‹ ŒuvresChapitre 12 sur 23 · L*ENFER. CHANT XV · texte numérisé non relu

L*ENFER. CHANT XV

CHANT XV

Suite. ~ Dante rencontre son maître Brunetto Latini, qui lui prédit son exil do Florence. — Il lui recommande son Trésor.

Maintenant nous suivons une de ces rives de pierre, et la fumde du ruisseau forme au-dessus un brouillard qui préserve du feu Tonde et ses bords;

De même que les Flamands, entre Gadsandt et Biaigcs, craignant le flot qui s'avance vers eux, élèvent une digue pour faire fuir la mer ;

Et de même les Padouans, le long de la Brenta, pour défendre leurs villes et leurs châteaux, avant que Chlarentana sente la chaleur*;

Sur ce modèle, mais ni si hautes ni si lai'ges, étaient faites les digues qu'avait construites ici l'ingénieur, quel qu'il fût.

Déjà nous étions si éloignés de la forêt, que je n'aurais pas vu où elle était, si je m'étais retourné en arrière;

Quand nous rencontrâmes une troupe d'âmes qui venait le long de la rive, et chacune nous regardait, comme on a coutume le soir

De se regarder l'un Fautre aux rayons de la nouvelle lune, et elles fixaient leurs yeux sur nous, comme un vieux tailleur sur le chas de son aiguille.

Ainsi examiné par cette troupe , je fus reconnu de l'un d'eux, qui me prit par ma robe, et s'écria : a Quelle merveille! »

Et moi, tandis qu'il me tendait les bras, je fixai mes regards sur sa face brûlée, si bien que, tout déflguré qu'U était, il ne me fut pas impossible

De le reconnaître à mon tour; et abaissant ma main vers son visage, je répliquai : « Étes-vous ici, ser Brunetto»? »

' Chiarcntana, montagne des Alpes, où la Brenta prend sa source.

* Brunetto Latini) orateur, poète, bibtoricn, pbtlosophe et tlicologien) ou à Fl««

214 LA DIVII^E COMÉDIE.

Et lui : (( 0 mon fils! ne te fâche pas si Brunetto Latini retourne un peu en arrière avec toi et laisse aller la file. »

Je lui dis ; « Je vous en prie autant que je puis, et si vous voulez que je m'asseye avec vous, je le ferai, s'il plaît à celui-ci, car je vais avec lui.

— 0 mon fils, dit-il, celui de cette troupe qui s'arrête un instant reste cent ans sous cette pluie, sans pouvoir secouer le feu qui le blesse.

» Va donc en avant, je marcherai à ton côté, et puis je rejoindrai ma bande qui va pleurant ses étemelles soufûances. »

Je n'osai pas descendre d'abord pour aller de niveau avec lui, mais je marchais la tête inclinée, dans l'attitude du respect.

Il commença : c( Quelle fortune ou destin, avant l'heure dernière, t'amène ici-bas? et quel est celui qui te montre le chemin?

— Là-haut, dans la vie sereine, lui répondis-je, je me suis égaré dans une vallée avant que mon âge fût rempli.

» Mais hier, au matin, j'ai fait volte-face; celui-ci m'est apparu comme je revenais sur mes pas, et me remit dans ma voie par cette route. »

Et lui à moi : a Si tu suis ton étoile , tu ne peux manquer un port glorieux, si j'ai bien consulté ta belle destmée.

» Et si je n'étais pas mort sitôt, te voyant le Ciel si prospère, je t'aurais donné cœur à l'ouvrage.

» Mais ce peuple ingrat et méchant, qui descendit autre-

rencc, était à la tète d'une dcolc célèbre d'où sortirent Guido Cavalcanto et Daute. Il fut secrétaire de la république, qui le chargea de plusieurs ambassades. H lit sur la physique et les mathématiques un livre intitulé TeiorettOy dédié * saint Louis. Forcé de s'expatrier comme Guelfe, H vint s'établir à Paris, où il compou, en français, le Trésor. < S'aucuns demande pour(|uoi chis livre est écrit en romans, selon le patois de France, puisque nous soiucs Italiens, je diroé que c'est pour deux raisons ; l'une est parce que nous somcs on France, l'aulrc si est porce que françois est plus délitables langages, et plus communs que moult d'autres. > (M.)

l'e5Frk. oiant it. sis

Ub de Fiësole*^ et qui tient encore de Tâprctë de ses montagnes et de son rocher,

» Se fera ton ennemi, à cause de tout ce que tu Teras de Hon, et c'est raison; ce n'est pas parmi les âpres sorbiers qn^il convient que mûrisse la douce figue.

B Une vieille renommée dans le monde les dit aveugles, ntt «rare, envieuse et superbe : que leurs mœurs ne te ■oofllent jamais!

> La fortune te réserve tant d'honneur, que l'un et l'autre llfttt aura faim de ton retour; mais que lîierbe soit loin de leur bec.

» Que les bêtes de Fiésole se lassent une litière de leurs sorps, et qu'elles ne touchent pas à la plante, s'il s'en élève encore quelqu'une sur leur fumier,

» Dans laquelle revive la sainte semence de ces Romains fri y restèrent quand fut construit ce nid de perversité.

