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• Il Corinth. , XII, 4.
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breux du moyen âge; c'est ainsi qu'il vient à nous» gaidé d'une main par le génie charmant de Virgile, de l'autre par la sombre figure de saint Jean*
PREMIÈRES VISIONS CHRÉTIEMNES. — CARPE. <— SATURE. ~ PERPETUE. — CHRISTINE.
Avec le christianisme commence une ère distincte, une ère tout à fait tranchée. On sait quelle place tient Tautre monda dans les dogmes de la religion catholique, on devine celle qu'il a dû tenir dans son histoire. Succédant au matérialisme des antiques théogonies, la poésie des temps nouveaux, la poésie des légendes, put bientôt, à la suite du dogme, s'emparer de ces domaines inoccupés de la mort, et les montrer comme la future patrie à ceux qui s'oubliaient dans la vie présente. L'enfer était irréfragablement annoncé dans les livres saints; niais ce n'est pas en prêchant la damnation, c'est en préchant le salut que le christianisme put conquérir le monde. On montre le ciel aux néophytes, on montre les profondeurs de l'abîme aux croyants infidèles. Eh! qui songeait aux peines éternelles, parmi ces sublimes martyrs du premier âge? Lisez leur histoire, ils n'ont que des bénédictions pour les bourreaux, et plusieurs leur désignent même du doigt ces célestes parvis où ils voudraient les entraîner avec eux. C'est la poésie en action. 11 ne faut donc pas s'attendre à rencontrer alors des poètes qui chantent les terribles merveilles de l'autre monde. Seulement quelques rares assertions viennent çà et là prêter une forme déterminée à ces mystères de l'avenir. Ainsi, au second siècle, saint Justin nomme certains esprits qui cherchent à s'emparer de Fâme des justes aussitôt après la mort*; etTertuUien, qui parle quelque part des monts ensoufrés qui sont les cheuiinées de l'enfer, infcrni fumariola, croit qu'il y a dans l'autre vie une prison d où Ton ne sort point que l'on n'ait payé jusqu'à la dernière obole*. C'est aussi un spectacle
' Dial eum Tryph., W 105.
* iU De anim.f c. xxxvi ci xxzviu,
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assez fn^uent dans cette histoire primitive, que de Toir les martyrs, des éYéqoes surtout, entourés de leurs diacres, échapper tout à coup aux mains des persécuteurs, aux flammes des bûchers, et s'élever radieux jusqu'où ciel, devant la foule étonnée *.
Ainsi, dans le petit nombre de très-courtes et très-simples visions qui nous sont venues des siècles apostoliques, c'est surtout ridée d'indulgence qui me parait dominer. Une des premières et des plus curieuses que je rencontre a rapport à saint Carpe.
Un jour ce pieux personnage* fut transporté en esprit dans an vaste édiflce dont le sommet entr'ouvcrt laissait voir on ciel le Christ entouré de ses anges. An milieu de la maison, on découvrait, à la lueur d'un bûcher, un gouffre sur la marge duquel se retenaient quelques païens qui avaient résisté aux prédications de saint Carpe; des serpents et des hommes armés de fouets les poussaient dans Tablme. Carpe alors se prit à les maudire; mais, en reportant les yeux vers le cid, il vit Jésus tout attendri qui tendait à ces pauvres pécheurs noe main compatissante, disant : « Frappe-moi, Carpe, je suis encore prêt à souffrir, et de tout cœur, pour le salut des hommes, n Et Tapôtre se réveilla. — Dieu, plus indu1{;ont que les hommes sur les châtiments dus à rhumanitc coupable, le juge moins sévère que Taccusé ! voilà bien les merveilles des premiers temps du christianisme.
Ce caractère de naïveté charmante se retrouve également en deux autres visions qu'a enregistrées saint Augustin'.
La première est celle de saint Sature, mort en 202. Quatre anges l'enlevèrent tout à coup, sans le toucher, jusqu'aux lumineux jardins du ciel. Là s'élevait le trône du Tout-Puissant, autour duquel les légions sacrées faisaient incessamment retentir ces mots: « Saint, saint, saint I • Le Seigneur baisa le nouveau venu au front, et lui passa la main sur la face, après quoi Sature sortit du ciel. — Dieu a déjà, dans les simples extases
* V. Dora Calmet, Traité sur les apparitions, 1751, iQ-12, t. II, p. 293. ' Dyon. Areopag., epist. viu.
* De origin. anim., 1. 1»
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dos martyrs, ces fainiliaritcs cirantes que lui prêteront plas tard les auteurs de myêlères. Ici ce n'est que siaiplicilé gracieuse et native; plus tard ce sera la grossièreté de Fart, ou plutôt Tabsence de tout art.
