LO NC UE-BARBE
1173 L’impossibilité de réunir tous les faits dans un H77 môme récit force maintenant Fiiistorien de rétrograder jusqu’à l’époque où Henry 1T reçut du pape Alexandre 111 une bulle qui l'investissait de la seigneurie de toute mande (1). Le roi fit partir aussitôt les Normands Guillaume, fîlsd’EImc, et Nicolas, doyen de Wallingford, qui, a leur arrivée en Irlande, convoquèrent un synode de tout le haut clergé des provinces nouvellement conquises (2). Le diplôme d’Alexandre 111 et l’ancienne bulle d’Adrien IV furent lus solennellement dans celle assemblée, et ratifiés par les évêques irlandais , engagés, par leur première soumission, à de nouveaux actes de faiblesse (5)* Cependant plusieurs ne tardèrent pas n se repentir, et prirent part aux complots qui se tramaient secrètement dans les lieux occupés par des garnisons normandes , ou même à la résistance ouverte des provinces encore libres vers les bords du Shanno et de la Boy ne. Laurent, archevêque de Dublin , Fun des premiers qui avaient juré fidelité au vainqueur, entra dans plusieurs insurrections patriotiques , et d’amî des étrangers devint l’objet de leur haine et de leurs persécutions (4). Us lui donnèrent pour successeur un Normand appelé Jean Comme, qui, pour accomplir sa nouvelle mission , se conduisit de telle manière à l’égard des indigènes , que ses compatriotes lui donnaient, par plaisanterie, le surnom d’éco rch e-vil la in ( 5) .
(t) Voyez Ut. X.
(2) G i raidi Cambrerais Hiberma expugnata , p. 767. — Hamner'S Chron.
(31 Campions Chron., p. 75. — Celte chronique offre , comme celle de Hanmer. un extra il fidèle , et presque itm-
En peu d’années a la conquête s’étendit jusqu’à la frontière orientale eL méridionale des royaumes de Connaugbt et d’Ulsler. Une ligne de châteaux forts et de redoutes palissadées, se prolongeant autour du territoire envahi , lui faisait donner en langue normande le nom de Pal (6). Chaque baron, chevalier ou écuyer d'outre- mer, cantonné dans ïeneeinte du pal, avait pris grand soin de bien fortifier son domaine : tous avaient des châteaux, grands ou petits, selon leur grade et leur richesse. La dernière classe de l’armée conquérante , et eu particulier les Anglais, soit soldats, soit travailleurs, soit ma rch and s , habitaient en masses dans des camps, retranchés autour des châteaux de leurs chefs , ou dans les villes que les indigènes avaient en partie abandonnées. La langue anglaise était parlée dans les rues et les marchés de ces villes , et le français dans les donjons nouvellement bâtis par les seigneurs de la conquête. Tous les noms de ces chefs, que l'histoire a conservés, sont français , comme Raymond de Caen, Guillaume Ferrand, Guillaume Maquerel , Robert Digarrc , Henry Bluet T Jean de Cour cy, Hugues le Petit, et la nombreuse famille des fils de Gërauld , qu’on appelait aussi Gërauldîns (7). Ainsi les Anglais de race, venus en Irlande à la suite des Anglo-Normands, se trouvaient places dans une condition moyenne entre ces derniers et les indigènes, et leur langue, la plus méprisée dans
jours UUêraî , des documents ordinaux relatifs à la conquête de t1 Irlande. — (4 J Haoraer’a Ch roui de, p. 524*
(5) Ibid., p. 520. — Campions Chron., p. 111.
(G) The pâte* en anglais moderne.
(7) Han mer1 s nirori,p. S7G.— Hamss’s Hihernia, p, 212.
3 leur propre pays, tenait dans nie dTÊrin un rang 7 intermédiaire entreêclle du nouveau gouvernement et l’idiome galliquede» vaincus*
Ce qui restait de population irlandaise dans l’eneeinte du pal, ou du territoire anglo-normand , fut bientôt confondu sous la même servitude, et il n’y eut plus de distinct ion entre l'ami des etrangers et Hiomme qui leur avait résiste; tout devint égal aux yeux des conquérants , dès qu’ils n’eurent plus besoin de personne. Dans te royaume de Leim ster, aussi bien qu’aîlleurs, on ne laissa aux habitants, en terres et en propriétés , que ce qui ne valait pas la peine d’être pris* Ceux qui avaient appelé les Normands et combattu avec eux se repentirent et s'insurgèrent (1) ; mais manquant d'organisation , ils ne soutinrent pas leur révolte , et les étrangers les accusèrent d'inconstance et de perfidie* Ces reproches intéressés ont passé dans l’fnstoire contemporaine, qui en charge avec profusion tous les hommes de race irlandaise (9).
Vers Tau née 1177, les gens du Connanght et de PUlster , non cnn Lents de défendre rentrée de leur propre pays , résolurent de tenter l’affranchissement de tout le territoire envahi* Hs s’avancèrent jusqu’à Dublin; mats, comme ils étaient, peu ha* biles dans l’art des sièges , ils ne réussirent point a s’emparer de celte ville , nouvellement fortifiée, et furent ainsi arrêtés dans leur marche (5)* Alors les Normands , pour les obliger à la retraite par une diversion puissante, entrèrent en Ulsler, sous la conduite de Jean de Courcy. Cette manœuvre contraignit le roi deConnaught à quitter la contrée du sud-est et à se porter vers le nord ; beaucoup d’anciens chefs et même des évêques irlandais du territoire anglo-normand, se réunirent à lut et suivirent son armée (4)*
Dans ce temps , un cardinal nommé Vivien , envoyé par le pape en Écosse pour y faire une quête d’argent, ayant réussi dans sa mission , débarqua au nord de l’Irlande , dans le pays où la guerre venait d’être nouvellement transportée. Malgré tout le mal que l’Église romaine avait faiL l\ l’Irlande, le légat fut accueilli avec tic grands honneurs par les chefs de l’armée irlandaise ; ils le prièrent avec déférence de les conseiller, et de leur dire $Tiï n’était pas légitime pour eux de s’opposer de toutes leurs forces à l'usurpation du roi d’Angleterre, Soit
(1) Interne Lia quibusdam Anglicis qui ïnler eos hahilalionnm ejefterant, et quorum magna par* in eorum eserciùi Fucrat* (Chron* Walt* Hemingford., p* 502.)
(SJ Constantes in levilate, fidèles în perftiïiAaiiü.„{<;i|g|di Cambr* Hibornia exjmgnat<:iL. itonmer^airoa*, p. 279,
(3) Uanmer's Chron*, 2$2.
(4) Ibid., p,29(î.
(5) rbirl.
I par crainte* soit par calcul . l’envoyé pontifical leur n77 fit la réponse qu’ÎIs désiraient, et les exhorta même à combattre jusqu’à la mort pour la défense de leur pays (lî). Ces paroles excitèrent une joie universelle et une vive amitié pour le cardinal, qui , sans perdre de temps, annonça qu’il voulait faire une collecte pour F Église de Rome, Dans leur contentement , les chefs de l’armée et le peuple donnèrent autant qu’ils purent, et le légat, continuant sa route , entra sur le territoire anglo-normand (6)*
Arrivé à Dublin , il y fui mal reçu par les barons et les justiciers du roi, qui lui reprochèrent vivement d’avoir cncouragéles Irlandais à fa résistance ; ils lui signifièrent l’ordre de partir aussitôt eu do se rétracter publiquement (7), Le cardinal , sans lié* siter , proclama le roi Henry II maître souverain et légitime de l’Irlande, et fulmina, au nom de TÉglise, un arrêt d’excommunication contre tout indigène qui ne le reconnaîtrait point (&)* Les Normands furent aussi joyeux de celte sentence que leurs adversaires l’avaient été de l'approbation accordée à leur dévouement patriotique, et le légat remplit a loisir ses coffres dans toute la partie conquise de I île (9), Ensuite il alla visiter l’a r tuée normande qui venait d’envahir la province d’L* hier.
Cette armée souffrait beaucoup du défaut de vivres, parce que , à son approche, les habitants cachaient ou brûlaient leurs provisions , ou bien les entassaient dans tes églises, afin d’arrêter le pillage des
étrangers par la craintedu sacrilège (10J* Si de pareils
scrupules ne retenaient pas entièrement les soldats.
Ils produisaient en eux une certaine gène morale] qui, s ajoutant aux privations physiques, retardait les progrès de la campagne. Le chef de l'expédition , Jean de Courcy, demanda au cardinal si ceux qui combattaient pour les droits du roi Henry ne pouvaient point, sans péché , forcer les portes des églises pour y prendre des vivres* n Dans ce « cas ? répondît le Romain , tes seuls coupables de h sacrilège sont les Irlandais qui, pour soutenir w leur rébellion , osent transformer la maison de « Dieu en grenier et en magasin L’invasion de Tülster réussit, quoique încom- ir7 plétement ; les villes maritimes et les plaines tom- bèrcnl au pouvoir des étrangers ; maïs la contrée 1 * 3 4 5 montagneuse resta libre , et les indigènes s’y réunirent pour continuer la guerre en partisans (19)* l>en-
(0) Hanmar’s Cbron*, p* 2QG*
(8) Ibid. — Lampion** Chron., p* 95*
(0) Campions Chron,, p, 95.
(10) Ibid*
(11 J Ibid.
(12) O ira ldi Cam brimas Ilibernia espuguata . ji. 7ïM. IlnnméP* Chron,, p. 505,
ZG
TIUëHRï.
1177 liant que Jean de Courcy travaillait à se fortifier tl\- dans sa nouvelle conquête , le Normand Mile , ou Mil on ? qui se faisait appeler Mile de Cogham, parce qu’il possédait en Angleterre un domaine de ce nom . passa le fleuve du Shannon avec six cenls chevaliers , et entra dans le royaume de GonnàughL Il y fut suivi par lingues de Lacy , qui vint avec de plus grandes forces* A leur approche , les habitants se retirèrent dans les forêts . chassant devant eux leur bétail* enlevant tout ce qu’ils pouvaient , et brûlant le reste , ainsi que leurs propres maisons. Ce système de défense eût réussi probablement , si le roi de Connaught, qui jusqu’alors s’ était montre le plus brave de toute l’Irlande, n’eût demandé à capituler, et consenti à s’avouer homme-lige du roi d’Angleterre (1)* Sa défection énerva l’esprit d1 j n dépendance des habitants du Counaughi ; mais la nature de ce territoire , entrecoupé de lacs et de marais, et le plus montagneux de toute nie, empêcha les Anglo-Normands d’en faire entièrement la conquête. Ils y prirent peu de terres , s’y établirent en petit nombre, cl le seul lien de sujétion par lequel ils retinrent sous leur autorité cette partie de FJrlande, fut le serment de vasselage du chef qui s’était fait leur ami.
Hugues de Lacy épousa l’une des filles de ce chef, et scs compagnons de victoire , clairsemés en quelque sorte au milieu de la population indigène , se marièrent , comme lui , à des femmes du pays ("2). Soit parlé penchant a l'imitation, qui est naturel aux hommes , soit par politique et pour exciter moins de haine , ils quittèrent peu a peu les modes et les manières normandes pour celles des Irlandais, ne donnant point de festin sans qu’il y eût un joueur de harpe , et préférant la musique et la poésie aux tournois et aux joutes guerrières (3). Ce changement de mœurs déplaisait singulièrement aux barons établis dans les provinces du midi et de Test , ou les Indigènes , réduits en servitude et méprisés de leurs seigneurs , ne pouvaient inspirer à ceux-ci aucune envie de les imiter. Ils traitaient de dégénérés et de mésalliés ceux qui adoptaient les usages ou épousaient des femmes du pays, et les fil s nés de ces mariages étaient regardés comme très-inférieurs en noblesse aux hommes de pure race normande. Bien plus, on sc défiait d’eux ; on craignait que le lien de parenté ne les attachât quelque jour à la cause du peuple vaincu ; ce qui pourtant n’arriva que bien des siècles après.
fl j Hanmer*! Chrûïi., p, 288.
(S) Ibid,, p. 318.
(3} Ibid.
(A) Ibid., p. 351.— Roger, de lïoved,, p. 567»
Çi) îh ii.
D’un autre côté , le roi d’Angleterre redoutait la :!77 puissance des seigneurs établis en Irlande , et s’ala mi a il de la pensée que, tût ou tard, F un d’entre eux pourrait entreprendre de fonder dans celle Üe un nouvel empire. Afin d’éloigner ce péril, Henry II résolut d’envoyer un de ses fils pour le représenter sous le titre de roi d’Irlande ; mais les trois aînés, seuls capables de bien remplir cette mission , lui n # inspiraient tant de défiance, qu’il choisit Jean, le plus jeune de tous , à peine âgé de quinze ans (4).
Le jour où ce prince reçut à Westminster ses premières armes de chevalerie, son père lui fit prêter le serment de vasselage par tous les conquérants de File d’Érîn. Hugues de Lacy et Mile de Cogham lui firent hommage pour le Connanght , et Jean de Coure y pour F Lister $). La partie sud-ouest de File n'était pas encore soumise ; on la proposa en fief à deux frères , Herbert et Josselin de la Pommeraye , sous la seule condition de s'en emparer ; ils refusèrent ce don qui leur semblait trop onéreux (G). Mais Philippe de Braiise l’accepta , et en fit hommage au nouveau roi d'Irlande , déclarant tenir de lui , moyennant le service de soixante hommes d’armes, ce pays où aucun Normand n’avait pénétré (7).
Le quatrième fils de Henry H s’embarqua au mois d’avril de l’année 1 1815 , et aborda a Waterford, accompagné de Robert le Pauvre , son maréchal, et d’un grand nombre de jeunes gens élevés a tu cour d’Angleterre, qui n’avaiènt jamais vu l’Irlande, et qui , aussi étrangers aux conquérants de ce pays qu’aux indigènes, suivaient te nouveau roi, dans Fespoîr de faire une prompte fortune aux dépens des uns et des au Lres (B), Du lieu de son débarquement , Jean se rendît Û Dublin , où il fut reçu en grande pompe par Farchevèque et par tous les Anglo-Normands de In contrée. Plusieurs des chefs irlandais qui avaient juré fidélité au roi Henry et aux barons étrangers vinrent pour saluer le jeune prince suivant le cérémonial usité dans leur pays (1)}.
Ce cérémonial étaïL beaucoup moins raffiné que celui de la cour normande ; il laissait chacun libre de donner, selon sa fantaisie, a i’homine revêtu du souverain pouvoir, un témoignage d'affection quelconque, et tel que son premier mou vr ment ou scs habitudes le lui suggéraient. Les Irlandais T ne se doutant pas qu’il y eût pour eux autre chose à faire que de suivre les anciens usages, l'un s’inclina simplement devant le fils du roi Henry* l'autre lui prit la main , un troisième voulut l'embrasser; mais les
fO} Begmim llltid hahrre noîporuûtcù quôd mmdùm perqtmUaio état. (Rofter* ée Hoved-, £>. 5Ê7.)
[7] Ibid.
18} GanTpicm11* ChfOtt., p.98.
(0 Maoroer's Chrortv, p* 551. — ïtnper Je Hoved.. p* Û3Ü.
UP Normands trouvèrent cette familiarité Inconvenante, jjs5 et traitèrent les chefs indigène» de gens grossiers et mal-appris (1). 8c faisant un jeu de les insulter, ils les tiraient par leurs longues barbes , ou par les tresses de cheveux qui leur pendaient de chaque côté de la tète, louchaient leurs babils d’un air méprisant, ou les poussaient vers la porte (2). Ces outrages ne restèrent pas sans vengeance, et le même jour tous les chefs irlandais sortirent à la fois de Dublin. Ün grand nombre d’babiUmls de la contrée voisine , prenant avec eux leurs femmes, leurs enfants et leurs meubles, les suivirent et se réfugièrent, les uns vers le sud , auprès du roi de Limeriek,qui luttait encore contre la conquête, les autres auprès de celui de Connaught, qui bientôt se mit à la tète d’un nouveau soulèvement patriotique (3).
