DOLORIDA
Ses coups y réveillaient la douleur de l'absence Et la lampe luttait ; sa llannne sans puissance Décroissait inégale , et semblait un mourant Qui sur la vie encor jette un regard errant. A ses veux fatigues tout se montre plus sombre Le crucifix penché semble agiter son ombre ; Un grand froid la saisit ; mais les fortes douleurs Ignorent les sanglots , les soupirs et les pleurs : Elle reste immobile , et , sous un air paisible, Mord, d'une dent jalouse, une main insensible.
Que le silence est long ! Mais on entend des pas ; La porte s'ouvre, il entre : elle ne tremble pas! Llle ne tremble pas, a sa pale ligure Qui de Quelque malheur semble traîner l'augure; Elle voit sans effroi son jeune époux, si beau, Man lier jusqu'à son lit comme on marche au tombeau. Sous les plis du manteau se courbe sa faiblesse ;
ti.
126 DOLORIOA.
M <'nie sa longue épée est un poids qui le blesse. Tombé sur ses genoux, il parle à demi-voix :
— « Je viens te dire adieu; je me meurs, tu le vois , Dolorida , je meurs ! une flamme inconnue , Errante, est de mon sang jusqu'au cœur parvenue. Mes pieds sont froids et lourds , mon œil est obscurci ; Je suis tombé trois fois en revenant ici . Mais je voulais te voir ; mais quand l'ardente fièvre Par des frissons brûlants a fait trembler ma lèvre, Jai dit : Je vais mourir; que la fin de mes jours Lui fasse au moins savoir qu'absent j'aimais toujours Alors je suis parti ne demandant qu'une berne Et qu'un peu de soutien pour trouver ta demeure Je me sens plus vivant à genoux devant toi.
Pourquoi mourir ici, quand vous viviez sans moi?