‹ ŒuvresChapitre 16 sur 94 · T1UE&RY · texte numérisé non relu

T1UE&RY

lï)4 HISTOIRE de

ms grande, des Hébrides» Là se tenait une haute cour n*7 de justice, dont les membres s’asseyaient en cercle sur des sièges 1 aillés dans le roc. On y voyait aussi nue pierre de sept pieds carrés , sur laquelle moulait le roi des lies , au jour de son couronnement. Debout sur ce piédestal , il jurait de conserver à chacun ses droits, et de faire, en tout temps, bonne justice; ensuite on lui remettait entre les mains l’épeede son prédécesseur ; Pévèque d’Àrgyle et sept prêtres le sacraient, en présence de tous les chefs de tribus des îles et du continent (ï).

Le pouvoir du roi des îles Hébrides s’étendit quelquefois sur celle de Man , située plus au sud , entre T Angle terre et l'Irlande, et quelquefois celte lie eut un roi à part, issu de race irlandaise, ou fils d’anciens chefs Scandinaves , qui s’y étaient reposés apres leurs courses de mer» Les rois des lies de l'ouest reconnurent pour suzerains tantôt les rots d* Écosse et tantôt ceux de Norwége , selon qu’ils y furent engagés par l'intérêt on contraints par îa force (S), L’aversion naturelle des Galte contre les Écossais des basses terres tendait a maintenir l'indépendance de ccLte royauté purement gallique, qui existait encore, dans toute sa plénitude, vers le temps ou celte bisUw-e est parvenue ; alors le roi des îles traitai l de puissance à puissance avec celui d’Ecosse , son rival en temps ordinaire , mais son allié naturel contre un ennemi commun , par exemple, conlre les rois d'Angleterre; car l'instinct de haine nationale, qui avait tant de fois poussé les anciens Scots vers la Bretagne méridionale, if avait point encore péri chez les montagnards écossais (3).

Sur les basses terres d' Écosse, une guerre contre les An glo -Normand s ne pouvait manquer d'ètrç extrêmement populaire; car les Saxons d’origine, qui habitat en l ce pays, brûlaient de venger leurs propres malheurs et les malheurs de leurs aïeux , cl, par un concours bizarre de circonstances, les Normands réfugiés en Écosse désiraient eux-mêmes se mesurer avec ceux de leurs compatriotes quiles avaient bannis d'Angleterre (-4)* Le désir de reprendre les domaines qu’ils navaient usurpés autrefois , non moins vif chez eux que n’était dons le cœur des Anglo-Saxons celui de recouvrer leur patrie et leurs biens héréditaires, faisait que, dans le conseil

(1; Walter ScotPs Lord frf the laïcs, notes, p. 170, 170,

(-S) il ex HLinni® et msuLirnm tcnel de rege NorwegrHï. {Script, rcr. banc,, L XVÏ, p. 230. J — Monast» angL, L. J!,

(5) Gens mordana populo Ànglortim cl inft. ia

ju^iter eL cru de H s* (Ford uni Scoli Chron. . p, 5Û2.)

(4) flabetiàt rex (ècotorûm) sccum. qui ettm crebro arfntcipi bonis rakare slimulabnut, hinefilium RoherLi dcBarihètt-

LA CONQUÊTE

des rois d'Écosse, où les nouveaux citoyens siégeaient ^ en grand nombre, l’opinion presque universelle ^ était pour la guerre avec les conquérants de r Angleterre. Gatîs, Saxons , Normands, hommes des montagnes et de la plaine, quoique par des motifs différents , s’accordaient tous sur ce point; et c’est probablement eel accord unanime, bien connu des Anglais de race, qui encouragea ces derniers a compter sur l’appui de l'Ecosse, dans le grand complot tramé et découvert en l'année 1137*

Depuis longtemps il arrivait en foule auprès des rois écossais, neveux du dernier roi anglosaxon, des émissaires du peuple anglais, les conjurant, par la mémoire d'Edgar leur oncle , de venir au secours de la nation opprimée, dont ïîs étaient parents* Mais les fils de Maïkolm Kenmore étaient rois, et, comme tels, peu disposés a se commettre, sans de puissants mû Life d’intérêt personnel, dans une révolte nationale. Ils restèrent sourds aux plaintes des Anglais et aux suggestions de leurs propres courtisans, tant que vécut le roi Henry 1", avec lequel ils avaient aussi quelque lien de parenté par sa Femme Mathilde, fille de Maïkolm» Lorsque Henry fit jurer aux chefs normands de donner, «pressa mort, le royaume à la fille qu'il avait eue de Mathilde, David , alors roi d'Ecosse, fut présent a celte assemblée, et il y prêta serment comme vassal de Henry Ier ; mais, après que les seigneurs d'Angleterre, manquant à leur parole, au lieu de Mathilde, eurent choisi Étienne de Blois, le roi d'Ecosse commença u trouver que la cause des Saxons était la meilleure (ÊS) ; il promit de les assister dans leur projet d'exterminer tous les Normands, et peut-être^ en récompense de cette promesse vague , stipula- 1— il* comme ce Put Je bruit du temps, qu'on le ferait roi d'Angleterre, si l'entreprise réussissait.

L'aiïranchissement des Anglais n'eut point lieu, comme on l'a vu plus haut, grâce à la vigilance d’un évêque; cependant le roi d'Ecosse, qui nes'ëtait lié à ce peuple que parce qu'il avait, de sou côté, des projets de guerre contre les Anglo-Normands , rassembla une armée et marcha vers le sud. Ce ne fut pas au nom de la race saxonne opprimée qu'il fil son entrée en Angleterre, mais au nom de Mathilde, sa cousine, dépossédée, disait- il, par Éticime de Blois, usurpateur du royaume (b).

ïonà , ejusque collaterales , qui ex Anglïâ cxsuïad, sub spe cciqnjramUe pairko ad eum conftigera nt , al iosfjue quàm [dures qui vel queslti* gratiâ.., [Üesia Siephani regis, ap* script, rej . oorm,. \u 030.)

{8): Zeloquc justiUm succensus, lüm [ira communia sangtiiols cûgnaiiocç» lbm |u olîde mulieri reprümistâetdebiifl, icgnum Angliæ Uirbare d repose il. (Ibid.)

(G) Nom ne MatikUü diciæ impcrairtei*. (Gurl. Neubrîft-*

i u * Le peu pie a n gla is n’a va i t gu ère pï u s d ’am ou rpour

la femme de Geoffroy d'Anjou que pour le R la us ois Etienne, et cependant les populations les plus voisines des frontières de l'Ecosse j les hommes du Cumberland , du Westmorland, et de toutes les vallées où coulent les rivières qui vont grossir les eaux de In Tweed, poussés par le simple instinct qui nous porte è saisir avidement tous les moyens de salut, reçurent les Écossais comme des amis * et se joignirent à eux (1). Ces vallées, d'un accès difficile, et a peine soumises par les Normands, étaient, en grande par Lie, peuplées de Saxons dont les pères avaient été bannis au temps de la conquête (â). ils vinrent au camp des Ecossais en grand nombre et sans ordre, sur de petits chevaux de montagnes , qui étaient leur seule propriété.

En général , à l'exception des cavaliers d'origine normande ou française que menait avec lui le roi d’Ecosse, et qui portaient des armures de maille complètes et uniformes, le gros de ses troupes offrait une variété désordonnée d’armes et d’habillements. Les habitants de Test des basses terres, hommes de descendance danoise ou saxonne, formaient la grosse infanterie , armée de cuirasses et de fortes piques : les habitants de l’ouest, et surtout ceux du Ga lloway , qu i cous er va ie ut eu cor e u n cric empr e î u t e de leur d es ce n d a n ce br c to n ne, é ta îen t . comme les anciens Bretons, sans armes défensives, et portaient de longs javelots dont le fer était aigu et ie bois mince et fragile ; enfin . les vrais Écossais de race, montagnards et insulaires, étaient coiffés de bonnets ornés de plumes d'oiseaux sauvages, et avaient de larges manteaux de laine rayée serrés autour, du corps par un baudrier de cuir auquel ils suspendaient une large épée ; ils portaient au bras gauche un bouclier rond de bois léger, recouvert d'un cuir épais ; et quelques tribus dos îles se servaient de haches a deux mains, à la manière des Scandinaves : l'armure des chefs était la même que celle des hommes du dan ; ou ne les distinguait qu'à leurs longs plumets , plus légers, et Bottant avec plus de grâce.

Les troupes du roi d’ Écosse, nombreuses et peu régulières, occupèrent sans résistance tout te pays situé entre la Tweed et la limite septentrionale île la province d’York* Les rois normands n’avaieni point encore bâti dans cette contrée les forteresses Imposantes qu’ils y élevèrent dans un temps postérieur, et ainsi aucun obstacle n’arrêta le passage

(1) Coailonato» éraf iste excrciUis de Norman nis, Germanie, Atifflis, doNoflbymbrams, de Curnbm, de TcvioLadalû, et LodonéA, de Pfclif qui vnîgù Gatwdenses rileunliir, et SCO Us. ([tordu* Ha&ul sla demi*, apud script. Selden, ji.51.)

(2) Waller SroiUs M nsirelsy of [lie scoitidi border, préface.

— LlVllli JILÎiTifv.lvE. MK*

ilea fourmis écossaises, connue Ici appelle un nsa vieil .auteur (3), Il parait que cette armée commit beaucoup de cruautés dans les lieux qu’elle traversa ; les historiens parlent de femmes et de prêtres massacrés, d'enfants, je tés en l'air, et reçus à la pointe îles lances; mais, comme ils s'expliquent avec peu de précision , on ne sait si ces excès tombèrent seulement sur les hommes de descendance normande et furent les représailles des Anglais de race P ou si Ta version native de la population galbque contre les habitants de l'Angleterre s’exerça indifféremment sur le serf et le maître, le Saxon et le Normand (4). Les seigneurs du nord , et surtout l’archevêque d’York, nommé Tous tain , profitèrent du bruit de ces atrocités , répandu vaguement et d’une manière peut-être exagérée , pour prévenir, dans l’esprit des habitants saxons des rives de ITîumber, l'intérêt naturel que devait leur inspirer la cause des ennemis du roi normand (ISJ.

Afin de déterminer leurs sujets a marcher avec eux contre ic roi d'Ecosse, les barons normands flattèrent avec adresse d 'antiennes superstitions locales; ils invoquèrent les noms des saints de race anglaise, qu’eux-mèmes avaient traités autrefois avec tant de mépris ; ils les prirent , en quelque façon , pour généralissimes de leur armée, et l’arche vé que Toustain leva les bannières de saint Cullibert de Durham , de saint Jean de Beverlcy , et de saint AYilfrid de Rapport.

Ces étendards populaires , qui , depuis la conquête, devaient avoir peu vu le jour , furent tirés de la poussière des églises pour être irans portés a Elfer-üm, aujourd’hui Aller Ums à trente- deux milles au nord d’York , lieu où les chefs normands résolurent d’attendre rennemi* C'étaient Guillaume Piperd cl Gaultier Espec, du comte de Nollingham, avec Gu il bert de Làey et son frère Gaultier , du comté d'York, qui devaient commander la bataille. L'Archevêque ne put s’y rendre pour cause de maladie , et il envoya à sa place Raoul , évêque Je Durham, probablement expulsé de son église par l’invasion des Écossais (6). Autour des bannières saxonnes élevées dans le camp d’ A lier ton par les seigneurs de race é Iran gère, un instinct demi- religieux, demi-patriotique, fit accourir en grand nombre les habitants anglais des villes voisines et du plat pays. Ils ne portaient (dus la grande hache de combat , l’arme fa vorite de leu rs aïeux, mais ëlaîen i armés de grands arcs et de flèches longues de deux

(5) Formica) scoLicïE. (MpLh. Parla., p. 93.)

(4) Chrome. Norman n. a pmi scrïpl. m u ru norman nie., p. 977. — Johannes ELiguJftlaüémh, apud script, rmim francic* tom. XUITp, 81.

(5) Ethelred. Rlevaïlûnsis, ]i. 510*

£G) Maih Paria,, p, 5 1.

m HISTOIRE DE

ll3a «coudées. La conquête avait opéré ce changement de deux manières différentes : d’abord ceux des indigènes qui s’étalent pliés à servir en guerre les rois normands , pour le pain et la solde* avaient dû s’exercer à la tactique normande; et quant à ceux qui , plus indépendants, s’étaient voues à la vie de partisans sur les rouLes, et de francs-chasseurs dans les Forêts, ils avaient dû pareillement quitter les armes propres au combat de près, pour d’autres plus capables d’atteindre à la course les chevaliers de Normandie et les daims du roi. Les lits des uns et des autres ayant été, dès leur enfance, exercés au tir de Tare, l’Angleterre était , en moins d’un siècle, devenue le pays des bons archers, comme J’Écosse était le pays des bonnes lances*

Pendant que Tannée écossaise passait la rivière de Tees, les barons normands se préparaient avec activité ii recevoir son attaque* Ils dressèrent mr quatre roues un mât de navire, au sommet duquel Fut placée une petite boîte d’argent qui contenait une hostie consacrée, et , autour de ta boîte, furent suspendues les bannières qui devaient exciter les Anglais à bien combattre (1). Cet étendard f d’une espèce assez commune au moyen Age, occupait le centre de l’armée en bataille* La fleur de la chevalerie normande, dit un ancien historien, prît son poste à Peu tour, après s’être confédérée par la Foi et par le serment, et avoir juré de rester unie dans la défense du territoire, à ïa vie et è la mort (â). Les archers saxons Flanquaient les deux ailes du corps de bataille et formaient les premiers rangs* Au bruit de rapproche des Écossais , qui s’avam;aieiU en mauvais ordre , niais avec rapidité , le Normand Raoul, évêque de Durham, monta sur une éminence. et parla ainsi en langue française (3) :

1 1 Nobles seigneurs de race normande, vous qui te faîtes trembler la France et avez conquis l’An- « glelerre, voici que les Écossais, après vous avoir u fait hommage, entreprennent de vous chasser de « vos terres {4), Mais si nos pères, en petit nombre, u ont soumis une grande partie de la Gaule, ne

(î) Fixo apud Alverionam standordo. (Math. Parts,, p. 53.) — Florent Wifûm., p. 670. “ Ettictred» EUcval, , p, 340 et

sc q,

(2) Decus tïormannûrumii* (Matli. Paris*, p. 52.)— Commum consentit» et conailio juramenlum facere ut retifilarent* t Fièrent* Wigorn., p. 670.)

