‹ ŒuvresChapitre 20 sur 94 · I. XVI, p. fil · texte numérisé non relu

I. XVI, p. fil

£58 HISTOIRE DK

117û les paysans, les ouvriers et les marchands vinrent au-devant de l'archevêque, le saluant, criant et s'attroupant en grand nombre ; mois pas un riche, pas un personnage honoré, pas un homme de race normande ne féîieiLaiL l'exilé sur son retour {1} : au contraire*, ils s’éloignaient des lieux de sou passage, se renfermaient dans leurs maisons for Les, et faisaient courir d’un château à l'attire le bruit que Thomas Beckel déchaînait les serfs des champs et les tributaires des villes, et qu’il les promenait a sa suite ivres de joie et de frénésie (2), De sa ville métropolitaine , le primat se rendit à Londres pour saluer le fils de Henry IL Toute la bourgeoisie de la grande cité descendit dans les rues à sou passage ; mais un messager royal vint lui barrer le chemin , au nom du jeune roi , et lui signifier l’ordre formel de retourner à Canlerbury, avec défense d'en sortir (5). Dans ee moment, un bourgeois de Londres, enrichi par son commerce, malgré les exactions des Normands, s'avancait vers Becket, pour lui tendre la main : « Et vous aussi , lui dit le messager, vous » allez à l’ennemi du roi,*.. (4) ? »

L’archevêque reçut avec dédain l'injonction de retourner sur ses pas, et dit qu'il ne repartirait point , s'il n- était d'ailleurs rappelé à son église par une grande solennité prochaine (5), En effet le temps de Noël approchait ; Thomas revint à Ganter bu ry , entouré de pauvres gens qui . a leur propre péril , s'armèrent d’éeus et de lance rouit- Jées et Fescortèrenl. Ils furent plusieurs fois insultés par des hommes qui semblaient chercher l'occasion d'engager une querelle , afin de fournir aux soldats royaux un prétexte pour intervenir et tuer l'archevêque sans scandale au milieu du tumulte, iïïais les Anglais essuyêieriL toutes ces provocations avec un sang-froid imperturbable (G). L’ordre signifié au primat de se renfermer dans l'cnceinte des dépendances de son église fut publié a son de cor dans les vides, comme édit de l'autorité publique ; d'autres édits déclarèrent ennemi du roi et du royaume quiconque lui ferait bon visage (7) ; et un grand nombre de citoyens de Londres furent cités devant les juges normands pour répondre sur la

(!) Rai-us de mimera divilum auL liûnoraLonira visiLitur accediL (Couvas, Dorob. epud ser. rcr. ftv, u XVI, p* 015.)

(3) Wilîclm. StepkaukJ., p. 75.

(5) Oenunc ravit ei ne progredeftëtm' , oec cÎtÎ laies am caslella intrairet, sud reeiperet sc cum suis loffâ ambition eedésiai suæ... (Script. rcrunj franc ic., L. XVI, p. G 14.) — Roger de Itovèd*. p.Iîü l.

(4) Nùntc|iild lu vemsU ad immlcum régi»? rtrdi oems... (Vita quadriparl., lib. Ut, cap. 0.)

,5) Se milia leu ta regmsuruac.. ni si quia Lime soiemuis tirgebat dtes, (Ibid.)

ifV, Willeim. SlepbaniJ.t p. 78 P

' Ikhcto publico... quïsquis ei vcl alicui suanmj facicrn

LA CONQUÊTE

charge de trahison envers le roi, a cause de Fao n cueü fait a Fatchevèque dans leur ville (8). Toutes ces manœuvres des gens en pouvoir firent pressentir à Thomas que sa fin étaiL proche; et il écrivit au pape pour lui demander de faire dire, à son intention, les prières des agonisants (9), il monta en chaire » cl, devant le peuple assemblé dans la grande église de Canterbury , prononça un sermon sur ce texte : « Je suis venu vers vous pour mourir it au milieu de vous (10) * »

Il faut dire que la cour de Borne, suivant sa politique constante de ne jamais laisser complètement s’éteindre les querelles Ou elle pouvait intervenir, après avoir envoyé à Farchcvèque l'ordre d’absoudre les prélats qui avaient sacré fe fils du roi, lui avait donné de nouveau la permission d'ex communier le prélaL d'York et de suspendre tous les autres {!!), C’était Henry U qui cette fois était joué par te pape, car il ignorait entièrement qu’à son départ pour l'Angleterre Thomas fût muni de pareilles lettres (12)* Ce dernier s'était d'abord proposé de les employer connue un simple moyen comminatoire pour contraindre ses ennemis à capituler. Mais la crainte qu'on ne saisit ces papiers a son débarquement le déckla plus tard à les faire partir avant lui (15); et ainsi lu lettre du pape et les nouvelles sentences d’excom muni cation devinrent trop tût publiques ; le ressentiment des évêques, frappés comme à Fimproviste , s'irrita au delà de toute mesure. Celui d’York et plusieurs autres , se hâtant de passer le détroit, allèrent trou ver Henry Ü eu Xorinaudie , cl se présentant devanL lui (14) ;

Nous vous implorons, lui dirent-ils, pour la « royauté ei pour le sacerdoce (15); vos évêques « d'Angleterre sont excommuniés parce qu'ils ont, a d'après vos ordres, couronné le jeune roi votre « fils. — Si cela est , répondit le roi avec un ton « qui marquait la surprise, si tous ceux qui ont n consenti au sacre de mon fils sont excommuniés,

<t par les yeux de Dieu , je le suis aussi. — Sire, ce « n’est pas ton L , reprirent les évêques, l'homme n qui vous a fait celle injure va mettre le royaume en u feu ; U marche avec des troupes de cavaliers et

hilarera p^àtendebat, piibüeus bosUi ecniebatui', (Rager, de Uovçd. , p. 521 0

(8) indien* cuvïm régis slare qti&d in occursum biiuitd régis procéder imt, (Vita quadriparL, Hl*. U J, cap. 0.)

