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Si Ton en croit d'anciennes traditions , la grande lie qui porte aujourd’hui le nom de pays uni d'Angleterre et d' Écosse fut nommée primitivement la contrée au.v vertes collines , ensuite nie du Miel ^ et, en troisième lieu , l'ile d elîryt ou de Prydain( 1); de ce dernier mot latinisé parait s'ètre formé le nom de Bretagne* Dès la plus haute antiquité . File de Prydain, ou la Bretagne, a paru, a ceux qui la visitaient, divisée de Test a l'ouest en deux grandes poêlions inégales, dont les neuves de ForLh et de Glyde formaient la limite commune* La partie du nord se nommaU ALben (2), c’est-à-dire région des montagnes; T autre, à Toc chient* portait le nom de Kymru , et celui de LloCgr à Forieut et au sud. Ces deux dénommât ions ne dérivaient point, comme la première, de k nature du sol, mais du nom de deux peuples distincts Tun deFaittre, qui habitaient conjointement presque toute retendue de ia Bretagne méridionale. C’étaient le peuple des Kymrys et celui des Lloégrys (5), ou, pour suivre V orthographe latine, des Cambriens et des Logriens.
(1 ) T rïot du y n y s Prydain t n . 1 . A rcli æol Ogy O f W aie a ,p . 57 .
(3) A lia a Albaij, AUiyn ; en ïalin, Albanie, Albanie,
(3j Plus correctement , Llûcijrwys,
La nation des Cambriens sc vantait d cire la plus ancienne ; clic était venue en masse des ext ré mités orientales de l'Europe , à travers 1 Océan germanique. Une partie des émigrants avait abordé sur ia côte des Gaules; Pautrc était descendue sur la rive opposée du détroit (1), et avait ainsi colonisé la Bretagne , encore sans habitants humains , peuplée seulement d'ours et de bœufs sauvages , disent les traditions cambriennes (S), cl où , par conséquent, les nouveaux colons s'établirent comme premiers occupants du sol, sans opposition , sans guerre et sans violence (G). Celte honorable prélention ne peut guère se soutenir historiquement ; selon tonie probabilité, les émigrés cambriens trouvèrent, dans File de Bretagne, des hommes d’une autre origine qu'eux , et d'un langage différent, sur lesquels ils envahirent le pays. Beaucoup de noms de lieux étrangers à 1a langue cambrienne l'attestent, ainsique des ruines dune époque inconnue , attribuées par k tradition vulgaire a une race éteinte de chasseurs, qui dressaient, au lieu
(4) Fretura galUcum, fretum Horinorum,
(5) TnoerUd yiiys Prydatû, ArduBOlosy üf Wales, p, ^7,
(G) Ibid., n, &,p.S8.
de chiens , les renards et les chaEmuvages(l). Celle population primitive de la Bretagne fut repoussée vers l'ouest et vers le no rd par l'invasion graduelle des étrangers qui avaient abordé à Portent.
Une partie des fugitifs passa la mer, et gagna la grande île que les habitants appelaient Êrin (2), et les autres îles de Pou est , peuplées , selon toute apparence , d’hommes de même race et de même langage que les aborigènes bretons. Ceux qui firent retraite au nord de la Bretagne trouvèrent un asile inexpugnable dans les hautes montagnes qui sc prolongent depuis les bords de la Clyde jusqu'aux extrémités de Pile , et s'y maintinrent sous le nom ♦le Gaels ou Galls (3) , qu'ils portent encore* Les débris de cette race dépossédée , auxquels vinrent se joindre , clans différents temps , plusieurs bandes d’émigrés de Pile d’Érin , formèrent la population de PAlbanie ou du haut pays de Pile de Bretagne 3 population étrangère à celle des plaines du sud , et son ennemie naturelle , à cause des ressentiments héréditaires nés du souvenir de la conquête. L’époque ou s’opérèrent ces mouvements de population est incertaine; et ce fut dons un temps postérieur, mais aussi difficile à fixer , que les hommes appelés Logriens vinrent , selon les annales bretonnes , débarquer au sud de Plie {4)*
ils émigrèrent , selon les mêmes annales , de la côte sud-ouest des Gaules , et ils liraient leur origine de la race primitive des Cambriens, avec lesquels il leur était facile de communiquer par le langage (U)* Pour faire place à ces nouveaux venus, les premiers colons, soit volontairement, comme porte la vieille tradition 1 soit par force fcc qui semblerait plus croyable), se rangèrent le long des bords de la mer occidentale , qui prirent dès lors exclusivement le nom de Cambrie , pendant que les Logriens donnaient leur propre nom aux rivages du sud et de l'est, sur lesquels ils se répandirent* Après la fondation de cette seconde colonie , vint encore un troisième ban d'émigrés , Issus de la même race primitive, et parlant aussi le même langage, ou un dialecte peu différent. Le lieu qufils habitaient antérieurement était la proportion de la Gaule occidentale comprise entre la Seine et la Loire ; et , de même que les Logriens, ils obtinrent des (erres en Bretagne^ sans beaucoup de contestations. C'est à eux que les anciennes annales et tes poenies natto-
fl) lïotæ BrHaxmta#-; t* 11. p* 31 ; ibîd^ p. S2J. Ces ruines sont appelée* ordinairement Cyiüau y Qtvyddetad, mai^oDs des O acte, Voyez Lhwyd, Arcliæologta britanotca.
(2) En latin , Terne, hiverna, Ternia, Ni ber nia,
(^) Fin* correctement, GadhdsjGwyddjls.
