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Ces deux discours sont de Guadet et de Brissot

2. Cet écrit, signé J. B. A. S., est intitulé : Observations sur le Comité autrichien et les Dénonciateurs. Voyez le supplément au Journal de Paris du 27 mai 1792. [Notes de l'Editeur.)

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orateurs se sont réunis à dire que les deux exministres ne sont pas moins coupables que M. Delessart; et, dans cet aveu, ils ont donné une grande leçon à l'Assemblée nationale et à tous les hommes capables de réfléchir. Ils leur ont bien montré la vérité de cette maxime, qu'une chute toujours attire une autre chute; ils ont bien dévoilé cet art des ambitieux intrigans qui savent que, pour conduire les hommes à son gré, il faut d'abord en obtenir un premier pas éclatant, et qui paraisse les engager à un certain genre de démarche; que la confiance qu'on obtient dans une occasion est comme les arrhes d'une égale confiance pour des occasions pareilles; et qu'il est facile d'intéresser l'amour-propre à soutenir une action par d'autres actions semblables.

Est-ce tout? Non : on s'était couché tranquille; on se réveille en alarme. Qu'y a-t-il donc eu de nouveau pendant la nuit? Dix Suisses ont pris, dit-on, la cocarde blanche. Sont-ils arrêtés? oui. Des gardes du Roi, ivres, ont tenu quelques mauvais propos. Ces évènemens sont-ils donc la véritable cause de tant d'inquiétudes, et de tout cet étalage de crainte, d'activité et de force, qui est le signal des extrêmes périls? Chacun, ignorant où est précisément le nouveau danger, le cherche dans ses préjugés , dans ses haines , dans ses ouï-dires : l'un prétend qu'il faut changer de dynastie ; l'autre ne veut plus que les Lois soient

soumises à la sanction royale. Le peu de faibles barrières qui semblent s'opposer encore au parti dominant sont menacées. On propose d'interrompre tout le cours ordinaire des choses, et de confier une magistrature universelle et dictatoriale à des hommes dont la nullité artificieuse peut s'élever quelquefois jusqu'à une cruauté niaise, et qu'on a eu soin de faire passer pour vertueux, parce qu'on leur a reconnu une soumission parfaite aux volontés du parti qui daigne les employer : car, aux yeux d'un parti, il n'existe pas d'autre vertu. Partout la terreur, la défiance, la dissimulation, le silence, l'espionnage, en un mot, tous les symptômes de la tyrannie et tous ceux de la servitude. Qui peut nier que nous ne soyons trahis! Et des hommes qui pensent, parlent, agissent ainsi, accusent ceux qui les méprisent de vouloir avilir l'Assemblée nationale ! Des hommes qui, chaque jour, emploient toutes les violences et tous les outrages pour réduire au silence leurs collègues courageux , révoltés contre leur oppression, crient qu'on avilit l'Assemblée nationale! Des hommes qui attentent à la liberté des individus par des lettres faussement écrites au nom d'un comité; des hommes qui, dans l'Assemblée nationale , se déclarent les auteurs de diffamations dont ils avouent n'avoir point de preuves, et se vantent de communiquer ce qu'ils savent et ce qu'ils ne savent pas à des folliculaires à qui il

ne manque aucun genre d'infamie; des hommes qui, à force d'effronterie, de mensonges et de tumulte, contraignent le Corps législatif à épouser leurs querelles privées, et à devenir le cham- .pion et le vengeur de ces folliculaires, leurs amis; des hommes qui aveuglent la loi au point de l'armer contre elle-même , en dirigeant son glaive sur la tète d'un juge de paix intrépide' qui n'a fait qu'exécuter la loi : ces hommes-là se plaignent qu'on avilit l'Assemblée nationale! Les Patriotes de club, réunis aux héros de Coblentz, pour se réjouir de ces évènemens, accusent ceux qui s'en affligent de vouloir avilir l'Assemblée nationale;

