‹ ŒuvresChapitre 26 sur 94 · Fronces e’te cacorsa · texte numérisé non relu

Fronces e’te cacorsa

E’Js peu g n1 fai pon*

a-- ïVoniiHiour», *. ivt p. 314. j

(2} Provincia.

cette époque, le comte de Provence, Raymond Bë- ma ranger mourut , laissant une fille unique, appelée 12*7 Béatrice, sous la tutelle de quelques-uns de ses parents, Les tuteurs, se voyant maîtres de la jeune fille et du comté , offrirent au roi de France de lui céder Punc et Paulre pour Charles d’Anjou , son frère; et le roi , ayant souscrit aux conditions proposées, fit d'abord avancer vers la Provence des troupes qui y entrèrent comme amies. Charles d’Anjou s’y rendit peu après, et on lui fît épouser Béatrice , sans trop k consulter sur ce choix. Quant aux gens du pays, leur aversion pour un comte étranger, et surtout de race française, n’était pas douteuse (3). Us avaient sous les yeux l'exemple de ce que leurs voisins de l’autre côté du Rhône souffraient sous le gouvernement des Français : « Au n lieu d'un brave seigneur, dit un poete conu temporal n, les Provençaux vont donc avoir un « sire; on ne leur laissera plus bâtir ni tours « ni châteaux ; ils n’ oseront plus porter la lance « ni l’ëcu devant les Français. Puissent-ils mou- « rir tous pluiôL que de tomber en un pareil « état (1) î »

Ces craintes ne tard ère ni pas à se réaliser. TouLc la Provence fut remplie d’officiers étrangers . qui , traitant les indigènes comme des sujets par conquête, levaient des impôts énormes, confisquaient, emprisonnaient, mettaient à mort sans procédure et sans jugement* II n'y eut pas d’abord une résistance bien vive contre ces excès de pouvoir » parce que le clergé, se faisant , selon T expression d’un vieux poète , pierre à aiguiser pour le glaive des Français flî), soutenait leur domination par ta terrible menace d’une croisade. Les troubadours, habitués à servir, dans Lout 1e midi . d’organes aux intérêts patriotiques , prirent la tâche dangereuse de réveiller le peuple et de lui faire honte de sa patience.

I/un d’eux , jouant sur Je nom de son pays, disait qu’on ne devait plus l’appeler Proenm de pays des preux), mais Fmliema (le pays des lâches), parce qu’il souffrait qu’une domination étrangère remplaçât son gouvernement national. D’autres poeLes s’adressaient, dans leurs vers, au rouf Aragon, l’ancien suzerain de la Provence, pour l’inviter à venir chasser les usurpateurs de ses terres. D’autres enfin excitaient le roi d’Angleterre à se mettre à la tète d’une ligue offensive contre les Français, Ils provoquaient une guerre , à la faveur de laquelle ils espéraient opérer leur affranchissement, « Que ■t ne commence-t-on vite , disaient-ils , le jeu où

(3) Provinciales France» babeot odio inexorabili, ( Math.

Paris,, p. 449j)

(4) Hîttoire des Troubadours, par Miilot, t. Il, p, 237.

(5} Et il clerc sont U COU e foaîî,

{Pointe* Trouva il ourj», I, \t j(. 1 70. J

ij2ig « maint heaume sera fendu , et maint haubert

1237 « démaillé (1)? »

Les choses en étaient à ce point, lorsque le roi de France, partant pour ta croisade en Égypte , emmena avec lui son frète, Charles d’Anjou. Bientôt la nouvelle se répandit que les deux frères avaient été faits prisonniers par les Sarrasins, et la joie fut universelle en Provence* On disait que Dieu avait opéré ce miracle pour sauver la liberté du pays. Les villes d’Aix , d'Arles, d’Avignon et de Marseille, <piîjüUïSSaient#une organisation presque républicaine, firent ouvertement des préparatifs de guerre, réparant leurs fortifie a lions , rassemblant des vivres et des armes ; mais la prison de Charles d’Anjou ne fui pas de longue durée* A son retour,

