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ij.su
im
um « Rohm va seul à Nollingham ; et Petit- Jean jiâ9i « reste au bote de Sherwood ; il va dans l'église « clc Sainte - Marie , et s'agenouille devant la ü croix (!}.., U
Robin Hood ne fut pas simplement renommé pour sa dévotion aux saints et aux jours de fêle ; lui même eut , comme les saints, son jour de fête dans Tannée ; et dans ce jour , chômé religieusement par les habitants des hameaux et des petites villes d'Angleterre, il n'était permis de s'occuper de rien , sinon de jeux et de plaisirs* Au quinzième siècle , cet usage était encore observé ; et les Kls des Saxons et des Normands prenaient en commun leur part de ces divertissements populaires, sans songer qu'ils étaient un monument de la vieille hoslililë de leurs aïeux* Ce jour-là, les églises étaient désertes comme les ateliers ; aucun saint, aucun prédicateur ne remportait sur Robin Hood ; et cela dura même après que la réforme eut donné en Angleterre un nouvel essor au zèle religieux* C'est un fait attesté par un évêque anglican du seizième siècle , le célèbre et respectable Laü mer (2)* En faisant sa tournée pastorale, U arriva le soir dans une petite ville près de Londres, et lit avertir qu'il prêcherait le lendemain, parce que calait jour solennel.
« Le lendemain , dit-il , je me midis à l'église; mais ,
« à mon grand étonnement , j'en trouvai les portes u fermées à clef ; j'envoyai chercher la clef, et Ton « me iU attendre une heure et plus; enfin un homme « vint h moi , et me dit ; Messire, ce jour est un st jour de grande occupation pour nous ; nous ne « pouvons vous entendre ; car c'est le jour de Robin « Hood (5) ; tous les gens de la paroisse sont au loin ii à couper des branches pour Robin Hood , vous « les attendriez inutilement* ?■ L’évèque s'était revêtu de son costume ecclésiastique , il fut obligé de le quitter , et de continuer sa route, laissant la place aux archers habillés de vert , qui jouaient sur un théâtre de fouillées les rôles de Robin Hood , île Petit- Jean et de toute la bande (4)+
Des traces de ce long souvenir , dans lequel s'anéantit pour le peuple anglais le souvenir même de Tinvasion normande, subsistent encore aujourd'hui. On trouve dans la province d'York , a l'embouchure d'une petite rivière , une baie qui, sur Loules les cartes modernes , porte le nom de llobin Hood (15) ; et il n'y a pas bien longtemps que, dans la même province , près de Pontefract , Ton montrait aux
(1) JanùesoiTs Pupular sangs, t. ÎI.
(2J GilpiiTa iih of Là Limer, p* 122-
(3) ...Syr iliisia a buiyeday willi us; wc cannai hear you, ît ia Robin Hood1* day..* (Sei-mo VI, beforc kmg lïdward VL — G ilpin*» life olf Laümer , vol. IV, p. 410.)
(4) Togive place io Robin HootTs mtn> (Ibid*, p. 123.)
(oj Robin Uoudl's bny.
voyageurs une source d'eau vive et claire qu'on ap- usa pelait le puits de Robin Hood , et qu'on les invitait t a y boire en l'honneur du fameux archer (G). Durant tout le dix-septième siècle , les vieilles ballades de Robin Hood , imprimées eu lettres gothiques { espèce d'impression que le bas peuple anglais affectionnait singulièrement ) , circulaient dans les villages , ou elles étaient colportées par des hommes qui les chantaient sur une espèce de récitatif (7). On en compila même plusieurs collections complètes a l'usage des lecteurs des villes , et Tun de ces recueils portait le titre élégant de Guirlande de Robin Hood { 8); aujourd'hui ces livres, devenus rares , u'inlêressent que les érudits ; et Tbistoire des héros de Sherwood , dépouillée de ses orneme ni s poétiques , ne se lit plus que parmi les contes u l'usage des enfants.
Aucune des ballades qui nous ont été conservées ne raconte la inorL de Robin Hood ; la tradition vulgaire est qtTil périt dans un couvent de femmes, où un jour, se sentant malade, il était allé demander des secours. Ou devait lui tirer du sang, et la nonne qui savait faire cette opération, ayant reconnu Robin Üood, la pratiqua sur lui de manière à le tuer (9). Ce récit, qu'on ne peut ni affirmer ni contester , est assez conforme aux mœurs du douzième siècle ; beaucoup de femmes , dans les riches monastères, s'occupaient alors à étudier la médecine, et à composer des remèdes qu'elles offraient gratuitement aux pauvres* De plus , eu Angleterre , depuis la conquête , les supérieures des abbayes et la plus grande parlie des religieuses étaient d'exlraclion normande, ainsi que le prouvent leurs statuts rédigés en vieux français (10); cette circonstance explique peuL-ètre comment le chef do bandits saxons, que les ordonnances royales avaient mis hors la toi , trouva des ennemies dans le cou* vent où H était allé chercher assistance. Après sa mort, la troupe dont il éLait le chef et l'âme se dispersa; et Relit-Jean, son fidèle compagnon, désespérant de se maintenir eu Angleterre, et poussé par Tern ie de continuer la guerre contre les Normands, se rendit en Irlande, où il prit part aux révoltes des indigènes (11)* Ainsi fut dissoute la dernière troupe de brigands anglais qui ait eu un objet et un caractère politique, et qui mérite par là une mention dans T bis loue.
Entre les réfugiés du camp d'Eîy et les hommes
(G) Robin îîomrs well. (EvgÏIq’s Diary,)
(7) Hitwkm1 * 3 4! H is tory of music, L. Ht, p. 412.
(8) Robin UootTs gariamh (Ibid*)
(0) Percy'i Relies of ancieiiL poelry , vol. I.
(10) MatU. Taris, m iioLïs ad calcem Ubri.., p. ÎÜO*— Résulte monia Hum B&aUe Mari© de SoLhweile,
(11) H mmer’s Cbronîc. 2. 538,
HISTOIRE TE LÀ CONQUÊTE
iioo de Shmvood, entre Horeward et Rohm Hood, ü y li» a voit eu, surtout dans le nord de l'Angleterre, une succession de chefs de partisans et à' ont latex qui ne furent pas non plus sans renommée, maïs dont on sait trop peu de chose pour qu’ils puissent être considérés comme des personnages historiques. Les noms de quelques-uns, tels qu’Adam Bel, Clym of the Clotigh, ou Clément de la Vallée, et William de Cloudesly, se sont conservés longtemps dans la mémoire du peuple. Les aventures de ces trois hommes qui ne peuvent être séparés l’un de Tau- Ire, non plus que Robin Ilood et Petit-Jean, sont le sujet d’une longue romance composée au quinzième siècle , et divisée en trois parties, ou en trois chants (I). On ne peut rien, dire de positif sur l’au- Uicntîcîté des faits qui s’y trouvent racontés; mais die renferme plusieurs traits originaux, eL capables de rendre plus frappante pour le lecteur l’idée que h peuple anglais s’étaït formée du caractère moral de ces hommes, qui, dans des temps de servitude, aimèrent mieux être bandits qu’esclaves.
Adam Bèï, Clément de la Vallée et William de Cloudesly étaient, a ce qui! parait, natifs de la province de Cumberland, S'étant rendus tous les trois coupables du délit de chasse, ils furent mis hors de la loi normande, et obligés de s’enfuir pour sauver leur vie (2), Réunis par le même sort , ils se jurèrent fraternité, suivant la coutume du siècle, et sen allèrent ensemble habiter la forêt d’inglewood, que la v ieille romance nomme Englishe wood, e ntre Carliste et Peu rit h (5), Adam et Clément n'clatent point mariés; mais William avait une femme et des enfants que bientôt il s’ennuya de ne plus voir. Un jour il dit A ses deux compagnons qu'il voulait aller à Carliste visiter sa Femme et ses enfants. f' Frère, lui répondirent-ils , ce n’est pas notre (l avis; cor si Je justicier te prend , tu es un homme « mort (4). >■ William partît, malgré ce conseil, et arriva de nuit dans la ville; mais, reconnu par une vieille femme à laquelle il avait fait du bien, il fut dénoncé au juge et au sherilf, qui cernèrent sa maison, le prirent, et, joyeux de cette capture, firent
(1) Percy-i Relies of ancicm pociry, vol, L p, 143. — àüctènl popular sonjp, p. 5,
(2) They wero ouüawed for venyson.
T]ie.»e yem# evenchüuc,.,
[Auciciii J’Lipuhr *ohew,| p. 6g
(3) The swore them Brefhren Kpon a day
To Eûslysbe wood for lo gone.
(t bîd. J
f4) If lhe justice tnay y ou lake
Your life were ai an code, fibid.)
One vow ihat y roake, saïde 4he sherife V payre yf new galowes sbnl y for (lie makr.