(0) Sciebat quêd brevis foret vita ejus et mors m jauaL** (Roger, de lloved-, p. 52 t.)

(10) Vemo ad vos mari Inter vas. (Ibid.)

(11) Script* rentcu fnmeic. t. XYJ.pP 01 G. — Vily qttadriparL lïb. lit. cap. 4.

(]£] Script, ici'um francic., t. XVI, p. 01 G.

(15) Ul littéral ipias ira pet ravirons à majesuUa vcslrâ, nolus a ü Pt ire t. (Ibid, t. XIV, p. 405.) — (14) Ibid.

(15) Pro reguo et *acci Julio cl pri> ïpsîs... (IbUL)

im « de piétons armés, devant et derrière lui , rôdant « autour des forteresses et cherchant à sc les faire (t ouvrir (1). 2»

En entendant cette relation exagérée, le roi fut saisi d’un rie ees accès de colère frénétique auxquels il était sujet (2) : « Quoi î Récria-t-il , un miséu rabte qui a mangé mon pain, un mendiant qui est « venu à ma cour sur mi cheval boiteux , et portant « tout son bien derrière lui, insulte son roi. la « famille royale et tout le royaume, et pas un de ii ces biches chevaliers, que je nourris à ma table, it n'ira me délivrer d'un prêtre qui me fait in- « jure (3)! ü Ces paroles ne sortirent point en vain de la bouche tlu roi n et quatre chevaliers du palais, Richard le Breton, Hugues de Mor ville, Guillaume de Traci , et Régnault , fils d'Ours, qui les entendirent, se conjurant ensemble à la vie cl à la mort, partirent subitement pour l'Angleterre le jour de Noël (4). On ne s’aperçut point de leur absence, la cause n'eu fut nullement soupçonnée, et même, pendant qu'ils galopaient en tonte hâte vers la mer , le conseil des barons de Normandie, assemblé par le roi , nomma trois commissaires charges d’aller saisir légalement et emprisonner Thomas Becket comme prévenu île limite trahison (3) ; mais les conjurés, qui avaient les devants, ne laissèrent rien à faire aux commissaires royaux.

Cinq jours après la fête de Noël, les quatre Normands arrivèrent à Ganter bury, Cette ville était alors en rumeur, pour de nouvelles excommunications que venait de prononcer J 'archevêque contre des hommes qui l’avaient insulté , et notamment c o n t re Re n o u F d e B ro e , qui s'é laitdi ve r Li à mu Liler un de ses chevaux en lui coupant la queue (6). Les quatre chevaliers entrèrent a Canlerhury avec une troupe de gens d'armes qu'ils avaient rassemblés dan s les châteaux sur leur route (7)* Ils requirent d'abord l'officier municipal de la ville, que les Normands appelaient le maire* et qui peut-être était alors un homme de race anglaise, de faire marcher les e doyens en armes, pour le service du roi, à la maison de l'archevêque ; le maire refusa , et les N ormands lui

(1) Mulio comitalu equiUim podî tunique praïeuntitim incedii, cire u miens et qu&reas ut in præsidia reciptatur. (Script, rcrum Francic,, t. XIV, p. 4ü5.)

[2) Soïiiû fiuore aeccnsm. [Ibid,, p. 510.)

13) ttW» bniûûqtii manducaviL panem mouriMiruis homo qui in manreato jumeulo elautlo prûrupit in cm iom, dehoneîtat toltim uemis rc’ei.uin ^ loUim sine vimlice voucuEcai rcftauni.... se îgnavos et îguobUes limnioes nui misse-, qui ipsum de sarcrdûie un» non VtndicarenL £Viia ijuadnparL lib* III, çaip. 11,1

{4} Rlcharto Brrlo.» Reginaldus fllius Ursi.- juramenio se cùùîlrinxeruüU (Script. rerum frandc., lome XVI, p.mis.)

(5) Wïllelni. Steptwnîd., p. 70.

enjoignirent de prendre au moins ses mesures pour i no que, de tout le jour, aucun bourgeois ne remuât , quoi qu’il pût arriver (8). Ensuite les quatre conjurés, avec douze de leurs amis , se rendirent â la maison et à l'appartement du primat (9).

Thomas Becket venait d’achever son dîner et ses serviteurs étaient encore à labié; il salua les Normands n leur entrée , et demanda le sujet de leur visite. Ceux-ci ne lui firent aucune réponse intelligible, s'assirent , et le regardèrent fixement pendant quelques minutes (10). Régnault , fils d'Ours , prit ensuite la parole : « Nous venons, dit-il, de la u part du roi, pour que les excommuniés soient « absous, que les évêques suspendus soient réta- « blis, et que vous-même rendiez raison de vos m desseins contre le roi (11).— Ce n’est pas moi,

« répondit Thomas , c’est le souverain pontife huit même qui a excommunié l'archevêque d'York, et « qui seul, par conséquent, a droit de l’absoudre.

