TH II- ART
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t I /église de Kent ou de ümterlmry avait été , i(*r, comme ou Fa vu plus haut- la première église fondée par les missionnaires venus de Home, au milieu des Saxons encore païens (1}, Sur ceüe primauté dans le temps, s'était établie Ficlée vague d'une sorte de prééminence hiérarchique , mais sans qu'il en résultât pour l'église de Kent, ni pour ceux qui la gouvernaient, aucune suprématie effective. Le siège métropolitain d'York était resté Fégal de Faiifre, ci tous deux exerçaient conjointement la haute surveillance sur tous les évêchés de F Angleterre (2), Ç'csi cet ordre de choses que Far chevèque Lan franc entreprit de réduire à Limité absolue, chose nouvelle, disent les historiens du siècle, chose inouïe avant le règne des Normands (3), 11 évoqua d'anciens privilèges et des actes ambigus de différents papes* qui s'étaient plu à témoigner leur affection pour l'église de Canterbury, fille aînée de la papauté eu Bretagne, 11 établit comme axiome que la îoî devait découler d'où avait déroulé la foi, et que de même que le pays de Kent était sujet de Rome, parce qu'il en avait reçu le christianisme, par une raison semblable, le pays dJ York devait être hiérarchiquement soumis à celui de Kent (4).
Thomas, Faflchevèque normand d'York, dont une pareille politique tendait à ruiner l'indépendance personnelle, fut assez peu dévoué à la cause de la conquête pour entreprendre de s'opposer à cette nouvelle institution (B). Il pria son collègue Lanfrane de citer quelques titres authentiques h l'appui de ses prétentions, (Tétait une demande embarrassante : mais le Lombard l'éluda, en assurant que les actes en bonne forme et les litres ne lui manqueraient point, si, par malheur , tout n 'avait péri, quatre ans auparavant, dans l'Incendie de son église (6). Cette réponse évasive termina le différend , grâce a certains avertissements officiels que reçut l'adversaire indiscret du confident du roi Guillaume : car on lui signifia que si en vue de la paix et de l'unité du royaume, il ne se résignait pas à recevoir la loi de son collègue, et à reconnaître
(1) Voyez livre I, p. 25-2G*
(2) Duo melropohtani ? non soîïim poleelate, dîgnilate et o ffie ï o, soit suffraçaneorum numéro pares* {T bornai Slubbs, p. 170G.)
{S) üt Brilanma uni quasi primait stihileretur*** nova res buic no*lro sæculûctàtcmpore que io Angïîè tSormanni rrfpiare eneperunt, Anglii inaudiia* (Eadmeri Utst., p, 3*)
[A] SicmCanUa aubjiciltir ftomrc, qnèïl os eê Èdem acce- |ûl, ila Eboracum subjictaüir Canliffi» (Lan frai ici opéra omnîa, p. 378.}
(g) Elioracensifi eccicsiæ aoiistcs advers&m me palàm mu rmura Y il, clàm detralit, el calumniam fiuscîlavit* (Lan- Franci qUM* apud Wilkins coocit* , p. 350.)
(0) hi eâ combuslioncaique abolitidne quain nos ira ecclesia amï>i|uadriemiium perpessa esL{LanfraûCi opéra .p.30L)
(7) Propice umtateni ei pacem rcem*** soi luorumque
LA CONQUÊTE
que le siège dTork n'avait jamais éléFégal de Fan- ioci tre siège métropolitain , lui et tous ses parents seraient bannis de F Angleterre (7)* Thomas ir insista plus, et fit son devoir de fidèîc enfant de la conquête; tï renonça, entre les mains de Lanfrane, à tout le pouvoir que ses prédécesseurs avaient exercé ail sud de FBumber, et, faisant profession solennelle d'obéissance et de fidélité, ne garda plus que le nom d’archevêque; car Lanfrane, sous le litre de primat, en réunît seul tous les droits (8)* Selon le langage des vainqueurs , il devint, par la grâce de Dieu, le père de toutes les églises, et , selon le langage des vaincus, toutes tombèrent sous son joug et Furent ses tributaires (9)* Il en chassa qui il voulut; il y mil des Normands , des Français, des Lorrains, des hommes de tous pays et île toutes races, pourvu qu'ils ne fussent pas Anglais (10); et il esta remarquer que, dans la dépossesèion générale des anciens prélats de l'Angleterre , on épargna les hommes de naissance étrangère naturalisés dans le pays. Tels étaient Hermann, Guis, et Walter ou Gautier, Lous trois Lorrains, qui conservèrent les évêchés de Wells de Sherborn et de Hereford.
La plupart des évêchés et des abbayes de l'Angleterre furent en plojrés, comme l'avaient été naguère les biens des riches , la liberté des pauvres et ta beauté des femmes, a payer les dettes de la conquête. Un certain liemi, natif de Féeamp, reçut Fëvéché de Dorcbester, et ensuite celui de Lincoln, pour solde d'un navire et de soixante bateaux qu'il avait fournis an conquérant (11). Cet homme, elles autres prélats venus d’outre -mer, comme un ar~ rière-ban de milice , pour mettre, en quelque sorte, la dernière main à l'invasion, et accomplir coque tes soldats n'avaient pu ou n'avaient osé faire, expulsèrent partout les moines qui , selon une coutume particulière à l'Angleterre , vivaient sur les domaines des églises épiscopales ; et le roi Guillaume les en remercia , pensant, dit un contemporain, que des moines de race anglaise ne pouvaient lui souhaiter que du mat (!£). Une nuée d'aventuriers
expubkmcm de AngUA commînatua est. (Th. Smhbs, p* 170G.)
(g) Th. Ru d borna* in Àngliè s3Cri,t, 1, p. 233.— Àb uniyerals Anglia) epiflcopis, pnûs ah alits sacratis,piolcssioncni exegii. (Cbron. Henrici KuyGhiûu, p. 2347.)
(0) Dlapiisitione divinâ (Lapfranci opéra, p- 30G,)— Omiics Anglïte subjugavit eedesias et ni but arias efft cil. (Gervot. Ganluar., p. Ï533. J
(10) Àlicnig^uæ de qîiâcumquealiâ uni ion e qnæ sut» eælo est.** ta h i riitu lune Anglos abominait sunL (Lugulf. Cfoyl. apud script, uxonienses, p. 7*)
(11) Yoy, liv. 11l,p.SG.~Kpisddpatum,zt vlncerel, paria*. (WHI. Malmeab. &esi. pontifie*, p. 200,)— Epiacopatum à W* postrege fado êmèràt. (Eadmerï Hist., p* 7.)
(12) E ad me ri List., p. 10,— Monaehonim augUcnuorum ihî sc m pci mal a hieiepaniium. (Ingiilf. CroyL, p. 013.)
107 1 Fr^ la lïauhî vint fondre sur les prcla-
iü7^ Lui'es’ les archpiaeonats , les doyennés de r Angleterre {!)* La plupart affichèrent dans leur nouvel étal l'immoralité la plus déboutée; Tun d'eux fut tué par une femme à qui il voulait faire violence (2); d'autres se rendirent fameux par leur gloutonnerie et leurs déhanches (3). Robert de Limoges, évêque de Lilchüeld , pilla le monastère de Covenlry; il prit les chevaux et les meubles des religieux qui rhabï talent, ouvrit, par effraction , leurs cassettes, ^ finit par faire abattre leur maison, pour bâtir avec les matériaux un palais épiscopal, don L Fameu- Mement fui payé par Ja fonte des ornements d’or cl d’argent qui décoraient Féglise {>1). Ce même Robert fil un décret pour interdire aux clercs saxons l'usage des aliments nourrissants et des livres instructifs, de crainte, dit l’historien, que la bonne nourriture el 'la science ne leur donnassent trop de force cl de hardiesse contre leur évêque (5)*
Les évêques normands dédaignèrent, presque tous, d’habiter dans les anciens chefs-lieux des diocèses, qui étaient, pour la plupart , de peLites villes, eL se transportèrent dans des lieux où il y avait soit de meilleures terres à prendre, soit une plus nombreuse population à rançonner ; c’est ainsi que Coventry , Lincoln, Cliesler, Salisbury, Thcdford , devinrent des villes épiscopales (G), En général , la passion du gain se montra , chez les prêtres de l'invasion , plus âpre que chez les soldats mêmes; leur tyrannie, mêlée de lâcheté, était plus dégoûtante encore que la brutalité des hommes d'épée (7). Les abbés normands maniaient aussi l'épée , mais contre des moines sans armes ; et [dus d'un couvent anglais fut le théâtre d’exécutions militaires; dans celui que gouvernait un certain Turauld ou Torauïd, venu de Fécamp, l'abbé avait pour coutume de crier : i moi, me, y hommes dy armes l toutes les fois que ses religieux ou ses subor-
(1) DàMütur laïciu* pro famuTatu, episcopatus ei abha- Uæ, eccleelarnm piŒposRmu*, archiüiaconatus et decania?. (Orderic, Vital* t p. 523.)
(2) lienrid Kiiygiiton, p* 2543.
(3j Laulllînmn appetedUisiinas , une et ipso immani eommïssü ialamis. (Willetm* Malroesb., eil, Gale, p. 577,)
(4) Areas eoi um fregislî , i? q tios çi omnes p io primiez qttaa lia Jiebâol rapuisLj, ï)onio$ eorura destruxisti* (Egrï&i* Laitfrancî ad Bobcrt. Cesirea^eiu episc* La nf ranci opéra,
[>. 3 1 5.) — Ex unâ irabe ecdeaiîueorrosit 500 luareasaigeulî. (Aoglia sacra, t- I, p* 445*}
[5j Munadios loai ï I! i les agresli victu cibavil, eL non ni si" trlvcalï UlLeraturd permis! L informa 1 1, ne delidae aul IULeiæ redderom qtpnacbû* a? a ira epls copum otatos* (llenr. Kuvghton+ ed, Sdden,, p, â-539,)
f0) Scripinres oxoukmse», p* 75.— Lanfran dopera, p*337*
— boiœ ad chron, saxon,
(7) Siipeiiiliaiü, non memachi . ted tyranoL hurudebanîur* (Ortkric, Vital., p. 525.)
do n nés 1 u t rés is ta te u t en q \ i dq u e poi n t de 1 1 is et j dîne t û* t ecclésiastique. Ses exploits belliqueux devinrent même si célèbres, que le conquérant se crut obligé de l’en punir, et que, par un genre de châtiment bizarre, ü l’envoya régir le couvent de Fëlerborough, dans la province de NorLbnmpton , poste dangereux à cause du voisinage du camp de refuge des Saxons, mais fort convenable, disait Guillaume, à un abbé si bon soldat (8), Délivres de ce chef redoutable, les moines n’en furent pas plus heureux ; car iis reçurent à sa place un certain Guérin de Lire, qui, selon les paroles d’un ancien récit, prit dans leurs bourses jusqu'au dernier ëcu , pour se faire un renom auprès de ceux qui naguère l'avaient vu pauvre (ü). Ce Guérin fit déterrer de l'église les cadavres des abbés de race anglaise , ses prédécesseurs, et jeter leurs ossements hors des portes (10).
Pendant que de pareils traits avaient lieu en Angleterre,1 2 * 4 * * 7 la renommée allait publiant au dehors, par la plume des clercs salariés, ou qui souhaitaient de l’être, que Guillaume le puissant, le victorieux, le pieux, civilisait ce pays, jusque-là barbare, et y ranimait le christianisme, auparavant fort négligé (II), La vérité, toutefois, ne fut pas entièrement étouffée ; les plaintes des opprimés parvinrent même jusqu’à Rome ; et , dans cette cour romaine, que les historiens du temps accusent d'être si vénale (lâ), il se trouva quelques hommes consciencieux qui dénoncèrent la révolution opérée en Angleterre , comme odieuse et contraire aux lois ecclésiastiques* La dégradation en masse des évêques et des principaux abbés saxons et l'intrusion des N o r ma n ds fri reu L vi ve men L L Limées (1 3) , M aï s la mp r t tT Alexandre H, et l'avénement, sous le nom de Grégoire VII, de cet archidiacre HiUlebrand , qui , ainsi qu’on Fa vu plus haut, avait déployé tant de zèle en faveur de l'invasion 7 réduisirent presque au silence les accusateurs de la nouvelle ii^lise ,
(fi) fjui magjs se njrit mïliletn quàm afohatem. (Wlîl, Malmesb*, etL Gale, p* 572*)
(9) Idoncus mouadiorum maranpia evacuare, undècumque mioinios raperej ut apud eos, qui enm utim pauperem vi dissent, comparait jactauLkiro* CAttglla sacra.tnm* llp P- 41.)
[lüj Omnium tma, conglobaia ut acervum riiderum , ecclesiœ foribus aliéna vü. (Auglia sacra, l* II, p, 4L)
(11) Cujus insulte rex effcetuiï (Willelmus) harbaros illfus mltlpvlt mores, cullumque rbrisliause relipioais, qui în aù tnodkua erat, amphavll. (HisLoriæ fragra. aputl rer. fraticic* acrîpt. , L* Xt, i>. 102.)
(12) Cüm fauia Bomanos noià eu pi dits U s aspèreerit. (Hadüljihl de Diceîo Imagines hisioriar., apiiL script* rer. franc., I* XIII, p* 202. j
(15) Prisci abbaLüs,qnofl canonicæ legéi nofl daniiïâbant, sæculaiis corn min alloue potesUtis terrebàitlur, et sine synodal i discussione de sediîius mh fugabantur. (Orrïeric*
Vital,, p, 523.) — Eadmerî HlsL, p. 7.
kit j fondée par la conquête normande (1). Sa légitimité ]0*2 canonique cessa d’être mise en question , et deux individus seulement , Thomas , archevêque d’York, et Rend , évêque de Lincoln , furent cités a la cour pontificale , Lun parce qu’il était fils de prêtre, l'autre parce qu’il avait acheté à deniers comptants Eu dignité épiscopale {i).
Lan franc partit avec eux , muni de présents pour le pape et les principaux citoyens de Rome. Tous les trois distribuèrent largement for des An* g Jais dans la ville des apôtres , et s'y firent parla un grand renom (3). Celle conduite leur aplanit toutes les difficultés ; Affaire des deux prélats normands fut arrangée sous main, et, au lieu d'enquête sur leur compte, il n'y eut qu'une scène d’apparat , où tous les deux remirent au pape, en signe d’obéissance , leur anneau et leur bâton pastoral. Lanfranc plaida leur cause, en prouvant qu’ils étaient utiles et même nécessaires au nouveau roi, pour les nouveaux arrangements du royaume (4); et le pape lui répondit : « Décide l’affaire comme i? tu l’entendras , toi qui es le père de ce pays ; je u remets à La disposition les deux verges pastou raies (3). b Lanfrauc les prit et les rendit à Rend et à Thomas ; puis , ayant lui-même reçu de Grégoire VU la confirmation de son litre de primat de touLe l’Angleterre , il repartit avec ses compagnons.
Ainsi les églises des Anglais continuèrent d’ètrc livrées, sans obstacle, et avec l’aveu de l’Eglise romaine , à des clercs venus de tous pays- Le prélat de race étrangère prononçait devant un auditoire saxon ses homélies eu langue française, et quand elles étaient écoutées patiemment , ou par surprise ou par terreur, l’homme d’outre-mer s’enorgueillissait de la puissance de ses discours, qui, disaitil, s’insinuaient, par miracle, dans l’oreille des barbares (G). Une sorte de pudeur et L’envie d’offrir au monde chrétien autre chose que ce ridicule spectacle fit rechercher par le roi Guillaume quelqu’un des hommes que l'opinion du temps préconisait au loin , à cause de Tau stérile de leur vie religieuse. Tel était Gnimond, moine du couvent de la Croix- Sa in t-Leuf roi . en Normandie; le roi lui envoya
[1) Voyez livre 111, p. 84*
t'i) Prïmiis namque preêbytcvi Mus eral,(Hflnricl Knyghton* p* SoIEL)
(S) tie «iïvîLïis angHds larga munera eupïilis Romanis, et aie mirahtEes LalUa.,. vîâisunt. (Eatlmeri HDt., p. 7.)
