‹ ŒuvresChapitre 11 sur 94 · ID · texte numérisé non relu

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de Sienne* et les cardinaux Jean et Pierre* Le conquérant fondait de grands desseins sur la présence de ces chargés d’affaires de son allié le pape Alexandre, et il les retint auprès de lui toute une année, les honorant, dit un vieil historien* à l’égal des anges de Dieu (1)* Au milieu de la famine qui faisait périr les Anglais par milliers, des fêtes brillantes furent célébrées dans le palais fortifié de W indtester* Là, les cardinaux romains, plaçant de nouveau la couronne sur la tète du roi normand , effacèrent la vaine malédiction que P archevêque d’\ork. Ehlred, avait prononcée contre lui (2) .

Après les fêtes , il y cul à Winchester une grande assemblée des étrangers, laïques ou prêtres, qui s étaient fait une grande fortune en prenant le bien des Anglais (5)* Les évêques saxons furent sommés d’y comparaître, au nom de l'autorité de \ Eglise romaine , par des circulaires dont le style hautain pouvait leur présager d’avance l’issue que ce grand eonede , comme on rappelait , devait avoir pour eux, y Bien que l’Église de Home, disaient les convoyés, ail le droit de surveiller la conduite de n tous les chrétiens , il lui appartient plus specta- « iement de s’enquérir de vos mœurs et de votre u manière de vivre , à vous, qu’elle a instruits dans ie la foi du Christ , et de réparer la décadence de il cette foi que vous tenez d’elle* C'est pour exercer « sur vos personnes cette salutaire inspection que * nous , ministres du bienheureux apôtre Pierre , « et représentants autorisés de notre seigneur le « pape Alexandre , nous avons résolu de tenir avec te vous un concile , pour rechercher les mauvaises « choses qui pullulent dans la vigne du Seigneur, te et eu planter de profi labiés au bien des corps et « des âmes (4), »

Le sens réel de ces paroles mystiques était que le nouveau roi, d’accord avec le pape, avait résolu de destituer en masse tout le haut clergé de race anglaise; les légats venaient donner une sorte de couleur religieuse à celle opération politique, 1 elle était leur mission , et le premier prélat qu’ils frappèrent fut l'archevêque de Canlerbury, Stigand,

celui qui avait marché eu armes a la rencontre de

ion

l'étranger, et refusé de le sacrer roi. Mais ces griefs restèrent secrets , et l'arrêt de dégradation ecclésiastique fut motivé sur d’autres causes , sur des prétextes plus honnêtes, comme s’exprime un vieil historien {£)* L’ordination de Stigand fut déclarée nulle; d’abord, parce qu’il avait pris l’arche vêqhé de Canlerbury du vivant de l'archevêque Robert, exilé par le peuple anglais; ensuite, parce qu’il avait célébré ta messe avec le pallium de ce même Robert ; et enfin , parce qu'il avait reçu son propre pallium de Benoit, déclaré anti pape, et excommunié par l’Église (6)*

Quand l’ami du roi Harold et de son pays eut été , selon le langage ecclésiastique , frappé, comme un arbre stérile , par h hache de correction (7) , les terres qui lui restaient furent saisies et partagées entre le roi , la reine , et l’cvèque de Baycux , frère du roi (8), Ceux des évêques anglais sur le compte desquels on ne trouva rien à objecter canoniquement n’en furent pas moins frappés de même. Alexandre, évêque de Lincoln, Eghclmar, évêque de l’Est- Anglic, Eghclrik , évêque de Sussex, d’autres prélats et les abbés des principaux monastères , furent déposés presque à la fois (9). Au moment où l'on prononçait à quelqu’un d’entre eux sa sentence, on le contraignait de jurer, sur l’Evangile, qu’il se regardait comme déchu de sa dignité à tout jamais, et que, quel que fût le successeur qu’on lui donnerait , il ne ferait rien pour le décréditer en protestant contre lui (10)* Ensuite, chaque évêque dégradé était conduit soit dans une forteresse , soit dans un monastère qui devait lui servir de prison* Ceux qui avaient été autrefois moines , on les recloîtraît de force dans leurs anciens couvents 3 et l'on publiait officiellement que , dégoûtés du monde et du bruit , il leur avai t plu d’aller revoir les anciens compagnons de leur jeunesse (11)*

