DOLORIDA. T
— O cœur inexorable! oui, tu lus offensée;
Mais écoute mon souffle, et sens ma main glacée;
Viens toucher sur mon front cette froide sueur ,
Du trépas dans mes yeux vois la terne lueur.
Donne , oh ! donne une main ; dis mon nom. Fais entendre
Quelque mot consolant, sil ne peut être tendre
Des jours qui m'étaient dus je n'ai pas la moitié ;
Laisse en aller mon âme en rêvant ta pitié !
Hélas! devant la mort montre un peu d'indulgence!
La mort n'est que la mort, et n'est pas la vengeance
— O Dieux ! si jeune en coi ! tout son cœur endurci !
Qu'il t'a fallu souffrir pour devenir ainsi !
Tout mon crime est empreint au fond de ton langage .
Faible amie, et ta force horrible est mon ouvrage.
Mais viens, écoute-moi , viens, je mérite et veux
Que ton âme apaisée entende mes aveux.
Je jure, et tu le vois , en expirant , ma bouche
Jure devant ce Christ qui domine ta combe
Et si par leur faiblesse il< n'étaient pas liés
ï-26 DOLOR1DA.
Je lèverais nies bras jusqu'au sang de ses pieds ;
Je jure que jamais mon amour égarée
M'oublia loin de toi ton image adorée ;
L'infidélité même était pleine de toi ,
Je te voyais partout entre ma faute et moi ;
Et sur un autre cœur mon cœur rêvait tes charmes
Plus touchante par mon crime et plus beaux par tes larmes
Se luit par ces plaisirs qui durent peu de temps,
Je fus bien criminel ; mais, hélas! j'ai vingt ans.
— T'a-t-elle vu pâlir ce soir dans tes souffrances
— J'ai vu son désespoir passer tes espérances. Oui, sois beureuse, elle a sa part dans nos douleurs; Quand j'ai crié ton nom , elle a versé des pleurs; Car je ne sais quel mal circule dans mes veines; Mais je t'appelais seule avec des plaintes vaines, J'ai cru d'abord mourir et n'avoir pas le temps D'appeler ton pardon sur mes derniers instants. Oh! parle ; mon cœur fuit; quitte ce dur langage;