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Ce 21 juin 1792.
.Lorsque dans un pays qui se .dit libre il existe une faction qui ose avancer et soutenir les extravagances les plus atroces, et que les citoyens qui ne sont pas de cette faction, indignés et épouvantés, se contentent de gémir en secret, et n'osent pas élever une voix forte et terrible en faveur de la justice et de l'honnêteté publique, quand surtout ils n'osent pas louer hautement de bonnes actions dans les personnes qui sont l'objet de la haine et des violences de cette faction effrontée, il n'en faut pas davantage pour s'assurer que l'Empire est entre les mains d'un petit nombre de maîtres, et que ce pays ne connaît la Liberté que de nom.
Un magistrat, dont la cruauté niaise est passée en proverbe , n'a pas eu honte de se montrer, par son approbation., complice des barbares insolences de quelques milliers de tyrans qui forcèrent à main armée, il y a peu de jours, l'asyle du Représentant héréditaire de la Nation '. Il n'a pas
I . Ce magistrat est Pétion , maire de Paris. Par son approha- ?/o«,Chénier entend le rapport que ce même Pétion est venu faire à l'Assemblée nationale, dans la séance extraordinaire tenue le soir même du mercredi 20 juin 1792. Voyez \c. ino/iiteur du tcms. [Note de l'Editeur.)
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eu lioiilo d'applaudir à leur abominable victoire sur le lieu même qui venait d'en être souillé, devant ce même Roi dont ces furieux imbécilles avaient long-tenis menacé la vie; dont l'épouse, dont la famille avait long-tems partagé avec lui leurs menaces, leurs dérisions lâches , et leurs viles injures. Ce magistrat a eu la courageuse bassesse de leur dire qu'ils se sont conduits avec la fierté et la dignité d'hommes libres. Les hurlemens favorables des clubs qui l'ont fait magistrat, et qui voulaient le faire maître, joints aux subtilités platement malignes de quelques sophistes, aujourd'hui ses amis, n'ont pas empêché les cris de l'indignation universelle de parvenir jusqu'à son oreille : il les a entendus; ils lui ont causé, sinon des remords, au moins de l'embarras. Il a affecté l'espérance qu'un jour on lui rendra ce qu'il appelle justice; et tous les bons citoyens voient avec joie qu'une véritable justice a commencé à lui être rendue.
Mais cette journée, mémorable de bien des manières, ne réveillera pas seulement des souvenirs douloureux , puisqu'elle a montré aux Français le premier des fonctionnaires publics, chargé de l'exécution des lois, remplissant dignement et au péril de sa tête le poste où ils l'ont placé. Tous les Français, qui n'ont pas perdu toute idée de justice, d'équité, d'humanité; qui chérissent en
effet et veulent observer cette Constitution tant invoquée par les bons citoyens et par les hypocrites; qui gémissent de la voir journellement outragée par ses prétendus amis, et méconnue par ceux dont le devoir est de l'exécuter et de la faire exécuter aux autres; qui voient avec effroi la loi de la sanction royale attaquée, et avec douleur l'Assemblée nationale justifier trop souvent, par une conduite inconsidérée et par des mesures inexcusables, la sagesse de cette même loi; enfin, tous les Français qui veulent et qui savent être libres n'ont pu qu'éprouver une satisfaction vraiment patriotique, en apprenant la conduite mâle et ferme du Roi dans cette occasion , et en lisant cette proclamation ' où, sans se plaindre des attentats commis sur sa personne, il s'enchaîne à ses devoirs avec le dévouement le plus noble et le plus civique.
Je ne crois pas qu'il existe beaucoup d'esprits assez bornés, et d'âmes assez dures pour ne pas sentir et pour ne pas reconnaître le bel et touchant spectacle qu'a donné le Roi à tous les fonctionnaires, à tous les magistrats, d'exposer même leur vie pour justifier la confiance publique, de re-
I. La proclamation de Louis XVI sur les événemens du 20 juin 1792 est datée du 11 du mihue mois. Elle est insérée dans le moniteur du 9.4 juin 1792. [Note de l'Editeur.)
