A M. REBOUL
A nÎ*MES.
Le souffle inspirateur qui fait de l'ame humaine Un instrument mélodieux:,
3i4 HARMONIES POÉTIQUES
Dédaigne des palais la pompe souveraine : Que sont la pourpre et l'or à qui descend à peine Des palais rayonnans des cieux?
Il s'abat au hasard sur l'arbre solitaire
Sur la cabane des pasteurs, Sous le chaume indigent des pauvres de la terre, Et couve en souriant un glorieux mystère
Dans un berceau mouille de pleurs !
C'est Homère endormi , qu'une esclave sans maître
Réchauffe de son seul amour; C'est un enfant chassé de l'ombre de son hêtre, Qui pleure les chevreaux que ses pas menaient paître ,
Et qui sera Virgile un jour!
C'est Moïse flottant dans un berceau fragile
Sur l'onde , au hasard des courans , Que l'éclair du Sina visite entre cent mille Pendant qu'il fend le marbre ou qu'il pétrit l'argile Pour la tombe de ses tyrans!
ET RELIGIEUSES. 3i5
Ainsi l'instinct cache dans la nature entière
Mûrit pour l'immortalité La perle au fond des mers, l'or au sein de la pierre, Le diamant dans l'ombre oii languit sa lumière,
La gloire dans l'obscurité !
La gloire, oiseau divin, phénix né de lui-même,
Qui vient tous les cent ans, nouveau.
Se poser sur la terre et sur un nom qu'il aime. Et qu'on y voit mourir ainsi que son emblème, Mais dont nul ne sait le berceau !
Ne t'étonne donc pas qu'un ange d'harmonie
Vienne d'en haut te réveiller, Souviens-toi de Jacob ! Les songes du génie Descendent sur des fronts qui n'ont dans l'insomnie
Qu'une pierre pour oreiller !
Moi-même, plein des biens dont l'opulence abonde.
Que j'échangerais volontiers Cet or dont la fortune avec dédain m'inonde
3i6 HARMONIES POÉTIQUES.
Pour une heure du temps où je n'avais au monde Que ma vigne et que mes figuiers !
Pour ces songes divins qui chantaient dans mon ame,
Et que nul or ne peut payer, Pendant que le soleil baissait , et que la flamme Que ma mère allumait ainsi qu'une humble femme
Eclairait son étroit foyer!
Et qu'assis autour d'elle à la table de hêtre
Que nous préparait son amour, Nous rendions grâce à Dieu de ce repas champêtre , Riche des simples fruits que le champ faisait naître,
Et d'un pain qui suffît au jour!