H commença par faire dévaster toute la banlieue d’Arles, afin d’effrayer les citoyens. Puis U les tint bloqués avec une armée nombreuse, si longtemps, qifaprès avoir beaucoup souffert ils furent obligés de se rendre. Ainsi finit celte grande Commune, aussi libre durant ses jours de prospérité que celles qui Hérissaient alors en Italie. Avignon , dont la constitution municipale ressemblait à celle d’Arles, ouvrit ses portes, au bruit de l’arrivée d'Alphonse, comte de Toulouse et de Poitiers, qui venait aider son frère à min ire les Provençaux (S).

U57 À Marseille , les habitants de toutes conditions prirent les armes, et , se mettant en mer, attaquèrent les vaisseaux du comte. Mais le peu d’ami tic qui régnait entre la haute bourgeoisie des villes ci les seigneurs de terres et de châteaux , produisit de funestes dissidences* Les Marseillais furent mal soutenus par cette classe d'hommes, don tune partie trouva plus cheval presque de servir sous la bannière de l'étranger que de faire cause commune avec les amis de l’indépendance nationale* Réduits i\ leurs Seules forces , ils obtinrent pourtant une capitulation favorable, mais que les agents français du comte violèrent bientôt sans scrupule* Leurs tyrannies et leurs exactions redevinrent si insupportables que* malgré le péril, il y cul contre eux une émeute oh tous furent saisis par le peuple, qui se contenta de les emprisonner. Les révoltés s'emparèrent du château Saint-Marcel, fermèrent les portes de la ville , et subirent un second siège, durant lequel les habitants de Montpellier, naguère ennemis des Marseillais par rivalité de commerce, profilèrent des derniers moments de leur propre indépendance pour secourir Marseille contre les conquérants de la Gaule méridionale* Malgré ce secours, la ville, attaquée par des forces supérieures, fut obligée de

(t) Poésies de» Troubadours, 1. V . p, 277. — Elit, des Troubadours, pai Mîllot, t. Il, p. 140.

f2) Hist. de Provence, par Gauftfdr, t. T, p. T 46-

{3) Poésies des Troubadours, t. IV, p. 21 4 .

CONQUÊTE

se rendre* On enleva tout le matériel des arsenaux publics, et les citoyens furent désarmés* Un cheva- uai lier, nommé Bonifacede Gastellane, a la folshomme de guère ci poete, qui par ses sir ventes avait excité le soulèvement des Marseillais (5), et avait ensuite combattu parmi eux, fut pris et décapité, selon le rérit de quelques historiens. Les châtelains cl les seigneurs qui avaient abandonne la cause des villes furent traités par le comte presque aussi durement que ceux qui l’avaient suivie. 11 mît tous ses soins à les abaisser et <\ les appauvrir , cl son autorité s’affermit par la misère et la terreur publiques (4).

Les Provençaux ne recouvrèrent jamais leur ancienne liberté municipale, ni la haute civilisation et la richesse qui eu étaient le résultat* Mais une chose remarquable, c’est qu’après deux siècles * Fexünclion de la maison des comtes d’Anjou, sous laquelle ils avalent conservé au moins une ombre de nationalité par une administration distincte de celle de la France, leur causa presque autant de déplaisir que T avènement même de cette maison. Tomber sous l'autorité immédiate des rois de France, après avoir été gouvernés par des comtes, parut aux habitants de la Provence, vers la fin du quinzième siècle, une nouvelle calamité nationale. C’est cette opinion populaire, plutôt que les qualités personnelles de René, surnommé le Bonf qui donna lieu au long souvenir conservé de lui par les Provençaux. et à ridée exagérée de prospérité publique que la tradition attache encore à son règne (o J*

