PAR L'ACADEMIE DE MAÇON
classes contre classes; de là ces dénominations perfides que le sophisme jette à l'ignorance, cette classification fausse et arbitraire d'oisifs et de travailleurs : connue si la loi naturelle et universelle du travail avait fait une exception pour tel ou tel rang de la société ! comme si tout n'était pas travail , conserver comme acquérir; comme si le travail de l'esprit et le produit de la pensée n'étaient pas le travail par excellence! le plus élevé, le plus utile, le plus pénible et le moins rétribué des travaux humains ! De là encore ces doctrines de lois agraires, de promiscuité des biens et des personnes; doctrines comminatoires, je le sais, qui n'ont pas sans doute un péril réel, car ce qui est impossible n'est jamais dangereux, mais doctrines qui peuvent fausser plus ou moins la raison publique, semer la discorde et le trouble dans le corps social, qui ne vit que de concours et d'harmonie; doctrines enfin qui, si elles ne sont pas un péril, sont au moins un avertissement, une plainte sourde de quelque chose qui souffre et qui n'a pas sa place dans les conditions générales d'une civilisation bien faite.
Cet avertissement doit être entendu par l'homme d'État comme par le philanthrope; Ihomme poli-
tique doit regarder en bas comme l'homme religieux. Là sont les plus grandes plaies, les plus vives souffrances , les plus dangereuses maladies physiques et morales de l'humanité. L'égoïsme étroit, cette seconde nature de l'homme arrivé au repos par la civilisation , doit faire un retour sur soi-même et s'élargir par intérêt , si ce n'est pas par s^Tupathie et par charité; il doit se dire que les lumières et les jouissances de la civilisation , auxquelles il est arrivé le premier, appartiennent proportionnellement à tous, selon la loi non écrite; que ces membres négligés de la famille humaine doivent recevoir de la providence sociale les mêmes soins, le même amour, la même éducation morale; qu'en améliorant l'état physique et intellectuel du dernier des hommes, c'est notre état physique et moral que nous améliorons à nous-mêmes et à nos enfans ; qu'il ne peut exister dans le corps social ni un vice, ni une misère, ni une injustice qui ne réagisse sur l'ensemble ; car l'humanité est une , et nulle partie n'en peut être négligée ou viciée, sans que l'humanité tout entière ne souffre et ne languisse. Voilà , Messieurs , les hauts motifs d'humanité, de politique et de religion qui me semblent devoir attirer sur cette question l'attention immédiate des coi'ps
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littéraires ou des corps politiques, des hommes d'État ou des philosophes.
Cette question n'est pas insoluble : plusieurs exemples l'attestent. Je n'en citerai que deux : l'un , loin de nous, les Indes orientales; l'autre, sous nos yeux, Genève. Là, des populations essentiellement manufacturières ont trouvé le moyen de concilier, avec un immense développement industriel, la conservation d'une instruction élémentaire, de l'esprit de famille, de l'esprit naturel, de la religiop et des mœurs. Ce problème cependant était difficile à résoudre; car, par une loi que nous entrevoyons, mais que nous ne pouvons fornmler encore , plus le travail rapproche 1 homme de la terre, objet de son travail primitif, plus le travail s'applique à satisfaire à des besoins de première et indispensable nécessité, plus il moralise l'homme qui s'y livre : plus, au contraire, le travail s'éloigne de cet objet primordial, plus il s'attache à créer et à rouvrir les besoins de luxe et de caprice; plus l'homme qui s'y adonne a de tendance à la perte des saines habitudes et à l'altération des mœurs. C'est là une de ces lois profondes et mystérieuses, que l'observateur doit présenter au philo-