« Quant aux autres , je les rétablirai, s'ils veulent « me faire leur soumission (12), — Mais de qui donc,

« demanda Régnault, tenez-vous votre archevêché, ii est-ee du rot ou du pape? — J'en tiens les droits ie spirituels de Dieu et du pape f cl tes droits temu porels du roi.— Quoi ! ce n'est pas le roi qui vous n a tout donné? — Nullement ( 1 3), répondit Becket. »

Les Normands murmurèrent à cette réponse , traitèrent la distinction d'argutie, et firent des mouvements d’ impatience, s’agitant sur leurs sièges, et tordant leurs gants qu'ils tenaient â la main (14). ii Vous me menacez, à ce que je crois , dit le pri*

« mat ; mais c'est inutilement; quand toutes les « épées de T Angleterre seraient tirées contre u ma lèle, vous ne gagneriez rien sur moi (Itï),

11 — Aussi ferons-nous mieux que menacer , n répliqua le fils d'Ours, se levant touL à coup; et 1rs autres le suivirent vers la porte, en criant aux armes !

La porte de l'appartement fut fermée aussitôt derrière eux ; Régnault s’arma dans l’avant-cour, et prenant une hache des mains d'un charpentier qui travaillait , il frappa contre la porte pour Fou-

(0] Qm die .pnâcadeuti ampulaveret caudam sumarU sul. (Roger, de HoVed., p. 521 )

(7) Vila Tliomæ quadripart., lib. Ut, cap. 12,

(ftj Willelra. Stéphanie!,, p. 81.

(0) Ibid.

(10} Per moram alïquanlulam oppreasenmt jilentio.(YUii quntinpai i,,iib. IJI, cap. 13.)

(H) ..... Et quæ in regiam ma j estât em peceasti emendalurus. (Ibid.)

(12) lbtd.,cap. 14.

(13) Wiflcïm. Stephnnid., p, 82.

(I4j Cbirolecas reiorqueutibus, brachia füHosèjaetanlibus.

(Vïla quadrlpart. , lib, IR, cap. 14.)

(15) Willelm. Stephffoîd., p. 82.

im vrir ou la briser (1), Les gens de la maison , entendant les coups de bâche, supplièrent le primat de se réfugier dans F église , qui communiquait à son appartement par un cloître ou une galerie; il ne le voulut point, et on allait Fy entraîner de force (52) , quand un des assistants fit remarquer que l'heure de vêpres avait sonné, « Puisque c’est l'heure de « mon devoir, j'irai ù l’église , j» dit l'archevêque ; et faisant porter sa croix devant lui , il traversa le cloître à pas lents, puis marcha vers le grand autel , séparé de la nef par une grille de 1er en trouver Le (3). À peine il avait le pied sur les marches de l’autel , que Régnault, fils d'Ours* parut a l’autre bout de l'église,, revêtu de sa cotte de mailles, tenant a la main sa large épée à deux tranchants, et criant :

« A moi, à moi , loyaux servants du roi (4) i » Les autres conjurés le suivirent de près , armés comme lui de la tète aux pieds, et brandissant leurs épées ($)■• Les gens qui étaient avec le primai voulurent alors fermer la grille du chœur ; hii-même le leur défendît , et 11 quitta l’aulel pour les en empêcher ; ils le supplièrent avec de grandes instances de se mettre en sûreté dans l'église souterraine, ou démonter Pescaüer par lequel, A travers beaucoup de détours, on parvenait au faîte de l'édifice. Ces deux conseils furent repousses aussi positivement que les premiers (6). Pendant ce temps , les hommes armés s’avancaient; une voix cria : «-Où est le traître ?« — Personne ne répondit. — « Ou est l’archevêque? — « Le voici, répondit Becket, mais il n'y a pas de it traître ici ; que venez-vous faire dans la maison « de Dieu avec un pareil vêtement , quel est votre « dessein (7)?— Que lu meures. — Je m’y résigne ; h vous ne me verrez point fuir devant vos épées ; « mais , au nom de Dieu tout-puissant, je vous de- « fends de toucher A aucun île mes compagnons , h clerc ou laïque, grand ou pelit(8).» Dans ce moment il reçut par derrière un coup de plat d’épée entre les épaules 5 et celui qui le lui porta lui dit ; « Fuis, ou tu es mort (9). » Il ne fit pas un mouvement; les hommes d’armes entreprirent de le tirer hors de l'église, se faisant scrupule de Fy tuer. Il

{]) Wtttelm. Slephaaid, p, 83.

(5) InvHiim cduccrc satûgebaût... (VJta quadrtpai-l., Jiti, III, cap. 15.)

(3) Lento passa postremo vadU, (Ibid.)

(4 j WilUdtn. âlcphanid.

(5) In doxlris strîctos glatiios vibrabanl. (VUa quadrip., Ub. îlï, cap. 17.)

(0) Ibid., cap. IG, 17k

(7) HLA est Ale prodiior?,.. Ec ce ego, [Ibid., cap. 17.)

(8) ..... Prohibe© ex parle omnipotent h Dôi... ne alicnï sire cîerico sho laîco, sivc majori sive minori in àliquo noceatii, (tMd.)

(9) Fu^e, niorluua es... (Ibid.)

DOj Hic miliï fedatis quæ facere vultîs... (Ibid.)

