III
Quel plaisir d'aller si vite .
Et de voir son pavillon , Loin des terres qu'il évite, Tracer un noble sillon :
Au large on voit mieux le monde Et sa tête énorme et ronde Qui se balance et qui grondf Comme éprouvant un affront , Parce que l'homme se joue De sa force , et que la proue , Ainsi qu'âne lourde roue , Fend sa route sur son front
Quel plaisir! et quel spectacle Que l'élément triste et froid Ouvert ainsi sans obstacle Par un bois de ( bêne étroit !
Sur la plaine humide et sombre , La nuit, reluisaient dans l'ombre Des insectes en grand nombre , De merveilleux vermisseaux.
Troupe brillante et frivole, Comme un feu follet qui vole , Ornant chaque banderole El chaque mât des vaisseaux.
LA SEB1E1 SK. 207
ht surtout LA SÉHIFl SE Était belle nuit et jour:
La mer, douce et curieuse , La portait avec amour, Comme un vieux lion abaisse Sa longue crinière épaisse Et , sans l'agiter, y laisse Se jouer le lionceau ; Comme sur sa tête agile Une femme tient l'argile, Ou le jonc souple et fragili- D'un mystérieux berceau.
Moi, de sa poupe hautaine Je ne m'absentais jamais , Car, étant son capitaine, Comme un enfant je l'aimais .
J'aurais moins aimé peut-être L'enfant que j'aurais vu naître; De son cœur on n'est pas maître.
Moi , je suis un vrai marin , Ma naissance est un mystère , Sans famille, et solitaire, Je ne connais pas la terre, Et la vois avec chagrin.