‹ ŒuvresChapitre 3 sur 94 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

cofe leur nom. Lorsqu'ils ne s’étaient point ligués \ pour une irruption vers le sud, la bonne iutèlügenre cessait quelquefois de régner entre eux; mais , û chaque occasion qui se présentait d’assaillir l'ennemi commun , leurs deux chefs , dont l’un résidait à l’embouchure du fleuve de Tay , et l’autre entre les lacs d’Argyle, devenaient frères et joignaient leurs drapeaux. Les Bretons du midi et les colons romains , dans leurs terreurs ou dans leur haine, ne séparèrent jamais les Scots des Pic Les {G) .

Après la retraite des légions rappelées pour dé- 4J|ü fendre Rome contre l'invasion des Goths, les lire- 443 tons cessèrent de reconnaître le pou voir des gouverneurs étrangers qui régissaient leurs provinces et leurs villes. La forme et le nom même de ces administrations périrent; à leur place se releva l’autorité des anciens chefs de L ri bu s, abolie autrefois par les Romains. D'antiques généalogies, conservées soigneusement par les poètes (7) , servirent â désigner ceux qui pouvaient prétendre à la dignité de chefs de canton ou de famille; car ces mots étaient synonymes dans la langue des anciens Bretons (8), et les liens de par enté formaient la base de leur état social. Les gens du plus bas étage, parmi ce peuple, notaient et retenaient de mémoire toute la ligne de leur descendance, avec un soin qui , chez les autres nations , fut le propre des riches et des grands (9). Tout Breton, pauvre comme riche, avait besoin d'établir sa généalogie, pour jouir pleinement de ses droits civils et faire valoir ses titres de propriété dans le canton où il avait pris naissance; car chaque canton appartenait à une seule famille primitive ; et nul ne possédait légitimement aucune portion du sol, s’il n’é- LaiL membre de Cette famille qui, en s’agrandissant, avait formé une tribu (10),

Au-dessus de cet ordre social bizarre, d’ou résultait une fédération de petites souverainetés, tantôt électives, tantôt héréditaires, les Bretons, affranchis de l’autorité romaine, élevèrent , pour la première fois, une haute souveraineté nationale. Us créèrent un chef des chefs (11), un roi du pays, comme s’énoncent teins annales (1$) , et ils le firent électif. Celte institution nouvelle; destinée en apparence à donner au peuple plus d’union et plus de force

(fl) GenealogLini quoque gencrU $ui eiiam de populo quillbftl obsâtvalÿ et non soiùm avos, alavos, sed traque ad se&lam vel sept imam, et ni U à procul. gcoeraiioueni, memoriier et prompte gémi* enariat. (Giraidi Camhrensia 1 Line rar. “Wall iœ.)

( 1 0} Zozimus, apinl amplores rerum gallkarume L fraude. , l. I,p. im

(H) l'enieym.

(13) Trioetld, n, 2, p. 57.

4iû contre les agressions du dehors, devînt pour lui, 443 au contraire, une cause de divisions, de faiblesse et bientôt d’asservissement* Les deux grandes populations qui se partageaient le sud de File prétendirent chacune au droit exclusif de fournir des candidats pour ïa royauté du pays* Le siège de cette royauté centrale était sur le territoire logrîcn, dans l’ancien ne ville municipale que les Bretons nommaient Lon-din (1), ou la ville des vaisseaux : il en résultait que les hommes de race logrieune parvenaient plus facilement que les autres à ïa dignité de chef des chefs. Les Cambriens, jaloux de cet avantage, soutenaient que l’autorité royale appartenait légitimement à leur race , comme la plus antique ^ comme celle qui avait accueilli les autres sur le sol de la Bretagne* Pour justifier cette prétention * ils faisaient remonter rétablissement du pouvoir qu’ils ambitionnaient bien au delà des conquêtes romaines, et ils en attribuaient rinslitulion à un certain Prydaiu, fils d’Âodd, Cambrien, qui autrefois, disaient-ils , avait réuni File entière sous un même gouvernement monarchique f et décrété que ce gouvernement serait à jamais possédé par sa nation (2)* On ne sait par quelles fables les gens du sud et de Fest répliquèrent à ces fables : mais la dispute s’envenima $ toute ta Bretagne fut en guerre civile pour des rivalités d'amour-propre . L'intervention des peuplades d’origine étrangère, toujours hostiles contre les deux grandes branches de la population bretonne, alimenta les discordes de celles-ci et entretint la guerre intestine. Sous une succession de chefs intitulés nationaux, et toujours désavoués par une partie de la nation , nulle armée ne se leva , en remplacement des légions romaines, pour garder la frontière du pays contre les inc tirs ions des tribus galliques.

