I. Voyez la lettre précédente. [Note de l'Éditeur
pas toujours prêt à s'élever contre toute espèce de domination injuste ; à repousser toute espèce d'usurpation; à périr, s'il le faut, pour être fidèle aux lois et à ses sermens. Ce concert vraiment civique des administrateurs, des magistrats, des armées, de tout citoyen qui joint quelque probité à quelque lumière, en faveur d'un roi menacé, outragé pour avoir fait son devoir; cette indignation générale du véritable Peuple français, de voir sa souveraineté insolemment usurpée par une horde de brigands, dont les chefs crurent en cette occasion n'avoir plus besoin d'être hypocrites; ce mépris public versé à pleines mains sur les infâmes apologistes de ces infamies : tout cela semble permettre de présager enfin la chute de ces tyrans, qui oppriment au nom de l'Egalité, qui déchirent la Patrie au nom du patriotisme, et qui foulent aux pieds tous les droits des hommes, en citant la déclaration des droits.
Mais, dans une lutte aussi opiniâtre des intérêts particuliers contre l'intérêt de tous, de la violence contre la force légitime, l'Etat est perdu et dissous, si l'indignation générale ne se manifeste que dans les discours des citoyens, si elle n'est pas justifiée ou condamnée par les sentences des tribunaux. Le silence des lois, en pareil cas, n'est qu'un signe de leur défaite , un aveu de leur im-
OEuvies anciennes. I C)
ago MELANGES.
puissance, et de leur soumission à des volontés
tyranniques.
En effet, les adresses de félicitations, d'adhésion , de dévouement , abondent dans l'un et l'autre parti. Il est bien vrai que les personnes qui réfléchissent, qui jugent, et pour qui les cris ne sont pas des raisons , ne se laissent pas duper par cette ressemblance. Ils voient, d'une part, des centaines d'oisifs attroupés dans le recoin d'une ville , et s'intitulant les citoyens de cette ville ; une poignée d'habitans de quelque section de Paris se rassemblant à l'insu de tous les autres habitans de cette section, et s'appelant avec intrépidité les citoyens de telle section; les questions les plus épineuses décidées avec arrogance par des hommes qui ne savent ni lire ni écrire, et leurs décisions soutenues avec des piques, avec des insultes, avec des menaces; les mêmes atrocités répétées dans toute la France, au même instant, avec le même bruit, par les mêmes hommes, tous , ou presque tous , gens sans aveu , sans propriété, sans famille, sans aucun intérêt à quelque gouvernement que ce puisse être; et tout cela s'appelant le vœu national. De l'autre part, ils voient une foule de magistrats, d'administrateurs, de pères de famille, de citoyens actifs, vingt mille à Rouen , quarante mille à Paris , inconnus les uns aux autres, ne formant jamais d'attroupemens
MÉLANGES. igi
séditieux, n'assistant jamais à des prédications frénétiques; mais tous réunis de sentimens et de vœux; tous déposant paisiblement leurs signatures chez des officiers publics ; tous , au nom de la Constitution et de la Liberté, demandant et voulant justice, réparation, respect aux autorités légitimes, force aux lois, fidélité aux sermens. Après une comparaison du fond et de la forme de ces différentes pétitions , et des moyens mis en oeuvre pour les obtenir, il n'est assurément pas difficile de discerner de quel côté sont la justice , la raison , la loi , le véritable vœu national et la véritable opinion publique.
Mais le nombre des personnes qui réfléchissent et qui jugent est infiniment petit. La plupart, incertains de leurs sentimens, mal affermis dans ce qu'ils appellent leurs pensées, toujours prêts à reculer devant les emportemens injurieux de ceux qui feignent l'enthousiasme, finissent toujours par croire que celui qui crie le plus fort a raison.
Les discussions judiciaires et les éclatantes décisions des tribunaux peuvent seules diriger les esprits faibles dans la voie de la vérité , et , se joignant au cri de toutes lésâmes honnêtes , peuvent seules réparer et conserver l'honneur national , en montrant aux étrangers et à la postérité qu'à travers l'esprit de vertige et d'ivresse où l'on s'efforce de nous plonger de plus en plus, le fond de
a9'i MELANGES,
la Nation française n'a point perdu le sentiment de ce qui est bon et juste, l'amour de l'ordre, et la haine des méchans.
