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se réconcilièrent en effet dans la petite ville de Montmirarl en Perche (1), II y fut décidé que le roi de France garantirait à l’autre roi la possession de la Bretagne . et lui rendrait les réfugiés de ce pays et ceux du Poitou ; qu’en revanche le rot d’ Angleterre s’avouerait expressément vassal et hommelige du roi de France, et que la Bretagne serait comprise dans le nouveau serment d’hommage (2), Les deux rivaux se donnèrent la main et s’embrassèrent cordialement ; puis, en vertu de la souveraineté nouvelle que le roi de France lui reconnaissait sur les Bretons 5 Henry II institua duc de Bretagne, d’Anjou et du Maine , son fils aîné , qui , en celle qualité, prêta serment de vasselage entre les mains du roi de France (3). Dans cctLe entrevue , le roi angevin étala des sentiments de tendresse exagérés jusqu’au ridicule envers l’homme qui , la veille , ctait sou plus mortel ennemi, « Je mets , lui disait- <r ïfj à votre disposition, mot, mes enfants, mes u terres, mes forces , mes trésors, pour eu user,
« en abuser * les garder ou les donner a plaisir et « à volonté (Æ)„ " U semblait que sa raison fût un peu troublée par la joie d’avoir en sa puissance les émigrés poitevins et .bretons. Le roi Louis les lui livra sous! a condition dérisoire qu’il les reprendrait en grâce et leur rendrait leurs biens (U). Henry le promît, et leur donna mémo publiquement le baiser de paix , pour garantie de eette promesse ; mais la plupart finirent leur vie en prison ou au milieu des supplices.
Lorsque les deux rois se furent séparés , dans celte apparence d’harmonie parfaite , qui pourtant ne fuL pas de longue durée , Henry, fils aîné du roi d’ Angleterre 9 remît à son jeune frère, Geoffroy, la dignité de duc de Bretagne, ne gardant que le comté d’Anjou ; Geoffroy fit hommage à son frère comme celui-ci Lavait fait au roî de France ; puis il se rendit a Rennes pour y tenir sa cour et recevoir les soumissions des seigneurs cl des chevaliers du pays (6), C’est ainsique les deux ennemis héréditaires de la liberté des Bretons leur enlevèrent , de commun accord , ta souveraineté de leur terre natale ; le prince angevth se fit seigneur direct, le prince français seigneur suzerain , et cette grande révolution eut Heu sans violence apparente, Conan, le dernier comte de pure race bretonne , ne fut point déposé; maïs son nom ne reparut plus dans les
Dl Script, rerum Franc., t. XVÎ, P- 500.
fà) ResUtuiiquc rex francoruni Angïïco régi Bnlones et 1 F’iclüvos : il te pi ûmïsit auxililim ipiod regi Francomm Normaonormn pi oîitarc débet. (Ibid, p, 590.)
[5j Srïit duxüatt tt 03iula dcderünt, flbiti.j
(4j Se, libères, terras, vires, thésaurus... Omnibus ulereUir „ alraleretur, pi 0 voUmtale relui eret. auferrel, daret ([ufbtis cl quanliim veïkl pro libilo. (Jehan, Sarisbcrieosis
actes publics : dès lors, à proprement parler, il um n’y eul plus de nation en Bretagne ; il y eut un parti français et un parti angevin ou normand, qui travaillèrent en sens divers pour l’une ou pour Fautre puissance,
La vieille langue nationale, abandonnée par tous ceux f| ni voulaient plaire à Lun ou à l’autre des deux rois, s’altéra peu à peu dans la bouche des pauvres et des paysans ; eux seuls y tinrent fidèlement et la conservèrent, à travers les siècles, avec la ténacité de mémoire et de volonté qui est propre aux hommes de race celtique. Malgré la désertion de leurs chefs nationaux vers l’étranger soit normand, soit français, et la servitude publique et privée qui en fut la suite , les gens du peuple en !îasse~Brrlagne n’ont jamais cessé de reconnaître dans les nobles de leur pays des enfants de la terre natale. Ils ne les ont point haïs de cette haine violeple qu’on portait ailleurs à des seigneurs issus de race étrangère ; et sous les litres féodaux de baron et de chevalier, le paysan breton retrouvait encore les tiems ci les maciiûrns des temps de son indépendance 1 il leur obéissait avec zèle dans le Lien comme dans le mal , s’engageait dans leurs intrigues et leurs querelles politiques, souvent sans les comprendre, mais par habitude et par le meme instinct de dévouement qu'avaient pour leurs chefs de tribus les Gallois et les montagnards d’Ecosse.