I. Le vendredi i8 mai 1792, les deux ex-ministres Bertrand et Montmorin, dont il est question plus haut, se présentèrent devant M. Larivière , juge de paix de la section d'Henri IV; et se plaignirent que, dans un journal, rédigé par un nommé Carra , et intitulé : Annales politiques et littéraires, ils étaient accusés de faire partie d'un comité autrichien , conspirant contre la tranquillité de la France. Interpellé par le juge de paix, le journaliste déclara tenir ce fait des députés Merlin , Bazire et Chabot. M. Larivière crut alors devoir décerner un mandat d'amener contre les trois députés, qui obéirent, mais dénoncèrent le lendemain à l'Assemblée la conduite du juge de paix comme attentatoire à la dignité des Représentans de la Nation. — Voyez, dans le Moniteur du 22 mai de la même année, le Discours ad hoc du député Guadet, et les numéros suivans , où cette affaire est longuement et vivement débattue. — M. Larivière fut décrété d'accusation sur le rapport de Guadet, et emprisonné à Orléans avec les malheureux qui furent impitoyablement égorgés à Versailles, le 9 septembre 1792. [ISotc de l'Éditeur.)

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et, sous peine de passer pour contre-révolutionnaires, il faut voir avec satisfaction la vérité étouffée par ruille manœuvres impures; tous les gens (le bien diffamés; la calomnie la plus lâche professée, applaudie, récompensée; les hurlemens des tribunes devenant les lois de l'Empire; l'impartialité sévère des tribunaux traitée de conspiration contre les Patriotes; et les plus vils d'entre les vils barbouilleurs de bêtises atroces cités au corps législatif comme des Patriotes et comme des Publicistes par des hommes qui tiennent parmi les orateurs précisément le même rang que leurs protégés parmi les écrivains, et qui, depuis huit mois, ne s'étant jamais souvenus qu'ils sont Représentans du Peuple français que pour couvrir de ce titre des actions qui les ont montrés aussi indignes qu'incapables de l'être, semblent au moins vouloir servir la Patrie en une chose, je veux dire: en inspirant par leur conduite une honte et un repentir salutaires , et peut-être un peu de prudence pour l'avenir, à tout citoyen dont le suffrage les a élevés à ce poste qu'ils occupent, et qu'ils ne remplissent pas!

Mais tout cet appareil menaçant, ce pouvoir immense, ces dictatures, ce talent de faire soimême du tumulte pour pouvoir dire qu'il y en a, cet art d'entretenir la multitude dans les obscurités d'une agitation dont elle ignore la cause, et dont, par conséquent, il devient facile de diriger

les effets ; et les prisons d'Orléans prêles à s'ouvrir; et les tables de proscription qui tapissent nos murailles : tout cela ne fermera- point la bouche aux vrais citoyens déterminés à périr plutôt que de continuer à voir la France gémir dans l'agonie qui la tourmente. Ils n'en poursuivront pas moins leur noble tâche; ils n'en mettront même que plus de force et d'amertume dans leurs cris contre les usurpateurs qui nous foulent aux pieds, et dans leur appel à la Constitution et aux Lois. C'est surtout quand les sacrifices qu'il faut faire à la Vérité, à la Liberté, à la Patrie sont dangereux et difficiles qu'ils sont accompagnés aussi d'inappréciables délices. C'est au milieu des délations, des outrages, des proscriptions; c'est dans les cachots, c'est sur les échafauds que la Vertu, la Probité, la Constance, savourent la volupté d'une conscience orgueilleuse et pure. Leur supplice est même à leurs yeux im véritable succès : car, outre que la mort délivre les bons du tourment de voir prospérer les médians, ils pensent encore que, si, en attaquant la tyrannie sous le dais, ils n'ont pu parvenir à la renverser, ils l'ont au moins forcée à multiplier ces actes de fureur et de vengeance qui ne tardent pas à la perdre , et à dessiller les yeux des moins clairvoyans, en leur montrant ce qu'elle peut, ce qu'elle veut, ce qu'elle ose, et combien son joug est honteux et pesant.

10 juin 1792,

OiN lit dans un journal d'hier un morceau ironique destiné à confondre ceux qui n'approuvent pas le plan de dictature municipale proposé, il y a quelques jours, au Corps législatif. On veut y démontrer que, si ce plan n'est pas adoplé, il est impossible de punir les ennemis de l'Etat; et, pour le prouver, on met dans la bouche d'un homme à cocarde blanche, d'un Autrichien, les paroles suivantes : « Vous ne pouvez pas même « me dénoncer, car il faut des preuves; et je n'en « laisse aucune après moi; et, si vous osez nous « accuser, ou écouter les accusations contre nous, « nous vous appellerons Tibère. »