(S) Stans iu acte medià in locn emînctuï* (Math* Paris., p, 52.)

(4) Proccre» Aiïjdî® clarissimi, Normrinm£enæ... feréi Aiifjlia à vobis capta succurnbilj nunc ScOtla»**[Math* Paris., Ibid.)

(5) Nmltim objidunl curium, pelle vetiiünâ pro sculo ulenics, (Elhelred. EUevaî., p. 545.)

(G) Lignum fragile est, ternira obtusum. (Ibid.)

(7) Se felîcissimos, quèd Gallorum sangumem blbcre pos-

LA CONQUÊTE

u vaincrons-nous pas ces gens ii demi nus; qui n’opa posent à nos lances et a nos épées que la peau u de leurs propres corps, ou un bouclier de cuir « de venu (B) ? Leurs piques sont longues, il est vrai, u mais le bois en est fragile, et te fer de mauvaise ii trempe (G)* On lésa entendus, dans leur jactance.

«f ces habitants du Galioway , dire que le breuvage « le plus doux était le sang d’un Normand. Faîtes i! en sorte que pas un d’eux ne retourne vers les « siens se vanter d’avoir tué des Normands (7)* n L’armée écossaise, ayant pour étendard une simple lance à banderole, marchait divisée en plusieurs i corps. Lejeune Henry, (iïs du roi d’Écosse, commandait les hommes des basses terres et les volontaires anglais du Cumberland et du Norlhumberïand; le roi lui-même était è la tète de tous les dans des montagnes et des îles; et les chevaliers d’origine normande, armés de toutes pièces, formaient sa garde (8), I/uu d’entre eux , appelé Robert de Brus, homme d’un grand âge , qui tenait pour le roî d’Écosse, en raison de son tïef d’Ànnandale (t))T et n’avait d’ailleurs aucun motif personnel d’inimisiê contre ses compatriotes cF Angleterre, s’approcha du roi au moment où il allait donner le signal de l'attaque, et lui parlant d’un air triste : u O roi , dit- « ÎL songes-tu bien contre qui lu vas combattre?

« C’est contre les Normands et les Anglais, qui louis jours t’ont si bien servi de conseils et d’armes, n et sont parvenus ii te faire obéir de tes peuples de u race galüque (10)* Tu te crois clone bien sûr main* u tenant de la soumission de ces tribus ; tu espères n donc les maintenir dans le devoir avec le seul u appui de tes hommes d’armes écossais (1 1) ? maïs « souviens- loi que c’est nous qui d’abord les avons *f mis sous ta main , et que de la vienL ïa haine dont « ils sont animés contre nos compatriotes (lâ)*» Ce discours parut Faire une grande impression sur k roï (13). Mais Guillaume, son neveu, s’écria avec impatience : «i Yoila des paroles de traître (14). » Le vieux Normand ne répondit à cet affront qu’en abjurant , suivant la formule du siècle , son serment

sent... Eece quai Gallûti ïiodiè occtdi. ( Ëlh . Rieyaf. p* 345.) *

(8 j Uex in suà acie Scotos ei Murranenses reli nuit* (Ibid.)

— Citca re^ero dicter uni équestres ordineg milHaribus arrois înelrtictfi (Johann* Haguhtad., p. 85.)

(9) ftaiionc l erra ru m guarani* (Monaat.anglicvjttfU,

(10) Adversïim quoi bodtô levas arma? advernim AngEw ci Norniannos**. quorum aempér cous il ni mutile et auxiliutn prumptuin... (Elhelred. îlieval. p, 344.)

(11) Nova eH jsla Übi in WallCnsiljùs secaritûA,*, quasi soit

tihf auffîcîani Senti eüam cou ira Scoioa. (Ibid.) t

(15) Quidqutd ortiî, quhlqnîd înîmreUïoruni adversim nos h a béni Seuil, tut iuorutiK|ue est causa, pro quiïms eûdtra eus loUèa dlmictfvîtmjs. (Ibid*)

(13) ïUx in lacrymal sotvebatnr* (ïhîtl.)

(ï4) RoboHum ipsum arynil juodïtionfa* (Ibid.)

de foi et d'hommage, et il piqua des deux vers Le camp des ennemis (1),

Alors les montagnards qui entouraient le roi d'Écosse élevèrent la voix et crièrent l'ancien nom clc leur pays, Alben , Aibml Albanie, Albanie (2)* Ce fui le signal du combat. Les gens du Cumberland et des vallées de Liddel et de Teviot chargèrent d’une manière ferme et rapide le centre de l'armée normande , et , selon l'expression dTun ancien narrateur, le rompirent comme use toile d'araignée (5). Mais, étant mal soutenus par les autres corps écossais, ils n 'arrivèrent point jusqu'à l'étendard des Anglo-Normands ? ceux-ci rétablirent leurs rangs et repoussèrent les assaillants avec perte ; à une seconde charge, les longs javel oLs des Écossais du sud-ouest se brisèrent contre les hauberts démaillés et les écus des Normands (4). Alors les montagnards tirèrent leurs grandes épées pour combattre de près ; mais les archers saxons , se déployant sur les côtés , les assaillirent d'une grêle de flèches , pendant que les cavaliers normands les chargeaient de front , en rangs serres et la lance basse (tf). « Il fai- « sait beau voir, dit un contemporain, les mouches h piquantes sortir en bourdonnant des carquois des « hommes du sud, et obscurcir Fa ir comme une h épaisse poussière (6). »

Les Galls, hardis et braves , maïs peu faits pour les évolutions régulières , sc dispersèrent du moment qu'ils se sentirent incapables d'entamer les rangs de l'ennemi (?). TouleFarmée d'Éeosse, obligée de faire retraite, rétrograda jusqu'à la Tync* Les vainqueurs ne la poursuivirent point au delà de ce fleuve , el le pays qui s'élail insurgé à l'approche des Écossais demeura, malgré leur défaite , affranchi de la domination normande. Durant un assez long espace «le temps après cette journée , le Westmorïandjle Cumberland et le îSorthuinberland firent partie du royaume d'Écosse ; le nouvel état de ccs trois provinces empêcha l'esprit et le caractère anglo-saxon de s'y dégrader autant que dans la partie méridionale de F Angleterre, Les traditions nationales et les chants populaires survécurent et sc perpétuèrent au nord de la Tyne (8) : c'est delà que

(4} Yînculnm fui et pjilrto more dissol vens. (Elhejred. Kiev al., p, 344.)

(2) Exclamant Alïxml , Àlbani l { Jofcaa. Erompltm , p. 1027.)

0) Ipsà g lobi austral îs parte instar cassis araoeæ distîpafï. (Ibid.)

(4) Ferrî sobditate, lanccarum scoücartim esL ddusa fraellïtas. (Elhclml. RïevaL, p, 34G.)

(5) FtbicttsglatiiU comiuiisiiccertare LentabanL (Ibid*)

(G) Australes muscœ de gaverais pharetranvm etmllientes.

eL însiar dcnsisûmi pulveris* (Ibid.)

la poésie anglaise, anéantie dans les lieux (jti’habitaïeul les Normands, redescendit plus tard sur les provinces méridionales.

Pendant que ces choses se passaient au nord de l'Angleterre, la nation des Gallois, qui avait promis secours aux Saxons dans leur grand complot de délivrance, exécutant sa promesse, malgré le mauvais succès de l'en t reprise, commença sur toute la ligne de scs frontières Fat Laque des châteaux forts bâtis par les Normands. Les Cambriens, race d'hommes impétueuse et passionnée , se portèrent avec une sorte de fanatisme national à celte agression soudaine ; il n'y eut quartier pour aucun homme parlant la langue française : barons, chevaliers et soldats impatronisés sur les terres galloises, prêtres et moines intrus dans les églises, el dotés sur les terres des Gallois, tous furent tués ou chasses des domaines qu'ils occupaient (9), Les Cambriens se montrèrent cruels dans ces représailles; mais eux-mêmes avaient subi des cruautés inouïes de la part de$ Anglo- Normands, Hugues le Loup et Lober t de Mau pas a v ai en t pr esq ue <1 ép eu plé d' h a b \ ta n t s indigènes la contrée de F Uni, voisine du comté de C Rester ; Robert de Ruddlan tes avait enlevés de leurs maisons pour en faire des serfs, et les historiens du temps disent de Robert de Belesme, comte de Shrewsbury, qu'il avait déchiré les Gallois avec des ongles de fer (10).

Les conquérants de F Angleterre, non contents de posséder les terres fertiles de ce pays -, avaient de bonite heure envahi avec une égale avidité les marais cl les rochers de la Cambrîe (11). Ceux des chefs de bandes qui s'établirent dans les provinces de Feues! sollicitèrent presque tous du roi Guillaume ou de ses fils, comme une sorte de supplément de solde, la licence de conquérir sur les Gallois; c'est l'expression même des anciens actes (12) : beaucoup d'hommes obtinrent ectlc permission; d'autres ta prirent d'eux-mémes, et, sans lettres de marque, coururent sus aux Cambriens, qui résistèrent bravement et défendirent pied a pied leur territoire. Les Normands, s'étant rendus maîtres des extrémités orientales du pays de Galles, y bâtirent

(7) Oitmei à campa diïapsi sunt. ( Jo. Ha&uMad. p. 80.)

(8) Jamîesorfs popular sangs, iom. Il, p. 07,

(0) GesU Stephani rugis, p* U30.— lUoiiasliC, anglic. I. il, p. 63,

(10) Comîniu ut pecudes oecîdit, aut indebUæ servi Luii atrociter mancipavî L(0 r derïc. YïtaL, p. 070.) — Ferrcis ejus uiigulis excoriai!. (Ibid., p, 708.)

(I ï) Postgnatn Normacni betlo eommissoAiiglos sîbl subjngarmit, Wallonieatu terram adjaccnicm,., (Gusia Stepham regis, p. 040.)

(13) Coi rex dédit liceuiiam canqitîreadi super W aliènes, [Monost, anglic., t. I, p* 724 et pa&àm.)

1 iss

lia;

in? suivant leur coutume , une ligue de châteaux

11*33 forts 0).

Cette chaîne de forteresses s'étaït graduellement iü3s resserrée; et lorsqu'au Farinée 1138, les Gallois entreprirent de la rompre, presque tout le sud du pays, les vallées de Gïamorgan et de Breknock , et le grand promontoire de Peiubrocke, éïaient déjà détachés de l’ancienne Cambric. Divers accidents av a le n t contri b lié à fa cil i ter ces crin q uè teé * D1 a bore ï , mes sous le règne de Guillaume le Roux, une guerre civile entre les Gallois méridionaux (événement trop commun chez ce peuple) introduisit dans le pays de Gïamorgan, comme auxiliaires soldés de Fune des parties belligérantes, une compagnie d'aventuriers normands conduits par Robert, fils d’Àymon. Ce Robert (le même doni la fille ne roulait point accep- 1er un gendre qui n’eùt pas deux noms (2), apres avoir combattu pour un chef gallois, et reçu sa solde, retournant sur ses domaines de Glocester, se mit à songer à FefFel terrible qu’avaient produit sur les Cambriens ses hommes et ses chevaux vêtus de fer (3). Cette réflexion lui suggéra le projet de visiter en conquérant le même chef dont il avait été le soldat. 11 rassembla une bande plus nombreuse, id^s entra dans la vallée de Glamorgan, et s’empara des jlrt, lieux les plus voisins de la frontière normande (1). Les envahisseurs se partagèrent le pays, suivant leurs grades, Robert . fils d'ïymon, eut pour son lot trois villes, et devint comte de toute la terre conquise. Parmi ses principaux compagnons, Fhisioirc cite Robert de Saînt-yucntîn 3 Pierre le Sourd , Jean le Flamand, et Richard de Granville ou Grainville, comme prononçaient 1rs Normands (15), Ils eurent chacun des villages entiers ou de vastes domaines, et, de pauvres sondoyers qu’ils étaient, ils devinrent, pour la postérité, la tige d’une nouvelle race de no! îles et puissants barons»

Vers le même temps, Dreux ou Dru de Baîaon bâtit un château à Abergavenny ; et un certain Guillaume, qui en éleva un a Monmouth, prit le nom de Guillaume de Monemuc, suivant l'euphonie normande (G) : ce Guillaume, pour le salut de son ême, fit don d’une église galloise aux moines de Saint-Florent de Saumur ; dans le même voisinage, Robert de Candos ou Chandos établit et dota des moines venus de Normandie (7). Durant les guerres

(3) rnmimeris cas'ellis dimère... (Gesta Siepbani regis,

(2) Voyez livre VII, p. 180»

(3) €arnbrïan biography, p. 3 07— ï 07.

(4) I Eiirt», ii, 97»

(3) Ibid», p. ÎÜ8.

(fi) Moûast anglic. L 1, P- 5150» — IbiiL, p. 002,719,

[7) Kt super tliclum conquiesuim fundavit prioratnm de Ge\V!ÏesteTin proprlo soîo per eum ccmrjtiaDslo .(I b.i» 1 l,p»004.)

qu’une nombreuse faction de Normands fil à Guil- ^ laume le Houx et à Henry lCT, en faveur de leur ^ Frère aîné Robert, les deux rois appelèrent à leur secours tout ce qu’il y avait de soldats de fortune. Ceux qui » de l’autre côté du détroit, se rendirent à cet appel exigèrent, pour la plupart, comme les soldats du conquérant, la promesse d’un domaine territorial, dont iis firent d’avance hommage aux rois» D’abord on assigna, pour le payement de ces dettes , les terres à confisquer sur les Normands du parti contraire, cl quand elles n’y suffirent plus, on donna aux aventuriers des lettres de marque sur les Gallois (8).

Plusieurs capitaines de compagnies franches qui reçurent leurs gages eu celle monnaie , se distribuèrent, avant même de les avoir conquis, les cantons les plus voisins du territoire de Gïamorgan, et en joignirent, selon la mode du siècle, le nom à leur nom propre; puis, quand le temps de leur service en Angleterre fut expiré, ils firent roule vers l’ouest, afin de se mettre, comme ils disaient, en possession de leurs héritages (9)* Sous le règne de Guillaume le Roux, Bernard de Neuf-Marché s’empara ainsi du territoire de ürcknock, et après sa mort il le laissa, disent les actes» à sa tille Sibylle, en légitime propriété (10). Au temps du roi Henry, un certain Richard, Normand de naissance, et comte d’Eu en Normandie, conquit la province galloise de Divel ou de Pembrocke, avec une petite armée de Brabancous, de Normands, et inèinc d’Anglais» que les maux de la conquête dans leur patrie réduisaient au métier d’aventuriers et de conquérants du pays d autrui. Richard iFEu reçut, dans cette campagne, de scs Flamands eL de ses Anglais, le surnom teutonique de Stronghnfjhe , c’est-à-dire fort tireur d arc, et par un hasard singulier , ce sobriquet, inintelligible pour les Normands, demeura héréditaire dans la Famille du comte normand (II).

