DE GUILLAUME SUH LE CONTINENT
l077 des phases nécessaires de toute conquête?
jt grande ou petite, c’est que les conquérants se querellent entre eux pour la possession et te partage du Lien des vaincus. Les Normands n’échappèrent pas a cette nécessité* Quand il n’y eut plus de rebelles à soumetLre, l’Angleterre devint pour ses maîtres une cause de guerres intestines ; et même ce Fut dans la nouvelle famille royale, entre le père et son fils aîné, que la dispute éclata d’abord. Ce fils, appelé Robert, et que les Normands surnommaient, dans leur langue, Gamb&ron ou Courte- /tome, à cause du peu de longueur de ses jambes (1) , avait été* avant la bataille de Hastings, désigné, par le duc Guillaume, héritier de ses terres et de son titre* Cette désignation s’était faite, selon l’usage, avec Je consentement formel des barons de Normandie, qui tous avaient prêté serment au jeune Robert, comme à leur seigneur futur {2), Lorsque Guillaume fut devenu rot, le jeune homme, dont l'ambition s'était éveillée à la vue des succès de son père, le requit d’abdiquer au moins, en sa faveur, le gouvernement de la Normandie; mais le roi refusa, voulant garder ensemble son ancien duché cl son nouveau royaume (3). Il s’ensuivît une querelle violente, ou les deux plus jeunes frères , Guillaume le Roux et Henri, prirent parti contre leur aine, sous couleur i d’affection filiale, mais réellement pour le suppl an-
fl) Vtilga Gambai'om cogacmitnaLus cal et, Brebis üerca* (Or de rie* VitaL, p, 345,)
(2) Optimales gratanler aequléveraat» (Ibid.)
(3) Postula la deoegavR, (Ibid. )
(*î) TA illdmus But os et Hemicus pal ri frvebaïU. (ïbitî.)
(3) tu domo Bogerii Calcegii venerimt, ibîque super solarium ( Slcut militibut mos est ) tesaeris ludere cœpcruut , J
ter , s’ils le pouvaient , dans la succession que leur 1077 père 1 u r a v ai t as su rée { ï ) , J *
Un jour que le roi était à Laîgle avec ses fils, Guillaume et Henri vinrent au logement de Robert, dans la maison d’un certain Roger Chaussiègue , et montant à l'étage supérieur , fis se mirent d’abord à jouer aux dès, a la façon des gens de guerre du temps , puis fis firent grand bruit et versèrent de l’eau sur Robert et sur ses amis qui étaient au-dessous (B). Irrité de cet affront, Robert courut , l’épée à la main, sur ses deux frères : il y eut un grand tumulte que le roi calma, non sans peine (6); et, dès la nuit suivante, le jeune homme, suivi de tous ses compagnons, sortit de la ville, et gagna Rouen, dont fi essaya de surprendre la citadelle. Il rfy réussit point ; plusieurs de scs amis furent arrêtés ; luimême échappa avec quelques autres, et passant la frontière de Normandie, il se réfugia dans le Perche, où Hugues, neveu d’Aubert le Ribaud, Paccueilbt dans ses châteaux de SoreJ et de Reymalard (7).
Il y eut ensuite entre le père et le fils une réconciliation qui ne fut pas de longue durée; car les jeunes gens qui entouraient le dernier recommencèrent bientôL a stimuler son ambition par leurs conseils et leurs plaisanteries (S). <t Noble fils de « roi, lui disaient-ils, fi faut que les gens de ton
ddndè mpnlem strepiUim facere, et aquam... (Ortie rie* Vital*, 1», 545.)
(8) üehoapiiio su 0 res accarnL* (Ibid*)
(7) Timi litige, 11 û\m Aïberli Kibaldi , exuîes îuseepit , eisque novum ca&lellutu Haimabsi aique Sorellum patefecijb (Ibid*, p* 54tî.)
(8) Sediliosi ti runes* jurent régis filin*., tlixmmt, (Ibid,)
HISTOIRE DE IA CONQUETE
ioî7 « père gardent bien son trésor, puisque tu n'as pas « un denier pour donner a ceux qui te suivent. Coin- « ment snulTrcs-lu de demeurer si pauvre , lorsque « ion père est ai riche? Demande-lin donc une parti lie de son Angleterre, ou tout au mornslc duché u de Normandie qu'il t’a promis devant tous ses h barons (î). » Robert , excité par ces propos et d’autres semblables , alla renouveler son ancienne requête ; mais le roi refusa encore une fois , et l’exhorta, dTin ton pa ternel, â rentrer dans le devoir, et surtout à faire choix de meilleurs conseillers , de personnes d'un Age mur 3 graves et sages? telles que Tarcbevèquc Lanfranc (2). « Seigneur roi, ré- « pi iqua brusquement Robert, je suis venu ici pour « réclamer mon droit, et non pour écouter des « sermons 5 j’en ai entendu assez, et d’assez enu miyeux , lorsque j'apprenais la grammaire. Rén ponds-mot donc positivement, afin que je voie ce ii que j'aurai à faire ; car je suis fermement résolut * ne plus vivre du pain d'autrui, et à n’être aux « gages de personne (3). n
Le roi répondît, en colère, qu'il ne se dessaisirait poinL de la Normandie où il était né , et ne partagerait avec qui que ce fût l'Angleterre , le prix de ses fatigues (4). <i Eh bien, dit Robert, je m en irai, iE j'irai servir les étrangers , et peut-être obtienü tirai -je chez eux ce qu’on me refuse dans mon « pays (il), n II partît en effet et parcourut la Flandre, la Lorraine , T Allemagne, puis la France ell Aquitaine, visitant, dit l’ancien historien, des dites, des comtes et de riches seigneurs châtelains , leur contant ses griefs, et leur demandant des secours (fi); mais tout ce qu'il recevait pour le soutien de sa cause , U ïe donnait à des jongleurs, à des parasites ou à des femmes débauchées , et se trouvait bien lût obligé de mendier de nouveau , ou d'emprunter a grosse usure (7). Mathilde, sa mère, lut envoyait quelquefois de l'argent à 1 însu du roi. Gu il! a urne l'apprit, et le lui défendit ; elle recommença , et le roi irrité lui reprocha, en termes amers, de distribuer A ses ennemis le trésor qu'il lui donnait en garde (8); puis il fit arrêter le porteur des présents de
(t) Kohilïssîme Gît régis... patrîs tui sa tclïlleî regale sic servant ffirarîum , ut vis luis chcnilbus tinum indè posais dnre rfrnariuia... eur hoc païens? (Orderic. Vital., p. 546.}
(2) Ibid., p. 570.
(3) Jlîic , domine mi rex, non acceasi pro SErrnonibns andiendis.whocfixumesL ajuulme quèd nemioi militabo. (Ib.)
(4) Natale solutii Normanïæ..,. Anglttn quoque regnum , quûd ingenli nactus su ni la bore. (Ibid.)
(5) Extra nets tenta ho servira. (Tbid.)
(0) Mobiles expetiH cogna Los . duces el comités et patentes oppidanosï îllis querclas suas deprompsit. (Ibid.)
(7) ÏÜsLnombus eL parasita ac merci ri citons distrihudia L . . . egestale compressas me nd ica bat , ant ah ex ternis fœneralori h us... (Ibid.)
Mathilde , avec ordre de lui crever les yeux (9). m C’était un Bas-Breton d'origine, appelé Samson; ^ il prit la fuite, et devint moine, dit la vieille chronique, pour le salut de son âme et de son ^ corps (10).
Après beaucoup de voyages, le jeune Robert se rendit, sous les auspices de Philippe, roi de France, au château de fïcrberoy, situé dans le Bcauvoisis, sur les confins de laNormandie.il fut bien accueilli par Elle 5 vicomte du château, el par son collègue; car, dit l'ancien narrateur , c'était la coutume de Gcrberoy qu'il y eût deux seigneurs égaux au pouvoir, et qu'on y reçût les fugitifs de tous pays (11).
Là , le fils du conquérant réunit des chevaliers â gages (12) ; il lui en vint de France et de Normandie ; plusieurs hommes d’armes de la maison du roi Guillaume, plusieurs de ceux qui le flattaient chaque jour et vivaient A sa table, quittèrent leurs offices pour se rendre àGerbcroy (13); elltii-mème alors, passant la mer, vint en personne assiéger le château où son fils s’était renfermé.
Da n s u n e so r t i e que fi t Robert , il en gagea l e com ba t w» seul à seul, avec un cavalier couvert de son armure, le blessa au bras et le renversa de son cheval ; k voix du blessé lui fit reconnaître son père , et aussitôt il mit pied à terre , l'aida à se relever et A se remettre en selle, et le laissa repartir librement (14).
Les chefs et les évêques normands s'employèrent A réconcilier de nouveau le pèr avec le fils. Maïs Guillaume résista d'abord à leurs instances i ci Pourquoi, leur disait -il, me sollicitez -vous en « faveur d'un traître qui a séduit contre moi mes tt gens de guerre, ceux que j'avais nourris de mon « pain, et à qui j'avais donné leurs armes (13)? ji îl céda pourtant , à la fin ; mais le bon accord entre le père et le fils ne fut pas de longue durée; pour la troisième fois Robert s'éloigna , alla en pays étranger, et ne revînt plus du vivant de son père (16).
Le roi le maudit A son départ ; et les historiens du siècle attribuent à cette malédiction les infortunes qui remplirent toute la vie du fils aîné de Guillaume Je Bâtard , infortune dont la conquête de l'Àngk-
(S) tûimleos mcos sustentai opîbus mois» (Orderic. Vital., ? F. 571.)
(9) Vercdarium regraœ comprche n dl, eloculïs privarUJb.}
(10) Pro salvaLïone corporis et aoïmae. (ïbid.)
(11) Relias quoque viccdominus. cuta com pari suo*-. Piorîs enîna est illîus castrï ut ibidem duo parc* dominï sinL et omnes fugïtivi süpclpianlm\ (Ibid., 572.)
(Î2) GregarioÊ équités. (Ibid.)
(13) Multi de liis qui régi odulabanlur. (ïbid.)
(14) Cliron. saxon., Gïbsoo , p. 1S4. l
(1ÎS) Xliror quèd pro lantoperê pro perfide suppl ïcatiiho-
miue... Tironcs meos, quoi alui et arinis miütarïbus dcco ravi , abrimit. (Orderic. Vital., p. 573.)
(16) A paire reccssil, nec posleà rediiL (Ibid., p. 572.)
1070 terre fut, comme on le voit , k première cause (1).
De ces dissensions qui troublaient le repos du chef ries conquérants, le peuple vaincu ne relirait aucun profit; et si, dans l'absence de Guillaume, la main royale , comme on disait alors , ne pesait plus sur ce peuple, d'autres mains, celles des comtes, vicomtes, juges, prélats et abbés, de race étrangère, lui faisaient sentir leur poids. Parmi les plus impitoyables de ces ministres de la conquête figurait le Lorrain Yaulcher, évêque de Durham , qui, depuis Pexéculïon de Waîtheof, cumulait, avec son office ecclésiastique , le gouvernement de tout le pays situé entre la Tweed et la Tyne (2), Les amis du comte évêque vantaient beaucoup son administration , et te louaient d’être aussi habile è réprimer par le tranchant de l*épée le* rébellions des Anglais, qu’à réformer leurs mœurs par la puissance de ses discours £3). Ce qu’il y avait de réel, c’esl que Vautcher tourmentait sa province par des exactions insupportables, qu’il permettait à ses officiers de lever, après lui, des tributs pour leur propre compte , et qu’il laissait ses gens d’armes piller et tuer impunément fl). Parmi ceux qu’ils firent périr sans aucun jugement , se trouvait un certain Liulf , homme chéri de toute la contrée, qui s’était retiré a Durham , après avoir été dépouillé par les Normands (8) de tous les biens qu'il possédait au sud de F Angleterre. Ce meurtre, exécuté avec des circonstances atroces, mit le comble a la haine populaire contre l’évêque lorrain et ses agents. L’ancien esprit du Norlhumberland se réveilla , et les habitants dé cette terre fatale aux étrangers se réunirent, comme au temps de Robert Comïne (6).
îls tinrent de nuit des conférences, et délibérèrent unanimement de venir avec des armes cachées , à l’assemblée de justice que tenait de temps en temps Pévêque , à k cour du i comté, comme on disait en langue normande (7). Cette cour se tenait sur les
(1) Quapropter rex maledïxît filïo sua, fpiam maledictiontm aalequàm obïrei, expert us est véhÉtaenler, (Math. Paris., p. 10.)
(S1 * 3 4 * 6 7) Defuneto WaHheoFoAVakberiig cpiscopus comilauim ISorihurabriæ à rege oblimiU. (Anglia sacra , t. ï, p. 703.)
(3) FrEEnaret rebel lionem genlis gladîo , et refbrmaret mores etaquio, fWilldm. Malmesb. VUe& pontïf,, p+ 277.)
(4) Extorsît pecwiiam infinîtam, (Malh. Paris., p. 7.) — Mtmsli’ifl suis rinmsFmnm pleins cipprcssimiem pflrmrltens... aUqiios etiam ex majorïblis nalu inlerlicieh anL (Ànglia ?acra , t. ï, p, 703.)
(a} VÎ* loiî provindæ carîssîimis, qui possessionibus suis à Normannk priva lus. ÎHiiielmum secmerat,(ïbid., p. 704.)
(6) Qdïa et ftirorem. (Ibid., p. 704.) — Norihanhumbri, popuias semper rebellioni deditua. (Willcim. Malmesb.,
(7) necrcvcnmt unanimiter utocculiê arxnati vcnlrcnt ad pîaeita cortijlalûs. (Malh. Paris., p.7.) — In quodam Gemotr* (Giron, saxon. Gibson.. p. 1S4j
THIERRY
bords de k Tyne , près du château neuf bâti par les conquérants sur k grande route d'Ecosse, dans un lieu appelé en saxon Gotes-Heavd, ou Tète-de- Chèvre (8). Les Northumbriens s’y rendirent en grand nombre, comme pour adresser à leur seigneur d’humbles et pacifiques requêtes. Ils demandèrent réparation des torts qui leur avaient été faits (R), «Je ne ferai droit, répondît Pévêque , à « aucune de ees plaintes, à moins qu’au para va ni « vous ne me comptiez 400 livres , en bonne inon- * naie (10). Celui des Saxons qui, sachant le français. parlait au nom de tous les autres , demanda permission de s’entendre avec eux (11), et tous s’éloignèrent un moment , comme pour consulter ensemble sur le payement de la somme demandée ; mais tout à coup l'orateur, qui était le chef du complot, s’écria en lingue anglaise : « Courtes « pa roles, bonnes paroles; tuez l'évêque (13).* A ce signal, ils tirèrent leurs armes, se jetèrent sur le Lorrain, le tuèrent, et avec lui une centaine d’hommes de race normande ou flamande (13) : deux serviteurs. Anglais de nation, furent seuls épargnés par les eorcj u rés ( 1 IJ.LcsouIèveniont popu * kire s’étendit jusqu’à Durham ;k forteresse qu’y avaient bâtie les Normands fut attaquée : mais la garnison, nombreuse et bien pourvue de munitions, résista aux Northumbriens, qui se dispersèrent, découragés, après un siège de quatre jours (15).