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pousser par une constance inaltérable les fureurs de ceux qui veulent commander aux lois, et de ne plus alléguer en excuse de leur condescendance à des volontés iniques les menaces qu'on leur a faites, et les dangers qu'ils ont courus. Et, si tous les citoyens veulent se tenir par la main pour que cet exemple ne soit pas perdu, et encourager, par une obéissance éclairée et prompte, les magistrats à s'acquitter aussi bien de leurs fonctions, et intimider ainsi les brouillons qui vivent de désordres et de crimes, la fin de l'anarchie et l'établissement du Gouvernement et des Lois pourront dater du 20 juin 1792.
Il est fort peu de personnes qui ne sentent ces vérités; mais tant pis pour ceux qui les sentent, et qui, redoutant les clameurs ^Aristocratie, de Royalisme , de Liste civile, et tout cet amas de calomnies bétes lancées au hasard par les fripons qui feignent de croire qu'il faut être payé pour les reconnaître, étouffent leur conscience et la vérité dans un silence pusillanime.
Pour moi, citoyen obscur, mais intègre et fidèle aux lois, j'élèverai la voix en leur nom et au nom de la Patrie; et je remercierai le Roi du service signalé qu'il vient de leur rendre. Je le remercierai d'avoir fait un usage prudent et judicieux du pouvoir que la Constitution lui donne, et de
n'avoir point cédé cette partie de la Constitution , par conséquent la Constitution entière et le salut de l'Empire à des menaces sanguinaires, à des clameurs, et à des intrigues puissantes. Je le remercierai de s'être souvenu qu'il est un de ceux à la vigilance duquel la Constitution se recommande dans les dernières lignes du livre où elle est écrite ; je le remercierai de nous avoir appris comment on exécute les lois ; et je le remercierai encore d'avoir rendu justice à la Nation française, quand il a jugé qu'elle n'apprendrait pas sans honte et sans douleur les outrages indignes auxquels il a opposé tant de calme et de franchise , et l'insolence de vils brigands qui osent s'appeler la Nation , pour tâcher de flétrir la Nation elle-même de leur bassesse et de leur ignominie.
Si la persévérance du Roi , dans une conduite aussi sage, aussi belle; si sa fermeté à son poste, et si la constance et l'union de tous les bons citoyens, parviennent à repousser les ennemis étrangers , et à étouffer les ennemis plus dangereux qui serpentent au milieu de nous; si la Nation française se repose enfin à l'ombre de ses Lois, de la vraie Égalité, et d'un bon gouvernement, qui est la Liberté, le Roi devra se compter parmi les causes principales de ce bonheur. Il se rappellera alors avec joie la journée du 20 juin; il
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se rappellera qiio, ce jour-là, de toutes les autorités qui couunau(lai(Mit, lui seul, avec le département de Pams, fut rigoureusement fidèle à la Constitution , la protégea lorsqu'elle semblait ne pouvoir plus le protéger, et empêcha, autant qu'il fut en lui, quelques forcenés, et surtout leurs chefs visibles ou invisibles, d'usurper la Souveraineté nationale, et d'opprimer sous la tyrannie d'une faction le Roi légitime d'un peuple souverain qui doit être libre. Il se rappellera que la Constitution n'avait ])as essuyé de choc aussi violent que cette attaque dirigée contre elle dans sa personne; il se rappellera le danger qu'il a bravé pour être fidèle à son serment, et pour soutenir les lois expirantes; et ce souvenir, mêlé aux bénédictions de tous les vrais citoyens français, viendra réjouir sa vieillesse, et lui fera regarder comme un bonheur d'avoir régné.