Mais, vraiment, il me semble que, si Tacite revivait parmi nous, il serait de ceux qui flétriraient du nom de Tibère tout homme aux yeux de qui les accusations sans preuves, et les dépositions de témoins qui cachent leurs noms, ne sont pas des choses méprisables et infâmes. De toutes les inconséquences que renferme cet article, intitulé les Inconséquences^ la plus originale, à mon gré, est ce sincère aveu que ce projet, dont on veut

bien faire sentir les avantages, est commode surtout pour dispenser les délateurs de fournir des preuves. Je ne crois pas être le premier à observer que, pour bien connaître combien une chose est mauvaise, il ne faut pas négliger d'examiner de quelle manière on la loue. On a oublié dans cet article un exemple, qui, selon moi, aurait embelli cette énumération â! inconséquences , et qui me semble présenter un merveilleux phénomène de confiance extrême soit à faire, soit à souffrir. Les derniers hommes de France, que l'hypocrisie et l'intrigue ont, pour la honte de la France, élevés au plus haut poste où un citoyen français puisse atteindre, dénoncent à l'Assemblée nationale et à tout l'Empire des conspirations, des contre-révolutions, une affluence énorme d'ennemis déguisés, des conciliabules nocturnes à Paris, à Saint-Denis, à Auteuil; en un mot, tous les dangers que l'imbécillité, l'inhumanité, l'irhjustice des héros de Coblentz et des héros jacobins ont rendus possibles et vraisemblables. La terreur et l'agitation générale, les cris, l'emphase, la venimeuse violence des dénonciateurs, n'empêchent pas que tous leurs faits ne soient niés par des démentis nombreux , leurs raisonnemens siffles , leurs conclusions bafouées, leurs plans rejetés par la risée ou l'indignation universelle. Dans le même instant, on propose de former à la hâte une

armée de volontaires sous les murs de Paris. Ceux qui voient fort bien en quoi cela peut être mauvais, et qui ne voient pas en quoi cela peut être bon à la chose publique, demandent où est la nécessité d'une telle mesure : on leur répond, en la motivant sur les conspirations, les contre-révolutions, les assemblées nocturnes à Paris, Saint- Denis, Auteuil, etc.; et cette proposition est accueillie, adoptée, admirée au même instant par les mêmes personnes qui avaient nié, sifflé, rejeté ces faits et ces raisonnemens sur lesquels seuls elle est appuyée.

Cette mesure, qui n'a pas eu le tems d'être examinée , est décrétée. La sanction pourra ne pas tarder. L'examen alors sera inutile ; il ne restera qu'à souhaiter, suivant la formule romaine, que les Dieux le tournent a bien.

On dira peut-être que , voulant avoir cette armée prête pour la solennité du i4 juillet, il n'était pas possible de perdre plusieurs jours en discussions : j'en conviendrai ; et ce sera une nouvelle occasion de rendre justice aux auteurs de cette mesure , en admirant leur discernement et leur sagacité à bien choisir le moment.

Mais les citoyens qui, en disant qu'ils veulent être libres, ont quelque intelligence de ce qu'ils disent, feront sagement de comparer l'idée de la dictature municipale à celle de l'armée sous les

murs de Paris ; d'examiner si ces deux propositions ne se correspondent pas avec exactitude ; si elles ne vont pas droit au même but; si elles n'ont pas l'air des deux moitiés très-précises d'un seul et unique plan. Si, d'un côté, les inventeurs de la dictature nous en montrent la nécessité , en nous rappelant à grands cris que Paris est plein de capitalistes et de riches propriétaires; d'autre part, les inventeurs de la nouvelle armée s'expriment avec la même franchise, sinon dans l'Assemblée nationale, où ils ont encore des ménagemens à garder, au moins dans ces clubs si patriotiques où ils tiennent leur cour-plénière. C'est là qu'on nous avoue sans détour qu'il faut enfin châtier V insolence de quelques gardes nationaux de Paris. Il est en effet plus que probable que ces citoyens de Paris, armés pour la Liberté, armés pour la Constitution, auraient l'insolence de défendre leur liberté , de défendre leurs domiciles , de croire que les droits des hommes ne doivent pas seulement servir de thème à de plats bavardages , mais doivent être la base des lois et du gouvernement ; de croire que la Liberté, l'Égalité, la Justice, ne sont pas de vains noms, imaginés pour donner de l'argent et des places à quelques intrigans; de croire, enfin, que les éternelles lois qui font un devoir à tout homme véritablement homme de résister à l'oppression les autoriseraient à repous-

ser, le fer d'une main et la Constitution de Taulre, l'aveugle tyrannie de cinq ou six brouillons que leurs amis honnêtes et trompés assurent être encore plus bétes que médians. Mais c'est une erreur; ces messieurs ont une méthode ingénieuse pour déshonorer un homme : c'est de lui attribuer tout ce qu'ils font, et de raconter leur histoire en parlant de lui.

