‹ ŒuvresChapitre 19 sur 94 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

gonîslc Reekct, envoya vers Alexandre 1 1 ï une am- j ^4 bassade solennelle, lui demandant pour Roger, archevêque d'York. le litre de légat apostolique en Angleterre, avec te pouvoir de faire et de défaire, de nommer et de destituer (fi). Alexandre n’accorda point cette requête; mais il conféra au roi lui-même, par une commission en forme, le titre et les droits de légat . avec la toute-puissance d’agir, excepté eu un seul point, qui était là destitution du primat (9).

Le roi, voyant que rintentîon du pape était de ne rien terminer, reçut avec des marques de dépit cette commission d’un nouveau genre, et la renvoya aussitôt (10). h Nous emploierons nos propres forces ,

« dit-il, et nous croyons qu'elles seront suffisantes U pour faire rentrer dans le pouvoir ceux qui en u ve qlentàu ol re bon n eu r * » Le p r i ma t , a I ia ndonné par les barons et les évêques anglo-normands, et u’ayant plus dans son parti que de pauvres moines, des bourgeois et des serfs, senti L qu’il serait trop faible contre son antagoniste s’il demeurait en Angleterre, et résolut de chercher ailleurs des secours et un asile* Il se rendit au port de Romney, et monta deux fois sur un vaisseau prêt à partir : mais deux fois l’équipage, craignant la colère des grands et du roi, refusa de mettre à la voile (1 J).

Quelques mois après rassemblée de Clarendon, Henry 1! en convoqua une nouvelle â North ampton (i â); eL Thomas reçut, comme les autres évêques, sa lettre de convocation * il arriva au jour fixé, et prit un logement dans la ville; mais à peine l’eutil retenu, que le roi le fit occuper par ses gens et par ses chevaux (13)* Outré île cette vexation, l'archevêque envoya dire qu'il ne se rendrait point au parlement, à moins que sa maison ne fût évacuée par les chevaux et les gens du roi (14). On la luiren- , dit, en effet ; mais Pincer Litude où il était de l’issue que devait avoir celte lutte inégale lui fit craindre de s’y engager plus avant, et quelque humiliant qu’il fût pour lut de supplier un homme qui venait de lui faire insulte, il se rendit à l’hôtel du roî et demanda audience : d attendit inutilement tout le jour, tandis que Henry H se divertissait avec ses fa néon s et ses chiens (IB)* Le lendemain, il revint se placer

(8j Et ut sic per eum posset archiepïsropum CanüiarifiD coeFuüderc. i Roger. de lîoved,, p, 4Ü5*)

(9) Tamen cocccbsjI uL rex ipso legal lis esset toliûa Àngiiæ.., (Ibid. )

(10) ïtex per înifignaLionem remisil domino papal lil taras illas iégatkuus. (Ibid,)

(11) Vita Thomæ qtiadrJparl*

(13 1 Magnum eoncltium; Ibid*)

(15) Fecit rex hoapîtarl eques auos ïn hospiUis ïllius. (Roger. de Hoved., p. 495.)

(14) nonce hoapltla sua vacarentur ab equiset bominibus,

(to) Gervasiï Canttiar. Ch ion. Stéphanie)., p, 36-58,

Ni

nai dans In chapelle du roi pendant la messe ; cl au sortir 5 l’abordant d’un oir respectueux, il lui demanda la permission de passer en France (1), « Bien,répon- « dit le roi ; mais avant tout, il faudra que vous me it rendiez raison de plusieurs choses, et spécialeie ment du tort que vous avez fait dans votre cour u à Jean, mon maréchal (2L »

U y avait en effet quelque temps que le Normand Jean, surnommé le Maréchal à cause de son office militaire, était venu devant la cour de justice épiscopale de Canlerbury réclamer une terre de Fëvéché, qu’il prétendait avoir droit de tenir eu lief héréditaire (3)* Les juges du primat avaient rejeté sa réclamation comme mal fondée ; et alors le plaignant avait faussé la cour, c’est-à-dire, protesté avec serment qu'elle lui déniait justice (4}, « J’avoue, réif pondit Thomas au roi , que Jean le Maréchal s’est « présenté devant ma cour ; mais loin d’y recevoir « injure de moi, c’est lui qui m’en a fait une ; car « il est venu apportant avec lui un volume de chan- « sons, et c’est sur ce livre qu’il a juré que ma ü cour était fausse et déniait justice ; tandis que , u selon la loi du royaume, quiconque veut Fausser « la cour d’autrui doit jurer sur les saints Évan- « gîles (5). » Le roi affecta de ne tenir aucun compte de cette excuse- L’accusation de déni de justice portée contre l’archevêque fut poursuivie devant le grand conseil normand qui le condamna, et, par sa sentence , l’adjugea à la merci du roi , c’est-adire, adjugea au roi tout ce qu’il lui plairait de prendre sur les biens du condamné (6). Becket fut d’abord tente de protester contre ceL arrêt, et de fausser jugement, comme on disait alors j mais la conscience de sa faiblesse le détermina à entrer en composition avec ses juges , et H capitula pour un;* amende de 500 livres d’argent (7),

Becket retourna à sa maison, le cœur attristé des dégoûts qu’il venait d’éprouver; le chagrin Vy fil tomber malade (8). Aussitôt que le roi apprit celle nouvelle , il se hâta de lui envoyer la sommation de comparaître de nouveau dans le délai d’un jour devant rassemblée de Northampton , pour y rendre

(I) Lîcenliam transfreiândi... (Roger. de Uoveil., p. 494, .

(t) Tu mihîjinùs mpondebis de mjnriA quain fecisij Johaoni mprcscatlo meo in curiâ tnà, (IhitL)

(5) Terram qunnéant de iîlo leüeodam jure herertJtario (IhïdO

(4) Ciïriam arehiepiGCOpi faîsïfîcâverat. (Ibid*, p, 484,)

(5) Ipsc üttulit in cnnâ meâ quemâæatTopei\..el jura vit «uper ilium , et i[ise Injurîam tmhi feett. ciim statutum $R in regno... (Ibid.)

(6) Judicavemnt eum m miser icorrtîÛ régis, (tbitl,)

(7) Ppsuit se in mUoricordiâ regis pro 0. 11b. et mveuh in de Mejusaores, (Ibid. J

(8) pr opter tædium etdolorcm. (Ibid.)

(9) S lo li m misH ad cum et summonui! (mm per bon ns iTummonilom qirôd jn crasimn venüret. (Ibid, p. 405.)

compte des sommes d argent et de tous les revenus no publics dont il avait eu la gestion pendant qu’il était Chancelier (9)* u Je suis faible et souffrant, répou- « diL Thomas aux officiers royaux, et d’ailleurs le it roi sait, comme moi- même* qu’au jour où je fus « consacré archevêque , les barons de son échiquier ü et Richard de Lucy , grand justicier d’Angleterre, h m’ont déclaré quitte de tout compte et de toute u réclamation (10). ji La citation légale n’en demeura pas moins faite ; mais Thomas négligea de s’y rendre, prétextant sa maladie. Des gens de justice vinrent, â plusieurs reprises, constater jusqu’à quel point il était incapable de marcher, et lui signifièrent la note des réclamations du roi , montant à quaranteq ua Ire m i I le marcs (11). L’ar c kevèqu e offrit de p ay er deux mille marcs pour se racheter dç ce procès désagréable et intenté de mauvaise foi: mais Henry II refusa toute espèce d’accommodement; car ce iTëlait pas l’argent qui le tentait dans cette affaire.

« Ou je ne serai plus roi , disait-il , ou cet homme u ne sera plus archevêque (12). »

Les délais accordés par la loj étaient expirés ; il fallait que Becket se présentât ; et , d’un autre côté, on Pavait averti que , s’il paraissait à la cour , ce ne serait; pas sans danger pour sa liberté ou pour sa vie (15). Dans cette extrémité , recueillant toute sa force d’âme , il résolut de marcher et d’être ferme.

Le matin du jour décisif, il célébra la messe de saint Étienne , premier martyr , dont l’office commence par ces paroles : « Les princes se sont assis en cou- « seil pour délibérer contre moi (14). n Après la messe , il se revêtit de son habit pontifical, et avant pris sa croix d’argent des mains de celui qui la portait d’ordinaire, il se mit en chemin , la portant luimême dans la main droite , cl tenant de la gauche les rênes de son cheval (lü). Seul et toujours tenant sa croix , il arriva dans la grande salle d’assemblée, traversa Ja foule , et s’assit (10). Henry II se tenait alors dans un appartement plus secret avec ses amis particuliers , et s’occupait à discuter dans ce conseil privé les moyens de se défaire de IVirchcvèque avec le moins d’éclat possible (17). La nouvelle de

(10) K ex sdl tjuàd in elccttone me A.. omises baron es âcaccarïi et EUcardus rte tttcy , justiciarius Anglïæ, elarnavertinl me quietum... (Roger, de lioved., p. 495.)

(1 1) Epist. B, Tboma?, \ib. Jï, ep, 0 et 33.

(13) sUphanid. , p, 58.

(13) Dictuni crat ei et nuncïatum qnbrtjSi ipse art curiâm régis venisset, în careerem mUtereHir, vel interficerelur* (Roger rte HomL, p. 494.)

[14) Serteruüt principes et adversôm me loquebanLor. (Ibirt.)

(151, Criicom $nam porlabat in mami suà dexlrâ.ainUtrA verô îen^hal lornm equL (IbÉrt.)

(Î6) Soins portant erucem stiani. (IliiiL)

(17) Rsx stiiem eratïo secretiori tbalamo ctim suis famifaribus. (Ibirt. p. 495,)

ii04 l’appareil inattendu avec lequel il venaiL Je faire son entrée troubla le roi et ses conseillers* L’un d'entre eux, Gilbert Eoliot , évêque de Londres, sortit en hâte du petit appartement, et, marchant vers In place où Thomas était assis : « Pourquoi viens-tu « ainsi , lui dît-il , armé de ta croix? *> Et il saisit là croix pour s’en emparer ; mais le primat la retint fortement (1). L’archevêque d’York vint alors se joindre à révêque de Londres , et dit en s’adressant a Reckel ; « C'est porter défi au roi, notre seigneur,

« que de venir en armes a sa cour ; mais le roi a « une épée dont la pointe est mieux affilée que celle k d’un bâton pastoral (2). * Les autres évêques, témoignant moins de violence, se conlentèrenL de conseiller à Thomas, au nom de son propre intérêt, de remettre sa dignité d’archevêque à la merci du roi; mais il ne les écouta point (3}*

Pendant que cette scène avait lieu dans la grande salle , Henry ÎT éprouvait un vif dépit de voir son adversaire sous la sauvegarde de ses ornements pontificaux ; les évêques , qui , dans le premier moment, avaient peut-être consenti aux projets de violence formés contre leur collègue, se turent alors, et se gardèrent d'encourager les courtisans à porter la main sur Pc tôle et sur la croix* Les conseillers du roi ne savaient plus que résoudre, quand Pun d’eux , prenant la parole , dît : u Que ne le suspen- « dons-nous de tous ses droits et privilèges par un « appel au saint-père? voilà le moyen de le désarii mer (4), » Cet avis , reçu comme un irait de lumière, plut singulièrement au roi, et, par son ordre, l'évêque de Chiches ter s'avançant vers Thomas Bec* kei , à la tête de tous les autres , lui parla de la manière suivante (3) :

h Naguère , lu étais notre archevêque; mais an—

« jourd'hui nous te désavouons, parce qu’après (s avoir promis fklcïîlé au roi , notre commun « seigneur, et juré de maintenir ses ordonnances ,

« tu t’es efforcé de les détruire (6)* Nous te déciau rons donc traître et parjure . et disons hautement « que nous n’avons plus à obéir à celui qui s’est

H) Qui mullïim mcrepmt emn fpiùd sic crucu arma tu* VIînissci ia ûtirîâm, et voluit crucemà manibus e/us enperc. (Rojïer* de Hoved., p, 493.)

