I. CoUot d'Herbois. (Note de l'Éditeur
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punir tous ces crimes, de laver la tache faite au nom français, et quiconque appréhenderait que de pareilles troupes fussent propres seulement à ajouter une nouvelle preuve an chapitre de Montaigne, que couardise est compagne de la cruauté.
D'autres disent qu'il ne faut pas révéler ces turpitudes, de peur d'offrir au reste des troupes un exemple contagieux : comme si on pouvait tenir secrètes les actions d'une armée! De plus, l'exemple du crime n'est contagieux que lorsqu'il n'est pas accompagné de l'exemple du châtiment; et alors il ne faut attendre de la guerre que honte et que revers. Et comment la voix publique pourrait-elle demander justice de ces horribles fureurs , si on parvenait à les lui cacher ! Ainsi les uns nous trahissent par méchanceté; les autres, par des craintes pusillanimes. Les hommes du lomars sont mécontens du ministère: ils le renvoient. En un jour, leurs parens, leurs amis, occupent un grand nombre de places lucratives ; et voilà enfin un ministère patriote. Mais ce ministère, que fait-il? Il commence par nous précipiter dans une guerre qu'on pouvait éviter. S'est-il du moins assuré les moyens de la bien faire ? Comme les ministres de Louis XIV , il a l'extravagante prétention de diriger des armées du fond de son cabinet. Ses premiers plans n'ont d'autre base que la prétendue certitude que les troupes allemandes
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déserteront en foule à notre approche, et que les villes se rendront sans coup férir : comme si des soldats français devaient fonder l'espérance de leur victoire sur la lâcheté de l'ennemi! Les pre- , miers revers, en montrant combien ces espérances étaient futiles, font rougir ceux qui ne rougissent des choses que quand elles n'ont pas réussi. Des millions sont accordés pour des dépenses secrètes; et ces dépenses sont si secrètes qu'il est impossible de concevoir à quoi ces millions ont été employés: car nous ne sommes instruits, ni des projets, ni des marches, ni des dispositions, ni du nombre de nos ennemis , qu'après les évènemens. Nos ennemis, au contraire, connaissent d'avance tout ce que nous méditons. On dit que c'est le conseil secret, que c'est la Reine, qui nous trahissent ainsi: cela doit être, car les mille et un clubs où nos soldats et nos officiers, quelquefois aussi nos généraux, vont chercher des lumières^ discuter les plans et les opérations d'un siège, d'une campagne, et rendre compte de l'état de nos villes, de nos armées, sont trop discrets pour que leurs augustes délibérations laissent rien transpirer au dehors; et ils sont composés d'hommes trop sûrs pour qu'on puisse croire que nos ennemis aient parmi eux des amis.
Une armée française, après une marche longue et rapide, est oubliée, avec une insouciance inexplicable , dans un dénuement complet de plu-
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sieurs choses nécessaires; et cette circonstance, jointe à beaucoup d'autres, et à des torrens de calomnies vomies dans les clubs contre le général qui la commande, ne suffit pas pour soupçonner les enfans des clubs d'avoir indignement sacrifié l'intérêt et la gloire de la Patrie à des rivalités et à des vengeances, et d'avoir cru qu'on pouvait abandonner à la Fortune un général qu'elle a toujours assez favorisé, et qui a trop bien mérité de la Liberté pour n'être pas haï de ceux qui n'ont vu dans la révolution qu'un moyen de n'être plus obscurs, ni pauvres. Un autre ministre, quand le Midi est en feu, propose d'en retirer les troupes de ligne. Un autre écrit à l'Assemblée nationale qu'elle apprendra sans doute avec plaisir la fuite des assassins d'Avignon, de ces monstres dont le supplice, trop attendu, pourrait seul apaiser les cris de la Justice et de l'Humanité, si horriblement outragées, et réparer un peu l'honneur national , si avili par l'ignominieuse impunité de tant de forfaits. Ces infâmes ont pris la fuite; ils se sont dérobés à des châtimens qui ne pouvaient qu'être doux , comparés à l'énormité de leurs crimes. Ils ont été chercher quelque autre recoin de la France où ils puissent brûler, égorger, violer, et boire du sang humain plus tranquillement. Et voilà ce dont le ministre de la justice exhorte l'Assemblée à se réjouir! Or, maintenant, que faut-
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il croire? Les Décemvirs de la Gironde ont- ils livré un ministère à un homme assez inepte et assez borné pour écrire sérieusement une absurdité pareille? ou cette lettre à l'Assemblée n'estélle qu'une insolente dérision?
Sur tout cela, et sur toutes les conséquences qu'entraînent de tels discours et une telle conduite, les grands scrutateurs des prévarications ministérielles, les hommes du lo mars, ne disent rien; mais, pour qu'on ne soit point frappé de leur silence , et pour que l'attention publique n'ait pas le tems d'examiner les actions ou l'inaction de leurs protégés , il faut l'occuper à d'autres objets; et, alors, tous les grands mots, tous les grands moyens sont mis en œuvre. Des conspirations! des trames! des contre-révolutions! Un comité , vendu à l'Autriche , creuse sourdement notre ruine ; il est découvert : deux ex-ministres sont à la tête de la conjuration ^ Les preuves les plus évidentes sont annoncées , sont promises solennellement. Tous les bons citoyens attendent avec impatience et avec effroi; tous appellent la loi sur les coupables ; le grand jour arrive : l'importance de la matière fait que l'Assemblée nationale surmonte la fatigue et l'ennui d'écouter jusqu'au bout deux im-
I. Montmorin, ex -ministre des affaires étrangères, et Bertrand, ex-ministre de la marine. (Note de l'Éditeur.)
M li LANCES. Ah
ineiisos discours', où, à travers des volumes de citations lroM([uées, d'interprétations et de rapprocheniens faux et perfides , d'assertions appuyées sur des assertions, d'injures et de grossiers sophisrnes, on tombe enfin dans celte admirable conclusion que, «puisqu'on a démontré l'existence « d'un comité autrichien et la complicité des deux «accusés, il faut ouvrir un tronc pour toutes les «délations secrètes et anonymes, afin que l'exi- «stence d'un comité autrichien et la complicité « des deux accusés soient démontrées. » Voilà quels sont les cinq ou six hommes qui commercent entre eux de la vie, de l'honneur, de la tranquillité des citoyens! Voilà quelle morale, voilà quelle logique gouverne le pays qui a vu naître l'Hôpital, Bayle, Montesquieu!
Je ne puis rien ajouter à l'excellent écrit publié il y a peu de jours dans ce journal*, et où l'incroyable série de déraisonnemens, de mensonges et d'atrocités qui composent les discours des deux accusateurs est si nettement analysée avec toute l'éloquence et le dédain qu'inspiraient les hommes et les choses; mais je veux observer que ces discours, si méprisés, ont pu cependant n'être pas écoutés sans quelque fruit. Les deux