(tl) Brachium cujusdam clorîd qui djcebaïur Kdwaidus

LA CONQUÊTE

se débattit contre eux , et déclara fermement qu’il ino ne sortirait point, et ks contraindrait a exécuter sur la place leurs intentions ou leurs ordres (10)*

Durant cette lutte, les clercs qui accompagnaient le primat s'enfuirent et l'abandonnèrent tous , a l'exception d'un seul , c'étaït le porte-croix Edward Grim, le même qui avait parlé avec tant de hardiesse après Iâ conférence de Clarendon. Les conjurés le voyant sans armes d'aucune espèce firent peu d’attention A lui, et Fun d'entre eux, Guillaume de Traci , leva son épée pour frapper l'archevêque a la tète ; mais le fidèle et courageux Saxon étendit aussitôt son bras droit afin de parer le coup : il eut le bras presque emporté ; et Thomas ne reçut qu’une légère blessure (1 1). u Frappez, frappez, vous {( autres, » dit le Normand à ses compagnons ; et un second coup, porté à la tête , renversa l’archevêque la face contre terre; un troisième lui fendit le crâne, el fut assené avec une telle violence - que Fëpëe se brisa sur le pavé (12). Un homme d’armes , appelé Guillaume MauLrait, poussa du pied le cadavre immobile, en disant: « Qu’ainsi meure le « traître qui a troublé le royaume et fait insurger u les Anglais (15)* »

En efiet, un historien rapporte que les habitants saxons de CanLerhury se soulevaient et se rassemblaient tumultueusement dans les rues (14). On ne voyait dans ce rassemblement ni un noble ni un riche; tousse tenaient clos dans leurs maisons et semblaient intimides de F effervescence populaire (1b).

Des hommes cl des femmes, qu’a leurs habits on reconnaissait pour indigènes , cou furent vers Fégïise cathédrale et y entrèrent pêle-mêle. À la vue du cadavre encore étendu près des marches de l’autel, ils pleuraient et criaient qu'ils avaient perdu leur père ; les uns lui baisaient les pieds ou les mains, d'autres trempaient des linges dans le sang qui couvrait le pavé. De son côté l’autorité normande ne resta pas inactive, et un édit, proclamé A son de trompe, défendît A qui que ce fût de dire publiquement que Thomas de CanLerhury était un martyr (1 6). L’archevêque d’York monta en chaire pour annon-

GHm fore èbscIdïL (Roger delloved., p. 521-522.) — Vïla quadi-ipart. cap. 18.

(t2j ....Gtadro in pavimenlo ojarmoreo coufracto. (Ibid.)

(15) Willelmus Mal trot pefcussil cum pede sanctum Dofuuclum, dictîtis : Forçât ûuuc proditor iîle Qui regain regmimque auum turbavit, et omnei Jngtigenas adveraùa eum coosurgere fecit.

[O Liîl. N if u b ri g. ud . Htarc in n u t ï i, p . li)3 . )

(14) Coucurrcntcm tindîqnè utmisque soxûs multitudïtiem. (Uog. de Hoved., p. 522.)

(ï5) Fleur y, Jtîsl. ecdësiast., t. XV, p. 510*

(10) Inhibuercnt oomlne pttblîcæ potestalte ne rcdracuîa qtiæ flebaut quiaquatn publieare [ii'ffiaumeret. (tipist, la* SaHsber. sptidttripl.rerum frmicic,, t, XVI3 p, G 18.)

n'° ccr sa mort comme un effet tic la vengeance divine, disant iju il avait péri comme Pharaon dans son crime et dans son orgueil (t). D'autres évêques prêchèrent que le corps du traître ne devait pas reposer en terre sainte, et qu'il fallait le jeter dans le bourbier le plus infect ou le laisser pou rrir au gibet (2), Il y eut même une tentative faite par des gens ar~ mes pour enlever aux clercs de Canterbury le cadavre de l'ennemi des Normands ; maïs ceux-ci furent avertis, et l'ensevelirent précipitamment dans le souterrain de leur église (5).

Ces efforts des hommes puissants pour persécuter jusqu'au delà du tombeau celui qui avait osé leur tenir tète, rendirent sa mémoire plus chère encore à la population opprimée. Elle en fit un saint, et, des le moment de sa mort, Thomas Racket opéra, comme autrefois Wahheof, sans l'aveu de l'Eglise romaine, des miracles visibles pour les imaginations anglaises (4). 11 s'écoula deux années entières avant 1:73 que le nouveau saint fût reconnu et canonisé à Home; durant tout ce temps, ce fut au péril du fouet et de la corde que les prêtres de village le nommèrent dans leurs messes, et que les pauvres et les malades visitèrent le lieu de sa mort (S).

Une chose digne de remarque, c'est que le seul ii7fi primat de race normande qui, avant l'Anglais Becket3 eût eu quelques démêlés avec les hauts personnages créés par la conquête, était un ami des Saxons , et peut-être Je seul ami qu’ils aient trouvé dans la race de leurs vainqueurs. Ce fut Anselme, le même qui avait plaidé contre Lan franc la cause des saints de la vieille Angleterre (6), Anselme, devenu archevêque, tenta de relever l'ancienne coutume des élections ecclésiastiques conlre le droit absolu de nomination royale , introduit par Guillaume le Conquérant, Tl eut à combattre à la fois Guillaume le Roux , tous les évêques d'Angleterre, et le pape Urbain, qui soutenait le roi et les évêques (7). Persécuté en Angleterre et condamné à Rome , il fut contraint de se retirer eu France , et de son exil il écrivait ce que Thomas Recket écrivit après lui : n Rome aime mieux l'argent que la justice ; il n'y a

(î) Epiât. Jo.Sarisber, apcd script, Ferum fraude., LXYI, P- 619, m.