(4) Kovo régi, in novUregm dlspositionibus , pernecÊSsa* nos, (Ibid. 3
(5) Tu e*t p a 1er 111 tua pairlœ. (Ibid-)
V 6> Qui, li cet ialinù vel çaîIIcù lequel) lem minus toLelligevent- lumen, Udendeotes ad ilium ,vliTtitfi vertu Pei, ad I*1 * * 4 5 * 7" crymas *æpè compunfti, (Gcrvae.CatïUsmpl-Oîton.jp.lïS.)
(7) Ordertc. Yiiah, p. 524-
 CONQUÊTE
Finvitation de passer la mer, et il obéit sans délai um aux ordres de son seigneur temporel. Quand il fut arrivé en Angleterre, le conquérant lui dit qu’il avait dessein de l’y retenir, et de l’élever â une haute dignité ecclésiastique ; voici ce que répondit le moitié , si Ton en croit un historien postérieur de peu d’années (7) :
u Beaucoup de motifs n/cn gagent à fuir les tliii gnitës et le pouvoir ecclésiastique; je ne les U énoncerai (>oint tous. Je dirai seulement que je u ne conçois pas de quelle manière il me serait ■: possible d’ètre dignement le chef religieux d’hom- K nies dont je ne connais ni les mœurs ni la kmir g ne , et dont les pères, les frères, les amis, it sont morts sous voire épée , on sont déshérités , iï bannis, emprisonnés , durement asservis par >< vous (R). Parcourez les saintes Écritures , voyez K si quelque loi y tolère que le pasteur du trou*
« peau de Dieu lui soit imposé violemment par le « choix d’un ennemi. Ce que vous avez ravi par la it guerre, au prix du sang de tant d'hommes* n pourriez-vous sans péché le partager avec moi , k avec ceux qui , comme moi , ont juré mépris au u monde, et , pour l'amour du Christ , sc sont dé*
« pouîllés de leurs propres biens? C’est la loi tic « tous les religieux que de s’abstenir de rapines , et « de n'accepter aucune part de butin , même comme « offrande à l’autel; car, ainsi que le disent les « Écritures , celui qui offre en sacrifice le bien des <l pauvres fait comme s’il immolait le fils en pre- « se n ce de son père (DJ. Quand je me rappelle ces préceptes divins , je me sens troublé de frayeur ; u votre Angleterre me semble une vaste proie ; et je u crains de la loucher, elle et ses trésors, â Létt gai d’un brasier ardent... (10) »
Le moine de Sainl-Leufroî repassa la mer, el rc* tourna au fond de son cloître; mais le bruiL sc répandit bientôt qu’il avait exalté la pauvreté des religieux au*dessus de la richesse des prélats , et nommé rapine, à la face du roi eL de ses barons, Ifacquîsîlion de l’Angleterre; qu’enfin il avait traité de ravisseurs et d’intrus tous les évêques et les abbés installés dans ce pays contre la volonté des Anglais (II). Ses paroles déplurent â beaucoup de
(8) 'Quorum patres carosque parentes et amicos oecïdïslEs (jlatfio, vel exliteredatos opprimitis exiUo . vel carccee iu débita, vol ïnloîerahîlt servitio. (Grderic, Vital., p. 524.)
(0) Omnium rcligiosorum les est à rapinâ abslinerê. (Ibid.)
(10) Totem Anglîam quasi amplisslmam prædatn dijudîco, ïpsanujuc, cnin gazis «ba,vehUignem ardeûLem, contlagerc formate. (Ibid,, p. 525.)
(U) Qüùd obtenluin AugHæTmpL‘œseniià regis et optimaluui ejus, raptnem appel lam iL et qubd otoues epîscopos
>d a filiales qui, nOleiuitnis Anglîs, in eedetîts Anglîaî præ- |hUê simt, rapaciialia arguer! t, (ibkh)
,07i gens qui , ne se souciant pas de Limiter ÿ le calomnièrent et firent tant par leurs intrigues , qu'ils le contraignirent à quitter le pays. Gui mon d se rendit à Rome, et de là en Apulie , dans l’une des villes conquises et possédées par les Normand? (1)*
La haine que le cierge de la conquête portait au s indigènes de l'Angleterre s'étendit jusque sur les saints de race anglaise, et* dans plus d'un lieu, leurs tombeaux furent ouverts et leurs ossements dispersés (2), Tout ee qui avait été anciennement un objet de vénération dans le pays, fut regardé , par les nouveaux venus, comme vil et méprisable (3), Mais l'aversion violente qu'inspiraient aux Normands tes saints anglais tenait à des raisons poli* I tiques , autres que leur dédain commun pour tout ce qu'honoraient les vaincus. Souvent la religion i Lavait été pour les Anglo-Saxons qu'un reflet du patriotisme , et parmi les saints qu'on invoquait alors en Angleterre, plusieurs Vêtaient devenus en mourant de La main de Venoemt , au temps des invasions danoises, comme Elfeg, archevêque de Ganlcrbury , et Edmond , roi de Fest-Anglie (4). De pareils saints devaient porter ombrage aux nouveaux envahisseurs ; car leur culte encourageait l'esprit de révolte , et consacrait de vieux souvenirs de bravoure et d'indépendance* Aussi les prélats étrangers, et à leur tète l'archevêque Lanfranc, ne tardèrent-ils pas à proclamer que les saints saxons n'étaient pas de vrais saints, ni les martyrs saxons de vrais martyrs (3). Guérin de Lire attaqua saint Adbeîm ; Lanfranc entreprit de dégrader saint Elfeg, et tourna eu ridicule sa mort et son refus courageux de payer rançon aux Danois ; « Il serait trop k aisé d'être martyr , disait le primat lombard , s'il u suffisait pour cela de tenir plus à Fargcnt qu’à la it vie (G), n Peut-être dans des vues anale s pies , et pour donner une nouvelle direction à l'esprit des Anglais, il fit saisir, par toute l'Angleterre, les exemplaires des Ecritures* et les corrigea de sa main, sous prétexte que l'ignorance saxonne eu avait anciennement corrompu le texte; mais tout te monde ne crut point à cette assertion hautaine,
(JJ Ver'ba igittir qjus niullia tlisplicnenint... ( Ord. Vit.
Tiphû quodara ei nauseê sauctornm cnrporum. (Anplia sacra, t. 11 , p. LL)
(3) Pœaèctincia quœ ab Auglis ontigiiilùi quasi sacrusancta cclchrabantur , nuoc vîv pestretnæ aucLoritatishabcDltir, (Eotlmeti HteL novor., p. 120.)
(4) Voyez livre II , p. 40 cl 4?.
(a) Angii , inter quoi vivfrnùf, quosd a m sibi insüluerunt üançtus quor cm i incerta s uni mérita. (Anglja sacra , Loin. 11. p. les.)
(G) El quùd occis us fac rit , non pro. cimfessionc nominïs Cfemli, s cil quia pecmiïà se reiiinme nota U. (Ibid.)
\7) Q uæ redis dmpl iciîas anfdicaoa corruperat ah antiqno.
et Lanfracc , malgré sa renommée de vertu et de ion science, encourut, dans son temps, le reproche j0f3 d'avoir falsifié les livres saints (T)*
Des violences faites à la conviction populaire, soit superstitieuse, soit raisonnable, sont souvent plus puissantes pour exciter te courage des opprimes, que la perle même de la liberté et du bien-être.
Les insultes prodiguées aux objets d'une ancienne dévotion, les souffrances des évêques, une sorte de haine fanatique contre tes innovations religieuses de la conquête, agitèrent fortement tes esprits, et devinrent le mobile d'une grande conspiration , qui s'étendit sur toute l'Angleterre (S). Beaucoup Je prêtres s'y engage rent , et trois prélats s'en déclarèrent tes chefs : c'étaient Frilbnk, abbé de Saint- Àlban . Wulfstan , évêque cfe Worcester, le seul homme de race anglaise qui eût encore un évêché, et Waller, évêque de Hereford , Flamand de naissance, le seul parmi les étrangers , évêques avant la conquête, qui se soit mont ré fidèle à la cause de sa patrie adoptive {£). Le nom du jeune roi Edgar fut prononcé de nouveau; il circula des chants populaires où on l'appelait te beau , le brave , V enfant chéri deV Angleterre (10}. Les deux frères Edwin et Morkar quittèrent, pour la seconde fois , la cour du Normand, La ville de Londres, jusque-là paisible et résignée à la dominetiou étrangère , commença à se montrer turbulente , et, comme disent tes vieux historiens dans un langage malheureusement trop vague , à résister en face au roi Guillaume (1 IJ.
Po u r co n j u rer ce no u vc au pér î l , G u i l lau me pr * t te parti qui lui avait déjà réussi plus d'une fois , celui de promettre et de mentir. Frithrik et tes autres chefs des insurgés, invités par ses messages à se rendre à Berkhanisted , pour traiter de la paix, vinrent à ce heu de mauvais augure, où, pour la première fois, des mains saxonnes avaient touché , en signe de sujétion, la main armée du conquérant, lis y trouvèrent le roi et le primat Lanfranc, son conseiller te plus intime. Tous deux affectèrent à leur égard un air de douceur et de bonne foi (12);
(Edward Brown * Fascieuii rcrura expel end arum , in An^Hâ
sacré, L I, p. 55.)
(8) Pli ires convocandc* exercilum numéros uni ac fortbaimu m eon R aver uni. (Math. Pari s . Vit® a Itba Lum, p . 30 . ;
(p) Math. Paris. YUæ abbalum, p, 50.
(10) Speciosi&simtjm et forLiasiuiuuï... undü in AngUaut laie uxiit culojjEuui :
« Edgar EtheEfnge, ii Eugcloudcs dorelm^e. »
(Ibid.)
: 1 1) Cives Londoniæ in fadem reslUmiïit.(IIjid.)
(19) Et *ereuA fade, vocavit eus ad paeem.(lbîd/)
10J* et ü y eut, sur les intérêts réciproques, une longue
iü;2 discussion qui sc termina pur un accord. Toutes les reliques de réglise de Saint -A (ban avoir ni été portées au lieu des conférences ; un missel fut ouvcrL sur ces reliques, à la page de l’Evangile; et le roi Guillaume , se plaçant dons la situation oïj lui-niéme autrefois avait placé Harold , jura , parles saints ossements et par les sacrés Évangiles, d'observer inviolablemenl les bonnes et anciennes lois que les saints et pieux rois d'Angleterre, et surtout le roi Edward, avaient établies cbdevant (1), L'abbé Frithrïk et les autres Anglais, satisfaits de celle concession, répondirent au serment de Guillaume par Je serment de fidélité qu’on prêtait aux anciens rois, et se séparèrent ensuite , rompant la grande association qu'ils avaient formée pour la délivrance du pays (2). L’évèque Wulfstan fuL député vers F ouest , dans la province de Chester, pour y calmer les esprits , et Faire une visite pastorale dont aucun prélat normand n'osait encore sc charger (3),
G es bonnes et anÉjucs lois , ces lois d’Edward , dont la promesse avait le pouvoir d’apaiser les insurrections , n’étaient point un code particulier , un système de dispositions écrites , et Fon entendait simplement par ces mots l'administration douce et populaire qui avait existé en Angleterre au temps des rois nationaux. Durant la domination danoise, le peuple anglais , dans ses prières adressées au vainqueur, demandait , sous le nom de lois d'Elhelred , l'anéantissement du régime odieux de la conquête (4) ; demander les lois d’Edward , sons la domination normande , c’était former le même souhait , mais un souhait inutile , et que , en dépit de ses promesses, le nouveau conquérant ne pouvait remplir. Quand bien même il eût maintenu, de bonne foi , toutes les pratiques légales de Fancien temps , quand même il les eût fait observer a la lettre par scs juges étrangers , elles n'auraient point porté leurs anciens fruits, II y avait erreur de langage dans les demandes de la nation anglaise ; car ee n’était pas le défauL d’observance de ses vieilles lois criminelles ou civiles qui rendait sa situation si
{î) Juravit taper omnes r cliquas ccclesiæ Sancli Atlianî,
I a e 1 Ish | èj o sarrosanclit Fvangeliia, bmiaa cl apprulhiui^ aniie|ilib regm leges... invtolabilUcr observée. (Math. Paris, ville abhattim, p. 30.)
(2) Ad propria laHi recenser mit. (Ibid.)
(3) Episcopat il s ci CesLrensis VisiLaüo à Lan Franco commim est..* ea ensm provin ci a K or ma nais inaccem et Impaca la. (Angiïa sacra, t. Il, p. 230.)
(4j Voyez livre II, p. 07.
F?) Fs requirent es Ire gouvernez cumme lï reis filou ard les avoit gouvernez. (Cfifttà* de Normandie, rec, des 1nsL.de la France. L XII, p, 239.)
9, Si home ocefst ailre,*... XX livres en Merchenlae eL XXV livres en Wes Isa s en lac. (lois de Guillaume le
LA CONQUÊTE
désastreuse , mais la ruine de son indépendance et mi de son existence comme nation (15), Ni Guillaume ni pp* ses successeurs ne montrèrent jamais une grande haine pour la législation saxonne, soit civile , soit criminelle; ils la laissèrent observer en beaucoup de points, et les Saxons ne s’en trouvèrent pas mieux. Ils laissèrent le taux des amendes, pour le vol et le meurtre commis contre des Anglais, varier comme avant In conquête , suivant la division des grandes provinces (G) ; ils laissèrent le Saxon accusé de meurtre et de brigandage se justifier, selon Fanlique usage, par le fer rouge et Feau bouillante, tandis que le Français, accusé par un Saxon , se défendait par le duel ou simplement parte serment, selon la loi de Normandie (7). Cette différence de procédure, toute au détriment de la population vaincue, ne disparut qu’après un siècle et demi , quand les décrets de FÉglise romaine eurent interdît partout les jugements du feu et de l’eau (8).
D’ailleurs, parmi les anciennes lois saxonnes , il s’en rencontrait quelques-unes qui devraient être spécialement favorables à la conquête, comme celle qui rendait les habitants de chaque district responsables de tout délit commis dans le district , et dont l’auteur serait inconnu (ü) ; loi commode entre les mains de l’étranger pour mettre la terreur dans le pays. Quant à ces sortes de lois 3 il était de l'intérêt dit conquérant de les maintenir; et quant aux autres, relatives 4 des transactions particulières, leur maintien lui était à peu près indifférent. Aussi exécuta-t-il, en ce sens, la promesse qu’il avait faite aux conjurés saxons, sans s’inquiéter si eux-mêmes comprenaient autrement cette promesse. 11 lit venir auprès de lui, à Londres, douze hommes de chaque province , qui déclarèrent , sous lé serment , les anciennes cou Lûmes du pays (10) 5 ce qu’ils dirent fut rédigé eu une espèce de code dans l’idiome français du temps , seul langage légal reconnu par le gouvernement de la conquête. Ensuite, les hérauts normands allèrent criant à son de cor, dans tes villes et dans les bourgades , « les lois que le roi « Guillaume octroyait à tout le peuple d’Angle-
Coûquérant. — loge LE Croylpnd. Scriptom oxonJenaea , page SD.)
(7) Àngticus se pnrgel per judicïum Ferri , Francîgena sg dcfemJal per beJlum, cl ai AxigUcus non au de ai probarc per belle ni , dtrfeiuUü ne Franrigeoa pjeuo jura moulu {s’en es comlEra per plein serment). (Leges Wi lie Ira. uoiliq aptid Jübnn. Brompton.)
(8) NüLOî ad Eadmerura, ecl. Selden., p. 204.
(9) Horhs, FriOi-bafhs, borh g boîtiers.
(1Û) Electi «iintdfiwoguliscümiLatibual^virî sa p ica tiares, quibus jurçiurândü Injuneiura eral coràm rege WilleUno mf quoàd postent, legum snaruiu et CDEsuetüdinuui saneda pn tefacercoi, nÜ pmterraiueiiLejç, ni! addont&agTli. Ilùdbom. in Auglià saerâ. p. 239.)
