CONTRE LE ROI HENHI IL
}m L'ami lié , qui, au moment de la conquête de
n'^ Guillaume, s’etait formée tout à coup entre le peuple anglo-saxon ci celui d’ Écosse , attiédie depuis par plusieurs circonstances , nVrah cependant jamais été entièrement rompue. Le jour ou Maleôlm Kenmore, le beau-frère du roi Edgar, fut contraint de s'avouer vassal du conquérant, mie sorte de barrière morale s’éleva, il est vrai* entre les rois écossais et les Anglais de race; mais Malcolm lui-mémc et ses successeurs supportèrent impatiemment cette condition de vassclage que la force leur avait imposée. Plus d’une fois, voulant s’y soustraire, ils devinrent agresseurs des Ànglo- Normands, et descendirent au sud de la Tweed ; plus d’une fois aussi, les Normands passèrent ce fleuve par représailles ; ci le serment de sujétion féodale fut rompu et renouvelé tour a tour, au gré des chances de la guerre. D'ailleurs, jamais les rois d’ Écosse ne mirent au nombre des devoirs qu’ils avaient contractés en acceptant le titre \ï fiommes-lige$r l’obligation de fermer leur pays aux émigres anglo-saxons.
La multitude d'hommes de tout rang et de tout état qui, après une lutte inutile contre les envahisseurs, s’expatrièrent sur le territoire écossais, vint y augmenter considérablement fan tienne masse de population germanique établie entre la Twed et le Forlh f l J. Les rois qui succédèrent à Malcolm ne se montrèrent pas moins généreux que lut envers ces réfugiés. Ifs leur donnèrent des terres et des emplois, et les admirent dans leur conseil d’État, où peu à peu la vraie langue écossaise, la langue galli-
(Jj Voyez liv, IV, p. 110.
(3) Les Charles des rois d'Ecosse, à la fit) do dixième siècle, portaient pour inscription : N, onmlbus per reguum sutnn
que ou erse, fut supplantée par le- dialecte anglo- ums danois parlé sur les basses terres d’Écossc. Par nrt3î suite de la même révolution, les rois écossais sc défirent des surnoms patrony iniques qui rappelaient leur onginq celtique, et ne gardèrent que de simples noms propres, soit saxons, soit étrangers, comme Edgar, Alexandre, David, etc.
Cette hospitalité que les chefs de l’Ecosse accordaient aux hommes de race saxonne fuyant devant les Normands, ils l'offrirent aussi, comme on l’a déjà vu, aux hommes de race normande mécontents du loi qui leur était échu dans le partage de la conquête, ou bannis de l’Angle terre par sentence de leurs propres chefs. Ces fils des conquérants vinrent en grand nombre chercher fortune où les vaincus avaient trouvé recours. La plupart étaient des soldats à l’épreuve. Les rois écossais les prirent à leur service, joyeux d’avoir des chevaliers normands à opposer aux Normands de par delà la Tweed. Ils les admirent dans leur intimité, leur confièrent de grands commandements, et même, pour rendre leur cour plus agréable à ces nouveaux hôtes, ils s’étudièrent à introduire dans le langage leuionique qu’on y parlait un grand nombre de mots et d’idiotismes français (â). La mode et l’usage naturalisèrent peu à peu ces locutions exotiques sur tout le pays situé au sud du Forlh, et la langue nationale y devint, en assez peu de temps, un composé bizarre de tudesque et de Français presque également mélangés.
Cette langue, qui est encore aujourd’hui le dia-
5coLÎ$ et Antflis saluleru. Dans le douzième siècle, cHcs parlèrent i Omnibus fhielïlms Francis cl Àngfis et Scolb. (Mfmast. anglic., t. H, p. 353.)
lûâ HISTOIRE DE
îwo lecte populaire des habitants du midi de FÉecssc,
itaj ne conserva qu’une faible quantité de mots celtiques, soit erses, soi! bretons, la plupart destinés à représenter des objets propres au pays, comme les différents accidents et, pour ainsi dire* les nuances diverses d'un sol extrêmement varie* Mais, malgré le peu dû figure que faisaient dans le nouveau langage les débris de l’ancien idiome des plaines écossaises, on pouvait facilement reconnaître A l’esprit et aux moeurs de la population de ces contrées, que c'était u ne race celtique, ou d'autres races d'hommes étaient venues se fondre et s'encadrer , pour ainsi dire, sans la renouveler entièrement, La vivacité d’imagination, le goût pour la musique et la poésie, l'habitude de redoubler , en quelque sorte , le lien social par des liens de parenté qui se noient et se réclament jusqu’au degré le plus éloigné, sont des traits originels qui distinguaient et distinguent même encore les habitants de la rive gauche de la Tweed de leurs voisins méridionaux*
À mesure qu’on avançait vers l’ouest, dans les plaines d'Ecosse, ces traits de physionomie celtique se prononçaient plus fortement, parce que le peuple y était plus éloigné de Tinfluenee des villes royales de Scorie et (TÉdinburgh, où affluait la multitude des émigrants étrangers* Dans la province de Gai- Joway, par exemple, l'autorité administrative n’était encore regardée, au douzième siècle, que comme une fiction de l'autorité paternelle ; et nul homme, envoyé par le roi pour gouverner cette contrée, ne pouvait y exercer eu paix le commandement, s’il n’était agréé comme tête de famille ou chef de clan par le peuple qu’il devait régir (î)* Si les habitants ne jugeaient pas à propos de décerner ce titre â Toffieier du roi* ou si l'ancien chef héréditaire de la tribu ne lui cédait pas volontairement son privilège, la tribu ne le reconnaissait point , malgré sa commission royale, eL lui-même était bientôt forcé de résigner ou de vendre cette commission an chef préféré par le peuple (2).