Au milieu de ce désordre , les lJi êtes et les Scots forcèrent le passage des deux grands murs que les Romains avaient bâtis , et d'autres ennemis non moins redoutables fondirent sur les côtes maritimes. C’étaient des pirates venus des rivages et des îles de l’Océan germanique , pour piller et retourner chez eux chargés de butin. Lorsque la tempête forçait à rentrer dans les ports les grands vaisseaux de construction romaine, on les voyait naviguer à pleines voiles sur des barques fragiles (5), aborder

et attaquer à ['improviste. Plusieurs tribus bretonnes firent séparément de grands efforts, et livrèrent quelques combats heureux contre les agresseurs , soit germains, soit de race gaïlique. Les habitants des côtes du sud, qui communiquaient fréquemment avec le continent, sollicitèrent des secours étrangers ; une ou deux fois des troupes romaines , Ténues de la Gaule , combattirent pour les bretons , et les aidèrent à relever les grandes murailles construites autrefois par les empereurs Adrien et Sévère (4). Maïs le temps arriva où les Romains furent eux-mêmes chassés de la Gaule par trois Invasions de barbares , au midi 3 à Fest et au nord , et par l'insurrection nationale des contrées maritimes de l'ouest (3). Les légions se replièrent sur F Italie , et dès lors il n'y eut plus pour les bretons aucun secours à espérer de l’empire (6).

Dans ce temps, la dignité de chef suprême de toute la Bretagne se trouvait aux mains d’un homme appelé Guorteyrn (7), de race logrienne, Plusieurs fois il assembla autour de lui tous les chefs des tribus breton nés , afin de prendre , de concert avec eux , des mesures pour la défense du pays contre Les invasions septentrionales. 11 régnait peu d’union dans ces'conscils , et, soit à raison, soit à lori, Guorteyrn avait beaucoup d’ennemis , surtout parmi les habitants de F ouest , qui rarement consentaient à approuver ce que proposait le Logrien. Celui-ci , en vertu de sa prééminence royale , d’après Fa vis de plusieurs tribus , mais sans l’aveu des Cambriens (8) , prît tout à coup la résolution d’in Iroüuire en Bretagne une population de soldats étrangers, qui, moyennant des subsides d'argent et des concessions de terres , feraient , au service des Bretons , ïa guerre contre les Pietés et les Scols. Vers Fëpoquc ou fut prise cette décision, que les opposants traitaient de lûchc , le hasard amena sur la côte de Bretagne trois vaisseaux de corsaires germains, commandes par deux frères appelés Hengbist et llorsa (9); ils abordèrent à Forient du pays de Kent , sur ia même pointe de terre où jadis avaient débarqué les légions romaines.

Il parait que les hommes des trois navires venaient cette fois en Bretagne comme marchands , et non comme pirates. Ils étaient de la nation des Jutes, ou plus correctement lûtes, nation affiliée

(I) AL Mundaîn ; en ïntio, Londmiitnu Trîoeddyny? Prydain, p. 57,

(5) . * , Cuipelle salum su Icare Tïrîiaimum blutai, et 3S8iH0 glauctidi marc Ûodere lemho.

( Si t] un il A pul liuai1 * * 4 5. citruiiiiB, afMul irj'ïp. rtr.gil, cl fr*ïick., U LJ

(4) GMm rpîst. de Cxciiîio Rri tannin*.

(5) TotnsHlo uaetus armorîcus, «jeetîs magfalFàlïbnj roulant*.. (Jïosipu apuil script. m\ (jaîlie, ç| franc., L I, p. 580.)

(0) Cibla; epist. de Exciilio lïcîlaoniœ.