— Si tous mes vœux étaient remplis, lui répondis-Je, TOUS ne seriez pas encore mis au ban de l'humaine nature,

1 Car j'ai toujours présente à l'esprit, et elle m'afflige en ee moment, votre chère, et bonne, et paternelle image, knque, dans le monde,

1 Vous m'enseigniez comment Thomme s'éternise; et le gié que je vous en ai, il faut, tandis que je vis, qu'on le iKhe par mes paroles.

« Ce que vous me racontez de ma destinée , je l'écris et le garde pour le faire expliquer, avec un autre texte*, par une Dame qui le saura faire, si j'arrive à elle.

>i Seulement je veux qu'il vous soit bien connu que, pourvu que ma conscience ne soit blessée en rien, je suis prêt à ce que veut de moi la fortune.

» De telles arrhes ne sont pas nouvelles pour moi; que la fortune tourne donc sa roue comme elle voudra, et le paysan son hoyau! »

' Fi('>âolo, petite ville située au-dessii» de Florence, est regardre comme le berroau des Florentins.

• La prédiction de Farina^a ( au cliauj X ), qui lui lera expli(|née i»ar Bt'^tricf!,

Mon maître alors se retourna du côté droit et me regarda, puis il dit : « Bien écoute, qui prend note*. »

Je n'en allai pas moins causant avec ser Brunetto, et demandant quels étaient ses compagnons les plus remarquables et les plus éminents.

Et lui à moi : « Quelques-uns sont bons à connaître ; les autres, il vaut mieux n'en pas parler, car le temps serait court pour un si long récit.

» En un mot, sache qu'ils furent tous clercs et grands lettres et de grand renom, et tous salis du même péché dans le monde.

» Priscien' s'en va avec cette foule désolée, et Françds d'Accurse aussi'; et si tu avais eu envie d'un si hideux spectacle,

» Tu aurais pu voir celui qui fut transféré par le serviteur des serviteurs de Dieu, de TArno au Bacchiglione, oii il laissa ses membres tout tordus ^.

» J'en dirais plus; mais je ne puis avancer ni parler davantage, parce que je vois surgir du sable une nouveller fumée ;

» 11 vient des gens avec qui je ne dois pas être; je te recommande mon Trésor dans lequel je vis encore, et ne demande rien de plus. »

Puis il se retourna, pareil à ceux qui, à Vérone, se disputent à la com'se le palio^ vert par la campagne; et il semblait, en courant.

Celui qui gagne et non celui qui perd le prix.

> Virgile veut dire : < Ta te rappelles bien mon vers : > Supcranda omnis fortuna fcrcndo est. »

* Priscien, grammairien de Césarëe.

• François d'Accursc, jurisconsulte de Florence.

* Aniirc de' Mozzi, qui fut dépossédé de l'cvèché de Florence pour ses vires, pois transrtMV ù celui de Yicencc, où passe le Bucchiglione.

• Le palio est une p'.èce de drap vert qui est le prix du meill(>nr coureur.

L'cnm. OURT xn. 217

CHANT XVI

liite. — L«« poêlei fCMontreiit 6«idoc«em, Teggkhûo et InticMei, gmnrtun Outres de Florence. — Arrhrët u bord da goaftre, o« ert le Witiâae cereir, 'Hi wfmvAftnl GérjfMj image de la Fraode.

fêm déjà au lieu où s'entendait le retentissement de fma qpî tombait dans l'autre cercle, semblable au bourloonement que font les ruches,

liOrsque trois ombres à la fois se détachèrent en courant tmie bande qui passait 90us la pluie de Tàpre martyre;

Elles Tinrent vers nous, et chacune criait : « Arrête, d loi qui, à ton vêtement, parais être un enfant de notre cou- (lUe patrie ! »

Hâas! quelles plaies vieilles et récentes je vis sur leurs membres brûlés ! j'en suis encore tout ému pour peu que ie me les rappelle.

* A leurs cris, mon maître s'arrêta; il se tourna le visage Ters moi : « Attends ici, dit-il, si tu veux être courtois pour eeux-ci.

» Et n'était la flamme qui lance ses traits sur ce lieu, je te dirais que, dans cette rencontre, c'est à toi plus qu'à eux que convient l'empressement. »

Gomme nous nous arrêtions, les ombres recommencèrent leur première complainte; et lorsqu'elles furent arrivées à nous, elles tournèrent en cercle toutes les trois,

Comme avaient coutume de faire les lutteurs nus et huilés, visant Icm^ proie et leur avantage avant de se battre et de se blesser entre eux.

Ainsi tournant, chacune dirigeait vers moi son visage, de telle sorte que la tête faisait un continuel voyage en sens contraire des pieds.

« Quoique la misère de ce sol mouvant et son aspect triste et délabré nous vouent au mépris, nous et nos prières, commença l'une d'elles :

» Que notre renommée persuade ton cœur à nous dire

tf 8 U KTDK

qui tu es^ toi qui poses ainsi sans crainid tes pieds yinab dans l'enfer;

» Celui dont tu me vois foùl^ les traces^ tout du et loi j écorché qu'il ybl, fût d'un raj:ig plus haut que tu nearalL

» n fut le petit^fils de la pudique Gualdradtf!; Jl eut Mi Guidoguerra, et dans sa vie il fit beviooiqp avec la ngM, etaTecl'épée*; •'♦*'

9 L'autre qui^ après mol^ broie Tarène est Ti Aldobrandini, dont là-haut dans* le monde la voix être écoutée*.

» Et moi^ qui suis mis eu crobc avec eux. Je foi J^Mf RusUcucd; et certes^ ma cruelle femme^ plus qà» foo^llv nui!^». » ^ ■■'

Si j'àTais pu être à Tàbri de la pluie de fea. Je me ittf jeté parmi ceux d'en bas^ et je crois que le taialtra souffert.