TfiTi terre, les mêmes que le roi Edward, son cousin .
10*2 n îiVctU tenues avanl lui (I). «
Les lois d'Edward Furent publiées; maïs te temps d’Edward ne revint pas pour tes habitants de F Angleterre* Le Bourgeois ne retrouva point sa municipalité libre, ni le paysan sa franchise territoriale, et dès lors, aussi bien qu’au para van l, tout Normand eut le privilège de tuer un Anglais, sans crime, et même sans péché aux yeux de FÉglise, pourvu qu’il le crût en révolte {%). Les chefs de la dernière conjuration ne lardèrent pas à éprouver combien peu de valeur réelle avait cette concession, en appareil oc si satisfaisante. Et * comme il arrive toujours dans de semblables circonstances , du moment que leur association fut dissoute , tous se virent persécutés par l’homme en pouvoir qu’ils avaient con- ■ trahit de capituler avec eux. « Ce tyran , disent les (i chroniques , n’avait osé les affronter quand ils « ëtaienL réunis , mais dispersés , il les attaqua et » les écrasa un à un (5), » L’éVêqne Walter s’enfuit dans le pays de Galles; les soldais normands eurent ordre de le poursuivre jusque dans ce pays , sur lequel ne s’étendait point la domination du roi Guillaume ; mais il leur -échappa , h la faveur des forêts et des montagnes (4), Le roi Edgar, s’apercevant qu'on lui dressait des pièges . prît de nouveau la fuite vers PÉ cosse. O Liant à Févèque Witlfstam homme faible d’esprit eide caractère, il donna personnellement toutes les sûretés qu on exigeait de lui, et de cette manière il trouva grâce auprès du roi; Il offrit a l’abbé de Saïnt-Alban d'obtenir, au même prix , son pardon ; mais Frithrik fut plus fier (S). 11 assembla tous ses moines dans la salle du chapitre, et, prenant congé d’eux avec émotion ; «Mes frères, mes amis, leur dit-il, voici le moment où .
K ^lon les paroles de récriture sainte , rï nous faut « foir de ville en ville devant la Face de nos perse cult leurs (6). » Emportant avec lui quelques provisions et des livres, il gagna secrètement Pile d’Eïy et le camp du refuge, où îî mourut peu de temps après (7).
fl) Ces sont les leis et lus cous Lûmes que li ré isWil] Jaunie Crantai a l oui te peuple de Angleterre , ici les meismes que li lûrs Edward , son cüsÎq , fiat devant IuL (ingtilf. Croyl., script, oxon,, pr 88.)
{S} Qui, post cooseeraLiniiem régis , hominHiu occklerint, aient de homicidiia spontè eommissis, pœnileanl, hoc exceplo, ut si (plia de illis guemque, qui adhue repuguabaut regï , occïilil veï perçu sait. (Décréta prccsuïum Norman nor. apud Wilkins concilia, p, 504.)
(3) Tyrannua toexorabi lia, quoi non poteraiconfœderalos et cimpregatos superarc. ain^ulos dispersos ac semoloa slndiiit lofes lare cl suhpcditare.fMMh. Parts. VItæ ab.,p*3L)
(4) Jn ahdills WaJli» véx tutus 1 ti ta v ï (Ibid.)
(H) Et, cûm posset ipAum Wuîsiamii régi vel archiepiscopo pacificare, ipse abbas noluii el crcdere. (Ibbl.)
fO1 Fratres ac fi1ii.*.|ii}pemhim c$L à fncie perscqnejUium, è ci vitale in ci vi totem. (Ibid.)
Le roi Guillaume, irrilë de ce que Pabbé de Saint-Àlban lut avait échappé, tourna toute sa fureur contre le monastère. 11 en saisît les domaines, en fit arracher les forêts , et résolut de le détruire de fond en comble (8). Mais le primat Lan franc lui en fit des reproches, cl, ü force d’instances, obtint de lui, sous prétexte de dévotion, la conservation du couvent, et la licence d’y placer , comme abbé , un homme de son choix. A son arrivée en Angleterre, Lanfranc avait amené avec lui un jeune homme appelé Paul , qui était son parent, ou son propre fils, selon Lopin ion de quelques-uns (î)); et c’est à ce jeune homme , encore sans fortune, qu’il donna l'abbaye vacante par la fuite du Saxon Frithrik. Le premier acte administratif du nouvel abbé fut de démolir les tombeaux de tous ses prédécesseurs, qu’il qualifiait de brutes et d'idiots parce qu’ils étaient de race anglaise (JO). Paul fit venir de Normandie ses parents , qui étaient fort pauvres, et leur distribua les offices et les biens de son église (11) : n Ils étaient tous, dit l’ancien <£ historien , de la plus grossière ignorance, et la *r plupart de mœurs sî infâmes , qu’il y aurait « honte à les décrire (1 â). n Il faut que le lecteur se reporte maintenant vers File d’EIy . vers cette terre marécageuse et plantée de roseaux , comme s’expriment les chroniques du temps , qui était le dernier asile de Tin dépend an ce anglo-saxonne (13). L’archevêque S Ligand et l'évêque Eghehvin quittèrent FÉcosse pour s’y rendre (14). Edwin et Morkar , après avoir quelque temps erré parles forêts et les campagnes, y arrivèrent aussi avec d’autres chefs (LIS), Le roi, qui venait de réussir , par sa seule ruse , à dissoudre la conjuration des prêtres patriotes, essaya de même la tromperie, avant d’employer Fi force contre les Saxons du camp U’Ely. Morkar fut, pour la troisième fois, dupe de scs fausses paroles : il se laissa persuader d’abandonner le camp du refuge et de retourner à la cour (10) ; mais à peine eut-il mîs le pied hors
(71 Malh* Paria. Vit® abbalum. p. 31.
(8) Extirpa lis sylvss fcl tle p a up Gratis liominibi», lot unique cœuobium dcairtixissel, uisi... (ïliiü.)
(0) Et, ut quidam auiumant, filins. (Ibid.)— NolæadEadmer., p. 190.
(10) Quos brulos et idiotan rousuevit appelle re, codlemnendo cos quasi Atie>I icos. ( Mail). Paria. Vit® abb.it.* p* $%)
(If) Paronübua suis uormannkis, de subataotiA ecclesi®. (Ibid*, p* !î3.)
{ 1 iî j Li t le ra tu ræ igttàtf s, et o riç i ne ae mori bus IgnobiU bus (pue non posaimt seribi. [Ibid.)
(lo) Paludum lerra. (Cbrara, savoa. Gibsou, p. 177.)
(14) Angîia sacra, t. El, p. 010.
(15) Vagati per campus et ayhas. (Ibid*, p. 18t>)
(10) Faîsis allegatïonlbus slmpliciter acquîcvU. (Qrderle. Vital.* |>. 521*)
ïïtSTülïVE DE
des retranchements élevés par ses compagnons, qu'il fut saisi et mis aux fers dans une Forteresse, dont îe gardien était Roger, fondateur et propriétaire tlu château de Beaumont, en Normandie (1). Edwin quitta aussitôt Me d’Ely , non pour se soumettre comme son frère , mais pour travailler a le délivrer. Durant six mois il chercha du secours et rassembla des amis en Angleterre , en Ecosse , et dans ïopays de Galles® ; mais, au moment où il se trouvait assez fort pour exécuter sou entreprise, deux traîtres le dénoncèrent et le vendirent aux Normands* Il se défendit longtemps, avec vingt cavaliers , contre des forces supérieures. Ce combat eut Heu près des cèles de la nier du Nord , vers laquelle le chef saxon faisait retraite , espérant trouver quelque moyen de s'y embarquer ; mais il fut arrêté par un ruisseau que la marée montante avait grossi. Accablé par le nombre , il succomba; ses ennemis lui coupèrent la tète, et la portèrent au conquérant (5), qui s’attendrit et pleura, disent quelques historiens , sur le sort d’un homme qu’il aimait et qu’il aurait voulu attacher à sa fortune.
Tel fut le destin d’Edwin et de Morkar, fils d’Alfgar, beaux-freres du roi Harold , tous deux victimes de la cause qu’ils avaient plusieurs fois abandonnée. Leur sœur , nommée Lucie . éprouva le sort de toutes les femmes anglaises demeurées sans protecteur. Elle fut livrée en mariage h Ives Taille-bois, chef d'auxiliaires angevins , qui reçut, avec elle, tous les anciens domaines de la famille d’Alfgar (4). La plus grande partie de ces terres était située aux environs de Spaldîng, vers les confins des provinces de Cambridge et de Lincoln , dans la contrée marécageuse qu’on appelait Holland, c’est-à-dire, le Pays-Bas, près du camp des réfugiés d’Ely* Ives Tarllediois s’établi l dans ce lieu; il devint , pour les fermiers de l’ancien domaine, ce que, dans la langue saxonne , on appelait le blafard, et, par contraction le lord de la terre (£)♦ Ce nom signifiait originairement distributeur du pain ; et c’est ainsi que , dans la vieille Angleterre , cm désignait le chef d’une grande maison , celui dont la table nourrissait beaucoup d'hommes.
(1) CautelHï Roger ii * oppidant ïlelmomîs , mancipavit. {Ord. Vital», i». B21*)— Beaumont-lè-Roger, département de la Semc-ïnfui'icurc.
(2) Ses igitur menâibuaâ Seotis, Goal lia et An^lis aux i! la eibi quteaiviK (Ibid.)
(3] Ad lioc facinus exæstnaLio marina ftormanno$ arfjuvaK- prodiLores, pro favore blius, eaput ei domïni sui defe reliant. (Ibid.)
(4] Quorum sorti rem, nom! no Ltrnam, cum omnihua terris eorum , ïvoni Tajîbois , lùm anitegavcnsi comUi, mania rit» (Menait* anglican., U 1, p, 506.)
(51 2 3 4 Homtnus Spstriingpr et tolrus Hollandifr. (Monast.
LA CONQUÊTE
Mm à cette signification jn offensive se substitué- m \ rent d’autres idées , des idées de domination et de servitude , lorsque les hommes de la conquête reçurent des indigènes le nom de lords. Le lord étranger fut un maître; les habitants du domaine tremblèrent en sa présence . et n’approchèrent qu’avec terreur de son manoir ou de sa halle, comme parlaient les Saxons, demeure autrefois hospitalière, dont la porte était toujours ouverte et le foyer toujours allumé, maintenant fortifiée, murée, crénelée , garnie d’armes et de soldats , â la fois citadelle pour le maître et prison pour le voisinage. h Aussi, dit un contemporain , tous les gens du Pays-Bas avaient grand soin de paraître humbles devant 1res Taille -bois, et de ne lui adresser la parole qu’un genou en terre (fi) ; mais quoiqu’ils u s’empressassent de lui rendre tons les honneurs u possibles , et de payer tout ce qu'ils lut devaient ,
« et au delà , en redevances et en services , de son K cèle, il n’avait pour eux ni affabilité ni bienveïlit tance. Au contraire, il les vexait, les tourmente lait , les torturait , les emprisonnait , les accablait u de corvées , et 7 par scs cruautés journalières ,
« contraignait la plupart d’entre eux de vendre le ii peu qu’ils possédaient encore , et de s’en aller en « d’autres pays (7). Par un instinct diabolique , il u se plaisait à malfnire pour le mat seul ; souvent u il tançait ses chiens à la poursuite du bétail des « pauvres gens, dispersait les animaux domestiques u à travers les marécages* les noyait dans 1rs lacs, ti ou les mutilait du diverses manières, et les renii dait incapables de servir en leur brisant les mem- * hres ou le dos (8).»
Une partie des moines anglais de l’abbaye de Croyland habitaient près de Spahi in g , dans une succursale que le monastère possédait à la porte même du manoir de ce redoutable Angevin. Il leur fit éprouver encore plus violemment qu’au reste du voisinage les effets de sa manie destructive Contre tout ce qui était saxon , ou appartenait à des Saxons (9), Il estropiait leurs chevaux et leurs bœufs* tuait leurs moutons et leurs oiseaux de basse-cour, accablait leurs fermiers d’exactions, et faisait assaillir >
leurs serviteurs sur les routes a coups de bâton ou
anglican., L. I, page 306.) — Inguîf, Croyl. cd. Gale, p. 04.
(0) Eum omnes lïoylanüenses gcmi fieso deprecabanLur domimun* (ingu)F* Croyl- erl, Sa ville, p, 002.)
(7) Sed lorquotis et trihubms, an^ens cL augarîans, încarcerana et excrucians, ci -[uohdiè novis servilîîs oneraûfi, plurimOH pmnia &oa vendere, et ahas pairies quîcrerc,compétlebgt* (Ibid.)
(8) InflLînclu di aboli co.,. in mamcos oves , canibus mis inieetnns , et crebrè spinis an tibiis jumentorum fraelîs. (Ibid.)
(0) In jarntîs ejus quolidiê conversantes, in tantum tribu-
laV. (iblrf.)
DE L’ÀNGLETEHUE,
iu72 d’épée (i). Les moines essayèrent auprès de lui tes supplications et les offres; ils donnèrent des présents à ses valets ; « ils tentèrent tout et souffrirent l£ tout, dit l'histoire contemporaine ($) ; puis voyant «i que leurs efforts étaient superflus et que la malice « du tyran et des siens ne faisait que s’accroître , w ils prirent avec eux les vases sacrés, leurs lits et m leurs livres , et laissant leur habitation en îo main i( de Dieu tout-puissant , secouant la poussière de « leurs pieds contre les fils du feu éternel , ils retour «s nèrent à Croylaml (5).n 1res Taille-bois, joyeux de leur retraite, fit partir promptement un message pour Angers T sa ville natale, demandant qu’on lui envoyât des moines , auxquels il offrait , disait-il s une maison honnête et suffisante pour un prieur et cinq religieux, toute bâtie, toute meublée, Lieu pointue de terres et de fermages (4). Les moines français passèrent le détroit et s’emparèrent de la succursale de CroylamL L’abbé du Heu, qui, par hasard, était encore un Anglais, eut la hardiesse d’adresser quelques plaintes au conseil du roi contre le chef angevin; mais Ives Taille -bois fut absous et félicité même de tout ce qu’il avait commis en vexations, en pillages et en meurtres $5). « Ces étrangers se soutenaient * mutuellement, dit l’ancien narrateur; Us for- £f roaient une ligue étroite, serrés les uns contre « les autres, corn me sur le corps du dragon Técaille est jointe à Fécaille (b). »
Il y avait, dans ce temps, en Flandre un Saxon nommé Hereward, anciennement établi dans ce pays, cl à qui des émigrés anglais, fuyant leur patrieaprès y avoir tout perdu , annoncèrent que son père était mort , que sou héritage paternel était la propriété d’un Normand, et que sa vieille mère avait subi et subissait encore une foule d’afflictions et d'insultes (7)> A celle nouvelle . Hereward sc mit en route pour T Angle terre , et arriva , sans être soupçonné , au lieu habité autrefois par sa famille ; 11 se fit reconnaître de ceux de ses parents et de ses amis qui avaient survécu à l'invasion, les détermina à se réunir en troupe armée , et, A leur tête , attaqua le Normand qui avait insulté sa mère et occupait
(l) Jumcnlb connu , Lâm bohus fpiàm ecjuîs, muHnUès mut i (Mis, ovibus ac avibita qiioEJdÉÈ enecatis, ciim famtdi Pi toris gladîis et fuslïhus in compitis cædcrcuLur,
(fngulf. Croyl* ed, Savitte, p* 002,)
[2J Post inn umera suis mi nia tria donaria . posi permets omnia. (Ibid.)
(SJ Relictà çellA in manu Tlomint , excutientes pulvcrczn pednm auorum in fiJios ignia æiemi. (Jhiit.)
(4) ParaL3mctœdÉfiC4Uam, ot Lenemen lis salis ddatem.(lb.] (K) Prœdas et pressuras , cædcs et esteras injurias Ivouïi Tatbois justiflcaot et acceptant, (Ibid.)