(7) Çturiçjrrn} âeîon Porta graphe cambrienne. Les hfctoriens anglo-mons écrives t WyrUjcyn ou ZTcrtiçern ; ce qui devait produire le même son, d'après leur manière Je prononcer,

f8; Trloedd, elc.Gambro-ïmtaiL, t. il, p. 40, 51, 455.

(0) Duonicon fiaxosicmiîjCd. Gibson,p, tS. La chronique orthographie Hetigi&L Le g saxon est toujours dur ; cl JVr final saxon est une espèce dV muei. fferrgfct ifghlGo un étalon, et horsCj al. hrost un cheval es général.

DE L1 ANGLETERRE* — LIVRE PREMIER

449 à une ligue de peuples répandus sur la e 6 le marécageuse de l'Océan j au non! de l'Elbe , et s'intitulant tous du nom de Saxons , ou d'hommes aux longs couteaux (1), D’autres eon fédérations du même genre s'étaient déjà formées parmi les peuplades teuton iques , soit pour mieux résister aux Romains ? soit pour prendre contre eux l'offensive avec plus d'avantage* L'on avait vu ainsi paraître successivement la ligne des Mamans ou hommes par excellente , et celle des Franks ou rudes aux combats (3)* A leur arrivée sur la côte de Bretagne , les chefs Saxons Henghist et Horsa reçurent du roi breton Guorteyrn un message et la proposition d'un enrôlement militaire pour eux et pour une armée de leur pays* Cette proposition n'avait rien d'étrange à leurs yeux , car la guerre était leur industrie, lis promirent un corps de troupes considérable , en échange de lapetite île de Tanet (3), formée sur te rivage de Kent, d'un côté par ta mer, et de Fautre par une rivière qui se sépare en deux bras. Dix-sepl navires amenèrent du nord la nouvelle colonie militaire ; elle fit le partage de sou île , et s'y organisa selon ses usages, sous le commandement des deux frères, auteurs de l'entreprise. Elle recevait des Bretons , ses hôLes , toutes les choses nécessaires a la vie; plusieurs fois elle combattit vaillamment cl fidèlement pour eux , et leva contre les Pietés et les Seuls son étendard ou était peint un cheval blanc, espèce d'emblème conforme au nom de ses deux chefs ; plusieurs fois elle brisa les Frôles javelots des montagnards, avec les grandes haches dont s'armaient les tribus germaniques liées à la confédération saxonne (4). Ces exploits excitèrent en Bretagne beaucoup de joie et d'amitié pour les Saxons. « Après avoir terrassé nos ennemis , dit « un ancien poète, ils célébraient avec nous les u réjouissances de la victoire ; nous fêtions tous a h l'envie leur bienvenue : mais malheur an jour a où nous les avons aimés ! malheur à Guorteyrn « et à ses lâches conseillers (fi). »

44ù En effet, la bonne intelligence ne fuL pas de 4*s longue durée entre ceux qui faisaient la guerre et ceux pour qui la guerre se faisait ; les premiers demandèrent bientôt plus de terres, de vivres et d'argent qu’il n'en avait été stipulé , et menacèrent

(1) Sax, seax, sachs, u m épée courte j hand-sax, un poignard ; ram-sax, une épée. (Gloss. U a ch ter.)

(2) Àll,eall. tont, entière ment ; man, manu, mand, homme * — Frak, Prek, frech, vrclr, vraug, rude, âpre, féroce. Voyez les Lettt'es sur FHîst . de France 7 s econde t d i Lion , Leü re V I .

(3) En breton, Dunùt; aujourd'hui T/ianeL

(4) Cum illi piîis ci lanceis pugnareui, isti verô securihns gtadiisque largfa... (Henrici HüiUiDgdoniensisïlistor *îp.507.)