(2) Dteens qoùd rex gladium babebal acüUorem,,.

UbirL)

(5) Gt ipse, sati&facîens vo! ttn tali repiÊ , redderet et arcblepîacopatum suum in mîserieordiA illius. (IbidO

(4) Nos appeUabiiiius eoràm domino Pôjpâ ; sine remédia deponotur, (Gervas. Cnntuar.. p* 1502.)

(5) Quœ cùm plurimûm placèrent re^i, ex commuai eonsi[io,**(Ibid.)

£0) Ouandoqiie noster fuisli archïepbcopus , sed domino régi... (Ibid., p. 1303.)

(7) Idcircè te reum perjurfi dieimus, eL perjuro epmopo de ciolero obedire non h abonnis, nos et noitra su b dont tnt 1 TUIF.ftéï*

« parjuré, plaçant notre cause sous l’approbation ll0i if de notre seigneur le pape , devant qui nous te « riions {7). i»

À cette déclaration , faîte avec tout l'appareil des formes légales et tonte l’emphase de la confiance, Beeket ne répondit que ces seuls mots : « J’entends u ce que vous voulez dire (S)* » La grande assemblée des seigneurs s’ouvrit ensuite, et Gilbert Eoliot accusa devant elle le ci-dêmnl archevêque d’avoir célébré , en mépris du roi , une messe sacrilège sous l'invocation de l'esprit malin (9) ; puis vint la demande en reddition de comptes sur les revenus de l’office de chancelier, et la réclamation de quarante-quatre mille marcs* Beeket refusa de plaider, attestant la déclaration solennelle qui l’avait déchargé autrefois de toute responsabilité ultérieure (10)* Alors le roi, se levant, dit aux barons et aux prélats : « Par la foi que vous me devez',

« faites-moi prompte justice de celui-ci, qui est « mon homme- lige , et qui , dûment sommé , refuse « de répondre en ma cour (il), * Les barons normands allèrent aux voix , et rendirent contre Thomas Beeket une sentence d’emprisonnement (12). Lorsque Robert , comte de Leicester, chargé de lire l’arrêt , prononça , en langue française , les premiers mots de la formule consacrée , Oyez-ci lê jugerntènl rendu contre vous l'archevêque l'interrompit : « Comte , lui dit-il , je vous défends,

« au nom de Dieu tout-puissant , de donner ici « jugement contre moi , qui suis votre père spiriii tuel; j’en appelle au souverain pontife , et vous « cite par-devant lui (13), «

Après celle sorte de contre*appel au pouvoir que ses adversaires avaient invoqué les premiers , Beeket se leva et traversa lentement la foule (14),

Un murmure s’éleva de toutes parts ; les Normands criaient : « Le faux traître, le parjure , où va-t-il ?

« pourquoi le laisse-t-on aller en paix? Reste ici, fi traître, et écoute ton jugement (IB).» Au moment de sortir , rarchevèque se retourna , et regardant froidement autour de lui : « Si mon ordre

Papæ proLectione ponctues, te ad ï psi us præsentiam appelantes super bis responsivntm* (Gerv* Ganluar., p. 1392.)

(8) WïHelm. Stéphanie].

£0/ Quêd banc missato celobraverat pro contcmplu renia cl per artem raagicam. (Roger* de Uuved., p* 494.)

(10) Idcii arnpliïis nolo Inde placitarc. {Ibid., p* 493.)

(11) CH6 facile mibi jusiitiam de ilJo qui humo meus legius est, et..* (Ibid.)

£12) Judicaverunieum capi digumn et In carcerem mïtlL

(15) Prrinheo vu bis ex parte Dei onmipoLcntis ne fariatis de me bodîèjudkaim. (Ibjd.)

(14) ViLa qttadriparL, cap. 89*

£15) Qub progredierrt, proditor? expccLa et audi judirium tiium. (Roger, de Hoved,, p. 495,)

histoire m

rm h sacré, dit-il, ne me Fin ter disait , je saurais ré- « pondre par les armes à ceux qui m'appellent « traître et parjure (1). « II monta achevai, se rendît à la maison où il logeait, fit dresser des tables pour un grand repas , et donna ordre de rassembler lotis les pauvres qu’on trouverait dans la ville (2). 11 en vint un grand nombre qu’il fit manger et boire, 11 soupa avec eux , et, dans la nuit même , pendant que le rot et les chefs normands prolongeaient leur repas du soir , il quitta ïïorthamplon , accompagné de deux frères de l’ordre de Ci t eaux , Fun Anglais de race, appelé Skaiman, et l’autre iForigine française, appelé Robert de Canne (5), Il atteignit , après trois jours de marche, les marais du comté de Lincoln , el s’y cacha dans la cabane d’un ermite. De là, sous un déguisement complet , el sous le faux nom de Pearman , dont lo tournure saxonne était une garantie d’obscurité, il gagna Canterbury , puis la côte voisine de Sandwich (4). On était à la fia de novembre, époque où le passage du détroit devient périlleux , L 'arche vfrque monta sur un petit bateau pour écarter tout soupçon , et * à travers beaucoup de risques , navigua jusqu’au port de Gravelines, il se rendit ensuite à pied et en mauvais équipage au monastère de Saint -Berlin, dans la ville de Saint-Omer (3),

A la nouvelle de sa fuite 3 un édit royal fut publié dans toutes les provinces du roi d'Angleterre sur les deux rives de l'Océan. Aux termes decel édit , tous les parents de Thomas Becket en ligne ascenma dante et descendante, jusqu’aux vieillards, aux ntt femmes enceintes cl aux enfants en bas âge , étaient condamnés au bannissement (G). Tous les biens de l'archevêque et de ses adhérents, ou prétendus tels , furent séquestrés entre les mains du roi . qui en fit des présents à ceux dont il avait éprouvé le zèle dans cette affaire (7). Jean, évêque de Poitiers, suspect d’amitié pour le primat et de partialité pour sa cause, reçut du poison d'une main inconnue, et n’échappa à la mort que par hasard (8). Des lettres royales, où Henry 11 appelait Thomas son adversaire,

(1) Wiltàlm. Slqihaïdd.

(3} Omncs pauperes q ni tu m que iovonü fncrïiii. (Ibid.)

(3) Ipso verô Clim Illtft et sente au à cœuaviL,,. Diim rex et alii cœnarent,.. (Ibid.)

(4) Habit um suummuUvil et FecH se appel tari Dearman, et aie à paucU cogtutm... (Roger. deHoved.. p. 495.)

(5) Nocie scapha loiravil in mare, (Scripi. rerum franc,, L XIV, p, 455.)

(fi) Omnes b o raine* el Fœminas, pueroe eliam in eu nia vagienlesel ad ubera pendentes, (Roger, de Hoved.,p,500d— TUnlieves puerporio deeubanles. (Gorvas, Canluar., p, 1874*}

(7) Script. Forum fraude., L XVI.

(8) lbid.,p,52i.

(9) Nec babeant ahquod auxilium vol consilium à le. (Ibid.* p. 3X3.)

LA CONQUÊTE

et défendait de prêter aucun secours rat conseil à lui ou aux siens, furent envoyées dans Ions les diocèses ue>p d’Angleterre (9). D’autres lettres, adressées au comte de Flandre et à tous les liants barons de ce pa y s T les i n v î tûîeotàse saisir de Th om us , ci-de l'an t archevêque, traître au roi d'Angleterre , el fugitif à mauvais dessein (10) .Enfin l'évêque de Londres, Gilbert Foliota et Guillaume, comte d1 * 3 4 5 * 7 8 9 A rutidcl, se rendirent auprès du roi de France, Louis VU , à son patais de Compïègne, et lui remirent des dépêches scellées du grand sceau d’Angleterre et conçues dans les termes suivants :

« À son seigneur et ami Louis, roi des Français; h Henry, roi d’Angleterre, duc de Normandie, duc « d’Aquitaine, et comte d’Anjou,

h Sachez que Thomas , ct-devan t archevêque de « Canterbury, après un jugement public, rendu en u ma cour par rassemblée plénière des barons tic « mon royaume, a été convaincu de fraude, de « parjure et de trahison envers moi (11), qu'ensuïte « il a fui de mon royaume comme un Lrailre et h *t mauvaise intention (là). Je vous priedoncnistam- « ment de ne point permettre que cet homme u chargé de crimes* ou qui que ce soit de ses adhétt renls, séjourne sur vos Lerres , ni qu’aucun des « vôtres prête à mon plus grand ennemi secours,

« appui ou conseil (13); cor je proteste que vos en- « ne mi s ou ceux de votre royaume n’en recevraient *i aucun de ma part ni de celle de mes gens (14).

« rallends de vous que vous m’assistiez dans la « vengeance de mon honneur , et dans ta punition « de mon ennemi, comme vous aimeriez que je fisse u moi-même pour vous, s’il en était besoin (13). »

De son asile, à Sain t-Rer tin, Thomas allendit l'effet des lettres de Henry H au roi de France et au comte de Flandre, pour savoir de quel côté il pourrait se tourner sans péril, h Les dangers sont ie nombreux, le roi a les mains longues » (lui écrivait celui de ses amis qu’il avait chargé d’essayer le iIG terrain auprès du roi Louis VII et de la cour papale alors établie à Sens (IG).) « Je ne suis point encore

(10) ThomimquonttomCanluamnscm arcfoiepUcopura... (Scripi. rcrum franric. l. Xl\% p. 454.)

[î I) tu inïqmis cl prédît o F te eu* gl poijurns publîcê juditalus est. (Ibid, L XVI 3 p. 107.)

( i 2 ) I n iq uè dise* ssii* (I bi d ,)

(15j Ut hominem taniorum scelerumel prorîftionum mfameuj , ïu PGgrïO vosiiu... occ à vobis, oec à vcstris aliquod auxilium vel consilium tan Lus mimions mous percipiaL (IbkL)

(14) Quia immîèia veslrh ncc à me, nec à terrâ meà... (Ibîti.)

(IB) Sicui vdEciis quod vohis faceretu , si opus es?et, (Ibid.)

(îfl) Ltmga manu* rogia,.* (tbidM p. 507.)

DE L’MGLETEHRK,

U63 u descendu à l'Église romaine , disait le même cor- K respomîant , ne voyant pas ce que j'y pourrais « obtenir : ils feront beaucoup contre vous et peu <i dé chose po ur vous (1). Il leur viendra des hommes « puissants, riches, semant a pleines mains l'argent « dont Rome a toujours fait grand cas; et nous, « pauvres et sans appui, quel compte les Romains U tiendront-ils de nous (2)? Vous me mandes? de « leur offrir deux cents marcs ; mais la partie ad- *£ v erse leur en p ropos e ra quai rc ce nls $ et je réponds k que par amour pour le roi , et par respect pour « ses ambassadeurs , ils aimeront mieux prendre le a plus qu'attendre le moins (3). * Le roi de France fit, dès le premier abord , un accueil favorable au messager de Thomas Recket, et , après avoir tenu conseil avec ses barons , il octroya à Farchevèque et à ses compagnons d’exil paix et sécurité dans son royaume, ajoutant gracieusement que c'était un des anciens fleurons de la couronne de France que la protection accordée aux exilés contre leurs persécuteurs (4).