Dans la guerre presque générale qui s’éleva dès nsa î ors entre les Irlandais et leurs vainqueurs , une circonstance favorable aux premiers fut l'esprit de jalousie des courtisans du jeune roi envers les barons et les chevaliers de la conquête. N’ayant rien h perdre à cette guerre, ils la regardaient comme une occasion favorable pour supplanter les anciens xïolons dans leurs commandements et dans leurs grades (4). Ils les accusaient et les calomniaient de mille manières auprès du fils de Henry If ; et celuici. léger, imprudent , et dévoué A ses compagnons de plaisir , dépouillait pour eux les fonda leurs et les soutiens de la puissance normande en llibernie* Il dépensait en frivolités tout l'argent qu’il recevait d’Angleterre pour la solde de scs troupes; son armée, tuai commandée el mécontente, obtint peu de succès contre les révoltés ; et la cause des conquérants commença a être en péril (3). Dès que ce péril se fit sentir , le jeune roi et ses gens de cour s'enfuirent et quittèrent H le, emportant avec eux tout l’argent qu’ils purent enlever, et laissant se débattre ensemble les deux populations vraiment intéressées a la guerre <6).
îm La lutte de ces deux races d’hommes continua 155* longtemps, sous toutes les formes, en rase campagne et au sein des villes, par la force et par la ruse, Faltaque ouverte ci l'assassinat. Le même esprit de haine pour le pouvoir etranger qui , en
(1) Campion’s Giron. T p, 9S. — Itanmer1* Chron. ,
ta) Ibid.
(3) Ibid,, [1,333-535.
(4 J Ibid. — Campions Giron. , p. 08.
(5) Et quia jpse uinida proprio iudusit mmupiû , notons «ollctariis suis stipendia sua sotvere. . , ( Roger, rtc fJovert. , p. Gôü. )
(fl) Ihld.
(7) Jean \XJL.* Donald us O'ft'eyl , rex L'Koniæ , nec non
— LIVRE ONZIÈME. fegg
Angleterre , avait jonché de cadavres normands les drs forêts de l*ïorkshire et du Norlhumberiand , en ilü remplit les lacs el les marais d’Erin . Mais un fait qui donne a ïa conquête de ce dernier pays un caractère tout particulier, c’est que les conquérants de Plrlapde, placés au rang d’oppresseurs A l’égard du peuple indigène, furent abaissés à celui d’opprimés à l’égard de leurs compatriotes demeurés en Angleterre. Le mal que les fils des vainqueurs faisaient à la nation subjuguée leur fut en partie rendu par les rois dont ils relevaient, et qui , doutant de leur fidélité, les regardaient presque comme une race étrangère. H y eut loin toutefois des tyrannies que subirent de la part du gouvernement d -Angleterre , les Anglais établis eu Irlande, à celles qu’eux-mèmes, durant une longue suite de siècles , firent éprouver aux indigènes. Un document du quatorzième siècle, pourra tenir lieu de beaucoup de détails à cet égard, et compléter pour le lecteur l’idée d’une conquête au moyen Age*
« A Jean , pape, Donald O’Neyl , roi d’Ülster, m4 il ainsi que les rois inférieurs de ce territoire, et u toute la population de race irlandaise (7) *
h Très-saint père , nous vous transmettons queltt ques renseignements exacts et sincères sur Fêlât K de notre nation et sur les injustices que nous * subissons et qu’ont subies nos ancêtres de la part « des rois d’Angleterre , de leurs agents et des ba- « i ons anglais nés eu Irlande (8). Après nous avoir « chassés par violence de nos habitations , de nos u champs , de nos héritages paternels , nous avoir « contraints, pour sauver notre vie, de gagner les « montagnes, les marais, les bois et le creux des « rochers , ils nous harcèlent incessamment dans h ces misérables refuges pour nous en expulser et « s’approprier notre pays dans toute son élenu due (9), De la résulte entre eux el nous une inimitié « implacable , et c’est un auden pape qui nous a « placés originairement dans ce déplorable état ( 1 0J* a Ils avaient promis A ce pape de façonner le peu- « pie dTlihernie aux bonnes mœurs el de lui « donner de bonnes lois : bien loin de là , ils ont « anéanti toutes les lois écrites qui anciennement k nous régissaient (11); ils nous ont laissés sans lots,
« pour mieux accomplir notre ruine, ou en ont
cjjürtem torffC rpguli et mainates el poptibis HiberniaotéjL..
(f onium Scotor. hifilcuia, ed. Th. Heame, t. II! , p, 920.)
(8; Et per barooes m HiJicrniA tiatos. (ibitl.)
( U s Ejectts tiûbia violenter de sp.itmais habitation lima nuâtrU... montana* süvcsina ac paludosa toca... cl onmem ioçuai noslræ habitaïionis sihi u$ tir parc... (Ibid.)
(10) Uodè înlcr ms et iltog implaca hiles iosmicHhe. . . mïaeraSBi in quo romamts ponlifex nm poauli jîatu. .
(Ibid.)
(11) Lefibui script ït prîvanmt... (Ibid.)
histoire de la conquête
im « établi parmi nous de détestables dont voici quel* i3îo -£ qU€g exemples (1)*
k U esL de règle, dans les cours de justice du roi u d'Angleterre en Irlande , que tout homme qui « n'est pas de race irlandaise puisse intenter à un * Irlandais toute espèce d'actions judiciaires* et *t que cette Faculté soit interdite aux Irlandais, soit ■j clercs, soit laïques (2) : si, comme il arrive trop 't souvent, quelque Anglais assassine un irlandais, -r clerc ou laïque, l'assassin n'est ni puni eorpord- « lement ni même condamné à F amende 5 au cou* «t traire, plus la personne assassinée ctaîL eousîdé- ■ raide parmi nous, plus son meurtrier est excusé, it honoré, récompensé des siens, même des gens de « religion et des évêques (3), Nul Irlandais ne peut « disposer doses Liens au lit de mort, et les Anglais « se les approprient (4). Il est interdit à tous les ori' cires religieux éLablis en Irlande, sur le terri Loire « anglais, de recevoir, dans leurs maisons, des hommes de nation irlandaise (y)*
1 Les Anglais qui habitent parmi nous depuis u longues années, et qu’on appelle gens de race t< mêlée, ne sont pas pour cela moins cruels en* « vers nous que les autres (6), Quelquefois ils irrvi- « lent à leur table les premiers de notre nation , k et les L licol par trahison au milieu du festin ou « dans leur sommeil (7) * C'est ainsi que Thomas de « Claie ayant attiré dans sa maison Brien le Boux « de Thomond, son beau* Frère, Fa mis à mort par « surprise, après avoir communié avec lui de la « même hostie consacrée et divisée en deux paris (8)* *ï Ces crimes leur paraissent à eux honorables et U dignes de louanges; et c'est la croyance de tous « leurs laïques et de beaucoup de leurs hommes il d'église, qu’il n'y a pas plus de péché a tuer un Iril landais qu'un chien (9). Leurs moines disent avec assurance qu 'après avoir tué un homme de notre 11 nation (ce qui trop souvent leur arrive) ils ne se i* croiraient nullement tenus A s'abstenir un seul « jour de dire la messe (10) .Four preuve de cela, les
il) ...Pro genlis nmltæ exLennwljoue luges pessimas birunemesw, (Fordimî Scoior. Uiatom, t. lit, p. U2Û.)
(2) . < . fü ciii iâ régi. AnjjHie iu Hlburalâ,.. ( 1 li â ti 4 )
(S) Tarn 6 me] j or est occisus. ui majorera inter au os oblinel locum * lami plus oxîdeus houotalur ;ic prtfnntalur sali Anfjlicîs. . (Ibid., p, 921,)
(4) Appropriant ailii ipst$„, (IbhL)
(ù) lnhibetar omnibus religions... (Ibid.)
(0) Anglïcî nos tram Mia bilan tus torram qui sc vouant lucdku ualioim... (IhiiL)
(7) Iqut Ipsas cpulati vel tiormitioais tempo re. (Ibid*)
(5) * ..De eâdeiu b ns lia consecratâ ci io duas p ai les diùkA., (Ibid., p. 922.)
10) Non esse magïs pcccalum înlerftcero liommem Liber* iiiêuin (piim cauem... pbid.)
\ 10; Qbhoe non dersi? turent 4 célébrations eliam uno die... (Ibid,
h religieux de l'ordre de Cîteaux, établis aGranard, 1331 n dans le diocèse d'Anna gb , et ceux du même ord re, k qui soûl a Anes, en UIsLer, attaquent journellc- 11 lement, en armes, blessent cl tuent des Irlandais.
<1 et n’en disent pas moins leurs messes (11). Frère « Simon, de l'ordre des mineurs, parent de Févèa que de Cü venir y, a prêché publiquement qu'il « n’y a pas le moindre mal à tuer ou à voler un ü Irlandais (IS).Tous, en un mot, soutiennent qu'il u leur est permis de nous enlever, s'ils le peuvent,
« nos terres et nos biens , et ne s'en font nul re*
« proche de conscience , pas même à l'article de la n mort (13).
« Ces griefs , joints à la différence de langue et « de mœurs qui existe entre eux et nous, font qu'il te n’y a nul espoir que jamais nous ayons paix ou « trêve en cette vie , si grande de leur part est F en*
vie de dominer, si vif de la nôtre est le désir léil gitime et naturel de sortir d'une servitude in- « supportable , et de recouvrer l'héritage de nos ie ancètres(l 4) .Nous gardons, au fond de nos cœurs, ic une haine invétérée , produite pur de longs sou- « ventes d'injustices, par le meurtre de nos pères, n de nos frères, de nos proches, et qui 11e s’ëic teindra ni de notre temps ni du temps de nos n fils (!&)♦ Ainsi donc, sans regret ni remords, tauL « que nous serons en vie, nous les combattrons « pour la défense de nos droits , et ne cesserons de u les combattre et de leur nuire que le jour où eux* n mêmes , par défaut de puissance , auront cessé « de nous Faire du mat, et où le juge suprême aura 11 Liré vengeance de leurs crimes , cc qui arrivera « tôt ou tard , nous en avons le ferme espoir (16); u Jusque-lè nous leur ferons guerre à mort pour u recouvrer Fmdëpcndauce, qui est noire droit naît turel , contraints que nous y sommes parla né*
« cessitémème, ctaimanL mieux affronter le péril ■t eu hommes de cœur, que de languirait milieu des u affronts (17)* »
Cette promesse de guerre à mort, fai Le il y a plus
(U) ...H nUiitumintis célébrant suas mïssas... ( Fonhuii Scoior. Liât., l. NI, p. 922.)
(12) Q'itâd non ctu peccalum... (Ibid.)
(13) Nu lia m super lioc, etiam in mai lis arlicuto, sihï consdcuLiaiii Ira ci unies... (Ibid.)
(14) Cùmque conditiorte ei lirtguâ sîqi nobis diasimîles... nmiustpic eicultendt connu imjioriabile servi lu ils jugiim , reçu j 1 1; ra □ d i liære d ï la le m nos t ra m il d>i l us e l n alu ra I is a ffüdus. Nbidd
(15) Nostro au filtorum nostrorum æio... (Ibid.)
(]0) ïdcAque onmiabtque cooscieniisc remorso, quandib vita a lier il, ipso» impugnabîmiiSj pro no&tri joris dt'Fcnsione... (Ibid.)
(17) ...Mortakm guenom habero cogimur cum pr^dïclis, prie eUgcnies, nucessitate euacti, tlïscHûiîni bellico viiilUer otiponere, ipiaui.** (Ibid.)
TJE L’ANGLETERRE.
nu de quatre cents ans, n’est pas encore oubliée; et, j3îo ch°se triste, mais digne de remarque, le sang a coulé de nos jours en Irlande pour îa vieille quep relie de ta conquête {!)* L’heure où celle querelle sera terminée est dans un avenir qu’on ne peut encore prévoir; car, malgré te mélange des races et les transactions de toute espèce amenées par le cours des siècles, la haine du gouvernement anglais subsiste, comme une passion native, dans la niasse de la nation irlandaise. Depuis le jour de l'invasion, cette race d’hommes a constamment voulu coque ne voulaient pas ses conquérants, détesté ce qu’ils ainiaient, cl aimé ce qu’ils détestaient? Elle dont les malheurs avaient été en partie causés par l’ambition des papes, elle s’est attachée aux doctrines du papisme, avec uue sorte de fureur, dès que ^Angleterre s’en est affranchie. Celte opiniâtreté indomptable, celte faculté de conserver, a travers des siècles de misère, le souvenir de la liberté perdue, et de ne point désespérer d’une cause toujours vaincue, toujours fatale â ceux qui osèrent la défendre, est peutêtre le plus étrange et le plus grand exemple qu’un peuple ait jamais donné.
uao Quelque chose de la ténacité de mémoire etd’es- J1^4 prit national qui caractérise la race irlandaise se retrouve, aux mêmes époques , chez les indigènes du pays de Galles. Tout faibles qu’ils étaient vers la fin du douzième siècle, ils espéraient encore nonseulement recouvrer la portion conquise de leur terre natale, mais voir revenir le temps où ils avaient possédé i’ile de Bretagne* Leur confiance imperturbable dans cet espoir chimérique faisait uue telle impression sur ceux qui l’observaient, qu’en Angleterre et même en France les Gallois passaient pour avoir le don de prophétiser (2). Les vers où d’anciens po Cl es cambriens avaient exprimé avec effusion d’âme leurs vœux eL leur attente patriotique, étaient regardés comme des prédictions mystérieuses dont ou cherchait a trouver le sens dans les grands événements du jour (3). De là vint la célébrité bizarre donL JHyrdhïh , barde du septième siècle, jouit cinq cents ans après sa mort, sous le nom de FEnchanteur Merlin. De îà vint aussi Je renom extraordinaire du roi Arthur, héros d’un petit peuple dont l'existence étail presque ignorée sur le continent. Maïs les livres de cc petit peuple étaient si remplis de poésie, ils avaient une si forte
tî) Voyez, ci -a près, la conclusion do colle histoire.
(2) Jo. ScrîslK ;j|uid script, rerum fraude., l. XVT.jh, 490.
(ô) Script, rerum féaucic^ l. Xll et seq., pajtïifc,
^ (4) Gémsius Ti fini rienai < , de ÛÜis imperialibus ? apiul
script, verum hrîinswïc., p, 721.
(5) Xarï*anlibu& ncmurtmi çuslodïbus rjuos foreslarios vulgvji nominal. . . tniliiurn copiant vcnrmüum et cauum et coruuum strepitmn... Ubid.J
■l! Arthur! scpulcrum muquâm vwilur, uüdè anlicjuiias
teinte d’enthousiasme et de conviction, qu'une fois 1 ^ traduitsdans les autres langues, ils devinrent, pour n.»4 les étrangers, la lecture la plus attachante et le thème sur lequel les romanciers du moyen dge bâtirent Je plus volontiers leurs fictions. C’est ainsi que le vieux chef de guerre des Cambriens parut, dans les récits fabuleux des trouvères normands et français, l’idéal du chevalier accompli et te plus grand roi qui eùL porté couronne.
