncer par des chants la fête bacchanale , Je laisse les troupeaux, la bêche matinale, Et la vigne et la gerbe où mes jours sont liés : Je pars, je cours, je tombe et je brûle à tes pieds.

Quand la vive hirondelle est enlin révrillée . Elle sort de l'étang, eneor tonte mouillée, Et , se montrant au jour avec un cri joyeux , An charme d'un beau ciel , craintive, ouvre les yen* Puis, sur le pâle saule, avec lenteur voltige. Interroge avec soin le bouton et la tige; Et sûre du pi intemps , alors, et de l'amour, Par des cris triomphants célèbre leur retour. Elle chante sa joie aux rochers , aux campagnes , Et , du fond des roseaux excitant ses compagnes : Venez! dit-elle; allons! paraissez, il est temps! Car voici la chaleur, et voici le printemps. Ainsi , quand je te vois , ô modeste hergère ! Fouler de tes pieds nus la riante fougère , J'appelle autour de moi les pâtres nonchalants A quitter le gazon, selon mes vieux, trop lent- Et crie , en te suivant dans ta course rehelle : Venez! oh! venez voir comme Glycèreest belle'

la nr.ï ADi 111

MKY\L»»l I

I ii jour, jour de Baccbus, loin des jeux égaré,

Seule je la surpris au fond du bois sacré :

Le soleil et les vents, dans ces bocages sombres,

Des feuilles sur ses traits faisaient flotter les ombres;

Lascive, elle dormait sur le thyrse brisé;

Une molle sueur, sur son front épuisé ,

Brillait comme la perle en gouttes transparentes ,

Et ses mains, autour d'elle, et sous le lin errantes,

Toucbant la coupe vide, et >on sein tour à tour,

Redemandaient encore et Baccbus et l'Amour.

Je vous adjure ici , Nymphes de la Sicile ,

Dont les doigts, sous des fleurs, guident Tonde docile.

Vous recules ses dons, alors que sons nos bois ,

Rougissante, elle vint pour la première fois

Ses bras blancs soutenaient sui sa tête inclinée

L'amphore , œuvre divine an\ létes destinée,

Qu'emplit la molle poire, et le raisin doré, Et la pèche au duvet de pourpre coloré : Des pasteurs empressés l'attention jalouse L'entourait, murmurant le nom sacré d'épouse Mais en vain : nul regard ne flatta leur ardeur; Elle fut toute aux Dieux et toute à la pudeur.

Ici je vis rouler la coupe aux (lancs d'argile, Le chêne ému tremblait , la flûte de Bathylle Brilla d'un feu divin; la Dryade un moment, Joyeuse, fit entendre un doux frémissement, Doux comme les échos dont la voix incertaine Murmure la chanson d'une flûte lointaine.

Ecrit en 1815

A PICHALD,

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