(G) Veluli in rorpore Behemotb sqnama rquamfC con- JnntLa fuisset* (Ibîé,, p. 00 L)
son héritage (8)* Hereward Ton chassa cl prit sa jp;^ place; mais contraint, pour sa’ propre sûreté, de ne point s’en tenir à ce seul exploit, il continua la guerre de partisan aux environs de sa demeure, et soutint , contre les gouverneurs des forteresses et des villes voisines, de nombreux combats, où il se signala par sa bravoure , son adresse et sa force extraordinaires (SJ), Le bruit de ses actions d’éclat se répandit par toute l'Angleterre, et les regards des vaincus se tournèrent vers cet homme avec un sentiment d’espérance ; on fit sur ses aventures et à sa louange des vers populaires qui maintenant ont péri, maïs qui furent longtemps chantés dans les rues, aux’ oreilles des conquérants, grâce A leur longue ignorance de ndiorne du peuple anglais (10).
L’héritage reconquis sur les Normands par le Saxon Hereward était situé à Brunn , aujourd’hui Bourn , au sud de la province de Lincoln , près de l’abbaye de Croybnd , non loin de celle de Pelerborougli et des lies d'Ely et de Thorneye : les însurgés de ces cantons ne tardèrent pas à pratiquer des j intelligences avec les bandes que commandait le brave chef îles partisans. Frappés de sa renommée et de son habileté, ils l’invitèrent à se rendre auprès d’eux, pour être leur capitaine, et Hereward, cédant à leur prière, passa au camp du refuge avec tous ses compagnons (M). Avant de prendre le commandement d’hommes dont plusieurs étaient membres de la haute indice saxonne, espèce de confrérie ou de corporation autorisée parles anciennes lois du pays , il voulut s’y faire agréger hii-mème , et devenir, suivant l'expression des auteurs contemporains , un homme de guerre légitime (12). L’institution d’une classe supérieure parmi ceux qui se vouaient aux armes, et de cérémonies sans lesquelles nui ne pouvait être admis dans cet ordre militaire, avait été apportée et propagée dans tout l’occident de l’Europe par les peuples germaniques qui démembrèrent l’empire romain. Cette coutume existait en Gaule, et, clans la langue romane de ce pays , un membre de la haute milice se nommait cavalier ou chevalier, parce que les guerriers à
(7) Paternam hærtdiuiiem, munere régis, cuîdain iSor* manno donarl , tnaireijKjue vidunm munis injuriis et moledits atfijgi (Ingulf. Croyl., p, 001.)
(8) ColÎÉcbiqufî ciîgnaloruiïi non cou temnoodâ manu,
Je suâ hccrcdîiaie procùl fugaltd éliminât, (Ibid.)
(0) ïnçunLîa praella ei mille peHcula, lâm contra îrgem AngUa? , quant eorato et barones CL piififeetofl et præddes,
(Ibid., p. StML)
(10) Prout ad bile m Irivïiscanunlnr. (Ibid.)
(h) Celeri ntmcio ad en» accersiliiSjdux bel)! et magialer ■ minium cfllcilur. (îbîd,, p. 901.)
(12) Kondiim militari baltheo légitimé se accimtnm,,. ÏpgtJimæ niiTUiae,,. tnilitem Tegtllmum. (Ibid.)
TKtennv,
io72 cheval étaient alors , dans tonte la Gaule , et eu général sur le continent, la principale force des armées. El n'en était point de môme en Angleterre; la perfection de la science équestre n'entrait pour rien dans l'idée qu’on s’y formait de l'homme de guerre accompli ; îes deux seuls éléments de cette idée étaient la jeunesse et la force, et, en langue saxonne , on appelait HCnifU, c’est-à-dire , jeune homme , celui que les Français, tes Normands* les Gau lois méridionaux et môme les Allemands , appelaient homme de cheval (1).
Malgré ceLte différence , les cérémonies par lesquelles un guerrier était agrégé à la haute indice nationale, en Angleterre et sur tout le continent , étaient exactement les mêmes ; l'aspirant devait se confesser un soir, veiller dans l’église toute la nuit suivante, et te matin , à l’heure de la messe, placer son épée sur l’autel* la recevoir des mains de l’ofiiciant , et communier apres l’avoir reçue (2), Tout combattant qui s'était soumis à ces diverses formalités était dès lors réputé un homme de guerre en titre, et capable de servir et de commander dans tous les grades (3). C'était de cette manière qu’un homme d’armes était fait chevalier en France et dans toute la Gaule, à l’exception de la Normandie , où , par un reste des usages danois , l’investiture de la chevalerie avaiL lieu sous des formes plus militaires et moins religieuses. Les Normands avaient même coutume de dire que celui qui s'était fait ceindre Vepée par un clerc à longue robe n’ëtaïl point un vrai chevalier, mais un bourgeois sans prouesse (4)* Ce propos dédaigneux fut proféré con- Ire le Saxon Ilereward , quand' les chevaliers avec lesquels il s’élaît souvent mesuré apprirent qu’il venait d'aller au monastère de Peler b or ou gli , prendre le baudrier militaire de la main d'un abbé saxon. Toutefois, il y eut alors, de la part des Normands, autre chose que leur mépris habituel pour les rites de ta consécration sacerdotale ; ils ne * voulaient pas qu’un Anglais de race obtint , de quelque manière que ce fût, le droit de s'intituler càevalwr comme eux 7 et de réclamer les égards que les chevaliers de toute nation devaient avoir Eun pour l'autre. Leur orgueil, comme vainqueurs, paraît avoir été, dans celte occasion, plus vivement blessé, que leur point d’honneur, comme
(1) AX.Knîghfj ànlCild, a!, CMld, Les Allemands avoir ni pareillement employé te mol Hïïd ou lîeid } avant celui tle Refteron Ri fier.
[S) Anglorum oral consuetudo ul, qui miliiiæ légitimé consecrandus esset, vespere præcedcoLe.,. (IngulL Croyl., p. Wlj.
(3) Sic deimô miles legitimu* permaneret. (Ibid.)
(4) liane ccmsecrandi milites cnnsuetudmem ftormanni abominantes , non mUilem legitimum laletn lenebanl, sed focordem cquitem et qnirilem rteEenercmdeputûlmnLflbid.)
LA CONQUÊTE
guerriers, ne l’était par la cérémonie religieuse ; l0T car eux-mêmes, dans la suite, se soumirent à celle cérémonie, ci accordèrent aux évêques le droit de conférer ht chevalerie (5b
Le monastère de Peterborough était alors gouverné par ce même Brand qui, après son élection par les moines du lieu , était allé demander à Edgar la confirmai ion de son titre d'abbé (6). Cet homme, d'un espriL Ber et incapable de plier, ne songeait en aucune manière à rentrer en grâce auprès du roi Guillaume, En se prêtant à faire, pour un chef de rebelles , la cérémonie de la bénédiction des armes , il donna un second exemple de courage patriotique et de mépris pour le pouvoir étranger.
Sa perte était inévitable ; maïs la mort l’enleva de ce monde avant que les soldais normands vinssent le saisir au nom du roi ; et c’est alors que fut envoyé, comme son successeur, à l’abbaye de Feterborough . le Normand Turauld , ce moine batailleur déjà nommé ci -dessu s (7). Turauld , menant avec lui cent soixante hommes bien armés, s’arrêta dans la ville de Stamtord, à quelques lieues de Peterborough , et envoya des coureurs pour observer la position des réfugiés anglais, et s'assurer des obstacles qu'il trouverait à prendre possession de l'abbaye (S) ♦ De leur côté, les réfugiés , avertis de l’approche du Normand , firent une descente an monastère , et , trouvant les moines peu résolus à se défendre contre l'aldie et ses hommes d’armes , ils enlevèrent tous les objets précieux qu'ils trouvèrent , des croix , des vases , des étoiles , cl les transportèrent . par eau , dans leur quartier , afin d’avoir, disaient-ils, des gages de la fidélité du couvent (9). Le couvent ne fut pas fidèle, et reçut les étrangers sans résistance.
Turauld s’y installa comme abbé , et prit soixantedeux hydes île terre sur les domaines de l'église pour le salaire ou le fief de ses soldats (10). L’Ange vin Ives Taille-bois , vicomte de Spaldmg , proposa bientôt à l’abbé * son voisin, une expédition de guerre contre Ilereward eL le camp des Saxons. Turauld parut accepter la proposition avec joie ; mais comme sa bravoure était moins grande contre les gens armés que contre les moines , il laissa le vicomte angevin s'avancer seul à ta découverte, au milieu des forêts dé saules qui servaient de retran-
(3) Voyez Sharon Turner, UtsL dos A xiglo Normands, LU
(G) Vojt-ek livre IV, p. 1 01 .
C7) ILiffe 15 1 .
(0) Vénjt Turoldua abba» et 100 hommes oum eo henè armati omîtes.,, {mid eis froncisce men.) fChron. saxon. Gibson, p. 177.)
(0) For ities mynsiros hoîdscipc. ( Chronic, saxonn., p. 177.)
(10) rhronkon abhatiæ PelrohLirgcnsi$,p. 47.
DE L'ASGLETEME*
m± cliemen ts aux Saxons , ei demeura fort en arrière avec quelques Normands de haut parage (1)* Pendant qu’lrel entrait d'un côté dans le Lois , Hereward en sortît par Eau Ire , assaillit à ['improviste l’abbé et scs Normands, les lit tous prisonniers , et les retint dans ses marais jusqu’à ce qu'ils eussent payé une rançon de trois mille marcs *2).
Cependant la flotte danoise, qui. après avoir passé dans le golfe de EHumher Eh i ver de 1069, repartit au printemps sans livrer aucun combat , et causa ainsi la seconde prise de la ville dTork , était arrivée en Danemarck. Ses chefs Furent mol accueillie, a leur retour, par le roi Svcn, dont ils avaient violé les ordres en se laissant gagner par Guillaume, Le roi irrité bannit son Frère Osbiorn ; et, prenant lui -même le commandement de la flotte T fit voile pour la Grande-Bretagne (5); il entra dans FHumber, et, au premier bruit de son approche , les habitants de la contrée voisine se soulevèrent encore, vinrent au-devant des Danois, et firent alliance avec eux (2)* Mais, dans ce pays si dévasté, si abattu par les exécutions militaires s il n'y avait plus assez de moyens pour entreprendre efficacement une grande résistance* Le roi danois repassa la mer , et ses capitaines et ses guerriers , continuant leur route vers le sud , descendirent dans le golfe de Boston , et , par Embouchure de EOuse et de b Glen, arrivèrent dans Elle d'Ely* Les réfugiés les y accueillirent comme des libérateurs et des amis (3).
Aussitôt que le roi Guillaume fut informé de l'apparition de la flotte danoise , il envoya en toute bâte des messages et des présents au roi Sven en Danemarck ; et ce roi , qui . si peu de temps auparavant, avait puni son frère d'avoir trahi les Saxons, gagné lui-même on ne sait pourquoi, car il y a beaucoup de choses obscures dans l'histoire de ce temps , les trahît à son tour (G). Les Danois, stationnés sur leurs vaisseaux, près d'Ely, reçurent l'ordre de faire retraite: ifs ne se contentèrent pas de s'éloigner simplement ; mais ils enlevèrent et emportèrent avec eux une partie du trésor des insurgés , et, entre autres choses * les croix, les vases sacrés et les autres ornements de Eabhaye de Peterborough. Alors , de même qu'en Tannée 1069, le roi normand rassembla toutes ses Forces contre
(1) Sed yeneraljltî* ahbas , ac majores procures qui en ru eo Fu tirant, atitpjsliîis sylvsmm mgredi forfmdadfflt***(Pclri Biesetifiis contimiatïo lngulfi Croyl. , p. 135.)
f2) lu 1oci$ iibddis citsLodivtl* (Ibid.)
(Hj Florent. Wiporn., p. 030,
(4 J Et ejus région ta iritrolæ obviàm ei veiiovunt , et Fœdus ipibaiU cum eu* {Cbrtm. saxon. Gibsun* p, 177 )
(5) Deîïwie venei oniin Elig, atque Auglï do omm pàlQdum terri iis sese adjimternnt, (Ibid.)
les Saxons délaisses. Le camp du refuge fut investi kit par terre et par eau, et les assaillants construisirent de toutes parts des digues et des petits sur les marais, Hereward et les autres chefs, parmi lesquels on distinguait Siward Beorn , compagnon de la fuite du roi Edgar , résistèrent quelque temps avec bravoure* Guillaume commença, du côté de l'occident , à travers les lacs couverts de joncs , une chaussée qui devait être longue de trois mille pas ; mais ses travailleurs étaient continuellement inquiétés et troublés dans leur ouvrage*
Hereward faisait des attaques si brusques, il employait des stratagèmes si imprévus, que les Normands, Frappes d'une crainte superstitieuse attribuèrent ses succès à l’assistance du démon. Croyant le combattre avec ses propres armes, ils eurent recours à la magie; Ives Taille-bois, désigné par 1e roi pour surveiller les travaux, fit venir une sorcière qui devait, selon lui, déconcerter par ses enchantements toutes les ruses de guerre des Saxons (7)* La magicienne fut placée sur une tour de bois à la tète des ouvrages commencés ; mais au moment ou les soldats et lés pionniers s'avançaient avec confiance, Hereward déboucha par le côté, et* mettant le feu aux champs de roseaux , fil périr dans les flammes la sorcière et la plus grande partie des hommes d'armes et des travailleurs normands (8).
Ce succès des insurgés ne fut pas le seul ; malgré la supériorité de V ennemi , ils l'arrêtèrent à Force d'adresse et d'activité. Durant plusieurs mois, la contrée d'Ely tout entière resta bloquée comme une ville de guerre, ne recevant aucune provision du dehors* 11 y avait dans Elle un couvent de moines, qui, ne pouvant supporter la famine et les misères du siège, envoyèrent au camp du roi, et offrirent de lui livrer un passage, s'il promettait de les laisser en possession de leurs biens* L'offre des moines Fut acceptée , ei deux seigneurs normands, Gilbert deCîare et Guillaume de Garenne, engagèrent leur foi pour l'exécution de ce traité. Grâce à la trahison des religieux d'Ely, les troupes royales pénétrèrent inopinément dans Elle, tuèrent mille Anglais , et, cernant de près le camp du refuge, forcèrent le reste à mettre bas les armes (9)* Tous se rendirent, à l'exception de Hereward, qui, audacieux jusqu'au bout, fit sa retraite par des beux imprati-
(6) Tune duo rcjjes Willclmtis c\ Swamis in graüani rtidiêre. (Chron. saxon. Gtbson» p* 177*)
(7) Qaamdam sorliîegam, exeicitm pmponere.,* et ejus farmmihug et iucrcpalionibus aijvcrsai'Iôs unn puise restalere* (PeLri EUcmsta contîa, Ingu IL CrôÿL, p* 125,1
(S) OcciirrcbaL à laterc sag.-idssimui haro Herwardus de Brunâ, arundînetum pros i muni infî .mi m an s, cl tam oiagani quâm milites o innés Jrooo et JlammA cillngtiens* (Ibiü.j
(9) John Stow Vannais, p. ttS,
j 072 cubles, où les Normands n'osèren t le poursuivre (ÎJ*
Il gagna, de marais en marais, les terres liasses de la province de Lincoln, où des pécheurs saxons, qui portaient chaque jour du poisson au poste normand voisin, le reçurent dans leurs bateaux, lui et ses compagnons * et les cachèrent sous des tas de paille. Les bateaux abordèrent auprès du poste, comme à l'ordinaire : le chef cl ses soldats, connaissant de vue les pêcheurs, ne conçurent ni alarmes ni soupçons ; ifs apprêtèrent leur repas , et se mirent tranquillement à manger sous leurs tentes. Alors Herewàrd et ses amis s'élancèrent, la hache à la main, sur les étrangers qui ne s'y attendaient point, et en tuèrent un grand nombre. Les autres s'enfuirent, abandonnant le poste qu'ils gardaient et laissant leurs chevaux tout selles, dont les Angla î$ s'em pa rère n t (2) *
Ce hardi coup de main ne fut pas le dernier exploit du grand capitaine de partisans. On le vit se promener encore en plusieurs lieux avec sa bande recrutée de nouveau, ci dresser des embûches aux Normands, sans jamais leur faire de quartier, ne voulant pas, dit un auteur du temps, que ses compatriotes eussent péri sans vengeance (3). Il avait avec lui cent hommes bien armés et d'une fidélité a toute épreuve, parmi lesquels on distinguait, comme les plus dévoués et les plus braves, lbe AVînler, son frère d'amies, Enghclrîk, son proche parent, Iteï , Alfrik eL Sexwald. Quand l'un d'entre eux, dit un vieux poète* rencontrait trois Normands, jamais iî ne refusait le combat , et . pour le chef, souvent il lui ai ma de tenir tête â sept cnncniîs(t). lî paraît que la gloire de Herewàrd, si cher à tous les cœurs saxons, lui gagna l'amour d'une dame nommée Alflrude, qui avait conservé de grands biens, probablement parce que sa famille s'était de bonne he ure déclarée pour le nouveau roi. Elle offrit sa main au chef des rebelles , par admiration pour son courage ; mais craignant en même temps les dangers et les aventures, elle usa de sou empire pour le décider a vivre en repos, et à faire sa paix avec le conquérant £ü).