(Ibid.)
dresser sur la place du marché un gibet tout neuf pour Fy pendre (3). Par bonheur , un petit garçon , le porcher de te ville, qui, eu gardant ses cochons dans le bois, y avait vu souvent William, et reçu de lui l'aumône et à manger, courut avertir Adam et Clément du sort de leur frère d’adoption (6), L’entreprise hasardeuse où tous les deux s’engagèrent pour Je sauver est décrite avec beaucoup de mouvement et de vie par te vieux potHe populaire, qui peint avec une franchise naïve le dévouement de ces trois hommes l'un à l'autre, « De ce jour, dit Wil- « liant , nous vivrons et mourrons ensemble; et si « jamais vous avez de moi 1e même besoin que fai « eu de vous, vous me trouverez, comme aujour- « d’hui je vous trouve (7). »
Dans le combat qui se termine par cette délivrance inespérée, tes ïrois frères d’armes font h eux seuls un grand carnage des gens de justice et des officiers royaux de Carliste. Ils tuent le sheriff, le juge elle perlier de la ville, u jettent plus d’un n homme sur le pavé, et font dire hélas! à plus « d’une femme (8)* » C'est avec un tou de joie et de plaisanterie que ces meurtres nombreux sont détaillés dans la vieille romance, où Fauteur montre fort peu d'amitié pour tes agents de Fautorité royale. Cependant il fait finir ses trois héros comme avait fini la nation elle-même, par se fatiguer de leur résistance, et s’accommoder avec l’ennemi. Ils vont à Londres, à Fhôtel du roi, lui demander une charte de paix. Mais , au moment où ils font eel acte de soumission , ils gardent encore leur ancien caractère de fierté et de liberté sauvage; « Us entrent dans le <f palais sans dire mot à personne, traversent la « cour, et s'avancent dans la salle, ne prenant garde k A qui que ce soit, ne disant ni ce qu’ils sont ni ce <ï qu’ils veulent (9) , »
Si Robin Hood est le dernier chef â' outlaws ou de bandits anglo-saxons qui ait joui d'uue véritable célébrité populaire, ce n’est pas une raison pour croire qiTaprès lui aucun homme de te même race ne se soit livré au même genre de vie, dans un esprit d’hostilité politique contre te gouvernement exercé
(g) Ancienl Popular songs, p, 1t.
(7) Wylliam saute lo 1 ns brethren two Thys daye lel us lyve and ctye;
If ever yen bave aidé as y hâve now ,
The satuc shall yoo fynde hy me,
(Ibid. P n.)
(g) Many a mnn lo the (jrourid lhey (hriie.
Many a woman said alas !
(Ibid.,, p. i". i»r)
(9; ...Of oo man wold lhey aske no leave,
ïhti boltlly went io ihereai;
Tby |ircced preitly into the hall Of noman h ad lhey drearfe,,.
DE L’ANGLETERRE. — LIVRE ONZIÈME
iw par les hommes de race et de langue étrangère* La 1203 lutte nationale dut se prolonger encore sous la forme de brigandage , et les idées d'homme libre et d'ennemi de la loi rester longtemps associées tune à l'autre. Mais cela eut une fin; et à mesure qu'on s’éloigna de l’époque de la conquèLe, à mesure que la race anglaise , s’accoutumant au joug, s'attacha par habitude a ce qu’elle avait toléré par désespoir, le brigandage perdît graduelle meut sa sanction patriotique , et redescendit à sou rang naturel, à celui d’une profession infamante. Dès lors l’état de bandit dans les forêts de l'Angleterre, sans être moins périlleux j sans exiger moins de courage et d’adresse individuelle, ne produisit plus de héros, 11 resta seulement dans l'opinion des classes inférieures une grande complaisance pour les infractions aux lois contre la chasse, et une sympathie marquée pour ceux qui, soit par besoin, soi! par fierté, bravaient ces lois de la conquête. La vie du braconnier aventureux , et, en général , le séjour des forêts , sont célébrés avec amour dans une foule de chansons et de poésies assez récentes ; toutes vantent l'indépendance dont on jouit sous le bois verdoyant (1), où l’on n'a d'ennemi que V hiver et Forage (2), où l’on est gai tant que le jour dure, et léger <F humeur comme ta feuille sur V arbre (3).
iim Le roi U i chant * de retour à Londres ; se lit couifos ronfler pour la seconde fois, avec des cérémonies que nous avons vues exactement reproduites de nos jours (1). Après les fêtes de ce second couronnement , il annula d'un seul coup toutes les Ventes de domaines qu'il aval! librement faites avant de partir pour la croisade, prétendant que c’étaient de simples prêts qu’on était tenu de lui restituer (3), Les acquéreurs de bonne fui eurent beau présenter leurs actes scellés du grand sceau de la couronne ; tout fut inutile. Le roi , donnant des formes douces à celte expropriation forcée , leur disait (fü) : Quel k prétexte avez-vous de retenir en vos mains ce « qui est à nous ? ne vous êtes-vous pas rembour- « sës complètement de vos avances par le revenu « de nos domaines f?)? S’il en a été ainsi , vous «a- « vez que c’est péché d’exercer l'usure envers le roi, « et que nous avons une bulle du pape qui vous
(1} tTflder the grec woûü Lree... in llie good jjren wood.., (Aociêot Pojuilar sonp, passiert.)
{§) liai witUer and rough weaiîier. . . ( Shakespeare , As you like ît. )
(3) fcierry and free, , . sa liappy as the day i* long, , . as leafoii lyrnic. (AnrietU Populaf aungs.)
(4) Rogçfi de Huvcd,, p, 73 G -
(5) Su b nom i ne repetiii commodat!.». (Script, rerum frandc., L. XYLll. p, 43.,)
(G) Astn tamen moïliôs toquebatur... (tbïd.)
(7 J Si vos soilem veslram IVucUbus rerum nostraruiii jâm porcepUlia, eà contenu esse debetis... (Ibid.)
« défend cela sous peine d'excommunication (B), im m Que si après le compte de ce que vous avez payé 1230 «s et de ce que vous avez reçu , il vous revient « justement quelque chose , nous y suppléerons « de noire trésor pour vous ôter tout sujet de <t plainte (9). »
Personne n’eut le courage de présenter un compte ; et tout fut rendu au roi sans dédommagement (10), Il rentra ainsi en possession des châteaux , bourgs , gouvernements et domaines qu’il avait aliénés ; et tel fut le premier bienfait que la race normande d'Angleterre éprouva du retour de son chef , sans lequel les courtisans assuraient qu'elle ne pouvait plus vivre, non plus que le corps sans la tète (11), Quant à la race anglaise, après avoir été écrasée d’impôts pour la délivrance du roi . elle le fut pour celle des otages que Richard avait laissés en Allemagne, et pour les frais de la guerre qu’il fallut soutenir alors contre le roi de France (12),
Ce n’était pas seulement en Normandie que Philippe menaçait d'anéantir la puissance de son rival , il s'était ligué encore une fois avec les barons du nord de ['Aquitaine ; il leur avait promis secours et maintien , et eux . encouragés plutôt par ses promesses que par son assistance effective , avaient de nouveau tenté d'établir leur indépendance contre le pouvoir anglo-normand (15). L’était la passion de la nationalité et le désir de n'ètrc sujets d’aucun des rois voisiné , d’aucun homme qui ne fût pas de leur race et de leur langue, qui leur avait fait conclure celle alliance avec le rot Philippe ; mats lut , s’inquiétant peu de leurs sentiments patriotiques , avait sur eux des vues toutes différentes, il aspirait a étendre son autorité sur les provinces gauloises du midi . de façon â devenir roi de toute la Gaule , au lieu d’être simplement roi de France. Suivant l’exemple de la chancellerie germanique, qui attribuait à chaque empereur vivant la possession réelle de tous les territoires que ses prédécesseurs avaient régis et perdus ensuite , le roi de France et son conseil reculaient en idée les bornes de leur domination légitime jusqu’aux Pyrénées, où l'on croyait que Charlemagne avait élevé une croix pour servir
(S) Reacrïplum aposiolicee sedis quo probiheminî régi proprio fæuerari.,, (Script, rerum franchi,, t. XYIJJ , p. 45.)
(0) Supptcbo tle preprîo, omneizi amputa ns occasions m retenti oms.*. (Ibid,)
(10) llli meimmles... uni versa rcsigiïàrU0l,..(U>[d,)
(11) Roger, de floved.
(1-, Fro liberandisobsldi bus,,, sire eLiam in sumptus bellicos. {Script, rerum fraude., I. XVJlî, p. 43.)