Le Fort-tireur et ses compagnons d’armes se r rendirent par mer a la pointe la plus occidentale ilu m pays de Divct, et refoulèrent vers l’est la population cambrienne des cèles , massacrant tout ce qui leur résistait. Les Brabançons étaient alors la meilleure infanterie de toute l'Europe, et le pays, peu montagneux, leur permettait de se prévaloir avec avantage de leur Forte et pesante armure (1&). Ils le eonqui-

(8) îiivadandtB Camhrüo faeuttalcm petivérunl, qnê C1)n" cessâ... (G irai il, Cambrons* Ilinoiar. Walliaft}

(9) Assignant sjJd provincial quas inmtero coustiluuiit, pro tjttibus su ivgi fitfelRatfs sacramciitü sdslrinjpinU phickm.)

( 19, Monast. angHc», L I, |>. 320 . — ^ 1 1> t J . , p. 559»

(1 ! ) Ibid., p. 724.

(12} Cirait!. Camla1. y pu,! Àogtiarn pacram . ionic II , p» 452,

mo rent rapidement, s’en partagèrent les villes, les JI33 maisons et les domaines, et bâtirent des châteaux pour se garantir des incursions des vaincus. Les Flamands et les Normands, qui tenaient le premier rang dans l'armée conquérante , furent tes mieux favorises dans k partage, et leur postérité forma la race des nouveaux riches et des nouveaux nobles du pays. Plusieurs siècles après, ccs nobles et ces riches se faisaient encore remarquer par leurs noms A tournure française, précédés de la particule dû on du mol fils ou fitz, selon la vieille orthographe (1). Les descendants tics Anglais, enrôlés dans celle expédition, composèrent la classe moyenne des petits propriétaires et des fermiers libres; leur langue devint la langue vulgaire du territoire conquis , et eu bannit l'idiome gallois, circonstance qui fit donner au pays dePembrocke le nom de petite Angle terre (2) . I n monument curieux de celte conquête subsista longtemps dans le pays, c’était une grande route tracée le long de la crête des montagnes; cette route , construite par les envahisseurs, pour faciliter leur marche et assurer leurs communications. garda durant plusieurs siècles le nomdec/j<?« win des Flamands (3).

Encouragés par l'exemple de Richard Strongbo ^ArCjComle de Pembrocke, d’au très aventuriers abordèren t par mer dans la baie de Cardigan, et un certain Martin de Tours ou Des tours, envahit îe territoire de Keymes, avec Guy de Brio une et Guérin du Mont- Cëms, qu’au appelait en normand Mont Chenseyi j) . Martin de Tours prit le litre de seigneur de Keymes, comme administrateur souverain de la contrée où ses hommes d’armes s’établirent (o). Il y ouvrit un asile pour tous les hommes français, flamands et même anglais de naissance, qui voudraient venir augmenter sa colonie , lui jurer foi et hommage contre les Gallois, et recevoir des terres sous condition de service, avec le titre d'hôtes libres de Keymes fG), Là ville que ces aventuriers fondèrent fui appelée le Bourg neuf; cl le lieu où le chef de guerre, devenu seigneur du pays, bâtît sa principale demeure , s’appela longtemps Château-. Martin? suivant le génie delà vieille langue française (7), Pour sanctifier son invasion, Martin bâtit une église

(!) Càmbriac regisler for 179G. p. GS — 70,

[% Angüa IrausvaïMana, LïuEc Englatiti beyond Wales, (llihL)

(3) Sîcul via Handrensium riiidl per summUatcm montis, (Vêtus rhiii ln, apud Camhnau regiàter, for 1706, p. 105.)

(4) Camlmao remisier, p, 12G,

(a) Miirlinua Lurtmcnsiî , al» de l uni bus, dominas de Keyrnes. (Ibid.)

(fl)Omnea libéras hospifea suos de Keymus. (Ibid,, j>, lïïD,J

(7) Naviimlmrgura... €5*! mm Martial ; en angbis moderne, Cas Martin, (Ibid,, p, 120,}

— LIVRE imiTIÈME.

et un prieuré qu’il peupla de clercs, appelés à grands frais de l’abbaye de Saint -Martin de Tours, Il ks préféra , soïL parce que k ville de Tours était son lieu natal, soit parce que le nom de ce lieu faisait allusion à son propre nom (8), A sa mort, on Fenseveiit dans un rom beau de marbre f au milieu du chœur de ïa nouvelle église, eL les clercs tourangeaux de h seigneurie de Keymes recommandèrent aux bénédictions de tout chrétien la mémoire de leur patron, qui, disaicnl-ib, avait ravivé dans ce pays , par son pieux zèle, la foi chancelante des Gallois (£)).

Cette accusation , dont les prélats normands nV vaient pas manqué de se prévaloir pour autoriser leur intrusion et la dépossession de tout le clergé de race anglaise, fut renouvelée contre les Cambriens par tons ceux à qui les conquérants du pays de Galles donnèrent des églises ou des abbayes. Afin de colorer par une sorte de prétexte l'expulsion violenté îles anciens évêques et prêtres de ce pays , ils les déclaraient en masse hérétiques et faux chrétiens (10), Cependant il y avait déjà longtemps que les évêques de la ftimbrïe s'étaient réconciliés avec TÉglise romaine , qu’lis étaient rentrés, comme on disait alors, dans l'unité catholique, et que l’un d'eux, celui de Saint- David, avait reçu le pallium (11). Ils se plaignirent vivement au pape de l'usurpation de leurs églises par des hommes de race étrangère K nullement religieux (12). Mais le pape ne les écouia point, regardant ceux qui avaient rétabli l’impôt du denier de saint Pierre comme d'assez bons juges de ce qui convenait au bien des âmes, Après cel appel inutile, les Gallois, poussés à bout, se firent eux-memes justice, et chassèrent en plusieurs lieux, à main armée, les clercs étrangers qui avaient expulsé leurs prêtres et disposé des biens des églises comme d’un patrimoine privé (15),

Ces actes de vengeance nationale furent plus fréquents dans les contrées maritimes, lieux plus éloignés de l’Angleterre et du centre de la puissance normande. Sur la côte voisine de file ïTAnglesey, envahie par mer. eu même temps que cette lie, par les gens d’armes du comte de Ch ester ? se trouvait une ville épiscopale nommée 1km go r, où le roi Henry ltr avait établi un prélat normand appelé

(8) Mooast. angltc. t. I, p, 445,

(9) Cunscdaus ejua genlts rabtem, audiciam, Christian© ftdei triagnà ex parte FgQOraïUîanMMOïtasK nupl,. t, IJ, p, 63.)

(1Ü) Tantam lu monbus corum pmmitahtta. (Nolrn ud Eadmed UhUor,, p. 200,)

Cl J) Ibid,, p. tld.

(12) Hæc ccdesia ferà annihilât* est invasions su pc;r venîcntra gentls Noraiapnïæ,,, maximd parte cleri ddeta,,, (Aüfilla sacra, p, 093.)

(ia) Islc Gaufridui epîscopalum cîeserult, WaUensmm infesta Lioiie compulsus.., (Houer. de Uaved,, p* 544.)

î on

iuo llervé. Pour remplir au gré du roi ses Ponctions i m pastorales , nu m i lieu d’une contrée à peine soumise, Hervé , dit un ancien auteur , lira le glaive à deux tranchants (1), et lança des anathèmes journaliers contre les Cambriens, en même temps qu’il leur faisait la guerre a la tète d’une troupe de soldats (2)* Les Gallois ne se laissèrent pas excommunier et massacrer sans résistance; ils défirent l’armée de l’évèque, tuèrent un de ses frère» et plusieurs de ses gens, et le contraignirent a prendre la fuite (5)* Hervé retourna en Angleterre auprès du rot Henry, qui le félicita d'avoir souffert pour la foi, et lui promit récompense (4); le pape régnant, nommé Pascal, écrivît de sa propre main au roi, pour lui recommander cette victime de ce qui! appelait la persécution et la férocité des barbares (3).

Pourtant la nation galloise était peut-être alors, de toute l'Europe* celle qui méritait le moins le nom de barbare* Malgré le mal que les A nglo- -Normands lui faisaient chaque jour, ceux qui venaient la visiter sans armes, comme simples voyageurs, étaient accueillis et fêtés partout avec empressement ; on les admettait, dès le premier abord, dans Tin limité des familles ; on leur faisait partager le plus grand plaisir du pays , qui était la musique elle chant* « Ceux qui arrivent aux heures du matin, dit <r un auteur du douzième siècle , sont amusés « jusqu’au soir par la conversa lion des jeunes u femmes et par le son de la harpe (G)* » Il y avait nue harpe dans chaque maison, si pauvre qu’elle fût ; et la compagnie, assise en rond autour du musicien, chantait alternativement des stances quelquefois improvisées : on se donnait des défis pour l’i improvisation et le chant, d’homme à homme, et quelquefois de village u village (7).

La vivacité d’esprit naturelle aux races celtiques se manifestait en outre chez les Cambriens par leur goût excessif pour la conversation, et par la promptitude de leurs répliques* « Tous les Gallois, sans « exception, même dans les rangs les plus bas, dit u l’ancien auteur cité plus haut, ont reçu de la na~ « turc une grande volubilité de langue et une exu trème assurance à répondre devant les princes

(1) GlndhJtn bis acutum ad cos demandes excruit* (Ex HiaL FJicnsi roamiscripU, m notia ad Eailmcri HïsLor*

(2) Nu ne anatliemate* nunc prop inquorum et oliorum honiinum euB coeiccns rouUitwdtoe* (Ibid.)

(3) N pc minor fuit cornm centra eum rebellio. tlbid*)

(4) Ueligkm epîscepi. (Ibid*)

(5j Nimtâ barbarurum ferocià et pcrsecutione* (Ibid*

[6} Oui maiulinis borîs adveniunt, pmdianim affalibus cytliarii^tiçintjilnlie.usqtièad vesperam delectanlur* (Giraldi Ca mbrmi&îs, Ed* GampiJetL p, 880.)

« el les grands; les Italiens et les Français parais- pu u sent avoir la même faculté; mais on neîa trouve * n ni chez les Anglais de race, ni chez les Saxons de k la Germanie, ni chez les Allemands (8), On al- p a léguera sans doute - pour cause du manque de u hardiesse des Anglais, leur servitude actuelle; n mais telle n'est point la vraie raison de ees dilfé- « rences* car les Saxons du continent sont libres et u Ton remarque en eux le même défaut (G), n Les Gallois, quin 'entreprirent jamais dinvasions hors de leur pays à la manière des peuples germaniques, et qui* suivant un de leurs proverbes nationaux , souhaitaient que chaque rayon du soleil ) fûL un poignard pour percer L'ami de îa guerre (10), ne Faisaient jamais de paix avec l’étranger- tant qu’il occupait leur territoire, y fût-il cantonné depuis I o ti gu es an nées, y eû L- î I de s ch d tea u x , d e s hou rgs et j des villes* Le jour où Fun de ces châteaux était détruit de fond en comble était un jour de joie uni- ; vers elle, où, selon les paroles d:un écrivain gallois, * In père privé d’un fils unique oubliait sou malheur (11)* Dans la grande prise d’armes qui eut tien en Fannée 1158, les Normands, attaqués sur toute la ligne rie leurs marches, depuis le golfe de îa Dee jusqu’à la Sa ver ne } perdirent plusieurs pusLes, et, pour quelque temps, furent obligés de prendre a leur tour une attitude défensive (12)* Mais Davantage optent! par lesCambricnsne pouvait être d’une grande importance, parce qu’ils ne poursuivaient point h guerre au delà des limites de leurs montagnes et dé leurs vallées* Leur attaque, quelque vive qu’elle fût, donna ainsi moins d’alarmes aux conquérants de ]’ Angleterre, que l'invasion du roi d’Éeosse, et fût encore moins utile au peuple saxon, qui avait mis en elle son espérance (13)

Le roi Étienne n'euï pas besoin de quitter sa résidence du sud pour marcher à In rencontre, soit des Écossais, soit des Gallois* Mais , peu de temps après, les partisans normands de Mathilde, fille de Henry Ie*, lui donnèrent plus d'inquiétude* AppeKë en Angleterre par scs amis, Mathilde débarqua le 22 septembre de Tannée 1 1 39, se jeta dans le château d’Arondel sur la côte de Susse*, et de là gagna celui ^

(7) Fermant1 2 3 4* Leur in Wales.

(S) Loqnendi audaciam et respondeodi fhlnciam coràŒ pnneipibu» et maenaiibus.*. (oïi’aldi Cambr*, p. 889.)

(9) Si servi tu tem causa ri s in Anghs et himc ei EÏefeclura assipoes, in Saxunibns et Germannis qui Ubetlale ga u de et eodem tamen vitîo vexantur, ratio non proveult* (GiraMi Cambr*,p*SS9l)

(10) Gainbro-briUon, l*U, p. 13*

(11) Ibid*, t* I, p. 137*

(12) Gesla Stqdiani regis, p* 031, — FloreuL Wigoru** p. GG0.