Ainsi furent agrégées au royaume de France tou Les les provinces de l'ancien ne Gaule si tu ces a J la droite et a la gauche du Rhône , hormis la Guyenne , et les vallées du pied des Pyrénées* La vieille civilisation de ces provinces recul un coup mortel par leur réunion forcée à des pays bien ; moins avancés en culture in teUectueUe, en industrie et en politesse. C’est la plus désastreuse époque dans L'histoire des habitants de la France méridionale, que celle ou ils devinrent Français, où le roi, que leurs aïeux avaient coutume d’appeler le roi de Pariv(6) . commença à les nommer euxmêmes scs sujets de la langue (Foc, par opposition aux anciens Français d'outre- Loire, qui parlaient ? la langue d'oui. Depuis ce temps, la poésie classique du Midi, et même la langue qui lut était consacrée, périrent en Languedoc, en Poitou, en Limousin, en Auvergne et en Provence* À la place de icette langue des Troubadours* qui, sans contrainte politique, par te seul charme des ouvrages auxquels on la consacrait, s’était élevée dans tous ces pays

(4) 111 et. iîc Provence, t. L p. 142 5 145. — Hîst. des Troubadour*, t. III. p. 40.

(5) RaynouardJ DlsserlaÜOïi sur la poésie provençale.

(0) Régis paris tacb*. (Script, rcrum franc.* t. XYllf.

DE L’ ANGLETERRE, — CONCLUSION

1257 au-dessus des idiomes locaux , IL ne resta plus que 1323 des dialectes populaires, inélégants, incorrects surtout T ayant le defaut de n’èLre parfaitement compris que dans un rayon peu étendu. Au qua torzième siècle, les Toulousains firent y par l'institution de I3& leurs jeux floraux, une faible tentative pour relever Tan demie poésie méridionale ÿ quand elle périssait de toutes parts* Mais ce concours fut borné au dialecte de Toulouse ; et d’ailleurs le nom de gaie science, h gay saber^ montre combien détail rabaissée alors l’idée qu’on se formait de la poésie dans un pays ou on l'avait rue autrefois liée i\ tout ce qu’il y a de plus grave et de plus important dans ïa vie sociale (T).

J2fl0 La juridiction des premiers sénéchaux des rois p^Q de France dans Les pays de Langue-iToc , bornée à l’ouest par celle des officiers du roi dT Angleterre en Aquitaine, ne s’étendit vers le sud que jusqu’aux vallons qui annoncent le voisinage de la grande chaîne des Pyrénées. C’est là que s’était arrêtée la conquête des croisés eu titre les Albigeois , parce que le profit d’une guerre dans un pays montagneux, hérisse de châteaux bâîïs sur des rochers, comme des nids d’aigle, ne leur semblait pas proportionné aux dangers qu’elle devait offrir* Ainsi , sur la frontière méridionale des possessions des deux rois, il restait un territoire libre, s’étendant en longueur d’une mer à l’autre, et qui, fort rétréci à ses extrémités orientale et occidentale, atteignait, vers son centre, au confluent de i’ Aveyron et de la Garonne.

Les habitants de ce territoire étaient divisés en seigneuries sous différents titres, comme l’avait été tout le Midi avant la conquête des Français; et ccs populations diverses offraient toutes, à l’exception d’une seule, dans leur langage et leur caractère, les signes d’une origine commune. Cette race d’hommes , plus ancienne que les races celtiques de la Gaule, avait probablement été refoulée dans les montagnes par une invasion étrangère , et , avec la partie occidentale des Pyrénées gauloises , elle en occupait aussi l’autre versant du côté de l’Espagne. Le nom qu’elle se donnait dans sa langue, différente de toutes les langues connues, était celui d’Escualdun , au pluriel Escualdunac. Au lieu de ce nom , les Romains avaient employé, on ne sait par quel motif, ceux de Vaques, Vasques ou Vascons , qui se sont conservés, avec certaines variations d’orthographe, dans les langues néo-latines de PEspagne et de la Gaule. Les Vasques ou Basques ne subirent jamais entièrement le joug de l'administra lion romaine, qui régissait tous leurs voisins , et ne quit-