Quant au pape, qui n'avait point alors d'intérêt à contrarier le roi d'Angleterre, il hésita deux jours entiers a recevoir ceux qui se rendirent à Sens de la pari de l'archevêque ; et quand ils lui demandèrent pour Thomas une lettre d'invitation à sa cour, il la refusa positivement (3). niais, à l’aide du libre asile que lui accordait le roi de France, Rocket vint à la cour papale sans être invité. Il fut reçu avec froideur par les cardinaux (G), dont la plupart alors le traitaient de brouillon et disaient qu'il fallait réprimer son caractère entreprenant* 11 exposa devant eux l'origine et toute Thistoire de son différend avec Henry IL « ne nie pique pas de grande sagesse, k leur disait-il ; mais je ne serais pas si fou que de « tenir tôle à un rot pour des riens. Car sachez que « si j'eusse voulu faire sa volonté en lotîtes choses, ü il n'y aurait pas maintenant dans son royaume de « pouvoir égal au mien (7). « Sans prendre dans lu querelle aucun parti décidé , le pape donna au fugitif la permission de recevoir du rot de France des secours en argent et en vivres (8). U lui permit en

(1) Gonii’àvos facient milita, pauca pro vobia. (Script, reium fr,, l, XVL p. 507 , Johanoola Sariiberîensïa epiilota.)

(2) Ventent magni v ïri diviles \n uffusiono peeuiiiæ qnain iiunquüm K oui a cuuleuipsst... IN us ioopés , barattes, immu- Dit*... (IbtiJ.)

(3) SeHhitis u L proraittamas 200 marcas,, Ego respomleo jiro Romanis, quûd pro amure ilutnim regis.,, tuaient plus reeiperc qtiàm âperare tmabs, (Ibid.)

(4) Hoc de priscâ digniUie diadematis rcgnmu Fr.-meonnn esse ut exaîe® à perse cul or u ta iqjuriâ défendant m\ t Ibid,, t, XIV, p. 4500

(5) Epiât . B. Thomte, liïv, 1, ep, 23.

(0} Te pi dû qui item exceptai à cardia al 11ms, (Script, rer, fraccic., t. XIV, p. 4u0.)

— LIVRE NEUVIÈME. o<2 7

outre d'excommunier tous ceux qui avaient saisi et qui retenaient des biens de son église, à l'exception du roi qui leur eu avait fait présent (0), Enfin il lui demanda de réciter m détail les articles de Clarendon, que le pape Alexandre lui-même, à la sollicitation du roi Henry , avait approuvés, a qu’il parait, sans les bien connaître. Alexandre jugea cette fois les seize articles grandement contraires à l'honneur de Dieu et de la sainte Église (10). Il les traita d'usurpations tyranniques, et reprocha durement à Recket l’adhésion passagère qu'il y avait autrefois donnée d'après l’injonction formelle d'un légat pontifical.

Le pape n’excepta de cette réprobation que six articles, parmi lesquels se trouvait celui qui enlevait aux serfs le droit d'être affranchis eu devenant prêtres, et il prononça solennellement anathème contre les partisans des dix autres (11),

L’archevêque disserta ensuite sur les antiques libertés de l'église de Canterbiiry , à la cause desquelles il assura qu'il voulait se dévouer ; et s’accusant d'avoir été intrus dans son siège par la puissance royale, au mépris de ces mêmes libertés, il se démit entre les mains du pape de sa dignité épiscopale (112), Le pape l’en revêtit tic nouveau eu prononçant ces paroles: n Maintenant allez apprendre dans » la pauvreté à être le consolateur des pauvres (13). » Thomas Recket fut recommandé au supérieur de l'abbaye de Pontigny, sur les confins de la Bourgogne et de la Champagne, pour vivre dans ce couvent comme simple moine, 11 se soumit a tout , prit l'habit des religieux de Gteaux, et commença à suivre, dans toute sa rigueur , ta discipline de la vie monastique (14).

Dans sa retraite de Poutigny, Thomas écrivit 1 2 3 4 5 beaucoup et reçut beaucoup de lettres, il en reçut um des évêques d'Angleterre et de tout le corps du clergé anglo-normand, qui étaient pleines d’amertu me et d'ironie. « La renommée nous a porté la « nouvelle que, renonçant désormais à machiner n des complots contre votre seigneur et roi, vous » supportiez humblement la pauvreté à laquelle u vous vous êtes réduit, et que vous rachetiez votre

(7) Si vellemns suæ per oinnia placera volunLaLi, io suo régna non esseL quis... (Script, reram fraude., tom. XIV t ji, 456.)

(8) Ibid., t. XVI, p. 240.

(0) Excepte rege. (Ibid,, p. 244-)

(10) ...Arguéiïâ ilium et dmè hicrepans, ;lbid., i. XIV, p. 4SÜ, — Roger. de iloved., p. 406.3

(11) DamaavÜ eus in perpeluuru et anaihewaiisavit omiiea qui eaa lenercni. (Roger, de HoverL, p. 400*!

(13) Script, rerum fraude,, t. XVI, p. 304.

(13) Ut dtsca$ eaâu pauperum causulator docenle paupertaie. (Ibid., i. XIV, p. 436,)

(14) Cum muhâ htuiiîliLaie... ut decet exulem,., (Gervas. Domberm. apud script, rerum franc., t, XIII, p. 128.)

im « vie passée par l’étude et les abstinences (1). Nous isljü l( vous en félicitons, et vous conseillons de persém Térer dans celte bonne voie, » La même lettre lui reprochait, en termes humiliants, la bassesse de sa naissance et Son ingratitude envers le roi, qui, du *'ang de Saxon et d’homme de rien, l’avait élevé jusqu’à lui-même (2). Tels étaient sur le compte de Becket les propos des évêques et des seigneurs d’Angleterre. Us s’emportaient contre ce qu’ils appelaient r insolence du parvenu (5) 5 mars , dans les rangs inférieurs, soit des clercs, soit des laïques, on Ta i niait , on le plaignait, et Ton faisait , quoique eu silence, dit un contemporain, des vœux ardents pour qui! réussit à tout ce qu’il entreprendrait (4). En général il avait pour adhérents tous ceux qui étaient en hostilité avec le gouvernement anglo-normand, soit comme sujets par conquête, soit comme ennemis politiques, lin des hommes qui s’exposèrent le plus courageusement à la persécution, pour le suivre, était un Gallois nommé Cucim (5), Un Saxon de naissance fut mis en prison, ci il y resta longtemps à cause de lui (0) ; et le poison donné à FévOqne de Poitiers semble prouver qu’on redoutait ses partisans dans les provinces de la Gaule méridionale , qui ohé iss nie ut avec peine à un roi de race étrangère, 11 avait aussi des amis zélés en Basse-Bretagne 5 mais ü ne paraît point qu’il ait eu de bien chauds partisans en Normandie, où l’obéissance au roi Henry était regardée comme un devoir national. Quant au roi de France , Il favorisait l'antagoniste de Henry 1 ï par des motifs d’une nature moins élevée, sans affection réelle, eL simplement pour susciter quelques embarras à son rival politique. if... Dans Tannée 1100, Henry 11 passa d’Angleterre en Normandie, et à la nouvelle de son débarquement, Thomas sortit du couvent de Pontigny et se rendiL à Vezelay, près d’Auxerre. Là , en présence du peuple assemblé dans la principale église, le jour de TAscenstion , il monta en chaire, et, avec le plus grand appareil , au son des cloches et à la lueur des cierges, il prononça l’arrêt d’excommn-

(î) Epist. m Thomfi&j 1U>. î, ep, 120,

(2) Ibid,, cp. J 27.

(3) Episcopi vestri cou trà vos dura loqoüütür, (Script. rcr, lraoc,, t. XVI, p. 25,)— -Opus veitrum h superbiA procedure. „ iï vobis facto aumiüC discesserunt. (ÀcheH Siiîcileglum. 1, III, p> 514.)

(4) Qui in iïifentmbus sunL gradïfetts consliiuü, personam miram summæ ont i unis brachits auiploxàûUirv a Elis, sed jn nileDtio, i m plu ra nies «îüprrus, tu vu ta vestra icettndentür. tlhid,)— Epist, Àrrmlplii Lexov. epi&copt,

(5) Script, rçrura franc., 1. XV 1, p. 295.

(fi) ibf(L,p, m

i7) CaDdelîa extommtinîènvU âeeemh* [Math, Paris, , p. 73*— Script, fcrilin frauck‘,,1. XVI, p, M'J>)

LA CONQUÊTE

uication contre les défenseurs des constitutions de nos Clarendon , les détenteurs des biens séquestrés de l’église de Canfcerbury , et ceux qui tenaient des clercs ou des laïques emprisonnés pour sa cause (7). Ri'rkct prononça eu outre nominativement la même sentence contre les Normands Richard de Lucy , Jocelin Baillcu! , Alain de NeuiUy , Renouf de Broc, Hugues de Saint-Clair, et Thomas, fils de Bernard (8), courtisans et favoris du roi. Le roi était alors à Chiuon, ville de son comté d’Anjou , et , à la nouvelle de ce signe de vie donné par son adversaire , un accès de fureur violente s’empara subitement de lui ; il s’écria , tout hors de sensT qu’on voulait lui lucr le corps et Tàme , qu’il était assez malheureux pour n’ avoir autour de lui que des traîtres , dont pas un ne songeait à le délivrer des vexations d’un seul homme (9). 11 6tn son chaperon elle jeta parterre, déboucla son baudrier, quitta ses babils, arracha l’étoffe de soie qui couvrait son lit, et s’y roula devant tous les chefs, mordant le matelas et en arrachant avec ses dents la laine et le ertn (10),

Revenu un peu â lui-même, il dicta une lettre pour le pape , lui reprochant de protéger les traîtres (1 1 ) , et envoya au clergé de la province de Kent Tordre d’écrire, de son côLë , au souverain pontife , qu’on tenait pour nu lies les sentences d’exeommuniealion lancées par Tarchevèque (12). Le pape ré pondit au roi, en le priant de ne communiquer ses lettres à Ame qui vive, qu'il était prêta lui donner pleine satisfaction , et qu’il lui députait deux légats extraordinaires avec pouvoir d’absoudre toutes les personnes excommuniées (13), En effet, ü envoya eu Normandie , sous ce litre et avec celte puissance, Guillaume et Othon , prêtres-cardinaux , le premier on vertement vendu au roi , et le second mal disposé pour Tarchevèquc (14). Pendant que ces deux ambassadeurs traversaient la France , publiant sur leur route qu’ils allaient contenter le roi d’Angleterre et confondre son ennemi (1 U), le pape , de retour, mandait à Thomas d’avoir toute confiance

(9J Ci corpus et auimam pariter auforret, qu&d oranes prudïlorç* crant , qui cum ah un bis homiais infestai ioot: eapcdlre nutebant. (Script* rcruui franeiéaruœ, i, XVI, p. 310.)

(10) Pileum de eapïte projctiL , balteum disemxil, vcalcg languis abjecit, stratum smeum quod crût supra tectum rua p u propria rem or il, et eœpit strammeas masticare fealucna, (Ibid., p. 215.)

(J J) Ibid., p.236.

i I2) Ibid.,p,Ù05.

(15) LUteras suas nul U mmtalium révélât, (ïlmt, p, 279.)