(13) — Per lo maïUenemcn quYl rets de Fraosa 1er avîa fait g fazta. (Poésies de* Troubadours, collection de M. Rayttouard, t. V, p. 9G.)
de limite perpétuelle entre la France el l'Espagne fO* it C’est jusque-là , disait un porte du temps , qui <t voulait flatter le roi Pîdlippe , c'est jusque-là que « tu dois dresser tes tentes et agrandir tes États , « afin de posséder sans réserve les domaines de tes « aïeux (2) , afin que l'étranger n'occupe plus rien « au dedans de nos frontières , et que te dragon it blanc avec sa race venimeuse soit extirpé de nos « jardins , comme le prophète breton nous fa pro- « mis (S). s*
Ainsi les prédictions patriotiques faites par les vieux bardes cambriens , pour relever le courage de leur nation envahie par les Anglo-Saxons , passaient , après plus de cinq cents ans , pour des prophéties en faveur des Français contre les Normands (i). Voilà sans doute un trait assez frappant des bizarreries humaines ; mais un autre qui 11e l’est pas moins, c'est que les mêmes provinces que le roi de France prétendait lui appartenir comme héritage de Charlemagne , l’Empereur les revendiquait aussi en vertu des droits du même prince , qui jouissait du singulier privilège d'être regardé à la fois comme Français et comme Allemand. La cession de terres récemment faite par le César d'Allemagne au roi Ri clin rd était fondée sur cette prétention* Outre la Provence tout entière et une partie de k Bourgogne * la libéralité impériale . au dire des anciens historiens , lui avait encore octroyé sur le coraté de Toulouse un droit de suzeraineté perpétuelle, que le roi de France s’attribuait en même temps* Mais , en réalité , les coudes de Toulouse jouissaient de l'indépendance politique , et , suivant les formules du siècle, étaient libres de leur hommage (£)*
Au moment d'entrer en campagne contre le roi de France, Richard crut nécessaire d'agir sur l'opinion publique , en se disculpant d'une manière éclatante du reproche de meurtre sur le marquis de Mont ferrai. Il produisit une prétendue lettre autographe du Vieux de la Montagne , écrite en caractères hébraïques . grecs et latins , et contenant les passages suivants (6) :
u A Léopold, due d'Autriche i elà tous les prin-
(1) *„Curn j m is 3[iostâia noslri
Suceumbet viclus lihi cura Xatilone Nmrlus...
In Pyrakeo figes lentoria monte,
{Gui liai. BritqnikcÉMoea, opud icript. rcrum frudiifr., t.XVïf, p 2S j . )
(SJ DîUdâriB Bios fines Une caque lenerïs ,
Jus palrum 11 1 teneas, nullo mediante, tiiomm, [thd.)
(3j Eradtcato de nosttîs fond itûs bords
Serpent Ls mvei totu cum ilîrpé veneno ,
Ut Hiiionls libt proqiklunt prOtaçfa vatis.
(Ibid. p. 2Ü(nj
(4) Voyez livre L
. Prseterea fmperalor dcdil régi Angliæ et charià
LA CONQUÊTE
a ces el peuples de la foi chrétienne , salut* Attendu 119s « que plusieurs rois , dans les payé d'ou Ire-mer , c imputent à Richard , roi et scigncim d'Angleterre, u la mort du marquis, je jure, par le Dieu qui « règne éternellement et par la loi que nous ob&eru vous, que le roi Richard n'a eu aucune partielle patiou à ce meurtre (7)..* Sachez que nous avons 1* fait les présentes en notre maison et château de « Messîac , à la mi-septembre , et les avons scellées n de notre sceau, l'an liïflu depuis Alexandre (S), » Cette bizarre dépêche fut publiée officiellement par Guillaume de Longehamps, redevenu chancelier d'Angleterre, et envoyée aux princes étrangers et aux moines qui étaient connus pour s'occuper de rédiger la chronique du temps (9) * Sa fausseté manifeste ne fut point remarquée dans un siècle où la critique historique et ia connaissance des mœurs orientales étaient peu répandues en Europe, Elle affaiblit même, à ce qu'il semble, l’effet moral des imputations du roi de France , parmi ses propres vassaux , et encouragea ceux du roi d'Angleterre à mieux combattre pour une cause qu'ils croyaient être la bonne ; car il y avait alors beaucoup de superstitions spr ce point. Dès que les deux rois se trouvèrent en présence on Normandie , l'armée de France, qui jusqu'alors avait toujours marché en avant, commença à faire retraite (10), Le comte Jean perdît tout courage aussitôt qu'il vil les chances de la guerre devenir incertaines, et il résolut de trahir ttüfi ses alliés pour rentrer en grâce auprès de son frère* Cette trahison fut accompagnée de circonstances atroces, du massacre d'un grand nombre de chevaliers français que le comte avait invités aune fête (ll)y Mais, malgré tou Les ses grandes démonstrations de repentir et d'amitié, Richard, qui se souvenait d'en avoir fait plus d'une fois de semblables à leur père Henry il, ne lui accorda aucune confiance , et, selon les paroles des historiens du temps, ne lui donna ni terres, ni villes* ni châteaux (12),
Le roi Philippe, successivement repoussé de toutes les villes de Normandie qu'il avait occupées, fut bientôt forcé de conclure une trêve qui permit à Richard de porter ses forces vers le sud, contre les
su A confirmaviL homagium comitis de Snncto /Ejjidio... (gager* de Hoved. p. 733.)
£0) SeriptBC IHlcris hebraicl», græcîs cl latiriïs*.* {Script, revura franc te., t. XYH1, p. 4S.J (7) Juro per Deara qui Lu mternum rognai* et per Icgem quam tenemus*,, ( Ibid*, t. XVJJ, p, fiSO.J (S) Et scia ti« qnôd hueras î&ias fecimus in dorao nosIrA ad castrant imstnim Mesdac La dimîdio sepiembFis , et eum sigilïo nostro algillavimiis, armoab Alexandre M, O. V.(Ibid.)
(fl) Ibid,
(JO) Ptoger* de Hoved,, p, 740-742*
(11) IWd.,p. 730,
(12) Script, rmim francic.. t* XVII.
nos insurgés de l’Àquitaine (I). À leur tête se trouvaient
lies te vicomte de Limoges et le comte de Périgord, que le roi Richard fit sommer de lui rendre leurs châteaux* « Nous tenons tes menaces pour néant, répondirent-ils : tu es revenu beaucoup trop « orgueilleux , et nous voulons te rendre , malgré « toi, humide } courtois et franc, et te Châtier en « guerroyant contre toi (£}. » Pour que cette réplique ne fût pas une pure vanterie, il fallait que la paix se rompit de nouveau entre les deux rois ; car les insurgés n'étaient nullement capables de résister aux forces de Richard , tant que Philippe n'en occupait pas au moins une partie. Ce fut le fameux Bertrand de Boni qui, poursuivant toujours son plan de conduite politique, s'employa à rallumer la guerre entre les deux ennemis de son pays. Par ses intrigues secrètes et scs vers satiriques, il détermina le roi de France à violer la trêve qu'il venait de jurer; et cette fois k champ de bataille fut la Sainlonge au lieu de la Normandie. La première rencontre des deux rois à la tète de leurs hommes d'armes eut lieu près de Niort. Us ne se trouvaient plus séparés l’un de l'autre que par une rivière, sur chaque bord de laquelle ils avaient placé leur camp (5)1 Le rot de France avait avec lui des Français, des Bourguignons , des Champenois , des Flamands et des Berrichons ; et k roi d’Angleterre, des Normands , des Anglais , des Angevins , des Tourangeaux, des Manceaux et des Saîntcmgeote (4).
Pendant que les deux troupes ennemies étaient ainsi en présence, plusieurs fois on s'arma de part et d'autre pour en venir aux mains; mats toujours des archevêques, évêques, abbés et gens de religion, qui s’étalent réunis pour travailler au rétablissement de la paix* allaient d’un camp à l'autre supplier les rois de différer le combat, et leur proposer des arrangements capables de terminer la guerre (5). Le roi Philippe se montrait 1e plus difficile a persuader et le plus exigeant dans ses demandes ; il voulait se battre, à moins que Richard ne lui fit serment de vasselage pour la Normandie, la Guyenne et le Poitou, Ce fut son dernier mot; et dès qu'il Peut prononce, Richard monta à cheval, mit le heaume
(1) Choix des Poésies originales des Troubadours, publié par M. Roy oo nard, t. v, p, 96.
(â) . Qu’cl cm venguiz trop brans e trop orgoillos . c que ïlle, mat son grat , |o fa ri an franc el cortes c humi! , c que i]I locasLiarîan gueiTctan,,. (Poésies des Troubadours . t. V, p, 90. J
(3) , , . Et cra sobre la riba d’un Hum qui a nom Saura toquais passa at pe de Mort. (ibid., p. 02, )
{4} Ibid.
(Ï5) ... Ma arcjyc\>qne el ovesque cl abat et home (Torde que cflccmn pou cran eu mieeh que defendian que la balai lia non era... (Ibid.)
