ONZIEME
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Ainsi, quand l'aigle du tonnerre Enlevait Ganymède aux cieux, L'enfant, s'attacliant à la terre.
Luttait contre l'oiseau des dieux;
Mais entre ses serres rapides L'aigle, pressant ses flancs timides, L'arrachait aux champs paternels , Et, sourd à la voix qui l'implore.
Il le jetait , tremblant encore , Jusques aux pieds des immortels.
Ainsi , quand tu fonds sur mon anie , Enthousiasme, aigle vainqueur, Au bruit de tes ailes de flannne Je frémis d'une sainte horreur ; Je me débats sous ta puissance , Je fuis, je crains que ta présence N'anéantisse un cœur mortel.
Comme un feu que la foudre allume, Qui ne s'éteint plus, et consume Le bûcher, le temple et l'autel.
Mais à l'essor de la pensée Ij'instinct des sens s'oppose en vain : Sous le dieu mon ame oppressée Bondit, s'élance, et bat mon sein.
La foudre en mes veines circii.e :
Etonné du feu qui me brûle, Je l'irrite en le combatlaul ,
Et la lave tle mon génie Déborde en torrens d'hannonic, Et me consume en s'échappant.
Muse, contemple ta victime!
Ce n'est plus ce front inspiré, Ce n'est plus ce regard sublime Qui lançait un rayon sacré :
Sous ta dévorante influence, A peine un reste d'existence A ma jeunesse est échappé.
Mon front , que la pâleur efface , Ne conserve plus que la trace De la foudre qui m'a frappé.
Heureux le poëte insensible !
Son luth n'est point baigné dé pleurs ;
Son enthousiasme paisible
N'a point ces tragiques fureurs.
De sa veine féconde et pure
Coulent avec nombre et mesure
Des ruisseaux de lait et de miel ;
Et ce pusillanime Icare,
Trahi par l'aile de Piiidare,
Ne retombe jamais du ciel.
Qo MEDIÏATIONS
Mais nous, pour embraser les âmes,
Il faut brûler, il faut ravir
Au ciel jaloux ses triples flaiiimos.
Pour tout peindre, il faut tout sentir.
Foyers brûlans de la lumière,
Nos cœurs de la nature entière
Doivent concentrer les rayons ;
Et l'on accuse notre vie !
Mais ce flambeau qu'on nous envie
S'allume au feu des passions.
Non, jamais un sein pacifique
N'enfanta ces divins él^ns,
Ni ce désordre sympathique
Qui soumet le monde à nos chants.
Non, non, quand l'Apollon d'Homère,
Pour lancer ses traits sur la terre.
Descendait des sommets d'Eryx,
Volant aux rives infernales,
11 trempait ses armes fatales
Dans les eaux bouillantes du Styx.
Descendez de l'auguste cime Qu'indignent de lâches transpoits !
Ce n'est que d'un luth magnanime
Que partent les divins accords.
Le cœur des enfans de la lyre Ressemble au marbre qui soupire Sur le sépulcre de Memnon :
Pour lui donner la voix et l'ame, Il faut que de sa chaste flamme L'œil du jour lui lance un rayon.
Et tu veux qu'éveillant encore Des feux sous la cendre couverts , Mon reste d'ame s'évapore En accens perdus dans les airs !
La gloire est le rêve d'une ombre ; Elle a trop retranché le nombre Des jours qu'elle devait charmer.
Tu veux que je lui sacrifie Ce dernier souffle de ma vie !
Je veux le garder pour aimer.
^^p^^^ni — -