(14} Prütio duetis. (EpisL Jo, Sariib, apud script, ra\ fr,,

1, WJ. p. 578.— Ibid., p. 278.)

il 3) lu cotifusïûncm euiamnum domîjal Cautuarieufiis ad

fjdcudam voluntatom régis. (Ibid*, p, 438 J

DK L’ANGLETERRE.

uee en eux, et le priait, en récompense de Patte ni ion qu'il avait mise i\ les choisir favorablement pour sa cause, de s'employer auprès du comte de Flandre à obtenir quelques aumênes pour l’Église romaine (1)*

1107 Rl-aîs Parchevèque fut averti du peu de foi que méritaient ces assurances, cl se plaignit amèrement, dans une lettre adressée au pape lui- meme , de J a fausseté dont on usait à son égard, a 11 y a des u gens, disait-il, qui prétendent qu’à dessein tous « ave# prolongé pendant un an mon exil et celui « de mes compagnons d’infortune , pour Faire, à <[ nos dépens, un meilleur traité avec le roi (2). J’hëu site à le croire; mais me donner pour juges des « hommes tels que vos deux légats , n’est-ce pas *f vraiment m’administrer le calice de passion et de « mort (3)? Dans son indignation, Thomas envoyait à la cour papale des dépêches où il ne ménageait pas le rot, l’appelant tyran plein tic malice; ces lettres furent livrées ou peut-être vendues à Henry II par la cbancéllerieromaine (4)* Avant d'entrer, selon leur mission , en conférence avec le roi, les légats invitèrent Ta rchevèquaàune entrevue particulière ; il s’y rendit , plein de défiance et d’un * mépris qu’il cachait mai. Les Romains ne l'entretinrent que de la grandeur et de la puissance du roi Henry, du bas état dont le roi Pavait tiré , et du péril quTü y avait pour lui à braver un homme si puissant et si aimé delà sainte Église (5).

Arrivés en Normandie , les envoyés pontificaux trouvèrent Henry II entouré de seigneurs et de prélats anglo-normands. La discussion s’ouvrit sur les causes de la querelle avec le primat, et Gilbert Foliot, évêque de Londres, prit la parole pour exposer tes Faits ; il dit que tout le différend provenait d’une somme de quarante-quatre mille marcs, dont l’ archevêque s’obstinait à ne vouloir rendre aucun compte, prétendant que sa consécration ecclésiastique l’avait exempté de toute dette, comme le baptême exempte de tout péché (6). Folio l joignit

(1} Ut h comité Flandriæ aliquatn prn ecdesîà romanâ ckemosynam... [Script, rertrai ft\, U XVI, p. £79.)— în jâm diclis cardinalibus pote:» umnmo eonfidere. (Ibid., p. £78.)

(3) Quod exiljum noslrnm proloDgaatis in aimum,iU vobk Aniporujii vc\ conftnderclur iulereft. (Ibid., loin. XV IJ,

(S) Kihil aluni est qtiàm nobla admimslrasae calîeem passîonis H mûr Üs. (ïbid.)

(4) In IlUerli veatris quas ad papam direxistis et quai iihhUï régi reportant, relent malUiosura tyrancum nominuslL (Ibid., t, XYL p, 28£.)

(5) Àdjirientcs mulia de m.ignitudine prinetpis, et polentiâ: de amore et honore qnos romanm exhibait, exacorentea bénéficia qufie in nos excrctill. (Ibid., p. 297,)

(Û) Et itn deristl vos Londonien# la (epiicnpus), dicens voa errdere quèd. si eut in bapliamo remdlunlur peccala, ità \n

à ees jeux d’esprit «.Vautres railleries sur les exeom- mi muni cations prononcées par Deekct, disant qu’on ne les recevait point en Angleterre par pure économie de chevaux et d’hommes, attendu qu’elles éta ient si nombreuses que quarante courriers ne suffiraient, pas à h‘S distribuer toutes (7), Au moment de la séparation , Henry pria humblement les cardinaux d’intercéder pour lui auprès du pape, afin qu’il le délivrât du tourment que lui causait un seul homme (8).

Eu prononçant ees mots, les larmes lui vinrent aux yeux; et celui des deux cardinaux qui était vendu au roi pleura comme par sympathie ; l’autre eut peine à s’empêcher de rire (9).

Quand le pape Alexandre, réconcilié avec tous les nos Romains par la mort de son compétiteur Victor, fut de retour en Italie, il envoya, de Home, à Henry II des lettres dans lesquelles il annonçait que décidément Thomas serait suspendu de toute autorité comme archevêque , jusqu’au jour de sa rentrée en grâce avec le roi (10). A peu près dans le même temps, un congrès diplomatique se tint à IaFerté-Bern ard , en Vcndômois,e titre les rois d’Angleterre et de France.

Le premier y montra publiquement les lettres du pape, en disant dTin air joyeux : « Grâce au ciel, voila it notre Hercule sans massue ( 1 1). H ne peut plus n rien désormais contre moi ni contre mes évêques,

et ses grandes menaces ne sont que risibles ; car i je liens dans ma bourse le pape et tous ses car- « dmaux(12},ii Cette confiance dans le succès de ses intrigues donna au roi d’Angleterre une nouvelle ardeur de persécution contre son antagoniste ; et , peu après , le chapitre général de Citeaux, de qui dépendait l’abbaye de Pouligny, reçut une dépêche où Henry II sigmliaiL aux prieurs de l'ordre que , s'ils tenaient â leurs possessions en Angleterre , en Normandie, en Anjou et en Aquitaine, Us cessassent de garder chez eux sou ennemi (13).

À la réception de cette lettre, il y eut grande alarme dans le chapitre claCiteaux, Le supérieur se mit eu route vers Pontigny, avec un évêque cl plu-

promotions relaxanlur débita. (Script, reruai franc., t. XYï, p. 391)

(7) El li nie oJïido non âufïiccns quadraemta cursmes. (Ibid.)

(8) Cum multà hnmiUlale... nt hberaret euoi à vobis unminij. (Ibid.)

(Ô) EL t néon Une nier lacrymatus eu, et dominas WHI cl mu s cardinal visu* csi iacrymari ; Ü. üibo vii èeftcbiuüo se poLuit abflLînerc. (Ibid.)

(10) Jhid., p. 529*

(11) Ovaiïs qtiùd Tlerculî elavam delraxisset. (Ibid.)

(12) Quia nunc D. Papam et om nés cardinal*# habeün bnrsâ snâ. (Ibid., p* 593.)

(î3) Si uEeriùs advemmun tmum apud $c rellnerent. (Ibid., i. \1V, p. 457. — Ibid., t. XV t. p. 208, — Eoffer. de Hoved-. p. 900.)

im sieurs abbés de l’ordre, Us vinrent trouver Thomas Beckctj et lui cl i mit d’un tou doux* mats signi h eatif (1) ; « A Dieu ne plaise que, sur de pareilles 11 injonctions, le chapitre vous congédie ; mars c'est <: un avertissement que nous venons vous donner,

*i afin que vous-même, dans votre prudence, jugiez « de ce qu’il y a à faire (2). n Thomas répondit sans hésiter qu'il allait tout disposer pour sou départ, II quitta le monastère de Pontigny au mois de novembre 1 168. après deux années de séjour, et écrivit alors au roi de France pour lui demander un autre asile* En recevant sa lettre, le rot s'écria 2 « O reli- « gion l religion ! qu’es-tu devenue? Voilà que ceux « qui se disent morts pour le siècle bannissent , en « vue des choses du siècle, T exilé pour la cause de u Dieu (3) ! n 11 recueillit l'archevêque sur ses terres ; mais ce fut évidemment par politique qu1 2 * 4 5 il se montra, dans celte occasion, plus humain que les moines de Cîteaux.

nm Environ une année après, il y cul un retour de bonne intelligence entre les rois de France et d’Angleterre; un rendez-vous fut assigné de part et d’autre , a MonLimrail , en Perche, pour convenir des termes de la trêve ; car, depuis que les Normands régnaient en Angleterre, il n’y avait plus de longues paix entre les deux pays (4). Il se tenait cependant de fréquentes assemblées dans les villes ou près des villes frontières de la Normandie, du Maine ou de F Anjou ; et les intérêts opposés s’y discutaient avec d’autant pins de facilité que les rois et tes seigneurs de France et d1 Angleterre parlaient exactement la même langue. Les premiers amenèrent avec eux Thomas Becket au congrès de Montmirail. Osant de l'empire que leur donnait sur lui l'état de dépendance où ü se trouvait à leur égard, ils l’av aie ni déterminé à venir faire, sous leur patronage, acte de soumission envers le roi d’Angleterre, pour se réconcilier avec lui (3) ; et l'archevêque avait cédé à ces instances intéressées , par ennui de sa vie errante et de Hm imitation qu’il éprouvait à manger b pain des étrangers (6).

(1) Et venermit feslîuanier mimine çapîlulj. (Gervas. Dorobcra. apttd script, terum franetc,, t. XVI, p.

(2) Ca pi LuE uni proplflr manda lu m taie hcc fugai, nee eipcdit le... sed tibî et ptudemi coiisiiiu lut» hæe jiitjmlkai, lit vtdcaâ et attend a s qnid agendum, (IbUlvj

(3j O religio , ô religio, ubl es ? En quos credebamun sæcuio moriuo3.,.Ûei eauîâ cxuEanteui rcjiemm à $c.(ll>id ï . XIV, p. 457.)

(4) Ibid., pi 533.

(5) Ut Ipse rtgis animum allquA htimiluale coràm optiminibus utriuaqtm ri-^ni miticarel* rlbîd.* p, 457.)

(G) Arc la LU# regü Confiiiio et omninm archiepiscoporum, cpiseoporiintiït baronum acquievJt. (Lbid., t. XVJ, p. 353.)

7i Tue cûmmiuo aibUrjû, salve bouore Pci. (Script , rmmi. fraucic.. t. XIV. p. 4G0.)

LA CONQUÊTE

Dès que les deux antagonistes furent en présence Cun deFautre, Thomas , dépouillant sou ancienne fierté, rnit un genou en terre, cl dit au roi t « Seiu gneur, tout le différend qui, jusqu’à ce jour, a « existé entre nous je le remets ici à voLre jugement, k comme souverain arbitre en tou! point, sauf Thon- « neur de Dieu (7), » Mais au moment où cette restriction fatale sortit de la bouche de l’archevêque, le roi, ne comptant pour rien ni sa démarche ni sa posture suppliante, l’accalda d’un torrent d’injures, l’appela orgueilleux , ingrat , mauvais cœur; et se tournant vers le roi de France ; « Savez-vous, k dit-il, ce qui m’arriverait, si je passais sur celte n réserve? il prétendrait que tout ce qui me plaît « et ne lui plaît pas est contraire à l'honneur de a Dieu ; cl , au moyen de ces deux seuls mots, il ü m’enlèverait tous mes droits (8). Mais je veux lui « faire une concession (9). Certes, il y a eu avant il mot en Angleterre des rois moins puissants que « moi, et sans nul doute aussi il y a eu dans le siège u de CanLerhury des archevêques plus saints que « lui; qu’il agisse seulement avec moi comme le tt plus sortit de ses prédécesseurs eu a usé avec « le moindre des miens, et je me tiendrai satisv fait (10). J}

A cette proposition évidemment ironique , et qui renfermait pour le moins autant de restriction mentale de la part du roi, que Thomas en avait pu mettre dans la clause sau/V honneur de Dieu ; lassem- Idée tout entière, Français et Normands, s’écria que c’était bien assez, que le roi s'humiliait assez (II); et comme l'archevêque restait silencieux, le roi de France à son tour lui dit : « Ké bien ! qu'attendez* « vous ? voilà ia paix, la voilà entre vos mains (12). si L’archevêipic répondit avec calme qu’il ne pouvait eu conscience faire de paix, se livrer lui-même, et aliéner sa liber té d’agir, que sau/C honneur de Dieu . A ces mots tous les assistants des deux nations Taccusèrcnt à qui mieux mieux d’orgueil démesuré, d 'outrecuidance, comme on parlait alors (13). Un des barons français s’écria tout haut que celui qui

(8) ttex mtiUis eum cûniumelite affccil... ei ait re^i Fraaçiæ *. quidqitid sihi doplicueritdicel honori pciesse contranum, ti sic mea omma jura aibî vindicabU. ( Script, rerum fraude., t. XIV, p. 4130.)