(n) Orderie* Vital., p* 912*

iiîû <lc Bristol, que tenait son frère Robert, comte de Glocester {!)* Au bruit de l’arrivée de la prétendante, beaucoup de mécontentements et dintrigues f se cr è tes se d ë vo il è ren U La pl u part des c he fs di i n ord

et de Loues! firent leur renonciation solennelle à l’hommage et à l’obéissance d'Étienne de Blois , et renouvelèrent le serment qu’ils avaient prêté à la fille du roi Henry (S). Toute la race normande ^Angleterre parut divisée en deux factions qui s’observaient avec défiance avant d’en venir aux mains, u Le voisin, disent les historiens du temps, soup- « çonnaît son voisin, l’ami son ami, le frère son « frère (5), »

usa De nouvelles bandes de soldais brabançons, enmo ftafiès soit par Y un, soit par l’autre des deux partis rivaux, vinrent, avec armes et bagages, par différents ports el diverses routes , aux rendez-vous assignés par le roi “et par Mathilde (1) ; de part et d’autre, on leur avait promis , pour solde, les terres de la Faction ennemie. Afin de soutenir les frais de celte guerre civile, les fils des Normands se mirent à vendre et à revendre leurs domaines, leurs villages et leurs bourgs d’ Angleterre , avec les habitants , corps el biens (5)* Plusieurs firent des incursions sur les domaines de leurs adversaires, et y enlevèrent les chevaux, les bœufs, les moutons et les hommes de race anglaise, qu’on saisissait jusque dans les villes cl qu’on emmenait garrottés (G). La terreur était telle parmi eux , que, si les habitants de quelque ciLë ou de quelque bourg voyaient approcher de loin seulement trois ou quatre cavaliers, ils prenaient aussitôt la fuite (7).

Cet effroi exagéré provenait des bruits sinistres qui couraient sur le sort des hommes que les Normands avaient saisis et enfermés dans leurs châteaux (8)- « Car Us enlevaient, dit une chronique « saxonne, tous ceux qui leur paraissaient avoir « quelque bien, hommes et femmes, de jour comme « de nuit; et quand ils les tenaient emprisonnés,

(1] Gervasif Carcliiariensis ChronïG.VP- 15®-

(2) Ab obsequio regis recesserunt, et prialiois fidei aacramentis innovatis... (Ibid.)

(3} Picc vicions in proximo, nec amie us in amieü, nec frater in fratre potuit fuient habere* (Ibid., p, 1350.)

(4) FI and mises igitur , relie ta naUli solo, catervaÛm in Angliam coufluunt. (Ibid.)

(5) Quifous in stïpendmni danlur vicortim ae vUlarum cultures aique hahitatores. eum omnibus rebus suis univrr- $ïs ac ^tibsiaiuiia. (Florent* Wigorn. Continuai., p* G72.)

(0) Per viens et planas capiuntur, ci velul in copulà ca num conslriogiinLur. (Ibid., p. 073.)

(7) Si duo vei ti cs cquiles approiunqnarecL aUcui oppido omnes oppkiani fugemnt. (Cbron. saxon. Gibson, p.239.)

(Si Deoutes and y vêle tnen, (Ibid.)

(0) Adeô ul nuUi unqiiam martyres ialia senserînt. (Ibid.

(10) Aiios injeceruol în cmcctum (crue e l-ïm a), ld est.

— livre HUITIÈME. 201

tt pour en tirer de For et de l’argent, ils leur inflr- nATO « geaient des tortures comme jamais martyr n Vu tû« « éprouva Ç9). Les uns étaient suspendus par les « pieds, la tète au-dessus de la fumée; d’autres ëtaien t w pendus par les pouces, avec du feu sous les pieds ;

« à quelques-uns ils serraient la tète avec une couru roie, jusqu’au point d’enfoncer le crâne; d’autres « ëLaient jetés dans des fosses remplies de serpents,

« de crapauds et de toutes sortes de reptiles ;

« d’autres étaient placés dans la chambre à cru - I* cir : c’est ainsi que ( en langue normande ) on «t appelait uue espèce de coffre court , étroit , peu « profond , garni de cailloux pointus , et où le tt patient était tenu serré jusqu’à la dislocation des

membres (10).

tt Dans la plupart des châteaux il y avait un m trousseau de chaînes d’un poids si lourd que ee deux ou trois hommes pouvaient à peine le son- « lever (11) ; le malheureux qu’on en chargeait était « tenu debout par un collier de fer scellé dans un K poteau, et ne pouvait ni s’asseoir, ni se coucher,

« ni dormir. Ils tuèrent par la Faim plusieurs mil- « liers de personnes (12), Ils imposèrent tributs sur « tributs aux bourgs et aux villes ; et ( dans leur n 1 a u gu e ) i 1 s a pp ela i en 1 cela tensert'û (13). Lo rsque tt les bourgeois n’avaient plus rien à leur donner,

« ils pillaient et incendiaient la ville (14). On eût pu « voyager tout un jour sans trouver une âme dans u les bourgs , ni à la campagne un champ cultivé*

« Les pauvres mouraient de faim, et ceux qui au-

irefois avaient eu quelque chose mendiaient leur a pain de porte en porte (1 3). Quiconque put s’expati trier aban donna le pays. Jamais plus de douleurs « et de maux ne fondirent sur cette terre , et les ü païens , dans leurs invasions , en avaient moins « fait qu’eux (IG), ils n’épargnaient ni les cimetières « ni les églises , prenaient tout ce qu’il y avait à u prendre, et puis mettaient le feu â l’église : c’était n en vain qu’on labourait la terre; autant eût valu

cistam qiue eraL brevis et aogiista et deprma..* fChron. saxon. Gtbsou, p* 240*) O 'ucirt en vieux français, signifie torturer,

(M) In epmpluribus caslcllorum eraL herndnm quïddam ac deteslandtim scilicet sachcn-tcgcs.,, (Ibid.) Sacf al. sache , signifie procès ou question judicîaft'et iis, quacsiïo fiùlïcïarïa; tege teag signifie tien, [Voyez le Glomlre saxon d’Ëdward Lje,)

(12) Molta millia famé occi<fcrunt»{Chron. mon. Gibson,

(15) Imposueruntiributaoppidis valdè fréquenter, et ithïd voeârunl Tenserie*,. (Ibid.) Tenser ou tanscrt en vieux français, veut dire châtier,

(14) Vaslavmmt etincenderunt omnia oppida* (Ibid*)

(15) Ostiailin vicUim petebanî. (Ibid.)

(10) Netjue unquàm nagani pliis raali quàm lu feccrunt. (fbîd.)

TniEimv.

ü labourer le sable, et Ton disait tout haut que le (t Christ et ses saints étaient endormis (1), »

(Tétait aux environs de Bristol , où Y emparés se Mathilde et ses Angevins avaient établi leur quartier général , que régnait la plus grande terreur. Tout le jour on voyait amener à la ville des hommes liés cl bâillonnée , soit avec un hd Ion , soit avec un mors de fer (2)* 11 en sortait incessamment des troupes de soldais déguisés, qui, sous l'habit anglais, cachant leurs armes et leur langage , se répandaient dans les lieux populeux, se mêlaient h la foule* dans les marchés eL dans les rues , puis îouL à coup s'emparaient de ceux dont l'aspect semblait annoncer quelque aisance, et les conduisaient à leur quartier, pour les y mettre à rançon (3), Ce fut coi dre Bristol que le roi É tienne dirigea d’abord son armée ; celte ville forte et bien défendue résista, et les soldats royaux s'en vengèrent en dévastant et brûlant les environs (4)- Le roi attaqua ensuite, un à un, avec plus de succès, les châteaux normands situés sur la frontière du pays de Galles , dont presque tous les seigneurs s’étaient déclarés contre lui*

Pendant qu’il était occupé de cetLe guerre longue et pénible , l'insurrection éclata du côté de L’est; les terres marécageuses d'Ély , qui avaient servi de refuge aux derniers des Saxons libres, devinrent un camp pour les Normands de la faction angevine* Baudoin de Bevters et Lenoir , évêque rî’Ély , élevèrent, contre le roi Etienne, clés retranchements de pierre et de ciment aux lieux mêmes où Hereward avait bâti un fort de Lois (i>)* Ces lieux, toujours considérés comme redoutables par rauLorilé normande , â cause des facilités qu’ils offraient pour s’y réunir et s’y défendre, avaient été mis par Henry iV sous le pouvoir d’un évêque, dont la surveillance devait se joindre à celle du comte et du vicomte de la province (6), Le premier évêque du nouveau diocèse d’Ély fut ce même Hervé , que les Gallois avaient expulsé de Bangor; le second fut Lenoir , qui découvrit et dénonça la grande conspiration des Anglais, en fa nuée 1137. Ce ne fut point par zèle personnel pour le roi ÉLienue, mais par patriotisme* comme Normand , qu’il servit alors

(î) Diverunl enfin aperiè quùii Clniitus dormivit ei cju# franc Li. (Chron. saxon, Gihson., p* 24Q.)

[% Qre obtura lo vol cum mas s à aliquà il lie urgenler hnprcssii, vol cum machinulü ad forma ut atgeri tïœmï capistmlâ et dciHalâ..* (Gesta Slephaoi regis, p, 941.)

(3) In die perlritam ei populosam viam, on ne hhc, nunc illiu\ ît me rare... nom en suum* peraonaseLoffiduin nieniiii. mon arma, non uoiabilem hahitum. (Ibid.)

(4) Quæûiimqae in circuitu eraut vastatis et consümpiis*

(Ibid.)

(5) Ex lapide et cBpmcnki, (ïhfrt. Klienais, apiul A.ngHam s.icram, t. 1* p* CiiïÜ.j

iA CO X OU ÉTÉ

ce roi contre les Saxons, et, dès que les Normands se furent déclarés contre Étienne , Lenoir se joignit à eux, et entreprit de faire des îles de son diocèse un rendez-vous pour les amis de Mathilde (7).

Étienne attaqua ses adversaires dans ce camp, de In même manière cpie Guillaume le Conquérant y avait autrefois attaqué les réfugiés saxons* tl construisit des pouls de bateaux , sur lesquels passa la cavalerie, et mit en pleine déroute les troupes de Baudoin de Iteviers et de l’ évêque Lenoir (8). L’évêque s’erifuiL vers Gïocester, où se trouvait alors la fille de Henry lûr avec les principaux de ses partisans. Tous ceux qu’elle avait dans l'ouest . encouragés par l’absence du roi, réparaient les brèches de leurs châteaux* ou, transformant en forteresses les clochers des grandes églises , les garnissaient de machines de guerre; ils creusaient, â l’entour , des fossés , dans le terrain même des cimetières , de façon que les cadavres étaient mis à découvert , et les ossements dispersés (9)* Les prélats normands ne se faisaient aucun scrupule de prendre part n ces opérations militaires ^ et n’étaient pas les moins actifs rii les moins occupés à torturer les Anglais pour leur faire donner rançou. On les voyait, comme dans les premiers temps de la conquête, montés sur des chevaux de bataille, couverts d’armes, la lance ou le bâtira au poing, diriger les travaux et les attaques, ou tirer le butin au sort (10).

L’évêque de C Lester ci celui de Lincoln se faisaient remarquer parmi les plus belliqueux* Ce dernier rallia les troupes battues au camp d’Ély T et recomposa, sur la chie de l’est, une armée que le roi Élienuc vint attaquer, niais avec moins de succès que la première fois; ses troupes, victorieuses â Ély , se débandèrent près de Lincoln ; abandonné de ceux qui l’entouraient, le roi se défendit seul quelque temps ; mais , à la fin , obligé de se rendre, il fut conduit à Gïocester, aux quartiers de la comtesse d’Anjou, qui, de l'avis de son conseil de guerre, l'eu Ferma au donjon de Bristol (71). Celle défaite ruina la cause royale. Les Normands du parti d’ÉUenne, le voyant vaincu et captif, passè-

(G) Ccroens inaiilam Elienscm locura penculusissiniLim si qu<t seiULio in regno uriretur,..* SLuduit... locum sub sttiü epificapgU immu Lan. (logolf* CroyL Continuai., p. 117.)

(7j Considérai;! miià cl itmqicrabili 1 oc i mumtloüe* (Gepia Si eplia oi rrgîfr, p. 940.)

(8) Ibid., p. 030* — Ànglîa sacra, p. 620*

(0) Cœmetermm m castelli gti&tojiebaüir vallum, et cor para mortuornm rétracta.*. (Geata Siephani régis* p* 930.)

(10) ipsi qiiscopi ferroaccÎDCti... prædas participai** jiecumo.îos cruciatibug expouere... invehi equis.,*

(1t) lu tut ri lïrieaiovvenfri* [Costa Stephanî régis, p.flS2.J

iiji refit en foule du côté tle Mathilde (1), Son propre frère 9 Henry , évêque de Winchester , se déclara pour la faction victorieuse ; et les paysans saxons, qui haïssaient également les deux partis, profitèrent du désastre des vaincus pour les dépouiller et les maltraiter dans leur déroute (2},

La petite-fille tic Guillaume le Conquérant fit son entrée triomphale dans la cité de Winchester : ï'évèque Henry la reçut aux portes, a la tète du clergé de toutes les églises. Elle se mit en possession des ornements royaux, ainsi que du trésor d'Étienne (3), et convoqua un grand conseil de prélats, de comtes, de barons et de chevaliers. L'assemblée décida que Malhihle prendrait Je titre de reine, eLl’évèque qui la présidait prononça la formulé suivante : « Ayant *[ invoqué premièrement, et comme il convient, u Eaîde de Dieu tout puissant, nous élisons pour « dame de l'Angleterre et de la Normandie la fille a du glorieux, riche, bon et pacifique roi Henry, <t eL lui promettons foi et soutien (4). n Mais r heureuse fortune de la reine Mathilde la rendît bientôt dédaigneuse et arrogante; elle cessa de prendre conseil de ses anciens amis, et traita peu gracieusement ceux d'entre ses adversaires qui voulaient se rapprocher d’elle (8). Les auteurs de son élévation , s’ils lui faisaient quelque demandé , essuyaient souvent des refus, et, quand ils s'inclinaient devant elle, dit un vieil historien , elle ne se levait point pour eux (0). Cette conduite refroidit le zèle de ses plus dévoués partisans, et la plupart s’éloignant d3elle, sans pourlanL se déclarer polir le roi détrôné , attendirent en repos l'événement (7),

De Winchester 5 la nouvelle reine se rendît à Londres, Elle était fille d’une Saxonne ; les bourgeois saxons, par une sorte de sympathie nationale, la virent plus volontiers dans leur ville que te roi de pure race étrangère (S); mais l’empressement de ces serfs de la conquête toucha peu le cœur allier de l'épouse du comte d’Anjou, et la première parole quelle lit adresser aux gens de Londres Fut la île

(î) Spontè ad ce mi tissa? imperium couve rsîs. (G es la Stephani régis, p* 953.)

(S) À siinplicî rusUcoriim plebe in rnaiimi niius conjurante,., (Ibid.)

(3) Rcgtscjiiè castcUu ei regnî coronà,11ieaauris<pic. (Ibid., p. 954.)