(G) Si mon lot en désirer, et nxesPclm en la lesla c fai se- THIERRY.
— LIVIIE ONZIÈME. 3015
en tête, fit avancer ses gens , sonner ks trompettes ma et déployer sa bannière pour passer Veau (G)* « Or, j « toute cette confiance lui venait , dit un vieux récit « en langue provençale, de ce que les Champenois « lui avaient promis secrètement de ne point venir te à Penconti c des siens, à cause de la grande quan- « tité ïïëëierHngs qui! avait semés parmi eux (7). »
De leur côté, le roi Philippe el tousses gens montèrent à cheval et prirent leurs armes, à l'exception des Champenois, qui ne mirent point le heaume en tête (fi). C'était k signe de leur défection, et le roi de France, qui ne s'y attendait pas, en fut effrayé.
Cet effroi changea toutes ses dispositions; et faisant mander aussitôt les évêques et les gens de religion, qui Pavaient auparavant sollicité en vain, il les pria d'aller auprès de Richard, lui dire qu’il k déclarerait quitte de tout vasselage, s’il voulait conclure la paix (D). Le roi d’Angleterre était déjà en pleine marche, quand les prélats et ks moines vinrent à sa rencontre, portant des croix entre leurs bras, pleurant et 1e conjurant d'avoir pitié do tant de braves gens qui, des deux côtés, devaient périr s'il y avait bataille (ÎG). Ils promirent de lui faire tout accorder parle roî de France, et d’obtenir que ce dernier se retirât immédiatement sur son propre territoire.
La paix fut faite; les deux rois se jurèrent une trêve de dix ans el donnèrent congé à leurs troupes, ne voulant plus s’occuper d'armes, dit le vieux récit, mais seulement de chasse, de jeux, el de faire tort à leurs hommes (M).
Le tort que le roi Philippe pouvait faire à ses hrauçais était peu de chose en comparaison de celui que Richard fit alors aux Aquitains , et surtout à ceux qui s’ëlaicuî révoltés contre lui, « Cette paix h ks affligea beaucoup, dit le même narrateur, et u surtout Bertraud de Boni, qui eu fut plus cha- « grin qu’aucun autre, car 11 ne se plaisait en rien « plus qu’en guerre, et surtout eu la guerre des « deux rois (!£). a II eut de nouveau recours à ses moyens ordinaires, à des satires mordantes contre le plus irritable des deux rivaux, ïl fil circuler des pièces de vers où il disait que ks Français el ks Bourguignons avaient échangé honneur contre pn-
nar las t rem bas cl fai tics serrai- tos si eu s gonfanoa encootra Taïga per passai- outra,,, ( Poés. des Troubad., L V, p, 92.)
(7) ... Per la grau c antiut dda esLcrJins que avia $emçnatz entre lor... (Ibid.)
(SJ Qui non meteroti cimes en testa... (îhid.)
(9) ...El Ton avifttael espaventatî.,. (Ibid.)
(10J Et |i saint home ven gron ab las crotz en hteU en contra lorèi Rich art, ploram qu’ci agues pïetat de tanla bon* gen que Cuit eron a morir.,, (Ibid,, p. 95.)
(M) ... E en far loil â lor baros, .. (Ibid.)
(lâ) En Beil ra u s de Bain si fa pl m irai que négus deh autres* per su car non se dcîectava mais en jmerra c mais en le guerra deb dos rcb... £ll>id.)
SOC HISTOIRE DE LA CONQUETE
im resse, et que le roi Philippe voulait bien la guerre ! avant de s’être armé, mais que, sitôt qu'il avait pris ses armes, il perdait tout courage (!}. De leur côté les attires barons du Poitou et du Limousin, les mêmes qui avaient fait, avec si peu de fruit, îa guerre au roi Richard, l'excitaient à rentrer en campagne contre le roi de France, promettant tous de l’aider, Richard les crut, et, recommençant brusquement les hostilités, il se mit à ravager les provinces de France qui avoisinaient les siennes (2).
Le roi Philippe, qui aurait peut-être commencé le premier la guerre s'il avait été le premier prêt, se plaignit de cette violation de la trêve jurée, et s'adressa aux évêques sous les auspices et la garantie desquels die avait été conclue. Ces derniers s'entremirent de nouveau et obtinrent du roi d'Angleterre qu'il y aurait une conférence diplomatique sur tes frontières du Berri et de la Touraine, Mais les deux rois, ne pouvant s’accorder sur rien, se prirent de mauvaises paroles, et celui d'Angleterre donna à l'autre un démenti en Face et rappela rit renégat {3}* n Ce dont Bertrand de Rom fut fort joyeux, « dit son ancien biographe, et fit un surventes u dans lequel it pique fort le roi de France de corn- « mencer la guerre à feu et à sang, et lui reproche « d'aimer la paix plus qu'un moine (î). Mats pour u choses que dit Bertrand de Boni en sïrventcs et
en couplets au roi Philippe, lui rappelant les torts <( et le lionnimenf qui lui était fait, il ne voulut « guerroyer contre le roi Richard 0S) ; mais Richard « saillit en guerre contre lui, pilla , prit et brûla u ses bourgs et ses villes : ce dont tons les barons, « à qui déplaisait la paix , furent fort joyeux, et a Bertrand de Born fit un autre simules pour « affermir le roi Richard dans son propos (6).
Cette destinée de FÀquitaine d'être sans cesse ballottée entre deux puissances étrangères également ennemies de son indépendance, et cependant tour Ô tour ses alliées, au gré de l'hostilité qui les divisait, cette destinée, qui, plus tard, fut celle de 1 Italie, pesait alors sur tout le midi de la Gaule, y compris le pays montagneux qu'on nommait Al vernké dans la langue romane du sud, et Auvergne
Ben an camjat honor per avoïoza Segon qwPâug dïr, Mr$ttbuhûn e francoy..,
(Ptfùsîct! dpiT^iubuduurhj i, IV, p. 173,)
(2) TuUH baron de Peilieus e de LetnûSm en toron moü alegre... Lo rois Rîcbariz commcnseL far tortz en las terras del roi de Frania... { Ibid., t, V , p. 94.)
(3) ...Si qu^en H i ch a riz ïo desmenti ed clame L vit recrczen, - * (Ibid., p, Dd.)
(4) Guerra ses fuec e ses sanc De rei o de gran podcsia ,
QiFus coms laîdis ni desmenta, etc.
[IbnL, t. 1VT p , 173.)
(H) Anernaia per re qn’En Ttertrans de Rora disses en co¬
dans celle du nord. Ce pays, après avoir énergique- nsi ment résisté à l'invasion des Franks (T), vaincu par m eux, comme le mie des terres gauloises, s'était trouvé momentanément englobé dans leur conquête; }
puis il avait recouvré sa franchise nationale sous les roîs fainéants, successeurs de Chlodowig; puis dévasté et repris de nouveau par les fils de Feppîtu il était devenu une province du vaste empire qu'ils fondèrent. Enfin, le démembrement cl la ruine totale de cet empire l’avaient affranchi une seconde fois ; de sorte qu'au douzième siècle le peuple d'Auvergne était gouverné aussi librement que le Comportait la civilisa tion de l'époque, par des seigneurs de sa race et de son langage, qui prenaient le litre de comtes, et qu'on appelait aussi dauphins, parce qu'ils portaient dans leurs armoiries la figure de ce poisson.
Le dauphin d'Auvergne reconnaissait pour suzerains les dues d’Aquitaine, peut-être par un reste de souvenir du gouvernement des Romains, et de la subordination des magistrats locaux de l’empire aux magistrats provinciaux (8). Comme duc d'Aquitaine, le roî d’Angleterre avait reçu son serment de rasselage, suivant l'ancienne coutume, et le dauphin ne montrait aucune répugnance à rendre ce devoir de soumission purement nominale. Mais il arriva qu'a près avoir, sans beaucoup de fruit, ravagé les domaines du roi de France, Richard, lassé de la guerre, et voulant faire une trêve plus durable que la précédente, proposa à son rival d'échanger avec lui la suzeraineté d$ l'Auvergne contre d’autres avantages politiques (9). Cette proposition fut acceptée; et le roi d'Angleterre s’engagea envers l'autre roi à garantir la cession qu'il lui faisait, c’est-à-dire, a lui prêter main-forte contre le mécontentement des hommes du pays. Ce mécontente ment ne tarda pas à se faire sentir; car les Auvergnats ne voulaient point du roi de France pour suzerain, d’abord parce qu’ils n'a valent jamais eu de pareilles relations avec lui, ensuite, dit un ancien récit, parce qu'il était avare, de mauvaise seigneurie, et leur trop proche voisin (10). Dès qu'il eut envoyé ses officiers recevoir l'hommage du ,
blas ai en simplet al rei Fdip , ni per reconlamen de tort ni d'aunimen que îLI fos dit* ni fait z no vola guerreîar lo rei Richart (Poésies des Troubadours , t,V,p, 05.)
