LE MALHEUR
Suivi du Suicide impie, A travers les pâles cités, Le Malheur rôde, il nous épie Près de nos seuils épouvantés
Alors il demande sa proie ; La jeunesse, au sein de la joie,
L'entend, soupire et se flétrit ;
Comme au temps où la feuille tombe
Le vieillard descend dans la tombe,
Privé du feu qui le nourrit
133 LE MALHE1 R.
Où fuir? Sur le seuil de ma porte
Le Malheur, un jour, s'est assis; Et depuis ce jour je l'emporte A travers mes jours obscurcis.
Au soleil, et dans les ténèbres, En tous lieux ses ailes funèbres Me couvrent comme un noir manteau De mes douleurs ses bras avides M'enlacent; et ses mains livides Sur mon cœur tiennent le couteau.
J'ai jeté ma vie an\ délices, Je souris à la volupté ; Et les insensés, mes complice^ .
Admirent ma félicité.
Moi-même, crédule à ma joio, J'enivre mon cœur, je me noie Aux torrents d'un riant orgueil :
Mais le Malheur devant ma face A passé : le rire s'efface , Et mon front a repris son deuil
LE MALHF.T R.
En vain je redemande aux !•■ Leurs premiers éblouissements,
l>e mon cœur les molles défaites Et les vagues enchantements
Le spectre se mêle à la dan
Retombant avec la cadence ,
Il tache le sol de ses pleurs ,
Et de mes yeux trompant l'attente .
Passe sa tète dégoûtante
Parmi des fronts ornés de fleurs
Il me parle dans le silence, Et mes nuits entendent sa voi\ ; Dans les arbres il se balance Quand je cherche la paix des bois.
Pir> de mon oreille il soupire; On dirait qu'un mortel expire :
Mon cœur se serre épouvanté.
Vers les astres mon œil se lève , Mais il y voit pendre le glaive De l'antique fatalité.