(4) lüvocaià primé, ut par est, ici aux ilium DivmitatG, FUiam,,, in Angliæ ftormarmiaKjuc rlottimaui eligimiij, eîque fldem et mantiLenemeiilum promit Limita. (Acla conciiiï WitiLon. apud, script, rer, fr., L. XIII, ji* 23.)

(5) G esta StephaiiÊ regîs, p. 934,

(G) Non ipsîs auvè se mcliaanilÎMS reverenter ul deciiil assnrgere, (J bld.)

(7) Ad çuem fidem empta devenirent taciti observaient.

(Ibid.)

tS) Se il l| supplices obtulerimt. (Ibid.)

— LIVRE ITCUTIÈME, 803-

mande d'un énorme taillage fû). Les bourgeois, que u(r les dévastations de la guerre et les exactions d’Étienne avaient réduits à un tel point de détresse qu’ils craignaient une famine prochaine, supplièrent la reine d’avoir pi lié d’eux , et d’attendre , pour imposer de nouveaux tributs, qu’ils fussent relevés de leur misère présente (10), <r Le roi ne nous a rien laissé, » lui dirent d’un ton soumis les députés des citoyens.

<1 — J’en tends , reprît avec dédain la fille de « Henry Ier; vous avez tout donné à mon adverfc sa ire, vous avez conspiré avec lui contre moi, et u vous voulez que je vous épargne {I I}.**? a Obligés de payer le taillage, les bourgeois de Londres saisirent cette occasion pour présenter à la reine une humble requête : « Noble dame, lui dirent-ils ,

« qu’il nous soit permis de suivre les bonnes lois

d u r oï Fa l wa rd , to n gra n d-o n cl e , a u 1 i e u d e ce ! les d e 't ton père le roi Henry, qui sonL mauvaises et trop ■; dures pour nous (12), » Mais, comme si elle eût rougi de ses aïeux maternels et renié sa descendance anglo-saxonne, Mathilde s'irrita de celte requête, traita d’insolents ceux qui osaient la lui adresser, et proféra contre eux de grondes menaces. Blessés au fond du cœur, niais dissimulant leur peine, les bourgeois retournèrent à leur salle de conseil (T 5), où les Normands, devenus moins ombrageux, leur permettaient alors île s’assembler [mur faire entre eux, de gré à gré, la répartition des tailles; car le gouvernement avait pris la coutume d’imposer les villes eu masse, sans s’occuper de la manière dont l'impôt seraiL rempli par les contributions individuelles*

La reine Mathilde attendait en pleine securité, soit dans la tour du Conquérant , soit dons le nouveau palais de Guillaume le Roux, à Westmînsler , que les députés des habitants vinssent lui offrir a genoux les sacs d’or qu elle avait demandés, quand tout à coup les cloches de la ville sonnèrent l'alarme; une grande fouïe se répandit dans les rues et sur les places (14), De chaque maison sortait un

(Dj infini iæ copîm peeumam ore împertûso exegll. ÇGçsla S te p 1 1 an r reg is. p, 95 Lj

(10) Quateniis calamilatis et oppression» sua? miserta... vcl pauco le m porc parceret. (I bld.)

(11) Torva ocülos, crispa Là in ingam frcmic, inquiens, fond unie uses,,* ad regem restaiiranriiim * dm lias suas Jargîsalmè prorogasse, eum adversariis suis conspirasse.

(Ibid.)

(12) m leges eis régis Eriwarrli observare liccrcl , quia oplima? eraid ; non pains ml ficnrici, quia graves eranl, (Florent. Wigom. CbroD. apud script rer. frûncic,, t, XUI, p.77.)

( 13) Ttjatc$ etjhmaudiû ad sua rîbccjsëre.(GesLa Sicptiani régis, p. 9@4,)

(14) Cùm ergô comiliasa,.. piieMoiarctur, ornais civïlai sona û y i bu s u I ûq ne ca m pan is * ». (TbM , , p . 955)

t.4l homme armé du premier instrument tic combat qu'il avait trouvé sous sa main. Un ancien auteur compare la multitude qui s’amassait en tumulte aux abeilles sortant de la ruche (1), La reine et ses barons normands et angevins , se voyant surpris , et n’osant risquer , dans des rues étroites et tortueuses, un combat où la supériorité de l'armure et de la science militaire ne pouvaient être d’aucun usage, montèrent promptement à cheval et s’enfuirent (2). ils avaient à peine passé les dernières maisons du faubourg, qu’une troupe d’Anglais, accourus vers leurs logements, en brisa les portes, et, ne les y trouvant point, pilla tout ce qu’ils avaient laissé (3). La reine galopait sur lu route d’Oxford avec ses barons et ses chevaliers : de distance en distance quelqu’un d’entre eux se détachait du cortège pour s’enfuir plus sûrement tout seul par des chemins de traverse et des sentiers détournés (4) ; elle entra dans Oxford avec son frère , le comte de Glocester, et le petit nom lire de ceux qui avaient choisi cette route comme la plus sûre, ou qui avaient oublié leur propre danger pour le sien (3).

En réalité, ce danger était peu de chose; car les habitants de Londres, satisfaits d’avoir chassé de leurs murs la nouvelle reine d'Angleterre, ne se mirent point à la poursuivre. Leur soulèvement, né d’un accès d'indignation , sans projet conçu d’avance, sans liaison avec d’autres mouvements , n’était point le premier acte d’une insurrection nationale. L’expulsion de Mathilde et de ses ad hé* rcnls ne tourna point au profit du peuple anglais, jhi mais des partisans du roi Étienne. Ceux-ci rentre* ^ renl bientôt à Londres, occupèrent la ci Lé et la garnirent de leurs troupes, sous couleur d’alliance avec les citoyens (6b L’épouse du roi prisonnier se rendit à Londres et y établit ses quartiers; tout ce qu’obtinrent alors les bourgeois, ce fut d’être enrégimentés au nombre de mille hommes, portant le casque el le haubert, parmi les troupes qui se rassemblèrent au nom d’Etienne, et de servir, comme auxiliaires des Normands, sous Guillaume et Roger de ia Chesnaye (7).

L’évèque de Winchester, voyant le parti de son

(1) Quasi frefpienUssima ex apïum alveariia examina. (Geala Sic plia ni regis, p. 955.)

(3) Cumtrle* âceensï crfim... (Ibid.)

(3) Yix amemurates clvïtaiis, domos fugiendo ïiqmsseut. (Ibid.)

£4) Yariamm via ru ni diverti cula su beu ni es. (Ibid J

(5) Aliisrpie baropîbua pcrpaucis qui bus fugiendi oportunîtas illo apdüs dirigebatur. Ubîd.j

(Oj Ibid.

(7) Mille cuio gâtais cL loricis ornatis&lmê faMractb£lbid.,

(8) Oorniim quarn instar casiclU foi-Litcr et mexpugnabililer ftrmàrtt, (Ibid., p. 955.)

frère reprendre ainsi quelque force, déserta le parti contraire, et se déclara de nouveau pour le prison* m nier de Bristol ; il arbora la bannière du roi sur le château de Winchester et sur sa maison épiscopale, qu’il avait fortifiée et crénelée comme un château (S). Robert de Glocester et les partisans de Mathilde vinrent en faire le siège. La garnison du château, bâti au milieu de la ville, mit le feu aux maisons pour gêner les assiégeants ; et, pétulant ce temps, l’armée de Londres, attaquant ces derniers â i’improvistc, les obligea de se retrancher dans les églises, qu’on incendia pour les en faire sortir £9) * Robert de Glocester fut fait prisonnier, et ceux qui le suivaient se dispersèrent. Barons et chevaliers jetèrent leurs armes , et , marchant a pied pour n’étre point reconnus, traversèrent, sous de faux noms, les villeset les villages (10). Mais, outre les partisans du roi qui les serraient de près, ils trouvèrent sur t leur chemin d’autres ennemis, les paysans saxons, acharnés contre eux dans leur déroute , comme naguère ils l'avaient été contre h faction opposée (11); ils arrêtaient ces fiers Normands, que, malgré leurs efforts pour se déguiser, on reconnaissait au langage, elles faisaient courir devant eux à grands coups de fouet (12), L'archevêque de Canterbury , d’autres évêques et nombre de seigneurs, furent maltraités de la sorte el dépouillés de tous leurs habits (2). Ainsi celle guerre Fut â la fois pour les Anglais de race un sujet de misère et de joie, de celle joie frénétique qu’on éprouve au milieu de la souffrance, en rendant le mal pour le mal, Le petitfils d’un homme mort â Haslings éprouvait un moment de plaisir en se voyant maître de la vie d’un Normand , et les Anglaises qui tournaient le fuseau au service des hautes dames normandes riaient d’en tendre raconter les sou lira n ces de la rcï ne Mathilde à son départ d’Oxfonl, comment elle s’était enfuie avec trois chevaliers, la nuit , à pied* par la neige, et comment elle avait passé, en grande alarme, près des postes ennemis, trembla n L au moindre bruit d’hommes el de chevaux ou à la voix des sentinelles (14).

Peu de temps après que le frère de Mathilde, ^

(9) Gesta Slephani régis, p. 95G.

(10) Omnibus militandi abjeefis insïgmâs . pedltes et inhonori nomen mvm et fugam meuiiébaùtttr, ( Ibidem , p. 957.)

£11) In Dismii nistlcoruni Incidentes. (Ibid,)

(13) Dlrissimta flagria attciebantur. (Ibid.)

(15) Equla ût veatîbus ah isiis cap lia, ab illis hoirtrntlc abslraclis. (Ibid.) ^

(Î4j Tribus tantum se comitantibus milîüîuis , È castatlo jiücEu egreditur, per que ni vent el geiu pedestris... Iftac cor* nklimmstîidore, bine ululant in min altàm cl a mure... (Ibid ■» p. 050.)

J i4 1 Robert* comte de Glocestcr, eut été Fait prisonnier, n% les deux partis conclurent un accord, par lequel le roi et le comte furent rendus Lun pour Tau Ire , de manière que Ja dispute revint à ses premiers lerii42 mes (1), Étienne sortit de la tour de Bristol, et reprit l'exercice de la royauté ; son gouvernement s'étendit alors sur Ja portion du pays où dominaient ses partisan s j c'est-à-dire, sur les provinces du centre et de Test de l'Angleterre, Quant à in Normandie , aucun de ses ordres n'y parvint; car, durant sa captivité , tout le pays s'était rendu au comte Geoffroy, mari de Mathilde , lequel, peu de temps après, du consentement des Normands, céda à son fils aîné Henry , le titre de duc de Normandie (â), Le ms parti d’É tienne perdit ainsi l'espérance de se recruter outre-mer; mais, comme il était maître des côtes , il eut le moyen d 'empêcher que de semblables renforts ne parvinssent à ses adversaires, resserrés dans la contrée de l'ouest. Leur seule ressource fut de solder des corps de Gallois qui , bien que mal armes , arrêtèrent quelque temps , par leur bravoure et leur tactique bizarre, la marche des partisans du roi (5).

Pendant que la lutte se prolongeait assez mollement de part et d'autre, Henry, fils de Mathilde, parti de Normandie avec une petite armée, réussit nsa â débarquer en Angleterre. Au premier bruit de son arrivée, beaucoup de gens commencèrent à abandonner la cause d’Etienne ; mais , dès qu’ils apprirent que Henry n'avait que peu de monde et peu d'argent, beaucoup revinrent au roi, et la désertion s'arrêta (4). La guerre se poursuivit sous le même aspect qu "auparavant ; il yeut des châteaux pris et repris, des villes pillées et brûlées- Les Anglais, fuyant de leurs maisons par force ou par crainte, allaient bàlir de petites cabanes sous les murs des églises ; mais ils ne tardaient pas à en être expulsés par Tun ou 1 autre parti, qui transformait l'église en forteresse , crénelait le haut des tours et y braquait ses machines de guerre (b)*

Le fils unique du roi Etienne, nommé Elis tache, qui s'était plus d'une fois signalé par son courage, mourut , après avoir pillé un domaine consacré a sain! Edmund , roi et martyr; et sa mort fut , selon

(J) AJ primum dme attente punctum* (Gcsla Stephanl régis, p. 957,)

(3) tiujlj* Néàbrlff* aptid scripl. rcrum franeic,, lûm.XÎJK p. 09,

(3) C nul d ta et i odo milas ped edrls m u I l il u d i n is, Wâl t e ndum icHïCet.,, (Ge^la Slepliani régis, p. 964*970.)

(4) fbiil., p. 973. — Gei'Vaa. Cântuanenîis, p, 1366.

(fl) Alii circA terapîa , spe vîdclicct se lutandi, liuin iTia conleientes tugûrfa... (Gesïa Slcpham régis, p. 900.) — Dû tuiri tmdè dtdees tipUhnabnïorms monitus, ruine ba listas ëHgL (Ibid., p, DSL)

(fi) Ibid.

- LIVRE HUITIÈME. -v 2011

les Anglais de naissance, la suite de l'outrage qu’Eus- im tache avait osé faire à ce saint de race anglaise (6). Étienne, n'ayant plus de fils auquel il pût désirer de transmettre la royauté, fit alors proposer à Henry d'Anjou, son rival, de terminer la guerre par un accord; il demandait que les Normands d'Angleterre et du continent le laissassent régner en paix durant sa vie , à condition qu 'après lui le fils de Mathilde serait roi. Les Normands y consentirent, et la paix fut rétablie, La teneur du traité, juré par les évêques , les comtes , les barons et les chevaliers des deux partis , s'offre sous deux faces très-différentes dans les historiens du temps, selon la faction qu'ils favorisent* Les uns disent que le roi Étienne adopta Henry pour son fils , et qu'en vertu de cet acte préalable, les seigneurs jurèrent de donner en héritage au fils adoptif le royaume de son père (7); d'autres, au contraire, prétendent que le roi reconnut positivement le droit héréditaire du fils de Mathilde sur le royaume , et qu'en retour ce dernier lui octroya bénévolement de régner le reste de sa vie (8), Ainsi des contemporains , également dignes de foi, font provenir de deux principes entièrement opposés la légitimité qu'ils accordent au petit-fils de Henry V*. Lesquels doit-on croire en cela? Ni les uns, ni les autres; et la vérité est que les mêmes barons qui avaient élu Étienne, malgré le serment prêté à Mathilde, qui ensuite élurent Mathilde, malgré le serment prêté à Étienne , par un nouvel acte de volonté, désignèrent, pour succéder à Étienne, le fils de Mathilde, et non sa mère: de celte volonté toute-puissante dérivait la ïégi limité royale (9).