L'autre vision se rapporte à sainte Perpétue, qui avait aecompagné Sature au ciel, ooinrae elle le suivit depuis au 8up> plice. Elle eut en otTet dans sa prison un autre rêve où il ne s^agit plus du ciel, mais où semble se manifester vaguement ridée de purgatoire. La sainte vit, dans un grand éloignement qu'elle ne pouvait franchir, un enfant dévoré de soif, et dont les lèvres s'efforçaient en vain d'atteindre les bords trop élevés d*un bassin rempli dVau. Celait son frère Dinocrate, mortna* guère, à Tàge de sept ans, d'un cancer à la joue. A ce spee- Ude, Perpétue répandit des larmes et pria. Quelques jours apK*s, elle re^it Tenfant, toujours dans le lointain. Cette fbiSy il était guéri, re\ètu d'habits brillants, et, une coupe à la maio, il puisait dans la piscine, dont l'eau ne diminuait pas. — Di^ nocrate était-il un enfant mort sans baptême? Je ne sais. Ce qu'il y a de sûr, c'est que la miséricorde fait presque eiclosivemont le foud de toutes ces légendes , c'est que rellQeacité des prières pour les morts éclate déjà avec quelque poésie.
Il en est de même de la singulière hallucination de sainte Christine, dans le courant du troisième siècle^. Cetto vierge, étant morte, fut exposée en pleine église aux regards des fidèles. Pendant qu'on célébrait pour elle loffice accoutumé, elle se leva subilement de son cercueil et s'élança sur les poutres da temple, ainsi qu'aurait fait un oiseau; puis elle reprit le chemin de sa maison, et alla vivre avec ses sœurs, auxquelles elle raconta ses ravissements successifs eu purgatoire, de là en enfer, et enfin en paradis. Arrivée dans ce dernier lieu, Diea lui avait donné à choisir de rester au ciel ou de retourner sur terre, afin d'y racheter par la pénitence les âmes qu'elle avait vues en purgatoire. Christine n'hésita pas à prendre ce dernier parti, et les saints anges la ramenèrent dans son corps*. -'
• Bolland., Act. sanct. 21 août, p. 259 cl suiv.
' Dans nn récit (ôc-ril sculomcnl au treizième siècle) Dieu fait la même proposition à saint Ambrrise de Sienne h qui il apparaît : < Eiige ex his quod vis. » Anibruisc répond qu'il est soumis au Seigneur en tout; mais il cmet lo vœu de
ATAXT DARTC. iOl
Telle est la charilé en sa plénitude, et Tagiographe qui recueillait ao moyen âge celle antique tradition n'en a ccrlainement pas altéré Tespi-it : on se sent là dans les premiers siècles du cbrtsjianisnie.
Ainsi, quoique toujours présent par le dogme, l'enfer lient peu de place en ces récits des ?icux légendaires. Entraîné par ce souffle d'indulgence, Origénc soutint que toutes les peines de Tautre vie sont expiatoires, et que le bien gagnera enOn le dessus. Cette doctrine, bientôt réprouvée par le siiicine condle, sembla amener une réaction des idées de damnation éternelle, è laquelle il est peut-être convenable de rattacher en partie le traité vengeur de Lactance, De la Mari des Penieur tmrs. Mais bientôt les théories indulgentes reparaissent. Au quatrième siècle (cela ressort d'un passage de V Hymne awSommeil de Prudence) , on croyait volontiers que le nombre des hommes assez pervers pour être damnés serait très-restreint. L'idée d*un milieu entre Tenfer et le paradis , je veux dire te purgatoire, plait singulièrement à ce poète chrétien. Cest donc le principe du pardon qui semble dominer alors, et qui charme particulièrement les esprits. Leibniz^ parait même assez niapose à croire que saint Jérôme penche vers cette opinion : que tous les chrétiens seront à la (in reçus en grâce. Mais prenons garde ; c'est entrer dans la théologie, et nous n'avons à parler que de poésie : peu importe ici Topinion prêtée, un peu légèrement peut-être, à saint Jérôme; peu importe même le mot mystérieux de saint Paul, que « teut Israël sera sauvé; » constatons seulement que, dans ces origines, la légende s'attache bien plus à l'idée de salut qu'à l'idée de damnation. C'était là une tendance générale, tout à fait en rapport avec la pureté cl la douceur des mœurs d'alors. Je n'en veux plus indiquer qu'une preuve : qu'on se rappelle les très-rares endroits dos homélies de Césaire d'Arles où il est question do l'enfer; qu'on se rappelle les précautions oratoires dont s'entoure à ce propos
«|uiltcr la terre, cl alors los logions du paradis vienncnl au-dcvanl do, lui. (V. Dolland., mars, U III, p. 2i5.) Li diQércnce des temps se trouve marquée par co dcUil.