£1 ) Pi ætc r f 1ère w a rd u m sol u tn si ou u ! os q uc t j us se f] uace 9 , quos ipse vinlRer eduxit, (Chr. sax* ed, Lye,et ed. G)Uqu.)
(2) Poeme sur niisluire des Anglo-Saxons , p.ir Geoffroy Gaymar, auteur Mu douzième siècle. Itss, bibi* Reg. — Mus. Bri tu unique ISA XXI* fol. 1 43 T col. 2.
(3) Insidias exquisiias* (Math, Paris, p, 5. ) — Inulto» abire ad infères non permis) U (UigulF. Cvüÿlt, p. 002.)
( 4 ) En plusieurs lieux osai avjnt
K 'encontre seit très-bien se tint,
{1&H. dé GcüffrOJf Gajrmur, fui. lA\, tuï. 1.)
(5) C n fu AIR rtied M com an d ou t
A Iiereward ke moult amout,*.*.
Al rei se deveil acordvr.
piU. foi* 144 b, col * 2*)
Herewàrd, qui l’aimait, se rendît à ses instances, et, comme on disait alors, accepta la paix du roi* Mais cette paix ne pouvait être qu'une trêve : malgré la parole de Guillaume, c! peut-être d’après ses ordres, les Normands cherchèrent bientôt à se défaire du redoutable chef saxon. Sa maison fut plusieurs fois assaillie â l'improviste ; et un jour qu'il reposait eu plein air après son dtner, une trempe d’hommes armés, parmi lesquels sc trouvaient plusieurs Bretons, ie surprit ci l'entoura* II était sans cotte de mailles et n'avait pour arme qu'une épée et une courte pique dont les Saxons marchaient toujours munis* Éveillé en sursaut par le bruit, i! se leva, et sans s’effrayer du nombre : « Traîtres n félons, dit-il, le roi m’a donné sa paix ; et si vous « en voulez à mes biens ou à ma vie, par Dieu , u je vous les vendrai cher (G)* »
Eu disant ces mois , Herewàrd poussa sa lance avec tant de vigueur contre un chevalier qui se trouvait en face de lut, qu'il lui perça la poitrine a travers son haubert * Malgré plusieurs blessures , il continua de frapper de sa demi-pique, lant qu'elle dura; puis il se servit de l’épée; et cette arme s'étant brisée sur le heaume d'un de ses ennemis, il combaLLït encore avec le tronçon qui lui restait dans lu main * Quinze Normands , dît la tradition, étaient déjà tombés autour de lui , lorsqu'il reçut à la fois quatre coups de lance (7), Il eut encore la force de se tenir a genoux, et dans cette position, saisissant un bouclier qui était par terre , il en frappa si rudement au visage Raoul de Dol, chevalier breton , que du coup il le renversa mort; mais en même temps lui-même défaillit et expira. Le cheF de la troupe, nommé Asseliu , lui coupa la tète, jurant, par la vertu de Dieu, que , de sa vlé , il n'avait vu un s* vaillant homme* Ce fut dans la suite un dicton populaire parmi les Saxons et même parmi les Normands, que s'il y en avait eu quatre comme lui eu Angleterre* jamais les Français n'y seraient entrés, et .que* s'il ne fût pas mort de cette manière, un jour ou l'autre, il les eût chassés tous (8).
(Gj Moult feremeiil dhi as Franceis Trieve m’avüil Ooné ti reta...
Fêla traîtres vernirai meiï cher.
[Mil. üa G ç&flïpj QavmùTj fol. 44 1*3
(7) Mens quatre en vindrect a atm ié Ki Pont féru parmi ïe corps
GO quatre lances Pont féru,
{ibid.j
(8) Et *H eust od It tels trais
Mai y eulroiaseiU les FranCeis*
E fl il ne fus! issï occis
Tu z les eu chassai fors del pats.
tlbid.^wbî)
l07, Ainsi fut détruit, en l'année 1072* le camp d’Eîy, qui avait donné un moment l’espoir de la liberté à cinq provinces- Longtemps après la dispersion des braves qui s’y claie ni réfugiés, on trouvait encore, sur un coin de terre marécageuse , les traces de leurs retranchements, el les restes d'un fort de bois, que les habitants du lieu nommaient le château de Hereward (1), Beaucoup de ceux qui avaient mis bas les armes eurent les mains coupées ou les yeux crevés, et, par une sorte de dérision atroce, le vainqueur les renvoya libres en cet étal (2) ; d’an 1res furent emprisonnés dam des châteaux forts sur tous les points de l’Angleterre* I /archevêque $Ügand fut condamné à la réclusion perpétuelle; Févèqtie de Durham, Eghelwin, accusé par les Normands d’avoir dérobé les trésors de son église, parce qu’il les avait employés a soutenir la cause patriotique, fut renfermé à Àbingdon, où, peu de mois après, il mourut de faim (ô). On autre évêque, Eghelrik , fut mis eu prison dans l’abbaye de Westminster, pour avoir, disait la sentence rendue par les juges étrangers , attenté é la paix publique et exercé la piraterie (4). Maïs le jugement des Anglais et Popinion populaire sur son compte étaient bien differents; ou le loua, iariL qu’il vécut , et, après sa mort, o u T bon or a comme saint. Les pères enseignèrent à leurs enfants à implorer son intercession ; et . un siècle après, il venait encore des visiteurs et des pèlerins a son tombeau (15).
tQ-2 La trahison des moines dTEly reçut bientôt sa 1(ja73 récompense ; quarante hommes d'armes occupèrent leur couvent, comme un poste militaire , el y vécurent à francs quartiers* Chaque matin ïï fallait que le eellcrier leur distribuât des vivres el une solde dans la grande salle du chapitre (B), Les mornes se plaignirent amèrement de la violation du traité qu’ils avaient conclu avec le roi, et ou leur répondît que File d'Ely avait besoin d’ètre gardée (7)* Ils offrirent alors la somme de sept cents marcs pour être délivrés de la charge d'entretenir les soldats étrangers, et cette somme, qu’ils se procurèrent en dépouillant leur église, fut portée au Normand
(1} Quod usrpiè in hoiiitTfium diem eastellmn Henvardi ü cumpiovmrîaiihu« nuncupaUir. (Malb, Paris, p. 5.)
(2) Manibns Iruucaüs vel ociilis eruüa, abire pcrmisiL (Chrflf». sa s on. Gibson, p. 181.)
(3) Direptï eccltîsiæ Lheeauri accusatus, îq caieerem deiruBiiS cal , ubi el nïmiû dolore et famé , $eu spoulancà scu coaetâ, obiît. (Anglia sacra, L î, p, 7(>o*)
(4j Qiiùd uirbasset paeem regiam , piradeam adorsus, (Wiltelm. !Ualm<üsb*, VU® pontifie. , p, 277,)
(5) SancUlatii opimonem a pud homi lies conccpit. .. lipdiè* que ejus tumiilus nec vûlto nec fretjuctiliA pelitorum caret , (J h.)
(0i Jnfrâ aidant tcclesiæ quolîtiiè vïcUam do manu eeîerarii ca picotes ci sUpendia. ( Es HIsioda Elienâi , in AngUa sacra, t. U p. G13.)
Picot, vicomte royal à Cambridge. Le vicomte fit jotz peser l’argent, et trouvant que par hasard il y man- t£n quail le poids d’un gros, il accusa judiciairement les moines du crime de fraude envers le roi, et les fit condamner par sa cour à payer trois cents marcs de plus, eu réparation de cette offense (3). Après le paiement des mille marcs, vinrent des commissaires royaux, qui enlevèrent du couvent d’Ely tous les objets de quelque valeur, et firent un recensement des terres de l’abbaye , afin de les partager en fiefs (9). Les moines se répandirent en plaintes qui ne furent écoulées de personne; ils invoquèrent la pitié pour leur église, autrefois la plus belle, disaienL-Üs, entre les filles de Jérusalem, maintenant souffrante et opprimée (10)* Hais pas une larme ne coula , pas une main ne s’arma pour leur cause*
Après l’entière défaite et la dispersion des réfugiés de Elle d’EIy, l’armée normande de terre et de mer se dirigea vers les provinces du nord pour y Faire eu quelque sorte une battue, et empêcher qu’il ne s’y formât de nouveaux rassemblements. Passant pour la première fois la Tweed , elle entra sur le territoire d’Écosse, afin d’y saisir tous les émigrés anglais, el d’effrayer le roi Malcolm, qui, à leur sollicitation , avait Fait, dans la même année, une incursion hostile en-NorLbumberland (11). Les émigrés échappèrent à celle poursuite , et le roi d’Écosse ne les livra point aux Normands ; mais , intimidé par la présence de troupes plus régulières et mieux armées que les siennes , il vînt a la rencontre du roi Guillaume , dans un appareil tout pacifique , lui toucha la main en signe d’amitié, lui promit d’avoir ses ennemis pour ennemis , s’avoua, de plein gré. son vassal et son homme-lige ^ comme on s’exprimait alors (12)*
Guillaume se retira satisfait d’avoir enlevé à la cause saxonne le dernier appui qui lui restât ; et , à son retour d’Écosse, il Fut reçu a Durham par l’évêque Yaukher , Lorrain de nation , que les Normands avaient mis à la place d’Egbelwîn , dé* gradépar eux et condamné , comme on l’a vu , a un
[7) Ad cm slodiam .(Ex HltLElîeDS.,ioAogïia sacra,! .Lp.fll 3 J
(8) John SLuw’s armais, p. 115.
(U) Quidquid optimum m omamenUs et in alth reîms...qüæcimiiue bona ae [media eecleaia? milJUbus suis divisii. (Âuglia sacra , t. L p.ÜUL)
(IQ) Quondàm farnusissima - eL inter filias Jérusalem speciosa, calamiialis aune oppressa amariludiüe* ( Hieloria Eîiensis, ed. Gale, p* $01.)
(11) Credem aliquos ïb\ ex suis hosîibus indomiüs vel profugli, aptid regein , delituisse. ( Willdm* Malme&b. —
Math* Paris* p. 50.)
(12) Obvia vit ei paciticè. et liomo stms devcniL*. accepte régis Scotormn . cum ubaidibus * homagio. ( Math* Paris t p. 50. )
iot^ emprisonnement perpétuel. Il parait que le triste sort i0a73 tlu prélat saxon avait excité dans le pays tme haine violente contre relu des étrangers. Quoique la ville de Durham, située sur des hauteurs, fût très --forte par sa position , Vauleher ne s’y croyait point en sûreté contre Fa version des Northuiubriens, À sa demande , disent les chroniques , le roi lit bâtir, sur la plus haute colline, une citadelle, où il pût séjourner avec ses gens, à l'abri de toute espèce d'attaque (t).
Cet évêque , après sa consécration a Winchester, avait été accompagné jusqu’à York par une escorte nombreuse de chevaliers normands; et, dans celte ville, le Saxon Gospâti ik , devenu , au prix d'une grande somme d'argent, comte du pays au delà de la Tyne , était venu recevoir le pontife lorrain pour le conduire à Durham ($)> Ce bon office rendu à la cause de la conquête ne put faire oublier au conquérant que Gospatrik était Anglais, et avait été patriote : aucune complaisance n’était capable d’effacer ceLte tache originelle. Dans l’année même, le roi Guillaume enleva au Saxon la dignité qu'il avait achetée, mais sans lui rien restituer ; et la raison qu’il allégua fut que Gospatrik avait combattu au siège d’York, et pris part à l'insurrection où avait péri Robert domine (5). Saisi du même chagrin et du même remords qu’au Irefois l'archevêque Eldred (4) , Gospatrik abandonna pour jamais l'Angleterre , et s’établit en Écosse , où sa famille se perpétua longtemps , honorée et opulente (t>). Le gouvernement j ou , pour parler comme les .'Normands, le comté de Norllmmberkmd fut donné alors à Waltheof fils de Sîward, qui, de même que son prédécesseur, s’était trouvé dans les rangs saxons an siège d’York, mais dont l’heure fatale n’était pas encore venue.
jn:a Après cette suite d’expéditions heureuses , le roi Guillaume , trouvant en Angleterre un moment d’abattement profond, ou d’heureuse paix, comme disaient les vainqueurs, hasarda un nouveau voyage en Gaule, où il était rappelé par des troubles et une opposition élevée contre son pouvoir. Le comté du Maine, enclavé , pour ainsi dire, entre deux États beaucoup plus puissants, la Normandie et l'Anjou, semblait destiné à tomber alternativement sous la
£1) Obi episcopus se , ctTOi sais, tu là ah incumaLilius baba?® posset* tRogerfi de Huvcd. Aunalcs, p. 451]
(3) S a s ce [3 il pontifie® ni perdue® mi mu* ( Ibid.)
CS] Alullà emptum penmu cmnîtalmn. £ Monast. anche, , o r, p. 41.)..* quoeî in parts hostium fciisscL , cùm êîormanniapud Eboracum necaréùlur. (Itogerde Hoved.)
4j Vu yez livre IV, p. ï 12.
(5) Priva las comitain, Scollam adîjk ( Script, rcrum darncar., p, 2Ç8.J— Voyez I}ugdajè*$ baronage.
ffl Cenomaneusis plebs erga fimtinms procas et trucu-
.A conquête
suzeraineté de l’un ou de l’autre. Mais, malgré ce m} désavantagé de position et l’infériorité de leurs forces, les Manceaux luttaient souvent avec vigueur pour le rétablissement de leur indépendance nationale ; et l'on disait d’eux, au onzième siècle, qu’ils étaient d'un naturel dur, hautain, et peu disposé a l'obéissance (G). Quelques an nées avant sa descente en Angleterre, Guillaume fut reconnu pour suzerain du Maine par Herbert* comte de ce pays, grand ennemi de la puissance angevine, et à qui ses bien rsî uns nocturnes dans les bourgs de l'Anjou avaient fait donner le surnom bizarre et énergique à' Éveiile*Chien. Comme vassaux du duc de Normandie , te Manceaux lui fournirent , de bonne grâce, leur contingent de chevaliers et d’archers; mais, quand ils te viren t occupé des soins et des embarras de la conquête, i!s songèrent à s’affranchir de la domination normande. Nobles, gens de guerre, bourgeois, toutes les classes de la population concoururent à cette œuvre patriotique ; les châteaux gardés par des soldats normands furent attaqués et pris Fun après l’autre ; Turgisde Tracy et Guillaume de la Ferlé, qui commandaient la citadelle du Mans, rendirent celte place, et sortirent du pays avec tous ceux de leurs compatriotes qui avaient échappé aux représailles eL aux vengeances populaires £7].