Dons les lieux où les émigrés de l’Angleterre , soit saxons, soit normands, obtenaient des domaines territoriaux , sous condition de foi et de service * ils avaient coutume de bâtir une tour * une église, un moulin , une brasserie et quelques maisons pour leur suite, que les Saxons appelaient thé ktrede, et les Normands la ménze* La réunion de tous ces édifices , entourés d’une palissade ou d’un mur * se nommait V enclos, l/ie imt , dans la langue des basses terres d’Ecosse * Les habitants de
[D Capnt progenici. (Kcn-Kinneol, Ch aria Àlcxandri H, apud Grant’* descent of lhe G ad s, p* 378*)
(3) Char La Thomm Flemjng, apud Grant’* descent of llie Gaels* p, 377*
LA CONQUÊTE
cet enclos , maîtres et valets , propriétaires et fermiers, composaient une sorte de petite cité * mite comme un clan celtique , mais par d'autres liens que la parenté , par le service et le salaire , l'obéissance et le commandement. Le chef, dans sa tour carrée, bâtie au milieu des demeures plus humides de ses vassaux ou de ses laboureurs , ressemblait en apparence au Normand d’Angleterre, dont le château fort dominait les bulles de ses serfs* Maïs entre la condition réelle de l’un et de l'autre h différence était grande. Eu Écosse, la subordination du pauvre au riche n’était point servitude : on donnait , il est vrai , â ce dernier le nom de lord en langue teutouique (5), et de sire en langue française; mais, comme il n’était ni conquérant, ni fils de conquérant, on ne le haïssait point, et l’on ne tremblait point devant lui. Une sorte de Familiarité rapprochait l'habitant de la tour de celui de la cabane ; ils savaient que leurs ancêtres ne leur avaient point légué d’injures mortelles a venger l’un sur Tautre.
Quand la guerre les rassemblait en armes , ils ne formaient pas deux peuples séparés , l’un de cavaliers , l'autre de fantassins : l’un couvert d'armures complètes, l’autre a qui les éperons étaient interdits sous peine de châtiments ignominieux* Chacun armé, selon sa richesse, d’une cotte de mailles ou d’un pourpoint doublé , montait son propre cheval bien ou mal enharnaché. En temps de paix , la condition de fermier d'autrui n'était point humiliante comme en Angleterre , où le mot normand de vilain est devenu * dans le langage vulgaire, la plus Odieuse des épithètes* Un fermier écossais était appelé communément le bonhomme, lhe gudeman* Son lord n’a va H a prétendre de lui que des rentes et des services établis de gré à gré ; il n’elait point taillé haut et bas comme en pays de conquête (4) ; aussi ne vit-on jamais en Écosse aucune insurrection de paysans; le pauvre et le riche sympathisaient ensemble , parce que la pauvreté et la richesse rTà valent point pour cause première la victoire et F expropriât ion* Les races d'hommes, comme les différents idiomes , s'étaient mélangées dans tous les rangs , et la même langue se parlait au château , à la ville et dans la chaumière*
Celte langue, que sa ressemblance avec celle des Anglo-Saxons faisait nommer anglise ou anglaise, avait un sort bien différent en Écosse et en Angleterre* Dans ce dernier pays, die était l'idiome des serfs, des gens de métier, des gardeurs de troupeaux ;
(3j taird, suivant l'orthographe et la pron une talion écm* saific,
(4) Walter Scott’s Mmstrelsy ofthe scoitbh border* U h p. SI, 160.