Maïs on ne se contentait pas d’orner ce personnage de toutes les perfections chevaleresques, et bien des gens croyaient à son retour presque aussi fermement que les Gallois; ceüe opinion gagna même les conquérants du pays de Galles, à qui elle faisait peur, et qui ne pouvaient s’en défendre. Différents bruits, plus bizarres les uns que les autres, nourrissaient cette persuasion. Tan tôt l’on disait que des pèlerins, venant de la terre sainte, avaient rencontré Arthur en Sicile, au pied du mont Etna {4); tantôt qu'il avait paru dans un bols en liasse -Bretagne , ou bien que les forestiers du roi d’ Angleterre , en faisant leur ronde au clair de la hmc, entendaient souvent un grand bruit décors, et rencontraient des troupes de chasseurs qui disaient faire partie de la suite du rot Arthur (3).
Enfin le tombeau d’Arthur ne se voyait nulle part; on ! avait souvent cherché sans jamais pouvoir le découvrir, et ce hasard semblait une confirmation de Lous les bruits qui se répandaient (G).
Les h is t or i eus c o n tempo rai ns du règne de lie nry II 1 1 vs avouent que foutes ces choses étaient, pour les Gai- nsj lois, de grands motifs d’enthousiasme national et un encouragement dans leur résistance a la domination étrangère (7). Les esprits les plus fermes parmi les Anglo-Normands tournaient en ridicule ce qu’ils appelaient l’espérance bretonne ; mais celle espérance, si vive qu’elle pénétrait par contagion chez les ennemis même des Cambriens, portait ombrage aux politiques de la cour du rot d’Angleterre (8), Tour lui donner un coup mortel, ils résolurent de faire la découverte du tombeau d’Arthur, et la firent en effet de la manière suivante. Vers l'année 1181), un neveu du roi, nommé Henry de usa Sully, gouvernait le couvent de Glastonbury, situe au lieu même où la tradition populaire racontait que Je grand chef cambrien s’était retiré pour y attendre la guérison de ses blessures (G), Cet abbé
næniamra adliüc eam veataritm fahukier,. ( WïlJ. Màl-
mesber. — Auikj. cccJosiar, hriUtmicar., L IJ, p. 379.)
(7) Plurimam rehelliaois audaciam imprimera poicsi continua pri&linæ nobihlatis memorîa. , . ( Girald. Caiahr. apuct ADgHoiïü sacrant, p. 455. )
(8) H fit nnum ridenda fhtes et tre-edn ! us errai'.. * verè bruit Britoacs, ( GuiîL Netihrig, apml üacaaçe Gloss. , t. I , p. 740. )
(O) Voyez livre 1.
280 HISTOIRE DK
um publia tout à coup qu'un barde du pays de Pcmbroke avait eu des révélations sur la sépulture du roi Arthur; et Ton commença des fouilles profondes dans l'intérieur du monastère, en ayant soin d’enclore le terrain où se faisaient les recherches, pour écarLer les témoins suspects (1)* La découverte ne manqua pas, et Ton trouva, disent les coraittmporains, une inscription latine gravée sur une plaque de métal, et des ossements d’une grandeur extraordinaire. On enleva ces restes précieux avec de grandes marques de respect (2), et Henry II les lit placer dans un cercueil magnifique, dont il ne plaignit pas la dépense; car U se croyait amplement dédommagé par le tort que devait faire aux Gallois la perle de leur rêve le plus cher, de la superstition qui animait leur courage et ébranlait celui tic leurs conquérant (3)*
Toutefois l'obstination patriotique des Cambriens survécut à Tespérance du retour de leur roi Arthur, eL ils furent loin encore de se résigner à la domination étrangère* Celte disposition d’esprit leur donnait une confiance en eux-mêmes tellement naïve, qu’elle semblait presque de la folie* Un jour que le roi Henry II traversait le pays de Galles avec la fleur de ses chevaliers, et regardait d’un œil méprisa ut le misérable équipage des indigènes, que la curiosité avait a L Lire s, un homme s'approcha et lui dit : « Tu vois ce pauvre peuple, eh bien! toute La h puissance ne suffira jamais pour le détruire : il Dieu seul dans sa colère peut.cn venir à bout (4).it J, es historiens ne disent pas quelle réponse Henry U fit à ce discours ; mais l'idée de la science prophétique des Gallois n "était pas sans influence sur 1mmême m7 du moins ses amis le crurent, car sou nom se trouve, par interpolation, dans plusieurs des vieux poèmes attribués au barde Myrdhin (3)* Lorsque le même roi , revenant d’Irlande, passait par le comté de Fcmbroke , un homme du pays t’aborda pour lui faire une autre prédiction , qui n’offrit rien de remarquable si ce n’est la circonstance particulière dont elle fut accompagnée* Le Gallois , pensant qu’un roi d'Angleterre devait entendre l'anglais , adressa à Henry II la parole en cette langue , cl l’appela Gode aide kynge, bon vieux roi (6). Jlaîs ce salut ne fut nullement comf1] Ci raid. Cambmj*ta ïLinerar. Walliaa. — CambrabriLon*, fi. 300.
(3) Ibid.
(3) P la ri m a m aniirUWitalif sciüiiUam cxprtmcrc. * . ( Gi raid. Cambr. in Àrqjhà snerâ, p* 4750 — Uone hrttatinicœ, L, JL p. 109.
(4) ...llæc gens ad plénum , nid ira Ueï concurmiL non ftMebtlur.;. (Cirald, Cambr* apuil Àufftiani Aacrnm.p. 455,)
[3) RobcrCs SkcLclics ou llic Kymrys, p* 147* ifi) Qui regem leu tonie à linguit sk affaler, . . ( Jo, Broni* pon., p, 1091». ]
l,A COKQDÊTE
pris , et ic roi demanda en français à son écuyer : hm «( One veut dire cet homme? » L’écuyer , que sa situation moins élevée avait mis à même de converser avec des Saxons, servit d’interprète entre son maître cL le Cambrien (7). Ainsi le cinquième roi d’Angleterre , depuis la conquête, ne savait pas même ce que signifiait te mot de roi eu langue anglaise ; son fils et son successeur Richard , dans le règne duquel entre maintenant eetLe histoire, n’en savait probablement pas davantage. Du moins est-il certain qu’il ne pouvait tenir conversation en anglais ; mais en revanche il parlait et écrivaiL bien les deux langues romanes de la Gaule , celle du nord et celle du midi, la langue d'oui et la langue d'oc.
Le premier acte administratif de Richard Ier , ll8^ quand sou père ( comme on Ta vu plus haut ) eut ^ été enseveli dans l’église de Fontevrautl, fut de faire saisir Étienne de Tours , sénéchal de l’Anjou et trésorier de Henry It (8). On Renferma , les fers aux pieds et aux mains , dans un cachot d’où il ne sortit qu’a près avoir livré au nouveau roi tout l'argent du roi défunt , et le sien propre (9)* Ensuite Richard passa le détroit, accompagné de Jean , son frère, et, dès son arrivée en Angleterre , il s’occupa des mêmes soins que sur le continent ; il courut aux différents trésors royaux conservés dans plusieurs villes, et les fit rassembler, inventorier et peser (10J* L’amour de For fut la première passion que manifesta le nouveau souverain , et aussitèt qu’il eut été sacré et couronné , selon l'ancien usage, il commença à mettre en vente Uml ce qu’il possédait en terres , scs châteaux , ses villes , tout son domaine , et , en certains lieux , le domaine d’autrui , si l’on en croit un historien de l’époque (11)*
Beaucoup de riches Normands, clercs et laïques, profitèrent de l’occasion et acquirent, à bon marché, quelques portions du grand lot de cou quête que Guillaume le Bâtard avait réservé pour lui-mème et pour ses successeurs (12). Les bourgeois saxons de plusieurs villes qui étaient la propriété du roi se cotisèrent alors pour racheter leurs maisons et devenir 5 è charge de rente annuelle , propriétaires du lieu qu'ils habitaient (13). Far le seul fait d'un pareil traité, la ville qui l’avait conclu devenait une corporation et s'organisait sous des syndics rcs-
(7] Rex aidern dixït gallîcÈ miltLi qui fœnumequi liai*., ïJütc Brompton*, p. 1099.)
{8) SLafim mjecîE mamim in Slephanum tin Tnrtrttfs , &eneic|1huM An deçà y toc*.. (Roger. de Uoved.. p. G54.]
(9) ...Usque ad oovifistmum quadranlenn,* (Ibid.)
(10) Feclt cûinpuiari et ponderari..* (Ibid., p, G5G.)
1 1 1} Exposuit vendu iooi onmia quae babuit... sua et aliéna
jura .* (Ibid,, p. G 60.)
(15) Quiciimqnc volebant, enimmlâ rege. (U>id,T p - G5<i.)
(15) Fii ma bufgi ( Voyez HalIanTs Europe îti inuldïe âges.)
im ponsables envers le roi pour le payement de la dette
ifoo *nunrdpntet et envers les bourgeois pour remploi des sommes levées par contribution personnelle, ^ Les règnes des successeurs de Richard Ier offrent un grand nombre de ces conventions par lesquelles les cités d'Angleterre sortirent graduellement de la condition où la conquête normande les avait fait descendre (I), [l est probable que Richard mit eu usage ce moyen de remplir ses coffres, dans un temps où Ü semblait attentif à n’en négliger aucun, n Je vendrais Londres, disait-il a scs courtisans, sï « je trouvais un acheteur (2). »
L’argent cpie le roi d’Angleterre accumula de celte manière, dans les premiers mois de son règne, paraissait destiné aux frais de l’expédition en terre sainte qu’il avait juré d'accomplir en commun avec Philippe, roi de France (3), Néanmoins Richard montrait peu d’erap ressèment a se mettre en route; son compagnon de pèlerinage fut obligé d'envoyer des ambassadeurs en Angleterre pour le sommer de sa parole, et lui dire que le rendez-vous de départ élaiL fixé définitivement aux fêtes de Pâques (4). Richard ne jugea pas â pr opos de tarder plus longtemps, et, à l'arrivée des messagers de France, il convoqua une assemblée générale de ses comtes et de ses barons, ou tous ceux qui, arec lui, avaient fait vœu de prendre la croix, jurèrent de se trouver sans faute au rendez-vous (5). Les ambassadeurs firent ce serment sur Pâme du roi de France, et les barons d'Angleterre sur Pâme de leur roi (6). Des vaisseaux furent rassemblés à Douvres, et Richard traversa la mer,
1 Sur le point de partir de compagnie pour ce qu'on appelait alors le grand passage, les rois d'Angleterre cl de France firent ensemble un pacte d'alliance et de fraternité d'armes , jurant que chacun d'eux maintiendrait la vie et l'honneur île l'autre ; qu'aucun ne manquerait à l’autre dans ses périls ; que le roi de France défendrait les droits du roi d'Angleterre comme sa propre ville de Paris , et le roi d'Angleterre , ceux de l'autre roi comme sa propre ville de Rouen (7). Richard s'embarqua dans un des ports L du midi de la Gaule, qui tous, depuis la frontière d'Espagne jusqu'à la eûLe dTtalie, entre Nice et Vmtimille, étaient libres, et relevaient nominal e-
(î ) ïlalLim's Europe in middle âges.
(S) E* mu Los tas tpioque vendereui , si emplorem îdonenm tûfëoissem... (Guiïl* Neubrigt, p. 596.) loi Voyez livre X.
(4j Immutabfiiter. (Roger. deHeved,, jv< GGQ,)
1 (5) tn geaemlf concilio apud Lomkmi.1111. (Ibid.)
(0) ftuodi Régis l’rauditïî jnraverunl in ammam regîa Francia?.., in atiimam régis Ai>glte, ooràm minci».., (Ibid.)
(7) Quùd neuler Ilîorum attërï de fie ici in ucgotiïs suis, sed rex Franche juvahtt regem AnglJæ... ac si ipse votlu! civiiatem suam Parïalos defendere, , , civilalcm
ment de la royauté d'Aragon (8), Le roi Philippe, qui n'avait point de ville maritime sur la Médllerranée, sc dirigea vers Gènes, et s'embarqua sur des vaisseaux que lui fournit cette riche et puissante commune (9). La flotte du roi d'Angleterre le rejoignit par le détroit de Gibraltar, et les deux rois, ayant côtoyé Cnn après l'autre l'Italie dans tou Le sa longueur, firent halte en Sicile pour y prendre leurs quartiers d’hiver (10)*
Cette île, conquise un siècle auparavant par les Normands seigneurs de PA pu lie et delà Calabre, formait, avec le territoire situé en face de l'autre côté du détroit, un royaume qui reconnaissait la suzeraineté du saint-siège* En l'année 1 1 59 , Roger , premier roi de Sicile et de Naples, avait reçu du pape innocent 11 l'investiture par l'étendard. Après le règne de son fils et celui de son pci il- fils, la couronne échut à l'un de ses bâtards nommé Tanerède, qui gouvernail depuis peu de temps , lorsque les deux rois abordèrent à Messine, Tous deux furent accueillis avec de grandes marques de respect et d’amitié ; Philippe reçut des logements pour lui et pour ses barons dans l’intérieur de la ville; et Richard s'établit hors des murs dans une maison entourée de vignes.
Un jour qu’il se promenait aux environs de Messine, accompagné d'un seul chevalier , il entendit le cri d'un épervier sortir de la maison d'un paysan (11). L’épervîer et tous les oiseaux de chasse étaient alors en Angleterre, et même en Normandie, une propriété noble, interdite aux vilains et aux bourgeois, et réservée pour les plaisirs des barons et des châtelains. Richard, oubliant qu'eu Sicile il n'en était pas tout à fait comme dans son propre royaume, entra dans la maison, prit l'oiseau, et voulut remporterai 2); maïs le paysan sicilien, quoique sujet d'un roi de race normande , n'était pas habitué à souffrir ce que supportaient les Anglais ; il résista , et appelant ses voisins au secours. U lira contre le roi un couteau qu'il portait à la ceinture (15). Richard voulut se servir de son épée, et faire face aux paysans qui s'amassaient autour de lui; mais l'épée s’étant brisée entre ses mains , il fut contraint de prendre la fuite, poursuivi à coups de bâtons et de pierres ( 1 4)* Peu de temps après cette aventure , l’habitude
•ttam ILUhomagï. * , (Roger de Hovertjis , |>n|re 6G4.)
(8) Ma radia cîvitaa est sub poteslale regis AragonUe. . . (Ibid. , p, GG7-G71 -J
(9) Siïmondf, Htat* lies Français, t. VI, p. 96.
(10) Roger, de Hoved,, p. 068.
(11) Vcrtit se ad domum quamdam in qui autfivU acdpb trem... (Ibid., p. 672.)
(12) iDlrans tlomum eepîl avem. (Ibid.)