Le mouvement imprimé aux esprits par cette insurrection ne s’arrêta point lorsque le Maine eut été rendu à ses seigneurs nationaux; et Fou vit alors éclater dans la principale ville une révolu lion d'un nouveau genre. Après avoir combattu pour l'indépendance du pays, les bourgeois du Mans, rentrés dans leurs foyers, commencèrent à trouver gênant et vexatoire le gouvernement de leur comte, et s’irritèrent d'une foule de choses qu’ils avaient tolérées jusque-là* A la première taille un peu lourde qui leur fut imposée, ils se soulevèrent; et , sc liant ensemble par le serment de se soutenir Fun l’autre, ils formèrent ce que, dans le langage ilu temps, on appelait une commune (8). L’évêque du Mans, les nobles de la ville, et Geôfroi de Mayenne, tuteur du comte régnant, furent obligés , par force ou par crainte, de jurer la commune, et de confirmer par ce serment les nouvelles lois étalon ta , adverses dominos stios coanima* et rebellât» uuqqudm unit para ta. ( Script, muni fraude. > t. XII , p. 53Ü— 541.)
(7j Ëjïciunl, qnoBdam perîmunt , et, cmn Itbfrlatc , dû KOrmannis ni lion em asâiimuat. ( Ortter. Vital, Normaum UisL, lih* IV, jj, 522.)
(H) FacU igiitir conspira lione quam commuoionem vocal>3iit, sese omnes pari 1er saci ammUis astringmil..,(lis gestîs pnlificum Ccnotnan, apud. srHpt.ierum fraude.., tom, Ml, p. 550-541.)
ïciT3 Rites contre leur pouvoir ; mais quelques nobles des environs s*y refusèrent j et les bourgeois, pour les réduire, se mirent en devoir d'aüaquer leurs châteaux ei leurs autels.
Ils marchaient à ces expéditions par paroisse, la croix et la bannière en tête de chaque compagnie ; mais , malgré cet appareil religieux, ils faisaient la guerre a outrance, avec passion, avec cruauté même, comme il arrive toujours dans les troubles politiques. On leur reprochait de guerroyer sans scrupule durant le carême et la semaine sainte; ou leur reprochait aussi de faire trop sévèrement et trop sommairement justice de leurs ennemis, pendant les uns et mutilant les autres, sans aucun égard pour le rang des personnes (1). Objet de la haine de presque tous les seigneurs du pays, la commune du M a ns, h une époque où ces sortes d'institutions étaient rares, défendit opiniâtrement sa liberté. Un complot, qui livra au comte Gcofroi de Mayenne la forteresse de la ville , contraignit les bourgeois à combattre dans les rues . et à mettre eux-mêmes le feu à leurs maisons, pour pousser les travaux du siège. Us le firent avec ce dévouement courageux qu'on vit éclater , un demi-siècle après, dans les grandes communes du royaume de France (S).
C'est durant cette lutte entre îa puissance féodale et la liberté bourgeoise que le roi d’Angleterre fit sês préparatifs pour envahir le Maine, et imposer sa seigneurie aux deux partis rivaux. Habile à profiter de F occasion , II ordonna d'enrôler partout les hommes de race anglaise qui voudraient le servir pour une solde ; il comptait sur la misère où la plupart se trouvaient réduits, pour les attirer par l'appât du butin que cette guerre semblait promettre. Des gens qui n'avaient plus ni feu ni lieu, les restes des bandes de partisans détruites sur plusieurs points de F Angleterre, ei même des chefs qui s'étaient signalés au camp du Refuge, se réunirent sous la bannière normande, sans cesser de haïr les Normands. Ils étaient joyeux d'aller combattre contre des hommes qui, bien qu'ennemis du roi Guillaume , leur semblaient être de la même race que lui, par La conformité du langage. Sans s'inquiéter si c'était de gré on de force que les Manceaux avaient , sept ans auparavant, pris part à la conquête, ils marchèrent contre eux, â la suite du
(I) Cujus cûnqnraltüms amlaciâ innumera seelera cnmnmmtnf , passïm pOmmos sinè aliqiio judïcio condemnantés... miiltflfldlntt agraïna cwiciUintc» , congregaloqtïe «gcrcHit, en ni critclltfû et vexillî»... ( Ex gestïs ponli&fcttm ( ciiüinan, apuU Icrièl, rmim franeic. . tom, XIL », 539 - U L)
(3) Ibid, — Voyez les Lettres sur tf histoire dû France .
(a) Urbcs, viens et vmeas eufio trugihus , de popu tantes ,
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conquérant, comme â un acte de vengeance nalio- 1(}-i nale. Dès leur entrée dans le pays, ils se livrèrent avec une sorte de frénésie à tous les genres de dévastation et de rapine, arrachant les vignes , coupant les arbres, brûlant les villages; en un mot, faisant au Maine tout le mal qu'ils auraient voulu faire âla Normandie (5),
La terreur causée par leurs excès contribua . plus que la bravoure des chevaliers normands et la présence même du roi Guillaume, à la soumission du pays. Les places fortes et les châteaux se rendirent, pour la plupart, avant le premier assaut, et les principaux bourgeois du Mans apportèrent les clefs de leur ville au roi dans son camp sur les bords de la Sarlhe. Ils lui prêtèrent serment comme â leur seigneur légitime, et Guillaume, en retour, leur promit la conservation de leurs anciennes franchises, mais sans maintenir, â ce qu’il parait, rétablissement de la commune. Ensuite l'armée repassa en Angleterre, où les soldats saxons abordèrent, chargés de butin; mais ces richesses mal acquises devinrent fatales â plusieurs d'entre eux, parce qu'elles excitaient Ferme et la cupidité des Normands (4).
Pendant que ces choses se passaient, le roi Edgar alla, d 'Écosse en Han dre, négocier auprès du comte de ce pays, rival politique, quoique parent de Guillaume, quelques secours pour la cause saxonne, plus que jamais désespérée. Ayant peu réussi, malgré ses efforts, il repassa en Écosse, où il fut surpris de recevoir un message amical de la part du roi de France, Philippe, premier du nom ($). Philippe, alarmé des succès du roi normand dans le Maine, avait résolu, en aidant les Saxons, de lui susciter des obstacles qui le rendissent moins actif de l'autre côté de la mer; il invitait Edgar à venir près de lui, pour assister à son conseil ; il lui promenait une forteresse sur les bords du détroit, à portée de l'Angleterre, pour y descendre, et de la Normandie, pour y faire du ravage {G). Edgar accepta celte proposition . et disposa tout pour son voyage en France. Le rot Malcolm, son beaufrère, devenu homme-Hge et vassal de Guillaume, ne pouvait, sans fausser sa foi, fournir au Saxon des soldats pour celle entreprise ; il se contenta de lui donner des secours secrets en argent, et distribua, selon l'usage du siècle, des
omnem provin cl am tlebilinrem simid et paupift*l$rem mulLo posl tempore reUqucruol. (Math. Pans. Hist., p. 8.)
r4) Ûrderic. Vital. Norman. Iliât,, lïb* iV. — Script. rer, fraude., tom. XII, p. 530—541,
{5) îliait rcï de Fraaciâ ( of FraDC-rice } littéral ad enm. (l'hron, sa*, frajj. ed. I.yc.)
(5) Vüluit dare ei casiellum apud MiMrœt (Montreuil J , tft intiè posset quottdiè ejus mimieis incommoda In ferre,
(Ibid.)
armes et des habits à ses compagnons de fortune (1)*
Edgar mit à la voile; mais, à peine en pleine mer, ses vaisseaux furent dispersés et ramenés par une tempête violente (2). Quelques-uns vinrent écho u ci' sur les côtes septentrionales de l'Angleterre, et les hommes qui les montaient devinrent prisonniers des Normands; les autres périrent en mer (3), Le roi et les principaux d'entre ceux qui raccompagnaient échappèrent à ces deux périls, et rentrèrent en Écosse, après avoir tout perdu , les uns à pied, les autres pauvrement montés, dit une chronique contemporaine {4). Après ce malheur , Malcolm donna à son beau-frère le conseil de ne plus s'obstiner contre le sort, et de demander, pour la troisième fois, la paix au conquérant (ES), Edgar se laissant persuader, envoya au delà du détroit un messagetiu roi Guillaume, et celui-ci l'invita à passer auprès de lui en Normandie* Pour s> rendre, il traversa l'Angleterre entière, escorté par 1rs Chefs et les comtes normands des provinces, et accueilli dans leurs châteaux (G). A la cour de Rouen, où il séjourna onze années, il vécut dans l'hôtel du roi, s'habilla de ses livrées, et s'occupa de chiens et de chevaux plus que d'intérêts politiques (7), Mais, après ces onze ans, il éprouva un sentiment de regret, et revint en Angleterre habiter au milieu de ses compatriotes (8) : dans la suite, il retourna encore eu Normandie, et passa toute sa vie dans les mêmes irrésolutions, ne sachant prendre aucun parli durable, jouet des événements et dTun carac» 1ère sans énergie et sans fierté (9).
La triste destinée du peuple anglais paraissait déjà fixée sans retour* Dans le silence de toute opposition, une sorte de calme, celui du décourage* ment, régna par tout le pays* Les marchands d'outre- mer purent étaler sans crainte, dans les villes et les bourgs, des étoffes et des armes, fabriquées sur le continent, qu'ils venaient échanger contre le bu- I truie la conquête (10). On eût pu voyager, dit l'histoire contemporaine, portant avec soi son poids en or, sans que personne vous adressât autre chose que de bonnes paroles (11). Le soldat normand, plus tranquille dans la possession de son lot de terre ou
fl) Magna ilona ti militas opes cl et omnibus t jus homk nlfrm* (Chron. saxon . frag. ed. Lye.)
(S) El furens voulus eos in terra m côbjecU, (Ibid.)
fô) Normulii capti à francieis homînlbus. [Ibid.)
(4) Ali i pedibus fier facientes , aUl miserè learmeilce) equïiantes, (Ibid,)
fit) Tune cûnslüum dédit rex Malcoïmus ei, (Ibid.)
fÛ) Et suppcdùavit ci viam et pabulumapmlomnccasiel- Inm. (Ibid-)
(7) El Ulcérât in ejus familiâ*(lhid.)— Willelm. MatmesI). p. 105.
(g) [ktcoasU à rege. (Annales XYamlcjenses, p* 133.)
(D) WHlelm, Malmesb. p. ÎOo.
CONQUETE
d'argent, moins troublé par les alarmes de nuit, moins souvent obligé de dormir dans son haubert, devint moins violent et moins haineux. Les vaincus eux-mêmes eurent quelques moments de repos (12); les femmes anglaises craignirent moins pour leur pudeur : un grand nombre d'entre elles, qui s'étaient réfugiées dans les monastères, et avaient pris le voile, comme une sauvegarde contre la brutalité des conquérants (1 3), commencèrent à désirer la fin de cette retraite forcée, et voulurent rentrer dans la vie de famille*
Mais il n'était pas aussi aisé aux femmes saxonnes de quitter le cloître que d'y entrer. Les prélats normands tenaient la clef des monastères , comme les barons normands tenaient la clef des villes ; et il fallu L que ces maîtres souverains des corps et des âmes des Anglais délibérassent en assemblée solennelle, sur la question de laisser libres des femmes devenues religieuses à contre-cœur et par nécessité. L'archevêque Lan franc prësidaiL ce concile, où assistèrent lotis les évêques nommés par le roi Guillaume, avec plusieurs abbés de Normandie et d'autres personnages de haut rang (14). L'avis du primai fut que les Anglaises qui , afin de sauver leur chasteté , avaient pris le couvent pour asile, ne devaient point être punies d’avoir obéi aux saints préceptes > et qu5il fallait ouvrir les portes des cloîtres à toutes celtes qui le demanderaient (1$. Cette opinion prévalut dans le concile normand, moins peut-être parce qu'elle était fa plus humaine, que parce qu'elle venait d'un confident et d'un ami intime du rot Guillaume; les réfugiées à qui il restait encore une famille ou des protecteurs recouvrèrent ainsi leur hberlé.
Vers le même temps, Guillaume, fils d'Osbert, le premier des seigneurs normands , périt de mort violente en Flandre, où , pour l'amour d'une femme , il s'était engagé dans des intrigues politiques (16). L'aine de ses fils , appelé du même mm que lui, hérita de ses terres en Normandie, et Roger , le plus jeune , eut les domaines conquis en Angleterre s avec le comté de Hereford. Tl se chargea du soin de pourvoir et de doter sa jeune sœur,
(10} Fora urbana gaUtcï* merdbug et mangnnibus referta eonsjiicefes. fürderic* Vital, p. 520.)
(lï)Chroa, saxon. Gibsoo,— EUamsî aureis thésaurisons raii viderenlur. (Math. VVüstmonast., p. 22d.)
(ïïï) Sccunias alkpiauta habitatom terr& refovobat... civiliter Angli coco Normamiis vivcbaoL ( Orderic. Vital. , p. m.)
(13) ... ISormarmorum Ubidinom, ... pudori suo moiueu' ltï&, monastem virgimim peüvêre, accepta vélo, seae InUT ipsas à lantA m Luira protextire. (Eadmeri Hialorio, p. 570
(14) Wilkins concilia, p. 303.
(13 Eadmai Ui&toHa, p. 57.
(îfij Tôt us ï q ani orem mit \ cris . (\V i 11 elm . M a I me? b. , p. 1 05.)
iû:/i appelée Emma , ci négocia bientôt pour elle un mariage avec R au if de Gael , seigneur breton, devenu comte de Norfolk (1)* On ne sait pour quelle raison cette alliance déplut au roi , qui envoya de Normandie une défense expresse de la clôture» IVlnis les parties n’en tinrent compte, et au jour fixé pour la cérémonie, la nouvelle épouse Fut conduite è Norwich, principale ville du comté de Norfolk, où se firent , dît ta chronique saxonne , des noces qm furent fatales a tous ceux qui y assistèrent (2)» Il y vint des évêques et des barons normands , des Saxons amis des Normands, et même tics Gallois , invités par le comte de Hereford : WaltheoF, fils de Siwai d , mari d’une nièce du roi , et comte de Hutingdon , de Nortiiampton et du No rt hum ber la ml, figurait à l'une des premières places (5).
Après un repas somptueux , où le vin fut versé en abondance , les langues des assistants se délièrent : Roger de Hereford blâma hautement le refus du roi Guillaume d’approuver l'union formée entre sa sœur et le comte de Norfolk ; il s’en plaignit comme tfein affront fait à la tnémoire de son père, rbomme à qui le bâtard , disait-il 7 devait Èncontestablement sa conquête et sa royauté (4)» Les Saxons, qui avaient reçu de Guillaume des injures bien autrement cruelles, applaudirent avec véhémence aux invectives du comte normand ; et, les esprits s’échauffent par degrés, Ton en vint, de toutes parts , à un concert d'exécrations contre le conquérant dé T Angleterre 0).
u C’est un bâtard , un homme de basse lignée « disaient les Normands ; il a beau se faire appeler « roi , on voit clairement qu’il n’est pas fait pour h Félre, et que Dieu ne l’a point pour agréable (G).
- — 11 a empoisonné, disaient les Bas-Bretons, « Conan, ce brave comte de Bretagne, dont tout « notre pays garde encore le deuil (7)* — lia en- « vahi le noble royaume d’Angleterre s s’écriaient à n leur tour les Saxons ; il en a massacré rajustait ment les héritiers légitimes, ou les a contraints « de s’expatrier (8)* — Et ceux qui sont venus a sa
{1) Ckroo. saxon. Gibson, p. 183-
12) übi m mipiiæ fuerunt omnibus qui a écran t fatale?. (Ibid )
(5) Cbron, saxon. — Plures episcopi et abbates t cum ba™ ronihus et hdlatoribtis mullts. {Malh. Paris. p. 7.)
(4) Wilïelïn, Malmsb* p. 104,
(5) Cœperuni unammiter in regis proditionem, voce ciamosA , conspirare. (Math. Paris, p. 7.)
(6) De&ener mpotû notbus est , qui rex nuncupatur. (Orderio. vital., p, 554.)
(7) Conannm strimuïssimutû consuleoi, (Ibid. ) — Voyez Uv. lïl, p. 87.
(8) rinbile regnu m Anglitn leinerè invasit , genulnos hæredea injuste imcidaviL, vd in exifium crudcüim- pqiulit. (Orderic. Vitaï., p. 534.)
TtiîEanv.