(2j Dicentïum corpus prmUioris inter aanclos ponlifices non esse humattdum, icd projicictidom in paludem viliorem aut sitspcndciidum esse palihnlo. (Ibid., p. 01 8.)

{0} Emn in crypii, priusquàm satellites qui ad aamlegia perpeiranda convccaii ftterant,,* sepeliertmh (Ibid,)

(4) MiracuJa, confluenübus [îopulis. . . mlratur auprâ modum cur eum Ü, Papa in ma H y rem recipi non præceperit.,. (Script; rerum fraude., I. XVI, p. 613-010.) — Voyez Jiv, V, ci-dessus,

(o) Ibid., p. 010, G3o.

(0) Voyez livre VIL

(7) Eadmori Hïatoria novorum, p, 2 J -52. tiueury.

« point de recours auprès d’elle pour qui n'a pas ftirà « de quoi la payer (B), r* Après Anselme, vinrent j£6 des archevêques plus dociles aux tradiLions de la conquête, Raoul, Guillaume deCorheil et Thibaut, le prédécesseur de Thomas, Aucun d'eux n'essaya d'entrer en opposition avec le pouvoir royal , et le bon accord régna , comme au temps de l'invasion , entre la royauté et le sacerdoce, jusqu'au moment fatal où un Anglais de naissance obtint la priraatie.

Un fait assez remarquable, c’est que, peu d'années après la mort de Thomas Beckel, il s'éleva dans le pays de Galles un prêtre qui, à son exemple, mais par des motifs plus clairement nationaux, et avec une fin moins tragique, lutta contre Henry 11 , et surtout contre Jean, son fils, et son second suc* cesseur. En l'année 3170, le clergé de l'ancienne htb église métropolitaine de Saint-David , dans la province de Rembroke, choisit pour évêque, sauf l'approbation définitive du roi d'Angleterre, Girauld Barry, archidiacre, fils d'un Normand, et petit-fils d'un Normand et d’une Galloise (9). Les prêtres de Saint-David arrêtèrent leur choix sur ce candidat d'origine mixte, parce qu'ils savaient positivement, dit Girauld Rarry lui-même, que jamais le roi ne souffrirait qu'un Cambrien de race pure devint chef delà principale église du pays de Galles (10). Cette modération fui mutile, et le seul choix d'un homme né dans ce pays , et Gallois par son aïeule, fut regardé comme un acte d'hostilité contre la puissance royale (11). Les biens de l'église de Saint-David furent séquestrés , et les principaux clercs de cette église cités devant le roi Henry en personne, à son château de Winchester (12).

Henry leur demanda avec menaces comment, nrâ d’eux-mèmes et sans son ordre, ils avaient eu la 1 m hardiesse non-seulement de choisir un évêque, mais de s'occuper d'élection ; puis, dans sa propre chambre â coucher, 41 leur enjoignit d'élire, sur l'heure, un moine normand appelé Pierre, qu'ils ne connais' saient point, qu'on 11e leur amena point, et dont on leur dit seulement le nom (13). Ils l'acceptèrent tout

(8) Eadmert Histartà novorum , p, 32.

(0) Glrald. Cam b renais, de Reims à sc gcslia , In ÀCgHâ sacrâ, L U.

(10) Quod resi Anglorutu de geniesibi immieiaslinà, scilïcet Wallensi, in principal i ecdesià Walltee praslatum Q cri nullaieuba admiUereL (Ibid., p* SSL)

(11} Ibid.

(12) Rebus et redUihus suis per mim&tros reglos spo- Mali... (GïraÈd, Cambrent de Slalu Menevt eccles., iIM., p. 522J

(13) Vel etîam ad tractandum de de c liane processifsent,., in çastelbj et caméra regis corâm Icelo ipsius monachum qwerndam albi es parle regis nomma Ltim iretnulli vocibus elegmint* (AngÜa sa et1 a, Ibid - p. SoG.)

ru

om HISTOIRE DE LA CONQUETE

1 1 jg tremblants, et reiourticreUl dans leur pays, où peu i m de temps après arma l'évêque Pierre escorté de nombreux valets et suivi rV hommes et de femmes de sa famille, à qui il distribua les possessions territoriales de l’église de Saint-David (1). II imposa la taille aux prêtres de cette église , prît la dime de leurs bestiaux, et exigea de tous ses diocésains des aides extraordinaires et des présents aux quatre gran îles fêles de Tannée (2). 11 vexa si cruellement les habitants de la contrée, que, malgré le danger qu’il y avait è courir en résistant à un évêque imposé par les Anglo-Normands* ils le chassèrent de son église* après l'avoir souffert huit ans (ô).

Pendant que Pélu de Henry If pillait l'église de Saint- David, Félu du clergé de celle église était proscrit et exilé en France, sans nul appui, parce qu’aucun roi ne pensait qu’qu protégeant un évêque obscur du petit pays de Galles, il ferait grand tort au roi d’ Angleterre, Girauld, privé de toute ressource a l'étranger , se vit contraint de retourner dans son pays, malgré le danger qu'il devait y courir; et, sur te point de quitter Paris, il alla prier à la chapelle que le roi Philippe, deuxième du nom, avait consacrée à la mémoire de Thomas Becket dans l'église de Sa i n t-Germain-T Àuxe mus (4). Arrivé en Angleterre, il ne reçut point de mauvais traitemenu, grâce a son impuissance: et même, par suite d'une négociation privée avec le prélat normand Uu que les Gallois avaient chassé de Saint-David , il fut chargé, par intérim, et comme simple vicaire, des fonctions épiscopales. Mais il y renonça bientôt par dégoût des contrariétés que lui susdlaîlte titulaire, qui* chaque jour, lui envoyait Tonlre d’exeomuiiinier quelqu’un de ses propres partisans et de ses amis les plus dévoués (o)* G’éttiit le temps où les î!f1 * * 4 5 Normands d’Angleterre venaient d 'en trop rendre la iis* conquête de l'Irlande. Ils offrirent à Girauïd, qu’ils ne voulaient pas laisser devenir évêque dans son pays natal, trois évêchés et nu archevêché dans le pays des Irlandais (ti); mais, quoique petit-fils de Fini des conquérants de la Gambrie , Girauld ne consentit point à devenir, pour un peuple étranger, un instrument d’oppression, § Je refusai, dit-il dans -tt le récit de sa propre vie, parce que les Irlandais,