A ce nouveau signe de vie donné par k population du nord, Eudes, évêque deBaycux, frère du roî et l’un de ses lieutenants en son absence, marcha promptement vers Durham, avec une nombreuse année. Sans prendre le temps ni k peine de faire une enquête sur le soulèvement, il se saisit au hasard d hommes qui étaient restés dans leurs maisons, et les fit décapiter ou mutiler (16), D’autres ne rachetèrent leur vie qu’en abandonnant tout ce qu’ils possédaient (17). L’évêque Eudes pîlk l’église
[8) ÀdCaput-Capræ, (Florent, Wlgorn,, p. 037.)
(0) De diversis iujuititiis sibi jusUiîamfteri.{Malb, Paris.,
(10) Nist sibï anteà libras quadrillent as optimse monetse numerasgent. (Ibid.)
(11) Gnùfl eorurn, pro ommbns loquens. (Ibid.)
(12) Prîecipltaater, palriâlïngtiA, dixît ; $h0rtei*ed, gode red; sieaye the bhhoppe* (Ibid.)
(13) El 100 h 0 m (lies cum en Franti et Flam/nffu (Chron. saxon. Gtbsou, p. 184.)
£14) Ru obus tantum anglîds mtnîalm, ob causa ng niai ta - Lern, pepeve cru ut, (Florent. Wi^orn,, p. G40.)
(15) Quarto dîc obsidionis, ohaidentes per dirersa dîsperg 11 n Lu r. (Simeon i s D u 11 et mens i s'il is t. , \h 47.)
(îOj Miseras iudïgenaa, qui, in suâ iimoeenüA confiai, donii restdeiant , plcxosque décolla ri : nul mcmbroruiii dettun cabane præcepcnmL debîtilari. (Ibid.)
(17) Wonmifil sahiicro et vilam pretio redememnt.
im
wm de Durham, et enleva ce qui restait des ornements sacrés qn’Eghchvin avait sauvés en les transportant dans nie de Lîndisforn (1), II renouvela dans tout le Northunïbcrland les ravages que son frère y avait faits en l’année 1070 ; et c’est cette seconde dévastation qui, ajoutée à la première, imprima aux contrées du nord de l'Angleterre l’aspect de désolation et de tristesse qu’elles présentaient encore plus d'un siècle après (2). « Ainsi, dit un historien u postérieur de soïxan Le-dix années, furent tranchés « les nerfs de cette province, jadis si florissante.
« Ces villes autrefois renommées, ces hautes tours ii qui menaçaient le ciel, ces campagnes riantes de * pâturages et arrosées d’eaux vives, l'étranger qui if les voit gémît de pitié, Tandon habitant ne les k reconnaît plus (5)* »
Sur ce pays, tout ruiné qu’il était, la population, demi-saxonne, demi-danoise, garda longtemps son ancien esprit d’indépendance et de fierté un peu sauvage. Des roîs normands successeurs du bâtard habitaient eu pleine sûreté les provinces méridionales; mais ce n’était guère sans appréhension qu’ils voyageaient au delà de TTCiimlicr, et un historien de la f n du douzième siècle assure qu'ils ne visitaient jamais cette partie de leur royaume sans conduire avec eux une armée de soldats aguerris (4)* C’est dans le nord que se conserva le plus longtemps le pcnchanLà la rébellion contre l’ordre social établi par la conquête; c’est la que se recrutèrent encore pendant plus de deux siècles ces bandes d'Out ïaws (ü), successeurs politiques des réfugiés du ram p d’Éïy et des compagnons de Kereward.
I /histoire ne les a point compris ; elle les passe sous silence, ou Lien* suivant le langage des actes légaux du temps, elle les fiélrit d'un nom qui écarte d’eux tout intérêt, du nom de séditieux , de voleurs et de bandits. Hais que ces titres, odieux en apparence, ne nous en imposent point; ils sont ceux que, dans tout pays subjugué par l’étranger, portèrent les braves qui, en petit nombre, se réfugièrent sur les montagnes et dans les forêts, laissani Habitation des villes à qui supportait l'esclavage (C>). Le peuple, qui n'avait pas le courage de les imiter, les aimait du moins et les accompagnait
(1) Orna mima cccîèdæ absluIU. (Simeonis D un d menais niai*;, |i. 4G.) — Voywt cl-déssug, tîv;tV, p. tlfl*.
(2) Provïnciæ îîlîns rcliqiiba, quæ atîquaniiim mpiraverant. fundHiis exicrminavit. (WHIeïm. Matmcsh.., p-277.)
(5) SI qui s Vidai modft peregrimis , în gémît ; si qnia vcLus meola, non agnoscit, (Ibid.. p. 25S.)
(A) Uex si qiiahdb paries illns regnl adit, non sine magno auxiliatorcm comitalu vadit * (ll)iit,)
(5) V Üa$e, selon rorthügéaphc saxonne.
(g) . T o yp tnç p.h iî f üg?- uvôli^.î*/
lia ^*v vit il fis fié Ç Cri/Ji sv BiîQv U à £ ouv Ïi/M c .
’Xt «ifi çx/.ik&Q e * arac/ûüv....
(Clunif jiofmlîiirM cîc h Grtr, wkjcIpmiiî, ginlil£& par M. Fourni j
LA CONQUÊTE
de scs vœux. Pendant que des ordonnances, rédigées en langue française, près cri Vident à tout habitant des villes et des bourgs d’Angleterre de traquer l'homme mis hors la loi, V homme des forêts 7 comme un loup (7), de le poursuivre, de canton en canton , par la huée et par le cri (8), il circulait des chansons anglaises en l'honneur de cet ennemi du pouvoir etranger , qui avait, disait on, pour trésor la bourse des comtes , et pour troupeaux les daims du roi. Les pelles populaires célébraient ses victoires , ses combats, ses stratagèmes contre les" agents de l'autorité. On chantait comment il avait lassé à la course les gens et les chevaux du vicomte ; comme il avait pris 1 évêque, t'avait rançonné à mille marcs, eL forcé cVcxécuLer un pas de danse dans scs haldLs pontificaux (9).
L’évèque normand, Eudes de Bayeux. après son expédition dans le Northuinhcrlaud, devint fameux parmi les siens, comme Tun des plus grands dompteurs d’Àngîais (10) ; il était chef des juges, ou grand justicier de toute T Angleterre, comte de Kent et de Hereford, depuis l'emprisonnement de Roger, fils de Guillaume, fils d’Osbert. Le renom dont il jouissait l'enorgueillit, cl le pouvoir qu’il exerçait en Angleterre et en Normandie excita en lui l’ambition de la plus grande puissance qu’il y etU alors, de la puissance papale. Des devins italiens avaient prédit qu’un pape nommé Eudes succéderait à Grégoire Vil (11) ; l’évêque de Bayeux, s’appuyant sur celte prédiction, commença des ïnLngues à Borne , y acheta un palais, envoya de riches présents à ceux que les gens de Tautre côté des Alpes appelaient encore sénateurs, H chargea de lettres et de dépêches les pèlerins de Normandie et d’Angleterre (1 3) : il engagea des barons et des chevaliers normands, entre autres Hugues le Loup , comte de Chester, à le suivre en Italie, pour lui faire une brillante escorte (15). Le roi Guillaume , encore en Normandie, fut averti de ccs préparatifs, et ils lui déplurent. on ne sait pas pour quelle raison. Ne se souciant pas que son frère devînt pape, d s’embarqua et le surprit en mer , à la hauteur de l'île de XV ig ht (14), Le roi assembla aussitôt les chefs normands dans celle île, et accusa devant eux Té-
(7) î.es Normands employaient quelquefois le mot saxon fVonrdsü uttagëiy cl quelquefois ceïuï de forestiers*
(ft) V.u aiigiois moderne bjf hue andery.
(D) Batlads of ttobin ïlood , Adam Bell , C!ym o'the ChJongh, etc. pa^irn.
(10) Àngîoi maxïoiè perdomuit. (GïtisS. Spelmami. , p. 557.)
(XI) Quidam sortïlefii Romanoi'om, (Order. Vital., p. RB>3
(12 PaldÈim situ émit, sciüi tores Quirîtum, magnis muticrîhiiâ (îalîs..... (Ibid.)
(13) Ibid.
(14) Ex i ns pera lo in hmdâ Veciâ obvia vit. (tbîd.)
DE L'ANGLETERRE. — LIVRE SIXIÈME
1 !ii
um vêque d’avoir abusé île sou pouvoir de juge et de nm% ^omLej d’avoir maltraité les Saxons outre mesure, au grand danger de la cause commune (!) ; d’avoir spolié les églises , et enfin d’avoir tenté de séduire et d’emmener hors de F Angle terre les guerriers sur la foi desquels reposait le salut des conquérants (Si). <« Considérez ces griefs , dit le roi à Pas- « semblée, et apprenez-mot comment je dois agir » è envers un tel frère (5).» Personne n’osa répondre. « Qu’on l’arrête donc, reprit Guillaume, et qu’on
renferme sous bonne garde (4)* h Aucun des assistants n’osa mettre la main sur Pév tique. Alors le roi s’avança, et le saisît par ses vêtements. *t Je « suis clerc, s’écria Eudes, je suis ministre du Scï- « gneur ; le pape seul a droiL de me juger (b), n Mais Guillaume, sans lécher prise, répondit : « Ce « n’est point un clerc que je juge ; c’est mon comte u et mon vassal que j’arrête (G). » Le frère du vainqueur des Anglais fut conduit en Normandie et emprisonné dans une forteresse, peut-être dans celle où languissait encore ülfnoth , le frère du roi Harold, dont le sort étaiL maintenant pareil au sien, apres quinze ans d’une fortune si différente (7).
Les reproches du roi à l'évêque sur sa conduite dans le nord de l'Angleterre , s’ils ne sont pas une invention de l'ancien historien, semblent déceler quelques craintes d’un nouveau soulèvement de ceux qui avaient tué Robert Comme, repris la ville d’York, massacré révêque Y aille ber, et qui couraient avec joie a la rencontre de tout ennemi des Normands qui venait descendre sur leurs eûtes. Celte crainte n’était pas entièrement vainc ; car pl us d’une révolte éclata dans le voisinage de Durham, sous l’épiscopat de Guillaume, successeur du Lorrain (8). Dans le reste de P Angleterre , les vaincus montraient inoius d’énergie et plus de résignation à leurs souffrances. Peu de faits positifs sur la nature de ces souffrances sont, parvenus jusqu’à nous, et encore se rapportent-ils, pour la plupart, aux misères des gens d’église , la seule classe des opprimés delà vieille Angleterre qui ait trouvé des histo-
(1) Angliam vehertienfér oppressif { Orderic. Vital, , p. 010.)
(3) Eèûleiîasapoltavll, miUtcsque racal qui Anijfiam tu la ri de tuera ni scduxit cl trana Atpes... (Ibid., p. 017.)
(3) Considéra te... (Ibid.)
(4) Comprclicndite et soïader cu&lodKc. (Ibid,)
(5) (tenons sum étminister Dora in i. (Ibid.)
(6) Ego née eîcricnm occ anüslîlem da ratio, sed corn item meum, quçsu mco, vice tne^qirraposiii regno. (Ibid,)
(7) Voyez livre llf.
(8) WUclmus Dundraesms episcopus morilor, et fit coinmolio homimira, (Aima les Margan., a put! senpior, Oxoo,, t. ir, ji . d.)
(0} Uocmonasleriiimsemper poiiadventum CSoNiiDimonim pe&simis est in fractura la bon hus. A b bâtés en ira rerumgtofîâ
riens. Toutefois ce qu’on osait contre celle classe mu privilégiée peut faire conjecturer, par induction, ce qu’avaient à subir les autres classes d’hommes que le scrupule religieux ne protégeait poin t ; et un trait du régime Intérieur d’un monastère anglais , sous le pouvoir d’miabbé normand, dans la seizième m2 année de la conquête , aidera peut-être a deviner le régime des villes et des provinces, sous l'autorité des comtes, des vicomLes, et des baillis du roi étranger (9).
Le couvent de Glaslonbury, dans b province de Sommera et , après la déposition d’Eghehioth , son abbé de race saxonne, avait été donné à Toustain , moine de Caen (10). Toustain , suivant la coutume des autres Normands devenus abbés en Angleterre , avait commencé par diminuer la portion de nourriture de ses religieux, pour tes rendre plus maniables; mais la famine ne fit que les irriter davantage contre le pouvoir de celui qu’ils qualifiaient hautement d’intrus (1 1). L’abbé, par esprit national , ou par fantaisie de despotisme, voulait que ses moines saxons apprissent à chanter les offices d’après b méthode d’un musicien fameux dans la ville de Fécamp, et les Saxons, autant par haine de là musique normande que par habitude, tenaient au chant grégorien (là). Ils reçurent plusieurs fols Fin ■ jonction d’y renoncer, ainsi qu'à d’autres anciens usages; mais ils résistèrent jusqu’au point de déclarer un jour , eu plein chapitre , leur ferme résolution de ne pas changer (13), Le Normand se leva furieux , sortit , et revint aussitôt à lu tète d’une compagnie de gens armés de toutes pièces (14).
A cette vue , les moines s’enfuirent vers l’église et se réfugièrent dans le chœur, dont ils eurent le temps de fermer la porte (lîî). Les soldats qui les poursuivaient, se trouvant arrêtés , essayèrent de la forcer. Pendant ce temps, quelques-uns d’entre eux escaladèrent les piliers, et, se plaçant sur les solives qui couronnaient la clùLure du chœur , commencèrent l’attaque de loin et à coups dcHédies (IG).