— LJ VUE CINQUIÈME. l is
« suite ou n son aide , répliquaient les gens d’outre- rm « mer, ceux qui l’ont élevé plus haut que pas mi « de ses devanciers, il ne les a point honorés « comme il le devait; il est ingrat envers les braves u qui ont versé leur sang a son service (9)* Que « nousa-t-il donné â nous, vainqueurs et couverts « de blessures? des fonds de terres stériles et dé- « vastés ; et encore, dés qu’il voit nos fiefs s’amé- » liorer, ti nous les enlève ou nous les diminue (10).
« — C’est vrai, c’est la vérité, décrièrent tumul- « tueusement tous les convives; il est en haine « à tous , et sa mort réjouirait beaucoup d’bomit mes (11), »
Après ces propos , jetés d’une manière confuse ,
F un des deux comtes normands se leva, et s’adressant a WaltheoF: u Homme de cœur, lui dit-il, ü voici !c moment ; voici , pour toi , l'heure de la « vengeance et de la fortune (12). Unis-loi seulement « à nous , et nous rétablirons , en toutes choses, ii le royaume d’Angleterre , comme ilétaiL au temps « du roi Edward. L’un de nous trois sera roi, les i[ deux autres commanderont sous lui, et toutes <i les seigneuries du pays relèveront de nous (îô).
« Guillaume est occupé outre-mer par des affaires « interminables ; nous tenons pour assuré qu’il ne « repassera plus le détroit (14). Allons donc , brave « homme de guerre, embrasse ce parti; c’est te « meilleur pour toi , pour ta famille , pour ta « nation, abaüueel foulée (15). n A ces paroles, de nouvelles acclamations s’élevèrent ; les comtes Roger et Raulf , plusieurs évêques et abbés , avec un grand nombre de barons normands et de guerriers saxons , se conjurèrent par serment contre le roi Guillaume (16). Waltheof , après une résistance qui prouvait son peu de goût pour celle bizarre association, se laissa persuader ci entra dans le complot. Roger de Hereford se rendit promptement dans sa province , afin d’y rassembler ses amis , et il engagea dans sa cause beaucoup de Gallois des frontières, qui se lièrent à lui , soit pour une solde , soit en haine du conquérant, qui menaçait leur
(0) S uns quelque adj u tores , per quos super orane qepus suuin subi imams est. (Orderïc. VUal., p. 554.)
(10) VuloeraUs vieloribus, stériles Fundos ei desolatoa... p03traodiim,avariLlà cagoule, abslulit seu mJüOraviLghïd.)
(lî) Omnibus igilur est odio, et, si périrai, multis esset gaudio. (Ibid.)
(12) lüecc peroplatum Le m pu s , à il renue vie. (Ibid.)
(15) Uims ex nerim siL rex, et duo sin L sitil duces- (Ibid.)
(14) Pro certo scimus quùd In AngHam r&dlLurua non est (Ibid.)
(15) Tibi ^ çanerique luo , omnlque (jeu U luœ quæ prosirala est. (Ibid.)
(10) JugcuLi plausn dicemi accî amant. (WUK Malmeib. p. 105.)
JHSTOIRE DE
3074 indépendance (1). Dès que le comte Roger eut ainsi réuni toutes ses forces, il se mit en marche vers l'est , où l 'attendaient les autres conjures.
Mais s lorsqu’il voulut passer la S a ver ne , au pont de Worcester, il trouva des préparatifs de défense , assez formidables pour l'arrêter ; et , avant qu’il eût pu trouver un autre passage , le Normand Ours , vicomte de Worcester , et l’évêque Wnlfstan, toujours Mêle au roi Guillaume , dirigèrent des troupes sur différents points de la rive orientale du fleuve* Egbelwig > cet abbé courtisan qui s’était fait te serviteur des étrangers contre ses corn pairie les , détermina , par ses intrigues J a population de la contrée de Gloeester à écouler l’appel des chefs royaux plulèt que les proclamations et les pr om esses du eonsp t ra teu r n o r nia nd ( 2) » E n elfe t * les Saxons se réunirent sous la bannière du comte Gaultier de Laey contre Roger de Hereford et ses Gallois, dont la cause ne leur parut pas assez évidemment liée a la cause nationale. Entre deux partis presque également étrangers pour eux 3 ils suivirent celui qui offrait le moins de périls , et servirent le roi Guillaume qu'ils haïssaient é la mort. Dans son absence , c’était le primat Lan franc qui , sous le titre de lieutenant royal , administrait toutes les affaires (3); il fil partir, en grande bâte, de Londres et de Winchester , des troupes qui marchèrent vers k province où Roger était tenu en échec , et , eu même temps , lança contre lui une sentence d’excommunication conçue dans les termes suivants ;
« Puisque lu t’es départi des règles de conduite « de ton père, que lu as renoncé à la foi qu’il garda n toute sa vie a sou seigneur, et qui lui flL acquérir
tant de richesses, en vertu de mon autorité cano- -i nique , je te maudis , f excommunie , et Tes- « dus du seuil de Tégiise et de la compagnie des « fidèles (4), »
Lnnfranc écrivit aussi au roi, en Normandie, pour lui annoncer celle révolte et l'espérance qu’il avait d’y mettre fin promptement* « Ce serait avec plaisir,
« lui disait-il, et comme un envoyé de Dieu même, n que nous vous verrions au milieu de nous. Ne
(1) Àllexmml ïïritouet in suas partes, et cancregavcrutil suas centra regem* (Chron. saxon. Gibson, p. 183*)
(2) nestilUXVctfslamisWiRoi niciisîs episcopus , cum magna militari manu * et Egélwmt Eveshamensis abhas . cnm sois. (Script, rcrum danic. tom* llï, p. 207.— Voy, liv, IV,
(3) Lanfranctis erat régis vicarîus , princcps et etrflp* Anglîæ. {La nf ranci opéra , p. 15.)
(4) Te , et omnes adjulom Luos , maledixi et excommunicfvl , et à Hraiitibus satidce ecclesiæ et consorlio fiddium sepiiravi. (Ibid* p. 531*)
in) Liheuier vos vîderoinus , sient angeinm De1„* magnum no bis dedecui face relia si , pj o tahbua péfjurto et iaironi-
LA CONQUÊTE
« vous bâtez cependant pas de traverser la mer; u car ce sérail nous faire honte que de venir nous « aider à détruire une poignée de traîtres et de hri- « garnis (5)* « La première de ees épithètes parait avoir été destinée aux Normands qui suivaient le comte Roger, et la seconde aux Saxons qui se trouvaient en assez grand nombre dans l’armée de Raulf de Cad. campée auprès de Cambrige, ou bien qui, encouragés par la présence de cette année* commençaient i\ s’agiter dans les villes maritimes de l’est, et à renouer avec les Danois leurs anciennes négociations (G).
Le roi de Danemarck promit, encore une fois, d’envoyer conLre le roi Guillaume des troupes de débarquement, mais, avant l’arrivée de ce secours. Tannée du comte de Norfolk fut attaquée, avec des forces supérieures, par Eudes, évêque de Eayeux, Geoffroy, évêque de Cuutances, et le comte Guillaume de Garenne. La bataille se donna dans un lieu que les anciens historiens nomment Eagadon (7). Les conjurés normands et saxons y furent complètement défaits, et l’on raconte que les vainqueurs coupèrent le pied droit à tous leurs prisonniers, de quelque nation et de quelque rang qu’ils fussent (8)* Raulf de Garf s’échappa et courut se renfermer dans sa citadelle de Norwieh; puis il s’embarqua pour aller chercher du secours auprès de ses amis en Basse-Bretagne, et laissa le château à la garde do sa nouvelle épouse et doses vassaux (9)* La lille de Guillaume fils iTOsbcrt opposa une longue résistance aux attaques des officiers royaux , et ne capitula que quand elle y fut contrainte par la famine (10). Les hommes d’armes qui défendaient la forteresse de Norwieïi se rendirent , sons condition d'avoir la vie sauve s’ils quittaient T Angleterre dans le délai de quarante jours (11), « Gloire a Dieu au <t plus liant des deux, écrivit alors le primat Lanït franc au roi Guillaume, votre royaume est enfin k purgé de l'ordure de ees Bretons (12). En effet, beaucoup d’hommes de celle nation , qui étaient venus comme auxiliaires ou comme aventuriers à k couquêle , enveloppés dans la disgrâce de Rauîf de Gael, perdirent les terres qu’ils avaient enlevées
bus ïinceudifl, ad nul vcmretis* (I, safran ci opéra, p. 318*)
(G) Co niu ra I a re be I i i o p fi r n; g loue* À n i œ su b S Lù eru pï t , (Ordoric. VU. , p. 535. ) — Commiinitor ad regera Danorum mmeios diligentes* (Malh. Paris*, p. 7.)
(7) In campa qui Fagaduna dieitur. (Orderic* Vital *,
(8) Cnjuseutnque condition ia sial, dextrum ped^m , ul notifieenlur, amputant. (Ibid.)
(9) Math* Parts*, p* 7.
Uü) Defideniibus alimentis. (Ibid.)
(11) Ccraeessî eis viiâet membns.(Lanfraucïopera,p,5l8.)
(12) Gloria in exedsis Deosregnuni vesLrum purgatum est «puréiUà BriUonum, (Ibid.)
1Û74 aux Anglais (1), Pendant que les amis de Eaulf étaient ainsi vaincus et dispersés, ceux de Roger de H e ref or d Fi i r en L d éf ails dans Tou est, et leur chef emmené prisonnier*
Avant de passer en Angleterre pour jouir de ce nouveau triomphe, le roi Guillaume fit une incursion hostile sur le territoire des Bretons scs voisins, 11 voulait y poursuivre Je comte Raulf de Gatîl , ci tenter, sous ce prétexte , la conquête d’une portion du pays , objet constant de l'ambition et de la politique de ses aïeux (2), Mais, après avoir vainement assiégé la ville de Dol. ii se retira devant l'armée du duc de Bretagne, qui marchait contre lui soutenu par Je roi de France <5). Traversant alors le détroit, il vint à Londres, aux fêtes de Noël, présider le grand conseil des barons normands et juger les auteurs etles complices de la dernière conspiration (4), Raulf de Gacl , absent et contumace, fut dépossédé de tousses biens; Roger de Hereford comparut , et fut condamné à perdre aussi ses terres eL à passer toute sa vie dans une forteresse (S)* Au fond de sa prison, son caractère fier et indomptable lui fil souvent braver par des injures le roi qu’il n’avait pu détrôner* L:n jour, aux fêles de Pâques, Guillaume , suivant l’usage delà cour de Normandie, lui envoya, comme s’il eût été libre, un habit complet d’étoffes précieuses, cotte et manteau de soie, justaucorps garni de fourrures étrangères (fi). Roger examina en détail ces riches vêtements avec un air de satisfaction ; puis il fil préparer un grand feu, et les y jeta (7), Le roi , qui ne s'attendait point ù voir ses dons reçus delà sorte, en fut vive ment courroucé, et jura, parla splendeur de Dieu (c’était son serment favori) , que l'homme qui lui faisait un tel outrage, de sa vie, ne soi' tirait de prison (fi).
Après avoir raconté cette déplorable destinée du fils de rhomme le plus puissant après le roi, et qui avait le plus excité Guillaume à entreprendre sa conquête (9), rhistorien né en Angleterre, et, quoique étranger d’origine , touché des misères de son pays natal , s’écrie dans une sorte d’enthousiasme
(I) Redd idem n t te rra s qn as i a A ugl ïâ h ah eba nt 4 La n Fra ne i opéra, p, oïâ.)
(3) Captons fines suos dilatare, sîUque Fîriüones . uL silii obsecundareol, subjugare* (Orderic, Vital,, p* 1541. )
(5) Ibidem.
(4) Curia m suam teuuit. (Alurcd Bcverlac., p, 134.)
(5) Ibidem,
(Ç) Structura preliofaniTn veslimn. £Ord, Vital. , p, 535, ) (T) Pymm ingenlem anfcè se jmssit piæparari. (Ibid.)
(8) Per « p| end o rem Deï , in omm vjtâ , de carcerc meo non exihit. (Ibid,)
(0) Voyez livre l JL, pf S5,
(10) Gbi est GiùlLelmus , Ü&iierm filins ?,,+ Orderiç.VUab Angligena, p, 53G.)
(II) Recepit quod promemit, (Ibid.)
patriotique t : <* Où est-il à présent ce Guillaume 1011 n fils d’Osberl, vice-roi, comte de Hereford, séné- « chai de Normandie et d* Angleterre (10)? Lui qui « fut le premier et le plus grand oppresseur des « Anglais, qui, par ambition et par avarice, encoutf ragea la fatale entreprise où périrent tant de <1 milliers d'hommes , il est tombé â son tour , et a « reçu le prix qu’il méritait (11). Il avait tue beau- « coup d’hommes par Fépéc , et il est mort par « l’épée ; et, après sa mort , l’esprit de discorde a fi fait révolter son fils et son gendre contre leur sei « gneur et leur parent. La race de Guillaume, fils « d’Gsbcrt, a été déracinée de l'Angleterre, telle- « ment qu’aujourd’hui elle n’y a pas un seul coin « où mettre le pied (13)* »
La vengeance royale s’étendit sur tous ceux qui avaient assisté au banquet de noces de Norwîdi; et la ville même où ce fatal banquet avait eu lieu fut frappée sans distinction et en masse (la). Des vexations multipliées en ruinèrent les habitants saxons, et forcèrent un grand nombre d’entre eux à émigrer dans la province de Suffoïk, aux environs de Beecles et de Halesworth* Là, trois Normands, Roger Bigot , Richard de Saint-Clair , et Guillaume de Noyers , s’emparèrent de leurs personnes et en firent des serfs tributaires, bien qu’ils fussent devenus trop misérables pour être une propriété avantageuse (14), D’autres Saxons, et les Gallois faits prisonniers , les armes à la main , sur les bords de la Saverne, eurent les yeux crevés et les membres mutilés, ou furent pendus à des gibets, par sentence des comtes, des prélats, des barons et des chevaliers normands, réunis â la cour du roi (15),
Sur ces entrefaites , une nombreuse llotte , partie du Danemarck , et conduite par l’un des fils du roi Svcn, redevenu Faim des Anglais, s’approcha de la côte orientale; mais quand les Danois apprirent ce qui se passait, ils n’ osèrent engager le combat contre les Normands, et relâchèrent en Flandre (16)* Ce fut WallheoF qu’on accusa de les avoir appelés par des messages ; il
(13) Galllelmï progenîe* weerad icata est de Anglià.uLnon passant pedb jam nanciscalur in îHà. (Grder. Vit,, p. 5*3G,}
(13) Quotquot un pli U interfueraot apud Norlhwîc, (Chron. savon, Gibson , p, 183.)
(14) De burgensibus qui manaerunt in burgo de Korwîc, ahierunt el ma tient in tïeecîes XXII , et Vt in Hnmilgar , et dimiscrunt burgu, In terré Rog, Bigot I , cl Sub VV. de Noies I, et Ricard de Seint-Clcr I, ïsü fugienles cl alit rémanentes, omninb «uni vastatï, partira propter forisfacluras Rodât fi corai lis, partira propter arsuram T partira propter gel tu m regis, partira prou 1er Wal cran uura* (Üoornesday-book . loin. I, p* 117.)
( 1 5) E xcieci U , p atibulo sus peut i - S Ch r . sa son . G îbs . ,p . 1 83 , )
(IG) Ven émut ab oriente è DannemamA 200 naves**. vêtirai non suai congredi. (Ibid.— Math. Paris,, p. a.)