Mais, comme je me serais brftlé et cuit, la peur quit la bonne intention qui me rendait atlde de kl cdK brasser.

Puis je commençai : « Ce n'est pas du mépris, mais OM douleur Ineffaçable que votre condition a mise en moi,

D Aussitôt que mon seigneur m'a dit les paroles d'qprèi lesquelles j'ai pensé qu'U arrivait des gens tels qu'en ^M vous êtes.

» Je suis de votre terre, et toujours j'ai dtë et écouté avec affection vos actes et vos noms honorables;

» Je quitte le fiel, et vais vers les fruits savoureux qnl me sont promis par mon guide sincère; mais anpanmmt il faut que je descende jusqu'au centre.

— Que l'âme guide longtemps tes membres, r^Uqn

* Gaidogvem, petit^Ols de la belle Gualdrada, fut un valennix diefaUer, et bomme d'ane grande prudence et conseil; à la bataille de BeiMimto, eut» Omtm lu l" et Manfred, il fut rëputë le principal motif de la victoire. <Qfaigiir.)

* Tcgghiajo Aldobrandini, de la fiuftille des Adimari, avait déoooieiUé feitf»» prise des Florentins contre les Siennols, entreprise où les FlarentlBs fineat déUf dans la valide d'Arbia. (Id.)

* Jacopo Rustiencci toueba ici en mitnvalse part de m femne povr ce fi'aQo fut si inescbante qn'il fat force de se séparer d'elle, (Td.J

L'filFBA. CHAUT XTI. 210

ToiDlire alon^ et que ta renommée resplendisse après toi!

9 Dis-nous si la courtoisie et la valeur habitent comme autrefois notre cité, ou si elles en sont tout à fait exilées;

9 Car Guillaume Borsière^ qui gémit avec nous depuis peu, et marche là avec nos compagnons^ nous torture de •esrédts^

— Les nouveaux venus et les gains subits ont engendré ea toi, Florence, tant d'orgueil et d'immodération, que déjà tafen plains toi-même ! 9

iTAinsi criai-je, la face levée; et les trois ombres, entendant cette réponse, se regardèrent Tune l'autre, conune on fait lorsqu'on entend une vérité.

c Si les autres fois il t'en coûte si peu pour satisfaire autrui, répondirent-elles toutes, heureux toi qui parles ainsi à ton gré.

» Cest pourquoi, si tu sors de ces sombres lieux et que tu retournes voir les belles étoiles, quand il te plaira de dire : « J'y fus, ï>

» Fais qu'on parle de nous chez les hommes. 9 Ensuite ils rompirent le cercle, et pour s'enfuir leurs jambes agiles Kmblèrent des ailes.

Un amen ne pourrait pas se dire en si peu de temps qu'ils en mirent à disparaître; e'est pourquoi il plut à mon maître départir.

Je le suivais, et nous avions peu marche, lorsque le bruit de l'eau fut si près, qu'à peine nous aurions pu nous entendre parler.

Conmie ce fleuve qui suit son propre chemin, à partir de Montviso vers le levant, à la gauche des Apennins,

Qui se nonune Acquacheta avant qu'il se précipite dans un lit plus bas, et qui perd ce nom à Forli,

Puis, tombant d'une seule chute, mugit sur San-Bene-

' Boniëre fat un cbevalier de Florence d'une ramilie asscs noble, qui fréqiientoit les cours des princes. L'on raconte de lui qu'estant à Géncs, et comme Ucrminio Grimaldi, lionime riche, mais avare, lui demundoit ce qu'on pounoil lucUro eu peinture dans une saMe que l'on n'auroit point veuo C}--<levant, il nSpondit : Je TOUS dirai une chose de laquelle vous n*cUi>tei jamali cognLissanco, peiguus la libërtUté. (Grtflgier.)

220 XA DmiŒ coMÉmG.

delto, où un millier d'hommes devraient trouver une retraite* :

Ainsi, au bas de la roche escarpée, nous entendîmes retentir si fort l'eau teinte de sang, qu'en peu d'instants mon oreille en fut tout assourdie.

J'étais ceint d'une corde, et avec elle j'avais espéré précédemment prendre la panthère à la peau tachetée;

Après que je m'en fus dépouillé, ainsi que mon guide me Tavait ordonné, je la lui présentai roulée et repliée ;

Alors il se tourna du côté droit, et, d'assez loin du bord la jeta dans ce gouffre profond.

Il faut, disais-je en moi-même, que quelque chose de nouveau réponde à ce nouveau signal que le maître surveille ainsi.

« Oh ! que les hommes devraient être circonspects près de ceux qui ne voient pas seulement les actes, mais qui, avec l'intelligence, regardent au fond des pensées! »

Il me dit ; «A l'instant même, ce que j'attends va venir, et il faut qu'à l'instant même ce que ta pensée rêve se découvre à ton regard. »

Toujours l'homme doit fermer les lèvres autant qu'il peut à la vérité qui a l'ah* du mensonge, car, sans être en faute, il s'expose à la honte.

Mais ici je ne puis me taire; et par les vers de celte comédie', à qui je désU^e une faveur longue, je te jure, ô lecteur.