Plusieurs membres du haut clergé saxon trouvèrent moyen de sc dérober à leur sort ; l’archevêque Stigand et l’évêque de Lincoln s’enfuirent tous les deux en Écosse; Egheîsîg , abbé de Saint-Augustin ,

(!) Aüdiens el houorans cas tanquàm ao&clos Dei* (Ordcric* Vital*, p-

(3) Cardinales eccksiæ romanæ eoronam ei imposummt* ( ib,)— In recem ansliciim confîrmaverimt . ** ( Vila Lanfrancî, ajuid script* rcr. franc* * t* XI V, p* 53.) — V, liv, IV, p* Ho*

(3) Huskitrs prélats de Normandie y assistaient* (Voyez Wilkens concilia*)

(D Quæ în viùèà Domitii SabaotH malè pullulant reeen* seatnus* et animarum ac corpormn iiLUilati profntura pbntemiii* (lbîd*, p. 525,}

(5) Uoncslam de ilîo volait habere ullioncro*(Cbron, Waîleri Ile ming Ford,, p* 453*)

(6) Qmm nancta Roman a Eccîesia excbmmuüîcaVÎt. (Florent, Wigorti*, p* G36* — Voyez liv* 111* p*78*

(7) ïnfructuoBam arborera secum animadversionis canonicaa suecidii* (Waller, llemîngford,, p, 4j8*)

(8) Doomesday-book, lom* I, p, 142, 170, 28S; Lom. Il, p, 142,

(0) Hïstoria Elle ns is, p, 510*

(|0) Se episeopatum non ampÜù& habilunim, nec succès* Borî calumniam aut damnum illaturum, jurejunmdo firmavit, (Laufr^pci opéra , p. 300*)

(II) Debïno ad monasterlum uhï nutrittu faerat ab infantiâ repedavit. (Lanfrancî opéra, p. 300.)“Alderedua abtias Abendoniae iû caplione parti tur* (Anglîa sacra, t* I, p. 108*} — Cuslodiæ mancipûtus usquè ad finem vitæ. flïïst, EliensiSj p* 516,)— ln ergastuio c arc cris ferro adstrictus, (Ibid., p. 312.)

Dli L' ANGLETERRE.

i07i s'embarqua pour le Danemarck . et y resta , quoiqu'il fût réclamé, comme fugitif du roi , par un rescril du conquérant (1), BgheMn , évêque de Durham, sur le point de partir aussi pour l'exil , maudit solennellement les oppresseurs de son pays , et les déclara séparés de la communion des chrétiens, suivant les formules graves et sombres par lesquelles cette séparation se prononçait (2). Mais le bruit de ses paroles frappa en vain les oreilles du roi normand : Guillaume avait des prêtres pour démentir les prêtres saxons , comme il avait des épées pour briser les épées saxonnes.

Lanfranc , ce moine d'origine lombarde, qu'on a vu plus haut jouer le rôle de négociateur auprès de la cour de Home (3), vivait encore en Normandie, fort renommé pour son savoir comme légiste , ci toujours également chéri du pape et du nouveau roi (S). Ce fut lui que les légats d'Alexandre II proposèrent pour remplacer Stigand dans Farchevêché de Canterbury, et Guillaume approuva pleinement ce choix, espérant beaucoup de Fhabiletë de Lanfranc pour consolider la conquête* La reine Mathilde et les seigneurs de Normandie pressèrent vivement son départ ; il fut accueilli avec joie par les Normands d'Angleterre , qui le célébraient hypocritement comme un instituteur envoyé de Dieu pour réformer les mauvaises mœurs des Anglais (y), Lanfranc fut nommé archevêque par élection du roî et de ses barons , contre l'ancienne coutume de l'église anglo-saxonne , où les prélats étaient choisis par le corps du clergé , et les abbés par les moines (G). Gel usage élaiL un de ceux que la conquête ne pouvait laisser subsister, et tout le pouvoir religieux, aussi bien que le pouvoir civil, devait passer des indigènes aux conquérants.

I Lorsque l'archevêque Lanfranc fit sa première

entrée dans la métropole qu'on lui donnait à régir, il ne put s'empêcher d'être saisi d'un profond sentiment de tristesse, en voyant Fétat où les Normands Lavaient réduite. L'église du Christ, a Canterbury, était dévastée par le pillage et Fi ncendie, et le grand autel , dépouillé d'ornements , se trouvait presque enterré sous les décombres (7)* Aux fêtes delà Pen-

(1) Script, rer. danlcar*, t. III, p* 20£î,

(2) Zelum D<q ha. liens, opprçsiores vinculo ex commun b cationis muodavlt. (Math. WeatmonasE. , p. 226.)