(0) Hoc iMi ofFero. (Gervas. Dorobern. apnd script, rer. fraocic., t, Xïlî, p. 132.)

(10) Qttod i^iïtTr anieeessorum snorum major et sanclior fedl antecessonim incomm nimiuio, hoc mibi facial, et rpitesco. (Ibid.)

(1 1) Àcçlauxabatmr üDdique ; SaÜs rex se humiliai. (Ibid-, t. XIV, p. 4G0.)

(12) Quïd diibilaa? eccè pus prœ foribus. (Fbid.)

(13) I ns Livres erunt iLaquc niagiiaies uirîusque regui iu eu ni, impug riantes arrogantijûçxk ejus. (Ibid.)

i m résistait aux conseils et à la volonté unanime îles seigneurs de deux royaumes ne méritait plus d'asile (1 )* Les rois remontèrent à cheval sans saluer l'archevêque» qui se retira fort abattu (Si)* Personne, au nom du roi de France, ne lui offrit plus ni gîte ni pain, et dans son voyage de retour il fut réduit à vivre des aumônes des prêtres et du peuple (5).

Pour que sa vengeance fiH complète, Henry II n’avait besoin que d'un peu plus de décision de la part cîu pape Alexandre, Afin d'obtenir la destitution, qui était F objet de toutes ses démarches, il épuisa les ressources que lui offrait la diplomatie du temps , ressources beaucoup plus étendues qn'on ne le suppose aujourd'hui* Les villes lombardes , dont la cause nationale était alors unie à celle du pape contre l’empereur Frederik , reçurent , presque toutes, des messages du roi d'Angleterre. Il offrit aux Milanais trois mille marcs d’argent et les frais de réparation de leurs murailles que Tempereur avait détruites . aux Crémonais il proposa trois mille marcs, aux Parmesans mille marcs * et autant aux Bolonais, s’ils voulaient s’engager a solliciter auprès d'Alexandre II 1 , leur allié , la dégradation de Beckel, ou tout au moins sa translation à un siège épiscopal inférieur (I)* Henry s'adressa en outre aux seigneurs normands de FApulic , pour qu'ils employassent de même leur crédit en faveur d’un roi issu de la même race qu’eux (S). II promit au pape lui-même autant d’argent qu’il lui en faudrait pour éteindre à Rome les derniers restes du schisme, et de plus dix mille mares , avec la faculté de disposer absolument de la nomination aux évêchés et aux archevêchés vacants en Angleterre. Cette dernière proposition prouve que, dans son hostilité contre l'archevêque Thomas , Henry II poursuivait alors un tout autre objet que la diminution de l'autorité papale (6), De nouveaux édits défendirent, sous des peines extrêmement sévères, de laisser arriver sur le sol anglais ni amis ni parents de Fexilé , ni Icürcs de lui ou de ses amis, ni lettres du pape favorables à sa cause; ee qu'on défi) Quia utriugque regttl consHio et voluniali resistit* (Oçrvas* Dmobtrn. a pu il script, rer, franc*, i. XIV, p* 4G0.)

(2) Ibidem.

(5) Nil ex ej us parte procurations sîhi Fuit cxtiiliitum... vet atiquta, super ejus miseriâ afflictus, eum exhibait ut mendicum* (Ibid., p. 4G1 ,)

(4) Tmnsnlîssâ legatione ad Il alite civ liâtes... ut impetrareotà nom, Papâ cïestiluüonem vel translationem Cantaariensis archlàptàcopi. (Ibid*, tom. XVI, p. 002.)

(5j Ildd*

(6) Liber arc t eum ah épj&tïoûîbua omnium ïlomanorum ci 10,000 marcanim a djlcerÊV. concédons etlam ut tàm in ecclesià Canluariemî, quàtn in alita vacantibus pàitôres ordiuaret ad libitum. (Epîsl* Johan. Salisb. apud script, rerum francic., I* XVI, p. 605 ,}

voit craindre , dans le cas fort possible de quelqne iro ruse diplomatique delà cour pontificale (7).

Four correspondre en Angleterre malgré celte prohibition, l'archevêque et ses amis employèrent le déguisement de noms saxons (8), qui, à cause du bas élat de ceux qui les portaient, éveillaient peu Fin quiétude des autorités normandes. Jean de Salisbury, homme qui avait perdu ses biens par attachement pour le primat , et Fnn des auteurs les plus spirituels du temps, écrivait sous le nom de Godrïk , et ri n titillait chevalier a la solde de la commune de Milan (0). Comme les Milanais étaient alors en guerre avec l'empereur , il mettait, clans scs lettres, sur le compte de ce dernier, tout le mal qu’il voulait faire entendre du roi d'Angleterre (10).

Le nombre de ceux que l'autorité normande persécutait a cause de cette affaire fut considérablement augmenté par un décret royal, conçu dans les termes suivants : « Que tout Gallois, clerc ou laïque,

« qui e n L rera e n A n gle ter re sa us I e t très d e \ mss a ge « du roi , soit saisi et gardé en prison , et que tous « les Gallois en général soient chassés des écoles « d'Angleterre (11). « Pour découvrir les motifs de celle ordonnance , et bien comprendre d’ailleurs où était le point qui blessait sensiblement les rntcrèls du roi et des barons anglo-normands dans la résistance de Thomas Beckel, il faut que le lecteur tourne un moment ses yeux vers les terres nouvellement conquises sur la nation cambrienne*

Le pays de Galles, entamé, comme on Fa vu, par des invasions en différents sens , offrait alors les mêmes scènes d’oppression et de lutte nationale que l' Angleterre avait présentées dans les cinquante premières années delà conquête (12}* H y avait insurrection journalière contre les conquérants, surtout contre les prêtres venus à la suite des soldats, et qui , soldats eux- mêmes, sous un habit de paix , dévoraient avec leurs parents, établis auprès d'eux, ce qu’avait épargné la guerre (13). S'imposant de force aux indigènes comme pasteurs spirituels, ils venaient, en vertu du brevet d'un roi étranger, s'as»

(7) EpîaL Johan. Sahsb.,1* XVI, p. 403, et t, XIV, p* 433.

(8) Ibid., i>, 581.

(0) üüîiwino filin Eadwinl sacenïoüs miles sutis God ficus MUilern.,. qui in Iiallà me tlouaslicingulo mlEHari.,. (Scripl* rer. fraude., t. XVI. p. 581.)

(10) Ibid-

(11) Ntaihabeat liUercrs tlnmini rerM 4e passagio aun.** et omties W.illuüst'S qui ÆHtil in scolîs in AngliA ejidanltir.

(G e r vas * € a u Lu ar . , p * 1 400*)

(13) Voyez livre VU L

(13) Plus miîiiam quàm cïerîcus exialens*.. quo mot'ho laboraot ferè enmes ah Anglim fini bus il à intrusi » terras eceleaiæ au® diviait, alicnavït, mUlfibua largliua est, nepoti suo coaluUt. (Giraldus Cambr* in An^lià sacrA, tom. U, p, 534,333.)

riaa seoir à la place d'anciens prélats , élus autrefois par le clergé et îe peuple du pays (1). Recevoir les sacrements <le l’Église de la main d’un étranger et d’un ennemi (2) , était pour les Gallois une gêne insupportable et peut-être la plus cruelle des tyrannies de la conquête. Aussi , du moment que l'archevêque anglais Reekel eut levé In tète contre le roi d’Angleterre , l’opinion nationale des Cambriens se déc 1 ara- 1- elle fortement pour l'archevêque , d’abord par cette raison populaire que tout ennemi de l’ennemi est un ami, et ensuite parce qu’un prélat de race saxonne, eu lutte avec le pet il Ail s du vain-* queur des Saxons, semblait, en quelque sorte, le représentant des droits religieux de tous les hommes réunis par force sous la domination normande (S). Quoique Thomas Racket Mî complètement étranger à la nation cambrienne , d'affection comme de naissance , quoiqu’il n’cùt jamais donné le moindre signe d'intérêt pour die , cette nation Faimait, et eût aimé de même tout étranger qui , de loin ÿ indirectement, sans nulle intention bienveillante, eût éveillé en elle l'espoir d’obtenir de nouveau des prêtres nés dans son sein et parlant son langage (4).

Ce sentiment patriotique, enraciné chez les habitants du pays de Galles, se manifestait avec une opiniâtreté invincible daus les chapitres ecclésiastiques, où se trouvaient ensemble des étrangers et les indigènes. Presque jamais il n’était possible de déterminer ces derniers à donner leurs suffrages à un homme qui ne fût pas Gallois de race pure, sans mélange de sang étranger (1S); et, comme le choix de pareils candidats n’était jamais confirmé par le pouvoir royal d’ Angleterre , et que d’ailleurs rien ne pouvait vaincre l'obstination des volants , il y avait une sorLe de schisme perpétuel dans la plupart des églises de la Cambrie, schisme plus raisonnable que d’autres qui ont fait plus de bruit dans îe monde (6). C’est ainsi qu’a ta cause de l’archevêque Thomas, quel que fût le mobile de cri homme, soit l’ambiibn, soit l’amour de la résistance et l’eu têt émeut, soit la conviction d'un devoir religieux , ou la conscience sourde et mai définie

(1) Ativenæ et alknigeniE*... (Giratdus. Cambr. de Rébus a se geslis, tn Artgllâ ÿ&crâ, t. H, p. 521.)

(5) Proeccleaiastteâ liberlate capat gLniiis exponens,.,.. (îbid.)

(4) IbbL, p» 325.

(B) Bi ci püterit qubd ihUum jue Wâlîenscs libéras ad elïgendntn babcoas babuerint, uunquÉm quempiam præfpr Walle as cm s edi pi1 2 * 4 * * 7 & fi ci ont „ et ilium gentil) us aUis neqtte naUirA neqno nu tritura permixtum. (Ibid.)

(0) Schismaie in cccïeslâ farto în purum Walleusem conseil sérum t. (Ibid.)

(7) Sedenle arcîxîeptscepo cum suis in hospîtïo , Juin

LA CONQUÊTE

d'une hostilité nationale , se joignait une cause qui valait mieux que la sienne, celle des races d’hommes asservies par 1rs aïeux du roi dont il s’était déclaré l'adversaire. Voila ce qui relève, dans Fhîstoire . ce 1 1 e gra o de intrigue a u-d rssus des qu crelles o rdin a ires entre la couronne et la mitre.