Ils se plaignent qu'on s'efforce de faire un corps de la garde nationale , de lui donner un esprit de corps, de la séparer du reste du peuple. En effet, ce n'est pas eux qui établissent chaque jour cette distinction ; ce n'est pas eux qui , dans leurs conciliabules, déclament chaque jour contre ce qu'ils appellent les uniformes; ce n'est pas eux qui ont inventé l'armée des piques, en la proclamant \ armée du Peuple; ce n'est pas eux qui viennent de témoigner d'injurieuses défiances sur cette partie de l'Armée nationale qui compose la ville de Paris; ce n'est pas eux qui l'ont désarmée, quand ils ont voulu se divertir avec quarante galériens de leurs amis'; enfin, ce n'est pas eux qui ont employé tour-à-tour le tumulte pour la fatiguer, les adulations pour la séduire, et qui, désespérant de réussir à l'un ni à l'autre, l'accusent aujourd'hui de partialité, parce qu'elle

I. Allusion à la fête donnée aux soldats de Châteauvieux , dont il est parlé dans les lettres V, VI et VII. {Note de l'Édit.)

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ne sert aucun parti , et qu'elle sait que c'est elle et tous ses frères d'armes répandus sur la France qui font la Nation française.

Ils font de patriotiques doléances sur la division qui règne entre les citoyens; et, en effet, ce n'est pas eux qui sèment cette division; ce n'est pas eux qui, partageant la Nation en peuple et en boujgeois, appellent^ye^^^/e tous ceux qui n'ont rien, et ajoutent que ceux-là seuls sont patriotes. Ils font tout ce qu'ils peuvent pour nous donner la paix; et, s'il arrive que tous les citoyens se réunissent pour tomber à leurs pieds, et leur abandonner crédit, argent, places, honneurs, tout ce qu'ils veulent, ils pleureront de joie de voir tant de concorde parmi les citoyens.

Dans leurs véridiques attaques contre des ministres, contre des généraux, ils ne manquent jamais de leur reprocher l'indiscipline des troupes. En effet, comme des troupes sans discipline sont toujours fatales à la gloire, et très-souvent à la vie de leurs chefs, ces chefs ont évidemment un grand intérêt à les tenir dans cet état. Bien des gens accusent les accusateurs eux-mêmes; mais quoi ! ce n'est pas eux qui ont ouvert les clubs aux soldats; ce n'est pas eux qui ont établi des clubs au sein même des régimens; ce n'est pas eux qui ont démontré que les soldats ne doivent pas obéir à un ordre, sans l'avoir approuvé après une mûre délibération; ce n'est pas eux qui ont

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applaudi aux dégoîils, aux outrages, aux meiulrcLi dout tant (rofflciers ont été victimes. Ce n'est pas eux qui ont décerné le triomphe à tous les soldats que leur pair iotisme a rendus ou déserteurs, ou voleurs, ou assassins; ou bien, si c'est eux <jui ont fait tout cela, avouons-leur du moins que ce n'est pas là ce cpii introduit dans une armée l'insubordination et le désordre.

Sur cet article , ils ont une double réponse : si les généraux se plaignent de l'indiscipline de l'armée, alors il est faux que l'armée soit indisciplinée; mais, si des excès déplorables et honteux, et trop bien prouvés, ne permettent plus la consolation du doute, alors c'est aux généraux euxmêmes qu'il faut s'en prendre.

Ceux d'entre leurs coryphées dont l'esprit et les talens peuvent inspirer des regrets et donner du poids aux mensonges tracent des porlrails brillans et fidèles des ambitieuses fureurs de la Maison d'Autriche ; puis , ils déclarent que tout homme qui n'est pas de leur parti, c[ui n'a point pensé comme eux, qui aurait voulu qu'on évitât la guerre , est un ami de la Maison d'Autriche.