(0) .. Don luit b li baron, a cui desplaaîa ta patz , (toron moll ategre. En Berlrans de Born , sitotà com et auzi qifEtt Rîchari era saillis à la guerra ,el feiz aquel sirvente queeomema... (Ibid., p. 9G ,)
(7) Voyez livre L
(8) Lo datfins d'Atverohe... (Vies dos Troubadours, t.Yr ' P- 124.)
(0) Poésies des Troubadours, t, V,p, 451.
fR)) .-Fer so qu’el i cis de Frauda lor era trop vezîs,.. ed? mais sebignoria.., (Ibid.)
DE L'ANGLETERRE. - LIVRE ONZIÈME
m* comte d'Auvergne ? qui n’osa le refuser d’abord, son premier soin fut d'acheter dans le pays un des plus forts châteaux pour y mettre garnison ; et peu après, sous de légers prétextes, il enleva au comte la ville d'issoire, préparant ainsi les voies pour la conquête de tout le pays, conquête qu’il espérait achever sans guerre (I),
Richard s’aperçut des projets du roi de France T mais U ne fit rien pour les arrêter , prévoyant que l’Auvergne se lasserait un jour, et comptant sur la haine nationale que le nouveau seigneur accumulait , non-seulement pour y reprendre In seigneurie , mais pour eu tirer des secours dans la première guerre qu’il entreprendrait contre son rival d’ambition. En effet, dès qu’il jugea a propos de rompre la trêve , il envoya dire au dauphin : ü Je sais les grands loris que vous fait le roi de n France, à vous et ê vos terres ; et si vous voulez, *< en vous révoltant, me prêter secours , je vous >1 soutiendrai, et vous donnerai des chevaliers, « des arbalétriers et de Targent à souhait (2), » Le comte d’Auvergne , croyant à ees promesses, proclama dans son pays le ban de TmsurreclÎQn nationale, et commença la guerre contre le roi Philippe (3). Mais , dès que Richard vît la lutte engagée , il fri aux Auvergnats ce que Louis , père de Philippe , avait fait aux Poitevins, il prît de nouveau trêve avec le roi de France, et passa eu Angleterre, sans s’inquiéter nullement de ce qui adviendrait du dauphin et du pays d’Auvergne. L’armcede France entra dans ce pays , et , comme s’exprime Ranci en ne chronique , mit tout à feu et à framine, s’emparant des villes fortes et des meilleurs châteaux (4). Incapable de résister seul à un ennemi si puissant , le dauphin conclut une suspension d’armes, durant laquelle il envoya sou cousin , le comte Gui, et dix de ses chevaliers eu Angleterre , afin de rappeler au roi Richard les promesses qu’il avait faites. Richard accueillit mal le comte et ses compagnons , et les laissa repartir sans leur avoir donné ni hommes , ni armes , ni argent (5).
(1) ...E tôle Usoir aï dalfiu. . . (Poésies des Troubadours , t. V, p. 451.)
(2) * . .Se il li volîuil valer é revolarsc contra il rei de Fr an sa . e lüP daria cavaliers e h ailiers e deniers a lot comendamen.., (Ibid.)
(3) . î saillirmi a la guerra contra lo rei de Frania...
(Ibid,)
(4) E mes a fuec et a fiama Lola la terra. ( Ibid.)
(5) ..Æ?lr©cep male mal Ponret.el no Hl donne! ni cavaJ- I ter ni slrven, ni bakstier. ni a ver.,. (Ibid.)
(G) lbid.,p. 432.
(7) La Ire va del rei de Fransa e iTEo fUchart si fo fenida.
(8) . , . (jue Ut li degtiésson ajurîar e valer... (IbiiL)
(9) Si fez un sîrvcatesdel dalflo , et quai remembre t le sagramen qu’et daIRn e*l ce ms Gui avion fait adel , e corn
Honteux et tristes de s'ètre laissé tromper , et nw contraints de céder à leur mauvais sort , les Au ver- ^ gaats firent la paix avec le roi de France, en avouant sa suzeraineté sur eux , et lui prêtant de nouveau le serment d’hommage (G). Peu de temps après expira la trêve des deux rois ; et Philippe recommença aussitôt la guerre à feu et à sang contre les habitants des terres de son rival (7). A cette nouvelle s Richard passa la mer , et f dès qu’il fut descendu en Normandie , il envoya un message au dauphin d’Auvergne et au comte Gui, pour leur dire que, puisque la trêve était rompue entre lui et le roi de France, ils devaient, comme de loyaux amis, venir à son aide et guerroyer pour lui (S). Mais ils ne se laissèrent point tromper une seconde fois , et restèrent en paix avec le roi Philippe. Alors Richard , pour se venger , composa , en langue provençale, des couplets satiriques, où îl disait qu’après lui avoir juré féaulé , le dauphin P abandonnait dans le péril (fr). Le dauphin ne resta pas en arrière , et répondît aux vers du roi par d’autres où se trouvait plus de franchise et de dignité. « Iloi, disait-il , puisque vous chantez de moi, vous avez trouvé ii un chanteur. «* Si jamais je vous fis quelque serti ment, ce fut folie de ma part (10) \ je ne suis point « roi couronné , ni homme de grande richesse : h pourtant je saurais tenir ferme avec les miens « entre le Puy et Aubusson \ et, grâce è Dieu , je u ne suis ni serf, ni Juif (11) , »
Ce dernier Irait ëpigrammalîque semble faire allusion au massacre et â la spoliation générale des Juifs qui avaient eu lieu en Angleterre au commencement du règne de Richard (1S), et peut-être aussi à la misérable situation des indigènes. Quelque imparfait que fût Tétai de la société . au douzième siècle , dans les provinces méridionales de la Gaule, il y avait pourtant une énorme distance entre ce régime et celui de l'Angleterre , gouvernée par des étrangers. La diiférence des langues, s’ajoutant à celle des conditions , empêchait l’espèce de sympathie nationale qui ailleurs pouvait unir l'oppresseur
Lama abandons!.,. (Poésies dea Troubadours, t. V,p, 432.)
(10) fiels pus vos de mi ehaulalz T l*oï al z av tiz c ha n ta do r.
Auc non fuy vostre jtiraU E comioissi ma fol or.
(lliUi,, t. IVt ï>„ 256-257.) (11) Qu’ieu uo soïy reis coron a U FU hom de Umgraii ricor
Poro Di eus m'a Fag tara bon Qu’entr’el Puey et Albusson Pueac remarier cnir'els mi eu s, Qu’ieu no soi fera ui Juaieus.
(12) Roger. de lioved., p. 657.
à l'opprimé, et déguiser , au moins en partie, la ut® servitude du grand nombre* L'insolence du riche, d'autant plus grande qu’il avait, moins de moyens de communiquer avec ses inférieurs , celte insolence normande qui , scion d’anciens vers, croissait avec les années (1 ) , et le caractère hostile que prenait tout à coup la résistance a l'oppression s donnaient au pays un aspect a peu près semblable à celui de la Grèce sous la domination des Turks, On voyait encore des familles saxonnes qui , par un vœu perpétuel , s'étaient obligées , de père en fils ,
porter leur barbe longue , comme un souvenir de l'ancienne pairie et une sorte de protestation contre les usages introduits par la conquête (2)* Mais ces familles étaient en petit nombre; et les vainqueurs, ne les craignant point, leur permettaient d'étaler en paix la marque de leur descendance anglaise et Tin utile orgueil d'un temps qui ne pouvait plus revenir* ilOG En l'année 1106, lorsque le roi Richard était occupé à guerroyer contre le roi de France , et que ses officiers levaient de l'argent pour les frais de ses campagnes , et pour le paiement du reste de sa rançon , la ville de Londres fut requise de payer un taillage extraordinaire (3). Le chancelier du roi en adressa la demande aux chefs de la bourgeoisie , que, par une bizarre association des deux langues parlées en Angleterre , on appelait maire ci alderman (£). Ceux-ci convoquèrent dans la salle de conseil, ou le husding f comme on disait en langue saxonne 3 les principaux ciLoyens de la ville, pour délibérer , non sur le vote de l'impôt , niais simplement sur sa répartition entre tous les contribuables (5), Hans cette assemblée , composée en majorité d'Anglais indigènes, se trouvait un certain nombre d'hommes de race normande, angevine on française , dont les ancêtres , venus en Angleterre au temps de la conquête , s'étalent livrés au commerce ou avaient exercé quelque métier* Soit à cause de leur descendance étrangère, soit à cause île leurs richesses, les bourgeois de cette classe formaient à Londres une sorte de parti dominant j
(1) Faslua Normanms crescït emçenlibt» a nais,
(lîrignr. ds HavctL t pt lî&T.)