Les moines, réfugiés près du maitre autel, sc glis-
elali non rclï&iosoi sed lyrannos agrnit, Fores lumidi, întüs c rude les eüncommodi. (Adumusde Lknïitiihoui. ed. litiarim, p.114.)
(10) Voyez plus haut, livre V, p. 140.
(11) Moaachos m vietualîbus misera hïlilcr Iraelarc, hVnc files verborum ammorumque discord fcc , quia , ut ait Lucanus, aesed. plcbs Jejutia Limere. (Willdm. Malmesb.,
(12) Ut cujusdam Wiîlelmi Fiscanoensie canLum discorcnt et cautarent, (WiUelm. Malmusb., eit. Gale, p. 332, )
(13) Ibid.
(14) Milites au satellites sues phaleratos. [Ibid.)
(15) Chroa, sasoo. ed. Gibbon, p. 184. (Ibid.)
(tGj OuùUm diatn soiar ïa inter co tu mu ai credo scande haut. (Ibid,)
HISTOIRE ÛE LA CONQUÊTE
tm saient dessous ou se tapissaient derrière les châsses et les reliquaires , qui , leur servant de rempart , reçurent les flèches lancées contre eux ; le grand crucifix de l’autel en fut hérisse de toutes parts (IJ, Bientôt la porte du chœur céda aux efforts de ceux qui rébranlaient , et les Saxons , forcés dans leur retraite , furent chargés de près à coups d’épées et de lances; Us se défendirent le mieux qu’ils purent avec les bancs de bois et les candélabres de métal 7 ils blessèrent même quelques soldats (2) ; mais les armes étaient trop inégales; dix-huit d’entre eux furent tués ou blessés mortellement, et leur sang, dit la chronique contemporaine, ruissela sur les degrés de l’autel (3)* Un autre historien annonce qu’il pourrait mentionner beaucoup d’aventures semblables à celle-ci , mais qu’il aime mieux les passer sous silence comme également pénibles à raconter et à entendre (4)»
jasa Bans l'année 1085 mourut Mathilde, épouse du roi Guillaume. Un ancien récit dit que les conseils de celte femme adoucirent plus d’une fois Finie du conquérant, qu’elle le disposa souvent à la clémence envers les Anglais , mais qu’après sa mort Guillaume s’abandonna sans réserve à son humeur tyrannique (tt). Les faits manquent pour constater cet accroissement d’oppression et de misère pour le peuple vaincu , et rimaginalion ne peut guère y suppléer, car il est difficile d’ajouter un seul degré de plus au malheur des années précédentes. La seule différence qu’on puisse remarquer entre t’époqucde la conquête qui suivît la mort de Mathilde et celles que Je lecteur a déjà parcourues, c’est que le roi Guillaume, n’ayant plus rien à gagner en pouvoir sur les indigènes , commença dès lors à se créer une domination personnelle sur ses compagnons de victoire. La nécessité eut probablement à celte entreprise autant de part que l'ambition ; et, comme il ne restait plus rien à enlever aux Anglais, le roi se vit obligé de lever sur les Normands euxmèmes des contributions pour le maintien de la pro* priélé commune* Bans celle année 1083 , il exigea six sous d’argent pour chaque byde . ou journée
(1) Crutiflxura sagiltiâ mhorrere fecerunt. (Wïllelm. Malniesbv, ed. gâte, p. 552.)
(2) Seae c&ndelabris et seamnis, prout passent, defendenles. quusdam de milHibus vu tuera vertmu (CUnm. Heuric. KovgUlou,, p. 2552.)
(5) De arl in gradua et de gFadibus in aream , (Chron. saxon. , p. 184.)
[4) Mulla bis similia referre possem, verüm quia htec sunt miiiùs laeLa, bis omit»!*... (Orderic. Vital., p. 524.)
(5) cousilio, tex paciflcècum AngHa uaetabat, post muriem verbipsiusomnem induit tyran oidem. {Angîte sacra,
(0) lté nnoquoque aralro, îd est hydft terra , totius reguL êcx solides ceptt argent! . (Math, Taris., p. 8.)
de terre, dans tout le royaume - sans distinction de m possesseur (fi). Le guerrier normand, usé par vingt ans de combats, se vît contraint de payer, sur les revenus du domaine qu’il avait conquis dans ses jours de force et de jeunesse , la solde d’une nouvelle armée.
De cette époque daLe l’origine d’un esprit de défiance mutuelle eL d’hostilité sourde entre le roi et ses vieux amis. Us s’accusaient réciproquement d’avarice et d’égoïsme. Guillaume reprochait aux chefs normands de tenir plus a leur bien-être personne 1 qu’à la sûreté commune, de songer plutôt à bâtir des fermes, à élever des troupeaux, à former des haras, qu’à se tenir prêts contre f ennemi indigène ou étranger (7). A leur Lotir, les chefs reprochaient au rot d’être avide de gain au delà de toute mesure , et de vouloir s’approprier, sous de faux prétextes d’utilité générale , les richesses acquises par te travail de tous. Afin d’asseoir sur une base fixe ses demandes de contributions ou de services d'argent, pour parler le langage du siècle, Guillaume fit :nüw faire une grande enquête territoriale , et dresser un mg regisLre universel de toutes les mutations de propriété opérées en Angleterre par la conquête; il voulut savoir en quelles mains, dans toute l’étendue du pays , avaient passé les domaines des Saxons , et combien d’entre eux gardaient encore leurs héritages par suite de traités particuliers (8) conclus avec lui-même ou avec ses barons ; combien, dans chaque domaine rural, il y avait d’arpents de terre ; quel nombre d’arpents pouvait suffire à l’entretien d’un homme d’armes; et quel était le nombre de ces derniers dans chaque province ou comté de U Angleterre (b); à quelle somme montait en gros le produit des cités, des villes , des bourgades, des ha* m eaux (10); quelle était exactement îa propriété de chaque comte , baron , chevalier, sergent d’armes ; combien chacun avait de terre, de gens ayant fiefs sur ses terres, de Saxons, de bétail, de charrues (11).
Ce travail, dans lequel des historiens modernes ont cru voir la marque du génie administratif , fut
(7) lUcaidus de Rnlos multhm agriculture débitas, ac in Jumentonim et pceoium copia delodatus. (tngulf. Croyl. apml script. Oxon., p. 77.)
(8) Quomodù ineolcretür hæc terra etàquibu» homiûibus. (CbrüD. saxon, ed. Gibson, p, 187.)
(0) Quoi acm et jugera terres, qnid uni mititi sufficere pdâset, eL quoi milites esscuL in mioquoquc comHatu. (Aafjlfô ancra, p. 257.)
(10) De mhibuset viîüs et vieillis ad qui ü ja solidtmi ascen-
derent. (Ibid.) ?
(11) Quauiùm terra* quisqueharonum Biiarum possidebab quoi feu da Los milites, quoi vilkmos, quut animalia, ioiê quantiim vivas pecunUB quisquo possitfebat in omm régna- (FlorecL. Wigora. apud SpelmannL GJossar.)
1ÏÏ7
DE L'ANGLETERRE. — L1VHE SIXIÈME
im le simple résultat de la position spéciale du roi normû niarid comme chef d'une armée conquérante , et de la nécessité d'établir un ordre quelconque dans Je chaos de la conquête* Cela est si vrai , que , dans d'autres conquêtes dont les détails nous ont été transmis , par exemple dans celle de la Grèce par les croisés latins , au treizième siècle y on trouve la même espece d'enquête FatLc sur un plan tout semblable par les chefs de T invasion (1).
En vertu des ordres du roi Guillaume, Henri de Ferrières , Gaultier Giffard , Adam , frère d’Eudes le sénéchal , et Ilemi , évêque de Lincoln, ainsi que d'autres personnages pris parmi les gens de justice et les gardiens du trésor royal, se mirent à voyager par tous tes comtés de l’Angleterre, établissant dans chaque lieu un peu considérable leur conseil d'enquête (2)* Us faisaient comparaître devant eux le vicomte normand de chaque province ou de chaque Shiré saxonne, personnage auquel les Saxons conservaient dans leur langue l'ancien litre de S Airereve 7 ou Sheriff'. Us convoquaient ou faisaient convoquer par le vicomte tous les barons normands de la province, qui venaient indiquer les hontes précises de leurs possessions et de leurs juridictions territoriales ; puis quelques-uns des hommes de l'enquête, ou des commissaires délégués par eux, se transportaient sur chaque grand domaine et dans chaque district ou centurie, comme s'exprimaient les Savons* Là ils faisaient déclarer, sous serment , par les hommes d'armes français de chaque seigneur, et par les habitants anglais de la centurie, combien il y avait, sur le domaine, de possesseurs libres et de fermiers (3) , quelle portion chacun occupait eu propriété pleine ou précaire; lesnoms des déten teurs actuels ; les noms de ceux qui avaient possédé avant la conquête* et tes diverses mutations de propriété survenues depuis: de façon, disent les récits du temps , qu'on exigeait trois déclarations sur chaque terre ; ce qu'elle avait été au temps du rot Edward , ce qu’elle avait été quand le roi Guillaume l'avait donnée, cl ce qu’elle était au moment présent (4)* Au-dessous de chaque recensement particulier on inscrivait ceLte formule : u Voilà ce qu’ont juré tous tt les Français et tous les Anglais du caulon (#), n
Dans chaque bourgade , on s’euquërait de ce que les habitants avaient payé d'impôt aux anciens rois,
{l i Potîme sur la Conquête de la Morée, ims. de la bibliothèque! royale t publié ni traduit par VL bu ch ou*
12} Diigdale1* baionafje* — Misit hommes suos, (Citron, saxon., p, 387.)
{3) Per aacramentura vice-comiüs scire et omnium baroutun el eoruui F ranci (je na ru tu et totius centurîatûa* (Ex, anonym* mss. apud golden» PræFal. ad Eadmeri HUt,,
(4) Jloc tolum tripliciter, scîliceL Lcmporc régis Echvardi, ei quatïdô rex Wlllelmua dédit, et quomodù sil modè, (ll> .)
et de ce que le bourg produisait aux officiers du ïo so conquérant : on recherchait combien de maisons jy^s la guerre de la conquête ou les constructions de forteresses avaient Fait disparaître ; combien de maisons les vainqueurs avaient prises ; combien de familles saxonnes, réduites à l'extrême indigence, étaient hors d'état de rien payer (G)* Dans les cités, on prenait le serment des grandes autorités normandes , qui convoquaient les bourgeois saxons au sein de leur ancienne chambre du conseil, devenue la propriété du roi ou de quelque baron étranger ; enfin, dans les lieux de moindre importance, on prenait le serment du préposé ou prévôt royal, du prêtre et de six Saxons ou de slx vitlains de chaque ville, comme s'exprimaient les Normands f-7). Celte recherche dura six années, pendant lesquelles les commissaires du roi Guillaume parcoururent toute l’Angleterre, a F exception des pays montagneux au nord et à l'ouest de J a province d'York, c'est-à-dire , des cinq comtés modernes de Durham, ftorthumberland , Cumberland , Weslmorelând et Lancaster (8)* Peut-être ceLLeëLendue de pays, cruellement dévastée à deux reprises différentes , n’offrait -elle point assez de terres en valeur, ni des propriétés assez fixement divisées , pour que le cadastre eu fût ou utile ou possible à dresser ; peut-être aussi les commissaires normands craignirent-ils , s'ils transportaient leurs assises dans les bourgades de lu Northumbrie , d'entendre retentir à leurs oreilles les mots saxons qui avaient été le signal du massacre de l'évêque Vaulcher et de ses cent hommes*
Quoi qu'il en soit , le rôle de cadastre , ou pour parler l'ancien langage , le terrier de la conquête normande ne fil point mention des domaines cou* quis au delà de la province d’York. La rédaction de ce rôle pour chaque province qu’il mentionnait fut modelée sur un plan uniforme. Le nom du roi était placé en tête, avec la liste de ses terres et de ses revenus dans la province ; puis venaient à la suite les noms des chefs et des moindres propriétaires , par ordre de grade militaire et de richesse territoriale (!)). Les Saxons épargnés par grâce spéciale dans la grande spoliation ne figuraient qu'aux derniers rangs ; car le petit nombre d'hommes de celte race qui restèrent propriétaires franchement et librement , ou tenants en chef du roi 7 comme
(5) Hoc tînmes Fiancî et AnyJi de Huudredo juravoruuL (Ex auonyui. mas. Selden.)
(G) Vide librum eensuaJem7 pacsîm»
(7) Peraacr^mentum pH»byt*rfi praepodli, se* viliaaoimn miiua eu jusque villae. (Mas. anouyiu. Selden,)
(fi) Armo 10815 ali incarualione Domïni,25« legnî Willelmi, facta est isla do4crlpüo. (Duomesday-boolt.)
(0) Prœnolato in ipso cajùte régis nomme, el deindè se* Liaiim alignai! proecrum nommibua apposais, scClUKÎüm »tatû« sut dlgultaiêm. (Dialogua de Scaceario.)
ISS HISTOIRE DE
iqku s'exprimaient les conquérants , ne le furent que J pour de minces domaines. Ils furent inscrits à la lin de chaque cb a pi tr e sou & le 1 1 tre de thegn s di i ro i ( I >, 01 \ a vec il i v erses qu aliâcat io u s d'o Ifi c es d ornes tiq u es dans la maison royale (2), Le reste tics noms à physionomie anglo-saxonne, épars eà et là dans le rôle, appartient à îles fermiers de quelques fractions plus ou moins grandes du domaine des comtes , li a r on s, chevaliers* sergents d'armes, ou arbalétriers normands {5}»
Telle est la forme du livre authentique , et conservé jusqu Vi nos jours , dans lequel ont été puisés la plupart des faits «^expropriation présentés çû et là dans ce récit. Ce livre précieux * où ta conquête fut enregistrée tout entière pour que le souvenir ne ptU s'en effacer , fut appelé par les Normands le grand rôle , le rôle royal, ou le rôle dû Winchester, parce qu'il était conservé dans le trésor de la cathédrale de Winchester (i), Les Saxons rappelèrent d'un nom plus solennel, le livre du dernier jugement , Bmmsâay-bok y parce qu’il contenait leur sentence d’expropriation irrévocable (5). Mais si ce livre fut un arrêt de depossession pour la nation anglaise* il le fut aussi pour quelquesuns des usurpateurs étrangers. Leur chef s'en servit habilement pour opérer à son profit de nombreuses mutations de propriété, et légitimer ses prétentions personnelles sur beaucoup de terres envahies ci occupées par d'autres. Il se prétendait propriétaire, par héritage, de tout ce qu'avaient possédé Edward t l'avant-dernier roi des Anglo-Saxons, Harold , le dernier roi, et lu famille entière de llarold : il revendiquait au même titre toutes les propriétés publiques et le haut domaine de toutes les villes, à moins qu'il ne les eiU expressément aliénées, soit en entier, soit en partie, par diplôme authentique, par lettre et saisine, com me d i saien 1 1 es j u rî stes n orm a n d s (6) .