Peu de temps avant son expédition en Angleterre, nr£ Henry avait pris pour femme l'épouse divorcée du UJ3 roi de France , Eléonore on Àliénor, ou plus Familièrement Àanor, fille de Guillaume, comlede Poitou et duc d’Aquitaine , c'est-à-dire, souverain de toute 1 a eût e oeeide n ta le de 1 a Ga u le , depu is l 'e tu b ouch u r e de la Loire jusqu'au pied des Pyrénées (10), Suivant les usages de ce pays, Eléonore y jouissait de tout le pouvoir qu'avait exercé son père ; et , de plus, son mari, quoique étranger, pouvait entrer avec elle en partage de la souveraineté. Le roi Louis Vil

(7j El i ex qtiidem dticcm adaptons în ntl u m, eum solemîiiier aucccssomn propmim dre lara vit. (Gtiiîl. Neuforïiî;. ap. script. rer. ! rancit., t. XfH, p, 100.)

(8) llux reçoçoont hærediUrhim jus cpïod dus Hetmcm habcbal in rejjno, cl iIuk benigite coucesîâSL nt rex loiâ vil A s«â, si vdJct, regoura tenerd, (Cltronie, Normann., p. 980.;

(9) Sciaîts quùd ejjo rex Slepbamis Henrirmn ducem manié© poH ine suoeessoreiu regni Angtiœ , cl hæreitem meum jure bcei'edilarte ÇoaiUtttî , il ci ae tifBrcfiibus sois t'i’pum Arïgliæ Uoriavl et confirma vî (tnstrnmenlitm pacis, apttd Jo. Biomptoa,, p. 1 037.]

£10) Scripl. rcr, francic., t* Xllt, p. 102, et t. \JV, p. IJ.

1 152 eut ce privilège , tant qu’il resta uni à la lilie du jjl.j comte Guillaume, et il entretint des officiers et des garnisons dans les villes de FAquitame ; maïs, aussitôt qu’il feul répudiée, il lui fallut rappeler ses sénéchaux et ses hommes d’armes {1 )* Ce fut en Palestine, ou Éléonore avait suivi sou mari partant pour la croisade, que leur mésintelligence éclata. Persuadé, soit à tort, soit à raison . que la reine le trompait pour un jeune Sarrasin, Louis sollicita et obtint le divorce refusé par l’Eglise aux gens du peuple , mais souvent accordé aux princes (2).

Il se tint . a Bea ugency- sur-Loi re , un concile devant lequel la reine de France fut obligée de comparaître. L’évèque , qui portait la parole comme accusateur , annonça que le roi demandait le divorce, » parce qu’il ne se fiaiL point en sa femme, « et jamais ne serait assuré de la lignée qui viendrait u d’elle (3). » Le concile passa outre sur cette scandaleuse requête , et déclara le mariage nid , sous prétexte de parenté , s’apercevant un peu lard tpi’ Eléonore était cousine de son mari à Fun des degrés prohibés {4). L’épouse répudiée se mil en route pour retourner dans son pays , et s’arrêta quelque temps à Blois. Durant son séjour dans celte ville, Thibaut , comte de Blois , lâcha de lut plaire et d’obtenir sa main. Indigné du refus qu'il essuya , le comte résolut de retenir en prison, dans son château, la duchesse d’Aquitaine (3), et même de l’y épouser de force , comme s’exprime un vieil historien (G). Elle soupçonna ce mauvais dessein ; et, partant de nuit , descendît la Loire jusqu’à Tours , ville qui faîsaîL alors partie du comté d’Anjou. Au bruit de son arrivée , le second fils du comte d’Anjou et de l’empcresse Mathilde , nommé Geoffroy , épris du même désir que Thibaut de Blois, tint se placer en embuscade a un port de la Loire , qu’on appelait îe Port des Piles, pour arrêter le cortège de la duchesse , l’enlever elle-même et l’épouser (7) ; mats Éléonore, dit Fhislorien , en fut avertie par son bon ange, et prit suintement un autre chemin pour aller à Poitiers (8).

C’est là que Henry, fils ainé de Mathilde et du comte d’Anjou , plus courLois que son frère . se rendît pour solliciter Famour de la fille des ducs d’Aquitaine. 11 fuL agréé , conduisit sa nouvelle épouse en Normandie , et envoya, dans les cités de

(T) Munition es removet 7 génies se a s oxindè reducit. (Script, rer. francic.. I. XIÏ, p.474.)

(2) U a ne a m pl i « s no] u i L li a bere. . . n xore m suam répudiai...

XII ,p. 1 27^474.)

(3) De Potier. Histoire des conciles, t. VIII, p. 23.

(4) Quôrî inter ipsum et reginnm Atienoridem lïnca con* sanguin! Ulis èJrat. (Script. rer, fraude., iH XII, p, 127.)

(fi) Eam per vjm pubère $ibi volait. (Ibid.)

A CONQUÊTE

la Gaule méridionale , des ha illis, des justiciers et des ma hommes d’armes normands. Au titre de duc de Normandie il joignît dès lors ceux de duc cF Aquitaine et de comte de Poitou (G) ; et , son père ayant déjà l’Anjou et la Touraine , leur souveraineté s’étendait sur toute la partie occidentale de ta Gaule, entre la Somme et les Pyrénées , à l’exception de la pointe de Bretagne* Les terres du roi de France, bornées par la Loire , la Saône et la Meuse, étaient loin d’avoir une pareille étendue. Ce roi s’alarma de voir s’accroître à un tel point la puissance normande, rivale de la sienne depuis sa naissance, et encore plus depuis la conquête de P Angleterre. 11 avait fait de grands efforts pour prévenir Frniion dit jeune Heury avec Éléonore dT Aquitaine, et l’avait sommé, comme son vassal pour le duché de Normandie, de ne point contracter mariage sans l’aveu de son seigneur suzerain (10), Mais les obligations de l’homme -fige envers le suzerain , même quand les deux parties les avaient expressément avouées et consenties , n’avaient guère de valeur entre gens d’égale puissance. Henry ne Uni nul compte de la défense de se marier, et Louis Vil fut obligé de se cou te n ter des no u veau x ser m en Ls d ’ 1 1 orn ma ge q ne lui prêta le futur roi d’Angleterre pour le comté de Poitou et le duché d’Aquitaine (11).

Des serments de ce genre, vagues dans leur teneur, prêtés de mauvaise grâce et en quelque sorte pour la forme . étaient depuis longtemps le seul lien qui existât entre les successeurs des anciens rois franks et les chefs souverains du pays compris entre la Loire cl les deux mers ; car la domination franke n’avait pu prendre racine dans ces contrées aussi fortement que dans celle qui était voisine de la Germanie. Au septième siècle, les peuples de l’Europe qui entretenaient quelques relations avec la Gaule avaient déjà coutume île la désigner tout entière par le nom de France} mais, au sein même du territoire gaulois ce nom était loin d’avoir une pareille universalité. Le cours de la Loire formait la limite méridionale de la Gaule franke , ou du pays français \ et au delà se trou va it le pays romain, différent de l'autre par h langue cl les moeurs, surtout par lu civilisation (12).

Dans la contrée du sud, les habitants, grands ou petits , riches ou pauvres , étaient presque cu-

(7) Ciim iiiGîîm uxorem ducçre et apud porlnm de Piîe& rapere vohmsel. (Script, rer. franck:,, i. XI L ji. 474.)

(S) l|isa commotiUaaîïangriiesnb, per alïam viam reversa est... (Ibid.)

(9) Ibid., lom. XII. p. 474, et loto. XIII , p. Î02.

(10) Ibid., t.Xl!,p.474.

(11) Ibid., t. Xlll, p. 505,

(12) Ibid., t. Xtll— XVllJj passirn.

librement de pure race gauloise , ou du moins la T5« descendance germanique nTy était point accompagnée de la même supériorité de condition sociale qui s'y attachait dans le nord* Les hommes de race franke, qui étaient venus dans la Gaule méridionale soit en conquérants , soit comme agents et commissaires des conquérants , établis au nord de la Loire, ne réussirent point à se propager comme nation distincte au sein dTune population nombreuse et réunie dans de grandes villes : aussi les habitants de la France et de la Bourgogne employaient -ils d’ordinaire le nom de Romains pour désigner ceux du midi (1).

Plusieurs des successeurs de Chlodowig ajoutèrent à leur titre de roi des Franks celui de princes du peuple romain {% au déclin de celte première dynastie, la population de F Aquitaine et de la Provence prit dans son propre sein des ducs et des comtes indigènes, ou , ce qui est pins remarquable, contraignit les descendants de ses gouverneurs de l ace tudesque à se révolter avec elle. Mais cet affranchissement de la Gaule méridionale était à peine accompli , que Pavéneinent d’une seconde race de rois vint rendre à la nation fronke son ancienne énergie et la pousser de nouveau à la conquête du Midi.

rt’(ï Redevenus maîtres de ces belles contrées, les si4 Gallo- Franks y placèrent des gouverneurs et des juges (5) qui enlevaient , sous forme de tribut, tout l’argent du pays ; mais , à la première occasion favorable , les Méridionaux refusaient de payer, se soulevaient, et chassaient les étrangers* Alors les Franks descend aient du nord pour revendiquer leur droit de conquête; ils venaient sur les bords de la Loire , soit a Orléans , soit a Tours , soit à Ne ver s, tenir leur champ de mai en armes (4). La guerre commençait entre eux et les habitants du Limousin onde l'Auvergne, qui étaient Pavant- garde de la population gallo-romaine. Si les Romains (pour parler le langage de l'époque) se sentaient trop faibles, ils proposaient au chef des gens de France de lui payer l'impdt chaque année, en conservant d’ailleurs l'indépendance politique (iS). Le prince frank soumettait cette proposition à ses leudes (G), dans leur assemblée, tenue en plein air; si celle

P) Ffedegari] scoïastîd Chronicon , apuü script, rer. Francic., i. Jlt p, 742 et pasdm.

(2) Lraghcrius, rex Franco rtim el romani populi princeps. (Dubos. EmhlîssemetiL do la monarchie française, t. Il* p.388.)

(3) Sws judices conaLiluit. (Fredeg. eh rouie, continuât., pan. IIIO

(4) Corn evercitn, CEim Francis cl proceribus suis, placïlum sirum, campa mato tenons: post Lirreie Uansacto... (Ibid,, part. XI.)

t5) Tribuia vel nitmera quæ reges Francoi um de Àquita-

assemblée votait contre la paix , l'armée continuait 7,™ sa marche, arrachant les vignes et les arbres à 8f4 fruit, enlevant les hommes, le bétail et les chevaux (7). Quand la cause du Midi avait été complètement vaincue, les juges , graf$> et skepen franks (8) se réinstallaient dans les villes, et, pour un temps plus ou moins long, en tète des actes publics figuraient les formules suivantes ; « Sous « îe règne du glorieux roi Pépin ; sous le règne de « F illustre empereur Karie* »

Karic , ou Charlemagne , établit roi en Aquitaine, du consentement de tous les seigneurs franks, son fils Lodcwig, que ks Gaulois nommaient Louis (S)).

Ce Louis devint, à son tour, emper tir ou keisa r des Franks, et, sous ce titre, régna a la fois en Germanie, en Italie et en Gaule* De son vivant, il voulut faire jouir ses fils de celte autorité immense, et le partage inégal qu’il établit excita entre eux lu discorde* Les Gaulois méridionaux s'empressèrent de j) rendre parti dans ces querelles , pour les envenimer el contribuer à F affaiblissement de leurs maîtres* En attend mt le moment de s'insurger sous des chefs de leur race el de leur langue, ifs su donnèrent la royauté de leur pays à des membres gjj de ta famille impériale, niais a ceux que ni l’empereur ni rassemblée souveraine des Franks ne voulaient y voir régner (10) : il en résulta de longues guerres et de nouvelles dé va stations pour les villes de l'Aquitaine. La grande lutte pour la royauté, qui sra s'éleva sur la fin du neuvième siècle , et se proion- asa gea durant cent ans, donna quelque relâche aux Aquitains. Indifférents aux deux partis rivaux , n'ayant nul intérêt commun ni avec la famille de Charlemagne , ni avec les rois de nouvelle race , ils se tinrent à l'écart et profilèrent de la dispute comme dTun prétexte pour résister également au pouvoir des uns el des autres. Lorsque les Galïo- Franks, renonçant à l’obéissance de l'Auglrasien Rafle, dît le Gros, eurent fait roi Je Nëustrien Eudes, comte de Paris, ou vit s'élever en Aquitaine un roi national, appelé Ranulf, qui, peu de temps après, sous les Litres plus modestes de duc des Aquitains et de comte des Poitevins, régna, en toute souveraineté, depuis la Loire jusqu’aux Pyrénées. Le roi Eudes partit de France pour aller

niô provincià exigera consueverunt. (Fredeg. SchoEasticchron.)

(G) Leodj liedf Ue/j lente, peuple, gens...

(7) Sed hoc rex per cgdsîIîuiu Franco™ m facere coniempsil... loiam regioncm vastavït... Mm prïedà, cquitlbus, captîvk, thesaurls, Chris ta duce , revers us est in Franc i ara. (Fredegariï Schalasüci. chron. continuai.)

(8) Voyez livre H. p, 50.

(0) LM euro cou sensu Franco ru m.fScripL rer. franc., t.V.)

(10) Mihardi Mb. I, cap. 8. — Annales Beriinkmi, apnd scripl. renim. francie,, t. V, p. 504.

ssa soumettre 1* Aquitaine ; maïs il n y réussit pas* A leur résistance matérielle les habitants du Midi joignaient une sorte d’opposition morale ; ils se faisaient en apparence les défenseurs des droits de la vieille famille dépossédée , parla seule raison que les Français ne voulaient plus reconnaître ces droits»

Presque tous les chefs indépendants de F Aquitaine , du Poitou et de la Provence , imaginèrent dès lors de se prétendre issus de Charlemagne par les femmes , et firent grand brnîi de cette descendance hypothétique pour s’autoriser a donner aux im rois de Za troisième dynastie la qualification d’usurpateurs (1). Après que Charles le Simple (2), héritier mo légitime de Charlemagne, eut été emprisonné a Pétonne, son nom fut mis eu tète îles actes publics en Aquitaine, comme s'il eût toujours régné; puis, quand son fils eut recouvré le pouvoir , les Aquitains ne souffrirent pas qu'il exerçât sur eux, soit directement , soit indirectement , la moindre autorité.