On connaîtra alors si, quand des magistrats, accusés, ou de séduction, ou de connivence, trouvent quelques amis qui les louent, les exaltent, les remercient, ils en imposent à tout le monde; ou bien si l'on sait ne voir en eux que les généraux qui se font décerner le triomphe par leur propre armée.
On connaîtra, de plus , si c'est en vain que tous les Français répètent ces paroles des administrateurs du département de la Seine-Inférieure: Nous n'avons pas brisé nos chaînes pour en porter de nouvelles.
On connaîtra, en un mot, si les bons citoyens, les hommes industrieux et paisibles , peuvent enfin compter sur l'appui que les lois et le gouvernement leur doivent; ou s'il ne leur reste que les ressources du désespoir.
Citoyens ! j amais instant ne fut plus décisif; jamais l'union et la courageuse fidélité aux lois constitutionnelles ne furent plus nécessaires ; jamais votre patience ne fut plus poussée à bout; jamais la tj rannie des brouillons ne fut aussi active, aussi effrontée. Écoutez-les accuser leurs adversaires de vouloir allumer la guerre civile. Et, par cette insolente menace , que font-ils autre chose que nous pré-
MÉLA.NGES. ugS
venir qu'ils sont déterminés à couvrir la France de ruines, plutôt que de (léchir sous le joug de cette Egalité qu'ils nomment sans cesse ?
Citoyens! les lois, pour s'établir, ont besoin de notre secours; c'est à nous de les protéger aujourd'hui, pour qu'elles acquièrent la force de nous protéger à jamais.
Citoyens français! vous tous qui voulez que votre patrie soit libre et heureuse , que votre asyle soit sûr, que votre propriété soit inviolable, que votre femme , que votre fille dorme sans crainte sous la garde de la Loi , et qui savez que tous ces biens ne se trouvent pas au milieu des factions et de l'anarchie! réunissons -nous tous à ces dignes administrateurs dont Paris et une foule d'autres départemens doivent s'honorer. Que chacun fasse son affaire privée de démasquer les fripons publics. Si chacun ne peut pas, comme le brave La Fayette, servir la patrie à la tête des armées, et près de l'Assemblée nationale ^ , chacun peut, dans le poste où il est placé, porter des coups plus ou
I. A cette époque, M. de La Fayette commandait le camp retranché de Maubeuge. C'est de là que ce guerrier citoyen, sans cesse occupé du salut de son pays, rendait compte de sa mission à l'Assemblée nationale, et, se transportant en idée à la tribune, confiait à sa plume le soin d'y défendre avec éloquence cette même liberté qu'il faisait triompher avec son épée sur le territoire ennemi. ( Note de l'Éditeur.)
moins forts aux ennemis qui nous menacent tous. Que chacun épie, attaque, dévoile ce qu'ils osent, ce qu'ils préparent , ce qu'ils disent , ce qu'ils dissimulent. Le cri unanime de la France les renversera; et le courage de ceux qui, les premiers, les ont désignés comme des pestes publiques aura enfin une autre utilité que le noble mais vain plaisir de braver de vils tyrans sous le dais, de les accabler de l'opprobre de leur triomphe , et de se faire le représentant de leur conscience, en leur rappelant quelquefois qu'ils sont la lie et la honte de l'espèce humaine.
P. S. Je ne tarderai pas à faire paraître ma réponse aux nouvelles observations que mon frère a publiées sur les sociétés qui se disent Patriotiques ^
I. Ces réflexions de Marie Joseph Chénier parurent dans le Moniteur le 19 juin 1792. Foyez le tome V des OEuvres anciennes. ( Note de l'Editeur. )
MIiLAN(;JiS. ig?;
Ce 6 juillet i79'2.
