LE MALHEUR
Sot mes mains ma tête penchée
Croit trouver l'innocent sommeil.
Mais , hélas ! elle m'est cachée Sa fleur au calice vermeil.
Pour toujours elle m'est ravie La douce absence de la vie ; Ce bain qui rafraîchit les jours , Cette mort de l'âme affligée , Chaque nuit à tous partagée, Le sommeil m'a fui pour ton juin
Ah ! puisqu'une éternelle veille Brûle mes yeux toujours ouverts , Viens, ô Gloire! ai-je dit; réveille Ma sombre vie au bruit des vers.
Fais qu'au moins mon pied périssable Laisse une empreinte sur le sable.
La Gloire a dit : « Fils de douleur, b Où veux-tu que je te conduise?
» Tremble; si je t'immortalise, » J'immortalise le Malheur. »