(1) . Terras Fo Hiles «ufrfenlibua smsdeiiit; cimcla quæ

i II t la mJUUJSoljveoernnL in Àngliam iraoamiUebaL. Ungha sacra, t. H, p, 558.)

{&) Clcricis grave tallaghim adjecit... murera more cardmnliîim, (ïbiih, P- 028-5-52.}

(Z) Ibid.

(4) Ibid,, [i. 479,

(5) Ibid.

(fi) lu Ilibcrnià 1res episcopaïus et archÊcpkcopalus unes. (Ibid., p, Gl-L

:7' Quft-1 rnmqttàiïi tu b llïbctmcts ac etram Walleimcis

h de même que les Gallois, n' accepteront ni ne usi -t prendront jamais pour évêque, à moins d'y èlre « contraints par violence, un homme né hors de k chez eux (7). »

En l’année 13 DS, sons le règne de Jean, fils de im Henry XI, Févêque normand de Saint-David monrut en Angleterre; et alors le chapitre gallois, par un acte unanime de volonté et de courage, sans attendre l’ordre du roi df Angleterre , s'occupa d’élection, et nomma, pour la seconde fois, son ancien élu, Girauld Barry (8)* A celte nouvelle, le roi Jean entra dans une colère violente. 11 fü déclarer Fèlee Lion nulle par Farclievèquc de Ganterbury , en vertu de ce prétendu droit de suprématie religieuse sur toute la Bretagne , que , six cents ans auparavant , les Cambriens avaient refusé si énergiquement de reconnaître (9)* L’élu de Saint- David nia cette suprématie, déclarant que son église était, de imite antiquité, métropolitaine et libre, sans sujétion envers aucune autre , ei que , par conséquent, aucun primat n 'avait 1e pouvoir de îe révoquer (tO): tel avaiL été, en effet, avant la conquête dpi pays de Pemhroke* sous le règne de Henry 1er, le droit de Féglise de Saint-David, L’une des premières opérations de Fautorité normande fut d’anéantir cette prérogative , et d’étendre sur les Cambriens F unité ccclésiasiique établie en Angleterre comme un frein pour tes Anglo-Saxons, « De tt ma vie je ne souffrirai , disait Henry 1er , que les « Gallois aient un archevêque (II). «

Ainsi la querelle de privilège ecclésiastique éle- im vée entre G îrau Ld et le siège de Canterbury n'étail ^ autre chose qu’une des faces de la grande question de Fasservïssement du pays de Galles. Une bonne armée pouvaîtseule trancher le différend ; et Girauld n’avait point d’armée. II se rendit à Rome auprès du pape, recours ordinaire des hommes qui n’en avaient plus d’autre, et il trouva a la cour pontificale un commissaire du roi d’Angleterre , qui Tarait devancé* chargé de présents magnifiques pour le souverain pontife et pour les cardinaux (12)* Mais Tëlu de Sâmt-Davkl n'apportait avec lui que de vieux titres vermoulus , et les supplications d'un peuple qui n’avait jamais été riche (15),

Eu attendant que l'ambassadeur du roi Jean *

aliemgcna qnivss, niai per public© poteslatiâ violeuliam.,. (Anglia sacra, l. Il, p. Cl 4*}

(8) Ibid., p. Cl 5, — (0) Voyez lîv. T,

(10) ftiiUà penitùs alii factà ecclcaiæ professione vcl stihjecLione. (Auglia sacra 1 1. Il, p. 534.)

(11) IJsqucad pleuam quae pur Eiaprlcum primura facU est Cambriffi subjcetionein... (Ibid,) — Quud nunqiiàm id tempore suo rex permUtcrct. {tbiil,, p* 475.)

(12) IbitL, p. 555,

£15) Guria ramena quam corrmnpi (rjuod absU) posse pufabaî. qbhl. , p. 5ü8,-578.)

iim Régnault ïoiiot (qui par hasard portait te même jlœ nom que lun des ennemis mortels de Thomas Becket), fît prononcer par le sacré collège que, dans aucun temps, il n’y avait eu d’archevêque à Saint-David, tous les 1 tiens de celle église et les propres biens de Girauïd Barry furent coulisquës ;(î)* Des proclamations déclarèrent traître au roi le soi-disant élu des Cambriens , le téméraire qui voulait soulever contre le roi ses sujets du pays de Galles (2). Raoul de B ie avilie , bailli de Pembrokc, homme doux, et qui ménageait les vaincus, fut des! i lue de sa charge, et un certain Nicolas A vend, connu pour son caractère féroce, vint d’Angleterre le remplacer (3). Cet À vend publia une adresse aux Gallois, conçue dans les termes suivants : « Sachez « tous que Giraulc! , l'archidiacre, est ennemi du « roi 3 et agresseur de la couronne j et que , si l’un « de vous ose entretenir quelque correspondance « avec lui, sa maison, su terre et ses meubles sea font livrés au premier occupant (4), >i Dans Tintcrvallc de trois voyages que Gîrauld fil à Rome, et entre lesquels il fut obligé de se tenir cache par prudence , on lui signifia , a son ancien domicile , des avis menaçants, dont l’un portait ce qui suit ; « Nous t’ordonnons et te conseillons, si tu aimes « ton corps et tes membres , de ne tenir ni chapi- « très ni synodes en aucun Rende la terre du roij « et tiens-toi pour averti que Ion corps , avec tout u ce qui l’appartient , en quelque endroit qu’on le « trouve, sera mis a la merci du seigneur roi , et sous bonne garde (îî). »