(15) El cûra/èidteJium suum in regain exLraxUseL (Ibid.) (14) Lapidibus el fustibïis. et sic vix évadé ns ex manibus eorom... (Ibîd,, p, 07J.)
de tout oser en Angleterre à l'égard dos vilains et \'m (les bourgeois, lui en attira une plus fâcheuse. Il y avait près de Messine , sur le bord du détroit , un couvent de moines grecs, très-fort par sa position : Richard , ayant trouvé ce lieu convenable pour y placer ses magasins , en chassa les moines et y mit garnison fl). Mais les habitants de Messine voulurent montrer au prince étranger combien cet acle d'arrogance et de mépris pour eux leur déplaisait; ils fermèrent leurs portes et refusèrent rentrée de la ville aux gens du roi d'Angleterre (2). En apprenant celle nouvelle, Richard , outré de colère, se rendit au palais de Tancrèdc ; il le requit de châtier, sans md retard , ses bourgeois, qui osaient tenir tète à un roi (5)* Tàncrède fit enjoindre aux Messinois de cesser toute démonstration hostile (-1) ; la paix sembla rétablie ; mais la rancune sicilienne ne s'éteignit pas au gré des ménagements politiques. Quelques jours après, une troupe des plus irrités et des plus braves d'entre les bourgeois de Messine se rassembla sur les hauteurs voisines du quartier du roi d'Angleterre, pour tomber sur lut à ITm provisle, lorsqu'il passerait avec peu de monde (15). Lassés d'attendre , ils livrèrent l'assaut à la maison d'im officier normand , appelé Hugues le Brun ; il y eut combat et grand tumulte ; et Richard , qui était alors en conférence avec le roi Philippe sur les affaires de la guerre sainte, accourut, s'arma, et fit armer tous ses gens (G). Avec des forces supérieures il poursuivit les bourgeois jusqu’à la porte de la ville : ceux-ci entrèrent ; mais le passage fut fermé aux Normands, sur lesquels on fit pleuvoir, du haut des murs, une grêle de flèches et de pierres (7). Cinq chevaliers et vingt sergents du roi d'Angleterre furent tués; enfin son armée tout entière arriva, brisa les portes, et, s'emparant de Messine, y planta la bannière de Normandie sur toutes les tours (8).
Pendant ce combat , le roi de France était resté tranquille spectateur, sans offrir s disent les historiens, aucun secours â son frère de pèlerinage (9);
(1) Roger* dcHovcd.,p* 674.
t-J Cîim aiîtcm cives Messaim vinssent , habuerunt cnm aiùpccLum. (lïiiiL)
(3) lotiavit cyDjtïam éllvït ail patalmm régis Tancredi..{I h.)
(4) Ibidem.
(5) Màgnâ mulUiudîne cüngregali , super montes cxpcctavermiL, prompli et parati prodiüosè in rcgem Angl rm irruere**, (Ibid*)
(G) limdtum fecerunt ïn hospituim Tl u ponts le Brun,., præcepti ooines sues arma H..* (ihict.)
{7} Multos et duros Tapïdum ictus.*. (Ibid.)
(®) Et signa régis A ngllte in mumtïonibui per circuhum posnerunL.. Ubkh)
Quamvis ipsi contraires es se ni m eâ percgnnaiionc,*.
(Ibid*)
A CONQUÊTE
mais quand il vit l'étendard du rot d'Angleterre i Boiter sur les murs de Messine , il demanda que l ce drapeau fût enlevé eL remplacé par le sien propre. Ce fut entre les deux frères d'armes le commencement d'une querelle qui ne fit que s'envenimer par la suite (10)* Richard ne voulut point consentir aux prétentions du roi de France; seulement il fil descendre sa bannière , et remit la ville en garde aux chevaliers du Temple , jusqu'à ce qu'il eût obtenu satisfaction du roi Tancrède, pour la conduite des Messinois (11). Le roi de Sicile accorda tout, et, plus timide que ne l'avaient été une poignée de simples bourgeois, il fit jurer, par ses grands officiers, sur sou âme et sur la leur, que lui cl les siens , sur terre et sur mer, garderaient en tout temps fidèle paix au roi d'Angleterre et à tous les siens (là).
Pour première preuve de sa fidélité A ce serment, 1 * 3 4 5 Tancrède remit à Richard une lettre qu'il assurait lui avoir été envoyée par le roi Philippe , et dans laquelle celui -ci disait que le roi d’Angleterre était un traître qui n’avait point observé les conditions de la dernière paix faîte avec lui, et que si Tancrède et ses gens voulaient luî faire guerre ouverte ou l'attaquer de unit par surprise , l'année de France serait toute prête à les aider (13). Richard garda quelque temps le secret sur cette confidence; mais, dans une des disputes fréquentes qu'occasionnait entre lui et son frère d'armes leur séjour prolongé dans le même lieu, il présenta subiLement la lettre an roi de France, lui demandant s'il la rcconnaissait (14). Sans répondre à cette question, Philippe attaqua de paroles le roi d'Angleterre :
« Je vois ce que c'est, lui dît-il; vous me cherchez n malice pour avoir prétexte de ne point épouser « ma sœur Aiîzque vous avez jure d'épouser ; tuais « tenez pour certain que si vous l'abandonnez et « prenez une autre femme , je serai toute ma vie « ennemi de vous et des vôtres (13). — Votre sœur,
« reprît tranquillement Richard, je ne puis répou- « ser ; car il est certain que mou père l'a connue,
(10; Fnstuîarit ai signa régis Angine deptme r en tur, cl sju impûnercnlur,.. {Roger* de Hoved* , p. 074.)
(lïî Ihîd-.u* 075*
(12) So el 8U08 pacem regî ÀLiglsæ et suis in mari et terri servaturos**. (Ibid*, p* 677,)
(13) Qubd rex Arqjlîæ prntUor craL*. el si jpse rex Tancredtia veHet cum rege Augliæ in hélium congredi , vrl de nocte invadere , ipse et gens sua auxilïareplur el, ( Ibûi. . p* C7S* )
(14) Ibid,, p, G88.
(15) ÎSüdc ado vere quôd rex AngliEnqnærjt causas mafignandî ad versus me.*, m Alesiam, sororetû meam, dimit- Lal, qtiam ï\m si h* despoasendam jura Vît* . * sed jppo ccrîû sciât quôd si,.. (Ibîd.j
mi et qu'il a eu d'elle un enfant ; ce que je puis prou- « ver j si vous tVxïqez, par de bous et nombreux « témoignages (!). »
Ce n'était pas une décou verte que Richard venait de Faire sur le compte de sa fiancée ; il y avait long* temps qu'il savait cela , et thème il ne l'avait pas ignoré dans le temps ou, pour Faire tort à son père, il montrait . comme on l'a vit plus haut, tant d’envie d'accomplir ce mariage (â). Mais tout ce qu'il avait promis alors par ambition de régner, se voyant roi, il ne jugea plus a propos de le tenir; et il obligea Philippe à subir la preuve testimonial ode la honte de sa propre sœur (3). Les faits étaient, à ce qu'il parait , incontestables, et le roi de France, ne pouvant persister dans sa demande, dispensa Richard de sa promesse de mariage , moyennant une pension de dix mille livres ; a ce prix , il lui octroya , dit un contemporain, licence d'épouser la Femme qu'il voudrait (4),
Redevenus amis par ce traité , les deux rois mirent à la voile pour la terre sainte , après avoir de nouveau juré, sur les reliques et sur l’Évangile, de se soutenir de bonne Foi l’un l'autre dans ce voyage et au retour (15). Sur le ptànt de partir, on publia dans les deux camps l'ordonnance suivante :
« Sachez qu'il est défendu à toute personne de « l'armée, à l'exception des chevaliers el des clercs, de jouer de l'argent à quelque jeu que ce soit w durant le passage. Mais les clercs et les chevafi liera pourront jouer jusqu'à perdre vingt sous « en un jour et une nuit; et les rois joueront selon il leur bon plaisir (G).
‘t En la compagnie ou sur le vaisseau des rois ,
4: et avec leur permission, les sergents d’armes u royaux pourront jouer jusqu'à vingt sous, et w pareillement en la compagnie des archevêques .
*< évêques, comtes et barons, et avec ieurpermis- « sion, leurs sergents pourront jouer la même 'i somme (7).
Mais si l'on prend à jouer, de leur autorité l£ privée, des sergents d'armes, des travailleurs ou " îles matelots , les premiers passeront aux verges,
(() Quia res ÀngtiïO eam cognoverat , et fil htm ex cè genuerai... (Roger, de HoveiL, p. 088.)
(S) Voyez livre X,
(3) Et ad hoc probandum multos produit testes. . , ( Ro fier. de Hovert., p. 088.)
(4) Sub hàe conventions (ledit ej liccnliam dueeudi uxurem quameumque velleL (Ibid.)
(5) Jura verrait super rcliquïas s andorran quôd alter alto rum in pérégrinations JUJt , enndo et redeundo , bonâ Iule custoditet. (Ibid., p. 095.)
(0) Excçptïs militihus et derjcis qui. * . reges auLom pio bmc placitostio Irnlant... (Ibid.)
(7) EL ïn JiospRto rinorum regnm possimt iisque ad THJfclUU.
« durant trois jours, une Fois par jour, et les derc nïcrs seront plongés trois Fois en mer du haut du h grand m;H (8). n
Dieu bénît , disant les historiens du temps , le saint pèlerinage de ces pieux et sages rois. Philippe arriva le premier devant la ville de Saint-Jean d'Àcre, alors assiégée par les chrétiens que Sahdi-Eddin avait chassés de Jérusalem eL de la Palestine; Richard Fy rejoignit après un assez long retard, durant lequel il avait conquis File de Chypre sur un prince de la race des Co «mènes, Dès que les deux rois Furent réunis, le siège d'Àcre avança rapidement; leurs plerrters , leurs mangoneaux et leurs trébuchels battirent si bien les murs, que la brèche fut ouverte en peu de jours , et la garnison , composée de cinq mille hommes , obligée de capituler (9). Cette victoire, qui produisit chez les chrétiens d’Cb* rient le plus vif enthousiasme, n'assura point cependant la concordé parmi les princes croisés. Malgré le serment prêté par les deux rois sur l'Évangile, eux et leurs soldats se baissaient, s’injuriaient et se calomniaient mutuellement (10) ,
La plupart des chefs de l'armée, quels que fussent leur rang et leur pays, étaient divisés par des rivalités d'ambition , d’avarice ou d'orgueil. Le jour de la prise d’Àcre, le roi d'Angleterre , trouvant la bannière du duc d’Autriche arborée sur les murs à côté de la sienne, la liL aussitôt enlever, déchirer» et jeter daus une fosse d'ordures (tl). Peu de temps après, le marquis de Mo ntf errât, qui disputait à Guy de Lusignan le valu titre de roi de Jérusalem, fut assassiné à Tyr, par deux Arabes fanatiques , et ce fut le roi d'Angleterre qu'au accusa de les avoir soudoyés. Enfin, au bout de quelques mois, le roi de France, tombé malade, crut ou feignit de croire qu'il venait d'ètre empoisonné par l'ordre du roi d’Angleterre (J 2). Sous ce prétexte, il abandonna l'entreprise qu’il avait fait vœu d’achever, et laissa ses compagnons de pèlerinage se débattre seuls contre les Sarrasins (13), Richard, plus obstiné que lui, continua de tous ses efforts la tentative difficile de reconquérir la ville sainte et le bois de la vraie croix»
XX solides lu derc , et coràra archlepiscopis et eptscopis et comitibus et barombus... (Roger, de Uovçd. . p. 095.)
(8) Si auLera seivienlea aut rua ri nard atiL alïi minier; perse invenli fucriul ludentcs.*» (Ibid.)
(0) Pel rar isé, ma n gcraell i . . .(!&♦} — RaduEfns deCoggcshalct apnd script, rcnim fraoeîc. , t, XVJlt, p. GL
(lOjïlex Francise ctgen&Bua parvi pendebat regem A tigliæ et cetiterasuam,etè^toveriO... (Roger, de Hoved., p. C04.)
(tl) In ctoaeum dejicere... (Ser.pl. rmimfrancic, t.XVIll,
mi Ibid., p. 30.
(J 5) Turpilev perégrinaLioms Buæ propoïîtum et lotirai dcceliquit. (Roger, de Hoved.» p. 099.)
liai
HISTOIRE DE L.1 CONQUÊTE
j mû Pendant qu’il poursui voit, arec assez peu de fruit,
ifm des exploits qui rendirent son nom un objet de terreur dans tout roriem, P Angleterre était le théâtre: de grands troubles, causés par son absence. Ce notait pas que les Anglais d’origine eussent entrepris de se révolter contre leurs seigneurs de race normande; mais il y avait mésintelligence entre ces derniers. A son départ pour la croisade, le roi Richard n’avait confié aucune autorité à son frère Jean, qui ne portait alors d’autre Litre que celui de comte de Mortain. Fidèle à ce vieil instinct de discorde , que lu b mè me attribuait à tous les membres de sa famille (1), Richard se défiait de lui et Raima il peu. Un homme étranger à cette famille, étranger même à l’Anjou et à la Normandie , Guillaume de Longchamp , évêque d’Ély, et originaire de Beauvais, en France (âj, avait été chargé, par le roi, de la direction suprême des affaires, sous le litre de eha n cel i er e t d e grn nd j ùsürî er d’ A n g 1 et erre , Enfin, le roi Richard avait fait jurer à Geoffroy , son frère naturel, de ne meure le pied en Angleterre que trois ans après son départ, parce qu’il espérait être de retour avant ce terme (ô).
Le chancelier Guillaume de Longchamp 5 maître de toute la puissance royale , en usa pour s’enrichir, lui et sa famille ; il plaça ses parents et ses amis , de naissance étrangère, dans tous les postes de profit et d’honneur , leur donna la garde des châteaux et des villes, qu'il ôta, sous différents prétextes, aux hommes de pure race normande , sur lesquels il fit peser, aussi bien que sur les Anglais , des exactions insupportables (4)* Les auteurs du temps disent que, grâce â ses rapines, pas un chevalier ne pouvait garder son baudrier plaqué d’argent, ni un noble son anneau d’or, ni une femme son collier, ni un Juif ses marchandises (3). Il affectait de prendre les manières d’un souverain, et scellait les actes publics de son propre sceau, au lieu du sceau d’Àngle terre (G); une garde nombreuse était postée autour de son hôtel; partout où il allait, mille chevaux et plus raccompagnaient , et s’il requérait son gîte dans quelque maison , trois années de revenus ne suffisaient pas à réparer la dépense que lut et sa suite y avaient causée en un seul jour (7). U faisait venir à grands frais des trouvères et des jongleurs
(1) Voyez livre X.
Guiltelmiis de Longo campe , ex ingo RdYai'ensi orîundus., - (Roger. de Hovcd., p. 7050
(3) Ibid., p, 701.
(4) Incumbebat velut locnda, ( Guill, NetiltHjp, p* 437* ) — Quœ nqiolibus suis erogabat.,* {Ltogçr* de HoverL.p.Ofll J
(5) LH nee ?Iro baiteus argento rcdimtlus „ nec feemiiïse monde , tiee viro oobili annulum , vel Jurïfleo reliüqueret quidlîbet pretiosi... (ïllash. Paris., p. 117.)
(0) Suo Éigilto fecit univeria, . , (Gervau. Canluar. , p. 157*.
de France, pour chanter sur les places publiques nm des vers où Fou disait que le chancelier n’avaït pas dm son pareil au monde (B)*
Jean * comte de Mortain 7 Frère du roi * homme non moins ambitieux et non moins vain que le chancelier , voyait avec envie cette puissance et ce Faste , qu’il aurait voulu pouvoir étaler lui-même , Tous ceux qu’indignaient les exactions de Guillaume de Longchamp , ou qui désiraient un changement politique pour tenter la fortune, formèrent un parti autour du comLe; et une IuLLe ouverte ne tarda pasâ s’établir entre les deux rivaux. Leur inimitié éclata à l'occasion d’un certain Gérard de Gamvïllc, homme de race normande, à qui le chancelier voulut ôter le gouvernement , ou * comme on illsail alors , la vicomté de Lincoln , que le roi lui avait vendue â prix d’argent (9). Le chancelier, qui voulait donner cet office à l’un de ses amis, somma Gérard de lui rendre les clefs du château royal de Lincoln ; mais Le vicomte résista à cet ordre, déclarant qu’îl était homme-lige du comte Jean , et qtfil ne rendrait son fief qu’a près avoir été jugé et condamné pour forfaiture dans la cour de son seigneur (10). A ce refus , ïc chancelier vint, avec unr armée , assiéger le château de Lincoln, le prit, cl en chassa Gérard de Camville , qui demanda justice de cette violence à Jean, comme à son suzerain et à son protecteur (l 1). Par une sorte de représailles du tort fait à son vassal T le comte Jean s’empara des citadelles royales de NoUingham et de Tic khi IL y plaça ses chevaliers et y arbora sa bannière, protestant , dit un vieil historien, que si le chancelier ne fa is a i L p r omp le n i e n L d r o î t à Gé r a rd , so n h om m i.lige, il lui ferait visite avec une verge de fer (12),
Le chancelier eut peur, et négocia un accord par lequel le comte resta en possession des deux forter esses qu’il s’était fait livrer ; ce premier pas du prince Jean vers l'autorité , que son frère avait craint de lui confier , ne Larda guère a être suivi de tentatives plus importantes.