Que je vis venir, nageant* dans l'air épais et obscur, une figure surprenante pour le cœur le plus forme :

Semblable au marin qui parfois descend pour détacher l'ancre accrochée à l'écueil ou à tout autre objet caché dans la mer.

Et qui, étendant ses bras, se repUe sur ses pieds.

• L'abbaye de San-Benedetto pourrait, par sa grandeur et les aTantages de sa position, contenir mille moines.

' Le titre de Comédie a Mé explique dans la Notice sur Dante.

* Tirgile a dit : Remigium aJarum.

l'erib. chaht xtu. SSl

CHANT XVII

Nrtnit de GérjoD. -* Dante parle einite des Usorlert eafeméi daaf la trol* aènae enceinte des Tiolents. — Portés per 6^700, les poètes sortent du septiCBM cerde.

t V(»d la bête à la queue acérée qui transperce les montagnes et rompt les murs et les armes; voici celle qui inktte le monde entier. «

Ainsi commença à me parler mon guide^ et il lui ût signe de Tenir au bord de notre sentier de marbre.

Et cette laide image de la Fraude s'en vint, et clic avança la tète et le buste, mais elle ne posa pas sa queue nr la rive.

Sa face était la face d'un homme juste ; elle avait la peau lïèî-douce, et le reste du corps était d'un serpent.

Elle avait deux serres velues jusqu'aux aisselles; clic ifait le dos, la poitrine et les deux côtés marquetés de noeuds et de taahes rondes.

Jamais l'envers ni l'endroit d'une étoffe ne fut plus riche en couleurs chez les Tartares et les Turcs, et telles n'étaient pas les toiles d'Arachné.

Comme parfois sont les barques sur la rive , moitié dans Ccau et moitié à terre, et comme chez les Germains glouons.

Le castor s'accroupit pour faire la gueiTC; ainsi la déestable bête se tenait sur le bord qui enferme de pierre le sable;

Elle agitait toute sa queue dans le vide, redressait la fourche venimeuse qui en armait la pointe comme celle du scorpion.

Mon guide me dit : a II convient qu'à présent nous lourîiions nos pas vers cette méchante bête qui est couchée là. »

C'est pourquoi nous descendîmes à droite , et nous fîmes deux pas sur le bord, de manière à bien éviter le sable cl la flamme.

Et quand nous fûmes arrivés près d'elle^ un peu au delà^ je vis sur l'arène des gens assis près du gouffre*.

Là^ mon maître : a Afin que tu emportes une pleine et entière connaissance de ce cercle^ me dit-il^ va^ et vois leur condition;

» Que ta conférence y soit courte. En attendant que tu reviennes^ je parlerai avec celle-ci pour qu'elle nous prête ses fortes épaules. »

Je m'avançai donc tout seul à Textrémitë du septième cercle^ où gisaient ces malheureux.

La souffrance leur sortait.par les yeux; deçà delà, à l'aide de leurs mains elles repoussaient tantôt les vapeurs et tantôt le sable brûlant.

Pas autrement ne font en été les chiens, ou des pattes ou du museau, quand ils sont mordus des puces, des mouches ou des taons.

Après que j'eus regardé au visage plusieurs de ceux sur lesquels tombe la flamme douloureuse, je n'en reconnus aucun, mais je remarquai

Qu'au cou de chacun d'eux pendait une bourse d'une certaine couleur et marquée d'un certain signe, et leurs yeux semblaient s'en repaître'.

Et en m'approchant d'eux pour les envisager, je vis sur une bourse de l'azur qui avait toute l'apparence d'un lion»;

Puis, poursuivant le cours de mes observations, j'en vis une autre, rouge comme du sang, montrer une oie plus blanche que du lait*;

Et un d'eux , qui avait sa bourse blanche marquée d'une grosse tache d'azur % me dit : a Que fais-tu dans cette fosse?

» Va-t'en; et puisque tu es encore vivant, sache que

< Les usuriers.

* Le poète ne daigne pas les nommer, mais il flétrit leur ccusson.

* Les Gianfigliazzi, de Florence, portaient d'or au lion d'azur.

* Les Ubhriachi portaient de guoulcs à l'oie Llancbe.

* Armes des Scrovigni de Padouo.

l'enfer. CHANT XVII. 223

mon voisin Vitaliano^ s'assoira ici à mon flanc gauche.

» Au milieu de ces Florentins, je suis Padouan; souvent ils m'étourdissent les oreilles, en s'écriant : a Vienne le chevalier souverain,

» Qui portera la bourse aux trois becs*, n Puis il tordit la bouche et tira la langue comme le boeuf <pii se lèche les naseaux.

Et moi, craign^mt qu'un plus long retard ne fâchât celui qui m'avait averti de rester peu, je tournai lé dos à ces Ames misérables.

Je trouvai mon guide qui avait déjà sauté sur la croupô du farouche animal^ et il me dit : a  présent, soit fort et hardi.

y> On ne descend ici que par des échelles ainsi faites. Monte devant, je veux être entre la queue et toi, afin qu'elle ne puisse pas te faire de mal. n

Gomme celui qui est â près du frisson de la fièvre quarte, qu'il a déjà les ongles pâles, et qu'il tremble de tout son corps, rien qu'en regardant l'ombre.

Tel je devins à ces paroles; mais ses menaces me firent la honte qui rend fort un serviteur devant un bon maître.