L’archevêque , délaissé par le roi de Fj'ance , son ancien protecteur , et réduit à subsister d’aumônes, vivait a Sens, dans une pauvre hôtellerie. Un jour qu’il était assis dans la salle commune , s’entretenant avec ses compagnons d’ex il (7), un serviteur du roi Louis se présenta , et leur dit : « Leroi, mon h seigneur , vous invite à vous rendre â sa cour. it — Hélas! reprit l’un des assistants, c’est sans n doute pour nous bannir. Voilà que Feutrée de (i deux royaumes va nous être interdite; il n’y a ee pour nous aucun secours à espérer de ces larrons « de Romains qui ne savent que voler les dépouilles « du malheureux et de l'innocent (S). » Ils suivirent l’envoyé , tristes et soucieux comme des gens qui prévoient un malheur. Mais à leur grande surprise, le roi les accueillit avec des signes extraordinaires d’aifection , et même de tendresse. 11 pleura en les voyant venir (9) ; îl dit à Thomas : « C’est vous , « mon père , c’est vous seul qui aviez bien vu; et « nous tous , nous étions des aveugles , en vous « donnant conseil contre Dieu, Je me repens, mon « père , je me repens T et vous promets désormais « de ne plus manquer, ni à vous, ni aux vôtres (10), » La vraie cause de ce retour si prompt et si vif n’était autre qu’un nouveau projet de guerre du roi de France contre Henry IL

Le prétexte de cette guerre fu t la vengeance exercée par le roi d’Angleterre sur les rëFugiés bretons et poitevins que l’autre roi lui avait livrés ù condition de les recevoir eu grâce, Tl est probable qu’en signant la paix a Moatmîrail , le roi Louis ne s’attendait nullement à l’exécution de celte clause insérée par simple pudeur ; mais peu de temps après, et lorsque Henry H eut fait périr tes plus riches d’entre les Poitevins, le roi de France, ayant des raisons* d’intérêt pour recommencer la guerre, s’autorisa de La déloyauté de l'Angevin envers les réfugiés (II) ;

confabuiantur... (Scrqilm es renmi franeîcarum, tom, XIV, [K 501.)

(8) ÜL ciidanLur à reeno... (Ibid.) — - Fcc ad romanos latrônes coesolalioms gratiâ quis consutaL nos rccurrere ; tptfppe citti miaerortîm spolia #inè; d el te to diripiunt,.. (Viia qn&dkîpârt.. ïib, H, cap, 23,)

0) Obortïs laeryruis cum slngullu. ( Gerva&. D oroh erp. ,

| i, XI N. p. 153.)

(10) Ycrè, domine ml pater, tu soins vidisli; vert, palcr ml , En soins vidisli : nos mîmes coeci fui mue, qui contra Detun tilïf (icrliüius ccm&ilium... pœniteo, pater, cL graviter pœmlco... (Script, rerimi francic,, t, XIV, p. 46.)

(11) Voyez livre VIII.— Qu6d rex Angliæ omaes conven-

DE L’ÀNGLETëMË,

im et son premier acte d'hostilité fut de rendre à Thomas Bccket sa protection et ses secours. Henry li se plaignît s par un message exprès, de cette violation flagrante de la paix de Montmïrail* w Allez , it répondit ïe roi de France au messager, allez dire « â votre roi que , s’il tient aux coutumes de son * aïeul , je puis bien tenir à mon droit héréditaire « de secourir les exilés (1). ti

Bientôt l'archevêque, reprenant l'offensive, lança de nouveaux arrêts d’excommunication contre les courtisans, ies serviteurs et les chapelains du roi d’Angleterre, surtout contre les détenteurs des biens de f évêché de Canterbury. Il eu ex commun ta un si grand nombre que, dans le doute où Ton se trouvait si la sentence n’était pas ratifiée secrètement par le pape, iï n’y avait plus dans la chapelle du roi personne qui , à T office de la messe , osât lut donner le baiser de paix (2), Thomas adressa en outre à Févèquede Winchester , Henry , frère du roi Étienne , et comme tel ennemi secret de Henry II , un mandement pour interdire en Angleterre toutes les cérémonies religieuses , excepté le baptême des enfants et la confession des mourants, à moins que le rot, dans un délai fixé f ne donnât satisfaction à l’église de Ganter bitry (3). 11 y eut un prêtre anglais qui, d’après ce mandement, refusa de célébrer la messe; mais son archidiacre le lui ordonna , ajoutant ; « El si l'on venait de la part de l 'archevêque w vous dire de ne plus manger , est-ce que vous ne « mangeriez plus (4)?» la sentence d’interdit n’ayant obtenu Fassent! ment d’aucun évêque en Angleterre ne fut point exécutée, et Févèque de Londres partit pour Home, avec des messages et des présents du roi (fi). Il en rapporta, après l’avoir bien payée, une déclaration authentique affirmant que le pape n’avait point ratifié eL qu’il ne ratifierait point les sentences d’excommunication lancées par Farchevêque : le pape lui-même écrivit â Becfcel pour lui ordonner de révoquer ces sen tences dans le plus court délai (6),

Mais la cour de Home , attentive a se ménager , en toute occasion, des sûretés personnelles , demanda que les excommuniés , en recevant leur absolution, prêtassent le scnnenL de ne jamais se séparer de

tiOTies illas quas cum Pictavis cl Brilonibus , ipso rege F rance mm med tonte,... Fecciat... confrcgissct. ( Gervas. Dorobcrn. apud fcripl. rernm franc t. XIII, p. 133.)

(1) Kc régi veatro ûuncfaitpn, quia si consueiurtines avî, avîtas qtus vocat conmetuHfeca , non instinct abrogari, ego... (Script, renim francic., I. XIV, ^ 4Û2,)

(S) IJL vix iii capellà régis mveniretur qui régi, de more ecclestoï;, pads oseulum dare valerfit.(tbid., L. XVI, p. 534.)

(3) Ibid., p. ISO.

(4) Au céSsarét à comcsljono, n mmcius dmaaet el es parle arehiepïacopi ne comilèreL (Ibid., p. 157.)

(5) Ibid., p 502.

(6) Epjst. Alexandrî papa?. (Ibid-, p. 3G8.)

l'Église (7). Tous , et notamment les chapelains du ns, roi , y eussent consenti volontiers; maïs le roi ne le leur permît pas, aimant mieux les laisser, comme on disait alors, sous le glaive de saint Pierre (S) , que de s’ôter à lui-même un moyeu d’inquiéter FE* glisc romaine. Pour terminer ce nouveau différend, deux légats , Vivien et Grattera , allèrent trouver Henry à Domfront, Il était à la chasse au moment de leur arrivée, et il quitta la forêt pour les visiter à leur logement (9). Pendant son entrevue avec eux, toute la troupe des chasseurs, conduite par le jeune Henry , fils atnë du roi , vint à l’hôlellerîe des légats, criant et sonnant du cor pour annoncer la prise d’un cerf (10). Leroi interrompit brusquement sou entre- Lien avec les envoyés de Home , alla aux chasseurs, les complimenta , dit qu’il leur faisait présent de la bête , et retourna ensuite auprès des légats , qui ne se montrèrent offensés ni de ce bizarre incident, ni de la légèreté avec laquelle le roi d’Angleterre les traitait, eux et l’objet de leur mission (11),

Une seconde conférence eut lieu au parc de Baycux ; le roi s’y rendît à cheval , avec plusieurs évêques d’Angleterre el de Normandie. Après quelques paroles insignifiantes, il demanda aux légats si décidément Ils ne voulaient point absoudre ses courtisans et scs chapelains sans aucune condition (12),

Les légats répondirent que cela ne se pouvait, —

« Par ies yeux de Dieu, répliqua le roi, jamais « plus de ma vie je n’entendrai parler du pape (13); » et il courut à son cheval. Les légats, le voyant si courroucé, lui accordèrent tout ce qu’il voulait (11).

« Ainsi donc , reprit Henry U, vous allez passer en « Angleterre pour que F excommunication soit levée « le plus solennellement possible (13), » Les légats hésitèrent ô répondre, « Hë bien! dît le roi avec it humeur, faites ce qu’il vous plaira ; mais sachez « que je ne tiens nul compte de vous ni de vos excom- * munica lions, et que je m’en soucie comme d’un « œuf (16). » 11 remonta précipitamment à cheval ; mais les archevêques et (es évêques normands coururent après lui, en criant, pour lui persuader de descendre cl de renouer l’entre Lien. « Je sais, je « sais aussi bien que tous tout ce qu’ils peuvent

(7) Script, rerum franc te,, L XVI, [>. 5G8,

(8) Ghidius beau Pétri, «picutum beat! Pétri.

(9) Vcnit rex dcnemora,(Seripl.rer. fr*iticie.,LX Vl.p.371 .)

(10) Ituceiuantes sicui sokt de captions ccrvi, (tbid.)

(IJ) Ibidem.

(12) Pet cas a b cïs quùd ab&otvereatclcricas sues sine j ura mento. (Ibid.)

(15) Per ocutos DeL (Ibid.)

(1 4) Quo au dilo minci i concessevunt* (Ibid.)

(15) U L in Angliam iréht cattsA ahsolyendî exeonumirdcaios. (Ibid.)

(16) Econec vo$ neque exeomrmimcatÎGnes vcslras appre* tior3 uec rtubïto un mn ovuro. (îbid.)

Thierry.

1163 « faire, disait le roî. toujours marchant ; ils mettront h mes terres sous l’interdit : mais est-ce que moi, if qui peux m’emparer d'une ville forte en un jour, v. je n'aurais pas raison d’un prêtre qui viendrait « interdire mon royaume (1)? »

A la fin, tes esprits se calmant de part et d'autre, on en vînt à une nouvelle discussion sur le différend tlu roi avec Thomas ïîeckot. Les légats dirent que le pape souhaitait la fin de ce scandale, qn il ferait beaucoup pour ïa paix , et Rengagerait â rendre l'archevêque plus docile et plus traitable, « Le « pape est mon père spirituel, reprit alors le roi ic tout a fait radouci , et je consentirai , pour ma tt part a à faire beaucoup è sa requête (3); je rentt drai même, s'il le faut, à celui dont nous parie ions son archevêché et mes bonnes grâces» pour « lui et pour tous ceux qui, à cause de lui, se sont fi fait bnnuîrdc mes terres (3). *■ L'entrevue où Ton devait convenir des termes cîe In paix Fut fixée au lendemain; maïs, dans cette conférence, k roi Henry se mit à pratiquer Expédient des restrictions qui! reprochait à l'archevêque, et voulut faire inscrire qu’il ne serait tenu ê rien que sauf l'honneur et la dignité de son royaume (4), Les légats refusèrent d’accéder à cette clause inattendue^ mais leur refus modéré» en suspendant la décision de l'affaire, ne troubla point la lionne intelligence qui régnait entre eux et le roi (15), Ils donnèrent plein pouvoir à Hotrou, l'archevêque de Rouen, d'aller, par Pau- Ion te du pape, délier de son excommunication G i Ibert Foliot, évêque de Londres (fi). Ils envoyèrent en même temps à Thomas des lettres qui lui recommandaient , au nom de f obéissance qu'il devait à l'Eglise, rhumîIUé, la douceur ci la circonspection envers le roi (7),

ll7Ê j On se rappelle avec combien de soins Guillaume

le Bâtard et son conseiller Lan franc avaient travaillé â établir, pour le maintien de la conquête» la suprématie absolue du siège de Ganterbury. Ou se rappelle aussi que I'im des privilèges attachés ocelle suprématie était le droit exclusif de sacrer les rois d'Angleterre , de peur que le métropolitain d'York ne fût quelque jour entraîné, par la rébellion de ses diocésains, à opposer un roi saxon oint et couronne par lui aux rois de la race eonq aérante (S). Ce dmi-

(1) Sdo, scio, mterdicenl terra m meam : sed nétnqaid ego i|tiî passion caperô singufia dtebus carttrum forli*simum... (Script. rerum frànetc,, t.XVL p.37L)

(S) Opûrtet muïtbra fcicere pro preee domini Papa?, qui dominas meus et pnteif mena est. (îbitL)

(ôj v.i itîeê redtlo ci ardiiepilcopatum aimm ci pacrm mcntii : et oméîhût qui pro eo exlrè ter ram (tint. (Ibid.)