(S) — Cujus genus avUinn, ob indigna lion cm Normannorum, radere Jwbàm eoniempsii,,, (Malh* Paris,, p* 127,)
{5) Procter regis captionem et alla iucide alla,,. ( Roger* de lloved,, p* 7(55,)
(4) Quos majores et alüermannoa vocamiH... (Math, Paris,,
(5) lu suo luislingo excellent tores civhtm» (Malh. Paris., p* 127.)— Rus, maison ff/ïî#, affaire, jugement, conseil. — LiistribuLionem muncrmiîsubeimdorura..* t Ailred* Rieval . p. 60L)
(dj Mailt, Paris** p* 127*— Malh, Wcslraona&l,, p, 260.
(7) Zeio justltiâft et feqiîitatîs acccnsus. . , (Roger, do Iloved.* p ,7G50
LA CONQUÊTE
ils maîtrisaient les délibérations du conseil , et , le m plus souvent , réduisaient au silence les Anglais que l'habitude d'étre opprimés rendait timides et circonspects.
Mais il se trouvait alors dans la classe des indigènes un homme d'un caractère bien different, véritable patriote saxon , qui , pour ne pas ressembler aux fils des étrangers , ne se rasait jamais la barbe (fi), 11 se nommait Guillaume ou William, suivant la prononciation anglaise, et jouissait dans la ville d'une grande considération , à cause de son zèle à défendre par toutes les voies légales ceux d'entre ses compatriotes qui avaient â souffrir de quelque injustice (7)* Né de parents à qui le travail cl l'économie avaient procuré une assez grande aisance 3 il s'était retiré des affaires cl employait tout son temps à Te Lu de de la jurisprudence (8). Nul clerc normand ne le surpassait dans Tart de plaider en langue française devant les cours de justice, et lorsqu'il parlait anglais, son éloquence était vive et populaire. 11 consacrait sa science des lois et sou talent pour la parole à tirer les bourgeois pauvres des embarras que leur suscitait la chicane, et à les protéger contre les vexations des riches dont la pins fréquente était l'inégale répartition des tailles (0). Tantôt le maire et les al demie u exemptaient de toute contribution ceux qui étaient le plus eu état de payer, tantôt ils établissaient que chaque bourgeois paierait la même somme , sans égard à la différence des fortunes , de façon que toujours la plus lourde charge retombait sur les pauvres gens (10)* ils s'eu étaient souvent plaints, et William avait plaidé leur cause avec plus d'ardeur que de succès (II)* Scs efforts Ta valent rendu cher aux bourgeois de petite et de médiocre fortune, qui lui donnaient le surnom de défenseur ou d’avocat des pauvres (12); quant aux ftormandset à ceux de leur parti, ils le surnommaient ironiquement l'hommû à la barbe y el Faccu&aient de séduire là multitude eu lui inspirant une envie désordonnée de liberté et de bonheur (15).
(S) Legla perilus*,, ( Roger* de lloved., p. 765, ) — Eral j euiia etoquemisaimus* (Gervaa* Gantuar. , p, 1591,)— Cum daium essetilli os loqucua iugtriiila. t Guiïl. Neub*, p. C50.)
(0) Facius est pauperum advocahis, Votons qu'èd unusquisqnc tàm d i ve & qtiàm pauper sâctmdùm facul taies masdaret, ad u m versa civitalk uegolia,., [ Roger. de Hoved*, p. 765,)
(10) Volucrtini se ipsos servare iademnes aut sa Rem sine grovatnine, el pauperiore* vehcmenier exagkare. , * (Malh. paiis*, p- 127.)
(11) Vîdi coniradiclionem sæpiüs habita ta inter divites et pauperoSi (Ailred** FtievaL, p* 091..)
(12) P 1 u ri mos quas i prie &l i gi h fas ci n al os ai bi devlus.it. (Gtiill. ISeu brig. a p. 630.) — UL eum in omnibus habereai advoealtun* (Gervas, Canin ar,, p, 1591*)
, £13) Guillelmm cqffuomcnto ùda~barbe. (Math. Weaimo-
iî9e Ce singulier personnage , dernier représentant de l'hostilité des deux races que la conquête avait réunies sur le même sol, parttL au conseil municipal de 1196, tel qu'il s’était montré jusque-là. Suivant leur coutume , les chefs de la bourgeoisie de Londres opinèrent pour une distribution des charges communes, faite tîc telle manière que la plus petite partie seulement devait peser sur eux; William à la fougue barbe leur tint Lé te seul ou presque seul (1); mais la dispute s’échauffant , ils l’accablèrent d’injures et l’accusèrent de rébellion et de trahison envers le roi, i< Les traîtres au roi, répliqua l'Anglais,
« sont ceux qui fraudent son échiquier en s’exemp- 1 1 tant de payer ce qu'ils lui doivent , et moi-même tt je les hu dénoncerai (â), » En effet , il passa la mer, alla au camp du roi Richard, et s’agenouillant devant lui eL levant la main droite, il lui demanda paix ci protection pour le pauvre peuple de Londres (S)* Richard accueillit sa p tain Le, dit qu’il y serait fait droit, et quand le pétitionnaire fui parti, il n’y songea plus, trop occupé de ses grandes affaires politiques pour descendre ail détail d’une querelle entre de simples bourgeois (4).
Mais les barons el les prélats normands qui occupaient Les hauts emplois de la chancellerie et de l'échiquier s’en mêlèrent , et , par instinct de nationalité el d’aristocratie, prirent vivement parti contre les pauvres et contre leur avocat. Hubert Gaultier, archevêque de Caiiterbury, et grand juslicier d’Angleterre, irrité de ce qu’un Saxon etlt osé se rendre auprès du roi pour lui porter une dénonciation contre des gens de race normande, et de crainte qu'un pareil scandale rie se renouvelât, défendit, par une ordonnance, à tout homme du peuple de Londres de sortir de la ville sous peine d'être emprisonné comme traître au roi étau royaume (5), Plusieurs marchands , qui malgré les ordres du grand justicier se rendirent à la foire de Stanford „ furent arrêtés et traînés en prison (6). Ces actes de
nasï.. p» 2G0.) — AL cum Larbi barbatus, etc, — Inopes et médiocre* ad immoderotæ I ibertat ie et f«lieiiati& amorem inlîammniïa. (GuilL Nettbfjg., p. 030.)
(I) Récalcitrante Wülelmo , cogne mente cutn barbé. . , (Molli. Parts., p. 157.)
(5) ...Et majores eivHalis proditorea ilominï regis appel* lame... flbitl.) — Prauendens quùd corurn fraude Bsco plnrimum depertret.., (Gaitlet. Neubi îg., p. 030.)
(3Ï Impelrana abeo paeem sibi el populo. , . ( Roger, de IJoved., p. 763,)
(5) ...üttdô Huberttit Waller Cantuarjcnais arcbiepîscopus . régis juMîLîarius , îrà admodiim com motus, præceplt ut ubiomtipe alïquî* de plebe inveuîretur extra cîvitateni caperctur tauquâtu îiostis regis et regni... (Ibid.)
(6) ... Àpud Qundinaa de Stanford capti jtmt quidam niervatores de pïebo Londoniens!... (Ibid.)
violence causèrent une grande fermentation dans jma la ville, et les plus pauvres d'entre les citoyens, par un instinct naturel aux hommes de tous les temps, formèrent une association pour leur défense mutuelle. William à la longue barbe était l’imc et le chef de celte société secrète, dans laquelle Rengagèrent, disent plusieurs historiens du temps, plus de cinquante mille personnes (7). On rassembla des armes telles que des bourgeois demi-serfs pouvaient sVn procurer au moyen âge, des bêlons ferrés, des haches et des leviers de fer, pour attaquer, si ion en venait aux mains, les maisons fortes des Normands (8).
Entraînés par un besoin naturel de se communiquer leurs sentiments eL de s’encourager les uns les autres, les pauvres de Londres se réunirent plusieurs fois, el tinrent des espèces de conciliabules ou de clubs en plein 0»r, sur les places et dans les marchés (9). Dans ces assemblées tumultueuses, W illiam portait la parole el recueillait des applaudissements , dont il s’enivra trop peut-être, el qui lui firent négliger le moment d'agir et de frapper un grand coup dans l'intérêt de ceux tpi’il voulait rendre redoutables à leurs oppresseurs (10).
Un fragment d’une de ses harangues est rapporté par un chroniqueur contemporain, qui as^uarp l’avoir recueilli de la bouche d’une personne présente (1 J).