Je m'établis sur ses larges épaules ; je voulus dire : « Aie soin de me tenir, » mais la voix ne vint pas comme je croyais;

Mais lui, qui précédemment m'avait déjà secouru dans le danger, sitôt que je fus monté, me serra dans ses bras et me soutint,

Et dit: «Géryon, mets-toi en marche à présent; ne mébage pas les larges circuits et la descente; songe à la nouvelle charge que tu portes. »

Comme la barque s'éloigne du bord, il recula, recula, et lorsqu'il se sentit la liberté de tous les mouvements,

n tourna la queue où il avait la poitrine, et, l'allongeant,

» Vitaliano (Ici Dente, insigne usurier de Padoue. ' Aulrc usurier : c'est raesser Jcau Buiamonte, de Florence. * Gi'ryon, roi d'Érjthie, image de la Fraude. Il avait trois corps, d'où set noai de tricorpovy triformitf tergeminus^li fut vaincu par Hercule.

224 LA DIVINE COMÊDie.

il Tagita comme une anguille et ramena Tair à lui avec ses griffes.

Je ne crois pas que Phaéton eut une peur plus grande lorsqu'il abandonna les rênes et que le ciel s'embrasa comme on peut le voir encore^

Ni le malheureux Icare ^ quand^ la cire s'échauffant, il sentit ses reins perdre leurs ailes ^ et que son père lui criait : « Tu prends un mauvais chemin ! »

Que ne fut ma peur^ lorsque je me vis dans Tair de tout côté^ et que je perdis toute autre vue que celle de la bête!

Elle s'en va^ nageant lentement^ lentement; elle tourne et descend ^ mais je ne m'en aperçois qu'au vent qui me souffle au visage et sous moi.

J'entendais déjà à main droite le gouffre faire au-dessous de nous un fracas horrible; c'est pourquoi je portai en bas la tête et les yeux :

Alors j'eus plus grand'peur du précipice, car je vis des feux et j'entendis des gémissements, et, tout tremblant, je me ramassai sur moi-même.

Et, ce que je ne voyais pas avant, je vis alors que nous Jescendions en tournant parmi les grandes douleurs qui s'approchaient de divers côtés.

Comme le faucon qui est resté longtemps sur ses ailes sans voir ni leurre ni oiseau , et qui fait dire au fauconnier : « Holà ! viens donc ! »

Descend fatigué des hauteurs où il traçait cent cercles rapides, et s'abat plein de dépit et de fiel loin de son maître,

Ainsi Géryon nous déposa au fond du gouffre, au pied de la roche ruinée, et, déchargé de nos personnes,

11 s'éloigna comme la flèche loin de la corde«

L^ENFER. CHANT XVUI.

CHANT XVIII

Huitième cercle, ou des Fraudeurs. — Il se divise en dix fosses. — Dans la première, les Ru6ens et les Séducteurs sont Tustigés par les Démons. — Dante y trouve Caccianimico et Jason. — Dans la secrnde, les Flatteurs et les Courtisans sont plongés dans une mare d'immondices.

Il est en enfer un lieu appelé Malebolge, tout en pierre, et de couleur de fer comme l'enceinte qui règne autour *.

Juste au milieu de la plaine funeste s'ouvre un puits large et profond dont je racontei^ai la structure à sa place.

L'espace qui reste entre le puits et le pied de ce dur rivage est rond, et le fond est divisé en dix vallées.

De même que lorsque , pour la garde des remparts, de nombreux fossés entourent les châteaux, la partie où ils se trouvent en est plus sûre.

Tel était reflet que faisaient ceux-ci; et comme ces forteresses ont des ponts qui vont de leur seuil à l'autre bord.

Ainsi du bas dé la montagne s'avançaient des rochers qui coupaient les fossés et les abîmes jusqu'au puits où ils se rejoignent et se perdent.

Descendus de la croupe de Géryon, c'est dans cet endroit que nous nous trouvâmes. Le poète prit à gauche, et je marchai derrièie.

A main droite, je vis de nouveaux sujets de pitié, de nouveaux tourments et de nouveaux bourreaux qui remplissaient la première vallée.

Au fond les pécheurs étaient nus; une moitié venait vers nous, l'autre suivait notre direction, mais à plus grands pas.

Comme les Romains, à cause de la grande afQuence qui traverse le pont Saint-Ange l'année du Jubilé , ont adopté cette règle que tous ceux qui ont le visage tourné vers le château et vont à Saint-Pierre prennent un des côtés, et que ceux qui vont à Monte-Giordano suivent l'autre,

I Malebutgef fosses maudites. Mot compose de bolgiai goniïre, fosse, sac, et de maloy mauvais, maudit. Dant Festus : « Bulgtu Galli saccos «corMM appellant,:^

Ainsi, deçà et delà, sur le noir rocher, je vis des démons cornus avec de grands fouets dont ils frappaient cruellement les damnés par derrière.

Oh! conmie ils leur faisaient lever les jamhes du premier coup ! et personne n'attendait ni le second ni le troi- Bième.

Tandis que j'allais, mes yeux rencontrèrent un damné, et aussitôt je dis : <( Je ne suis pas sans avoir déjà vu celui-là. »

C'est poiu*quoi je suspendis ma marche pour le considérer; et mon doux guide s'arrêta avec moi et me permit de me tourner un peu en arrière.