Beaucoup de citoyens, au nombre desquels je suis, n'ont pas trop compris pourquoi l'Assemblée nationale a mis, il y a peu de jours, tant de chaleur à s'informer si le Ministre de l'Intérieur avait fait réimprimer l'arrêté du département de la Somme ^ , et s'il l'avait envoyé dans les autres départemens. Ils demandaient si, dans le cas où ce ministre aurait fait ce dont on l'accusait, il aurait commis quelque délit : le Ministre a répondu qu'il n'avait point envoyé cet arrêté dans les départemens. Soit; mais je dis que, s'il l'y avait envoyé, il aurait fait une chose très-louable, quoique inutile , puisque , d'un bout de l'Empire à l'autre, le même sentiment de justice et d'huma-
I. Cet arrêté du Directoire du département de la Somme, au sujet des évènemens du 20 juin 1792, est daté du 22 juin de la même année. Il est ainsi conçu : «Le Roi sera remercié « de la fermeté qu'il a montrée lors de l'attroupement séditieux « du 20 du présent mois , etc. » Voyez le Moniteur du 27 juin 1792. ( Note de l'Éditeur. )
nité s'est exprimé avec la même indignation, avec le même courage, et a produit subitement ce concert unanime et spontané qui aigrit la rage des misérables affamés de puissance et d'ignominie, mais qui ne parvient pas à les faire rougir. On assure , et , à dire vrai , bien des circonstances permettent de croire qu'il existe en effet au sein même de l'Assemblée nationale un parti de furieux qui veulent renverser les barrières que la Constitution oppose à l'ambition et à l'avarice, et, s'ils trouvaient à Paris quelques obstacles, transporter violemment l'Assemblée nationale et le Roi dans des lieux qu'ils jugent plus favorables, en abandonnant les Parisiens récalcitrans à la vengeance et au glaive. Tous n'ont pas l'indiscrète folie d'avouer de tels projets, comme certain prêtre jadis connu, m'a-t-on dit, pour avoir mêlé les adulations de la plus abjecte servitude à l'insignifiant bavardage qui, de tout tems , a fait retentir les chaires ecclésiastiques. Le comité autrichien, tant dénoncé, et jamais prouvé, n'était pas aussi vraisemblable ni aussi redoutable que ce nouveau complot. Et ce sont des hommes dont les discours et la conduite ne démentent pas le soupçon de complicité à ces détestables trames qui répètent hautement que l'arrêté du département de la Somme est inconstitutionnel ! Il est vrai que, suivant leur usage, ils se conten-
tent de le dire; car ils ne doutent pas que ce ne soit eux que l'on choisisse pour leur donner le privilège d'être crus sur parole. Il est fâcheux qu'ils n'aient pas au moins tenté de balbutier quelque preuve : ils auraient prouvé en même tems qu'à la réserve des clubs, des groupes du Palais-Royal et des brigands du 20 juin, toute la France est inconstitutionnelle, puisque toute la France admire et partage le courageux patriotisme de tous ces dignes administrateurs qui, traités î^ homme s corrompus et de contre-révolutionnaires par tous les ennemis de l'honnêteté et des lois, ont déjà goûté une des récompenses de la vertu, je veux dire : la haine et les outrages des fripons. Allons, cruels Imposteurs! injuriez bien tous ceux qui, pour le salut et l'honneur de leur patrie, élèvent encore une voix véridique et pure; font encore entendre les noms de prudence, d'équité, de commisération; appellent tous leurs concitoyens à la liberté, et s'efforcent de prouver que la France n'est point entièrement peuplée de frénétiques. Mais vous aurez beau faire : ils périront, ou ils arracheront leur pays à votre tyrannie insolente ; ils feront triompher la Constitution et les liois, malgré votre amas d'écrits perfides et féroces, qui vont partout éteindre la morale, réveiller les passions, offrir au crime l'impunité et même la gloire.