Au moment de la victoire, personne n'avait songe aux formalités de lettre et de saisine , et chacun de ceux à qui Guillaume avait dit avant le combat , ii ce que je prendrai , vous le prendrez , n s’était
(1) Thani régi»* (Doomesday-book.)
(3) Vénatores, a&rfpitrarfi, osiiaHi, pislorcs.
(5) ftïcolaus babel-anus. (Doome&ilay-buuk.)
(4) ttuiulus magnus, ro lui «a régît», roui! ne Wintouhe, in ibciaum eccleüiœ calhedralis WirUonise dispositif, (AngJia sacra, lotü* l, p, 257. J
Coi AL Bomesdœijc-bac*.. ab mdïgunïâ sic mmcupatiis, quia miUi rare il sicuL nec ma go us dits j iicîicii . (Ibid.)
(G) Grevé, sigitlimi, libe ratio, aaisitio, (DoGiuesdiiy-boük a
pass’im.)
(7) Voyez lîv. JH, p, 80.
(B) yu6d perliaebaDl temporc régis Edward i ad faganali j ru ma ns. reg. (Dooni«üday-hook,tt. L p. 172.)
i!>j Grafharu dnt socara régis fuisse et esse* nec brève.
LA CONQUÊTE
fait sa portion lui-même (7); mais, après la cou- ]M quête, les soldats de t’ invasion sentirent peser sur ^ leurs propres têtes une partie de la puissance qu'ils avaient élevée sur celles des Anglais. C'est ainsi que le droit de Guillaume de Garenne sur la terre de deux Anglais libres , dans fa province de Norfolk , lui fut contesté, parce que celte terre avait dépendu autrefois d’un manoir royal d'Edward (8); il en fut de même d’un domaine d’Eusiache, dans la province de Hunlingdon , et de quinze acres de terre que tenait Miles, dans celle de Berks (9), Une terre qu’Engelry occupait dans ïa province d'Essex fui, selon Eexpression du grand rôle , saisie en la main du roi , parce qu’Engefry n’envoya perso n ne pour rendre compte de ses Litres (10). Leroi saisiL pareillement toutes les terres sur lesquelles il avait prétention , et dont le détenteur * quoique Normand , ne put ou ne voulut pasVem/re compte (11).
Lue autre prétention de sa part , c’était que chaque domaine qui avait payé au roi Edward quelque rente ou quelque service, lui payât, bien qu'il fût Lenu par un Normand, la même rente ou le même service. Cette prétention, fondée sur une succession aux droits d'un roi anglais, que ne pouvaient admettre ceux qui avaient déshérité ta race anglaise, fut d’abord mal accueillie par les conquérants. La franchise d’impôts ou de service d'argent, hors quelques contributions volontaires , leur paraissait la prérogative inviolable de leur victoire ; cl ils regardaient la condition de contribuables par coutume comme l'état spécial de la nation subjuguée (1 2). Plusieurs résistèrent aux réclamalionsdu roi , dédaignant de se voir imposer des servitudes personnelles pour la terre qu'ils avaient conquise. Mais il y en eut qui se soumirent ; et leur complaisance , soit volontaire , soit achetée par le roi Guillaume, énerva l'opposition des autres. Raoul de Courbcspine refusa longtemps de payer aucune redevance pour les maisons qu'tl avait prisés dans la ville de Gmlerbury, et Hugues de MootforL pour les terres qu'il occupait dans la province d’Essex (15) ♦
Ces deux chefs pouvaient être tiers impunément ;
nec saisitorem vîdiiac qui tiherasseï eam Ettfltachio.
( Düümcsdav'-büak , t, il , p. 2Û8.)... Rcx lui. habuil 15 aurait Mîlo tcüet cas , âtfictam quomodiL (Ibid. t. ttT V- 56.)
ttO) Kl quia neq ite fegaitisneque abus home venil eX parte aui qui diraLiûûusael haut lerram, ideû estauisiia tn manu régis, (Ibid,, t, I, p. 13.)
(H) Ration are, deraLiunare, redritire rat uiieio.pb.,passim.)
( T 2) Cunsuel udo , eus lu i ua , cust u ni a r i i , eo us tu me Jf . Ce nia t subsiste d ans la langue anglaise moderne.
(13) Radulfus de Curbespinc haliet 4 mansuraa de quibns csl «ac,i eL sera régis, sed usquè ounc non hatmit. (tloomesday-hook, i. li, p. 2.) — Huit maoci to adjaeclmnl IV Itberi
hommes de IV bld* T. K. E. reddeelea coJiauetudmcm, mudù
jürq mats la fierté fies hommes moins puissants et moins nm considérables fut quelquefois durement punie. Un certain Oshert , dit le Pécheur , n’ayant point voulu acquitter la rente que sa portion de terre payait anciennement au roi Edward comme dépendant de son domaine , fut exproprié par les agents royaux , et sa terre offerte a qui voudrait payer pour lui : Raoul Taille-bois paya, dit le grand rOïe, et prit possession du domaine comme forfait par Osbert le Pécheur (1).
Le roi tâchait aussi fie lever sur ses propres compatriotes , dans les villes et les terres de son domaine , Pîmpôt anciennement établi par la loi saxonne. Quant aux Anglais de ces villes et de ces domaines , outre cet impôt rigoureusement exigé au nom de la coutume du lieu , et souvent doublé ou triplé , iis étaient encore soumis à une redevance éventuelle , arbitraire , Inégale, levée capricieusement et durement, que tes Normands appelaient taille ou taillage (2). Le grand rôle donne Pétât des bourgeois taillables du roi par cités, par villes et par bourgs ; « Voici les bourgeois du roi à h Colehesler (5) : c’est Keolman qui lient une niai- « son el cinq acres de terre ; Leofwin qui tient K deux maisons et vingt-cinq acres ; Uffrik, Edwin, u Wulfstan, Manwïn, etc, » Les chefs et les soldats normands levaient aussi la taille sur les Saxons qui leur étaient échus, sort dans les bourgs, soit hors des villes (4). C’est ce quTon appelait dans le langage des conquérants avoir un bourgeois ou un Saxon libre ; et dans ce sens les hommes libres se comptaient par tête, se vendaient, se donnaient, s’engageaient , se prêtaient, ou même se divisaient par moitié entre Normands (S). Le grand rôle dit qu’un certain vicomte avait dans le bourg d’Tpswich deux bourgeois saxons, l’un en prêt el l’autre en nantissement (6) ; et que le roi Guillaume avait, par acte authentique, prêté le Saxon Edwig à Raoul Taillcbois pour le garder tant qu’il vivrait (7).
teuet Hugo de Monteforti cl non reddidil «HrtueUich ex quo eas faabuit, (Doomestlay-book, t. î, p, 2.)
(t) Qi bernas plétater... sed ille gabtem de Mc terri dare tioiuiï ; Radàîfûs Taltgebosc gallium (ledit, et pro Forlsfaclo î&tem lcrram sumpilfc (Ibid., U 11, p. !21G.)
(2) En latin iïiliagium.
(3) Ml *unt burgense& régis... ( Doomesday-book . i 1,, p, 104.)
(4) Ûmnes Ml sunl liber i liomincB Rogerii Bigol, et Norman niï$ tenet cos de eo, (Ibid,, p. 541.)
(5) Istes libères hommes calomniât Rogcms de Ramis. (IliîfL t. I, p. 337.) — tnvasit Hugo de Corbon. sup. Fteg. Bigot medlelai. unitiâliberi homiuis. (IbkL, 1. l. p. 278.)
{0) Habet Ptermanmis ricecomes U hurpmae», unum in vadimomo contra eumdcm* altèrum pro débite. (Ibid,, t. I, p, 438.)
(7) liane terram lenuit Ovigi, el poteil dnre oui voluit T, R, E, banc ci postea W, rex concessU, et per suum hre-
Beaucoup de querelles intestines dans la nation msa des vainqueurs pour la dépouille des vaincus, beau- josa coup d'invasions de Normands sur Normands, comme s’exprime le rôle d’enquête (8), forent aussi enregistrées dans tous les coins de V Angleterre* Par exemple, Guillaume de Garenne, dans le comté fie Bedford, avait dessaisi Gaultier Espec d'une demihydeou d’un demi-arpent de terre, et lui avait enlevé deux chevaux (9), Ailleurs, c’ëlait Hugues deCorhon qui avait usurpé sur Roger Eigol la moitié et un An^ g lais libre f c’est-à-dire cinq acres de terre. Dans le comté de Hauts, Guillaume de la Cüesnayc réclamait contre Picot nue certaine portion de terre, sous prétexte qu’elle appartenait au Saxon dont il avait pris les biens (10). Ce dernier fait et beaucoup d’ a u L res d u même ge nre prou v en t q u e 1 es N or m a ntl s considéraient comme leur propriété légitime tout ce que l’anckn propriétaire aurait pu légalement revendiquer, et que l’envahisseur étranger, se regardant comme un successeur naturel, faisait les mêmes recherches, exerçait les mêmes poursuites civiles qu’eût exercées l’héritier du Saxon (1 1 ). 11 appelait en témoignage les habitants anglais du district, pour constater l’étendue des droits que lui aval t communiqués sa substitution à la place de l'homme tué ou expulsé par lui (12). Souvent la mémoire des habitants, troublée par la souffrance et par le fracas de la conquête , répondait mal à ces sortes de demandes; souvent aussi le Normand qui voulait contester le droit de son compatriote refusait de s’en tenir à la déposition de celte vile populace des vaincus (13). Dans ce cas, le seul moyen de terminer la dispute était le duel judiciaire entre les parties, ou le jugement devant la cour du roi (14).
Le terrier normand parle , en beaucoup d’endroits, d’en vahissements injustes, de saisies, de prétentions injustes (13). C’est sans doute une chose bizarre que de voir le mot de justice écrit dans le registre d’expropriation de tout un peuple ; et Ton
vrm R adul te Tallebose commodaviL ul eum servaret quarndtii rivéfët. ( Doom efirta y -bnok , L tî, p. 211.)
(8) ïn va si un es. [Ibid. passûm,}
(0) Fuit Wilïftîms Spec saisîtes p&r regem et ejus liheraterem, sed W. de Mare une sine brève rugis eum disaahivil et Il equns ojus ho mini bus ab s tel il necdùm reddidtl. (Ibid., t. II., p.2lL)
(10) liane ter ram eatemnîal XV. de Cbcsuey per héréditélem sui antecessoris anglïci. (Ibid. U II, p. 44.)
(11) Hanc 1er ram daman l per anteceaserem stium CUjus terras omnci XV. rex stbi donavit, (ibid., p. 115.)
(12) De hoc suurn leHimoniuiuaddiixildeaiiliquîsliomiiiibus tollés eomiiates, (Ibid,, p. 44.)
(13 j Tesliin onium de vîllanis el vili plèbe. (Ibid.)
(14) .Indicium per regem in curiâ régis; judicio, seu bello, s eu ducllo. (Ibid., passim.)
(15) Invaalt» tpjualè saisîvit. îniualêdisîaisivit, injuslè occupa vit. (Ibîd., pass)m.)
mao ne comprendrait point ce livre si Ton ne songeait a t um ch aq Ut- phra se q ul héritage y sîgnifî e Spot i a li on cV un Anglais j que tout Anglais de pou i lié par un Normand prend dès lors le nom de prédécesseur du Normand, qu’être juste, pour un Normand, c’est s'interdire de toucher au bien de ï -Anglais tué ou chassé par un attire ; et que le contraire s'appelle injustice, comme le prouve le passage suivant ; « Dans le u comté de Bedford, Raoul Taille -bots a injuste-
ment dessaisi Née! de cinq hydes de terre, faisant « notoirement partie de l’héritage de son prédêif cesseur, et dont la concubine de ce même Née! u occupe encore une portion (1)* »
Quelques Saxons dépossédés osèrent se présenter devant les commissaires de F empiète pour faire leurs réclamations; il y en eut même plusieurs d’enregistrées avec des termes de supplication humble que nul des Normands n’cm ployait. Ces hommes se déclaraient pauvres et misérables ; ils en appelaient a la clémence et à la miséricorde du roi (2), Ceux qui, après beaucoup de bassesses, parvinrent à conserver quelque mince partie de leurs héritages paternels, furent obligés de payer cette grâce par des services dégradants et bizarres, ou la reçurent au titre non moins humiliant d'aumône. Des fils sont inscrits dans le rôle comme tenant par aumône le bien de leurs pères (3)* Des femmes libres ga rd en t le ur ch a ni p [ >a r aumÔ ne(t). Un e a ut re femme reste en jouissance de la terre de son mari, a condition de nourrir les chiens du roi (U). Enfin une mère et sou fils reçoivent en don leur ancien héritage, ô condition de dire chaque jour des prières pour Pâme de Richard , fils du roi (6).
Ce Richard, fils de Guillaume le Conquérant, mourut en Tannée 1081, froissé par son cheval contre un arbre dans le beu que les Normands appelaient la Forêt-Neuve (7). C’était un espace de trente milles, nouvellement planté d’arbres, entre Salisbury et la mer. Cette étendue de terre, avant d’ètre mise en bois , contenait trente-six paroisses que le conquérant détruisit , et dont il chassa les habi-
(1) Glamat Nigrilus imsm vïrgatam quam tenmt antecessorefug T- R. E. Ipsc Nlgeïto* indè saisi Lus fuit, sed Radulftls Talleftebosc cum rtissaUlvU.,, Tènet quærfam conciiljinLi Nigclli II hïd. {Duomesday-hnok.. p. 214.)