9S7 La victoire des Français sur la seconde et dernière dynastie germanique fui décidée à perpétuité par l'élection de Hugues, surnommé Capety ou C/tape t, dans la langue romane d’outre-Lorre (5), Les Méridionaux ne prirent aucune part a cette élection, et ne reconnurent point le roi Hugues : celuici, à la fèLc de sou peuple d’entre Meuse et Loire, fit la guerre à l'Aquitaine; mais, après beaucoup d'efforts, il ne parvînt qu'a établir sa suzeraineté sur les provinces les plus voisines de la Loire , sur flss le Berry, la Touraine et T Anjou (4), Pour prix de son adhésion , le comte de ce dernier pays obtînt le titre héréditaire de sénéchal du royaume de France, et, dans les festins solennels, il eut la charge de servir à cheval les mets de la table du roi. Mais Ta Lirait de pareils honneurs ne séduisit point les comtes ni les ducs des territoires plus méridiom naux ; ils soutinrent le combat ; et la grande masse j ils de population qui parlait le langage d’oc ne reconnut, ni en fait ni en apparence, l’autorité des rois de la contrée où Ion disait oui, Le midi de la Gaule, partagé en diverses principautés, suivant les divisions naturelles du territoire ou Fane tenue circonscription des provinces romaines , parut ainsi , vers le onzième siècle , affranchi de tout reste de la sujétion que les Franks lui avaient imposée; et le peuple d’Aqui laine n’eut dès lors pour souverains que des hommes de sa race et de son langage.

11 est vrai qu'au nord de la Loire, depuis la fin du dixième siècle, une même langue était aussi com-

(1) Histoire générale du Languedoc , par tes pères Bénédiclîns, livre XL

(2; Garni üs. Simplex, Slulttis, Sotlus. (Scrrplor, rcr, franc.)

mune aux rois, aux seigneurs et au peuple : mais, $$ dans ce pays , où la conquête n’avait jamais été dé- 1 * mentie, les seigneurs n’aimaient point le peuple; ils sentaient au dedans d'eux-mêmes , sans peutêtre s’en rendre compte , que leur rang et leur puissance provenaient d’une source étrangère. Quoique détachés pour jamais de leur vieille souche ludesque, ils n'avaient point renoncé aux mœurs de la conquête : eux seuls jouissaient , dans le royaume, de la propriété territoriale et de la franchise personnelle. Au contraire, dans les peliLes souverainetés méridionales , quoiqu'il y eût des rangs parmi les hommes , quoiqu'il y eût des classes élevées et des classes inferieures , des châteaux et des masures , de l'insolence dans la richesse et de la tyrannie dans le pouvoir , le sol appartenait au corps du peuple , et nul ne lui en contestait la pleine propriété , le franc - aleu , comme disaient les lois du moyen âge. C’était la masse populaire qui avaiL , à plusieurs reprises , reconquis ce sol sur les envahisseurs d'outre-Lorre.

Les duchés, les comtés, les vicomtés, toutes les seigneuries étaient plus ou moins nationales : la plupart s’étalent élevées dans des temps de révolte contre la puissance étrangère, et avaient été légitimées par l’approbation populaire. Aussi le peuple exerçaît-il le droîL de contrôle sur la conduite des grands et des puissants. La satire contre les chefs, soit de l’État , soit de l’Église , les vers ou les dictons mordants mêlaient point, au sud de la Loire, des crimes de lèse-majesté (a). Ou trouvait dans ce pays de la vie politique , on y sentait la présence d'une nation; tandis qu’au nord du même fleuve, le peuple épars sur les champs, où il vivait et mourait serf, ou parqué dans de misérables villes, travaillait et s’épuisait en silence pour le service de maîtres ombrageux.

Mais, malgré cette absence de vie sociale et de liberté, le royaume de France était puissant par son étendue et formidable au dehors ; aucun des États qui se partageaient avec lui l'ancien territoire gaulois ne régalait eu force, et ses chefs faisaient souvent trembler les ducs et les comtes du Midi au milieu de leurs grandes cités , enrichies par les arts et le commerce; souvent , pour s’assurer une plus longue paix avec la France , Us offraient leurs filles en mariage , et, par une fausse politique, donnaient aux princes français entrée chez eux à titre de parents et d’alliés. C’est ainsi que l'union de le fille du duc Guillaume avec le roi Louis VII ouvrit, comme on l'a vu, les villes de rAquitame et

(5) Hue Chapet. (Chronique de Saint -Denté.)

(4) litéloirc générale du Languedoc, livre XII.

ffi) Voyes liv. H, p. î>0.

m du PoiLon a des garnisons étrangères. Lorsque, u*2 après le divorce d'Éléonore , les français se furent retirés, son second mariage amena des Angevins et des Normands, qui disaient comme les Français oui et ne?tui/, mi lieu d’oc et no (1), Peut-être y avait-il entre les Angevins et les Méridionaux un peu pins de sympathie qu'entre ces derniers et les Français , parce que la civilisation croissait en Gaule à mesure qu'on avançait vers le sud* Mais la différence de langage et surtout d'accentuation devait rappeler sans cesse aux Aquitains que Henry, fils de Mathilde, leur nouveau seigneur* était encore un étranger *

nrn Peu de temps après le mariage qui le fit duc d'Aquitaine } Henry devint comte d'Anjou , par la mort de son père , mais sous ïa condition expresse de remettre cette province à son jeune frère , le jour où lui-mème deviendrait roi* 11 en prêta le serment avec un appareil lugubre sur le cadavre du mort ; mais ce serment fut violé , et Henry garda ie comté d'Anjou, lorsque les barons normands, plus fidèles que lui à leur parole , Peurent appelé lifts en Angleterre pour succéder au roi Étienne {£)* Dès qu'il eut pris possession de la royauté, il qualifia Étienne d'usurpateur , et s'occupa d'abolir tout ce qui s'était fait de son vivant (5), 11 chassa d’Angleterre les brabançons , qui s'y étaient établis après avoir servi la cause royale contre Mathilde* Il confisqua les terres que ces hommes avaient reçues en solde , démolit leurs châteaux forts et ceux des partisans du dernier roi, voulant, disait-il, en réduire le nombre à ce qu'il était sous le roi Henry, son aïeul (4). Les compagnies d'auxdiaires étrangers, venues en Angleterre durant la guerre civile , avaient commis beaucoup de pillages sur les Normands du parti contraire à celui qu'elles servaient ; leurs chefs avaient enlevé des domaines et des maisons et les avaient ensuite fortifiées contre les seigneurs normands dépossédés, imitant les pères de ces derniers, qtti avaient de même fortifié leurs habitations conquises sur les Anglais (IS), L'expulsion des Flamands fut pour toute la race anglo-normande un sujet de joie égal à ce que sa propre expulsion eût été pour les Saxons : u Nous les vîmes tous, diL un auteur *( du siècle , passer la mer pour retourner du camp

(1) Voyes les poésies des Troubadours , publiées par M. Ray couard, t. IV,

(2) A principihus Anfpn voeatur* (Gervas* Caoiuar*, P* 1370.)

(5) Tempore Slephanî ablatons meL (Charla Henrici II. — ïnra<arï«„, (Jo, Urouiplon* p* J 048.)

(4) Castra, mu ni lion es solo tenus complanaviL (Ibid-}

(5) Castdla passïm per Anjliam ædifleaLa, (Gm. Cant. p, 1577.)

(Ci A castris ad aâitra, à Unioriis ad ergasteria re\acaii

« ït la charrue, et redevenir serfs, après avoir été u maîtres (6) , a

Quiconque, vers l'année 1140, à l'invitation du roi Etienne , avait dételé ses bœufs pour passer le détroit , et venir à la bataille de Lincoln, était ainsi traité d'usurpateur par ceux dont les ancêtres avaient dételé , en 1066 , pour suivre Guillaume le Bâtard, Les conquérants de l'Angleterre se regardaient déjà comme possesseurs légitimes ; ils avaient effacé de leur esprit tout souvenir de leur usurpation violente et de leur ancienne fortune , s'imaginant que leurs nobles familles n’avaient jamais exercé d'autre emploi que celui de gouverner les hommes* Mais les Saxons avaient plus de mémoire ; et , dans les plaintes que leur arrachait la dureté de leurs seigneurs , ils disaient de plus d'un comte et de plus d'un prélat de race normande : u 11 nous <l harcèle et nous pique comme sou aïeul piquait « les bœufs de l'autre côté de la mer (7}, i»

Malgré cette conscience de sa propre situation et de l'origine de son gouvernement, la race saxonne, fatiguée par la souffrance, se laissait aller à une résignation apathique. Le peu de sang anglais que l’impératrice Mathilde avait transmis à Henry II était, disait-on , un gage assuré de sa bienveillance pour le peuple (8), et l'on oubliait comment cette même Mathilde, plus Saxonne pourtant que son fi U, avait traité les bourgeois de Londres, Des écrivains, soit simples et de bonne foi, soit payés pour préconiser d'avance le nouveau règne, publièrent que 1* Angleterre possédait enfin un roi anglais de nation ; qu'elle avait des évêques, des abbés, des barons et des die- mw valiers.issus de l'une etde l'autre race, et qu'amsi la haine nationale était désormais sans motif (9), Nul doute, en effet, que lés femmes saxonnes, enlevées et mariées de force, soit après la bataille de HasLings, soit après les déroutes d'York et d'EIy, n'eussent, au milieu du désespoir, donné des fils à leurs maîtres ; mais ces fils de pères etrangers se croyaientils les frères des bourgeois et des serfs du pays? et le désir d'effacer auprès des Normands de race pure la tache de leur naissance ne devait-il pas, au contraire, les rendre plus orgueilleux envers leurs compatriotes maternels? Il était vrai aussi que, dans les premiers temps de l'invasion, Guillaume le Con-

tur, et quas noslratibus opéras iodixeraot, dominis suis ex necesaiiale pcrsolTDüî. (Radulpkï de Dkelo, p. 528.]

(7) >*,*,Pungebal aculeo memor pise recorda li on is avi sui qui aratrum durere ei bove& ca&Ugare cousueverat. (Roger* dé lloved.* p. 703.)

(8) Math. Paris*, p. Gfi.

(0) Babel uunc cerlède généré Anglorum Anglia regetit ; babel ejiiscopos et abhates , ha bel principes et comités ex ulriusque se mi ni s conjunclione procréâtes, (AUred. Rieval» tenais, p* 402*)

THIERRY

âlO HISTOIRE DE

H55 q uera nt avait offert tîes femmes de sa nation et

j *rrf! même de sa Famille à des chefs saxons encore libres ; mais ces sortes d’unions furent peu nombreuses, et, dès que la conquête parut achevée, nul Anglais ne se trouva plus assez noble pour qu’une Normande r honorât de son lit. D’ailleurs, quand il eût été constant que beaucoup d'Anglais de naissance, en reniant la cause de leur pays, en désapprenant leur langue, en jouant le rûle de flatteurs et de para si tes, se ftiss e u 1 éle v ës a u x pr ivïl ëges des b o m m es de race étrangère, cette fortune individuelle n atténuait poiii! , pour la tuasse des vaincus, les tristes effets de la conquête.

Peut-être même le mélange des races étail-B alors en Angleterre plus favorable aux oppresseurs qu’aux opprimés; car, à mesure que les premiers perdaient, si Èon peut s’exprimer ainsi, leur caractère d’étrangeté, le penchant n la résistance s'affaiblissait dans le cœur des autres. Une réaction violente, seul recours efficace contre les injustices de la conquête, devenait moins possible. Aux chaînes delà domination usurpée se joignaient des liens moraux * le respect des hommes pour leur propre sang , et ces affections bienveillantes qui nous rendent si patients è supporter le despotisme domestique* Aussi Henry II vit-il sans déplaisir des moines saxons, dans la dédicace de leurs livres , lui eTaler sa généalogie anglaise, et, sans faire mention ni de son aïeul Henry Ier, ni de son bisaïeul le Conquérant, le louer d’ètre issu du roi Alfred, « Tu es fils, disaïent- *( ils, de la très-glorieuse impératrice Mathilde, ii dont la mère fut Mathilde , fille de Marguerite , « reine d’ Écosse , dont le père fut Edward, fils du " roi Ëdm u n d-C A leAte-F er , Tarn ère-petit-fils du ■a noble roi Alfred (1). »

Soit par hasard , soit à dessein , il circulait aussi dans le même temps de fausses prédictions qui annonçaient le règne de Henry d'Anjou comme une époque de soulagement, et, en quelque sorte , de résurrection pour le peuple anglais. L’une de ces prophéties était attribuée au roi Edward, a son lit de mort ; et l’on disait qu’il l’avait prononcée afin de rassurer ceux qui craignaient alors pour l'Angleterre les projets ambitieux du duc de Normandie®. n Quand l’arbre vert, leur avait-il dit* après avoî r été n coupé au pied et éloigné de sa racine a la distance <i de trois arpents, s’en rapprochera de lui- même, if fleurira et portera des fruits, alors un meilleur

(l)Filîus es ploHonssimee impératrice MalhiIdis.,,(AÎtîcd. Hiev aliénai s, p* 350.)

(S) Voyez livre III.

(ôj Ciim arhor viridts à sue truneo reacîaa ad trium jugerum apatium à radie e propriâ separetur, et ad radie coi iluUo, cofiente accédé L fiorcsceique et fraction fecerit, aliquod solaflum spcrandum est* çAilred . RieyaL, p, 402*)

■i temps viendra (3). » Cette allégorie, faite après nA55 coup , s'interprétait sans grande peine. L’arbre \m coupé, c’était la famille if Edward, qui avait perdu la royauté à l’élection de Harold ; après Harold était venu Guillaume le Conquérant et son fils Gu il la tune le Roux : ce qui complétait le nombre de trois rois étrangers a l’ancienne famille ; car il faut remarquer qu’on supprimait le roi Edgar , parce qu’il avait encore des parents en Angleterre ou en Ecosse, et qu’en fait de descendance du noble roi Alfred, l’Angevin Henry leur eût paru fort inférieur* L’arbre détail rapproché de sa racine quand Mathilde avait épousé Henry Ifir; il avait fleuri, par la naissance de l’impératrice Mathilde, et enfin porté des fruits, par celle de Henry ÏL** Ces misérables contes ne sont dignes de figurer dans P histoire qu’a cause de l’effet moral qu'ils ont pu produire sur les hommes d’autrefois* Ils avaient pour but de détourner de la personne du roi la haine que les Saxons nourrissaient contre tous les Normands ; mais rien ne pouvait faire que Henry !! ne fût pas le représentant de la conquête, et l’on avait beau le surnommer mystiquement la pierre angulaire où s’unissaient les deux murailles, c’est-à-dire les deux races (4) , il n’y avait point d’union possible, au milieu d’une telle inégalité de droits, de biens et de puissance.

