‹ [Œuvres]Chapitre 51 sur 402 · AGO · texte numérisé non relu

AGO

Qu'à ce fléau jamais ne soient soumis, Je t'en conjure, ô ciel , les cœurs de mes amis!

OTHELLO

Que veut dire ceci? me croirais-tu l'envie

D'user dans les soupçons ma pensée et ma vie,

Et de suivre les pas d'une femme, inconstans

Comme les pas légers de la lune et du temps?

Non ! Le doute pour moi vaudrait la certitude.

Si jamais je m'attache à cette vile étude

De chimères d'enfant, de rêves d'écolier.

Je livre mes deux bras à qui veut les lier.

Je ne serai jamais mécontent qu'on m'apprenne

Que ma femme aime encor ce que son âge entraîne,

La danse et les concerts, le monde et sa gaîté,

Qu'elle aime les bijoux, parle avec liberté,

Que des grâces du chant sa voix est le modèle...

Où règne la vertu, tout est pur autour d'elle.

Je ne veux même pas qu'un secret sentiment

De ce que mon aspect donne d'éloignement

M'intimide et me cause aucune inquiétude :

De mes traits africains elle avait l'habitude,

Peut-être en me plaignant elle m'en aima mieux.

Enfin c'est au grand jour que m'ont choisi ses yeux.

Non ! je veux voir avant de me livrer au doute :

Lorsque j'aurai douté, je veux, quoi qu'il m'en coûte,

La preuve; et si je l'ai, des l'instant, sans retour,

Meure ma jalousie, ou meure mon amour.

Eh bien! je suis ravi de vous trouver si sage :

Car si j'avais reçu pour vous quelque message

D'un ami dévoué propre à vous avertir,

Je l'aurais refusé; mais j'y peux consentir.

Vous saurez tout bientôt. En attendant cette heure,

Écoutez mon avis. Fermez votre demeure

A double clef, veillez sur votre femme ici;

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