(2) Pauperes cutn maire réclamant, (ïhid,. lom. ï, p. 503.) — Ipsi redamant mîséricordïam régis. (Ibid.)
(3) liane terrant trnitjt palcr liujus hominis et vende re pûtttit T. R, E.;hanc rci W. in eleenmsinà ridem eoncessiL (HÜd.».t. Il, p. 218.)
f4) tbï babel OKI de va libéra fuemina I bidam de rege in deemosinft quant eadem lemiit T. ït, E. (Ibid., t. Il, p. 030
fiS)-;Gorirt«LiB tetmlt.,. cticuni se vidisse bremn régis quo cam dederil fnemmfë Godrici iu dont), quôd nul rie bal canes tnmî {Ibid., L. 11, p. 57.)
(0) Hoc ma ne Hum lenuiL Aldeoe teigmis T. R. E. et veo-
LA CONQUÊTE
bitants (8). On ne sait si la raison de cet acte singulier ne fui pas purement politique, et si Guillaume n’eut pas pour objet spécial d’assurer à ses recrues de Normandie un lieu de débarquement sûr, ou nul ennemi saxon ne put se rencontrer; ou bien si, comme le disent la plupart des anciennes histoires, il ne voulut que satisfaire sa passion et celle de ses fils pour la chasse, Cest a cette passion effrénée qu’on attribue aussi les règlements bizarres eL cruels qu’il fit sur le port d’armes dans les forêts d’Angleterre ; mais il y a lieu de penser que ces règlements eurent un motif plus sérieux, et furent dirigés contre les Anglais, qui, sous le prétexte de chasse* pouvaient se donner des rendez-vous en armes, « il « ordonna , dit une chronique contemporaine, que u quiconque tuerait un cerf ou une biche eût les yeux u crevés ; la défense faite pour les cerfs s’étendit aux « sangliers; et il fil même des statuts pour que les « lièvres fussent à l'abri de tout péril. Ce roi aimait « les bêtes sauvages comme s’il eût été leur a père (9), » Ces lois, exécutées avec rigueur contre les Saxons, accrurent singulièrement leur misère ; car beaucoup d’entre eux n'avaient plus que la chasse pour unique moyen de subsistance- « Tes » pauvres murmurèrent, ajoute la chronique citée « plus haut ; mais il ne tenait compte de leur haine* « et force leur était d’obéir sous peine de la u vie (10). u
Guillaume comprit dans son domaine royal toutes les grandes forêts de T Angleterre, lieux redoutables pour les conquérants, asile de leurs derniers adversaires* Ces lois, que les historiens saxons ridiculisent en les montrant destinées à garantir la vîe des lièvres , étaient une puissante sauvegarde de la vie des Normands; et, afin que l'exécution en fût mieux assurée, la chasse dans les forêts royales devînt un privilège dont la concession appartenait au roi seul, qui pouvait a son gré l’octroyer ou l'interdire. Plusieurs hauts personnages de race normande, plus sensibles a leur propre gêne qu’a l'intérêt de U conquête, s’irritèrent de cette loi exclusive (H).
ctere potuiMed W. fax dédit hoc manerhim liuic Aldenc et rnâLri ri us pio animâ Ricard i filii std, (Dome*day-Büok,L (T, P* J 41.)
{7) jVaue forest^ en latin Nova foresla,
(8) SG matrices ecclêsias extîrpavU, et populum earum dédit exlermîmo. [Walt, Btappieju, cd. Campden.)
(9) Item slaUût de leporibus titâ per ictikHmmtï lies assent. A ma bat rex férus feras lanqnàm essel pater earum. (Swa svviihc lie luforle tha beoder swylce he wtcrc hocra [coder.) {Citron. sax. Cibson, p. 191.)
(l(ij Hûtfpaupereaÿegrè ferebant: verùm lia rigldns fuit, ut nihilî haberet eormn omnium odiura : eos o portait obsequ i, si v ri lent vïvere. [Ibid.;
(11) Hoc virisummi conqnëstïsnnl, rchron. saxon. Gibson, p. 191.)
DE L’ANGLETERRE, — LIVRE SIXIÈME
lo-i» Maïs, tant que l'esprit de nationalité se conserva loss Pai‘mi tes vaincus, ce désir des Normands ne préva* lut pas contre la volonté de leurs rois* Soutenus par l'instinct de la nécessité politique, les RH de Guillaume conservèrent aussi exclusivement que lui le privilège de chasse; et ce ne fut qu’à l'époque ou ce privilège cessa d'être nécessaire , que leurs successeurs se virent forcés de l’abdiquer, quelque regret qu’ils en eussent (1).
Alors, c’est-à-dire, au treizième siècle, les pares des propriétaires normands ne furent plus compris dans Retendue des forêts royales, et le seigneur de chaque domaine obtint la libre jouissance de ses bois; ses chiens ne furent plus soumis à la mutilalion des jambes (2), et les forestiers > verdiers ou regardeurs royaux, ne rôdèrent plus sans cesse autour de sa maison pour le surprendre dans quelque délitdc chasse, et lui faire payer une grosse amende. Au contraire , la garantie de la loi royale pour la conservation du gibier de grande et de petite espèce s’étendit au profit des descendants des riches Normands ; et eux-mêmes eurent des gardeschasse pour tuer impunément le pauvre Anglais surpris en embuscade contre les daims et les lièvres (3). Plus tarit, le pauvre lui-même, le descendant des Saxons, ayant cessé d'être redoutable aux riches issus de l'autre race, ne fut puni, quand il osa chasser, que d'une seule année ri’emprîsonncment, à la charge de trouver ensuite douze cautions solvables pour répondre qu'a l’avenir il ne commettrait plus aucun délit « ni en parcs, ni en forêts, « ni en garennes, ni en viviers, ni en quoi que ce u fût, contre la paix du seigneur roi (4). >►
Pour dernière particularité qu’offre le grand registre de la conquête normande , on y trouve la preuve que le roi Guillaume établit, en loi générale, que tout titré de propriété antérieur à son invasion, et que tout acte de transmission de biens fait par un homme de race anglaise postérieurement à ITinvasion, étaient nuis et non avenus, à moins que lui-même ne les eût formellement ratifiés. Dans la première terreur causée par la conquête, quelques
CI) Rlackstone's vol. II, p* 414*
(5) Ne amplms expeiiUcniur* (Cbarla Henrici lit.)
(5) Si fogil et occidalur malefadGC , non üblincbiljus necappdlum* {Addiiamenla ad Math* Paris,, p* 150*)
(4) VA post invemel 12 ptegios qui ipsum manu captent quèd doinceps non màlefîdet in parois, vivariis vol forestis, ücc in aîiquo contra pacem doniini regis* (Ibid,)
(5) Hane terrant tenu il Godid ipiaxlum fœmina T. R. K* banc dédit Sanclo- Pau lo poslqnàm rex vonit in Angliam , sed non ostendii brevem neque concession re^is* ( Uoomesday-liook, i* I, p. 15,)
(G) A ïlrie a bi it in navale pnElhnn contra Wlîleim* regem*. . Tune dédit Sancto-Pclro islud manerium*** de hoc tua ne rïo Edricus , qui cum tenebal , delibçravit ilium filio suo , qui Tin EK R V.
Anglais avaient aliéné une portion de leurs terres jgbo aux églises, soit en don réel pour le salut de leur 10 ^ âme et de leur corps, soit en doo simulé, afin d’assurer cette portion à leurs fils, si les domaines des saints de l’Angle terre étaient respectés par les Normands* Cette précaution fut inttlïle, et quand les églises ne purent administrer la preuve écrite que le roî avait confirmé le don, ou, en d’autres termes, que lui-même l'avait fait, la terre fut saisie à son profit (5). C'est ce qui arriva pour le domaine d'Aîïrik, qui, avant de partir pour la guerre contre les Normands, avait donné son manoir au couvent de Saint-Pierre, dans la province d’Essex, et pour celui d'un certain Edrik, affermé, avant la conquête, au monastère d’Âhingdou (6).
Plus d'une fois dans la suite cette loi fut remise en vigueur, et tout litre quelconque de propriété anéanti pour les fils des Anglo-Saxons* C’est un fait attesté par le Normand Richard Lenoïr, évêque d'Ély, vers le milieu du douzième siècle* Il raconte que les Anglais, journellement dépossédés par leurs seigneurs, adressèrent de grandes plaintes au roi, disant que les mauvais traitements qu'ils avaient a subir de la part de l’autre race, et la haine qu'elle leurportait, ne leur laissaient plus d’autre ressource que d'abandonner le pays (7), Après de longues délibérations, les rois et leur conseil décidèrent qu'à l’avenir tout cc qu’un homme de race anglaise obtiendrait des seigneurs, comme salaire de services personnels, ou par suite de conventions légales, lui serait assuré irrévocablement, mais sous la condition qu’il renoncerait à tout droit fondé sur une possession antérieure (8)* « Cette décision , ajoute « l’ évêque d'Ély, fut sage et utile ; elle obligea les fils tt des vaincus a rechercher les bonnes grâces de « leurs seigneurs par la soumission, l'obéissance et it le dévouement (9). De sorte qu’aujôurd’hm, nui « Anglais possédant soit un fondsde terre, soit toute « autre propriété, n’est propriétaire à titre d’héri- <i tage ou de succession paternelle, mais seulement iî en vertu d’une donation è lui faîte en récom- « pense de ses loyaux services (10), »
erat iû Abendone monachus , ut ad lirmam ilîud teneat* (Dûpmeürîay-boak, i. IL p* 59*)
(.7) Cüm dominis auls odiosi pass'im pellerenlur, nec esset qui ablaia res ti Lucre!**. esosi cl rebus spoliât! , ad alienigenaa iran&ire eogeFcnlur* ( Dialog* de Scaccario , in notis ad Mrnb. Paris*)
(8) Quud à dominis suis , exîgcntibtis mcritîa , ioferveniento aïîquâ legiümà paction tapotera ni obbueie.*. CaHc- Hun auleEii nomme snccesaioms , à tcnijiûriljus subaeuo G en lis, ni J si lu vindicarent. (Ibid*)
(9) Devotis obsequiis dotninorum suorum graliam omercari* (ib;d*)
(1 0) Sic igiLiir quisquËs de gente subactà Fondus, vel aUqukl hu jusraodi possjdcl , non quod rabane succession is deberi
m HISTOIRE DE LA
uKo C'est en l’an 1080 que Fut achevée la rédaction du Grand-Rôle des Normands, du livre de jugement des Saxons ; et: , cette même année, eut lieu une grande convocation de tous les chefs des conquérants, laïques ou prêtres. Bans ce conseil furent débattues les réclamations diverses enregistrées dans le râle d’enquête, et ce débat ne s’acheva poïnl sans querelles entre le roi et scs barons ; ils eurent ensemble de graves entretiens, comme s’exprime la chronique contemporaine, sur remportante distinction de ce qui devait être définitivement regardé comme légitime dans les prises de possession de In conquêLe(t). La plupart des envahissements individuels furent ratifiés ; mais quelques-uns ne le furent pas, et il y eut parmi les vainqueurs une minorité mécontente. Plusieurs barons et chevaliers renoncèrent à leur hommage, quittèrent Guillaume et P Angleterre, et, passant la Tweed, allèrent offrir au roi d’Écossc, Malcolm, le service de leurs chevaux et de leurs armes {2). Malcolm les accueillit favorablement, comme il avait accueilli avant eux les émigrés saxons, et leur distribua des portions de terre pour lesquelles ils devinrent ses hommes- Iiges, ses soldats envers cl contre tous. Ainsi l'Ecosse reçut une population toute differente de celles qui s’y étaient mêlées jusque-la. Les Normands, réunis, par un exil commun et une hospitalité commune, aux Anglais qui naguère avaient fui devant eux, devinrent, sous une bannière nouvelle, leurs compagnons et leurs frères d armes. L égaliLé régna au delà du cours de la Tweed entre deux races d’hommes , qui, en deçà du même fleuve, étaient de condition si différente; il se fit rapidement des uns aux autres un échangé mutuel de mœurs et même de langage, et le souvenir de la diversité d’origine ne divisa point leurs fils, parce qu'il ne s*;. mêlait aucun souvenir d’injure, ni d’oppression étrangère.
Pendant que les conquérants s’occupaient ainsi à régler leurs affaires intérieures, ils furent subitement troublés par une alarme venant du dehors. Le bruit se répandit que mille vaisseaux danois, soixante vaisseaux norvégiens , et cent vaisseaux de Flandre, fournis par Robert lé Frison, nouveau duc de ce pays, et ennemi des Normands, se rassemblaient dans le golfe de Lym fiord , pour descendre
sihi virtcbaltir adepUis est, serî quort solutnmodê... (Dialog, île Scaccario, in mlîs ad Math. Parla.)
(t) Gravés sermoneâ h&bnil eutn suis procerihus de liée 1 1 rtAi (Ch ron . sa s . G i h son , p . 1 87 J
{% EUUV meincal romances, 1. 1, p. 1*25*
(51 Ru more e*pediltonb Brïtanniam usquA velïftâalis... ut gentüm nohiliwtinam prisfinîtï Hbertflü restitué reL. (Script. rer. ibnic* , t. Ilî * p. 518-5^0 ) — Ordcrlc. Vllüi. , p. GoO. -Florent. Wigoin., p. G*B*
CONQUÊTE
en Angleterre et délivrer le peuple anglo-saxon (5). iosô Les rois de Danetnarck , qui, tnnt de fois, depuis vingt années, avaient successivement flatté et trahi les espérances de ce peuple, ne pouvaient, à ce f qu’il paraît, se résoudre à l’abandonner entièrement. L’insurrection qui, en 1080, causa la mort de l’évêque de Durham , semble avoir été encouragée par Ta tien te d!un débar qtiememl des hommes du Nord ; car on trouve les mots suivants dans les dépêches officielles adressées alors à cet évêque :
« Les Danois viennent : faîtes garnir avec soin vos n châteaux de munitions et d’armes (4). * Les Danois ne vinrent pas , et peut-être les précautions extraor- * dinaires recommandées à cause d eux a 1 évêque Vaulcber furent-elles la cause du peu de succès du soulèvement où il périt.
