‹ ŒuvresChapitre 16 sur 23 · L ENFER. CHANT XXXII · texte numérisé non relu

L ENFER. CHANT XXXII

ranent encore : « Qui es-tu ^ toi qui gourmandes ainsi les autres?

— Mais qui es-tu toi-même, reprit-il, toi qui vas par le cercle d'Anténor S frappant les autres au visage de telle sorte que tu frapperais trop fort encore quand même tu serais vivant?

— Je suis vivant, rcpliquai-je, et il peut t'être agréable, si tu aimes la renommée, que je place ton nom avec les autres que j'ai rassemblés. »

Et lui à moi : a Je souhaite le contraire; éloigne-toi d'iei^ et ne m'importune plus; car tu sais mal nous leurrer sur ces vagues de glace. »

Alors je le pris par la nuque et lui dis : a II faudra que tu te nommes, ou il ne te restera pas un cheveu là. »

Mais lui à moi : « Quoique tu m'arraches les cheveux, je ne te dirai ni ne te montrerai qui je suis, quand tu me tomberais mille fois sur la tête. »

Je tenais déjà ses cheveux roulés dans ma main et j'en avais arraché plus d'une poignée; et lui, les yeux renversés, aboyait.

Quand un autre cria : « Qu'as-tu, Bocca? ne te sufflt-il pas de grincer des dents sans aboyer? Quel démon te tourmente?

— Maintenant, dis-je, je ne veux pas que lu parles^ traître maudit ! Je porterai à ta honte de vraies nouvelles de toi*.

— Va-t'en! répondit-il, et raconte ce que tu veux; mais si tu sors d'ici, n'oublie pas celui qui eut la langue ainsi prompte.

» Il pleure ici l'argent des Français. J'ai vu, pourras-tu dire, Buoso da Duera, là où les pécheurs sont dans la glace,

*Le cercle d'Antéoor où sont les traîtres à leur patrie. — Anlénor trahit Troie en cachant Ulysse dans son palais.

* A la bataHlc de Monte-Aporto, le Gaclfc Bocca, gagné par les Gibelins, conpa trait retisemenl la main de Jacques Pazai, qui portait 'étendard de son parti. Les Guoircs, (-pouvaulés de la chute de leur étendard, {«ircnt la fuite et perdirent la bataille.

200 LA DIl^niE COMÉDTE.

w S'il t'est demandé quels autres y étaient encore^ tu as' à ton côté Bcccheiia, dont Florence coupa la gorge.

» Je crois que plus loin sont Gianni del Soldaniero^ 6anellone^ et Tebadello qui ouvrit Faenza pendant qu'on dormait ^ »

Nous étions déjà loin de celui-ci quand je vis deux damnés glacés dans la même fosse , de manière que la tète de l'un servait de chaperon à l'autre.

Et comme dans la faim on mange le pain, ainsi celui qui était dessus enfonça à l'autre ses dents là où le cerveau se joint à la nuque.

Tydée ne broya pas par vengeance les tempes de Menalippe autrement que celui-ci le crâne de sa victime.

« 0 toi qui montres^ par un féroce témoignage^ ta haine contre celui que tu manges^ dis-moi quel en est le motif, lui dis-je, car il convient,

» Si tu te plains à raison de lui, que, sachant son crime et qui vous êtes, je te venge encore là-haut dans le monde,

» Si la langue avec laquelle je parle ne se dessèche pas. n

CHANT XXXllI.

Bisioire du comte Ugolîn. — Troisième enceinte, ou de Ptolémée) el 4m envers leurs hôtes'. — Frère Albéric.

Ce pécheur détourna sa bouche du féroce repas en l'essuyant aux cheveux de la tête qu'il avait rongée par derrière.

Puis il commença en ces termes : « Tu veux que je renouvelle une douleur désespérée qui m'oppresse le cœur en y pensant et avant que je parle.

» Mais si mes paroles sont une semence qui produise l'infamie pour le traître que je ronge, tu ven^as pleurer et parler à la fois.

' Tons traUro. à leur pays.

" pu roi (l'I'ryptc, Ptolémée, qui trahit Poropde.

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