Si le Ministre de l'Intérieur " avait fait circuler dans les provinces quelqu'un de ces pamphlets qui irritent l'orgueil et l'envie, enhardissent les vengeances, montrent des richesses à la fainéantise avide, nourrissent de poisons le noir enthousiasme des fanatiques atrabilaires ; s'il eût envoyé aux départemens quelques-unes de ces adresses convulsives, toutes fabriquées aux mêmes ateliers , toujours applaudies par leurs propres auteurs en présence du Corps législatif, où une poignée de bandits et d'imbécilles est appelée le Peuple, et où ce peuple est excité à la révolte et aux armes; s'il eût envoyé ces déclamations dirigées contre un des Pouvoirs que la Constitution a créés , souvent écoutées dans le lieu même où la Constitution a été faite ; s'il eût envoyé ces nuées de dénonciations vagues et homicides, dépourvues de toute espèce de preuve; s'il eût envoyé des libelles niaisement atroces où des magistrats disent que le spectacle du 10 juin était beau, et où ils rendent grâces à V Être- Suprême "^ ; s'il eût envoyé une
I. M. Mourgues. Il fut nommé ministre de l'intérieur le 6 juin 1792, en remplacement de M. Roland. [Note de l'Edit.)
1. Voyez les deux lettres précédentes et le rapport fait à l'Assemblée nationale par Pétion, maire de Paris, sur lajournée du 20 juin 1792. Il est inséré tout entier dans le Moniteur du tems. [Note de l'Éditeur.)
lettre de son prédécesseur Roland ' , où la désobéissance du Roi aux volontés de quelques intrigans est présentée comme un attentat à la Souveraineté nationale , où le Roi est menacé d'incendies et de massacres au nom de la Constitution; si le Ministre de l'Intérieur eût aidé à répandre toutes ces feuilles contagieuses; c'est alors que la Constitution , la Justice , la Morale éternelle , eussent prononcé sa condamnation; mais c'est alors qu'il n'eût pas été accusé.
Il est impossible qu'un bon Français ne gémisse pas et n'ait pas quelque honte pour la France et pour ses Représentans, quand la partialité, l'inconstance, la versatilité de plusieurs délibérations législatives lui montrent avec quel aveuglement l'Assemblée nationale s'abandonne à quelques brouillons, qui la font servir d'instrument à leurs haines et à leurs projets. J'en veux citer deux ou trois exemples, auxquels tous les citoyens qui n'ont pas été endormis pendant cent ans, comme le héros d'un conte oriental , pourront malheureusement en ajouter beaucoup d'autres.
On demande à rassembler une armée de dix mille hommes dans les murs de Paris. Ce plan, la manière inconstitutionnelle dont il est pré-
1. Cette lettre est imprimée dans le Moniteur du 1 5 juin 1792. {^Note de l'Éditeur.)
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sente, les moyens indiqués pour le mettre à exécution, et plus encore le nom de ses auteurs et de ses défenseurs, excitent des alarmes générales: on répond qu'il faut avoir une armée de réserve en seconde ligne, dans le cas où les ennemis du dehors obtiendraient des succès inquiétans pour la Capitale. Cette vue est prudente et sage. Le Pouvoir exécutif, en rejetant un projet, d'ailleurs détestable, conserve, étend, perfectionne la seule bonne chose qu'on eût présentée pour l'appuyer. D'après les formes que les Lois prescrivent, il propose à l'Assemblée nationale de camper trentetrois mille hommes de troupes dans un lieu beaucoup plus convenable; et l'Assemblée nationale a laissé écouler plusieurs semaines sans avoir encore délibéré sur cette proposition , c'est-à-dire : sur la seule idée d'utilité publique que renfermait une mesure qu'on lui avait fait décréter comme wgente. Ces maîtres de l'Assemblée nationale et de la France ne veulent pas même nous permettre de croire qu'ils ont besoin de se déguiser; ils ne veulent pas nous cacher que ce prétexte d'utilité publique n'était qu'un appât éblouissant, et qu'au fond ils prétendent avoir une armée contre leurs ennemis, c'est-à-dire, contre tous les gens de bien; et, pour nous le bien prouver, en même tems qu'ils laissent à l'écart la proposition des trente-trois mille hommes, ils poursui-
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vent leur plan de rassemblement. Ils en ont d'abord commencé rexécution avec éclat par le moyen de leurs cavernes affiliées; puis, ils ont fait justifier par des décrets des démarches violentes, illégales, contraires à toute espèce de bon gouvernement. Ils osent se flatter d'un triomphe sanglant pour le i4 juillet, jour qui ne devrait rappeler aux Français que des idées de concorde et de gloire! et leurs amis, et des infâmes, que l'indolence parisienne doit éternellement rougir d'avoir laissé élever aux magistratures municipales , n'ont pas dissimulé leurs espérances d'être ce jour-là les chefs d'une fédération cimentée par des meurtres, et de se rassasier à plaisir du sang de tout honnête homme qui affiche pour eux le mépris et l'exécration qu'ils méritent.