(4) Hone Britannica), t II, p. 202-300*— Tiioedd, «U* Arcbœology ot Wales, t. Il, ph 58*
LA CONQUÊTE
naux attribuent spécialement le nom de Dry thon ou Bretons, qui, dans les langues étrangères, servait à designer d’une manière générale tous les habitants de Pile. On ignore le lieu précis de leur établissement; l'opinion la plus probable est qu'ils se fixèrent au nord des Cambriens et des Logriens , sur la frontière de la population gallique, entre le golfe du Forlh et celui de Soîway (b).
Ces nations de commune origine furent visitées en divers temps, soit pacifiquement, soit d'une manière hostile, par diverses peuplades étrangères,
Des hommes partis du territoire gaulois , qu’on nomme aujourd’hui la Flandre, obligés d'abandonner sans retour leur pays natal, à cause d'une grande inondation, vinrent, sur des vaisseaux sans voiles, aborder dans la petite île de AVighl et sur la côte voisine, premièrement connue hôtes de bonne grâce, et ensuite comme envahisseurs (7). Les Coralliens (8), hommes de race t eu tonique, venus d'un pays que les annales bretonnes désignent par le nom de terre des marais (9), entrèrent dans îe golfe formé par l'embouchure de l'Humber, et s'établirent le long des rives de ce fleuve cl sur la côte orientale, séparant ainsi en deux portions le territoire des Logriens, Enfin , des légions romaines . w conduites par Jules César, descendirent a la pointe ram orientale du territoire qui aujourd’hui porte le nom 'uj*' de Kent. Elles furent accueillies , au débarquement, avec une résistance opiniâtre, par les Brelons-Logriens, retranchée derrière leurs chariots de guerre ; mais bientôt, grâce à la trahison des peuplades de race étrangère , et surtout des Coralliens (10), les Romains , pénétrant dans l'intérieur de l'ile , ache- J vèrent peu à peu la conquête des deux pays de Logrie et de Cambrie, Les annales bretonnes les appellent César ïens (il), et les comptent parmi les peuples envahisseurs qui ne firent en Bretagne qu'un séjour temporaire. « Après avoir opprimé l'ile pendant i* quatre cents ans, disent ces annales, et en avoir « exigé par année le tribut de trois mille livres d'ar- 410 « gent, ils repartirent pour la terre de Rome, afin « de repousser l’invasion de la horde noire. Us ne u laissèrent â leur départ que des femmes et des « enfants en bas ôge, qui tous devinrent Cam- « bric ns (12). *
Durant ce séjour de quatre siècles , les Romains étendirent leur conquête et leur domination sur
(5) Trioedd ynys Prydaîo, a. 5, p. 5S*
(g) Trioedd, n* 5, p, 58*
(7) Trioedd, n. û. lie/gar, J ni* Cæsar, de rebui gantois.
(8) Conniaidd* In la dû, Coritanï,
(0) Trîoedd, Arc h ©ni* of Wales, p* 58*
(lOj Trioedd, n. S, p*58,
(11) Cesariaiddj \h\d>
(lâj Trioeüd yoys Frydatn, n. 8.
m tout le sud de File, jusqu’au pied des montagnes 4iü septentrionales qui avaient servi de rempart à la population aborigène contre l'invasion des Cambriens. L'invasion romaine s’arrêta aux mêmes limites que l'invasion bretonne; et le peuple des Calls resta libre, pendant que la domination éLrani gère pesait sur ses anciens conquérants. Il lit rçcuaiü 1er plus d’une Fois les aigles impériales; et son antique aversion pour les habitants du sud de la Bretagne s'accrut au milieu des guerres qu’il eut à soutenir contre les gouverneurs romains. Le pillage des colonies et des villes municipales, ornées de palais et de temples somptueux, redoubla, par un attrait nouveau, cette hostilité nationale. Chaque printemps , les hommes d’Alben on de la Calédonie (1) passaient la CJyde dans des bateaux d’osier recouverts de cuir : devenus redoutables aux Romains, ils le forcèrent de tenir, aux extrémités de 1 eu r conquête , deux immenses m u rai lies garn ies de tours et prolongées d’une mer à l’autre (2). Ces irruptions, de plus en plus fréquentes, acquirent aux habitants de l’Albanie une célébrité terrible, sous les noms de ScoU et de Pietés* seuls employés par les écrivains latins, qui paraissent ignorer le nom de Gafls (5).
Le premier de ces deux noms appartenait encore aux habitants de File d’Érin, qu’eu langue romaine on appelait également Hîberme ou Scotie* La fraternité des montagnards bretons avec les hommes de l’Hiberme , et les fréquentes émigrations d'un peuple vers l’autre , amenèrent celLe communauté de nom. Ou appelait Sente, en Bretagne, les habitants des eûtes et du grand archipel du nord-ouest, et Pietés ceux qui habitaient à l'orient, sur les bords de la mer germanique. Les territoires respectifs de ces deux peuples , ou de ces deux branches distinctes d’une |uêmc population, étaient séparés par la chaîne des monts Grampjens , au pied desquels Gallawg (4) , le grand chef des forêts du nord (5), avait vaillamment combattu contre les légions de l’empire. Les Scots et les Pietés différaient par leur manière de vivre : les premiers , habitants des montagnes , étaient chasseurs ou bergers nomades ; les autres, sur un sol plus uni, avaient un établissement plus fixe, cultivaient la terre et bâtissaient des demeures solides , dont les ruines portent en-
(!) Caledoniii \ ea breton, Caîyddan} îe paya des forêts,
(3) Valium Antoniüi, valluro üadmm, posleà Sevei'J.
(3) Ctandtani. Laudes SUIïchoms, passîm.
(4) En latin, Gaigacus.
(5) CalydUon.
(0) GÜdas, de Ëxcùho BrUatmi©, passîni*
<7j En langue bretonne, Beirdd, Barde#.
(S) Penictdoj capui familial (Loiad’HoweH Ma. Cambrohrilon, t. 1!, p. 20SA