' Thiod,, paru 1. S 17.
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l'apôlrc, et les rcgrcls qu'il ciprimo à son auditoire d'être foreé malgré lui à ces menaces.
LE SOLDAT DE SAINT GRÉGOIRE LE GRAND. — TRÀJAN DANS U aEL. — LES PELERINS DE SAINT MAGAIRE. ^ SAINT FURSL . — SAINT SAUVE.
Cest seulement vers le sixième siècle que la vision , dan le sens particulier où je l'entends, apparaît et se constitm comme un genre persistant et distinct. La foi n'a déjà ploi sa vivacité première, et on peut prévoir Tépoque où Ton aun besoin de la terreur. Les curieux Dialogues de saint Grégoire le Grand offrent Tun des premiers exemples de ces révélatioas nouvelles sur Tautre monde ^. G*est un soldat qui meart, revient à la vie, et raconte ce qu'il a vu pendant sa disparilioB. Une vaille plaine on sont d'un côté les méchants entassés dam des cabanes fétides , et de Tautre les bons , vêtus de blaoe, days des palais lumineux; au milieu, un fleuve bouillant, traversé par un pont de plus en plus étroit, d'où tombent ceux qui le veulent franchir sans être purifiés : voilà tout ce que sait trouver l'aride imagination du visionnaire. Encore leponl de Vépreuve est-il emprunté à la théogonie persane, d'où ils passé depuis dans le Roran. C'est une des premières traces de l'invasion des légendes orientales au sein des traditions chrétiennes du moyen âge.
Si fréquentes que soient, dans les Dialogues de Grégoire le Grand, les histoires de cadavres et de damnation, la charité, le pardon , y ont aussi leur place. C'est en effet à une anecdote de la vie de ce pape, racontée par Paul Diacre, qu'il faut peut-être rapporter l'origine de cette croyance assez répandue au moyen âge, à savoir qu'un damné, même païen, peut quelquefois être délivré par les prières des fidèles. Grégoire avait conçu, par la lecture des historiens latins, une vive admiration pour les vertus de Trajan. Il se mit donc à prier, et sa prière ne tarda pas à sauver des supplices éternels Tame païenne de
> Liv. IV, ch. xxxvx.
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l'empereur; mais Dieu, en déféranl au rœu du saint pape, lui ordonna expressément de n'y plus revenir*. Cette tradition s'est perpétuée jusqu'à Dante, qui en a recueilli le dernier héritage. Lorsque, dans le Paradis, les légions ailées se groupent pour représenter un aigle immense, symbole de la politiqiie gil)eline du poète, Trajan se trouve être une des cinq âmes lumineuses qui forment le sourcil du gigantesque oiseau. Seulement Ali- ^ieri, qui, dans le Purgatoire*, regarde ce fait comme le grand triomphe de saint Grégoire, « sua gran viUoria, » semble, dans le Paradis*, laisser à Trajan lui-même Thonneur de son salut. Le poète est ici d'accord avec son maître, saint Thomas^, qui admet cette étrange légende sur Trajan, et soutient que ce prince et ses pareils ne pouvaient être à jamais damnés; c'est la seule fois peu t-être où le poète, égaré par le théologien , se soit départi de sa rigueur orthodoxe.
Nous sommes au sixième siècle. De très-anciens biographes* de saint Hacaire-Roroain, qui vivait alors, racontent que trois moines orientaux, Théophile, Serge et Hygin, voulurent dé* eouvrir le point où le ciel et la terre se touchent, c'est-à-diro le paradis terrestre. Après avoir visité les saints lieux, ils tr.!- Tersent la Perse et entrent dans les Indes. Des Éthiopiens (telle est la géographie des agiographcs) s'emparent dVux, et les jettent en une prison d'où les pèlerins ont enfin le bonheur de s*échapper. Ils parcourent alors la terre de Chanaan (cVst toujours la même exactitude), et arrivent en une contrée fleurie et printanière où se trouvent des pygmées hauts d'une coudée, puis des dragons, des vipères, mille animaux épais sur des rochers. Alors un cerf, une colombe, leur viennent senir de guides et les mènent, à travers des solitudes tcuê-
* At pater omnipotens aliquem indignatus ab urobrit
Mortalcm înferDis ad lamina surgcre ^itae... C'est presque la même histoire que dans Virgile, comme le remarque Leibniz (1)^., paru UI,§ 272).
*Sttmm., Suppl., quacst. 71, art. 5, ad. 5 : « t.... Non in inrcrno nualitcr depolati... >