Mais cette fausse alarme n était rien auprès de celle qui se répandit en Angleterre dans Tannée 1088. La plus grande partie des forces normandes fut promptement dirigée vers l’est; on plaça des postes sur les côtes ; on mît des croisières en mer ; on entoura de nouveaux ouvrages les forteresses récemment bâties , et l'on releva les murs des anciennes villes démantelées par les conquérants (G).
Le rot Guillaume fit publier en grande hâte par toute la Gaule le ban qu’il avait proclamé, vingt années auparavant, sur le point dépasser le détroit. II'promiL solde et récompense à tout cavalier on piéton qui voudrait s’enrôler à son service. Il en arriva de toutes parts un nombre immense. Tous les pays qui avaient Fourni des troupes d’invasion pour exécuter la conquête fournirent des garnisons pour la défendre (G), Les nouveaux soldats furent cantonnés dans les villes et les villages; et les comtes , vicomtes , évêques et abbés normands curent ordre de les héberger et de les nourrir proportionnellement à retendue de leurs juridictions ou de leurs domaines (7). Pour subvenir aux frais de cc grand armement, on imagina de faire revivre Tancîen ïmpôL appelé Dane-gheld , qui. avant d’être levé par les conquérants Scandinaves, Lavait été pour la défense du pays contre leurs invasions.
Il fui rétabli à raison de douze deniers d’argent pour cent acres de terres. Les Normands, sur les* quels pesa cet impôt, s’en firent rembourser le montant par leurs fermiers ou leurs serfs angle -
(j) Danî reverà ventant ; casirum ilaque mtnun lionaU miras ci errais cl aUmcniîs vigilanlï curà munire facile. (Opéra Lanfranci, [>■ 314.)
(5) ScrîjHorea rcr. danîçar, t. Il, p. 550*
{0) Ctim lanio exorcitu equHum ac peditnm fe Francornm r rqjno aique è Hritaimlà , quanlus anléà mmquàm tcvrm hanc pctchai. (Chron. sasun. Gib$ou, p-180.)
{7) Pm 5lîA lerne portions. ( Ibid* ) — Florent Wifforn , p.64L
1035 saxons , qui payèrent ainsi , pour repousser les Da nois venant à leur secours, ce que leurs ancêtres avaient jadis payé pour les repousser comme ennemis (1).
Des détachements de soldats parcoururent en tous sens les contrées du nord-csl de l’Angleterre, afin de les dévaster et de les rendre inhabitables, soit pour ïes Danois . s’ils venaient à y débarquer, soit pour les Anglais même, qu’on soupçonnait de désirer ce débarquement {%- II ne resla sur te rivage de la mer , ù portée des vaisseaux , ni un homme, ni «rie bêle , ni un arbre à Fruit. La population saxonne Fol de nécessité refoulée vers l'intérieur . et, pour surcroît de précaution contre la bonne întelligéSce de cette population avec les Danois, un ban royal, publié à son de trompe dans ions les lieux voisins de la mer , prescrivit aux hommes de race anglaise de prendre des vêtements normands , des armes normandes , et de se raser la barbe à llbétar des Normands (5). Cet ordre bizarre avait pour objet éTôter aux Danois le moyen de distinguer les amis qu’ils venaient secourir des ennemis qu’ils venaient combattre (4)*
La crainte qui inspirait ces précautions n’était point sans Fondement ; il y avait réellement à Cancre sur la côte du Danemarck une Flotte nombreuse destinée pour l'Angleterre. Gïaf Kyr , rot de horwege, fils et successeur de ce Harold qui, ayant voulu conquérir le pays des Anglais, n’y avait obtenu que sept pieds de terre , venait maintenant au secours du peuple qui avait vaincu et tué son père , «ans peutêtre se rendre bien compte du changement de destinée de ce peuple , et croyant aller venger Harold (5). yuan! au roi de Danemarrk, Knul, fils de Sven, promoteur de la guerre et chef suprême de l'armement, il comprenait la révolution opérée en Angleterre par h conquête normande , et c’était sciemment qu’il allait secourir les vaincus contre les vainqueurs, « Il avait cédé , disent les historiens h danois, aux supplications des exilés anglais, a des « messages reçus d’Angleterre, et è la pitié que lui
inspiraient les misères d’une race d’hommes alliée
(1) Damgeldi reddltln profiler piratas pnmilùs sialdta est ad Éorum în&olenUam rcprïmeodara* (. Wilkins, p.312. ) —Voyez livre IL p. 4lL
Expcrli mnl in en la? mtilkia doiorcs , cl nax permisit devasîari omnes terras marUinm. ( CUron. saxon, Gihson t p. !M.)
(3) Anglisantom qtiibus non mlnfinî dcéfilérU exercitua ad vent uni dirliçerat , barba» ml tire, arma et ex n via s ad Romanof'USi coaplarc, per oraoïa Frmirigcni^quos cl Hotnanos dïci prætnlimu» , assimilari prædpiL (Script, rer. danic,, loin. HL, p; 53)0 J
(4) Ad dcluflendum advenUmtium visu?. (Script, rer, danic.. L. III. p. 5oÛ.)
(5) Snorrc** licîntskritïgîa . L IL p. 130.
1 « de la sienne, dont tous les chefs, les riches, les l09J « personnages considérables , avaient été tués ou u bannis , et qui, tout entière* se voyait réduite « en servitude sous la race étrangère des Français « qu’on appela iL aussi UoNutins (C)* »
Ces deux noms étaient en effet les seuls sous lesquels la nation normande fût connue dans le nord de l’Europe , depuis que les derniers restes de la langue danoise avaient péri à Rouen et a Bayeux (7), Quoique les seigneurs de Normandie pussent encore facilement prouver leur descendance Scandinave, en oubliant l’idiome qui était le signe visible de cette descendance , ils avaient perdu leur litre au pacte de famille qui, malgré des hostilités fréquentes, produites par les passions du moment, unissait l’une à l’autre les populations lent uniques. Mais les Anglo-Saxons avaient encore droit au bénéfice de cette fraternité d’origine ; c’est ce que reconnut le roi de Danemarrk , selon le témoignage des chroniqueurs de sa nation , cl si son entreprise n'était pas pure de toute vue d'ambition personnelle, du moins était-elle ennoblie par le sentiment d'un devoir d’humanité et de parenté.
8a flotte Fut retenue dans le port plus longtemps mû qu’il ne l’avait prévu, et durant ec retard , des émissaires du roi normand , adroits et ruses comme leur maître, corrompirent avec l’or de l’ Angleterre plusieurs des conseillers et des capitaines du Danois (8). Le retard, d’abord involontaire. Fut prolongé par ces intrigues. Les hommes vendus secrètement à Guillaume , et surtout Ica évêques danois , dont la plupart se laissèrent gagner , réussirent plusieurs fois à empêcher le roi K nul de mettre à la voile, eu lui suscitant des embarras et des obstacles imprévus* Pendant ce temps, les soldats 7 fatigués d’un campement mutilé, se plaignaient et murmuraient sous la lente (9), Ils demandaient qu’pu ne se jouât pas d’eux , qu'on les FU partir , ou qu’on les renvoyât dans leurs foyers, à leur labourage et à leur commerce. Us tinrent des conciliabules , et firent signifier au roi par les députés qu’ils nommèrent , leur résolution de se
(g) Si quidem tndylis cornai ducilius cl nobihlms diversieqm: dignitaüs pcrsonls , Ferro întcrcmpiis , hœrediiole privai» , naüvü solo ratemiïaaL» , rdiquia vdtui [mbücà servRntt opères sis... quorum et angiislbi pii» 1 1 cr o a m citalua , in commocUnn corum gnccQfrendum tiecredi , et ulgenicm nobilnsimam prlifinse libcriall rwtliiicrci , et lîomanorum sen Fraridgcnorum ïnsolctiliam punirci , classent.*, (Script, rer. daoic*, t, III. p. 34ÉL)
(7) Voyez livre H,p* 58-
(S) Adaeou» Bremens», apud Script, rer, dame. — Torfœt IlisUNorweg*
(0) V u I u s impatiens inorîc oL IHloreæ détention (s, prs&sUdaliones düincdids inutiles ncçotSis qnerêbatiir. (-Script.
| rci\ d.inïc., L IL p, 553 J
débander si Tordre du départ n’était donné sans plus de délais 0). Le roi Knut voulut user de rigueur pour rétablir la discipline, ]J emprisonna les chefs de cette ré vol Le , et soumit Tannée entière au payement d'une amen Lie par tète. L'exaspération , loin d’ètre calmée par ces mesures, s’accrut tellement, qu'au mois de juillet 1086 il y eut une émeute générale où le roi Fut tué par les soldats (2): ce fut le signal d'une guerre civile qui enveloppa tout le Danemarck ; et de ce moment le peuple Lia ii ois , occupé de ses propres querelles , oublia les Anglo-Saxons - leur servitude et leurs maux.
Ce fut la dernière fois que la sympathie des Teutons du Nord S’exerça eu faveur île la race teuton rtjuc qui habitait l'Angleterre. Par degrés les Anglais , désespérant de leur propre cause , cessèrent de se recommander au souvenir et à la bienveillance des peuples septentrionaux. Les exilés de la conquête moururent dans les pays étrangers et y laissèrent des enfants qui, oubliant la patrie de leurs ancêtres , n’en connurent plus d’autre que la terre où ils étaient nés (5)* Enfin , dans la suite, les ambassadeurs et les voyageurs danois qui se rendaient en Angleterre, n’entendant retentir â leurs oreilles , dans les maisons des grands et des riches , que la langue romane de Normandie , et faisant peu d’attention au langage que parlaient les marchands anglais dans leurs échoppes ou les bouviers dans leurs étables, s'imaginèrent que toute la population du pays ëLatt normande , ou que la langue avait changé depuis l'invasion des Normands (4). En voyant les trouvères français parcourir les châteaux et les villes , et faire les délices de la haute classe eu Angleterre , qui eût pu croire, en effet , que, soixante ans auparavant , les scaldes du Nord y avaient joui de la même faveur (y)? Aussi, dès le douzième siècle , l'Angleterre fut-elle regardée par les nations Scandinaves comme un pays de langage absolument étranger. Celle opinion devint si for Le , que, dans le droit d’aubaine du Danemarck
(1) Con&ilio crcbrms inito, reçi minci o$, (Script, rorum
danic., !♦ H, p, 532.)
(3) quorum etiam Anglormn qui in Uatiiam tsedio Normannorum domination^ profugL ( Dauïa liaacî PcmUni , F- 1070
(4) Ltngua verù In Anglià mulala est , ubi Wilïelmuj Kothus Angliam subegit; ex eo enim tempore ïnvaluit in Anglia lingna gaSIrca {walske), { Sa^à oFGumifaugî , F* SB. )
(a) GunnlaugD»([a1ande08ls) ad refjem LtUelredum accessit... tt Carmen de te composté oui vellem audiendo vacarca. h Rex i(à convertit, iijide Gumdaugus reeitavH, Eadem umc Angliae quffl Damae cl Norwegiœ Imguo. (Ibid.)
fO) Si jàm Ancli aul alii qui communi sermone îiobiscum non uuintiir... Si hommes Angli , vel alü ma#U
LA CONQUÊTE
et de la Norwcge , les Anglais furent classés au loa rang des peuples les plus maltraités . Dans le code q ui porte le nom du roi Magnus , à L’article des successions, on r encontre les formules suivantes : u Si des hommes de race anglaise ou d'autres *t encore plus étrangers à nous... si des Anglais « ou d’antres hommes parlant un idiome sans n aucune ressemblance avec le nôtre (6)... » Ce défaut de ressemblance ne pouvait s’eu Lemire de la simple diversité des dialectes, car, aujourd'hui même, le patois des provinces septentrionales de T Angleterre est , à la rigueur , intelligible pour un Danois ou un Norwégien (7).
Vers la fin de Tannée 1086, il y eut à Salisbury, d'autres disent ù Winchester , un reniiez- vous général de tous les conquérants ou fils de conquérants. Chaque personnage eu dignité, laïque ou prêtre, vînt à la tête de scs gens d'armes cl des feudai aires de ses domaines. Ils se trouvèrent soixante mille, tous possesseurs au moins d’une portion de terre suffisante pour l'entretien d’un cheval et d'une armure complète (8). Ils renouvelèrent successivement au roi Guillaume leur serment de foi et d’hommage, en lui touchant les mains et en prononçant cette formule : « De celte heure en avant, je suis « votre homme-lige ,de ma vie et de mes membres;
« honneur et foi vous porterai en tout temps, pour « la terre que je tiens de vous, qu'uïnsi Dieu me soit « en aide (9). » Ensuite la colonie armée se sépara, et ce fut probablement alors que les hérauts du roi publièrent en sou nom les ordonnances suivantes (10) :
« Nous voulons fermement et ordonnons que les « comtes, barons, chevaliers, sergents , et tous les u hommes libres de ce royaume, soient et se Lien- « nent convenablement pourvus de chevaux et « d’armes pour être prêts à nous faire en tout « temps le service légitime qu’ils nous doivent pour « leurs domaines et lenures (11).
« Nous vouions que tous les hommes libres de
adhüc nobis ignolL (Magoseus , Codex de hærcdiUliJjiis , aputl scripL ver. dame., p, 247.)
(7) Là principale eL presque la seule différence Vient des mois français qui a'y soûl introduits en grand nombre.
(8) Omnes lerrarü. (Annales Wavet leicnscs.)— Eallc land siiteudc TTieon. (Chron. saxon., p. 187.) — Lt GQ.OÜQ inüttnui inveuU* [O rdc rie. V ï L a l . n p. 049.)
(9) Foi mutes aûgîo-nurmandea. — Chron. mon. Gibson ,
\k 1S7. — Malh. WestmouasL, p. 22'J.
(IOjOuos oui n es » du m necesse esset . paraio* esse prærepib (Orderic. ViUL, p. 049. )
£11) Slatuimuact limiter prædpimus, ut omnes comités et barouc» et milites et servienles et liberi hominea loti us regni nos L r i habeanl et Icntuint se semper beoè iu cquîs et armis ut dueei cl oporteu (hoiæati Eadmemm, ed. Selden.
m L'ANGLETERRE.
r m « ce royaume soient ligués et conjurés comme tics K frères d'armes pour le défendre, maintenir et n garder selon leur pouvoir (1).