Puisse-t-il lire avec quelque plaisir ces expressions d'une respectueuse estime de la part d'un homme sans intérêts comme sans désirs; qui n'a jamais écrit que sous la dictée de sa conscience; à qui le langage des courtisans sera toujours inconnu; aussi passionné que personne pour la véritable Égalité, ma's qui rougirait de lui-même s'il refusait un éclatant hommage à des actions vertueuses, par lesquelles un roi s'efforce d'expier les maux que tant d'autres rois ont faits aux
hommes ! Puisse ce témoignage sincère , bientôt répété par tout ce que la France a de citoyens honnêtes, effacer dans son cœur la mémoire des outrages de quelques misérables, et se joindre, •pour sa consolation, à la satisfaction intérieure d'avoir rempli avec candeur et avec courage son devoir d'homme, de citoyen, et de roi!
Mais que tous les citoyens dont les sentimens sont conformes à ceux que contient cet écrit (et il n'est pas douteux que ce ne soit la France presque entière), rompent enfin le silence. Ce n'est pas le tems de se taire : l'honneur français est compromis par toutes ces turpitudes, et par les infâmes qui les approuvent. Elevons enfin tous ensemble une forte clameur d'indignation et de vérité. Apprenons à la Postérité, apprenons aux Nations étrangères que la Nation française n'est point complice de ces honteuses débauches de licence que l'on ose appeler la Liberté. Apprenons-leur que, si le Maire de Paris trouve que nul excès na élé commis, que la personne du Roi a été respectée le jour où le domicile du Roi a été forcé à main armée, où sa personne s'est vue entourée de furieux qui ont dirigé sur lui leurs injures, leurs menaces et même leurs armes, où ses jardins ont été remplis d'espèces de bêtes féroces, qui, sous ses fenêtres, vomissaient contre lui des chansons impures et outrageantes, des impréca-
tioiis, tics va'nx sinistres, cette opinion est particulière au Maire tie Paris, et que la France n'adopte pas plus ses opinions, qu'elle n'approuve ses actions; que la France approuve la conduite, honore la probité du respectable ^c/oc^we, et des autres braves gardes nationales qui, dans cette occasion où tous les hommes de bien ont envié leur poste, manifestèrent des entrailles d'hommes et le courage de citoyens libres. Apprenons-leur enfin que, si des législateurs libellistes affectent de parler des actions de cette journée comme de choses de peu d'importance, et de ne voir dans tout cela qu'une y'isii^ faite au Roi et quelques vitres cassées; que si, sans aucune pudeur, ils assurent qu'on a traité le Roi comme un autre homme, lorsqu'il s'est vu en butte à un traitement dont tout le monde aurait été révolté, quand même il se serait adressé à eux; que s'ils ajoutent à de si belles réflexions des railleries qui ne les déparent point , ce n'est pas que la Nation presque entière n'abhorre et ne déteste un pareil langage; c'est uniquement que ces messieurs usent avec intrépidité du privilège que le mépris public leur a donné de tout dire , et de l'impossibilité où ils se sont mis depuis long-tems de s'avilir davantage.
Ce i"" juillet 1792.
Quelles que soient l'audace et l'assurance vraie ou simulée des ennemis de la chose publique, l'âme des bons citoyens ne doit pas être entièrement fermée à l'espoir. La tentative faite le 20 du mois de juin % pour soumettre le Représentant héréditaire de la Nation au joug des clubs et des tavernes, et renverser par là une Constitution qui n'existera plus dès l'instant que la sanction du Roi ne sera plus libre, a dessillé les yeux de ceux même qui, jusqu'ici, s'étaient montrés les plus aveugles sur les projets sinistres des bandits,, qui veulent que l'unique fruit de quatre années de travaux et d'inquiétudes soit de leur livrer la Patrie au pillage. Honneur et actions de grâces à tous ces administrateurs d'un grand nombre de départemens qui, par des adresses pleines d'une liberté courageuse et de cette éloquence qu'inspire le profond sentiment du devoir, nous ont hautement rappelé à tous que l'on n'est pas digne du nom de citoven et d'homme libre, si l'on n'est