(5) Arymes Prydaïn, Chant national des Bretons. (Àrchæoingyof Wales, et Cambrian remisier, fur. 1790, p* 554.}

de se payer eui-mèmea par le pillage et l'usurpa- a sa tion , si Fan refusait de les satisfaire. Pour rendre 4» ces menaces plus effectives, ils appelèrent à eux spontané ment de nouvelles bandes d'aventuriers, soit de leur propre nation, soit des autres peuples de la confédération saxonne. L'émigration continuant toujours, les terres assignées par les Bretons cessèrent d’ètre suffisantes , les limites convenues furent dépassées , et bientôt s’aggloméra sur la côte du pays de Kent une nombreuse population germanique* Les indigènes , qui avaient besoin de son secours et qui la craignaient , traitaient avec elle de nation a nation. Il y eut, départ et d'autre, de fréquents messages, et de nouvelles conventions conclues et aussitôt violées (G). Enfin les derniers liens se rompirent; les Saxons firent alliance avec les Pietés ; ils les invitèrent par des messages à descendre en armes vers le sud; et eux-mêmes, à la faveur de cette diversion , s'avancèrent de l'est à l'ouest dans l'intérieur de la Bretagne, chassant devant eux la population bretonne , ou l'obligeant à se soumettre* Celle-ci ne leur ouvrit point facilement passage; une fois même elle les repoussa jusqu'à la mer et les contraignît de se rembarquer; mars ils revinrent plus acharnés et plus nombreux y conquirent l'étendue de plusieurs milles de pays sur la rive droite de la Tamise, et ne quittèrent plus leurs conquêtes. L'un des deux frères qui les commandaient fut tué en combattante?); l'autre , de 455 simple chef de guerre, devint chef de province (8) ; et sa province , ou son royaume , pour parler 459 le langage usuel , fut appelé le royaume des £ 7

hommes de Kent, en langue saxonne, Kent-wararike (9).

Ving-deux ans après le premier débarquement 477 des Germains, un autre chef saxon, nommé Ælla, amena trois vaisseaux au midi du territoire de Kent, et, refoulant les Bretons vers le nord et vers l'ouest , établît une seconde colonie qui reçut le nom de royaume des Saxons du sud (îO). Dix-huit années après, un certain Kmlic, suivi de la plus puissante armée qui eût encore passe l'Océan pour chercher des terres en Bretagne , débarqua sur la 4ns côte méridionale , à l'ouest des Saxons du sud , et 5*0 fonda un troisième royaume, sous le nom de Saxe

(Ô) A ryme3 Prydaîn.

(7) Horsa* < i

(B) GuLïj-fcineg , wig-klncg, folkes-kmcg, theod-kmeg , land-kiucfi* (Voyez Ica Glossaires teuloniquea, gothiques cl saxons de Wachter, d'ihre et d'Edward Lye.)

(!)) La chronique saxonne orthographie CanCwara-riee; le c saxon est un É — Henrici Huntlbgdohïéjhius llisG, p. 307 à 3ll. — Bedte preshyleri Hîst,, IJ h» H. cap. 15. — Archïûolog. «f Wales, p. laO.

(I® Sulh-seaxna ricc*

530 occidentale {!). Les chefs qui succédèrent à Kerdic étendirent par degrés leur conquête jusqu’au voisinage de la Savcrne ; c’est là qu’élait l’ancienne frontière de la population cambrienne ; les envahisseurs ne trouvèrent pas celle population disposée ! à leur céder la place ; elle soutint contre eux une lutte opiniâtre, pendant laquelle d’autres émigrés, débarquant sur la côte de Test, s’emparèrent de la rive gauche de la Tamise et de la grande cité de Londin ou de Londres, Ils intitulèrent Saxe orientale (9) le territoire ou ils s'établirent* Toutes ces conquêtes se firent aux dépens du seul pays de Logrîc et de la race des Bretons logriens , qui avait invité les saxons à venir habiter auprès d’elle.

Du moment que la ville de Londres fui prise , et que les côtes de ïa Logrie devinrent saxonnes, les rois et les eiiefs choisis pour tenir tête aux conquérants, Purent tous de race cambrienne. Tel était le fameux Arthur. 11 vainquit les Saxons dans plusieurs baLailLes ; mais, malgré les services qu’il rendait aux siens , il eut des ennemis parmi eux , comme en avait eu Guorteyrn. Le titre de roi lui ht tirer l’épée contre les Bretons presque aussi souvent que contre l’étranger, et il fut blessé à mort dans un combat livré à son propre neveu.