Geoffroy 5 fils naturel de Henry ÏI , élu arche vèque d’York du vivant de son père , mais demeuré longtemps sans confirmation de la part du pape, obtint enfin de Rome In permission de se faire consacrer parle prélat de Tours, métropolitain de
(7) GuilL PteuhHft., p. 457*
(S) De «jgno fc'rancorum canton;® et joeuhtores munéri- Ijms aîlexerat, ut du illo canermU in platcis , et jnm iliecba* lur i; hïrjue quôd non e rat lalis iaorbe,,. {Eloger.de Hovcd*, p. 703.)
(9) Jo. Uiompfnn.* p. 1225.
(10) Se esse hofpluem corn i LU Joanois , et y elle in cm à A suâjure stare*.. (Ibid.)
(11) Il o gür. d u ï ! oved . , p . 700.
[\%) vtsRaret euni in virgâ ferreâ.*. (Ibid,)
DE I/ÀNGLETE RRE*
noi l’Anjou (ï). Aussitôt après sa consécration, Il partît
pour l'Angleterre , maigre leserment que sou frère l’avait contraint de prêter (2). Le chancelier eu fut averti ; et au momenL où l'archevêque Geoffroy allait s'embarquerait port de Wîsant , il rencontra îles messagers qui lui défendirent, au nom du roi , de passer ia mer. Geoffroy ne tint compte de la défense» et des gens armés furent apostés pour le saisir à son débarquement (3). Ayant échappé à leurs recherches , eu sedéguisanL , il gagna un monastère de ta ville de Canterbury , dont les religieux Faeeueillirent cl le cachèrent dans leur maison (4), Mais bientôt le bruit courut qu’il s’y trouvait; le couvent fut investi par des soldats; et l'archevêque , saisi dans l'église au moment où il venait de dire la messe, fut enfermé dans le château de la ville, sous la garde du connétable Mathieu de Clare. Celte arrestation violente lit grande rumeur par toute F Angleterre; et le comte Jean, saisissant l'occasion, prit ouvertement le parti de son frère , et ordonna , avec menaces, au chancelier de mettre en liberLé Farehevêque. Le chancelier n'osa résister; et alors, devenu plus audacieux , le comte de Mortain se rendit à Londres, y convoqua le grand conseil des barons et des évêques , et accusa devant eux Guillaume de Longcbamp d'avoir abusé énormément du pouvoir que le roi lui avait confié (#). Guillaume avait mécontenté trop de gens pour que son accusateur ne fût pas favorablement écouté» L'assemblée des barons Je cita donc à comparaître devant elle ; il s'y refusa , et , rassemblant des hommes d'armes, il marcha sur Londres, de Windsor où il était , pour empêcher les barons de se réunir une seconde fois. Maïs les hommes d’armes du comte le rencontrèrent aux portes de ia ville 3 attaquèrent et dispersèrent son escorte, et le forcèrent de se jeter, en grande hâte , dans la Tour de Londres , où il se tint renfermé, pendant que les barons et les évêques, réunis en parlement , délibéraient sur son sort (6).
La majorité d’entre eux avaient dessein de frapper un grand coup , eL de destituer celui a qui le i oi Richard avait confié la lieutenance de son pouvoir, et qui , selon les formes légales , ne pouvait être déposé sans l'ordre exprès du souverain. Dans celte entreprise hardie, le comte de Mortain et les
(IJ ïloçer, rie Homf , p. 701.
£2J JmmciiiGr sacramenfi quoil fecerat domino régi fi ni ri
«w. (Ibid,)
(3) Ibid.
fl) Ibid,
£5} ...fi canc^Hariuî fore starel m curiâ rcgii.,. {Ibid.)
(0) ... CnufiçU quèrî mifilus illius et milites eomiiis Joanois obvia vminl siïd et acrjler unnjjresïi surfi. , , (IMd.)
(7) Pulsntâ cnmpanâ quea solet popiihtm art conveiïkn-
barons anglo-normands résolu renl de corn pr om vt- uei tre les habilanls saxons de Loin Ires , afin d’avoir pour appui, s'il fallait en venir aux mains , toute ïa population de celle grande ville. Le jour fixé pour leur assemblée , ils firent sonner la grosse cloche d'alarme ; et , à mesure que les bourgeois sortaient de leurs maisons s des gens apostés leur disaient de se rendre à l'église de Saint-Paul (7), Les marchands ci les gens de métier y allèrent en foule pour voir de quoi il s'agissait ; ils furent surpris d'y trouver réunis les grands du pays , les fils des hommes de la conquête, avec lesquels ils n’avaient d'autres relations que celles du vilain avec le seigneur, Contre l'ordinaire, les barons cl les prélats firent bon accueil aux bourgeois, et une sorte de fraternité passagère parut, malgré tes différences de condition sociale , entre les Normands et les Saxons. Ces derniers comprirent ce qu'ils purent des discours prononcés devant eux en langue française, et le débat fini , on lui une prétendue lettre durci, datée de Messine, laquelle portail que, si le rhaoceher se conduisait mal dans son office, on pourrait le déposer et meLtre à sa place l'archevêque de Rouen (S), Après cette lecture f on prit les voix de toute rassemblée , sans distinction de race , gL les hérauts normands proclamèrent « qu'il avait «< plu à Jean , comte de Mortain , frère du roi , à « tous les évêques , comtes et barons du royaume ,
« et aux citoyens dé Londres, que le chancelier ü Guillaume de Longcbamp fût destitué de sou « office (0), »
Pendant que ces choses avaient lieu dans l'église de Saint -Paul, le chancelier se tenait enfermé dans la Tour de Londres , et scs ennemis ignoraient s'il prendrait le parti d'y soutenir un siège. Dans cc doute, l'amitié des bourgeois de la ville devait être pour eux d'un grand prix ; pour la gagner pleine* ment» ils firent â l'égard des habitants de Londres ce qu’avaient fait autrefois Guillaume le Roux et Henry îor à l'égard de tout le peuple saxon. « Le « même jour, dit un auteur du temps , le comte u de Mortain , l'archevêque de Rouen et les justi- « ciers du roi , octroyèrent aux citoyens la licence it de former entre eux u ne commune (1 0) . Le comte,
« l'archevêque et presque tous les evèques cl hait rons du royaume jurèrent de maintenir ferme-
dnm tu'gere,., ( Àilred, RtèvMRûsi* . p. G52. ) — Et omnes *j p ï a c n j>î et cûiniles gl lia roues ut cives Loütlünirc ciiüî Hli& convenenml în a trio eectesiæ Sa nu fi Panli... [Ibid.)
(8 Oatendemnl corüm populo iïUeras domiîii rei;is d|pitafitt.,, (Rofjtfr. de Hoved., p. 705.)
qjj l^nciiii ergb Jobarmi, fralri régis, cl omnibus eplscopis, comltibus et barcmibus i c^ni , et rivibus bondonke , ut ca nrel ] ari u s d e pû n cr et u r,. , [ î bid »)
(ÎOJ ConcessuruiU cïvïbus Loodoniarnm ïiahûre commuïfiam Simm.,, (Ibid.)
ua> « ment cl immuablement cette commune 7 aussi « longtemps qu’il plairait au roi (1) ; et , de leur î< côté, les citoyens jurèrent obéissance et fidélité « au seigneur roi Richard , et après lui au comte ic Jean , qu’ils promirent de reconnaître pour roi it et seigneur, si son frère mourait sans enfants (2). »
Celte promesse et ce serment étaient peu d’accord avec loi vues de Richard ; car, dans quelquesunes de ses chartes , il avait déjà désigné pour héritier du royaume 3 si lui -même mourait sans enfants , le jeune Arthur, son neveu, fils de Geoffroy et de la hile du dernier duc de Bretagne (3), La clause, tant qu'il plaira mt roi , insérée dans la charte tics habitants de Londres, était donc proprement l'assurance de là destruction de leur commune, aussitôt que Richard aérait de retour ; et cependant iis n'hésitèrent pas à s’engager dans un parti qui leur promettait au moins quelques jours d’une existence plus libre et plus tolérable, Mais ce qu'ils obtinrent alors , ils ne le gardèrent pas longtemps ; et leur nouvelle liberté tomba eu désuétude. sans qiTil y eût même besoin d’un acte formel pour révoquer l’octroi des barons et du comte Jean. Lorsque le comte fut devenu roi après la mort de son frère , et qu’a son tour il vit s'élever contre lui une ligne d’ennemis puissants , il renouvela aux citoyens les mêmes concessions ( 4) . mais pour aussi peu de temps que h première fois. Sous le règne suivant , les choses avaient déjà repris leur ancien cours , et les bourgeois de Londres étaient , selon l’expression d’un contemporain . taillés haut et bus, comme des serfs (3).
Le chancelier Guillaume de Longchamp, homme peu courageux , abandonna tout projet de se défendre dans la Tour de Londres, et demanda ù capituler. Lu libre sortie lui fut accordée, sous condition de remettre à l’archevêque de Rouen , son successeur, les clefs de tous les châteaux du roi (G). On lut fit jurer de ne point sortir d’Angleterre avant d'avoir fait cette remise , et l’on emprisonna ses deux frères comme otages de sa parole (7), 11 se relira à Canlerbury; mais, après y être demeuré
(1) Fî imiter et mennenssè goamd ti régi plaaicnt . - (Roger* Hem]. , jo 702.)
{2) JuravertirU fidete semlinm domino régi Ricardo. . . té# lurent )□ regem et dontimim... (Ibid.)
p>) Arihiiriom , cgregimn difeem Bi-Hoimi© , caris*] mum nepoiem uosinim , et hæredem si fûrté nas sine proie oïdre COuligerlt. (Ibid,)— ftyraer, Acta publica, lf 1. p. 00,
(4; üild,, pusslm.
(3) ...tiuasî servi uUimae condiüoüis... {Malh. Parti;)
(6) Roger. deHoved., ji, 704-
(7) Praires suos obîf de* dcdil. (Ibid.)
fS) Ibid.
(U) Ttinicà fcemincjï virulis calons in du Lu s , cappam hahentejüsdem coloris maiiicatam. péplum iiicupîlr,paommi
quelques jours, il prît la résolution de s’enfuir, hqj aimant mieux laisser ses frères en danger de mort, que de rendre les châteaux, par la possession desquels il espérait encore recouvrer ce qu’il avait perdu (8). 11 sortit de la ville à pied et déguisé, ayant par -dessus ses habits d’homme une jupe de femme cl une cape à larges manches , la tête couverte d’un voile d’étoffe épaisse, tenant sous le bras un ballot de toile , et â ta main une aune (R)* Dans cet attirail, qui était celui des marchandes anglaises de l’époque * le chancelier se rendit vers lu mer, et fut obligé d’attendre quelque temps le navire où il devait s’embarquer (10),
Il s’assit tranquillement sur une pierre avec son ballot sur les genoux * des femmes de pécheurs qui passaient l’abordèrent en lui demandant le prix de sa toile ; mais, faute de savoir un seul mot d’anglais, le chancelier ne répondit rien ; ce qui étonna fort les acheteuses (11). Elles s’éloignèrent cependant; mais d'autres Femmes survinrent, aperçurent la toile, et Rayant touchée pour l'examiner, firent la même demande que les premières, La prétendue marchande continua de garder le silence, et tes femmes renouvelèrent leurs questions; enfin , poussé à bout, le chancelier se mit à rire tout liant, croyant sortir d’embarras par celte espèce de réponse (là).
A ce rire hors de propos, les femmes crurent qu’elles avaient devant elles une personne idiote ou aliénée, et, soulevant son voile pour la reconnaître, découvrirent un visage d’homme fraîchement rasé (13). Leurs cris de surprise ameutèrent les ouvriers du port; ceux-ci. joyeux de trouver un objet de risée, se jetèrent sur le personnage déguisé, le liranL par ses babils, le faisant tomber par terre, et s’amusant de scs vains efforts pour leur échapper ou leur fa i r e e mn pre ndre qui il était (14). Ap rès Ta voir t ra i n c quelque temps à travers les cailloux et la boue, les pécheurs et les matelots finirent par renfermer dans une cave d’où il ne sortit qu’en faisant connaître sa mésaventure aux agents de l’autorité normande (13).
Forcé d’exécuter ses engagements envers le
h a ben s Jineum in manu EÏnislrà, virgam venditoris in dexirâ... (Roger. de lloved., p. 7ü4«)
(10) Ibid.
(1 1) Ule vcr6 ni] respomfcbat , quia lîuguam anglicanam prorsua ignorai) a L.* (ibid*)
(12. Cil tn que H le üi hi! re s pondéré L, se d magissiibridefeL.. (Ibid.)
(13) Videront fadem homïnta ni grain et imiter rasam.** (Ibid.)
(14) Et facta est slalim muHihido virorum ae mulieruin eUràhimtiüm de capite péplum , et Lidientimn eum prustralum in terri per manicas et 0apudum...{lljid.)
(M>) EL sic populos tracta vit eum per tolam vïllam cl in quoilam ^ollario teneferosoincltisit... (ïbidj
DE V ANGLETERRE, — LIVRE ONZIÈME
r,£U comte de Mortain cl ses partisans, Fex -chancelier leur rendit les clefs des châteaux, et obtint ainsi la permission de sorlir librement d’ Angleterre. À son arrivée eu France, il s’empressa d 'écrire au roi Richard que son frère Jean s'était emparé de toutes scs forteresses, et se disposait à usurper son royaume s'il ne revenait promptement (I). D'autres nouvelles plus alarmantes encore ne lardèrent pas à parvenir au roi d’Angleterre en Palestine, il noî apprit que Philippe de France, passant par Rome, avait prié ie pape rtc [‘exempter du serment de paix iju il avait prêté à Richard, el que, dès son arrivée dans sou château de Fontainebleau, il s'était vanté de mettre bientôt n mal les domaines du roi d'Angleterre (2). Malgré !a distance qui le séparait alors îles lieux où se trouvait Richard, le roi Philippe affectait toujours de craindre quelque trahison ou quelques embûches de sa part (3)* Une fois qu'il venait d arriver au château de Pontoise pour s'y divertir, on le Yit Luui à coup prendre un air soucieux et retourner en grande hâte vers Paris, II réunit aussitôt ses barons el leur montra des lettres venues, ace qu’il assurait, d'outre-mer, et dans lesquelles on l’avertissait de prendre garde ù lui. parce que le roi d'Angleterre avait envoyé d’Ürient des /tassassis ou assassins, pour le tuer (4),
C'était le nom, alors tout nouveau dans les langués européennes, par lequel on désignait les ma home tans Fanatiques de religion et de patriotisme, qui croyaient gagner le paradis en se dévouant à tuer par surprise les ennemis de leur foi* Ou croyait généralement qu'il existait dans les défilés du mont Liban une tribu entière de ees enthousiastes, soumise à un chef appelé le Vieux de la Montagne, et que les vassaux de ce personnage mystérieux, à son premier signal, couraient joyeusement a la mort (3)* Le nom de haschischi, par lequel ou les désignait en langue arabe* provenait de celui d'une plante enivrante dont ils faisaient un fréquent usage pour s'exalter ou s'étourdir (6).