12S3 Après cinq années , pendant lesquelles la çpur de Rome ? suivant sa politique ordinaire , préluda a son arrêt définitif par îles décisions flottantes et successivement contraires et favorables aux deux partis (6), Girault! fut formellement condamné sur le témoignage de quelques Gallois , que la pauvreté et la peur forcèrent de se vendre aux Normands , cl que Regnàuïd Fblîot conduisit a Home, avec grand appareil , pour y témoigner contre leur propre pays (7), La terreur poussa même à la lin les membres du chapitre de Saint-David à délaisser l'évêque de leur choix et à reconnaître la suprématie d’une métropole étrangère. Lorsque Girauïd Barry,

(J) Anglla sacra, i. 11, p. 555.

(2) Qui se gerebat élection per Waïtmscs.., ut toi a m fiiimil AValiiam conira regem exe (tard... (lbi<L)

(a) U L airocïùsagcrdjquoiîiùm cruddis ext lierai... (flrôî., p. 5000

M) .....Coronra impugnatorem... aluiqmo dormis miras d casidta omni occupa ni ï esqiouemus,.. {IbuïO (3} Tibi maiîdamus et consul iront}, si cul oronia tua ilillgis d corpus luirai.. . et corpus luma ubkumque tnvealiirn fuerjt. lu poicslaie riommi régis capi, el sa Ivo ewvtodîr! îadam. (Ibid. , p. 557.)

;0) Urnh, [K 50L

— UVBK IVEÜV1ÈME. 253

après sa destitution , revint dans le pays , personne fart n'osail lui ouvrir sa porle ; et l’on fuyait connue un pestiféré l’homme que persécutaient les conquérants (8), Ces derniers cependant ne songèrent point à lui faire éprouver le sort de Thomas Bccket; et il fut seulement cité en Angleterre devant un synode d’évêques pour être censuré et recevoir son arrêt de dégradation canonique. Les prélats normands prirent plaisir à Lui adresser des railleries sur scs grands travaux et leur peu de succès.

<: Vous étiez bien fou , lui dit l’évêque d’Eiy , de tant vous donner de peines pour procurer aux gens « un bien dont ils ne se souciaient pas , et les rendre h libres malgré eux, car vous voyez qu’aujour- « d'hui ils vous désavouent (9). — Il est vrai, répliqua *e Gîrauld, ctj’cüiïs loin de m’y attendre. Je ne “ pensais pas que les clercs de Saint-David, qui, il y a si peu d’années, étaient membres d'une na- <£ lion libre, fussent capables de plier sous le joug h comme vos Anglais, qui sont depuis longtemps « serfs et subjugués, et pour qui la servitude est iî devenue une seconde nature (10), n Gîrauld Barry renonça aux affaires, et , se livrant tout entier à l’étude des lettres , sous le nom de Girauld le Cambrien (II), il fit , comme écrivain élégant, plus de bruit dans le monde qu’il n’en avait fait comme antagoniste du pouvoir. En effet, bien peu de gens en Europe , au douzième siècle , s’intéressaient à ce qu’un dernier reste de l’antique population des Celtes ne perd il point entièrement son indépendance religieuse et civile. Il n'existât t guère alors parmi les étrangers de sympathie pour un pareil malheur; mais, au sein même du pays de GàÛLtes , dans la portion de territoire où la terreur des tances normandes n’avait pas encore pénétré , les travaux de Girauld pour la patrie galloise étaient un sujet d’entretien et d’éloges pour tout le monde.

« Notre pays, disait le chef de Powîs dans une « assemblée politique, a soutenu de grands combats « contre les hommes de 1’ÀDgïeîerre ; cependant « jamais anemi de nous n'a tant fait contre eux que « l'élu de Saint-David ; car il a tenu tète à leur roi,

« à leur primat , à leurs clercs , à eux tous , pour t( l'honneur du pays de Galles (12). » A La cour de

( 7) Ttratium mut i Un dînera rte gartionlbu* et rïbaldïs... (Ànglla sacra, l. IL p. 57G.)

(g; Capiluluni ex lolo eorftiptiïto Um miiiis quàm mu ne l îbüs. ( Ibid* , p> 363. ) — ftcc cîvea hospitto, nec caüonici aUoqufo âuifciperenL (îbitL, p. 605.)

(OjIügraRs bentfidtiiTi dure eÜnvUos àservit. m'jpere.(lb.)

(J0) Qui original i gaubebaul liber unis honore , sicut et gens sua toia... de AngUcïs qui servi suiit dira atque au frac U et jàro quasi naiuraHiei servi.., qm& condino tatiquàia in naturam ca averti potuit, (ïbid.)