Et le fustigé crut se cacher en baissant la tête; mais cela lui servit peu, et je dis : « Toi qui jettes les yeux à terre,

» Si tes traits ne sont pas trompeurs, tu es Yenedico Caccianimico. Quelle faute t'a soumis à une peine si cuisante? »

Et lui à moi : <( Je le dis avec répugnance, mais je cède à ta voix claire qui me fait souvenir du monde d'autrefois;

)) Je fus celui qui poussai la belle Ghisola à faire la volonté du marquis, quoi qu'on ait dit sur cette histoire*.

» Et je ne suis pas le seul Bolonais qui pleure ici; bien plutôt, ce lieu en est si plein qu'entre la Savana et le Reno*,

» Il n'y a pas à cette heure autant de langues habituées à dire sipa^; et si de cela tu veux un témoignage, rappelle à ton esprit notre avarice notoire. »

Comme il parlait, un démon le frappa de son fouet et dit : « Va, rufien! ici il n'y a pas de femmes à vendre. »

Je rejoignis mon escorte, et après peu de pas nous arrivâmes là oii un rocher sortait de la montagne.

Nous le gravîmes légèrement, et, tournant à droite par ce rocher, nous partîmes de cette éternelle enceinte.

Quand nous fûmes arrivés au point où il s'ouvre en des-

> Quelques auteurs disculpent Venedico.

' Rivières de l'État de Bologne.

i Au lieu d« Ot^t oalf iqU \m IMonaii diMUi iipa.

l'enfer, chant xvm. 227

sous pour faire passage aux damnés^ mon guide me dit : « Arrête-toi,

» Et tâche de voir ces autres condamnés dont tu n'as pas vu encore la face, parce qu'As ont marché dans le même sens que nous. »

Du vieux pont , nous regardâmes la file qui venait vers nous de l'autre côté, et que le fouet frappait également.

Et le hon maître, sans être questionné, me dit : a Regarde cette grande omhre qui vient, et qui, malgré sa soufi&ance, ne parait pas verser une larme.

)» Quel royal aspect elle conserve encore! C'est Jason qui, par courage et par sagesse, déroba la toison à la Colchide.

» Il passa par l'île de Lemnos, après que les femmes audacieuses et cruelles eurent livré à la mort tous les habi« tants mâles.

i> Là, par ses démonstrations et ses paroles dorées, il trompa la jeune Hypsipyle, qui auparavant avait trompé toutes ses compagnes;

» Il l'y laissa grosse et seule; ce crime le condanme à ce martyre qui est aussi la vengeance de Médée ^

y> Avec lui s'en vont ceux qui trompent de la sorte, et qu'il te suffise de savoir cela de la première vallée et de ceux qui y sont déchirés, t»

Déjà nous étions là où l'étroit sentier se croise avec la seconde chaussée, et de ce pont s'appuie à Tautre.

Là, nous vîmes ceux qui se lamentent dans l'autre fosse, et qui soufQent des narines et se frappent eux-mêmes de leurs mains.

Les rives étaient encroûtées de moisissure par la vapeur d'en bas qui s'y attache et qui cherche querelle aux yeux et au nez;

Le fond est si creux qu'il ne suffît pas de voir le lieu sans monter au sommet de Farche où le rocher domine davantage.

( llédée, que Jason aTait aussi abandonBëe,

228 lA DIVIKE COMÉDIE.

Là^ nous YÎmes^ et en bas^ dans la fosse^ je vis des gens enfoncés dans une fiente qui paraissait sortir des latrines humaines;

Et tandis que je cherchais de l'œil là dedans^ je tIs une tête si souillée d'excréments, qu'on ne savait si c'était un laïque ou un clerc.

Celte tête me cria : .« Pourquoi es-tu si avide de me regarder plutôt que ces autres défigurés? » Et moi à lui : « Parce que, si j*ai bonne mémoire,

» Je t'ai vu autrefois avec les cheveux ^cs, et tu es Alexis Interminelli, de Lucques; c'est pour cela que je te regarde plus que tous les autres ^ »

Et lui alors, se frappant la tête : a Si je suis plongé idbas, c'est par les flatteries dont ma langue ne s'est jamais fatiguée. »

Après cela, mon guide : a Fais en sorte, me dit-il, d'avancer un peu le visage, afln que tes regards atteignent la figure de cette sale esclave échevelée

» Qui se déchu*e avec ses ongles dégoûtants^ et tantôt s'accroupit, tantôt se dresse sur ses pieds.

» C'est la courtisane Thaïs*, qui, lorsque son amant lui dit : (( Ai-je de grands méiites à tes yeux? » lui répondit : « Oui, de merveilleux. »

» Et ici que nos regards se tiennent pour rassasiés, »

* « ClieTalicr beaucoup maguiGqne et libéral ; mais Dante le met icv, parce qu't ëtoit adonne à la flatterie. > (6.)

' Il ne s'agit point ici de la fameuse Thaïs de Corinthe, mais d'un personnage d'une comédie de Tércnce : c'est cette courtisane imaginaire que Dante place en cnrer. Voici la note de Houtonnet, prise, comme presque toutes les autres, des commentateurs ses devanciers : Thaïs joue le principal rôle dans V Eunuque do Tércnce. Phaedria, iils de Lâches, en est cperdnment amoureux, ainsi que le capitaine Thrason. Celui-ci envoie à Thaïs une jeune esclave par le parasite Gnaton. Dès que ce dernier est de retour, Thrason lui dit : « Thaïs me fait-elle de granda remerclmenls ? — Très-grands, lui répond Gnaton.