On conçoit que le nom de ces hommes qui poi-
(1) Kisi tpae cetenüa venire feslmasÉcr. , (nager, de Hoved., p* 704.)
(2) Scripl. remm franclc*, t. XVII R p. 28.
(ôj Vel frustra Lîmdiai, vel poüiis ad augendam invidiam ümero se fiagebai... ( Ibid., p. SL)
(4) Quod ad suggcsiicmem et mafldatum re^ïs Angjiæ Kieardi raiUebantur Ar&acîdæ.,* (Ibid., t. XVII, p. 57.) — Roger, de Hoved,, p, 71G.
(5) Fcrinr esse in Oriente , açens sub ditione ciijuadam
poieuüs Sari-acern, queriï Sencm de Monle nommant, qtiod-
ilàm hotnimim gémis... ( Ibid., t. XVI U. p. 30. ) Le nom de
f ieiiXj donné par les croisés au chef de la irihu des ctssas -
s'ms3 est la traduction du mot Scîœïk, qui,en arabe, signi¬
fie un homme âgé cl un chef de tribu,
(fL Cette plante est une espèce de chanvre , appelé en
gnu niaient à l 'improviste, frappaient les généraux im d’année au milieu de leurs soldats, et mouraient en riant, pourvu qu'ils n'eussénl pas manqué leur coup, devait inspirer une grande terreur aux croisés et aux pèlerins de TOceidenL Ils rapportaient un souvenir si vif de l'effroi qu'ils avaient ressenti au seul mot d'assassin, que ce mot passa bientôt dans toutes les bouches, et que les contes d'assassinat les plus absurdes purent trouver aisément en Europe des gens disposés à y croire. Cette disposition existait, à ce qu'il paraît, en France, lorsque le roi Philippe assembla scs barons en parlement a Paris,
Nul d'entre eux n'exprima de doute sur le péril du roi \ et Philippe, soit pour mieux exciter parmi ses vassaux la haine eontre le roi d'Angleterre, soit pour se donner de nouvelles sûretés eontre ses autres ennemis, el contre ses sujets eux-mêmes, entoura sa personne de précautions extraordinaires (7),
« Contre la cou Lu me de ses aïeux, disent les cou- « temporal ns, il ne marcha plus qu'escorté de « gens en armes , et institua , pour plus grande « sécurité, des gardes de son corps, choisis parmi '* Jes gens qui lui étaient le plus dévoués, et armés n de grandes masses de fer ou de cuivre (8), Ou dit que certaines personnes qui. usant de la familiarité accoutumée, s'approchèrent de lui par niégarde, coururent le danger de la vie (9) : « Cette « nouveauté royale étonna beaucoup de gens, et n leur déplut singulièrement (1 0) . »
Le mauvais effet produit par l'institution de ces gardes du corps, alors appelés sergents à masse, obligea le roi Philippe à convoquer de nouveau rassemblée des barons et des évêques de France (11).
Il renouvela devant elle ses premières imputations contre Je roi d'Angleterre, assurant que c'était lui qui avait fait tuer a Tyr, eu plein jour, le marquis de Montfeml, par les assassins qu’il tenait à sa solde (12)*1 2 * 4 5 * * * * * il Y a-t-il Heu, après tout cela, des'émer- « veiller, dit le roi de France, que j'aie de moi plus ic dé soin que de coutume? Néanmoins, si mes préit cautions vous paraissent inconvenantes ou su-
arabe hascftiscftejyt* jez la ChrcatomiLhte arabe de M. SîlvcMre de Sacy.)
(7) Ad majorent cautclam corporia sut. (Script* rertim francic., L. XVII, p. 37,)
(Sj Leu Lia tmii'em majorum su or nui non ni si ami a Là vallatus cualodiâ procedubaL,. inslituit custodes corporis sm daves æreas vel ferreas in ni an i b u s porta nies... (Ibid, . et t. XV LU, ]L 31.)
(9) Quidam famillari ansu propiits acctriientcs 5 non si nu periculti.., (Ibid.)
(10) Wirantilms banetiovitateni rrgiam pfnrimis... (Ibid.)
(U) Ut piû eà satkfecereL , »uorum coud Hum Pamtw
convoeavit... (Ibid.)
(12) f‘ùfn per plaieam ctvllaûs Tyri eqoilaret.., ( Ibid., p. 05.)
CI03 « pe r fi 11 es , d êckl ez , et j ’y r enon ce ra ï (1 ) . » L'a semblée ne manqua pas de répondre que Unit ce que îe roi jugeait à propos de foire pour sa sûreté personnelle était bon et convenable ; les gardes du corps furent maintenus, cl l’inalitiiliona’en conserva bien clés siècles après qu’on e ut cesséde croire, en France, au pouvoir mystérieux du Vieux delà Montagne (2), Une autre question adressée par le roi Philippe à ses barons fut celle-ci z « Dites-nioi s'il n’est pas lé- « gitime que je tire prompte et bonne vengeance u des torts manifestes que m’a faits ce traître de K Richard (a) ? « Sur ce point, îa réponse fut encore plus unanime ; car les barons de France ëlaicnllous animés d’un vieil esprit (le rancune nationale contre le pouvoir des Normands (4).
Malgré l ‘éloignement où il se trouvait , le roi Richard fut assez promptement informé de ces nouvelles , parce que, dans la ferveur du zèle qui venait de se rallumer en Europe contre les sectateurs de Mahomet, de nouveaux pèlerins partaient chaque jour pour la terre sainte. La destitution du chancelier, et l'occupation cl es forteresses par le comte Jean , avaient beaucoup troublé le roi d'Angleterre, et il prévoyait que, tôt ou tard , son frère, suivant l'exemple que lui-mème lui avait donijë, unirait ses projets d'ambition aux projets d'hostilité du roi de France (îî). Ces craintes l'agitèrent bientôt au point que, malgré le serment qu’il avait fait de ne pas qui lier la terre sainte . tant qu'il lui resterait un rotissin à manger (6) * il conclut une trêve de trois ans trois mois trois jours avec tes Sarrasins , et se mit en route vers l'Occident,
Parvenu en mer à la hauteur de la Sicile , il songea qu'il y aurait du danger pour lui à débarquer dans un des ports de Ja Gaule méridionale , parce que la plupart des seigneurs de Provence étaient parents du marquis de Montferral 7 et parce que le comte de Toulouse, Raymond de Saint-Gilles, suzerain des villes maritimes situées à l'ouest du Rhône, était son ennemi personnel {7). Craignant de leur part quelques embûches, au lieu de traverser la Méditerranée . il entra dans le golfe Adria-
(1) Quant Umcn f curani ) si repnîalis vd îndecoram vcîI superfluam. dccernUe amorcmiam. (Së*fpt. rerum fi sncir,.
i. xvru, p. 3 L)
ea> ihiïj. , i. xvir, p, 71 et 577.
(3) Bc prodUore tmmîfesto propres uîclsci injurias.,* (IMd., t, WHI, |i. 310
i4) IbiiL
(0) P copier sînistros minores qtw audierai. . , {Roger, rie Koved., p, 717.1
(0) Quand Eb bsbcreltinumnmcmum ad mandiieanBim.,.
mm* n- sic.)
ï7) Voyez livre X.
S) Script, rerum franc ïc,, t. XVTI J, p. 31 et 71.
LA CONQUÊTE
tique, après avoir congédié la plus grande partie de sa suite . ah n de n’être point reconnu (8). Son vaisseau fut attaqué par des pirates, avec lesquels , a la suite d’un combat assez vif, iî trouva moyen de faire amitié , si bien qu’il quitta son navire pour un des leurs, qui le conduisit à Zara sur la côte d'Esclavonie (9). il prit terre , avec un baron normand appelé Baudouin de Béthune , maître Philippe et maître Anselme, ses chapelains, quelques Templiers et quelques serviteurs (10), Il s’agissait d'obtenir un sauf-conduit du seigneur de la province, qui, parmi fâcheux hasard, était allié de près à la famille du marquis de Mont ferrât. Le roi envoya Fun de ses gens faire ceLte demande, et le chargea d'offrir au seigneur un anneau orné d’un gros rubis qu’il avait acheté en Palestine, à des négociants pisans (11). Ce rubis, alors célèbre, fui reconnu par le seigneur de Zara : » Qui sont ceux « qui Renvoient me demander passage? dit-il au « messager (12).— Des pèlerins revenant de Jéru- <i Srilem. —Et leur nom?— L'un s’appelle Baudouin n de Béthune, et Tautre, Hugues le marchand, qui «c vous offre cet anneau ( ï 3). « Le seigneur, examinant l'aneeau avec attention , fut quelque temps sans rien dire, et reprît tout à coup : «Tu ne dis pas « vrai, ce n’est pas Hugues qu’il se nomme , c’est « le roi Richard (14)* Mais, puisqu’il a voulu m'hoh noter de ses dons sans me connaître, je ne veux n point l’arrêter; je lui renvoie son présent, et je le « laisse libre de partir (1 g), i»
Surpris de cei incident, auquel il était bien loin de s’attendre , Richard partit aussitôt ; on ne chercha point à l’en empêcher. Mais le seigneur de Zara envoya prévenir son frère, seigneur d'une ville voisine , que le roi des Anglais était dans ïe pays, et devait passer sur ses terres (IG). Le frère avait à son service un Normand appelé Roger, natif d? Argentan, auquel il donna aussitôt commission de visiter chaque jour toutes 1rs hôtelleries où logeaient des pèlerins , et de voir s’il ne rc connaît rail pas le roi d’Angleterre au langage, ou à quelque autre signe, lui promettant , s'il réussissait à h- faire saisir, la moitié de sa ville a gouverner (T7). Le Normand se
(0) Qui piralso cwn re^e confoèdeëaU. - . ascendit rex ciun da... {fiadulf, de CtJggediûie, ibicl., p, 7t.)
(10) fhïiL
{ 1 1 j ..A i] tto d a m [J Isa n 0 tom p a rav r ra L , . (i l>ïd , )
[î5) Rfttliff.riâ COf&ediale, ap. se. rer.fr,, t. XVtlI. p.71.
f 13} i mis, inquii, eorum appçüaïur Baldcwtnus de üc- Um. aller verô Hugo merrator... (Ibïri.)
impi il, Hugo, smi rc% Richard lî$ iippellalur.,,
(IliïiU
(lu) ...Quia me ï gnôle m Ra bonoravil , liber aie abentuli lEcrnUam enneedo.., (Ibid.)
(10) S)ïd., p, 72.
(17) Roger nomme. Normamius génère rie Argentoti... si
29îî
DE L'ANGLETERRE. - LIVRE ONZIEME
jtj>2 mît à la recherche durant plusieurs jours, allant (le maison en maison , et finît par découvrir le roi. Richard essaya d’abord i le cacher qui il était; mois, poussé il bout par les questions du Normand, il fut contrai lit d’en faire l’aveu (IJ* Alors Reverse mil à pleurer, et le conjura tic prendre sur-le-champ la fuite, lui ofiront son meilleur cheval (2). Puis il retourna vers son seigneur, lui dit que la nouvelle <le l’arrivée du roi n'était qu'un faux bruit , qu'il ne l'avait point trouvé , mais seulement Baudouin de Béthune, un de ses compatriotes , qui revenait de pèlerinage. Le seigneur, furieux d’avoir manqué son coup, fit arrêter Baudouin, et le retint en prison (a).
Pendant ce temps, le roi Richard était en fuite sur le territoire allemand, ayant pour toute compagnie Guillaume de l'Étang, son ami intime, et un valet qui savait parler la tangue teuton (que, soit qu'il fût Anglais de naissance, soit que sa condition inférieure lui eût donné le goût d’apprendre la langue anglaise, alors fort ressemblante au dialecte saxon de la Germanie, et n’ayant ni mots français, ni locutions, ni constructions françaises (4). lis voyagèrent trois jours et trois nuits sans prendre de nourriture, presque sans savoir où ils allaient . et entrèrent dans la province qu’on appelait en langue tudesque OEsL-reich, c'est-à-dire, pays de l'Est. Ce nom était un dernier souvenir du vieil empire des Fi anks , dont cette contrée avait formé jadis l’extrémité orientale {8). I/OEst-mch ou l'Autriche, comme disaient les Français et les Normands, dépendait de l'empire germanique, et était gouvernée par un seigneur qui prenait le titre de here-zog ou duc ; et par malheur, ce duc, nommé Léopold (G), était celui que Richard avait mortellement offensé en Palestine, en faisant déchirer sa bannière. Sa résidence était k Vienne , sur le Danube , où le roi et ses deux compagnons arrivèrent, épuisés de fatigue et de faim (T).
Le serviteur, qui parlait anglais, alla au change
forlè regem per loqviriam.vat per aliquort dgnum explorore posset... (Uaiiaif deCoggeshale. a pmi script, re ru m Franci? , l. XVIÎI, p. 72.)
iî) SinEpiIortim bospHîa inf|iiircna t-l disent Sens... regem reperitquL.. cdd|iLeinrquiid erat,. (ïbid.)
(5) ...Qui al ait m cum laorymîs.,, ecpiumperoptimum regî tradena.,. (Ibid.)
(S i tHcit TrivoUim esse quod audierai de regis ad venlu. , . Ealdewtmim rie fleturt camprebondi jusait... (Ibid.)
(4) *.,R<rx cum WiNeïruo de SbagflO , et quûdam ptiero . qui linguam LeiUnnicam ziovetai, 1res dies et noeLes...
Chili.)
(5) Voyez livre 11.
(0; P! u h correctement beat-pnblc, brave parmi le peuple., (7} Script, mum francïc., t. XVill, p. 72. fS) ...Ait cBcamliiii tù venions, tim pl tires b zantios profri tel... (Ibid.)
de la ville échanger des besants d’or contré de la monnaie du pays (8). Il fit, devant les marchands, beaucoup d’étalage de son or et de sa personne , prenant un air d’importance et des manières d'homme de cour (iJ). Les bourgeois, soupçonneux, le menèrent à leur magistrat , pour savoir qui iî était, lï se donna pour le domestique dfun riche marchand qui devait arriver dans trois jours, et fut mis en liberté sur cette réponse (10J. À son retour au logis du roi, iJ lui raconta son aventure, et lui conseilla de partir au plus vite ; mais Richard , désirant prendre du repos , demeura encore quelques jours (11). Durant col intervalle, le bruit de son débarquement à Zara se répandit en Autriche ; et le duc Léopold , qui désirait à la fois se venger et s’enrichir par la rançon d'un pareil prisonnier, envoya de tous côtés à sa recherche des espions el des gens armés (12), Ils parcoururent la contrée sans rien découvrir; mais un jour, le même serviteur qui avait déjà été arrêté une fois , se trouvant au marché de la vide, où il achetait des provisions, on remarqua à sa ceinture des gants richement brodés , tels qu’en portaient, avec leurs habits de cour, les grands seigneurs de l'époque (15). Ou le saisit de nouveau , et , pour lui arracher des aveux , on le mit à la torture (14) ; il révéla tout, et indiqua F hôtellerie où se trouvaille roi Richard . Celte maison fut aussitôt cernée par les hommes d’armes du duc d’Autriche , qui, surprenant le roi, l’obligèrent à se rendre ; le duc lui témoigna du respect \ mais il le fil enfermer dans nue prison , où des soldats, d’élite le gardaient, jour et nuit , Fépée nue (18).