Ce discours 3 quoiqu'il eût un but tout politique, roulait, comme les sermons de nos jours, sur un lex Le des Écritures , ci ce texte était : u Vous putu serez de ï’eau avec joie aux sources du Sauii veur (IR).* William faisait à lui- même l'application de ccs paroles ; « C’est moi, disait-H, qui suis le sau- « veur des pauvres; vous, pauvres, qui avez éprouvé « combien est dure la main des riches, puisez mainfi tenant à ma source l'eau d’une doctrine salutaire ; i. el puisez-y avec joie, parce que l’heure de voire u soulagement est venue (lh). Je Séparerai les eaux i» des eaux, c’est-à-dire, les hommes des hommes ;
(7) Fada est feitur London iis tanqiuim zdo pauperum contra iqsülentbs potenlum conjura Lîo valida ; fuisse ai U eut fertur eonjursiorum clvlum numerua . asenpiîs , ut postcà claniit, penes ipsum ( Witklmmuj nomipibus «iegutorum ,
LU milita, (GuIlL Neubrtg., p. 6300
(8) ...FérramcnLorum (jutique ingeas copia ad stnugcndas domos mumiiores proeparoio... (Ibid.)
(9) Cornent us publiées aiietoritate propriê. . . ( Ibid. , p. 633. )
(10) ...Vallntus im*b> b pompai icè procedebai fastus serrnonnm ejus.„ (Ibid.)
(11) Ex eo quod viri veracU narra Italie didici... (Ibid.)
(12) Hauviefci& aquas cum gaudio de foûûbus Salvaioris... (IbidO
(13) Eço, inquit * sum pauperum s&lvaior; vos pauperes, duras dlvilum mautia expert! , bamitc nunc de fonübus mois aquûs duclrimé sala la ris, et hoc cum gaucho, quia jàm venît tempos vftîtaüonïs Vectra}... (Ibid )
n 96 « je séparerai le peuple humble et sincère du peu- « pie orgueilleux et sans foi; je séparerai les élus des ü réprouvés, comme la Lumière des ténèbres (1). » Sous ces propos vagues et mystiques, H ma gin a Lion des auditeurs plaçait sans doute des sentiments et des désirs d’une nature plus précise ; mais il eût fallu mettre Si profil l'enthousiasme populaire ; et l’avocat des pauvres se laissa devancer par les hauts fonctionnaires normands qui , réunissant cl Londres, en parlement, les évêques, les comtes et les barons des provinces voisines, citèrent l'orateur du peuple à comparaître devant cette assemblée (2).
William se rendit à la sommât ion , escorté d’une grande multitude qui le suivait en l’appelant sauveur et roi des pauvres (3). Ce signe non équivoque d’une immense popularité intimida les barons du parlement; usant d’adresse, ils ajournèrent l’accusation à une prochaine séance qui n’eut point lieu, et s’occupèrent dès lors à travailler l’esprit du peuplé au moyen d’émissaires adroits (4)* De fausses promesses et de fausses alarmes , répandues tour â tour et à propos, calmèrent T effervescence publique, et découragèrent les partisans de l'insurrection. L’archevêque de Cantcrbury et les autres justiciers convoquèrent eux-mêmes plusieurs assemblées des petits bourgeois de Londres ; et leur parlant tantôt du besoin de conserver l’ordre et la paix, tantôt de la puissance qu’avait Le roi pour écraser les séditieux, ils réussirent à semer le doute et l'hésitation parmi les conjurés (3). Saisissant cet instant de mollesse et tV in certitude toujours fatal aux partis populaires, ils exigèrent , comme otages et garants de ta tranquillité publique, tes enfants d’un grand nombre de familles de la moyenne et de la dernière classe (6). Les bourgeois n’eurent pas assez de résolution pour résister à cette demande ; el la cause du pouvoir fut gagnée, dès que les otages , conduits hors de Londres , furent emprisonnés dans différentes forteresses (7).
Malgré la puissance que leur donnait l’inquiétude
(1) Ego enitn divtdam aquas ab aquis.aquæ nempè popuît siint ; divjdam itaque po|Hilinn humiîem el fuldem à populâ superbe eiperfldo... (Gui IL fieubHg., p. 05 L)
(2) De consiiio proue mm , evocuvit eum (Justitiartus) sa- ÜsFàciurum de objecüs... (Ibid,, p* 052.)
(5) Qui opporiunù affuil turbis ita vallatus... Regem v<jl nai valorem pauperum... (Ibid.)
£4) ...Ut evocatnr e)us iüolluis agerel eijpro déclina mlô perîCDlO caulè judicium proLelareL,. (Ibid.)
(5) Publiée et privartro lomïomeuscs Cires alloqueDs pro pâte consmamlA. , pro ûdelUale regis. , , pro bono pacis... Uiervaa. Canluar., p. 1501.)
(G) Muiiornm mediæ mariés bomiaum ülii dati suni in oïi-ndatum,** (Allred. Rie va L, p. 69 1.)
■7} In diversis mnnitionihus carcerï mancipnlL*» (ïbîd.)
r.fh Éxplorato IgUar per duos cives nubiles lempore qno
LA CONQUÊTE
qui régnait à Londres sur le sort des otages, les im justiciers n’osèrent pas encore faire arrêter publiquement l'homme pour la perte duquel tant de précautions avaient clé prises. Ils résolurent d’épier le moment ou William se trouverait hors de chez lui, seul ou accompagné de peu de monde; deux riches bourgeois, probablement de race normande, et dont l’un s’appelait Geoffroy, se chargèrent par zèle de cet espionnage (S). Suivis de gens armés, ils observèrent durant plusieurs jours toutes les démarches de l’homme à la longue barbe ; et une fois qu’il se promenait tranquillement avec neuf île ses amis , les deux bourgeois t abordèrent d’un air indifférent; puis tout à coup celui qui se nommait Geoffroy porta la main sur lui en donnant le signal aux hommes d’armes apostés près de là (9). William u avait pour toute défense qu’un de ces longs couteaux que, selon la mode du temps, on portait à la ceinture ; il le tira , et d’un seul coup fit tomber Geoffroy mort à ses pieds (10). Au même instant arrivèrent les soldats , vêtus , de la tète aux pieds, de mailles à l’épreuve du poignard; mais William et ses neuf compagnons, à force de courage el d’adresse , firent si bien , qu’ils leur échappèrent , et entrèrent en fuyant dans l’église la plus voisine, dédiée à la Vierge, et que les Normands appelaient Sainte-Marie tle FArché (11), ils en fermèrent les portes el s’y barricadèrent. Les gens armés qui les poursuivaient essayèrent de forcer l’entrée , mais ne purent y parvenir ; el Je grand justicier, apprenant cette nouvelle , envoya des courriers vers les châteaux voisins pour faire arriver, en grande hâte , de nouvelles troupes , ne se fiant pas , dans ce moment critique, à la seule garnison de la Tour de Londres (12).
Le bruit de ces événements causa dans la ville une grande FèrmeutalioD : le peuple était sensible au péril de Y homme qui avait si généreusement pris sa défense (13); mais il montrait eu général plus de tristesse que de colère. La vue des soldats qui en-
mveniri possel sîue turbis. ♦ . (GtüJL ïïeubrig. , p, G32. — Ropr.de Hüved., p.G75.)
(9j Cum cisdum embua ad cûpicûdum mina armatam manum emiût. Quorum imus... (Guill. Neubrig.. p. b32.) —
Ail quem capïèndum cïun Gaufridua venirel. . . ( Roger, ila BoveiL., p. 675.)
£10) Ibid.
(II)Loncaia multitude.. (GuilL Neubrig., u. 032.)— SolA sicA Se défende ns... (Maib, Paris., p. 127.) - lucluserunl S* in ccclesîamSanetm Manière (fJrche.{ Rog. dflHov,,[ï.07iL)
fl 2) Cûovocatànoo modicà armât à mlLHiâ^icos ci pfaicas observari preeceptt , ne fœdus in Un ni cives ru m perçut. * *
( Gervas. Cantuar. , p. 1301. ) — Mili Lares copias ex vlcinls \) ro v inc i i s accorsl las. (G ui I f ci m , Keubrïg., p* 032.)
13) Zelani pro pau perçu lo tiupulo..* (Henric. Hnyglon., p. 2-11 b.)
im traient en bon ordre pour occuper les nies et les places, et surtout la conviction qu'au premier soulèvement les otages seraient mis à mort, retinrent les bourgeois dans leurs ateliers eL leurs boutiques (Î)p Ce fut vainement que les réfugiés attendirent du secours ; et vainement aussi quelques hommes déterminés engagèrent leurs compatriotes à marcher en armes vers l'église de Sainte-Marie, La masse resta inerte et comme frappée de stupeur (â).