1074 nia celle imputation; mais la femme normande qu’il avait reçue en mariage du roi Guillaume se fit sa dénonciatrice , et porta témoignage contre lui fl)* Les voix de rassemblée ou de la cour ( comme on disait alors} se divisèrent sur l’arrêt â porter contre le chef saxon* Les uns votaient la mort, comme pour un Anglais révolté, les autres îa prison perpétuelle , comme pour un officier du roi (2)* Ces débats se prolongèrent presque une année* pendant laquelle Waltheof fut enfermé dans le fort royal de Winchester* À la fin , ses ennemis prévalurent , et dans Tune des cours qui se tenaient trois fois Tan, i’arrèt de mort fut prononcé (3). Les contemporains anglais accusent Judith, la nièce du roi, mariée â Waltheof contre son gré-, d’avoir souhaité et pressé la sentence qui devait la rendre vètive et libre (4). En outre, beaucoup de Normands ambitionnaient les trois comtés que possédait le chef saxon (3) 5 et Ives Taille-bois | dont les terres touchaient aux siennes, et qui désirait s'aromltr, fut un des plus acharnés à sa perte (6). Enfin le roi , à qui Waltheof ne pouvait plus être utile, fut joyeux de trouver un prétexte pour se défaire de lui ; déjà, depuis long-temps, il avait conçu ce projet, si Ton en croît les anciens narrateurs (7).
lû74 De grand matin, pendent que le peuple de Winchester dormait encore, les Normands condut-
Iü75
dirent le chef saxon hors des murs de la ville (8). Waltheof marcha au supplice revêtu de ses habits de comte , et les distribua a des clercs et h des pauvres qui l'avaient suivi , et que les Normands laissèrent approcher à cause de leur petit nombre et de leur aspect tout pacifique (9). Arrivés sur une colline, à peu de distance des murs, les soldats s’arrêtèrent , et le Saxon, se prosternant, pria à voix basse durant quelques instants; mais le s Normands, craignant que le moindre retard ne fît répandre dans la ville la nouvelle de l'exécution, etqiril n’y eût un soulèvement pour sauver Wal-
fl) Ipsum* misais nunciis, datijeam dasscm invitasse* (Fordun., l* III, p. 510.) “ Per deïaUonem Judith uxoris suse accusants est. (OrrieHc* Y liai., p. 530.}
(2) Seetitidum jkges PiotTruinnoruni* ( Ahired. BevcrL, p. 134.)
(3) Prœvalene concio æmulomm ejm in curtàregalî coariunata est. (Qrderic. YUaU, p* 5o6*)
(4) Impibsimà uxore té& nova s ou plia s affectante. îlngnlf. Creyl, p. 003*
(5) Inliiantibus Normanma ad ejns comüatul. [Ibid.)
ffl) P?o terris suis et leucmentis, sunm sangumem siiiente. (Ibid.)
(7) Quæsîvit orcasiûücm et mvenit i 1 1 u m tollendi de medio. (FordtiD. Chrim*, L 111, p. 510.)
[8) Hum aclbiiiï populus dormîreL ( Ontcric. Vital., p.5 m.)
(0) lbï.1*
LA CONQUÊTE
theof, lui dirent avec impatience : « Lève- toi , afin 1014 que nous accomplissions nos ordres (10). h H leur l(JL demanda, pour dernière grâce , d’attendre encore qu’il eût récité pour lui et pour eux l'oraison dominicale (11)* Ils le permirent, et AValtheof , sc relevant de terre, mais restant agenouillé, se mil à dire à haute voix : «Notre père, qui es dans les « deux... ; » maïs au premier mot (lu verset, «et « ne nous induis pas en tentation***, « le bourreau , qui aperçut peut-être quelque rayon du jour naissant , ne voulut pas tarder davantage , et tirant subitement sa large épée , il abattit d’un seul coup la tête du condamné (12)* Son cadavre fut jeté dans une fosse creusée entre deux chemins , et recouvert de terre â la bâte (15)*
N’ayanl pu sauver Waltheof, les Saxons porté- icr?5 rent le deuil de sa mort * et rhonorèreut du nom a
de martyr qu’ils venaient de décerner, au même litre, a F évêque Eghehvtn , mort de faim dans Lun des donjons normands (14)* « On a voulu, dît un « contemporain , effacer son souvenir de ce monde;
« mais on n’y a pas réussi ; car nous croyons fer- « me ment qu’il habite le ciel , au rang des bîni- « heureux {!□)* » Le bruit courut parmi les serfs et les bourgeois de F Angleterre, qtf après quinze jours , le corps du dernier chef de race anglaise 3 enlevé par les moines de Croyland, avait paru intact et arrosé de sang frais (1Gj. D’autres miracles, enfantés de même par la superstition patriotique, s’opérèrent au tombeau de Waltheof, dressé * avec la permission du roi, dans le chapitre de celle abbaye (17), dont il avait été le lu en fai Leur* La nouvelle de ce prodige effraya réponse normande du chef décapité* et, pour apaiser Fâme de celui qu’elle avait trahi el dont elle avait causé la mort, elle ï inl au tombeau de Waltheof, et posa sur la pierre un voile de soie; mais son présent, disait la vieille légende, fut aussitôt repoussé et jeté au loin, comme par une main invisible (18)*
(10) Cïimquc’carnlfices trepidarent ne cives esctU . . .Serge, inquiunt prosErato eomitL*. (Ordcric. Vital*. p* 53H)
(11) Vio me el pro vobis*,. (Ibid*)
>]2) Çarnlfex aunsm ultcrito prteslolari notait, sed mox, exempta ffladio.*. (Ibid.)
fia) In bivio. [Xïalb.Faris*, p, 7.)
f]4] Order.VUal., p* 537.— SüOrre’a Heimskrîngla, l. 111, pag. 169*
(15) Cojus tnemomm voluerunl ta terrà ddere, sed crcriitéf verè il! uni . eum saoctis , ta cœlo gaudere* (Florent* Wigora*. p. 659.)
(16) Qrderte* Vital*, p. 537.
(17) Permisse regts* honorificè Immilalur. (Ibid.)
(là) Uxor sua, audianü ChKsli magnatia, ad Lurutilam VÎH acceslît , et pallium sericum... qcod, quasi mamlms atînijus rejeclum Fuisse!, tongîiis à lumuki rusiliiit. (InguR Croyl *, p, 90-1)
]m L'abbé de Croyland f Wulfketel , Anglais de race, 1076 se hâta de publier ces Faits miraculeux * et les prêcha en langue saxonne, aux vi si Leurs de son couvent. Mais l'autorité normande ne le laissa pas long-temps Faire en paix ses prédications (1), et il Fut accusé d* idolâtrie , devant un concile tenu à Londres (3). Les évêques et les comtes assemblés le dégradèrent de sa dignité ecclésiastique, et ^envoyèrent, comme simple reclus , au couvent de Glastonbury , gouverné par un Normand appelé Tous tain, renommé, entre tous les abbés de la conquête, pour son naturel dur et féroce (3). Ce châtiment ne découragea point la superstition populaire : Fondée sur des regrets nationaux , elle ne s’éteignit qu’avec ces regrets, quand les fils des Saxons eurent oublié la vieille cause pour laquelle avaient souffert leurs aïeux* Mais ce temps ne vînt pas aussi vite que l'eussent désiré les conquérants ; et quarante années après îa mort de WaRheof , lorsque le gouvernement du monastère de Croyland avait déjà passé , par une succession d'abbés étrangers , sous l’autorité d’un certain Geoffroy, venu delà ville d’Orléans, les miracles recommencèrent à s'opérer sur le tombeau du dernier chef saxon (4). Les Anglais de race venaient en foule visiter sa Sépulture ; et les moines d origine normande qui se trouvaient dans l'abbaye tournaient cet empressement en ridicule, et injuriaient les pèlerins, ainsi que ['objet de leur culte, disant que c’était un félon et un traître , justement condamné à mort (y).
La veuve de Wallheof hérita de tous ses biens , et même on enleva pour elle au monastère de Croyland des terres que son mari avait données en possession pleineet entière (0)* Judith espérait partager ce vasLe héritage avec un époux de son choix ; mais elle se trompa, et la même puissance qui avait disposé de sa main pour Faire dé sérier un Saxon, voulut remployer cette fois à payer les services d'u a Français. Sans consulter sa nièce plus qu'il n'avait fait précédemment , le roi Guillaume la donna, avec les biens de Wallheof, à un certain Simon, venu de la ville de Seulis, brave chevalier, mais boiteux et mal fait (7)* Judith témoigna pourceL homme un dédain
(1) Umlè Kormanni , nimitim indignai!* (Ingulf* Croyl* p.OOA]
(9) Ad proxiimim cmiriiium* London! is îuitunonimnr, de tdoJainâ accusant. (Ibid.)
(3) Glastoiîiæ, sub crucDtifssimo abbatc Thoralano , prodit à ttnlis et à iiîâ p a tri à* (Ibid*)
(4) Ad turnbam GuaUcvî comfth raifaeulâ dcmon&trari crêperont. (Orderic. Vital,, p, 545.)
(5) Anclifc plèbes ad tumulum uan^li coin pat ri oî a; fréquenter accurdml,.» quidam de Nom» an tua monachus adveniantes densii. dîccns quart nequam protlUor fuerit, et jiro rcniM suo obtruncari mmieHL (Ibid., p. 541.)
(fi) hoomesdaydroolt , kun. I, p,73 ; — t. U, p* 153, 2Û2,
qui courrouça le conquérant (8); peu disposé à 1075 faire plier sa politique devant l’intérêt d’une Femme, |(*a tl adjugea à Simon de Senlis le comté de Northamptou cl tout l’héritage de Wâltheof, dont la veuve perdît ainsi le fruit de sa trahison. Restée seule avec deux enfants, elle mena une vie obscure et triste, dans plusieurs cantons retirés de l'Angleterre*
Les Normands la méprisaient, parce qu’elle était devenue pauvre; les Saxons la haïssaient comme coupable de mcurlrc ; et les vieux historiens de race anglaise montrent une sorte de joie en racontant scs années d'abandon et de chagrin (9) *
L'exécution de Wallheof mît le comble à rabattement du peuple vaincu * Il parait que ce peuple n'a^ vaït point encore perdu toute espérance, tant qu’il voyait l'un des siens investi d'un grand pouvoir, même sous l'autorité de l'étranger. Après le bis de Siward, il n'y eut plus en Angleterre aucun chef politique qui fût né dans le pays, qui n’en regardât pas les indigènes comme des ennemis ou des brutes* Toute l'autorité religieuse avait aussi passé aux mains d'hommes de nation étrangère ; et des anciens prélats saxons ÎI ne restait plus que Wulfstan, évêque de W or ces ter (10)* C’était un homme simple et faible d’esprit , incapable de rien oser, et qui, ainsi qu'on Ta vu plus haut, après un moment d'entraînement patriotique , s’était réconcilié, de tout son cœur, avec les conquérants. Depuis, il leur avait rendu plusieurs services ; il avait fait des visites pastorales et proclamé les amnisties du roi dans les provinces encore mal pacifiées (11); il avait marché en personne contre Roger de Hereford, au passage de la Sa verne : mais il était de race anglaise; son jour vint comme était venu celui des autres.
Dans l’année T 07 G , WuIFslan fut cité devant un concile d’évêques et de seigneurs normands, réunis dans l'église de Westminster, et présidés par le roi Guillaume et par l'archevêque Lan franc* L’assemblée déclara unanimement que le prélat saxon était incapable d'exercer en Angleterre les fonctions épiscopales, attendu qu'il ne savait pas parler Français(lâ).Én vertu de cet arrêt bizarre, le roi et Parchevèque ordonnèrent au condamné de rendre le
238, etc. Terra 3udîlbœ comUiss®, Totant banc terrain Lenuit XValîeF carnes T. K. E. — tngulf. CroyL, p* 003.
(7) ïa altet â stiA iibiâ claudicaviL (ïbîd*)
(g) IUa nuptias ejus respuîï. (Ibid.)
(9) Qdk) omnibus habita , et dignd despccU , per diversa Joca et i ali bu la erra vît* (Ibid*)
(10) Quasi tinusex anglîds aupcrslcs* (Chron. Ja* Biüüipton., p. 97G.)
(11) Voyez plus haut*. p. 134.
(13) Quia nesdvit gai! icum.[ Annales monast.lîiirtonieiifiO — Quia linguam galiicanam non noverat, (Math. Paria*, p. 20.)— Propier gallicat lingua; carenliam. (Chrort. Henric. Knyghton , p* 2308*)
liîü HISTOIRE DE
io7e bâton et l 'anneau (ï), insigne* de sa dignité- L'étonnement et L'indignation d'étre si mal récompensé inspirèrent à Wulfslan une énergie toute nouvelle pour lui; il se leva, et, tenant à la main son bâton pastoral, marcha droit au tombeau du roi Edward, enterré dans l’église; là, s’arrêtant, et s’adressant au mort en langue anglaise: «Edward, dit-il, c'est « toi qui mJas donné ce bâton ; c’est à loi que je le « rends et le confie (2). i> Puis se tournant vers les Normands : «J’ai reçu cela de qui valait mieux que « vous ; je le lui remets, dtez-le-lui si vous pou- « vez (3b » En prononçant ces derniers mois, le Saxon frappa vivement la pierre de la tombe avec la pointe du bâton pastoral. Son air et ce geste inattendu produisirent sur rassemblée une gra ride impression de surprise , mêlée d'un effroi superstitieux : le roi et le primat ne réitérèrent point leur demande, et laissèrent le dernier èvèque anglais garder son bâton et son office (4),
L imagination populaire fit de celte aventure un prodige, et Ton répandit la nouvelle que le UUon pastoral de Wu Ifs tan, quand il en frappa la pierre, s’y était enfoncé profondément , comme dans une terre molle, et que personne n'avait pu l'en arracher, excepté le Saxon lui -même, lorsque les étrangers curent révoqué leur sentence (3), Après la mort de Wulfslan, et après qu'un chanoine de Bayeux, appelé Samson , lui eut succédé dans l'épiscopat de
(1) JubcUir ïiaculum et amuilum mhmare - archiepbcüpo Laofranco præcipienLfi , et hoc rege prÉscHbente. (Je. BrèmpLo»., p. 970.)
fâ) Etdiiit iintjui sud : Edmrde, dedliti mibi haculum, et îdeô ilium tib’i commit to. (Annales Burtonienses* — Jo. Ürûmptou , p. 976,)
LA. CONQUÊTE
Worcester, les Anglais de race le décorèrent, comme WalÜieof et comme Eglielwin , des noms de saint et de bienheureux (6), Ce fui le lot de presque tous les hommes éminents qui étaient morts ou avaient souffert de leur résistance au pouvoir du conquérant.
Tout cela est un peu étrange pour nous; car les nattons opprimées ont maintenant perdu l'usage de faire des saints de leurs défenseurs et de leurs amis ; elles ont la force de conserver le souvenir de ceux qu’elles ont chéris , sans les entourer, après leur mort, d'une auréole superstitieuse* Mais quelque différence qu'il y ait entre nos mœurs et celles des hommes qui nous ont précédés sur la terre, que cette différence ne nous rende point des juges trop sévères pour eux ; que la forme bizarre de leurs actes nationaux ne nous induise pas à prononcer qu'il n'y avait rîeu de national et de patriotique dans leurs actes. La grande pensée de l'indépendance humaine leur fut révélée comme a nous ; ils l'environnèrent de leurs symboles favoris, ils rassemblèrent autour d’elle ce que leur esprit imaginait de plus noble, et la firent religieuse comme nous la faisons poétique- Cest la même conviction et le même enthousiasme, formulés d’une autre manière, le même penchant ù immortaliser en idée ceux qui ont dévoué leur vie au sabiL ou au bien-être d'autrui.
(3) Melior te hune mihi dédit, cm et retradam. AveHe, si polerïs. (Chroû. ïlenrîc. Knyghton . p. 2368.)
<4) Rdêctfutuf est, (lUaib, Palis,, Vitæ abbaL, p. 3L)
(5) Bacutum ïnaoïirîâ pelrâ Ilà defixil, ut à mdio posset avellL douée iilc , ad repis rogatum , bacuUim reaumeret. (Chroo. Jo. Brompum, p, 070.)
(0) Sa ul', tus WulfttLanu&t ^Annales HurLonïtmses,}
DE L’ANGLETERRE. — LIVRE SIXIÈME
DEPUIS LA OMBELLE DU ROI GUI LL AU HE AVEC SON FILS AÎNÉ, HOUE H T * JUSQU AU DEUMIER PASSAGE