« Nous voulons que toutes les cités, bourgs,
1 1 châteaux et cantons de ce royaume soient gar- « dés toutes les nuits , et qu'on y veille à tour de « rôle contre les ennemis et les malfaiteurs (S).
« Nous voulons que tous les hommes amenés par « nous d'outre-mer, ou qui sont venus après nous, n soient, par tout le royaume , sous notre paix et « protection spéciale ; que si l'uu deux vient à être ic tué, son seigneur, dans l’espace de cinq jours, ce devra s'être saisi du meurtrier, sinon il nous « payera une amende conjointement avec les An- « glaisdu district où le meurtre aura éLé commis (5).
et Nous voulons que les hommes libres de ce « royaume tiennent leurs terres et leurs possesu sions bien et en paix, franches de toute exaction « cl de tout taillage, de façon qu’il ne leur soit rien tf pris ni demandé que le service libre qu'ils nous « doivent et sont tenus de nous faire à perpén tuité (4).
k Nous voulons que tous observent et maintien- « nent la loi du roi Edward , avec celles que nous « avons établies, pour l'avantage des Anglais et le u bien commun de tout le royaume (5), >»
Ce vain nom de loi du roi Edward était tout ce qui restait désormais à la nation anglo-saxonne de son antique existence ; car la condition de chaque individu avait changé par la conquête* Depuis le plus grand jusqu'au plus petit, chaque vaincu avait été rabaissé au-dessous de son état antérieur : le chef avait perdu son pouvoir, le riche scs biens, l'homme libre son indépendance, et celui que la dure coutume du temps avait fait naître esclave dans la maison d'autrui, devenu serf d'un étranger, n'obtenait plus les ménagements que l'habitude de vivre ensemble et la communauté de langage lui attiraient de h part de son ancien maître (G). Les villes et les bourgades anglaises étaient affermées par les comtes et les vicomtes normands à des Irai-
(J) Preecipimus ut omnes Uberi ho mi nés lolîus regul prie fli ci î sint frairet conjurait. (Nota? ad Eadmer. eiL Sddeu, P- U?L)
(S) Singulier noclibus v i(pieritur et cusloil icuUir in gyrum. (lbicf*]
(3) Ut Omnes hommes, quos nnbiscutn addiiximus aut qui posl nos vencrmt , sint sub protections el pace nostrà per umvemim regmini , et si qub de iUia oceîsns fuerit. . . IlbidO
(4j Ut omnos lîhori boulines... lia b ë an t H teneanl terras suas beat* cl in pace , et liberi sintab ornai exactione injuslâ el ab oinnî talîagio. (Ibid* p. m,}
(3) tl i omnes ha béa ni et leneant legetil Edwarrïi régis , in omnibus rébus, adauctis iis quas cunsiUuimus ad utilïtalem Anglorum* (Ibid.)
(fi) El Jus bhcriaiis e*t abrepLum, et jus maudpii coan-
tants qui les exploitaient en propriétés privées, sans io$s aucun mélange de procédés administratifs* Le roi faisait la même spéculation sur les grandes cités et les immenses terres qui composaient son th>maîne (7). « 11 louait, disent les chroniques, au plus « haut prix possible ses villes et ses manoirs; puis u venait un traitant qui proposait davantage, et il « lui accordait la ferme ; puis venait un troisième « qui haussait le prix, et c'était à ce dernier que « définitivement il adjugeait (8)* IL adjugeait au n plus offrant, ne s'inquiétant point des crimes * « énormes que commettaient ses prévôts eu levant « la taille sur les pauvres gens* Lui et ses barons « étaient avares à l'excès et capables de tout faire ii s'ils voyaient un écu à gagner (9), >»
Guillaume avait , pour sa part de conquête, près de quinze cents manoirs ; il était roi d'Angleterre, chef suprême et inamovible des conquérants de ce pays, el pourtant il n'était pas heureux* Dans les cours somptueuses qu'il tenait trois fois Tannée, la couronne en tète, soit à Londres, soit à Winchester, soit à Glocester, lorsque les compagnons de sa victoire et les prélats qu'il avait institués venaient se ranger autour de lui, son visage était triste et sévère ; il semblait inquiet et soucieux, el la possibilité d'un changement de fortune assiégeait son esprit (10). Il doutait de la fidélité de scs Normands el de la soumission du peuple anglais* 11 se tourmentait de son avenir et de la destinée de ses enfants, et interrogeait sur ses pressentiments les hommes renommés comme sages dans ce siècle, où la divination était une partie de la sagesse* Un poete normand , presque contemporain , le représente assis au milieu de ses évêques d'Angleterre et de Normandie, et sollicitant de leur part, avec de puériles instances, quelques éclaircissements sur le sort de sa postérité. A chaque moi sortant de leur bouche, ce grand vainqueur tremblait devant eux, comme un bourgeois ou un serf anglo-saxon aurait tremblé en sa présence (11)*
Après avoir soumis à un ordre régulier, sinon
guitatîim* (Sermo Lupî ad Anglos , apud Hickesii Thesaur. ling, sepleulrioiiat,, t. Il, p* 09.)
(7) He selle ïm lunues and tonds lo ferme wed faut. (Robert of GU>uccster*s chrou., p, 578.)
18) Prctio quàm potnïi maxitno. . . Lune accédons alius quispiam qui plus oblaliL.. lerüus,.. eui rex terrain concessit* (Cbron. saxon. Gihson., p. 188.)
(9) EL non eu rabat quariio peccalo prœpositi censura à paupeHbos homtaibut adqiims&eDt.*, rsx cl optimales suprà modumaipidi eranlaurtei argcotU Annales Waverleîenaes , p. 154,) — Facerct , dicerel pamê omnia , ubi spea numrai effuîsîsset. (WiU. Malmesb** p. IIS*)
(10) Ter gérait coronam stiam ïn anüo.,. (Chron* saxon. Gibsoo., p. 100.)— Ferilaie quà omnibus videbaïur sfêvus et furuiidaïutis (Eadmciî HisL* p* 13. J
Cîfî Continuateur anonyme du Brui , elle dans les Wé-
iûs7 légitime* les résultats mobiles et turbulents de la conquête, Guillaume quitta une troisième fois FAngtclerrc, et traversa le détroit, disent les vieux h is to r iens, eh a rgé d'inn ombra b 1 es maléd ic Lions { 1 ) * Il le traversa pour ne le repasser jamais t car la mort, comme on le verra bientôt, le retint sur Fautre rive. Parmi les lèià et les ordonnances qu'il laissait à son départ, deux surtout méritent d'être mentionnées comme se rapportant spécialement à la conservation de Fordre établi par la conquête (2). La première de ces deux lois, qui n’est (pie le cornplément d'une proclamation déjà citée plus haut { si la proclamation elle-même n'en est pas une version double ), avait pour objet de réprimer les assassinats commis contre les membres de la nation victorieuse ; elle était conçue eu ces termes : « Quand un Français sera tué ou trouvé mort « dans quelque canton, les habitants du canton ie devront saisir et amener le meurtrier dans le dé* « lai de huit jours ; sinon ils payeront a frais cora- (e muns quarante-sept marcs d'argent (3), »
Un écrivain anglo-normand du douzième siècle fait de la manière suivante l'exposé des motifs de celte loi : « Dans les premiers temps du nouvel « ordre de choses, ceux des Anglais qu'on laissa ce vivre dressaient une foute d'embûches aux Nor- *c maoris (4), massacrant tons ceux qu'ils rencontraient seuls dans les lieux déserts ou écartes, « Pour réprimer ces assassinats , le roi Guillaume <e et scs barons employèrent contre les subjugués les suppliées et les tortures (5). Mais les obâtl- « ment s produisant peu d'effet, ou décréta que <t tout district, ou. comme on dit en anglais, tout *r kundred dans lequel un Normand serait trouvé « mort, sa ns que personne y fût soupçonné d'avoir ■t commis l'assassinat, payerait néanmoins au trésor n royal une forte somme d'argent, La crainte sait Juta ire de cette punit ion. infligée à tous les ha bits tanta en masse , devait procurer sûreté aux pasie sauts, en excitant les hommes du lieu à dénoncer et a livrer le coupable, dont La faute seule causait (t une perte énorme à tout le voisinage (G), *
moires île la société des Antiquaires de Londres. ( t. XfU 9 p- 243.)
(î) tn Normannhmi mmimeria malcdkLïôïiiïius laqucatus tran&frctavit. (Anglia sacra, t, t, p. 258.)
(3 QuSBdam de iis quBC nova per Angîiam serran constU IuïL fEadtnerî îitsL, p. G,)
(S) Ki F reçois oecîst, et les hume* del tWrcd net prennent et amènent h la justice... t Lcges Wiîtelmi conqoeslor. apiidt Ingulf, Croyl. cri. Gale. p. PO.)
: i) Qui relicil ftjers ul de Anglïcis sttbaclis, iu exosaraslbi Normaniiur. genL (Dial .de Scàecario, in BjdÛiad Mal h .Paria.)
fS) Per ahquot an nos rages et conun minfciri cx-quisïlis ini memorum gencribus tn Anglicos dcsLBvienmi. (Ibid.)
H Ut îdlÊcctpeena general lier infUcta pradcmiiilntm in-
LA CONQUÊTE
Pour échapper y ccttc perte, les habitants du m canton dans lequel un Français, c'est-à-dire, un Normand de naissance ou un auxiliaire de formée normande, était trouvé mort } avaient soin de détruire promptement tous les signes extérieurs capables de prouver que le cadavre était celui d’un Français; car alors le canton n'était point responsable, et les juges normands ne poursuivaient point d'office. Mais ces juges prévirent In ruse , et la déjouèrent par un genre de procédure assez bizarre. Tout homme trouvé assassiné fut considéré comme François, à moins que le canton ne prouvât judiciairement qu'il était Saxon de naissance, eL iî fallait que celle preuve se fil devant îe juge royal par serment de deux hommes et de deux femmes les plus proches parents du mort (7), Sans ces quatre témoins, la qualité d'Ànglaîs, Yemglai sérié, comme disaient les Normands, n'était pas suffisamment constatée, et ïe canton devait payer l'amende (8). Près de trois Siècles après l'invasion, si Fon en croit les antiquaires, celle enquête se faisait encore en Angleterre sur le cadavre de fout homme assassiné; et, dans le tangage légal du temps, on l'appelait démonstration d'anglaiserie (9).
L'autre loi du conquérant eut pour objet d'accroître d'une manière exorbitante l'autorité des évêques d'Angleterre. Ces évêques étaient tous Normands : leur puissance devait s'exercer tout entière au profit de la conquèLe; etT de même que les guerriers qui avaient fait cette conquête la maintenaient par ï'épée et par la lance, c’ëlait aux gens d' Église à la maintenir par l'adresse politique et l'influence religieuse, A ces motifs d'utilité générale il s'en joignait un autre plus personnel à l'egard du roi Guillaume; c'est que les nouveaux évêques d’Angleterre, bien qu'installés par le conseil commun de tous les barons et chevaliers normands, avaient été choisis parmi les chapelains, les créatures ou les amis particuliers du roi (10)* Jamais aucune intrigue* du vivant de Guillaume, ne troubla cet arrangement ; jamais il ne rencontra
deoœiiatoro procuraret, cl feallnarel qirisque otTerre jndiclo per cpirrn làm enonriis jaclura lolam Ircrichat vicia iâtn> (Dialog. «la Scaceawo, in aolis ad Mal 11. Parie.)
(7j Interfcctus pro Franclgenà rcpiitaliatur , msî... ffîracton, lib* JM, Fleta, Jib, XL e. âÜ, g t et 3.) Coran) jastitiarfta, per duos masculos ex parle pair) s ei per du as fœmUias ex parle malris de propmqaïoribuspa re a LHui t intcrfeçiL {IhkL)
(8) Wisi legaliter ccmstaret de eng/esch&ria üUerfefiU. (Gloss. SpetnwoDi . p. 195.) Fieta éeriî angle sçheria, Les Normand# pi énonçaient quelquefois Àfcglcch, Engleeti, pour Anglez. Fnglrz; angiéchcrie, pour angiezeric.
(U) Pr é son Le m en L rp angleclw rie (Bta cfc s I o n e) ; cet 1 1 toi ne fa! abrogée que par un statut d’Edward HI,enranQâol54(>
[JO) Àngüa sacra, et Wilkins concilia pâlira.
DE D’ANGLETERRE* — LIVRE SIXIEME
mi im seul évêque qui eût d’au ire volonté que In sienne* La situation des choses changea , il est vrai, sous les rois ses successeurs ; mais le conquérant ne pouvait prévoir t’avenir, et l'expérience de tout son règne le jusLifiajtquandil fit l’ordonnance suivante i
it Guillaume, roi d’Angleterre , par la grâce rie t< Dieu, aux comLes, vicomtes, et à tous les hommes k français et anglais de toute PAngleierre, salut : « Sachez, vous et tous mes autres fidèles, que, du m commun conseil des archevêques, évêques, abbés « et seigneurs de tout mon royaume, j’ai jugé u convenable de réformer les lois épiscopales qui , « mal à propos et contre les canons, ont été, jus- « qu’au temps de ma conquête, en vigueur dans « ce pays (IJ* J’ordonne que désormais nul évêque <£ ou archidiacre ne se rende plus aux assemblées « de justice pour y tenir les plaids des causes épi- « scopaïes, et ne soumette plus au jugement des « hommes séculiers les procès qui se rapportent it au gouvernement des âmes : je veux que qui- « conque sera interpellé, pour quelque motif que « ce soit, par la justice épiscopale, aille a la maison <t de l’évêque ou au lieu que Fcvèque lui-même if aura choisi et désigné (2) ; que la il piaille sa cause il et fasse droit à Dieu et à Lévègue, non pas selon it la loi du pays, mais selon les canons et les dc- « crels épiscopaux (3) ; que si quelqu’un, par excès « d’orgutü, refuse de se rendre au tribunal de l’éa vèqne, il sera appelé par une, deux et trois fois; « et si, après trois appels consécutifs, il ne corapa- « ratt pas. il sera excommunié , et au besoin la a force et la justice du roi et du vicomte seront h employées contre lui (4), »
C’est en vertu de cette loi que s’effectua en Angleterre la séparaLîon des tribunaux civils et des tribunaux ecclésiastiques, et ainsi s’établit pour ces derniers une indépendance absolue de tout pouvoir politique, indépendance qu’ils n’avaient jamais eue dans te temps de la nationalité anglosaxonne* Alors tes évêques étaient obligés de se rendre a l’assemblée de justice, tenue deux fois par an dons chaque province , et trois fois par au dans chaque district; ils joignaient leurs accusations
(t) Srialis vos mânes et eælori mei fidèles quod epheopaies leges, quïe non benè, nec second üm canunes nsqtièad mea lempora in rogna AsgLorum fueriût. .. em end and as judicavj, (Solde ni Analeciûn. p. 130. — Ejusd, noUfi ad Ea rimer. p* 107. — MonasL. inglic* t* II, p- 308.}
(2) Nec cansas quae ad regimen animarùm pertinent . ad judicium sœculamiui tiomimini adriticant. Sed ppiieumquc per épiscopales kges , de qnàcumquü causà, fnlerpellajUlB fnerit, ad locum quem ad hoc episeopvis elcgerit cl n animaveril, reniai. (Ibid.)