(3) Voyez livre lit, p. 78,

(4) Viia Lonlranci, apud script, rcr. fraude., L XIV, p, Sl.—Lanfranci opéra anima, p. 200.

(5) DivinjLüâAnensLnstiluLordaLiia.rpriler*' Vital. ? p. 020.)

(G) Régis et omnium optiriiütom ejus ben cvol à élection#.

(Ibid., p, 010.)“ Anglia sacra, 1. 1, p, 780.

(7) Cùtn, Cantuamim primé venisset, et eedesiam Saîvaloris, quam regere auiteperat , incendio alque ru Luis pænê iiilûlifaclam invenbael, mente contrîslatns est. (EadmeH Ilistoria novorum. p. 7.)

tecûte, il y eut un second concile tenu â Windsor, ter et Thomas, Lun des chapelains du rot, fut nommé archevêque d'York, â la place du Saxon EldraL qui était mort de chagrin. Thomas , de même que Lan franc j trouva son église métropolitaine détruite par le feu , avec ses ornements , ses chartes , ses titres et ses privilèges ; il trouva le territoire de sou diocèse tout ravagé, et les Normands qui l'habitaient, si attristés par le spectacle de leurs propres dévastations, qu'ils hésitaient même â s'établir sur les terres qu'ils avaient prises (8). Thomas se mit en possession de tous les domaines de l'église iL York; mats nul homme, Normand ou Saxon, ne voulut les prendre à ferme, soit par dégoût, soit par terreur (9).

Le pape envoya à Lanfranc son propre pallium , mt en signe d'investiture , et le combla de messages flatteurs : « Je vous désire , lui disait* il , et ne me « console de votre absence, qu’eu pensant aux « heureux fruiLs que l'Angleterre va recueillir par u vos soins (10). « C est ainsi que, regardées de loin, les hideuses opérations de la conquête prenaient des couleurs agréables* La mission de Lanfranc en Angleterre, sa mission spéciale et avouée , c'était de faire servir la religion à l'asservissement des Anglais, et d'étouffer le peuple vaincu, comme dit un historien 5 sous les embrassements mutuels de la royauté et du sacerdoce (Fi). Pour atteindre plus sûrement ce but, le nouvel archevêque de Canterbury suggéra au conquérant un nouveau plan de constitution ecclésiastique , plan aussi favorable a F ambition du prélat qu'à la stabilité de la conquête*

« Il faut , disait Lanfranc au roi Guillaume, qu'il u n'y ait en Angleterre qu'un seul chef religieux, h pour que la royauté que vous avez conquise se u maintienne dans sou intégrité, 11 faut que « l'église d'York, l'église du pays des rébellions, n quoique régie par un Normand, devienne sujette ü de celle de Kent; il Faut surtout que Farchevè- « que d'York ne jouisse poîaL de la prérogative de R sacrer les rois d'Angleterre, de crainte qu’un « jour, soit de force , soit de bon grér, il ne prête si son ministère à quelque Saxon ou Danois, élu « par les Anglais en révolte (hi). n

(8) Quandfr atrhiqriscopalum siiscepit, dvitas Eboraca et Ma régie cïi-eà à NérnûuiÈs jterro et fLmimà pendus fiait desiruda... intrensa qooque metropoUa ecclesia... cuncta dmiijidreà îioslili vatfaito&o iûYepk depopulata. (Chron. Ttrora® Stufobs, p. 1708.)

(9) Jjisis cLUiin Xormnnnis in tantum an irons defeccrat, ut terras et honores, qui eis offérebanlur, redpera non auderent. (Ibid.)

(10) Lan fran ci opéra. EptiL, p. 337.

(Il j tijim re^uïimti sacorUotiuDi tn nosirum de triment nu» mntuoa commit tarent amplexu5.(Ehr.Gt.Tv asii Ca ht»*p,lS33*}

(12) . l-mis ab juins prbïittci® Èmjigems et ah Ebora-

censi arctiieplâcopo rai créa re Lun {thQnireSiuhhjt, j>,1700.)

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