(IJ Voyez plu» haut, livres X et XL

(2) Sen|>t. rmim frarcdc., t. 111, V, V! et VU, pasïuu.

lèrent point , comme ccs derniers, leur langage isoû pour la langue latine, diversement altérée. Ils ré- Estèrent de même aux invasions des peuples germaniques; et ni les Golhs ni ïesFranks ne réussirent à les agréger d’une manière permanente à leur empire. Quand les Fraoks eurent occupé toutes les grandes villes des deux Aquitaines, les montagnards de l’ouest devinrent le centre et !e point d’appui des nombreuses rébellions des habitants de la plaine.

Les Basques s’allièrent ainsi contre les rois franks de la première et de la seconde race, avec les Gallo- Romains, qu’ils n’aimaient pas, et qu’ils avaient coutume de piller dans l’Intervalle de ces alliances.

C’est cette confédération souvent renouvelée, qui fit donner le nom de Vasconie ou Gascogne à ïa partie de P Aquitaine siLuëe entre les montagnes et la Garonne ; et la différence de terminaison au nominatif et aux cas obliques, dans le même mot latin, amena la distinction des Basques et des Vascons ou Gascons (S).

En se plaçant à la tête de la grande ligue des indigènes de la Gaule méridionale contre les conquérants du Nord, les Basques paraissent avoir eu seulement pour objet leur propre indépendance ou le profit matériel de la guerre, et nullement d’établîr dans la plaine leur domination politique et de fonder un État nouveau. Soit amour exclusif pour leur pays naLal, et mépris pour la terre étrangère, soit disposition d’esprit particulière, l’ambition et le désir de la renommée ne furent jamais leurs passions dominantes. Pendant qu’à l’aide des révoltes, auxquelles il avaient si puissamment coopéré , se formaient , pour de nobles familles de F Aquitaine, les comtés de Foix , de Comiuinges , de Béarn , de Guienne et de Toulouse, eux, ne voulant pas plus être maîtres qu’esclaves, restèrent peuple, mais peuple libre dans leurs montagnes et leurs vallées.

Ils poussèrent rindifféretice politique jusqu’à se laisser englober nominalement dans le territoire du comte de Béarn et dans celui du roi de Navarre, hommes de race étrangère pour eux, auxquels ils permettaient de s’intituler seigneurs des Basques , pourvu toutefois que cette seigneurie n’eût rien de réel ni d’efléctif (3).

C’est dans cet état qu' ils apparaissent au treizième siècle, ne se mêlant point, comme nation , aux affaires des pays voisins; divisés sous deux suzerainetés différentes, par longue habitude, par insouciance , non par contrainte, et ne cherchant point à se réunir en un seul corps de peuple. S’ils montraient de l’opiniâtreté, c’était pour le maintien de leurs coutumes héréditaires et des lois décrétées dans leurs

(J) Hist, 4 u Béarn, par Marc*.

THIERRY

!=no assemblées de canton, qu'ils appelaient Bilsâr. Àu-

j45 cune passion, ni d’amitié, ni île haine, ne leur faisait prendre parti dans les guerres des étrangers : mais, à l'offre d une forte solde, ils s’enrôlaient individuellement sous une bannière quelconque, en vue de la solde et non de la cause, qui leur importait peu* Les Basques, et avec eux les Navarroîs et les habitants des Pyrénées orientales, étaient alors aussi renommés comme troupes légères, que les Br a fiançons comme gens de pesante armure {!). Leur agilité de corps, leur habitude d’un pays difficile, et un certain instinct de fînesse eide ruse que donne la vie Je chasseur et de berger de montagnes , les rendaient propres aux aLLaques imprévues , aux stratagèmes, aux surprises de nuit, aux marches forcées par le mauvais temps et les mauvaises routes.