Quelque difficile qu’il fût déjà pour un Anglo- Saxon du douzième siècle de reconnaître comme successeur naturel des rois de race anglaise un homme qui ne savait pas même comment on disait roi en Anglais (o) , les conciliateurs obstinés des Saxons avec les Normands mirent en avant des assertions beaucoup plus extraordinaires ; ils entreprirent d’ériger le Conquérant Iui-mème en héritier légitime du roi Alfred* Une très -vieille chronique, citée par un auteur déjà ancien , raconte que Guillaume le Bâtard était le propre petit-fils du roi Ed nrimd-C Ate-de-Fer (6), i<Edmund, dit cette ehroni*

<c que, eut deux fils * Edwîn et Edward, et, de plus, u une fille unique dont rhistèire taille nom, à cause « de sa mauvaise vie ; car elle entretint un cornet mcrce illicite avec le pelletier du roi* » Le roi courroucé bannit d’Angleterre son pelletier Avec sa fille, qui alors était enceinte (7), Tous deux passèrent en Normandie, où, vivant de la charité publique, ils eurent successivement trots filles. Un jour qu’ils étaient venus mendier à Falaise, à la porte du due Robert, le duc , frappé de ïa beauté de la femme et

(4) ïn qtiem* vehU in lapiderai a nfiu torero, anglici genem et normanotei paud estai duos parietes convenme. (AilretL Rieul.j p- 370*)

(5) Voyez plus bas au livre XL

(fl) Ut reperi in quidam velusLissimâ cbronicà. (Thomas Ruriborne, in Anglià aacrâ, Lom. L p* 240.)

(7) Fiiîam praegmntcm eum viropetlipario exlegavit. (ïbj

nsi de ses trois enfants, loi demanda qui elle était, « Je im w su*® < dit-elle , Anglaise et de sang royal (I). » A celle réponse, le duc la traita honorablement , prit le pelletier a son service, cl fil élever dans son hôtel une de leurs filles, qui devint sa maîtresse et la mère de Guillaume dît le Bâtard, lequel , pour plus de vraisemblance 5 demeurait toujours le petitfils (Tue pelletier de Fala ise, bien que, par sa mère, il fût Saxon et issu des rois saxons (£}* use La violation du serment que Henry H avait, comme on Ta vu plus haut, prêté â son frère Geoffroy* lui attira, peu de temps après son arrivée en Angleterre, une guerre sur le continent. A l'aide des partisans de ses droits sur le comté d'Anjou , Geoffroy s "était mis en possession de plusieurs places fortes, Henry envoya contre lui une armée d’hommes de race anglaise. Les Anglais , par suite de ranlipathie qu'ils nourrissaient depuis la conquête contre les populations de la Gaule, poursuivirent vivement lu guerre, et firent triompher en peu de temps le frère ambitieux et injuste (3). Geoffroy vaincu fut contraint d'accepter, en échange de ses terres et de son titre de comte , une pension de mille livres anglaises cl de deux mille livres d'Anjou (4) : il était redevenu simple baron angevin, lorsque, par un hasard heureux pour lui , les habitants de Nantes le prirent pour comte de leur ville ü57 et de leur territoire (£î). Par cette élection, ils se détachèrent du gouvernement de la Bretagne armoricaine, auquel ils avaient été jadis incorporés par conquête, mais qu'ils avaient préféré a la domination des rois franks, sans pourtant faïmer de grande affection , à cause de la différence des langues.

Agrandie par des guerres heureuses , dans Tinuâ7 terra Ile du neuvième au onzième siècle^ la Bretagne fut, dès le siée le suivant, travaillée de divisions î rites- Unes provenant de celle prospérité même. Ses frontières, qui s'étendaïciu jusque® au delà du cours de la Loire, renfermaient deux population s de race différente, dont Tune parlait l'idiome celtique, Pautre la langue romane de France et de Normandie; et, selon que les comtes ou ducs de tout le pays , jouissaient de la faveur de Tune de ces deux races d'hommes, ils étaient mal vus de Faulre, Les Nantais, qui choisirent pour comte Geoffroy d’Àujou ,

0) Sa Angllcani et do regin gencre. (Thomas Rmiborne,

Sa Aojjliâ sacrâ, 1. 1, p. 247.)

(2) Filiam nulnvit tu pataiio. (Ibid.)

(3) 13 h i An^los el Norman nos, quosjàm multiplex coafœilcratio univit, stremio* fuisse uetno ignorai. (Script, rerum. franc-, t. XIV, p.1£5.)

{A) Ibid.

(B) fum ftîhi in verum ccrlumque dominum clegerîml. (Gu % Neu hrig. a | >u cî sert pt . rc rum franc ic. , lom . XI Kl , p A CL) [fi) Uoelli eogente ineriïü. (Script, rer, £i\, t. XII, p. 500.)

— LIVRE HUITIÈME. an

appartenaient naturellement au premier de ces deux partis, et ils n'a p pelèrent le prince angevin â les gouverner que pour se soustraire au pouvoir d'un seigneur de pure race celtique (6). Geoffroy d’Anjou ne vécut pas longtemps dans sa nouvelle dignité; et à sa mort , la ville passa, sinon librement , du moins sans répugnance, sous la suzeraineté de Conan;, comte héréditaire de Bretagne, et possesseur en Angleterre du château de lüchemont, bâti, au temps de la conquête, par le Breton Alain Fergant (7). Alors le roi Henry 11, par une prétention toute nouvelle , réclama la ville de Nantes comme portion de F héritage de son frère ; il traita d'usurpateur le comte de Bretagne (8) , confisqua la terre de Richement, puis, traversant le détroit, vint avec une grosse armée contraindre les bourgeois de Nantes â le reconnaître pour seigneur et à désavouer le comte Gonan. Incapables de résister aux forces du roi d'Angleterre, les bourgeois obéirent malgré eux ; le roi mit garnison dans leurs murs , et occupa tout le pays compris entre la Loire et la V illaine (9).

Ayant ainsi pris pied sur le territoire breton , Henry II porta plus loin ses vues, et fil avec ce même Conan , â qui il venait d'enlever la ville de Nantes, un pacte menaçant pour l'indépendance <le toute la Bretagne. Il fiança le plus jeune de scs fils, Geoffroy, âgé de huit ans, a la fille de Gonan, appelée Constance, et alors âgée de cinq ans (10)* D'après ce traité, le comte breton s'engageait à faire héritier de son pouvoir le futur mari de sa fille , et le roi , en retour , garantissait à Gonan la possession viagère du comté de Bretagne , lui promettant aide, secours et appui envers et contre tous (II), Ce traité , qui devait avoir pour résultat infaillible iFélcndre un jour la domination des Anglo-Normands sur toute la Gaule occidentale, mit en grande alarme le roi de France; il négocia auprès du pape Alexandre 111, afin de t'engager à interdire l’un ion de Geoffroy et de Constance pour cause de parenté, attendu que Conan était le petitfils d’une fille bâtarde de l'aient de Henry 11 ; mais le pape ne reconnut point cette parenté, et tes noces prématurées des deux époux se firent en Tannée 1166 (12).

(7) In comitem receptaro. (Script, reniai francic,,!. XU j —'Voyez îiv. IV.

(81 Cmtntem Namnelenscm jure Fraternæ succéssionîs veposcens.(GuiL Seubrig. spud script, rer, fr.l. XlIGp.îOLj

(9) Ma^ni apparatds terroribua, (llud.j

(10) Fiïiara Conan! parvulam fUio suo infanlulo, (lbîd. tftlïl. Xll.)

(11) Ibid.

(Î2) Regem Fraariæ ineum(Àleiandriim ïl|)graviier çommoLttm, quùd malrimomiun tuior fllimn Auglîæ régis et

Jlfj3 Peu tïe temps après, imo insurrection nationale a éclata en Bretagne contre te chef qui trafiquait, avec un roi étranger, de P indépendance du pays* Conan appela Henry ïl à son secours; et, aux termes de leur traité d'alliance, les troupes du roi entrèrent par la frontière de Normandie , sous prétexte de défendre, contre les révoltés, le comte légitime des Bretons (1). Henry s'empara de la ville de Doï et de plusieurs bourgs où il mit garnison. Bientôt après, moitié degré, moiLîé par force, le comte Conan abdiqua le pouvoir entre les mains de son protecteur, lui laissant exercer l'autorité administrative et lever des tributs par toute la Bretagne. Les timides et les faibles allèrent trouver le roi angevin dans son camp . et , suivant le cérémonial du siècle , lui firent hommage de leurs terres ; le clergé s'empressa de complimenter en langue latine T homme qui venait au nom de Dieu visiter et consoler la Bretagne {$). Mais le droit divin de l’usurpation étrangère ne fût pas reconnu universellement, et les amis de la vieille patrie bretonne , se rassemblant de tous les cantons , formèrent contre le roi Henry une confédération par serment, à la vie et k la mort (3).

Le lien de la nationalité était déjà trop affaibli en Bretagne pour que ce pays pût tirer de lui-même lh" assez de ressources dans sa rébellion. Les insurgés pratiquèrent donc des intelligences à l'extérieur ; ils s'entendirent avec les habitants du Maine, leurs voisins , qui , depuis le règne de huïUnume le Bâtards 3 :l* obéissaient contre leur gré aux princes normands (4).

L! s Beaucoup de Manseaux entrèrent dans la ligue jurée en Bretagne contre le roi d'Angleterre , et tous les membres de cette ligue prirent pour patron le roi de France, rival politique de llenry II , et le plus puissant de ses rivaux. Le roi Louis Vil promit des secours aux Bretons insurgés, non par amour pour leur indépendance , que ses prédécesseurs avaient attaquée , durant tant de siècles , avec tant d’acharnement , maïs par haine du roi d'Angleterre , et par envie d’acquérir lui-même en Bretagne la suprématie qu'y perdrait son ennemi (3). Pour atteindre ce but à peu de frais, il ne fit aux confédérés que de simples promesses , leur lais-

fijiam comitïs Éritaoni®, licet in tertio gradu cûnaangulncos, auctoHtaie sud conftrDVaverii. (Script, rerum franc je, , tnm, xvi,p.28â. )

(1) Ibid.

(*) Quam tandem roisericori Dominas temporibus Henrici püsslmi regU Anglorum per cjus auxiiium et concilium, panîcrque dominïum visilavil. (ilûd-, lom, XIJI, p. 550.)

(5) SarremeDto ae obllgpmruttl.» confœderaU... (Ibid,, pajj, 3lO“Sli.)

(4) Ibid. p. 210. — Voyez liv* V,p.l4o.

(5) Régi Francartim obsidefi drderant et fide mlurpositâ paeUouem acccperaid, qnèd rux l rançonna sine \\n\s régi

LA CONQUÊTE

sunt tout le fardeau de Fentreprise dont il devait lira partager les profils. Attaqués bientôt par toutes les forces du roi Henry , les insurgés bretons furent vaincus, perdirent les villes de Vannes, de Léon, d'Àiiray et de Fougères, leurs châteaux, leurs domaines , leurs soldats , leurs femmes et leurs filles que le roi prit pour otages . et qu'il se fit un jeu de déshonorer par séduction ou par violence (6):

Pu ne d'entre elles , la fille d’Eudes , vicomte de Porrhofât , était sa parente an second degré (7).

Vers le même temps, Pcnnui de la domination du roi d'Angleterre se fit sentir aux habitants de PAquîtaîne , surtout à ceux du Poitou et de la Marche de France, qui, sur un pays montagneux, avaient plus d’à prêté dans I humeur, et plus de moyens pour soutenir une guerre patriotique (8). Quoique mari de la fille du comte de Poitou, Henry 11 était un étranger pour les Poitevins . et ceux-ci souffraient de voir des officiers de race étrangère violer ou détruire les cou Lûmes de leur pays par des ordonnances rédigées en langue angevine ou normande. Plusieurs de ces nouveaux magistrats furent chassés, et Pun d'entre eux , originaire du Perche, et comte de Satisbury, eu Angleterre, fut tué à Boîtiers par le peuple (9). Il se forma une grande conspiration sous la conduite des principaux seigneurs eL des hommes riches du nord de PA qui Lai ne , le comte delà Marche, le duc d’Angoulèrae 5 Je vicomte de Tbouars , l'abbé de Charroux, Àyrnery de Lezinan ou Luziguaü , Hugues et Robert de Silly (10). Les conjurés poitevins se placèrent, comme avaient fait les Bretons, sous le patronage du roi de France, qui leur demanda des otages , et s'engagea , en retour , à ne point Paire de paix avec le roi Henry sans les y comprendre f l 1}; mais ils furent écrasés comme les Bretons, pendant que Louis VU restait simple spectateur de leur guerre avec le roi angevin.

Les plus considérables d'entre eux capitulèrent avec le vainqueur ; les autres s enfuirent sur les terres du roi de France, qui, pour leur malheur, commençait à se lasser d’être en guerre avec k roi u Henry, et désirait conclure une trêve. Ces deux princes , après avoir longtemps travaillé ù se nuire,

Angloram non con corda re Lu r. (Script, rcrutn fra-ncic. , t. XVI, p* 327.)

(fi) Vas tavii, comtes* L... fitndiUis drievit.ilhid., t. XIV, pH 310 312.) — FlliainejiJS virgînem, qiiam ilii paçbolwidem dvHerat, taprôgiiaril ul prori itor. (UiuL, l* XVI, p. 501.)

(7) Ibid. t. XVI, [t. 301.

(S J Ibid. p. 573.

C0) Dolo PîclâVlenshim occiana csl cornes patricius Salishuvieüsifi... (Ihïd. L XIII, p. 511*)

( 1 0) Pieu vl cl Aquilani ex tnsiorf parte «mira regem, (1 b.) çll) Pïctavi ad tegem Fraucarum veacniut , cil obsides çwofi... (Ibid.)

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