Au reste, de tels propos ne sont pas moins dans ceux qui les tiennent une marque de terreur que d'insolence ; et il ne faut pas croire que la France entière se soit donné le mot pour se choisir de pareils chefs, et pour ne nous envoyer ici que des hommes dignes des certificats de patriotisme de M. Lasource ^
I . Dans la séance du 7 juin 1 792 , le député Lasource avait fait décréter une liste d'inscription de 9,0,000 hommes poiu* l'augmentation des armées; et il avait voté pour une fédération générale, attendu le danger de la Patrie. [Note de l'Editeur.)
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Des ex-ministres, enfans des clubs, sont accusés, devant l'Assemblée nationale, d'avoir fait sciemment et à dessein des marchés désavantageux au Trésor public; d'avoir mis obstacle à l'approvisionnement d'une armée pour perdre son général; d'avoir fait des reproches à des administrateurs qui ont détourné les effets de leur perfidie. Je n'ai aucune preuve que ces accusations soient fondées : je ne les connais point; je n'ai contre ces exministres d'autre présomption que leur conduite, jointe au nom de leurs ennemis, et à celui de leurs amis. Mais n'est-il pas étonnant qu'une Assemblée si souvent agitée au-delà de toute mesure par mille délations absurdes , quelquefois saisie de coups de foudre aussi difficiles à prévoir qu'à justifier, soit si indifférente et si calme sur les accusations les plus graves et les mieux appuyées qui aient encore été faites contre aucun agent public? Ce qui n'est pas étonnant, c'est que des hommes faits pour trouver du talent et de la vertu dans ces actions continuent de louer le talent et la vertu de ces ministres.
Une faction de Paris, ou, pour mieux dire, une centaine d'oisifs tumultueux, agissant et parlant dans une section au nom de leurs voisins qui n'en savent rien, s'arrogent le pouvoir d'inviter tous les départemens, par une lettre circulaire, à telles et telles mesures, que nulle section de
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l'Empire n'aurait lo droit de provoquer, même si elles étaient coniormes aux lois et au bon ordre. Le département de la Seine-Inférieure dénonce cette usurpation d'un si dangereux exemple; et l'Assemblée nationale, à qui l'on fait croire que le Ministre de l'Intérieur est un contre-révolutionnaire, s'il a envoyé partout l'excellent arrêté du département de la Somme, ne fait pas la plus légère attention à cette lettre du département de la Seine-Inférieure.
Des séditieux armés sont vingt fois venus insulter par leurs menaces et par leurs éloges l'Assemblée nationale à la barre, et outrager avec elle le Roi, la Constitution, les Lois; et ils ont reçu des honneurs; et dans cette même Assemblée, les. fougueux ennemis d'un général cher à la Liberté ^ ont voulu le dévouer aux supplices et aux poignards pour être venu, dans une pétition civique et légale , rappeler à nos représentans et à tous les citoyens la fidélité scrupuleuse que nous avons tous jurée à la Constitution. Oui, il a eu raison de s'en vanter, en dénonçant au châtiment des magistrats indignes, en éveillant toutes nos
I. M. de La Fayette. Voyez sa Lettre lue à l'Assemblée nationale dans la séance du i8 juin 1792. Le Moniteur du 20 juin de la même année la rapporte tout entière. ( Note de l'Editeur. )
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craintes sur les projets et les fureurs de l'hydre jacobine. Il n'a fait que revêtir de l'éclat que donnent à ses paroles quinze ans d'une renommée acquise par le courage et par la vertu ; il n'a fait que proclamer, avec une solennité trop nécessaire, le langage constamment tenu par tous les honnêtes gens, et long-tems imité par ceux qui depuis trop long-tems feignent de l'être. Certes, pour nous faire mesurer l'abîme où nous précipite cette horde de tyrans impunis et d'énergumènes sans frein, il n'avait pas besoin d'emprunter d'autres lumières que les siennes, d'autre témoignage que le senscommun et que la conscience de tous les Français ; et , s'il en avait eu besoin , ce n'est pas , comme l'a prétendu un journal que d'ingénieuses noirceurs et de tristes bouffonneries rendent piquant au goût de ceux qui ne sont point révoltés par l'imposture et la mauvaise foi la plus basse , ce n'est pas aux manifestes de Léopold et de Raunitz qu'il eût été obligé de recourir : il eût allégué des autorités d'un plus grand poids sur les vrais citoyens et sur les sages. Il eût, par exemple, cité l'éloge de Francklin et une foule d'autres excellens écrits de ce même M. Condorcet, jadis son admirateur et son ami, quand cet homme, alors illustre , n'avait point encore cherché le profit et trouvé la honte à devenir l'ami, le compagnon , l'émule de Brissot et de Marat ; quand il
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ne s'était pas encore condamné à rougir devant ses anciens écrits, et à souiiaiter, pour réussir, que tous ces hommes oublient ses anciens titres à leur estime, comme il les a oubliés lui-même.