Trois cantons seulement du pays basque , le Labourd , la vallée de Soûle et la Basse-Navarre se trouvaient sur l'ancien territoire des Gaules ; le reste faisait partie de l'Espagne. La ville de Bayonne, qui dépendait du duché de Gtüeune , marquait sur la côte de l’Océan l'extrême limite de la langue romane, peut-être plus avancée vers le nord dans les siècles antérieurs. Aux portes de Bayonne commençait la terre du comte ou vicomte de Béarn , le plus puissant seigneur du pied des Pyrénées, et celui dont la politique entraînait ordinairement celle de tous les autres . Il ne reconnaissait aucun suzerain d’une manière fixe et permanente , si ce n’est peutêtre le roi d’Aragon , dont la famille était alliée à la sienne. Quant au rot dJ Angleterre , dont il tenait quelques fiefs voisins de Bayonne , il ne se mettait à ses ordres, et ne lui jurait foi et hommage que pour un salaire considérable (2). C’était a meilleur marché , mais toujours à prix d'argent, que le même roi obtenait l’hommage des seigneurs moins puissantsde ïîîgorre, de Commioges, des trois vallées, et de la Gascogne proprement dite. Ils firent plus d’une fois , dans le treizième siècle , la guerre à sa solde contre le roi de France ; mais , â la première marque d'orgueil , au premier acte de tyrannie de leur suzerain adoptif, les chefs gascons l’abandonnnîenl aussitôt . et s'alliaient à son rival , ou se liguaient contre lui. Cette ligue . souvent renouvelée, pratiquait des intelligences en Guieime pour y exciter des soulèvements , et les succès qu’elle obtînt, à différentes époques , sembleraient prouver que beaucoup d’huimues songeaient à réunir tout le sud-ouest de la Gaule en un État indépendant* Ce dessein plaisait surtout à la classe élevée et aux riches bourgeois des villes de Gui en ne ; mais le menu peuple tenait à la domination anglaise, à cause de

(1) Basclqsru Bflscnl», Tïavam, Ampouenses*

(2) Quotibel tiîo , pr o stijjcüéio 13 librcr* eterliagorum.*. (Maiti. Paris,, p, IÎ75-)

LA CONQUÊTE

l’opinion généralement répandue qu'on ne saurait rm ou vendre les vins du pays , si les marchands d’An- ^ gleterre n’étaient plus là pour les emporter sur leurs vaisseaux (S).

Vers le commencement du quatorzième siècle, is*g un traité d’alliance et de mariage réunît à perpétuité sur la même tète les deux seigneuries dcFoix et de Béarn , et fonda ainsi une assez grande puissance sur la frontière commune des rois de France et d'Angleterre* Dans la longue guerre qui, peu de temps après, s’éleva entre ces deux rois , le premier fit de grands efforts pour attirer dans son parti le comte de Foix * et pour lui faire jouer, dans la conquête qu’il méditait en Guienne, le rôle que les Bretons, les Angevins et les Ma us eaux avaient joué autrefois dans celle de la Normandie. Le comte fut gagne par In promesse, faite d’avance, des villes de Dax et de Bayonne ; mais comine l’expédition entreprise alors ne réussît pas , toute alliance fut ust bientôt rompue entre le royaume de France et le comté de Fois. Rentré dans leur ancien état d’indépendance politique, les chefs de ce petit pays se tinrent comme en observation entre les deux puissances rivales, dont chacune mettait tout en œuvre pour les contraindre à se déclarer. Une fois, au milieu du quatorzième siècle, le roi de France envoya Louis de Sancerre , J’un de ses maréchaux , dire de sa part au comte Gaston de Foix , qu’il aurait grande affection- à l'aller voir ; “ Qu'il soit le n bien venu , répondit le comte , et je le verrai vo- « Ion tiers. — Mais, sire, répliqua le maréchal, c’est « Tintent ion du roi , à sa venue , de savoir pleinc- « ment et ouvertement lequel vous voulez Lenïr,

« Français ou Anglais ^ car toujours vous vous êtes « dissimulé de la guerre , et ne vous êtes point armé « pour prière ni commandement que vous ayez eu.