Æ On le transporta dansuoe île formée par des rivîères près (TA fa lia ch (3), aujourd’hui Glastonbury, au sud du golfe où se jette la Savcrne. Il y mourut de ses blessures; mais, comme c’était le temps où les Saxons occidentaux envahirent ce territoire , dans le tumulte de l’invasion , personne ne sut exactement les circonstances de la mort d’Arthur , ni le lieu oit il fut enseveli. Cette ignorance attira sur son nom une célébrité mystérieuse : il y avait déjà longtemps qu’il n’était plus , et on l’attendait encore ; le besoin qu’on avait du grand chef de guerre qui savait vaincre les Germains nourrissait la vainc espérance de le voir reparaître un jour. Cette espérance n’eut pas de fin; et, durant plusieurs siècles, ta nation qui avait aimé Arthur ne se découragea poinL d’attendre sa guérison et son retour (4).

L’émigration des habitants des marais de l’Elbe et des îles qui les avoisinent , inspira le désir d’émigrer de même et apprit le chemin de la Bretagne à des peuples situés plus loin vers l’est , près des bords de la mer Baltique, et qu’on nommait alors Ànghels ou Angles (3). Après avoir essayé de petites

(1) West-seaxna-riceî plus brièvement., West-seax.

(2) Eû^L-seaxua-rice, EasL-suax. Giron. sax., p„ 12 à 50.

(3} Insuîÿ avaUoofa.

(4) Quem adhùc vorè brutï Britones expectant venturum. (Guillcimun Neubrigeoaia, Hist. du douzième siée le, l. V») — Ven tu ru 111 expectant, expeclabuniqu® po renne. (Wiihèlmi Brîtoms Fbiîippeïs, apud scrqi tores rerum pallie. et fraude..

invasions partielles sur la côte nord«est de la Bretagne , la population des Angles se mît lotit entière en marche , sous la conduite «Ton chef de guerre , nommé Ida , et de ses douze fils. Leurs nombreux vaisseaux abordèrent entre les embouchures du Forth et de la Tweed. Four mieux réussir contre les Bretons de ces contrées, ils firent alliance avec les Pietés ; et ces deux ennemis confédérés s’avancèrent de l’est à l'ouest , frappant les indigènes d’un tel effroi , qne le rot des Angles reçut d’eux le surnom d'homme de feu (6). Malgré sa férocité et sa bravoure , Ida rencontra , au pied des montagnes d’où descend la Clyde , une population qui lui résista. « L’homme de feu est venu contre nous, « dit un poète breton contemporain; il nous a de- « mandé d’une voix forte ; Voulez-vous me livrer « des otages, êtes-vous prêts? Owen lui a répondu, u eu agitant sa lance : Non , nous 11e le livrerons « point d’otages ; non , nous ne sommes pas prêts. « Urien , le chef du pays , s’est alors écrié ; Enfants u d’une même race , unis pour la même cause , leif von s notre étendard sur les montagnes, et pré- « cipitons-nous dans la plaine; précipitons-nous « sur l'homme de feu , et unissons dans le même « carnage lui, son année et ses auxiliaires (7). n

Ce même Urien , à la tète des Bretons du nord , fils des anciens émigrés de la Gaule armoricaine, remporta plusieurs victoires sur les envahisseurs confédérés. Le chef des Germains périt sur les bords de la Clyde ; mais, dans une bataille décisive, où figurèrent d’un côté les Pietés et les Angles , de Pau Ire les hommes du val de la Clyde, les hommes des bords du Fort h et ceux de Deïfr et de Brynich (8), c’est-à-dire du pays monlueux situé au nord de l’Humber, la cause bretonne fut vaincue, Il y périt un grand nombre de chefs portant le collier d’or , marque du haut commandement chez les Bretons (9). Peu d’entre les hommes qui avaient assisté à ce combat revinrent dans leurs foyers : «A leur retour, cliL un vieux poCtc , ils « contèrent à leurs femmes un récit de paix ; « mais les femmes sentirent sur leurs habits rôti deur du sang (10), s»

Le peuple victorieux se répandit sur toute la contrée orientale , entre le Forth et lTIumhcr. Ceux d’entre les vaincus à qui la domination étraugère semblait insupportable se réfugiaient vers le sud dans le pays des Cambriens, qui portait déjà et

lem. XV.) “ N en ni us, cap, G5* — Berîtc presbyt. HtetoHa.