(4) Qaeui in formâ pacis ?mbereUir, salvà digmlale regni sut. Iliul.j— Xovnm obligation^ formulas!)* (Ibid.)

(35) t h idem,.

LA CONQUÊTE

ger n’existant plus , après un siècle de possession , î no les politiques de la cour de Henry H, afin d'énerver le pouvoir de Thomas Rocket* résolurent de faire un roi d’Angleterre, sacré et couronné sans sa participation (9),

Pour exécuter ce dessein, le roi Henry présenta aux barons anglo-normands son fils aîné , et leur exposa que , pour le bien de ses vastes provinces, un collègue dans la royauté lui était devenu nécessaire, et qu'il souhaitait de voir Henry, son fils, décoré du même Litre que lui (10). Les barons n’opposèrent aucun obstacle aux intentions de leur roi, et le jeune homme reçut l’one lion royale des mains de l'archevêque d’York , assisté des évêques stiffiragantsde l'archevêché deCanterbury, dans l’église de W estminster s immédiatement dépendante du même archevêché. Toutes ces circonstances constituaient, selon le code ecclésiastique, une complète violation t tes privilèges de la prima lie anglaise (II).

Au festin qui suivit ce couronnement, le roi voulut servir son fiïs à table, disant, dans Teftusioa de sa joie paternelle , que depuis ce jour la royauté cessait de lui appartenir {13}. il ne s’attendait pas qu’avant peu d'années ce propos, jeté légèrement, serait relevé contre lui-même, et que son propre fils le sommerait de ne plus prendre le titre de roi, p u I squ 'il î'a va î t sole nu c î le m i n t a b d iq u é ,

La violation des anciens droits de la primalie n'eut point lieu sans l’agrément du pape ; car , avant de rien entreprendre, Henry II s'était muni d'une lettre apostolique , qui î1 * * 4 autorisait à faire sacrer son fils comme U voudrait et par qui ïl voudrait (13). Mais j comme celle lettre devait rester secrète , la chancellerie romaine ne se fit point scrupule d'envoyer il Thomas Rekeet une au Ire lettre , également secrète* dans laquelle le pape p rot estait que le couronnement du jeune roi par l'archevêque d'York Rëlaît fait malgré lui, et que malgré lui encore, l'évêque de Londres avait été relevé de son excommunication (14). A ces faussetés manifestes, Thomas perdit toute patience ; el il adressa , en son propre nom et au nom do ses compagnons d'exil , à un cardinal romain, appelé Albert, une lettre pleine de reproches . dont lAcrelë passait toute mesure :

« Je ne sais comment il arrive que , dans votre

(0) Scrlpit. rerum fiancic. i. XVI, p* 413.

(7) lbîtl., l>. 393,

{8,i V oyez livre V. p, 139,

{9} lu oriiujn archîjiffieïuüs el in Jœ*bneni eeciosiæ Caflluariensîs, (Script, rerum franc,, t. XIV, p. 413.)

(10) Convoealis regnj pimeribus. (Ibid.)

(11) Jldd.

( I â) Pater fUïo dlgnai us est raim&Lràre et se regem non c. sc prole&tari. (Ibid., p, 473.)

(15) Ibid., t. XVI, p. 111 et 430.

(14) Ilûif.

DE L'ÂISGLETERRE.

H70 « cour de Rome 5 ce soit toujours le parti de Dieu « qiion sacrifie ; de manière queBarrabas se sauve, « et que le Christ soit mis a mort (1)> Voici la sep- « tième armée que, par l'autorité de cette cour, je u continue d'être proscrit, et PÉglise d'ètreeipon^ franco* Les malheur eux, les exilés et lesimiocents » sont condamnés devant vous par la seule raison u qu’ils sont faibles, qu’ils sont les pauvres de Jésusit Christ, et qu’ils tiennent à la justice (â). Je sais « que les envoyés du roi distribuent ou promettent « mes dépouilles aux cardinaux et aux courtisans : « mais que les cardinaux se lèvent contre moi, s'ils « Je veulent, qu'ils arment non -seulement le roi ■* d'Angleterre, mais îe monde entier pour ma perte, « je ne m’écarterai de la fidélité due à l’Église ni en « la vie ni en la mort, remettant ma cause aux tt mains de Dieu, pour qui je souffre la proscription « cl l’exil (3). J’ai désormais le ferme propos de ne « plus importuner la cour pontificale. Hue ceux-là <: se rende» L auprès d’elle, qui se prévalent de leurs iniquités, et reviennent glorieux d'avoir écrasé <: la justice et fait l'innocence prisonnière (5). »

€es accusations énergiques rT étaient pas capables de faire reculer d’un seul pas la diplomatie ultramontaine; mais des menaces positives du roi de France, alors en rupture ouverte avec l'autre roi, vinrent prêter un appui efficace à la remontrance de l’exilé. « J 'entends, écrivait Louis Vil au pape, « j'entends que vous renonciez enfin à vos dëinar- « ebes trompeuses et dilatoires (o). Le pape Alexandre, qui se disaiL lui -même placé comme Tendu me entre deux marteaux (c'est ainsi qu’il appelait les deux rois) , voyant que le marteau de France se levait pour frapper, recommença subitement à croire que la cause de l'archevêque était vraiment la cause de Dieu (6). Il fit parvenir à Thomas un bref de suspension pour l'archevêque d'York et pour tous les prélats qui avaient assisté au couronnement du jeune roi 5 il alla jusqu’à menacer Henry II de la censure ecclésiastique, s'il ne faisait promptement droit au primat contre les courtisans détenteurs de scs biens et les évêques usurpateurs de scs privilèges (7). Henry ï î, effrayé du bon accord qui régnait entre le pape et le roi de France, céda

(I) Xescio quo pacte pars Domirn semper maclalur in curid... {Script, rei’iim fraude., t. XV h p. 420.)

(S) ...CuLukrndumur npiui vosmileriekgUïS innocentes. 110c ùb aliud msiqtiLi paupei es Utr.su ut uLimbcctllcg.{ib.,p.416.)

(i) iNumiae nosiro spolia quæ mmcil regis cardioalibus cl curiaLrhua largiuitLiir eL jiiomlltuot.,. Uisurg.ml qui volaevlnL cardinale». (Ibid., p. 4170 i/îj iHuu es; tu i lu propos U u m ulleriüs vcxaodt çnriam, eam aüeauL qui... Uliuaro via romana non gratis peremtssel tel miseras innocente» l (Ibid.)

{£) Ke uHcrlUt düaLioïKîs suas frustrai or tas prorogorct, Ibid., L XIV, p. 403.)

pour la première Pois, mais ce fut par des motifs t1 d'intérêt, et non par crainte d'uu banni que tous ses protecteurs abandonnaient et trahissaient tour à tour.

Le roi d'Angleterre annonça donc qu'il voulait entamer définitivement des négociations pour la paix ; l'archevêque d'York, ainsi que les évêques de Londres et de Saltsbury, essayèrent de l'en dissuader [S). Travaillant de tous leurs efforts pour empêcher tou te conciliation, ils dirent au roi que la paix ne lui serait d'aucun avantage pour lui, à moins que les donations faites sur les biens de Tëvèchë de Canterbury ne fussent ratifiées à jamais; « et Ton « sali, ajoutaient- ils, que l'annulation de ces dons « royaux sera le point principal des demandes de « l'archevêque (9). » De graves raisons de politique extérieure déterminèrent Henry 11 à ne point se rendre à ces conseils, bien qu'ils fussent parfaitement d’accord avec son aversion personnelle contre Thomas Bccket, Les négociations commencèrent ; il y cul échange de lettres, entre le roi et l'archevêque, indirectement et par des mains tierces, comme entre deux puissances contractantes. Une des lettres de Thomas, rédigée en forme de note diplomatique, mérite d'être citée comme spécimen curieux de la diplomatie du m oyen ù ge ♦

ü L’archevêque , disait Racket parlant de lui* it même, tient beaucoup à ce que le roi, si la réeou-

ciliation a lieu, lui donne publiquement le baiser « de paix ; car cette formalité est d’un usage soten- « nel chez tous les peuples et dans toutes les rdi- « gions, et nulle part, sans elle, U ne se conclut de « paix entre personnes ci-devant ennemies (10), Le

baiser d'un autre que le roi , de son fils, par « exemple, ne remplirait point le but ; car ou pourri rait m induire que l'archevêque est rentré en « grâce avec le fils plutôt qu'avec le père ; cl, si une it fois ce mol était jeté par le monde , quelles resf sources ne fournirait-il pas aux malveillants (i 1) î « Le roi, de son côté, pourrait prétendre que sou a refus de donner le baiser voulait dire qu’il ne « s'engageait point de bon cœur, et, par la suite,

» manquer à sa parole sans se croire noté d'iufa- « mie (13). D'ailleurs, Tardievèque se souvient de

(0Ï ïntardntô m ah cos posiLus... [Epi si. J 0. Salislwriurâ, apu.il ïctipt. reramfmiclc., 1, XYL)

(7) Script, rerum franc., L- XIV, p. 4G3.

(8) Ibid.

(0) Coucorditim re^cio imitiîem Fore nid... (Ibid.)

(10) (Jubc forma i&uis esi in omnj geute et m omui rdi^iQiic, et dlrâ quam nus(|u.lm pax aulcà dis* idei ilium coiifirutalur. (Ibid.. t. XVI, p. 424J

(11) .. ..Vicaricfilii régis usculu... quotl il sçtncl verhimi ortreteÿ in LuHuV,. (tbhL)

(12) Jlcs,sub pfttteüii nruaLiaaculis Creilcï dur exemptus Éufamlâ,.. (Ibid.)

Ç£Ô histoire de

htü « ce qui est arrive à Robert de Silly et aux autres « Poitevins qui firent leur paix à Monlmîraîl; ils h furent reçus en grâce par le roi d'Angleterre avec ii le baiser de paix, et pourtant ni cette marque de « sincérité publiquement donnée , ni la considérait lion due au roi de France, médiateur dans cette 1 1 affaire, n'ont pu leur assurer la paix, ni la vie (1). h Ce n'est donc pas trop demander que d’exiger u cette garantie, elle- même si peu silrc (2)* »

Le 2â juillet de l'année 1170, dans une vaste prairie, entre Fréterai et La Perte- Ber nard , il y eut un congrès solennel pour la double pacification du roi de France avec le rot d’Angleterre 9 et de celui-ci avec Thomas Beckel (5b L'arehevèque wy rendit, et lorsque , après la discussion des affaires politiques 3 on en vint à parler des siennes, il eut avec son adversaire une conférence a part et en plein champ (4), L'archevêque demanda au roi j premièrement, qu'il lui fût permis de punir l'injure faite à la dignité de son église par l'archevêque d'York et par ses propres suffragants* « Le <c couronnement de votre fils par un autre que moi,

« dit-il , a énormément lésé les droits antiques de u mon siège. — Mais qui donc, répliqua vivement « le roi, a couronné mon bisaïeul Guillaume, le w conquérant de l'Angleterre ? n'est-ce pas l'archeu vêque d'York (35)?» — Beekct répondit qu'au moment de la conquête l’église de Cynterbury se trouvait sans légitime pasteur; qu'elle était, pour ainsi dire, captive SOUS un certain Stigand , archevêque réprouvé par le pape , et que , dans cette nécessité, Ü fallait bien que le prélat d'York, dont le titre était meilleur, couronnât le conquérant G), Après celle citation historique, donL le lecteur peut apprécier la justesse , et plusieurs autres propos, le roi promit de faire droit à toutes les plaintes de Thomas; mais, pour la demande du baiser de paix, ii l'écarta poliment, disant à l'archevêque i Nous ■i nous reverrons bientôt en Angleterre , et e'esl là » que nous nous embrasserons

Au moment de se séparer du roi, Beekct le salua

(il fteilcat in niemoriam Robert us dû SylUocoet alit qui... quitjffîg si ncc osculum publicè datum veram conliilU pacem. (Script- rerimi fraude., t. XVI, p, 424.)