Ils se vantent avec faste d'être ses ennemis, de s'offrir à sa vengeance. Certes, malgré leur sinistre démence, et malgré toutes nos fautes, je ne crois pas encore que nous soyons réduits à voir la Maison d'Autriche exercer ses vengeances parmi

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nous; mais, si cet avenir nous menaçait; si nous leur (levions encore cette honte et ce malheur, et si la Maison d'Autriche portait clans ses vengeances le discernement que les despotes n'ont pas toujours, de qui devrait-elle se venger? Serait-ce de ceux qui, satisfaits de lui avoir prodigué les injures, ne permettant aucun examen, n'employant que les déclamations et les bravades, nous aveuglant sur tous nos dangers, ne nous parlant que de nos forces, qu'eux-mêmes détruisaient chaque jour, auraient, par une guerre imprudemment provoquée, offert de nouveaux succès à son ambition; ou de ceux qui voulaient que la Liberté fût consolidée, les lois bien établies, le gouvernement bien fixe, l'armée bien organisée, avant de déclarer la guerre, afin que le glaive d'un peuple libre ne sortît pas inutilement du fourreau , et que , si l'Autriche ne se fût pas contentée de haïr la liberté d'un tel peuple, et eût essayé de la détruire , elle vît enfin réprimer cette ambition, qui pendant plusieurs siècles, l'a rendue odieuse et formidable à l'Europe.

Lâches et cruels imposteurs ! bourreaux de votre patrie! il vous sied bien d'imputer les maux que vous lui avez faits , et les maux que vous lui faites, et les maux que vous lui préparez, aux hommes qui ont voulu les prévenir ! Il vous sied bien d'affecter ce couraçe et cette innocence

(riiommes opprimes avec ceux qui, pour faire entendre à leurs concitoyens la voix de la Vérité, (le rHumanilé, sont contraints de lutter chaque jour contre vos calomnies et contre votre oppression! Vous, ennemis secrets de la Constilntion, que vous n'exécutez pas , que vous empêchez d'exécuter! ennemis déclarés de toute constitution, parce que vous n'avez d'autres lois que votre intérêt, et d'autre justice que vos passions! il vous sied bien de les accuser d'incivisme: eux toujours fidèles à la Constitution et aux Lois, toujours fidèles au devoir d'hommes libres, qui est d'être équitable et vrai, quoi qu'il en puisse arriver; eux, enfin, qui, s'ils n'étaient pas assez justifiés par le nom seul de leurs accusateurs, et s'ils avaient besoin de citer leurs preuves <le civisme, mettraient avec raison au premier rang la courageuse haine qui les arme contre vous !

Et ces gens-là, dans l'ivresse de leur vanité et de leurs succès, vont cherchant dans toutes les hist(3ires à quels personnages respectés ils pourront faire l'outrage de les dénoncer à l'indignation du genre humain, en les accusant de leur avoir servi de modèle. Ils se comparent à Caton. Caton avait-il réduit le vol et le brigandage en principes de droit? Caton avait-il tour-à-tour fatigué le dédain des rois par les adulations les plus stupides, et irrité

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les passions d'une multitude ignorante par des applaudissemens sanguinaires? Avait-il aiguillonné le génie des bourreaux à inventer de nouvelles tortures pour les régicides? Avait -il, ensuite, ameuté au Champ-de-Mars des bandes de prolétaires, et les collèges des musiciens de place, vendeurs d'orviétan^ mendians, baladins, bateleurs? Avait-il enseigné à ce grave cortège qu'ils étaient le Peuple romain? Les avait-il, enfin , excités à des violences contre les lois et contre les chefs de l'Etat? Caton , grand général , grand orateur, le premier homme de son tems dans la philosophie et dans les lettres, implacable ennemi de tout parti, de toute faction, de quiconque voulait faire de la chose publique sa chose privée, dut la plus grande part de sa renommée et de sa gloire à la persévérance de ses poursuites contre les hommes semblables en talens et en probité à ceux qui osent aujourd'hui écrire leur nom à coté du sien.