5 Eiitfla , Ancien.

[G) Fiamddwyn. (Arcba?o]ogy of Wales.)

(7) Ta lies in , Archæology of Wales, pag. 58.

(8) Al BryueicU et Deywr, ou Dewyr.

(0) Aneurio, Archæology of Wales, p, 4.

(10) Ibid., pag. 4-13.

DE L'ANGLETERRE. - LIVRE PREMIER

m qui porte aujourd’hui le nom de Galles* Dus cong^p quërants germains n’imposèrent point de nouveaux noms à la contrée du nord ; iis gardèrent les anciennes dénominations géographiques , et même s’en servirent pour distinguer leurs différentes colonies , suivant le lieu de leur habitation. Ils s’intitulèrent, par exemple, hommes du nord de l'iïumber (1), hommes deDeïfr, hommes de Brynich , ou s suivant l'orthographe latine, Northumbriens , Deïriens , Berniciefts. Le nom de territoire des Angles (2) ne fut donné q u’à une petite partie de la côte de Test , où des hommes de celte nation , avant Té migra lion generale , avaient fondé une colonie peu nombreuse , mais capable de se maintenir contre rbo&lilité des indigènes , grâce a la protection des Saxons orientaux , au nord desquels elle habitait (3)*

L’ancienne population des Coranicns , établie depuis des siècles ou smLdc niemher , et qu'un si long séjour parmi les Bretons n’avait pu réeonetm lier arec eux, se joignit volontairement aux envahisseurs anglo-saxons, comme elle s’élaît jointe autrefois aux Romains (4)* Dans son alliance avec les conquérants, son nom de peuple disparut de la contrée qu’elle habitait ; mais le nom de ses alliés ne Vy remplaça point : tous les deux se perdirent, et le pays situé entre rHumher et la Tamise fut dès lors appelé pays de Merk (3), ou Meme , peut-être à cause de la nature du sol, en grande partie marécageux, peut-être à couse du voisinage des Bretons libres, dont ce royaume formait la frontière ou la marche , comme disaient les Germains (G). Ce furent des Angles descendus des territoires de Defre et de Bernicie , ou venus de la côte orientale , qui fondèrent, sous ce nom, la huitième et dernière colonie germanique en Bretagne (7)* Les limites du peuple de Mercie (S) , mélangé de Coralliens et d1 * 3 4 * * 7 Angles, ne furent point fixées dès le premier jour; ce peuple s’agrandit progressivement vers l1 ouest aux dépens des Cambriens , et vers le sud aux dépens des Saxons eux-mêmes, auxquels iLne se sentait point lié par la communauté d’origine, d’une manière aussi étroite que les Saxons relaient entre eux (9).

De ces huit colonies, principautés, états ou

(l) Nor Ihan-hymbra-in en û j en latin, Nordanhymbrij ftorthumbî'L

(2j East-engla-LiQd, East-cngïaa j en latin, Orientales Angll, E slang lia,

(3) Ctaronieon saxonîcum , ed. Gïbson*

(4) Voy&z plus haut, pag. 12.

(5? Rlyrcao , Myrcna-rice. Chron. saxon.

(0) Mffirc, tnerc, mark , f t'en livre, ou* d’après une autre étymologie . pars marécageux. (Gloss. WachlerL)