Dès que le bruit de Carre sla lion du roi d’Angleterre se fut répandue , l’Empereur ou César de toute l'Allemagne (16) somma le duc d'Autriche , son vassal , de lui remettre ïe prisonnier, sous prétexte qu’il ne convenait qu’à un empereur de tenir nu roi en prison (17)- Leduc Léopold sereu-
(Ü) Cüm nimis curialller et pompàîicè scÉa beret. , , (Findutf. de Coggeishnle, script, rerum francîc-, t. XVI 11 , p,72.)
(iOj Servi en tem nijiisdam ditissimi merca Lotis.,* (Ibid.)
(tl) Per a)ii|tiot dies requitscere cupiens,*. (Ibid.)
(12j In nUionein las'uiiiâ cuRudam... mau’is aute m an£licanarum opum bomo avai'us alliens... (Ibid.. p. 35.)
(13) ...Chtro dictas dominj tegis su b agûA secumiocaïUiûs gestüMe.*. Ibid., p. 72.]
(14) DiHssimè lo nouent , variis pointe olcrueiaUbus affiifpmL.. (Ibid,)
(13} ...Strequis milUihns cuslodicadum Iradidîl, qnft die noctuque, sfriclis ensibus eum cusindierunl.., (Ibid.)
(10) ^.Occasions capîivi maigris diriptendj... (GuilL iïeubriff., apud script, rerutu francic.. U XVUL p. 55,)
(17) AI legs ns regem non decere teneri à duce, nee esse in t dcccns si nb imperatoriâ celslludiae dccus regînm lenere^ lut... (Ibid. . |>, ôG.J
i m dit à celte raison bizarre avec une bonne grâce apparente, mais non sans stipuler qu’il lui reviendrait au moins une certaine part de la rançon (1). Le roi d'Angleterre fut alors transféré de Vienne à Worms, dans une des forteresses impériales; et l'Empereur, tout joyeux , envoya au roi de France un message, plus agréable pour lui , diL un historien du temps, qu'un présent d’or et de pierreries (£)♦ Philippe écrivit aussitôt â PEmpereur pour le féliciter (le sa prise , et rengager â la garder avec soin, parce que, disait-il, le monde ne serait jamais en paix si un pareil brouillon réussissait à im s’évader (5). En conséquence , il proposait de payer une somme égale ou même supérieure â la rançon du roi d’Angleterre, si T Empereur voulait le lui donner en garde (4),
L'Empereur soumit, selon l'usage , cette proposition a la dicte ou assemblée générale des seigneurs et des évêques d'Allemagne. 11 exposa devant eux les motifs de la demande du roi de France, et justifia l'emprisonnement de Richard par le prétendu crime de meurtre commis sur le marquis de Montfenat , Fin suite faite à la bannière du duc d’Autriche , et la trêve de trois ans conclue avec les Sarrasins, Pour ces méfaits, le roi d'Angleterre devait, selon lui, être déclaré ennemi capital de F Empire ($}, L’assemblée décida que Richard serait jugé par elle sur les griefs qu’on lui imputait; mais elle refusa de le livrer au roi de France (6), Celui-ci n’âltendit pas le jugement du prisonnier pour lui envoyer dire , par un message exprès , qu’il le renonçait pour son vassal, le défiait et lui déclarait la guerre à outrance (7)* En même temps il fit faire au comte de Mo H a in les mêmes offres qu’autre fois il avait faites à Richard pour l’exciter contre son père, 11 promit de garantir au comte Jean la possession de ta Normandie , de F Anjou et de F Aquitaine , et de t’aider é s’emparer de la royauté en Angleterre; il ne lui demandait en retour que d’être fidèlement soit allié, et d’épouser cette malheureuse Aliz dont il a été fait mention plus haut (8), Sans conclure d’alliance positive avec le roi Philippe, Jean commença des intrigues dans Ions les pays soumis à son frère ; et,
(1) Pleins compétent cm provenîentis eommodi portio- Hem..- (Guîîl.ftcuhriu., apud scr. t e ru cri fr.. t XVIII, p. ofk)
m GratiasîÉmm ilH super annim et topazkm, ( Ibid. , P- SS. )
(3) Mundum romponi mm possc si tanlua lurbator emer-
(Ibid., p. 58,)
(4) Sibi custodiendum traderei, (Ibid,)
(8/ Script* rerimi fraocie,, t. XVIJ1, p, 57,
f) Ibid.
(7) Misais à latere suo viris Itonoraiift. , , ho minium cpiu sibi asinciiis videbatur refutaviLbeîlumque vincto induit*. (Ibid,)
(8) Uoper, de Hoved., p* 724,
LA CONQUÊTE
sous prétexte que Richard était mort ou devait être regardé comme tel , il exigea le serment de fidélité des officiers publics et des gouverneurs des c h à te a u x et de s v ï l les (9) *
Le roi d’Angleterre fut averti de ces manœuvres par plusieurs abbés de Normandie, qui obtinrent la permission de le visiter dans sa prison , et surtout par son ancien chancelier , Guillaume de Longchamp, Fenuemi personnel du comte de Mor tain (10). Richard le reçuL comme un ami persécuté pour sou service, et l’employa dans plusieurs négociations. Le jour fixé pour le jugement du roi arriva; il comparut, comme accusé, devant la diète germanique assemblée à Worrns ; il n’eut besoin que de promet* tre , pour sa rançon , cent mille livres d’argent , et de s’avouer vassal de l'Empereur, pour être absous sur tous les points (11). Cet aveu de vassdage. qui n’était qu’une simple formalité, avait île l’importance aux yeux de F Empereur, à cause de ses prétentions â la domination universelle des Césars de Rome, dont il se disait l’héritier, La sujétion féodale du royaume d'Angleterre â l’empire germanique n’était pas de nature â durer longtemps; et néanmoins Faveu et la déclaration s’en firent alors avec toute la pompe et Fappareil commandés par les usages du siècle, u Le roi Richard , dit un contemporain , se it destitua du royaume, et le remit â l’Empereur, ii comme au suzerain universel . Feu investissant u par son chaperon (12) ; et aussitôt l’Empereur le il lui rendit pour le tenir en fief, sous la condition « d’un tribut annuel de cinq mille livres sterling, <t et Fen investît par une double couronne d’or (13).* Après cette cérémonie , l'Empereur , les évêques et les seigneurs d’Allemagne promirent par serment , sur leur âme , que le roi d’Angleterre serait mis en liberté, aussitôt qu'il aurait payé cent mille livres; et dès ce jour , la captivité de Richard devint moins étroite (14).
Pendant ce temps , le comte de Mortain , poursuivant ses intrigues et ses manœuvres, sollicitait les justiciers d'Angleterre , l’archevêque de Rouen et les barons de Normandie, de lui jurer fidélité et cîe le reconnaître pour roi. La plupart refusèrent; et
(9) Asscrees quîtd rex Aiiffifaï f rater su us morLuua cral... (Roger, de Hoved., p, 724.)
(10) Ibid., 11.722.
(11) Ibid., p. 793-734.
(12) Déposait se de re^no Angliæet trartidit illud imperaton aséüL unîvmorum dmtiino , et invostivit eum iodé per pilcum suum... (Ibid., p. 724.)
(13) Sed imperator sutîm reddidit ei regnum Aii^fifE te* nenrtum de ipso , pro 5,000 lîbr. sLerlingoruiti de trïhnio rioïveodb) * et Investivit eum imlè per dupirrem coron p m de aura... (IbirL)
(14) Episeopî et duces ci cætera nobilitas juraverunt im auimam impeialoria.,* ( Scr, rcr. fraocie., t. NVLil, p. 39.)
DE L'ANGLETERRE. — LIVRE ONZIÈME. 097
i io3 le comte, sc sentant trop faible pour les contraindre a faire ce qu’il souhaitait , passa en France, et cou* dut un traité formel avec le roi Philippe (1). J1 s’avoua vassal el homme-lige de ce roi pour l'Angleterre et tons les au 1res États de son frère, jura d'épouser sa sœur , et de lui abandonner une partie considérable de la Normandie, Tours, Loches, Ambtuse et Mont richard, aussitôt que, par son secours , il serait devenu roi d'Angleterre (2), Enfin û souscrivit à la clause suivante : « Et si mon frère « Richard m’offrait la paix, je ne l’accepterais point « sans l’aveu de mon allié de France , même dans « le cas où m on a 1 1 ïë la fera i É pou r son pr opre compt e « avec mondit frère Richard (3). »
Apres la conclusion de ce traité, le roi Philippe passa la frontière de Normandie, avec une armée nombreuse ; et le comte Jean fit semer de l’argent parmi les tribus galloises , encore libres , pour les engager à seconder par une invasion les manœuvres de ses partisans en Angleterre (4), Ce peuple, opprimé par les Normands , mit avec joie sa haine nationale au service de l’une des deux factions qui déchiraient ses ennemis ; mais, incapable de grands efforts, hors du petit pays où il défendait sî opiniâtrement son indépendance, il fut peu utile aux adversaires du roi Richard, Ces derniers obtinrent d'ailleurs peu de succès en Angleterre ; et cette circonstance détermina le comte Jean à demeurer près du roi de France , et à tourner toutes ses vues du ciHë de la Normandie (5). Ainsi exemptée du fléau de la guerre, F Angleterre n'en fut pas plus heureuse ; car elle avait à subir d’ë normes tributs, levés pour la rançon du roi. Les collecteurs royaux parcouraient le pays dans tous les sens, et faisaient contribuer toutes les classes d’hommes , clercs ou laïques , Saxons ou Normands (6). Toutes les sommes levées partiellement dans les provinces furent réunies à Londres ; l'on avait calculé que le total devait s’élever au montant de la rançon; niais on trouva un énorme déficit causé par la fraude des employés (7). Cette première levée se trouvant insufifi-
(1) Script* reratn Franck., t. XVIII , p, 40, — Roger, <Je Hoved,, p. 724.
(2) Homo suïjs devenit de Normannià et eaneris cerna frairU sui.„ (Ibid.)
(5) $i mitera Frôler meus Rlcardus rex Anglorum cum rege Francité faceret pacern, et per ipsum offerret tnihî pacem, ego sine voïimtalc régis Francise eum rege Angliæ pacem facere non pos&um,., (Scr, rer, franc. , U XVUI,p, 40,
(4) Annales Waverleienses, p, 100.
(3) Script, rerum fronde., l, XYUI, p. 3S.
(0J Nulli parcentes , nec ulia oral diatineUo. . , ( Gtrii) Ncutmg. apnd script, rerum fîf®ncic*vïl)îd,, p* 57. )
(7) Qnod aecidïsse crcdiinr ptt* fraodem exactorum. . . (Ibid.)
l®) Manifestum rapinarum dedeens honesto rédemptions TflIERfiV,
santé, les officiers royaux en firent commencer une nouvelle, se servant , disent les historiens , du nom plausible de rançon du roi pour couvrir leurs honteuses rapines (S).
11 y avait près de deux ans que Richard était en prison ; il ^ennuyait de sa captivité , et envoyait message sur message a ses officiers et à ses amis d’Angleterre et du continent, pour les presser de le délivrer en payant sa rançon (9). H se plaignait amèrement d’être négligé par les siens , et de ce qu’on ne faisait pas pour lui ce que lui -même eût fait pour tout autre. 11 exprima ses plaintes dans une chanson composée eu langue romane méridionale, idiome qu’il préférait au dialecte moins poli de la Normandie, de l'Anjou et de la France.
u J’ai beaucoup d'amis, mais ils donnent pau- « vrement ; c’est honte à eux, si, faute de rançon, « depuis deux hivers je suis prisonnier (10).
ie Qu’ils sachent bien, mes hommes el mes L«a- « rons anglais, normands, poitevins et gascons, « que je îÿm pas si pauvre compagnon , que pour « argent je laissasse en prison ; je ne dis pas eda ^ par reproche ; mais je suis encore prisonnier ! r „»
Pendant (pie la seconde collecte pour la rançon du roi Richard se faisait par toute V Angleterre, des messagers de l’Empereur vinrent a Londres , recevoir, comme à-eomple sur la somme totale, l’argent qu'on avait déjà réuni (ît). Ils en vérifièrent la quantité par poids et par mesuré, et mirent leur sceau sur les sacs , que des matelots anglais transportèrent jusqu’au territoire de l’Empire, aux risques et périls du roi d'Angleterre (12). L’argent arriva sain et sauf entre les mains du César d'Allemagne , qui en fit passer le tiers au duc d’Autriche, pour sa part de prise (15) ; ensuite il y eut une nouvelle diète assemblée pour décider du sort du prisonnier dont la délivrance fut fixée à la troisième semaine après Noël, à condition qu'il laisserait un certain nombre d’otages pour garantie du payement qui lui restait à faire (14). Le roi Richard accorda tout , et l'Empereur, ravi de sa bonne grâce ,
reghe nomine palliant. . , (GuilL Nenbrig., apud script, rcrum Franck,, t- XVIII, p, 37.)
(0) FrequeiUibua commonebal maint a Lis u(i rcjempiimiis 5uî£ pretium omnibus inodis pra^pararent» (Ibid.)
(40) Pm rfay d’amies , mas pouresou Ü doo A ne ta Lur es si per ma rezen sou Soi sai dos y vers près.
fPocïiei dcl 2 35 Tf yubaJütiri^ IV, p, Pî3.)
(H) Roger, de Iloved,, p. 735.
(12) In pondéré el mengurà,,. periculo regis Angtiæ. , . (Ibid.)
(Î3) ■ , ,Cu j u s siimmæ pars lertia duci Austriae qui rogem capÜvaverat corupeterc vïdebatur... (Script, rerum Franck,,
L XVIIL p, 30.)
(14) Roger, de Iloved., p, 733,
im voulut lui Faire un don en récompense. Il lui octroya par charte authentique, pour les tenir de lui en fief, plusieurs provinces sur lesquelles il n'avait d'autres droits que des prétentions contestées , le Viennois et une partie de la Bourgogne, et les villes et territoires de Lyof, Arles, Marseille et Narbonne (I)* uOr, il faut savoir, dit un contemporain. k que ces terres, données au roi par l’Empereur,
« contiennent cinq archevêchés et trente -trois " évêchés ; mais il faut savoir aussi que ledit Emit perenr n’y a jamais pu exercer aucune espèce h d’autorité, et que les habitants n’ont jamais voulu ü reconnaître aucun seigneur nommé ou présente « p r lui (2)* n
Lorsque le roi de France et le comte Jean , sou allié, apprirent ce qui venait d’être résolu dans la diète impériale , iis craignirent de n'avoir pas le temps d’exécuter kur dessein avant la délivrance du roi; Ils envoyèrent donc en grande hâte des messagers à l'Empereur pour lut offrir soixante-dix mille marcs d’argent , s’il voulait prolonger d’une seule année 1 Vmprisonneme n t de Richard , ou , s'il Faimaii mieux , mille livres d'argent pour chaque nouveau mois de captivité, ou bien encore cent cinquante mille marcs pour que te prisonnier fût remis à la garde du roi de France et du comte (5). Tenté par ces brillantes propositions , F Empereur eut envie de manquer à sa parole; mais les membres de la diète , qui avaient juré de la tenir fidèlement, s'y opposèrent, et, usant de leur puissance, ils firent relâcher le captif vers h fin de janvier
nas 1191 (4). Richard ne pouvait se diriger vers la France, ni vers la Normandie, envahie alors par les Français; et ce qu’il y avait de pins sûr pour lui . c’étiit de s’embarquer dans un port d’Allemagne pour aller directement en Angleterre. Mais on était dans la saison des mauvais temps; iï fut obligé d’al tendre plus d’un mots â Anvers ; et pendant cet intervalle. l'Empereur fut de nouveau tenté par l’avarice ; l’espoir de doubler ses profits Remporta sur la crainte de déplaire â des chefs moins puissants que lui, et qu’en qualité de seigneur paramont \l avait mille moyens de réduire au silence (ü). 11 résolut donc de s’emparer une seconde fois du prisonnier qu'il avait laissé partir - mais le secret de
{1} *..el Viiïnam et f 'ianafi et BfarsLliam et Warbfmam et Arle-Ie-Blanc... (Rouer, de tïoved,, p; 735.)