fwg et les poiïtcs, qui chantaient pour les hautes classes, i J.T7 He composaient qu’en pur normand : maïs, an nord de ta Tweed, l'anglais était la langue favorite des ménestrels attachés à la cour ; il était poli, travaillé, gracieux, recherché même, tandis que, de l’autre côté du même fleuve, il devenait rude et sans grâces, comme les malheureux qui le parlaient* Le petit nombre de poètes populaires qui, au lieu de rimer eu français pour les fils des Normands, s’obstinèrent à rimer en anglais pour les Saxons , sentaient cette différence, cl se plaignaient de ne pouvoir employer, sous peine de n’étre point compris, ïe beau langage, les tours hardis et la versification compliquée des Écossais méridionaux. u J’ai h mis, dit Tu n d’eux, dans mon anglais simple, pour h l’amour des gens simples, ce que d’autres ont « écrit et dit plus élégamment; car ce n’est point « pour orgueil et noblesse que j’écris, mais pour « ceux qui ne sauraient entendre un anglais plus « recherché (1), n Danseet anglais poli des basses terres de l’Ecosse furent habillées les vieilles traditions bretonnes , qui restèrent dans la mémoire des habitants des bords de la Clyde, longtemps après que la langue bretonne eut péri dans ces contrées* Sur les basses terres du sud-ouest, Arthur et les autres héros de la nation cambrienne étaient plus populaires que les héros des anciens Scots, que GauKMac-Morn , et Fin-Mae-Gaul , ou Fingai père d’Oshinn (2), chantés en langage galliquc dans les montagnes et dans les îles (3).
La population qui parlait ce langage presque entièrement semblable à celui des indigènes de l'Irlande, était encore, au douzième siècle, la plus nombreuse en Écosse , mais la moins puissante politiquement, depuis que ses propres rois avaient déserté son alliance pour celle des habitants du sud-est. Elle le savait, et se souvenait que les plaines occupées par ces nouveaux venus avaient été jadis la propriété de ses aïeux ; elle les haïssait comme usurpateurs, et ne leur donnait point le nom de Scots, sous lequel les étrangers les confondaient avec elle , mais celui de Sastenacfis, c’est-à-dire, Saxons , parce que , de quelque origine qu’ils fussent, tous parlaient la langue anglaise. Longtemps les enfants des Galls regardèrent comme de simples représailles les incursions de guerre et de pillage faîtes sur les basses terres d’Éeosse : « Nous sommes les hcri tiers des plaines,
(1) Àls iliai haf wrylen and sayd
Ha F 1 allé in myn iuglii !ayd,
In symplc specbe, as l c oui lie.
**.*. NoL Fur priée and noblyc,
ItiU for ihe luf of symplemcn Thaï slran^e Ingîte cannât keo* f2) AL Qsshm. La prononciation est kl même.
« dîsaient-ils, il est juste que nous reprenions nos xm if biens (1). « 11^7
Cette boslilité nationale , dont les habitants de la plaine redoutaient vivement les effets, les rendît toujours disposés à provoquer, de la part des rois d’Ecosse , toutes sortes de mesures arbitraires et tyranniques pour ruiner F indépendance des montagnards, Hais il semble qu’il y ait dans les mœurs, comme dans la langue des populations celtiques, un principe d’éternité qui se joue du temps et des efforts des hommes. Les clans des Galls se perpétuèrent sous leurs chefs patriarcaux , auxquels les membres du clan, portant tous le même nom, obéissaient comme des (ils a leur père. Toute tribu n’ayant point de patriarche , et ne vivant point eu famille . était considérée comme vile : peu d’entre elles encouraient ce déshonneur ; et , pour l’éviter, lés poètes et les historiens , grands auteurs de généalogie, avaient toujours soin de faire descendre chaque nouveau chef du chef primitif, île l’aïeul commun de toute la tribu (H). Pour signe de cette filiation, qui jamais ne devait s’interrompre, le chef actuel joignait a son nom propre un surnom patronymique que tous ses prédécesseurs avaient porte avant lui , et que ses successeurs devaient prendre de même. Suivant rëtiqnefte celtique, ce surnom leur tenait heu de titre. Jamais !e style féodal des actes publics d’Écosse n’eut cours dans les mouLagnes ni dans les lies , et le même homme qui, à la cour des rois, s’intitulait duc ou comte d’Argylç, de retour dans le pays d’Argÿle , au sein de sa tribu, redevenait Mac-callan-more, c’està-dire, le fils de Gaïlan le Grand (6).
Toutes les peuplades répandues sur la côte occidentale de FÉcosse, depuis la pointe de Cantire jusqu’au cap du Nord, et dans les lies Débrides, qu’on appelait aussi lies des Galls (7), vivaient en so c ié tés séparé es , sou s c e U e au l o ri t ê pu tria real e ; mais, au-dessus de tous leurs chefs particuliers, il existait , dans le douzième siècle , un chef suprême* que , dans la langue des basses terres , on appelait le lord , le seigneur , ou le roi des îles. Ce roi de toute la population galliquc d’ Écosse avait sa résidence à DunsLaffuage , sur un rocher de la mer occidentale, ancien séjour des rois scots, avant leur émigration vers l’est; quelquefois aussi il habitait le fort d’Ariornish, sur le détroit de Mail , ou bien File dTlav, lapins fertile, sinon la plus
£3) Waller Scolfs Minstrelsy of lUe scotlisU border, 1. 1 1 r , p. £45. — Sîr Trïsiratn.
(41 traiter Scolfs Lady of lhe Latte, notes, p. 321* —
Ford uni chron,, p. 502,
(5) Waller, Scott 's Lady or The Lake, noies, p» 272*
(G) Ibid., p. 237.
£7) inotegaïL