Magnas vero agere gratias Thaïs mihi?... — 'Ingénies. >

l'ekfer. chant %ix. 220

CHANT XIX

Troisième fosse du huitième cercle, ou des Simoniaques. — leurs corps sont enfonces dans la fosse et leurs jambes sont dévorées par les flammes. — Le pape Kicolas III.

0 magicien Simone ô misérables sectateurs, âmes rapaces qui prostituez pour or et pour argent les choses de Dieu, qui devaient être Tes épouses de la vertu,

C'est pour vous maintenant que va résonner la trompette, puisque vous êtes dans la troisième fosse/

0 suprême Sagesse, qu'il est grand, l'art que tu montres dans le ciel, sur la terre et dans le mauvais monde, et comme ta vertu répartit juste !

Je vis sur le bord et dans le fond la pierre livide, pleine de trous, tous de la même largeur, et chacun d'eux était rond.

Ils ne me paraissaient pas moins amples ni plus grands que ceux qui sont faits dans mon beau Saint-Jean, pour servir de baptistère';

L'un desquels, il n'y a pas encore beaucoup d'années, je brisai, parce qu'un enfant s'y noyait; et que cela soit une occasion pour tout homme de se détromper '.

Hors de la bouche de chacun de ces trous sortaient les pieds d'un pécheur et les jambes jusqu'au mollet, et le reste du corps était dedans.

Les pieds flamboyaient tous deux ; c'est pourquoi ils se secouaient si fort les jointures, qu'ils auraient brisé liens et cordes.

■ On lit dans les Actes, que Simon, magicien de Samarie, offrit de l'argent à saint Pierre pour acheter de lui le don des langues et des miracles, et qu'il fut maudît par les apôlres : les simoniaques sont ceux qui, comme Simon, funt traGo des choses spirituelles.

' San-Giovanni, baptistère de Florence.

* Dante, ayant brisé le couvercle d'un de cet troncs du baptistère, fut accusé de Mcrilége.

230 LA DIVIlfB COmËDIBf

De même que la flamme des objets enduits de graisse monte à l'extrême superficie, ainsi elle se tenait aux pointes des talons :

« Maître, quel est celui qui, furieux, s'agite plus que ses autres compagnons, dis-je, et que la flamme ronge et suce davantage? »

Et lui à moi : « Si tu veux descendre au bas de la rive, tu sauras de lui ses crimes et les leurs, i»

Et moi : a Tout ce qui te plaît me convient; tu es le maître, et tu sais que je ne me dépars pas de ta volonté; tu sais même ce que Ton tait. »

Alors nous montâmes au haut de la quatrième chaussée, puis nous tournâmes et descendîmes à main gauche au fond de la fosse étroite et percée de trous.

Et le bon maître ne m'écarta poûit encore de sa hanche, qu'il ne m'eût amené au trou de celui qui se plaignait ainsi avec la jambe.

« Oh ! qui que tu sois , qui te tiens le haut en bas, ftme malheureuse, fichée comme un pal, commençai-je à dire, si tu peux, reste tranquille ^ »

Je me tenais comme le moine confessant l'assassin perfide, qui, lorsqu'il est enfoncé, le rappelle à lui, pour que la mort s'éloigne.

Et il cria : « Es-tu déjà ici? es-tu déjà ici, Boniface*? La prédiction m'a menti de plusieurs années.

» Es-tu si vite rassasié de ces biens pour lesquels tu n'as pas craint d'épouser par la fraude l'auguste Dame' et de lui prodiguer l'outrage? »

Je devins tel que ceux qui sont honteux de ne pas comprendre ce qu'on leur a dit et ne savent pas répliquer.

Alors Virgile dit : a Réponds-lui vite ; je ne suis pas celui, je ne suis pas celui que tu crois; » et je répondis comme il me fut prescrit.

' L'ombro enfoncëe ainsi la tête en bas, est le pape Nicolas ni, delà amille des Orsini, élu en 1277.

' Bonirace Vm, qui mourut en 1303. Celestin V a d t de Bonirace : « Intravi( at vulpcs, regnavil ut leo, mortuus est ut canis. >

•L'Église,

L'EMFBI. chaut XIX. 131

(Test pourquoi Tesprit tordit ses deux pieds; puis^ en soupirant et d'une voix plaintive^ il dit : a Que dcmandestadonc?

» Si tu as envie de Bavdr qui je suis, au point d'avoir Innchi ces rochers, sadie que je fus revêtu du grand ftanieau;

> Et vâitablement je fus fils de l'Ourse >; et si cupide, 9», pour élever les oursins, j'ai mis tout l'or de la terre Ans ma bourse, et moi-même dans celle d'en bas*.

» Sous ma tête sont les autres simoniaques qui m'ont précédé, enfoncés dans cette crevasse de pierre.

» J'y tomberai aussi, quand viendra celui pour qui je t'ai Ikris, lorsque je t'ai fait ma soudaine demande.