(2) Uanc exîgat caudouem. (Ibid.)

(3) In pralûamœnissïmo. (Ibid., L XI Y, p. 4G4.}

(4) Ibid., et t, XV ït p. 439.

(5) Ouisjnquit, coronaviL rtrgcm Wülalmum.qui Àngtiaro suhjugavit? lïûûne Eboraeensîs? (Ibid-, t. Xlï, p. 430.)

:0) QuÛ nccessilale archtepiscopuâ Eboracettâb qui ecat clariorts opmionis, (Script, rcrum françiç., t. XI Y, p. 404, t-L i. XV I, p. 43D.)— Voyez livre Ul cl livre IV.

(7) Willelm* Siaphanid., p. CS.

(S) Sïapham ardiiepiscopi artîpiens cura le va vil in cqtïnm. (Giirv, Dorüb. apud scripl. rorura francîc,, l. XIV, p. 15li)

en inclinant le genou; et, par un retour de cour- y7û toi sic qui étonna les assistants, Henry 11, comme il remontait à cheval, lui arrangea et lui tînt l'étrier (8), Le jour suivant, on crut remarquer entre eux quelque retour de leur ancienne familiarité {9)<

Des messagers royaux portèrent au jeune Henry, collègue et lieutenant de son père , des lettres conçues en ces termes; « Sachez que Thomas de Lan- « terbury a fait sa paix avec mot , à mû pleine « satisfaction. Je vous commande donc de lui faire « tenir, à lui et aux siens, toutes leurs possessions k librement et paisiblement (10).» L'archevêque retourna à Sens pour se préparer au voyage ; ses amis , pauvres et dispersés dans différents lieux , préparèrent leur mince bagage, et se réunirent ensuite pour aller saluer le roi de France, qui, selon leurs propres paroles , ne les avait point rebutés, quand le monde les abandonnait (1 1), « Vous « allez donc partir, dît Louis VII à Farchevèque : ït je ne voudrais pas, pour mon pesant d'or, vous < avoir donné ce conseil; et si vous m’en croyez, iî ne vous fiez point à votre roi, tant que vous « n'aurez pas reçu le baiser de paix (12).n

Plusieurs mois s'étaient déjà écoulés depuis l'entrevue de réconciliation, et, malgré les dépêches ostensibles envoyées par le roi en Angleterre, l'on n’apprenait nullement que les détenteurs des biens de l'église de Lan terbury eussent 'été forcés de les restituer ; au contraire, ils se moquaient publiquement de la crédulité et de la simplicité du primat, qui se croyait rentré en grâce. Le Normand Renouf de Broc était allé jusqu'à dire que , si l'archevêque venait en Angleterre , on ne lui laisserait pas le temps d'y manger un pain entier (13). Thomas reçut en outre , de Rome , des lettres qui l'avertissaient que la paix du roi n'était qu'une paix en paroles, et lui recommandaient, pour sa propre sûreté, d'être humble, patient et circonspect (H).

U sollicita une seconde entrevue pour s'expliquer avec le roi sur ces nouveaux motifs de plainte ; et le rendez-vous eut lieu à Chaumont , près d'Amboise,

(0) SeciimKifnmorem antiqoao familiaritalia, ( Scrîpi* rer , franc., t. XVI, p. 44t. j

(10) ftes suas benè et in paee, (Ibîd., p. 43.)

(11) PrgùL pau pures et es nies poLeranl... que dcsertnie eos mttndoj eos susccpcraL (Ibid,, l. XIV, p. 405.)

(12) Fleury, HteL ccclèsiasL, t. XV, p- 200- —Et, si nilhi ornières, non data lihi pacte üaetrto, re^i ma non cmlts. fVîta qnadriparüta, lib, îlï, cap. 4.)

(13) liantilphua de Croc coimninauta c&t qubd difo non Uaudebimus de pace YCStrâ, qnùd non panem ioicgnim co* medemus in Ângtii aiiLticpiàtn il le nobie anfcrai vilain.

( Epïsioiâ Tkomaî, ajmd seriplorea vei uin fiangicarum, l. XVI.)

(14) Paccm ciimreije Anglïio fictom ïn solis ver bis coos isttTÊ, [F.pîst, rctrt cardinal. Ibîd.. p, 4315*)

an# sous les auspices du comte de Blois (1). II n'y eut, cette fois , ipie de la froideur dans les mon i ères de Henry U , et les ge ns de sa suite affectèrent de ne pas regarder l’archevêque (2). La messe qu'on célébra dons la chapelle royale fut une messe de FoIKce des morts; elle avait été choisie exprès* parce que, selon cet office , les assistants ne s’offraient point mutuellement le baiser de paix à l'Évangile (5), L’archevêque et le roi, avant de se quitter* firent quelque temps roule ensemble , cL $e chargèrent , à J envi , de propos amers eL de reproches (4)» Au moment de la séparation , Thomas fixa tes yeux sur Henry d’une manière expressive , et lui dit avec une sorte de solennité : « Je crois bien que je ne « tous reverrai plus, — Sic prenez-vous donc pour h un traître ?>* répliqua vivement le roi, qui devina le sens de ces paroles. L’archevêque s’inclina et partit (o).

Dans les divers entretiens qu’ils avaient eus ensemble, le jour de la réconciliation , Henry II avait promis d’aller à Rouen , a la rencontre du primat, de l’y défrayer de toutes les dettes qu’il avait contractées dans l’exü, et de raccompagner ensuite en Angleterre , ou , tout an moins, de le faire accompagner par l'archevêque de Rouen, Mais, a son arrivée a Rouen, Reeket ne trouva ni le roi, ni fargetU promis, ni aucun ordre de raccompagner transmis a l’archevêque (6)* 11 emprunta Lrois cents livres, et, au moyen de ceLLe somme, se mit en route vers la côte voisine de Boulogne. On était alors au mois de novembre , dans la saison des mauvais temps de mer ; le primat et ses compagnons furent contraints d’attendre quelques jours au port de Wissant, près de Calais (7). Lue fois qu’ils se promenaient sur le rivage, iis virent un homme accourir vers eux , et le prirent d'abord pour R patron de leur vaisseau, venant les avertir de se préparer au passage (S) ; mais cet homme leur dit qu’il était clerc et doyen de l’église de Boulogne, ci que le eomLe, sou seigneur, l’envoyait les pré-

(!) Script, rcnim francic., I. XVI. p. 464.

m Ibid,

(3) Ne si farté arddprresuialïæ miss&î intéresse L oscuhim paeis sàhi ofiferm. (Ibid J

(4) Inter viandum aiutufr se objurgaates, ulerque aiiari collata bénéficia iraproperavil vkî&ôm. [Ibid*, p* 435.)

(5) Wi Melin. Stopii3nîd.,p. 7L

(fi) Ibid, p. 71 et 72.

(7) Script, rerum francic,, t* XVI, p. 613.

(S) Tarajuàm ad naulam exicendam properantem (Ibid).

(0) Provide übi. para li suiU qui quffinrat àûtmam luam, portos maris obsidenles, ut exeunleto à navi rapiant et irudilcDl. (Ibid,)

(tOJCrede, fill, si membrafim dîlCefpendus sim,,, suffi* ciel gregem abseuliam pasloris sui Inxisse scptenniuiiK (Ibid.)

venir de ne point s’embarquer, parce que des troupes U70 de gens armés se tenaient en observation sur la côte d’Angleterre (9), pour saisir ou tuer l’archevêque. u Mon fils , répondit Thomas au messager,

« quand j’aurais la certitude d’ètre démembré et « coupé en morceaux sur l’autre bord, je ne m’ar- « cèlerais point dans ma rouLe. C’est assez de sept u ans d’absence pour le pasteur et pour le trouu peau (10).-.» Les voyageurs s’embarquèrent; mais, pour tirer quelque profit de l'avertissement qu’ils venaient de recevoir, ils évitèrent d’entrer dans un port fréquente, et prirent terre dans la baie de Sandwich , au lieu qui offrait le moins de distance de la niera Cauterbury (11).

Malgré leurs précautions, le bruit courut que l'archevêque avait débarqué près de Sandwich. Aussitôt le Normand Gervais, vicomte de Kent, se mit en marche vers celle ville avec tous ses hommes d'armes, accompagné de Renouf de Broc et de Regnauldde Garenne, deux seigneurs puissants, el les plus mortels ennemis de liecket (12). Ce qu’il y a de remarquable, c’esl qu’à la même nouvelle, les bourgeois de Douvres, hommes de race anglaise , prirent les armes de leur côté pour secourir l'archevêque , cl que ceux de Sandwich s’armèrent aussi quand ils virent approcher les cavaliers normands (13). us S’il a eu l'effronterie d’aborder, disait « lu vicomte Gervais , je lui coupe la tète de ma <t propre raain(14>.» L’ardeur des Normands fut un peu ralentie par l’attitude du peuple; ils s’avancèrent cependant l’épée nue , et Jean, doyen d’Gxford, qui accompagnait le primai, courut au-devant d’eux en criant : » Que faites -vous? Remettez vos « épées; voulez-vous que le roi passe pour un *< traître (1S)?« La multitude s’amassant, les Normands remirent l'épée au fourreau, se contentèrent de visiter les coffres de l’archevêque pour y chercher des brefs du pape, et retournèrent à leurs châteaux (16).

Sar toute la route de Sandwich à Cauterbury,

(11) Script ores refera frâDcïcarnm, 1om. XIV, p. 405,

(12) ConsiUum mierunL îniraici nostrl cura ofticialibus régis,.. arreptis arnm satellites plurimi cum festinaEioue Sàûdwicttm peiiemnl. iibid,, t, -XVJ, p, 613-614.)

(13) Audi io armaUmim admUu, hommes de viîlâ coeurremet ad arma, pro domino sut» et pa si tore pugnaré votebfes.

Idem CecerunL bur^eases Oovoriæ. (Ibid., p, 613.)

(14) Palàm minabatur, si fortè præsumeremus applicai e, se capot nohis araputaturuoi» (Ibid., t. XIV, p. 464.)

(15) ..... Vereii tes pleins impclmu... ne Le mur U a 9 eormn dominera rogem nota piudiLioaU muretcU (Ibid,, tara, XVI, p. 613,)

(16) fil fortassâ vira parassent msi eos rompescuis^cl Lu-* multuspopulàris.(Ccrvni, Horob. a pmi script, rerum franc.,

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