Pendant ce temps, William et ses amis se préparaient de leur mieux à soutenir un siège dans te clocher ou ils salaient retirés ; sommés plusieurs fois de sortir, ils refusèrent toujours ; et l'archevêque de Ganter bury, pour les chasser plus promptemonL de leur poste, fil amasser une grande quantité de bois et mettre le feu à l’église (3). La chaleur et la fumée, qui remplirent bientôt la tour, obligèrent les assiégés de descendre à demi suffoqués (4). Iis furent tous pris, et, pendant qu'on les emmenait garrottés, le fils de ce Geoffroy , que William avait tué dans sa fuite, vint ù lui , et d'un coup de couteau lui fendit le ventre (5). Tout blesse qu'il était, on le Ha à la queue d'un cheval, et on le traîna ainsi par les rues jusqu'à la Tour de Londres , où il comparut devant l'archevêque , et , sans information ni débat, reçut sa sentence de mort ; le même cheval te traîna de la même manière au lieu du supplice (G). Il fut pendu avec ses neuf compagnons , tous Saxons de naissance ; << et c'est ainsi 7 dit un « vieil historien, que périt Wiliiam-Longue-Barbe .
<: pour avoir embrassé la défense des pauvres et « de la vérité (7) : si la cause fait le martyr, nul « mieux que lui , et à plus juste litre, ne peut être « appelé martyr (8). »
Cette opinion ne fut pas celle d'un seul homme , mais de tout le peuple de Londres qui, n’ayant pas
[fl Populum expeetans... qui mmiriim ctsi de istitia périeuïo dotait, iamen vet respecta ohsidttm vcl metu, , . ad crépi ioncm non aceurrit... (Gu HL KenbHff. , p. G52.)
(2) Sed per pusillanimes et dégénérés dissipation etmsiltam civîiim Willelmo eoûFœdératorum ad resÎGlendum ipsorum injuriæ... (Malh. Paris., p. 127.)
{SJ Et cum nec sic reddere se velleiH, ex prœeepto archb episcopî Cantuariv apportas est ignis. .. (Roger, de Hoved., p. 675.) — - Supposilo îgne magna m ccclesïæ partem combusaerunt. (Maib. Paris., p. 127.)
(4) Cosctiis est Wüîelmus à turri descendere , calore et fumo peuè suffocatus... (Ibid.)
(5) CulU'o iïlïventrem dUsecmU. (Guill. îîeubrig., p.Oôî.)
{6) Adcandam equi irahitur ad turrim Londonieusem...
( Math. Paris. , p. 127, ) —■ Archiepiacopo præ$ent.Uur... (Gervas. Canluar., p, 159L)
(7) ISovero «jus vtcîni veï de ejna faimliA... pro assertions veritaüs et pro causé panperumtmmdâ* (Malh. Paris., p. 127.)
(8) t,Xïim constat causam martyrem Faeere , inter martyres videtur meriUicompiitaniliis... (ïhid.)
(9) EMînctum planxêre vebementer , regui provisorem
eu rénergie de sauver son défenseur , le pleura du \m moins après sa mort , et traita d’assassins les Normands qui l'avaient fait mourir (9). Les écrivains amis du pouvoir, et c’est le plus grand nombre, disent que William passa pour saint auprès des partisans de la révolte et d'un bouleversement politique (10). Le gibet auquel il avait été suspendu fut enlevé de mut comme une relique, et ceux qui ne purent se procurer quelque parcelle du bois grattèrent la terre qui en avait touché le. pied (11). Tant de gens vinrent chercher de celle terre qu’en peu de temps il se forma une fosse profonde au lieu de l'exécution (12). On s'y rendait, non-seulement du voisinage, mais de tous les coins de l'Angleterre, cl aucun Anglais de race ne manquait à cette espèce de pèlerinage patriotique quand il venait à Londres pour ses affaires ou son négoce (15).
Bientôt l'imagination populaire attribua le don des miracles à ce nouveau martyr de la résistance à la domination étrangère; ses miracles furent prêches, comme autrefois ceux de AYaltheof, par un prêtre tî origine saxonne (14) : mais le nouveau prédicateur eut le même sort que l'ancien ; et il ne fut pas moins dangereux alors de croire à la sainteté de l'homme à la longue barbe, que cent vingt années auparavant à celle du dernier chef anglo-saxon (15).
Le grand justicier Hubert envoya des soldats qui dispersèrent à coups de lances la foule qui s'assemblait pour lui faire affront, comme il disait luimême, en rendant de pareils honneurs à la mémoire d'un supplicié (IG). Mais les Anglais ne se rebutèrent pas ; chassés le jour, ils revenaient la nuit , soit pour voir, soit pour prier; on plaça en embuscade des gens armés qui en saisirent un grand nombre, tant hommes que femmes, qu'on fouetta publiquement et qu'on enferma dans des forteresses (17).
lanquàm homiddam lacérantes... (Guill. Neubrïg., p. G33.)
(10) Conjurât! et novarum aucupes reram... (Ibid.)
(11) PaUbulum quo suspectas füerat , de loco supplicii furio nocturne sufolatum est. terra quoquesuppngita... vdut aliqnod sacrum,.. (Ibid-, p. G57.)
(Î2) tiqué ad tassa m non modicam per mîmitias est abrasa... (Jhid.. p. 655.)
(15) ...Qui fortè ex dîversïs ÀogUsc provindis, pro nefto- Uis propres Londonias advcniassent... (Ibid.)
(14) ...Subito dîvulffatamesl WHlelmtimnovum marlyrem covis clarescerc mtraculÈE... (Gervas. Cantuar. , p. 1591.)
(15) Voyez livre V.
(Î0) In saccrdotem priefatum occkda&tfô& præeunte vindiclâ. , . (Henric. Knygtanr, p.2412.) — Armatorum gîobnm: emïsit qiti ruaticam mulnuidmem tagarent. . . Quantum honoris defuncio impendens , tantum dedecus ejua damnatort impiogens... (Gutlielm. îioubrïg., p. 637.)
(17) Excubabat ibidem noclumo tempore jugiter iasulsa muHltttdo. . . (Ibid.) ~ Yerïitu poîiüs insidi», et flagdlnlb qui noclü vénérant adoramlum. . . (Gervas, Cantuar. , p. 159t. )
CTflô A la fin une garde permanente fut établie sur le Heu même que le peuple s'obstinait à regarder comme consacré» cl elle en interdit rapproche aux curieux et aux passants (O* Celle mesure eut seule le pouvoir de décourager l'enthousiasme populaire» qui tomba et s'amortit par degrés (2).
loi doit se terminer le récil de la lutte nationale qui suivit la conquête de F Angleterre parles Normands ; car l'exécution de William -Longue-Barbe est le dernier fait que les auteurs originaux ratia- - ehent positivement à la conquête. Qu’il soit arrivé dans la suite d'autres événements empreints du même caractère , et que William n'ait pas été le dernier des Serrons, c’est ce qui est indubitable; mais Finexaclïliide des chroniqueurs , ou la perte des anciens documents, nous laisse sans preuves à cet égard et nous réduit tout d’un coup aux inductions et aux conjectures* La tâche du narrateur consciencieux finît donc à ce point; et il ne lui reste plus qu’à présenter sommairement le tableau de la destinée ultérieure des personnages qu’il aban-
(I) Armalsm in ipso loco cuslüdinm jugiter obtérvare præcep't quæ non aoliim ad supplice lionesadvcniensviilgus arcerct , seit ctîam curiosè diveriénliimi intiîberéi accès- $mn*.. (Guill. Neubrig*, . p. 637*)
(S) Sic popalarti opinio conquievtL.,. (Ibid.)
LA CONQUÊTE
donne, afin que le lecteur ne reste pas eu suspens.
EL par ce mot, personnages, cen’est ni Richard, roi d’Angleterre, ni Philippe, roi de France» ni Jean, comte de Mortaiu , qu’il faut entendre, mais les gra nd e s m a sses d’h om me s e L les po p ni a li o ns d ï ve rses qui ont ou simultanément ou successivement figuré dans les pages précédentes* Car l’objet essentiel de cette histoire est d’envisager la destinée des peuples, et non celle de certains hommes célèbres , de raconter les aventures de la vie sociale » et non celles de la vie individuelle. La sympathie humaine peut s’attacher à des populations tout entières, comme a des êtres doués de sentiment, dont l’existence, plus longue que la nôtre , est remplie des mêmes alternatives de peine et de joie, d’espérance et d'abattement* Considérée sous ce point de vue, Fhîsloire du passé prend quelque chose de l’intérêt qui s’attache nu temps présent; car les êtres collectifs dont elle nous entretient n’ont point cessé de vivre eide sentir; ce sont les mêmes qui souffrent ou espèrent encore sous nos yeux. Voilà son plus grand aurait; voilà ce qui adoucit des études sévères et arides» ce qui, en un mot, donnerait quelque prix à cet ouvrage , Si Fauteur avait réussi à rendre les émotions qu’il éprouvait en recueillant dans de vieux livres des noms devenus obscurs, et des infortunes oubliées.
])E L'ANGLETERRE. - CONCLUSION