Les populations voisines des terres de France, îm comme les Bretons et les Poitevins, ne furent pas ^ les seules qui, dans leurs querelles avec le roi d’Angleterre, voulurent faire alliance ut cause commune avec son rival politique. Après la rupture de la paix de Montmirail , Louis Vil reçut d’un pays avec lequel il n’avait eu jusque-là aucune espèce de relations , et dont il soupçonnait à peine TexisLcnce, des dépêches conçues en ces termes ;
u Au très-excellent roi des Français, Ovven, prince h de Galles, son homme-lige et son fidèle ami, salut, n obéissance et dévouement (7).
« La guerre que le roi d’Angleterre avait longü temps méditée contre moi vient d'éclater Télé u passé sans aucune provocation de ma part; mais « grâce à Dieu et à vous , qui occupiez ailleurs ses » forces , ii a perdu plus d’hommes que moi sur u les champs de bataille (8), Dans son dépit , il a u méchamment démembré les otages qu'il tenait
cpïslola, apu a scrqilores mura francïcarura , lora.XVJ,
m Ibiit p. 500.
{Gj lhid, p. BOGci s eq,
(7) üwimis, Galltàe princepa, sous home et amleus fktdis dévot iss: mura eum saluLc servitmm. (Script, mura, franc, t. XVlT p. 107J
(8) Dfio eraliüÿ et votés.,, {Ibid.)
jiüj o ilé moi ; et se reliront sans conclure ni paix ni » trêve, il a donné ordre è ses gens d'être prêts h pour Pdques prochain à marcher de nouveau il contre nous (J). Je supplie donc voire clémence « de m'annoncer par le porteur des prés en Les si n vous êtes dans l'intention de guerroyer alors ii contre lui, afin que, de mon côté, je vous serve « en tu* faisant tort selon vos souhaits (2), Faïtes- « moi savoir ce que vous me conseillez , et quel ii secours aussi vous voudrez Lien me fournir ; car,
« sans aide et conseil de votre part , je doute que » je sois assez fort contre notre ennemi cornm nmn
Cette lettre fut apportée par un clerc gallois qui la présenta au roi de France dans sa cour plénière. Mais ie roi, ayant fort peu, en sa vie , entendu parler du pays de G a lies , soupçonna le messager d'imposture, et ne voulut point le reconnaître, ni lui ni les dépêches d'Ûwen. Üwen fut donc obligé d'écrire une seconde missive pour certifier le contenu de la première, « Vous n'avez pas cru, disail- « il, que ma lettre fût vraiment de moîj pourtant *£ c’était la vérité, jfrFaffirme et j’en atteste Dieu (4),» Le chef cambrien continuait à se qualifier du nom de fidèle et de vassal du roi de France, Ce trait mérite d’èlre cité, parce qu'il enseigne à ne point prendre à la lettre , sans un sérieux examen , les formules et les locutions du moyen âge. Souvent les mots vassal e t se ign eur c\ pri ma i en t u n ra pport réel de subordination et de dépendance ; mais souvent aussi ils notaient, dans le langage , qu'une simple forme de politesse, surtout quand le faible réclamait radiance iVün homme puissant.
Le duché d’Aquitaine ou de Gutennc, selon la langue vulgaire, ne s’étendait que jusqu’aux limites orientales île la seconde des anciennes provinces aquitaniques ; et ainsi les villes de Limoges, de Gahors et de Toulouse n’y étaient point comprises* Celle dernière ville, ancienne résidence des rois visigotbs et des chefs gallo-romains, qui après eux avaient gouverné les deux Aquitaines unies pour résister aux Franks, éLait devenue la capitale d’un petit Étal séparé, qu’on appelait le comté de Toulouse, Il y avait eu de grandes rivalités d'ambition entre les comtes de Toulouse et les ducs de Gutennc, et, de pari et d’autre, diverses tentatives ponrsou-
(!) Meos ohstdes nequiler et injuriosè demembravit. (Script, rerum francic*, tom, XVI, p. 107,)
(S) Ut i ti illâ werrà et vobis serviam, eoccdHo Mil stfctmriùru congiüum vcstnim. flliiiL)
(3) Quitt censuJes, qutnl ailjuiorium raihi îargirt vif.,, mi Lll mtncielis^ (Ibkh)
<A) Lit Le ris meis non credidisii..* (pu'id rasent tiuse; aed \væ s iï nt , Dciim ipslcm induco. i Ibid., p. 110*)
(5) Ibid, t, Klll, p, 739*
mettre A une autorité unique tout le pays situé uns entre le Rhône, l’Océan cl les Pyrénées, De làétaicnt u*0 nés beaucoup de différends, de traités et d’alliances, tour à tour conclus et, défaits, au gré de in mobilité naturelle aux hommes du Midi, Devenu duc d'Àquilaine, le roi Henry H se mit à fouiller dans les |lM registres de ces conventions antérieures, et y trouvant par hasard un prétexte pour attaquer l'indépendance du comté de Toulouse, il fil avancer des troupes et iniL le siège devant la ville. Le comte de Toulouse, Raymond de Saint-Gilles, leva contre lui sa bannière , et la commune de Toulouse, corporation de citoyens libres, leva aussi la sienne (S),