(7) On n'en compte ordinaire me ni que sept j mais il y en - TEUERfrï*

royaumes, comme on voudra les appeler. Fondes soo en Bretagne , dans l’espace d’un siècle , par la conquête des Saxons et des Angles, aucun n’avait de territoire sur le bord de la mer de l’ouest , excepté celui des Saxons occidentaux , qui pourtant ne s’étendait point au nord du golle où se jette la Saverne. Les côtes de l’occkîcnt presque dons toute leur longueur , depuis l’embouchure de In Cïydc jusqu’à la pointe de Cornouailles, demeuraient au pouvoir de la race indigène et surtout i^cs Bretons cambriens* La forme irrcgulièrj><fe c es, eSit^ isolait de la grande masse de cet*^ population encore, libre les tribus qui hnbitaîertVrCrs le midi au delà du golfe de la Snverne , et vers le nord- au delà du golfe de Solway. Mais en tri; ces deux points opposés se trouvait un long espace de terre compacte , quoique plus ou moins resAf rré , selon le degré de projection des côtes dans 4’ücéan* Ce territoire montagneux et peu fertile était N^'abitatjou des Cambriens (H)); ils y offraient un asile pauvre,

aux émigrés de tous les coins de la Bretagne, aux hommes qui aimaient mieux , disent d’anciens historiens, souffrir et vivre indépendants , qu’habiter une belle contrée sous la servitude étrangère (11). D’autres traversèrent l’Océan , pour aller retrouver en Gaule un pays que leurs aïeux avaient peuplé en même temps que la Bretagne, et où vivaient encore des hommes issus de leur race et parlant leur langage.

De nombreux vaisseaux de fugitifs Bretons abnr- m dèrent successivement à la pointe la pins occiden- ^ taie de l'Armorique, dans les cantons qui, sous les Romains et même avant eux , avaient été appelés territoire des üstemîeris et des Yen êtes* D’accord avec les aïiciens habitants , qui reconnaissaient en eux des frères d’origine , les nouveaux venus se répandirent sur tonte la côte septentrionale s jusqu’à la petite rivière de Coesnon , et vers le sud , jusqu’au territoire de la cité des Vénètes, aujourd’hui Vannes. Ils fondèrent sur cette étendue de pays une sorte d’Etat séparé, qui embrassa tous les petits lieux voisins des côtes, mais hors duquel restèrent les grandes villes de Tannes * de Nantes et de Rennes. L’accroissement de population de ce coïu de terre occidental, le grand nombre d’hom-

eut d'abord huit , \m\$ $ïx , puis encore une fois huit, par l’effet de différentes révolutions.

(S ' Myrcna-menn, Merciî.

(0) ïloræ BHhmmcæ, L 11, p« 222* — Trîoedd, etc. Archaud. of Wales.

(î(b Gwylt Wallia. (Taliesîn, Archteolog? oF Wales,

(11] Mi&eram cuin UhCHate vilain potiüs transfère, quàm hostuiai subjici dominto, (Jeanine lùnhm. Scotonmi litstoria. p. C4S.)

mes de race et de langue celtique (î), qui s ’y trouvèrent ainsi rassemblés sur peu d'espace, te préservèrent de l’irruption du langage romain, qui, sous des formes plus ou moins corrompues, gagnait peu à peu toute la Gaule* Le nom de Bretagne Fut attaché à ces côtes, el en lit disparaîLre les noms divers des populations indigènes, pendant que file qui depuis tant de siècles avait porté ce nom . le perdait elle- même , et, prenant le nom de ses conquérants, commençait a être appelée terre des Saxons et des Angles , ou , en un seul mot, Angleterre (2),

Bans le temps où les hommes de Bretagne , fuyant devant tes Anglo-Saxons, s’étéblissaientsur la pointe de terre qu’on appelait la corne de Gaule (3), des Saxons expatriés de la Germanie venaient fixer leur demeure sur une autre poinLc plus septentrionale de la eôLc des Gaules , aux environs de ta ville dont l'ancien nom s’est changé en celui de Ray eux (4). Bans le même temps aussi, la ligue germanique, dont les membres prenaient, depuis deux siècles, le nom de Franks, c’est-à-dire, intrépides , descendait, en plusieurs bans, des bouches du Rhin et de In Meuse, sur les terres centrales de fa Gaule, Deux autres nations, de race Leu tonique, avaient déjà envahi complètement et habitaient à demeure fixe toutes les provinces du sud , entre la Loire et les deux mers. Les Goths occidentaux ou Wisigoths (U) occupaient le pays situé à rouent du Rhône ; les Rurgondes (G) tenaient la contrée de Peé't* Ij? établissement de ee$ deux peuples Barbares n’avait pas eu lieu sans violences et sans ravages; ils avaient usurpé une portion des biens de chaque famille indigène : mais l’amour du repos et un certain esprit de justice, qui les distinguaient entre tous les Germains, avaient promptement adouci leurs mœurs ; ils se rapprochaient des vaincus que leurs lois traitaient avec impartialité , et devenaient par degrés pour eux de simples voisins el des amis. Les Goths principalement se laissaient gagner aux mœurs romaines, qui alors étaient celles des habitants civilisés de la Gaule ; leurs lois étaient , en grande parti) CeUfie, Kcltoi . Gâîatto, noms que les Romains et les Grecs donnaient aux population* gauloises. On est souvent obligé , fniîte de tenues, d’appliquer ce nom indifféremment aux populations iTorigïne cambrienne et gallique, (Voyez V Histoire des Gaulois, par Amédée Thierry*)