Ils se comparent, ils comparent leurs complices à Phocion. Phocion, homme constant et irréprochable en conduite et en amitié, homme inébranlable dans les maximes de la morale et de la vertu, est ravalé au niveau d'hommes qui ont changé de conduite et d'amis dès qu'ils ont changé d'intérêts, et qui n'ont employé leur esprit et leurs talens qu'à faire plier toute morale à leurs vues et à leurs projets! Phocion boit la ciguë pré-

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parce par les délateurs el les syco[)l»aiiles; et ees gens-là font métier et marcliaiHlise de mensonge et de calomnie contre tous les gens de bien! Phocion, après avoir dissuadé la guerre, la fait luimême avec autant d'intelligence que de courage; et ces gens-là, après nous avoir précipités dans la guerre, prennent, du fond de leur cabinet, toutes les mesures propres à la mal faire ! Ces gens-là ont sacrifié honneur, pudeur, vérité, patrie, aux applaudissemens d'une multitude insensée; et Phocion, applaudi par une multitude pareille, quoique moins méprisable, puisqu'elle n'était pas ameutée d'avance pour l'applaudir, s'interrompt, et demande s'il a dit quelque sottise. Voilà comment on cherche à en imposer par des rapprochemens brillans et absurdes; et, ne pouvant s'associer à la gloire des grands noms, on s'efforce de les associer à son infamie.

C'est ici le lieu de désabuser plusieurs citoyens qui m'ont adressé tantôt des éloges, tantôt des objections, tantôt des injures, sur des choses qu'ils ont, disent-ils, lues dans le Journal de Paris, mais qu'ils n'ont pas lues dans les articles qui sont de moi, et qui sont tous signés. Je les prie de se souvenir que je ne suis point rédacteur de ce journal; que je n'en connais même point les rédacteurs; que plusieurs des personnes qui insèrent, comme moi, des articles dans le supplé-

ment me sont pareillement inconnues; que chacun est maître d'y publier ses réflexions à ses frais; que chacun ne doit répondre que de son ouvrage; et que nul n'y est solidaire pour la louange ou pour le blâme des ouvrages d'autrui. Je sais que la plupart des hommes ne sauraient comprendre qu'on ne tienne à aucun parti, à aucune secte, et qu'on ose penser tout seul; mais, sans nous arrêter à ce qu'ils peuvent ou ne peuvent point comprendre , tout lecteur qui se soucie d'être juste doit bien se persuader que, si mes amis et moi nous avons les mêmes principes et le même but , nous n'en conservons pas moins la plus entière franchise d'opinion sur les moyens d'atteindre ce but, et de développer ces principes; que ni eux ni moi ne voudrions de ces amitiés qui imposent le sacrifice de l'âme et de la pensée; que nous laissons de telles liaisons aux brouillons et aux intrigans que nous attaquerons jusqu'à leur destruction ou jusqu'à la nôtre; et qu'il n'existe entre nous d'association que du genre de celles qui arment vingt villages contre une bande de voleurs.

Ce que je dis est uniquement pour attester ce qui est vrai, et non pour me justifier , comme d'un crime, d'une association qu'on nous impute comme un crime : car, s'il existe sous le Ciel des sociétés dont l'esprit et l'unique vœu soit de poursuivre,

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tIcHcllir, (rcxtcTiniiierla friponnerie, l'iiypocrisie, rinij)oshire, l'ambilion criuîlle et lâche, je m'inscris liautement dans toutes ces sociétés; et je promets de les servir de tout mon pouvoir dans cette honorable entreprise. Il faut, certes, que les clubs, nos maîtres nouveaux, nous aient bien familiarisés au spectacle de l'impudence, puisque nul ne s'étonne de les voir reprocher à ceux contre qui ils se réunissent pour la violence, l'usurpation et la tyrannie , de se réunir à leur tour pour l'équité, la propriété et les lois.

Du reste, que les législateurs journalistes, que les philosophes libellistes, et qu'avec eux tous les histrions, galériens, voleurs avec effraction, harangueurs de clubs ou de halles, continuent à me traiter à' Aristocrate ^ de Courtisan, ai Autrichien, d'ennemi du Peuple, etc.; je ne leur réponds qu'une chose : c'est que je serai volontiers pour eux tout ce qu'il leur plaira, pourvu que leurs cris et leurs injures attestent bien que je ne suis pas ce qu'ils sont. Je n'imagine pas d'aussi grand déshonneur que de leur ressembler; et, quelque nom qu'ils me donnent, s'ils ne le partagent point avec moi, je le trouverai assez honorable.

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