Le conseil commun de la cité et des faubourgs (c’était le litre que prenait le gouvernement municipal des Toulousains ) entama , de son chef, des négociations avec le roi de France (G), pour obtenir de lui quelques secours* Ce roi marcha vers Toulouse par le Berri , qui lut appartenait en grande partie, et le Limousin qui lui livra passage ; il contraignit le roi d'Angleterre à lever le siège de la viïlJe * et y fut accueilli avec grande joie, disent les auteurs du temps , par le comte et par les citoyens (?)♦ Ges dernier s* réunis en assemblée solennelle. lui décernèrent une lettre de remerciaient, ou ils lui rendaient grilce de les avoir secourus comme un patron et comme un père , expression de reconnaissance affectueuse qui n’implïquaîl de leur par t aucun aveu de sujétion civile ou féodale (B)*
Mats cette habitude d’implorer le patronage d’un roi contre un autre devint une cause de dépendance, ci l’époque où le roi d’Angleterre, comme duc d’Aquitaine et comte de Poitou, obtint de rinffuence sur les affaires du midi de la Gaule, commença pour ses habitants une nouvelle époque de décadence et de malheur. Placés dès lors entre deux puissances rivales et également ambitieuses , ils s’attachèrent tantôt à Tune , tantôt a l'autre , au gré des circonstances, et furent tour à tour soutenus, délaissés, trahis , vendus par toutes les deux. Depuis le douzième siècle , les méridionaux ne se sentirent bien que quand les rois de France et d’Angleterre élaient en querelle, a Quand donc finira la trêve des ster- « lings avec lés tournois? » disaient -ils dans leurs chants nationaux (9) ; et ils avaient sans cesse les
(f>) Commune conciîium uibi& Tholosæ et siiliurlüL.. (Script* ïMH'um* fraacic*, t. XVI, p. 69.)
(7) A corolle et à cÉviliua cum garni io magno susccptus est ibirl. t. Mil, p, 750.)
(8) Quînj eorum periciilis merc paterne proviileat, (Ibid*, t, XVI, p* 60.)
(0) E m’ ptnt «pian la trega es fracha Oels Esleilms e Meta Tornèt.
(PutiiçB dtf TftPLibtdoï(r#i| t* IV, j»* —U* )
im yeux fixés vers le nord, se demandant : Que font les deux rois (1) ?
Us baissaient les étrangers ; et «ne turbulence ! inquiète? un amour désordonné de la nouveauté et
dti mouvement les poussaient vers leur alliance, tandis qu’intérienrcmeni ils étaient travaillés de querelles domestiques et de petites rivalités d'homme à homme, de ville a ville, de province à province. Ils aimaient passionnément la guerre, non par Vignoble soif du gain, ni même par l'impulsion élevée du dévouement patriotique, mais pour ce que les combats ont de pittoresque et de poétique , pour le bruit, l’appareil et les émotions du champ de bataille, pourvoir les armes reluire au soleil et entendre les chevaux hennir au vent (â)* Un seul mol dTune femme les faisait courir à la croisade sous la bannière du pape, qu'ils estimaient peu, et risquer leur vie contre les Arabes „ le peuple du monde avec lequel ils avaient Le plus de sympathie et de ressemblance morale (5).
fi) U clni reh.*
li roëfciei! ürl T ■■ uu b a J cuir * r pain'm.)
— LIVRE HUITIÈME* 2Ui
A celle légèreté de caractère ils joignaient les jm grâces de Fi magi nation , le goiU des arts et des jouissances délicates ; ils avaient ï Industrie et la richesse; la nature leur avait tout donné, tout, hors la prudence politique et Tu «ion, comme issus d’une même race et enfants d’une même patrie ; leurs ennemis s’entendaient pour leur nuire; et eux rte s’entendaient point pour s’aimer, se défendre, et faire cause commune. Ils eu ont durement porté la peine, en perdant leur indépendance, leurs richesses, et jusqu’à leurs lumières* Leur langue , la seconde langue romaine , presque aussi polie que la première , a fait place, dans leur propre bouche* à un langage étranger, dont l'accentuation leur répugne, tandis que leur idiome national , celui de leur liberté et de leur gloire, celui de la belle poésie dans le moyen âge , est devenu le patois des journaliers et des servantes* Mais aujourd’hui les regrets causés par ces changements seraient inu tiles ; il y a des ruin^ que le temps a faites et qu’il ne relèvera jamais,
(2) Goerra m1 pi aï.*.
(ÏWiioi düi TrQtibsrîouMj t.lV, p. 20. J
(Z) Ibid** pas sim.
2Ki
DEPUIS I, 'ORIGINE DE L* QUERELLE ENTRE LE ROI HENRY II ET l’aRCIIEYÉQUE THOMAS, JUSQU’AU MEURTRE