(3) El non accuodnm Ilundrct, sed seenndùtn canorceset épiscopales loges , rectum Düo cl epîscopo fa cio t - (Sddeni nota? ad Earimer., p. 108.)
aux accusations portées par tes magistrats orrîte um noires, et jugeaient conjoimerncnt avec eux et avec les hommes libres du district les procès où la coutume du siècle leur permettait d'intervenir, ceux des veuves, des orphelins, des gens d’église , et les causes de divorce et de mariage. Pour ces causes, comme pour toutes tes autres, il n’y avait qu’une loi, qu’une justice et qu’un tribunal. Seulement , quand on venait à les débattre, l’évêque s’asseyait ù côté du sheriff et de Pealdonnan (&} ou ancien de la province ; puis, suivant T us âge ordinaire , des témoins assermentés répondaient sur les faits , et les juges décidaient du droit (6)* Le changement de ces usages nationaux ne date que de la conquête normande* C’est le conquérant qui, brisant les anciennes pratiques d’égalité civile, donna pouvoir aux membres du haut clergé d’ Angleterre, de tenir ira tribunal dans leur propre maison, et de disposer de la force publique pour y traîner tes justiciables (7); il soumit ainsi la puissance royale à l'obligation de faire exécuter les arrêts rendus par la puissance ecclésiastique en vertu d’une législation qui n’était pas celle du pays* Guillaume imposa cette gène i\ ses successeurs, sciemment et volontairement , par politique et non par dévotion ou par crainte de ses évêques, qui lui étaient tous dévoués (8).
La crainte du pape Grégoire Vil n’influa pas davantage sur cette détermination* Car, malgré tes services que lui avait rendus autrefois la cour de Rome, le roi normand savait repousser durement ses requêtes quand elles ne bd convenaient pas* Le tou d’une de ses lettres à Grégoire montre avec quelle liberté d’esprit il envisageait tes prétentions pontificales, et ses propres engagemems envers l’Eglise romaine* Le pape avait à se plaindre de quelque relard dans le payement du denier de Saint-Pierre, stipulé par le traité d’alliance conclu à Rome en l’année 1066; il écrivit pour rappeler à Guillaume ceUestipula tion, et l’argent fut aussitôt envoyé. Maïs ce n’était pas font ; en levant contre les Anglais la bannière du saint-siège. le conquérant semblait s’être reconnu vassal de l’Eglise , et Grégoire, s’autorisant de ce fait, n’hésiUi pas à le
(4) Si veto alicpiis an p erbia m elaïus... excmiimunicclur. q L ad hoc YimlicamUim fortilutte et jjusiiüa rcglsanl vice comilis adbib^ntm\ {Sel déni notas ad Eadoier., p. ÎG8.)
(3) Voyez livre U, p. 46.
(6) Hfêbbc m.in ihriiva on fp?ar burghmole and iwa scyregemoto; .and iliœr scyregemote se biscop and so Eahlornmn , au ri ilner œglber tfficon gc godci ri h le, gc worubles rilite. (Loges Edgar! regis, cap* 5*)— Ncriœad Eadmer*, p.106.
(7) Judicium veiô in milia loco parelur, nisi in épiscopal i série. (C baria Wlltelml eonquiüst. apud Sclrfen.)
(8) Curial is ni mis et aultcus... pro Famulatu suo... stipendiariî... (VUæ abbat, SanclkAlbani. p* 47. — Ortie rtc. Vital., passim.)
ios7 somme r de faire hommage de sa conquête, et de prêter le serment de foi et de vasselage entre les mains dTm cardinal, Guillaume répondit en ces termes: « Ton légat m’a requis, de La part, d’en- « voyer de l’argent à l’Église romaine et de jurer ü fidélité à toi et à tes successeurs : j’ai admis la « première de ces demandes; pour la seconde, « je ne l'admets ni ne veux Padm élire* Je ne veux n point te jurer fidélité, parce que je ne Fai point « promis, et qu’aucun de mes prédécesseurs n’a « juré fidélité aux tiens (!)• «
Eji terminant le récit des événements que le lecteur vient de parcourir, les chroniqueurs de race anglaise se livrent à des regrets vifs et touchants sur les misères de leur nation* >t lï n’y a poinL â en « douter, s’écrient les uns , ni eu ne veut plus que u nous soyons un peuple, que nous ayons Fhon- « neuf et la sécurité (2)* » D’autres se plaignent de ce que le nom d’Anglais est devenu une injure (3) ; et ce n’est pas seulement de la plume des contemporains que s’échappent de semblables plaintes : le souvenir d’une grande infortune et d’une grande honte nationale se reproduit de siècle en siècle, dans les écrits des enfants des Saxons, quoique plus faiblement, à mesure que le temps avancé (4 J* Au quinzième siècle, ou rattachait encore a la conquête là distinction des rangs en Angleterre; et un historien de couvent, peu suspect de théories révolutionnaires, écrivait ces paroles remarquables : « S’il y a a chez nous tant de distance dans les conditions, <t on ne doit point s’en étonner, c’est qu’il y a « diversité de races; et , s’il y a entre nous si peu <t de confiance et d’affection mutuelle , c’est que n nous ne sommes point du même sang {15}* n Enfin, un aàteur du seizième siècle prononce qu’il regarde la classe des pauvres artisans ci des paysans de Y Angleterre comme une classe d’hommes déshéritée (6) ; c’est le dernier coup d’œil de regret jeté dans le passé sur l’événement qui avait amené en Angleterre des rois, des nobles et des chefs de race étrangère.
Si , résumant en lui-même tous les faits exposés plus haut , le lecteur veut se faire une idée juste de ce qu'était F Angleterre conquise par Guillaume de
(1) Uoum admisLaUmimnonartmisî, fidelflatexn nolui facere nec volojpnp nec ego proEDm**.{Not* ail Eadnaer*p.104)
($) Salutem et honorera geüti Anglomm a Mutent, et popuHsm non esse jusserU. (t'hron . Drompton , p, 984.) — Malh. AVcst mon a s t . p.
(3) El npprohrimn erat Aûglicus appollarL (Ibid.) — Ità ut inglum vueari foret opprobrio. (Math* Pari»*, t* I,p* 8*)
(4) Amplas Auglomm terras, et pmdia nicha Distribuent, guod adhiie præsens vîdet et déjel æ(as*
(GuiL Nflubrigm. ifiJ* Htimie, p* 723)
(&) Non mïrelur quis si varie! as natkmum tri U uat varietalera conditiomim, et iudê emeat mmîa diîîidenlia natu*
Normandie , il faut qu’il se représente non point im simple changement de régime, ni le triomphe d’un compétiteur , mais l’intrusion de tout un peuple au sein d’un autre peuple , dissous par lu premier , et dont les frétions éparses ne furent admises dans le nouvel ordre social que comme propriétés personnelles, comme vêtement de ta terre , pour parler le langage des anciens actes (7)* On ne doit point poser d’im côté Guillaume roi et despote, et de l’autre des sujets grands ou petits, riches ou pauvres, tous habitants de l’Angleterre et par conséquent tous Anglais; il faut s’imaginer deux nations, les Anglais d’origine et les Anglais par invasion, divisés sur le même pays, ou plutôt se figurer deux pays dans une condition bien differente : la terre des Normands riche et franchi fie taillages , celle des Saxons pauvre , serve et grevée de cens ; la première garnie île vastes hôtels , de châteaux mures et crénelés ; la seconde parsemée de cabanes de chaume ou de masures dégradées ; celle-là peuplée d’heureux et d’oisifs , de gens de guerre et de cour , de nobles et de chevaliers ; celle-ci peuplée d’hommes de peine et de travail , de fermiers et d’artisans ; sur Tune, le luxe et l’insolence; sur l’autre, la misère et l’envie, non pas l’envie du pauvre â la vue des richesses d’autrui , mais l’envie du dépouillé en présence de scs spoliateurs.
Enfin, pour achever le tableau , ces deux terres sont, en quelque sorte, entrelacées l’une dans l’autre ; elles se touchent par tous les points a cl cependant elles sont plus distinctes que si la mer roulait entre elles* Chacune a son idiome à part , idiome étranger pour l’autre ; le français est la langue de la cour, des chïtéàux, des riches abbayes , de tous les lieux oü régnent le luxe et la puissance , tandis que fan du mie langue du pays reste aux foyers des pauvres et des serfs* Durant longtemps ces deux idiomes se propagèrent sans mélange, et furent, Fuit , signe de noblesse, et l’autre , signe de roture. C’est ce qu’expriment avec une sorte d’amerlune quelques vers d’un vieux pou te qui se piainL de ce que rAngleterreJj de son temps , offre Fétrange spectacle d’un pays qui renie sa propre langue (S),
ralit amena, et dbpmio aanguims tribuat dispersion credtilUatcm mu tua? ctuifuienLiæ etdileclionia* (Chron* lieumï Knygfoton, p* 2343)
(0) VersLcgan Eiiglish anUquities, p* 178*
(7) Terres ve&litut.Terra vestïta* ld est, agri cum domibua, horuiuibus et peeoribus. [Vide Glossar-Caegii et Spelman ui) {fi} Tl ma conte lo J Eriftclouil un La or manne a I vomie.
Andlke IforntautlCi ne coutlie spuke (lui IkiLo lier ou. specbe Spuke fiËiteb a» dude atome T her eUyldrln dndc so lecJitl So Uiat Ueyincti üf lîiïfi Iùii U Liât of lier Llodetonic HokletU aile sulke speeku Lhal hll uITlbem nome, ac lowemeu holdetb to engiyésand to lier Kundespectieyet* (llohcrl uf GIgcrjW* cLronicle, *d, lïtanif, p* 3G4 )
DE L'ANGLETERRE* — LIVRE SEPTIÈME
DEMIS LA MORT DE CDfLUOHE-I.E-COSQIlÉRAKT , IOSQü’A JA PER N 1ÈRE CONSPIRATION GÉNÉRALE DES ANGLAIS
CONTRE LES NORMANDS
|fHl7 Durant son séjour en Normandie, dans les premiers mois de Tannée 1ÜR7, le roi Guillaume s’occupa de terminer avec Philippe Ier, roi de France, une ancienne contestation* À la faveur des troubles qui suivirent la mort du duc Robert, le comté de Vexiii, siLué entre TEpte et l'Oise, avait été démembré de la Normandie et réuni A la France* Guillaume se flattait de recouvrer sans guerre celte portion de son héritage ; et, en attendant Tiastie des négociations , il prenait du repos à Rouen ; il gardait même le lit , d’après le conseil de ses médecins, qui tâchaient de réduire par une diète rigoureuse son excessif embonpoint Croyant avoir peu de chose à craindre d'un homme absorbé dans de pareils soins, Philippe ne faisait aux réclamations du Normand que des réponses évasives ; et , de son côté , celui-ci semblait prendre le retard en patience (1), Mais un jour le roi de France s'avisa de dire en plaisantant avec ses amis : « Sur ma foi, « le roi d'Angleterre est long à faire ses couches ; « il y aura grande fête aux relevailles* n Ce propos rapporté â Guillaume le piqua au point de lui faire tout oublier pour la vengeance* Il jura par ses plus grands serments , par la splendeur et la naissance de Dieu , d'aller faire ses relevailles à Notre-Dame de Paris, avec dix mille lances en guise de cierges (â).
(1) Calütnalam do VulcaifeîQQ co mi la tu» (Orderic. Vital*, P- G55*) — Scdiltosomm Frivolis sophismatïhus tisus est* (Ibid.)
(2) Chroûlipie <lc Normandie. — Ut qunndfr a puerperio «nu leyaret, mille candetns in reçoo francicc illimitnarot * (jQjian.JIrcwiplon.* p. 97i>.)
En effet , reprenant tout â coup son aeLivité , il kjst assembla ses troupes, et, au mois de juillet, il entra en France par le territoire dont il revendiquait la possession. Les blés étaient encore dans les champs, et les arbres se chargeaient de fruits* Il ordonna que tout fiU dévasté sur son passage, fiL fouler les moissons par la cavalerie, arracher les vignes et couper les arbres fruitiers (5)* La première ville qu'il rencontra Fut Mantes-sur-Seïne ; on y mit le feu par son ordre, et lui-mème , dans une espèce de rage destructive, se porta au milieu de l'incendie pour jouir de cc spectacle et encourager ses soldats*
Comme il galopail â travers les décombres, son cheval mît ses deux pieds sur des charbons recouverts de cendre, s’abattît et le blessa au ventre* L'agitation qu'il s’était donnée en couran t cl en criait t (4), la chaleur du feu et de la saison rendirent sa blés* sure dangereuse; on le transporta malade à Rouen, et de là dans un monastère , hors des murs de la ville dont il ne pouvait supporter le bruit (3)* U languit durant six semaines , entouré de médecins et de prêtres , et son mal s'aggravant de plus en plus, il envoya de l’argent à Mantes pou r rebâtir les églises qu'il avait incendiées ; il en envoya aussi aux couvents et aux pauvres de l'Angleterre, pour obtenir * dit un vieux poüte anglais, le pardon des vols qu'il
(3j Ce n colca t io u cm sege tum e L est ï rpa Üû nom vi neaium * (Order. Vital.* [i+ G55.)
(4} Pondéré armorum et ïaliore clamoris. ÇAngiui sacra,
(5) Quia atrepitii* Rholomagï inïolerabïli& erat œgrotaoli Order* Vital., p* CSG.)
TÏ1JERRY.