(2) EngeNeaKmdaud , Engla-tand j prononcez E n gicla nd;

par corruption, Fngland.

(5J Cornu Gafliæ : c'est le mémo nom que celui de la pointe méridionale de FUc de Rreiagne,

(4) Saxones Bajocasdni , OUJnga aaxomea, i.Rcrum gallic. cl fraocîc. jrcrip tores, passimO

iTï) w erd-goOuiii j en latin , fFwQQthh

tie, de purs extraits du code impérial ; ils se fai- ^ smeni gloire des a ris , el affectaient la politesse de éoo Rome (7)*

Les Franks, au contraire , remplissaient le nord des Gaules de terreur et de ravages; étrangers aux moeurs et aux arts des cités et des colonies romaines, ils les dévastaient avec indifférence et même avec une sorte de plaisir (8)* Comme ils étaient encore païens, aucune sympathie religieuse ne tempérait leur humeur sauvage, ^épargnant ni le sexe ni l’âge , disent les anciens historiens, détruisant les églises et les maisons des villes et des campagnes , ris s’avançaient graduellement vers le midi pour envahir toute Pélendue delà Gaule; tandis que les Goths et les Burgondes , poussés par une ambition pareille, maïs avec des formes moins barbares , quelquefois d'accord , souvent eu guerre, cherchaient à faire des progrès dans la direction opposée. Bans l’état de faiblesse où se trouvaient les provinces centrales , encore unies, mais seulement de nom, à l’empire romain, et profond#* ment dégoûtées de cet empire, qui, scion les pafroles d’un ancien poêle gaulois , leur faisait sentir (le poids de sou ombre [9) , il y avait lieu de croire que les habitants de ces provinces , incapables de résister aux peuples conquérants qui les pressaient de trois côtés, capituleraient avec le moins féroce, qu’en un mot, la Gaule entière se soumettrait soit aux Goths , soit aux Burgondes , chrétiens comme elle, pour échapper aux mains des Franks. Telle était sa vraie politique; mais ceux qui disposaient de son sort en décidèrent autrement.

Ces hommes étaient les évêques des villes gauloises, auxquels les décrets des empereurs romains attribuaient une grande autorité administrative (10), et qui , a la faveur des désordres causés par l’invasion des barbares , avaient trouvé le moyen d’accroltre illégalement celte au lo ri lé déjà exorbitante.

Les évêques, qui prenaient tous alors ïe titre de papes ou pères , étaient les plénipotentiaires des cités gauloises, soit avec l’empire qui s’éloignait d’elles, soit avec les Germains qui approckaienL lis conduisaient à leur grc les négociations

(g) Voyez les Lettres suri' Histoire de France } deuxième édition, Lülirc VL

(7) tilandè, tnanauelè, innouctilerque vîvunt, non quasi cum syfyectfs, sed eu ni fra tribus. ( Pauhis Orosius, apud smp Loi* rer. gai lie* et fraude*, tom. I.)

(8) Voyez Lettres sur lf Histoire dû France, deuxième tfdiliixi, Lettre VI.

(0) ..... PorLavimuft umbram

Imperiï.

(Sidttnît A^iiillï niiri? Carmîti»^ sqmtl scripl ► ïcr. gaiILic. cl LVapcic., lum. Lj*

(10) Loges A rca rt il et Thcodosif jimioria.

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