P. S. Les réflexions qu'on vient de lire n'étaient pas encore imprimées, lorsqu'on apprit la nouvelle de la prétendue réconciliation des deux partis de l'Assemblée nationale'. Je crus devoir en suspendre la publication , afin qu'on ne pût point m'accuser de vouloir perpétuer des querelles dont on paraissait chercher à éteindre le souvenir; non que j'aie jamais partagé cette espérance, ou que j'aie jamais cru, avec quelques personnes, qu'il puisse exister une paix sincère et durable entre l'ambition démasquée et la fidélité constitutionnelle; ni que des factieux, après avoir sacrifié toute pudeur et toute renommée, puissent pardonner à ceux qui les ont dévoilés et flétris; ni que des hommes qui ont tant de sujets de se haïr deviennent amis dès qu'ils s'embrassent. Au
I. On touchait à l'anniversaire de la mémorable journée du 14 juillet 1790, et l'on venait d'agiter avec force la question du salut de la patrie sourdement menacée par des complots tramés au-dedans et audehors. Voyez, dans les journaux du tems, la proclamation du Roi et les longs etiraportans discours prononcés à l'Assemblée Nationale, à l'occasion de ces deux évènemens. [Note de l'Éditeur.)
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reste, la trêve n'a pas duré long-tems; elle était d'hier; et aujourd'hui les discours des coryphées du jacobinisme , leurs journaux rédigés par euxmêmes , nous ont appris ce que c'est que l'olivier présenté par leurs mains, et quelle valeur ces messieurs attachent eux-mêmes à leurs embrassemens et à leurs agapes.
Ce 19 juillet 1792.
On prétend, mais cela n'est pas possible, que le ministère va de nouveau être abandonné à Roland, Clauière et Servant^. Ah! Sire, voudriezvous gâter le 20 juin?
I. Ils furent en effet rappelés au ministère le 10 août 1792.
{ Note de l'Éditeur. )
Ce 26 juillet 179a.
Lf libellistc qui barbouille avec de la fange et du sang les premières pages du Patriote français ^ a pris aujourd'hui un ton de victoire et de menace très-remarquable , et plus digne de réponse, quoique non moins digne de mépris que ses autres bêtises et insolences journalières. Il promet de pulvériser la doctrine parricide des supplémens. Il est bien clair que cet homme n'entend point par pulvériser réfuter avec des raisonnemens et avec des preuves : si c'était là ce qu'il entend, il aurait au moins essayé de pulvériser les argumens de ceux qui, ayant dévoré l'ennui de lire ses fastidieux bavardages, et le dégoût de les citer, l'ont sans cesse opposé à luimême, ses adulations pour les despotes à ses adulations pour la populace, sa férocité royaliste à sa férocité démagogique, et, à l'aide de ce parallèle , lui ont assuré une place parmi les imposteurs les plus lâches et les plus versatiles qui aient jamais rampé autour de la puissance, et tra-