» Mais depuis que mes pieds brûlent et que je suis ainsi sens dessus dessous, plus de temps s'est écoulé qu'il n'en Testera, lui, à souffrir aux pieds la même cuisson;

n Car, après lui, viendra du couchant, et cliargë de plus de crimes, un pasteur sans loi'; c'est celui-là qui doit me Tecouvrir;

9 Ce sera un nouveau Jason, pareil à celui dont parle le livre des Machabées. Et comme son roi fut faible envers l'autre, ainsi sera pour celui-ci le souverain de la France. » Je ne sais pas si ici je fus trop emporté, mais je lui répondis en ces termes : « Or çà, dis-moi quel trésor

1» Notre-Seigneur voulut-il de saint Pierre, avant de mettre les clefs en son pouvoir? Il ne lui demanda rien, sinon : a Suis-moi. »

» Ni Pierre ni les autres n'enlevèrent à Matthias son or et son argent, quand il fut élu à la place que perdit Tâme traîtresse*.

v Reste donc là, car tu es justement puni, et garde bien ta richesse mal acquise qui t'a rendu hardi contre Charles*.

* li fait allusion an nom de sa famille, Orsini.

* C'est-à-dire dans les fosses nommées MaUholgt,

•Il désigne Cle'ment V, archevêque de Bordeaux, lequel, par l'inBuonce de Philippe le Bel, fut élu pape, après la mort de Boniface YIII, en 1309.

* Le traître Judas, qui fut remplacé par Matthias.

' Charlei I*'» roi de U Pooille» qpi ëiait de la meiioa de Fnoce. Onne^er dii

» Et n'était que me retient encore le respect des defs souveraines que tu tins dans la douce vie,

» J'userais de paroles encore plus austères, car le monde s'attriste de votre avarice qui foule aux pieds les bons et élève les méchants;

» Il vous a vus, pasteurs, l'Évangéliste, lorsqu'il aperçut celle qui est assise sur les eaux se prostituant aux rois^,

D Celle qui naquit avec les sept têtes et tira sa force de ses dix cornes, tant que la vertu plut à son époux.

» Vous vous êtes fait des dieux de l'or et de l'argent», et quelle différence de vous à l'idolâtre, si ce n'est qu'il en adore un et que vous en adorez cent?

D Ah! Constantin! de quels maux fut la source, non ta conversion, mais la dot que reçut de toi le premier pape opulent! »

Et tandis que je lui chantais ces notes, soit colère ou conscience qui le oiordît, il secouait fortement les pieds.

Je crois bien que je plus à mon guide, qui entendit toujours d'un air satisfait le son des paroles proférées avec sincérité;

C'est pourquoi il me prit dans ses bras, et, lorsqu'il me tint bien sur sa poitrine, il remonta par la route d'où il était descendu.

Et il ne se lassa pas de me serrer contre lui , qu'il ne m'eût porié sur le haut du pont qui va de la quatrième à la cinquième chaussée.

Là il posa doucement son doux fardeau sur l'âpre et roide rocher, qui serait un rude chemin pour les chèvres.

De là je découvris ime autre vallée.

« n Tant savoir qne ce pape, à cause de ses richesses, entra en une telle présomption, qu'il Gt demander au dict Cbarles une de ses niepccs pour son neveu; Ion Charles répondit : « Que bien qu'il eût les pieds rouges, il n'éloit pas digne d'a- > voir alliaucc avec le sang de France. » Doât le pape eut si grand crèvc-corar, qu'il lui osta le vicariat do la Toscane. >

' € Vcni, ostcndam tibi daronationem nieretricis magnœ, quœ sedet super aquas nnlUs. Cnm quft fornicali sunt rcges terrae... Vidi mulicrcm sedenlem super bestiara coccincam, plenam nominibus blasphcnoiae, habentcoi capita septeniyCl coi^ nua dcccm. » [Apœ., cap. ivii.)

• Àurum suum H urg^ntum /tcmm< iibi édofo. (Oscc.J

l'ghfeb. cnun xx.' 233

CHANT XX

jwtrième fosse do buili^me cercle, on des Devins. — Le vi«age toorac vert le dos, Hs narcbeni à recalons. — Tircsias, Arons, Manto, qoi explique à Tirgile roti^ae et le nom de Mantone. — Eirypyle, Michel ScoU, Geido BossUi. -* Iiss poêles ponrsoiTeni leur Toyage.

Mes vers ont à chanter un autre supplice : il sera le sujet du Yingtième chant du premier cantique qui traite des

rétais déjà tout disposé à regarder la plaine étendue de- Tant moi et toute baignée de pleurs d'angoisse,

Et je 7is venir par la vallée circulaire des gens qui, pleurant en silence, allaient du pas des processions dans le monde.

Lorsque j^ahaissai plus près d'eux mon regard, il me parut que diacun de ces damnés était étrangement tordu du menton au commencement du thorax ;

Car leur face était tournée vers les reins, et il leur fallait marchera reculons, parce qu'ils avaient perdu la faculté de voir en avant.

Peut-être un homme a été retourné ainsi par la force de la paralysie; mais je ne l'ai pas vu et je ne crois pas que cela soit.

Si Dieu te laisse, ô lecteur! retirer du fruit de ta lecture, pense par toi-même si mes yeux pouvaient rester secs.

Quand je vis de près notre image si tordue, que les larmes leur coulaient par la raie du dos.

Certes, je pleurais, appuyé à une des roches de la dm*e montagne , en sorte que mon guide me dit : « Es-tu aussi de ces insensés?

» Ici la pitié vit, quand elle est bien morte. Qui est plus criminel que celui qui s'attendrit devant la justice divine?

• La Divine Comédie, on le sait, coœrrcuU Uois canlitjucs : l'Enfer, le Pui^aloirc et le Paradis.

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