( II) Qh'aidus CambrensiSf auvent t ilé plus haut.

mM regero et archïeplstoiHiiJi lot unique si mut Aâ'gSte'

HISTOIRE I)E LA CONQUÊTE

ï3üi LeweÜyn , chef de toute la Cambrie septentrionale, dans un festin solennel, un barde se leva , el prit une harpe pour célébrer le dévouement de Girault! à la cause de Saint-David et du peuple gallois (1) ; h Tant que durera notre pays , dit le poète en vers w improvisés , que sa noble audace soit rappelée *l par la plume de ceux qui écrivent , et par la hou- « ehe de ceux qui chantent (£), )>

On a raison de sourire aujourd’hui de toutes ces querelles entre rois et évêques , qui firent tant de fracas dans des siècles moins éclairés que le nôtre ; mais il faut reconnaître que, parmi ces disputes, quelques-unes , au moins , furent profondément sérieuses* Â celte chancellerie romaine, centre de ta diplomatie du moyen âge , parvinrent souvent des réclamations fondées sur la justice et sur des intérêts véritablement nationaux; et celles-là, il faut ïc dire * furent rarement jugées dignes d’être l’objet d’une huile pontificale* Ni bulle, ni bref du pape Alexandre 111 ne vinrent menacer Henry II, quand huit chefs gallois en appelèrent à ce pape contre les bandits étrangers que les rois d’Angleterre cantonnaient chez eux , sous le nom de prêtres eL d’évêques* Ces évêques , venus d’un autre if pays , disaient les chefs dans leur supplique , nous if baissent, nous et notre patrie ; ils sont nos ennemis it mortels ; peuvent-ils s’intéresser nu bien de nos a âmes (5) ? On les a placés chez nous comme en émet huscade , pour nous décocher le trait par deru rï è re c i n ou s e X co m mu nier au p re m ier o rtl re qu’ils ■t reçoivent (4)* Chaque fois que se prépare en An* <: gleterre une expédition contre nous, soudain le U primat de Cantcrbury met en interdit le territoire « qu’on se propose d’envahir (tt); et nos évêques, « qui sont ses créatures , lancent lona thème contre

i :lerntnque fit populnm , propier honorent Waïliae lanlis nîsibna et ièm coulimiis molcstare non tieslllit. (Angiia sacra, L M, p* 55ÎL)

(1) Jura sanclï Davjdis tooira Aügliaru toUim*** (Ihid.)

(2) Quandiù Watlia statut, oobiîc factum ejus et per hïsinrïasscriplas et per ora çaaenUuin digirn lauthbus efferelur*** (Ibid*)

(?) Nec terras non Ira fi neque nos dilSgunt ; sfkl s lent înnafo odio corpora pmequuutur , nec aniiuamm lucra ipisminl. (Ibid*, p. 574.)

« te peuple en masse, et nominativement contre 1203 « les chefs qui s’arment pour combattre à sa tète (6)* u Ainsi tous ceux d’entre nous qui périssent pour « la d é f en se de la patrie me u ren t c x c omm unies (7 ) * »

Qu’on se représente , dans un temps où la foi au catholicisme régnait d’un bout de l’Europe à l’autre,

T horreur d’une situation semblable , et l’on comprendra quelle affreuse machine de servitude tenaient en main les conquérants chrétiens qui conduisaient une réserve de gens d'église à la suite de leurs bataillons* Alors on concevra sans peine que tics hommes de cœur et de sens aient pu s’adresser au pape , le supplier, et espérer en lui ; on concevra que des hommes qui n’étaîent ni prébcndîers ni moines aient pu sc réjouir s au moyen âge, de voir ceux qui écrasaient les peuples sous les pieds de leurs chevaux de bataille, appelés eux-mêmes à rendre compte devant un pouvoir trop souvent leur complice en tyrannie et en mépris des hommes* Alors on plaindra moins ces grands du siècle, quand, par hasard, viendra tomber sur leur cuirasse de mailles la flèche de ^excommunication ; car ils la trouvaient souvent prête à frapper , au premier signal , des populations désarmées. Quand une fois ils avaient planté dans le champ d’autrui leur lance à banderole , ils faisaient proclamer , contre tout défenseur de l’héritage paternel f la mort dans cette vie , et dans l’autre la damnation éternelle. Sur le corps des mourants, ils tendaient la main au souverain pontife ; et , partageant avec lui la dépouille des peuples vaincus, ils alimentaient, paroles tributs volontaires , ces foudres ecclésiastiques, qui parfois tes effleuraient eux-mêmes , mais qui , lancés pour leur service , atteignaient sûrement et mortellement*

(4) Ul quasi parlldds à tercet à longé aagîUis nus, quotîèft juhentur, excomunicare posaent* (Anplïa sacra,!. 11, p. 574.)

(5) Quotiès Ânjpïci in terrain Qoslram et Insurgunt,

£taiî m (Ibid.)

(0) ftos qui prü patriâ aoliim et t (hernie tnencïâ piigna* mus , u&müiaïun et (jentem senteriiiâ excoimmimcationis

LnYtftrtiDt**. (Ibid*)

(7) Quotiès cmilïkLihus bdlïcio pro patriâ ttiendâ cum petite iDÎmici congredimur, quic unique ex parte noslrâ ceeide ri ni, cxcamimintealï cadunt, (Ibid.)

DE L'ANGLETERRE, — LIVRE DIXIÈME

DEPUIS L* INVASION DE L IRLANDE PAR LES NORMANDS ÉTABLIS EN ANGLETERRE, JUSQU\\ LA MORT

Page 1