(2) ...EL est setendum qnêd $upra dictas imperntor mmqnàm prædictis terris el homiDihus do mina ri püluil. nerfiic ipsi alhpiâm tfomimmi ad pi^sentaiionem imperatorle recP pore veiner u nL„, (Ibid.)
(3j Ibid.
(4) ... Profiter cuptdj Latent pecuniæ quam rex Francité et cornes Johannes ei obiuleraul. . . ( Ibid. , p.734. — GullL Neiibrîg. spnd scripl. rernm franeic., L XVÎU, p. 40,)
cette trahison ne fui pas assez bien gardé , et Fun im des otages restés entre les mains de l’Empereur, trouva moyen d'en avertir le roi (G). Richard s’embarqua aussitôt dans ïn galiote d’un marchand de Normandie, appelé Alain Tranchcmer; et ayant ainsi échappé aux hommes d'armes envoyés pour le prendre , il aborda heureusement au port de Sandwich (7).
Accueilli avec de grandes marques de joie, il trouva la majorité des comtes et des barons anglonormands fidèle cl dévouée à sa cause. Peu de temps auparavant, le grand conseil ou parlement du royaume avait déclaré le comte de MorCaîn ennemi public, et ordonné que toutes ses terres seraient saisies, cl qu'on assiégerait ses châteaux (8). Au moment où le roi arriva, cet ordre s'exécutait, cl, dans tonies les églises, on prononçait, au nom des archevêques et des évêques, au son des cloches et à îa lueur des cierges, l'arrêt d’ex communication contre le comle et ses adhérents (9). Le bruit delà délivrance du Camr-de-Lion (c’est le surnom que les Normands donnaient au roi Bichard) mil fin à la résistance des garnisons qui tenaient encore pour le comte Jean, Toutes se rendirent, à l’exception de celle de Notlmgham, qui ne voulut pas croire à la nouvelle; le roi, irrité et prompt dans sa colère, marcha sur celle ville pour en faire le siège en personne, avant même d’entrer dans Londres (10).
Sa présence au camp devant NoUingham fut annoncée aux gens d'armes enfermés dans la place par un bruit extraordinaire de t rom pet Les, de cors, de clairons et d’autres instruments de musique tnilitaitfî ; mais, pensant que ce n'était qu'une ruse des assiégeants pour les tromper, ils continuèrent à se défendre (11) » Leroi fit un serment terrible contre ceux qui osaient lui résister, et livra l’assaut à la ville qui fut prisé; mais la garnison se retira dans le château, l’un des plus forts que les Normands eussent bâtis eu Angleterre. Avant de battre ks murs du château avec ses pierrîers et ses autres machines, Richard fit dresser un gibet, haut comme un grand arbre, où l'on pendit, par son ordre, i\ la vue île la garnison, quelques hommes pris dans le premier assaut (12); Ce spectacle parut aux assiégés un signe de la présence du roi plus certain que tout
(5) ♦..PupnitiiU impcnlcrem induit æ ci fjratiœ... ( Scriptrerum fraude., i. XVJIL p. 4î* )
(0) Itelaxatum ad cualodiam revocare cofjitav il. , ■
(Ibid.)
(7) Ibid. — Rouer, de llovctb, p. 75j.
(B) Ibid., p4 7üQ,
(9) Ibid,
(10) JhliL
(11) ...Cum'ioriitu tubarum cl buccinarum... (Ibid.)
( 1 2) Fu rc as é rigl fc ri i, . * (I bkh)
1Jü4 ce qu’ils avaient vu jusque-là ; et ils se rendirent à merci (!)♦
Après sa victoire. Je roi Richard, voulant se délasser, lit un voyage de plaisir dans la plus grande forêt de T Angleterre, qui s'étendait depuis iNoUingham jusqu’au centre du comté d'York , sur un espace de plusieurs centaines de milles; les Saxons l'appelaient Sire-Wode, nom qui, dans la suite des temps, s’est changé en celui de SherwoocL <; Jamais « de sa vie il n’avait vu ces forêts, dît un narrateur « contemporain, et elles lui plurent extrème- « ment (2). » Au sortir d’une longue captivité, on est toujours sensible au charme des sites pittoresques; et d’ailleurs à cet aurait naturel pouvait s'en joindre un autre tout particulier, et plus piquant peut-être pour l'esprit aventureux de Richard-Cœurde- Lion, Sherwood était alors une forêt redoutable aux Normands; c'était l'habitation des derniers restes des bandes de Saxons armés qui, reniant encore la conquête, persistaient volontairement à vivre hors de la loi de l'étranger (5)* Partout chassés, poursuivis, traqués commodes bêtes fauves, c'est là seulement, qu'à la faveur des lieux, ils avaient pu se maintenir en nombre, et sons une sorte d'organisation militaire qui leur donnait un caractère plus respectable que celui de voleurs de grands chemins.
im Vers le temps où le héros du baronage anglo-
Ha04 normand visita la forêt de Sherwood, dans cette même forêt vivait un homme qui était le héros des serfs, des pauvres et des petits, m un mot de la race anglo-saxonne. « Parmi les déshérités, dit un ri ancien chroniqueur, on remarquait alors le fait meux brigand Robert liode, que le bas peuple « aime tant à fêter par des jeux et des comédies, a et dont l'histoire, chantée par les ménétriers, n t'intéresse pins qu'aucune autre (4). » A ce peu de mots se réduisent toutes nos données historiques sur l’existence du dernier Anglais qui ait suivi l’exemple de Hereward (£) ; et pour retrouver quelques traits de sa vie et de son caractère, c'est aux vieilles romances et aux ballades populaires qu’il faut, de
(1) Se ponenles în misericordià regis de viti et membrfo cl terri* et honore.,, (Roger, de Hovert., p. 73G.)
(3} Profecius est vider© foresins de Sire-woode quas ipso muiquàm viderai antca , et placnerunt ©3 mtiUùru... (lldd.)
fô) Voyez J ivres V et Vlï,
C4) Hoc in lempore de exhteredatis çurrexil Mie famosissimus sicarius Robertus Hode cum ejus complicibus , de quibu* «UriidUtQ vulgushiaiîter in comoedîîs feslum faciunt, et super encloras romand a* mimoa et bardanos eau ti taire deleetaotur..* (Forduni Scotor, hislor. ed. Hearue, p, 374,)
(5) Voyez livre V,
(6) \Ye range lhe fores L Mer y and free. (Ancien t sangs af Robin Ilood,)
(7) I sball y au tell of a goorf yeman
nécessité, avoir recours* Si Ion ne peut ajouter fui i m aux faits bizarres et souvent contradictoires rapportés dans ces poésies, elles sont du moins un témoignage incontestable de l'ardente amitié du peuple anglais pour le chef de bande qu’elles célèbrent, et pour ses compagnons, qui, au lieu de labourer pour des maîtres, couraient la forêt, gais et libres* comme s'expriment de vieux refrains (0).
On ne peut guère douter que Robert, ou plus vulgairement Robin Hood , n'ait été d'origine saxonne ; son prén om français ne prouve rien contre cette opinion, parce que, dès la seconde génération après la conquête, l'influence du clergé normand lit tomber en désuétude les anciens noms de baptême, remplacés dès lors par des noms de saints ou d'autres, usités en Normandie, Le nom de Hood est saxon, et les ballades les plus anciennes, et par conséquent les plus dignes d’attention, rangent les aïeux de celui qui le porta dans la classe des paysans (7). Plus tard, quand s’affaiblit le souvenir dé k révolution opérée par la conquête, les poètes de village imaginèrent d'embellir leur personnage favori de In pompe des grandeurs et des richesses : ils en firent un comte, ou tout au moins le petitfils d'un comte, dont la fille, ayant été séduite, s'enfuit et accoucha dans un bois. Cette dernière supposition a donné lieu à une romance populaire pleine d'intérêt et d’idées gracieuses; mais rien de probable ne l’autorise (8).
Qu’il soit vrai ou faux que Robin Hood soit né, comme le dit celte romance, <i dans le bob verk doyanl, au milieu des lis en fleur, » c’est dans les bois qu’il passa sa vie à la tète de plusieurs centaines d'archers, redoutables aux comtes, aux vicomtes, aux évêques et aux riches abbés d'Angleterre, mais chéris des fermiers, des laboureurs, des veuves et tics pauvres gens. Ils accordaient paix et protection à tout ce qui était faible et opprimé, partageaient avec ceux qui n'avaient rien les dépouilles de ceux qui s'engraissaient de la moisson d'autrui, et, scion la vieille tradition, faisaient du bien à toute personne honnête et laborieuse (9).
Fils narne was Robyn Ho a©.
[Adclpjil of tlulnu UntiiJ. llsukiii** UiïEai'yof imiü!(v toi, 111,
(8) O Wlflte's large o’ lîmh andfilh
And corocaf high clegree.
And ho h gaiio ta cari Richard To serve For meai and fec..+
Earl Richard h ad but ac dauglhor l'air as a Hly flnwer.*., etc.
( J ^ m ■ u L û n ÎVipu J u r fô 1.11,)
[store
[9) From îveabhy ahbot’s thés U and churcheis a hu n riant What ofLcntlmetb© look. h© shareii among lhe ptmre,
I Huiler t UrttttuYCbfuuklvj tnJL Utai ne.)
iisj Robin Hood était ie meilleur cœur et le plus habile ny4 tireur d'are de toute la bande; et après lui on citait Petit-Jean, son lieutenant et son frère d’armes, dont il ne se séparait jamais dans le péril comme dans la joie, et dont les ballades et les proverbes anglais ne ie séparent pas non plus (1). La tradition nomme encore quelques-uns de ses compagnons 3 tels que Mutèb, le fils du meunier , le vieux Scatliloeke, et un moine appelé frère Tuck, qui combattait en froc, 1 1, pour toute arme, se contentait d'un lourd bâton (£). Ils étaient tous d'humeur joyeuse, ne visant point à s'enrichir, mais seulement à vivre de leur butin, et distribuant tout ce qu’ils avaient de superflu aux familles expropriées dans le grand pillage de la conquête* Quoique ennemis des riches et des puissants , ils ne tuaient point ceux qui tombaient entre leurs mains, et ne versaient le sang que pour leur propre défense (3)* Leurs coups ne tombaient guère que sur les agents de la police royale et les gouverneurs des villes ou des provinces, que les Normands appelaient vicomtes, et que les Anglais appelaient sheriffs. « Bandez vos arcs, » dît Robin Hood, et essayez- en les cordes ; dressez « une potence îei près ; et malédiction sur la tète n de celui qui fera grâce au sheriff et aux sern genis (4). h
Le stienffde Notlingliam fut celui contre lequel Robin Hood eut le plus souvent à combattre , et celui qui le pourchassa le plus vivement à cheval et à pied , mettant sa tète à prix , et excitant ses compagnons et ses amis à le trahir. Mais aucun homme ne le trahit , et plusieurs l'aidèrent â se retirer du péril ou sa hardiesse l'entraînait souvent, « J'aimeu raïs mieux mourir , lui disait un jour une pauvre « femme , que de ne pas tout faire pour te sauver ; « car qui m'a nourrie et vêtue , moi et mes enfants, ie n'est-cc pas toi et Petit-Jean {£) ? j>
Les aventures surprenantes de ce ehef de bandits du douzième siècle , ses victoires sur les hommes de race normande 3 ses stratagèmes et ses évasions , furent longtemps le seul fond d’histoire nationale
(1) Rohm Hood an d ÜLlle John. (CamderFs Remains.)
(2) WiÜi cowl and qtialemaff. ^
(5) Sluw’s Aimais, p* 150.
(4) Rut Rend your buw$ , and Ai rote jour strings SeUhcgallmv iree about.
And cris te a curse on lus head , said Robîn That spares Lbe sheriff and lhe servant.
( J 41 i±e i Ç- ÏO Lk Pop ii t :lr vol. Il,)
(5; The 11 fo of R obi a lïnod,
(ti) De quo quædaiii commandabiiia recïlanlur.,. missam devatiïsîmè audiret , ncc aliquà necessitate volcbal interrumpere ©ffidura.,* (For du ni ScoLor. UisL, p, 774.)
(7) Ibid*
(8) î m s u m me i w<m the slia wa be s hey n
And levés be large and long,
LA CONQUÊTE
qu'un homme du peuple en Angleterre transmit à ses fils , après ravoir reçu de ses aïeux* L'imagination populaire prêtait au personnage de Robin Hood toutes les quaüLés ci toutes les vertus du moyeu âge* Il passe pour avoir été aussi dévojt à lTëgîise que brave au combat , et Fou disait de lui qu'une fols entré pour entendre l'office, quelque danger qui survint T il ne sortait jamais qu'à la fin (6). Ce scrupule de dévotion l’exposa une fois a être pris par le sheriffetaes hommes d'armes ; mais il trouva encore moyen de faire résistance , cl même , à ce que dit la vieille histoire, un peu suspecte d'exagération, ce fut lui qui prit le sheriff (7)* Sur . ce thème , les ménétriers anglais du quatorzième siècle ont composé une longue ballade, dont quelques lignes méritent d'ètre citées , ne fût-ce que comme exemple de la couleur franche et animée que le peuple donne à sa poésie dans les temps où il existe une littérature véritablement populaire.
u En été, quand la verdure est belle elles feuilles a larges et longues , U y a plaisir dans la forêt à « écouter le chant des oiseaux (S) ;
« À voir les chevreuils quitter la colline , pour se ii retraiter dans la plaine et se mettre à l'ombre <t sous les Feuilles vertes du bois,
n C'était un jour de Penlecùle , de bonne heure , a un matin de mai , un de ces jours où le soleil se u lève beau , et où les oiseaux chantent gaiement.
u Par la croix du Christ , dit Petit-Jean, voilà « une joyeuse matinée ; et dans toute la chrét: t tenté , il n'y a pas uu homme plus joyeux que « moi (i)),
ü Ouvre ton cœur, mon cher maître, et songe « qu'il n'y a pas dans Farinée de plus beau temps « qu'un matin de mai (10).
*î Une chose me pèse , dit Robin ïïood , et me n chagrine le cœur , c'est de ne pouvoir , en aucun ü jour de fête, entendre messe ni matines (11), il 11 y a quinze jours et plus que je n'ai vu mon a Sauveur, et je voudrais aller à NoUingham, avec « l'aide de la bouae Marie (12).
EU la fui mery ïn fayre forçat To heure Uae frnilya sang—
(JmjmrüiMt'ti Pitputar t. II.}
(0) T liia is a mery moming, said Utile John*
Ey liim lîiat dyed on Lree ,
And move mery man lhau I am on XV as not iû crMante.
{UhiL]
(10) Fiuk o j) Iby heri mv dearc inayder.
'PN'd-J
(1 1} The on Ihing grèves me, said ftobio,
And doLh my liert raye h wan,
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(12) XYiÜi thé mîçüt of myld Mary.