<t — Messirc Louis , dit le comte , si je me suis ex- « cusë et retenu de m’armer , j’ai eu raison et droit u de le faire , car la guerre du roi de France et du

rot d’Angleterre ne me regarde en rien* Je tiens « mon pays de Béarn de Dieu , de l’épée et de nais- « sance ; ainsi je n’ai que faire de me mettre en « servitude ou en rancune envers l’un ou l’autre « roi (4)* n

Telle est la nature des Gascons , ajoute le vieil historien qui raconte celle anecdote : «< Ils ne sont >< point stables, et oneques trente ans d'un tenant K ne furent fermes à un seigneur. » Tant que dura la guerre entre les rois d’Angleterre et de France, le reproche de légèreté, d'ingratitude et de perfidie, fut adressé alternativement par les deux rois aux seigneurs qui voulaient rester libres , et tous deux

t$j Mal h. Paris* * p. 805-800* — Per plebe i os qtiiregem dîteïeraau* (Ibid. , p. 854*)

(4) Froissai, t. Ifi, p. 339.

DE L ANGLETERRE. — CONCLUSION

néanmoins faisaient de grands efforts pour se les liai ^tacher* II n'y araitpas si petit châtelain en Gascogne qui ne FOL courtise par messages et par lettres scellées du grand sceau de France ou ^Angleterre (IJ* De là vînt l'importance qu’obtitirént tout d’un coup, vers le quinzième siècle , des personnages dont on parlait très-peu avant cette époque, les sires d’Aïbret, d 'Armagnac. et d'autre* bien moins puissants, tels que les sires de Dur fort, de Duras et de Fezensac* Pour s'assurer l'alliance du seigneur d’Albret, chef d'un petit territoire formé de landes et de bruyères, le roi de France, Charles T, lui donna en mariage sa soeur Isabelle de Bourbon. Le site d'Albret vînt à Paris , où il fut accueilli et fêté à Thùtel de son beau-frère ; mais , au milieu de ce bon accueil , il ne pouvait s’empêcher de dire à ses amis : « Je me « maintiendrai Français , puisque je l’ai promis; « mais, par Dieu , je menais meilleure vie, moi et « mes gens , quand nous faisions la guerre pour le « roi d’Angleterre (£). ;> Vers le même temps, les sirés de Durfort et de Dos an , Faits prisonniers par les Français dans une bataille, fureuL Lous deux relâchés sans rançon . à condition , dit un contemporain, qu’ils se tourneraient Français, et promettraient, sur leur foi et sur leur honneur, de demeurer bons Français à jamais , eux et leurs terres (5)* Ils le jurèrent; mais, à leur retour, ils répondirent au premier qui leur demanda des nouvelles : « Ah ! « seigneur, par contrainte et sur menace de mort , tî on nous a fait devenir Français ; mais nous vous « disons bien qu'en faisant ce serment, toujours en u nos cœurs nous avions réserve notre foi à notre « naturel seigneur, le roî d'Angleterre : et, pour « chose que nous ayons dite ou faite , nous ne de- « meu rerons jà Français (3). r

Le prix que de si puissants rois mettaient à l'amitié de quelques barons, provenait surtout de l'influence que ees barons, selon le parti qu’ils suivaient, pouvait ut exercer et exerçaient en effet sur les châtelains et les chevaliers du duché de Guîrnue, dont un grand nombre leur était attaché par des liens de famille. D'ailleurs les Aquitains se trouvaient. en général, avec eux dans des relations plus intimes qu'avec les officiers du roi d'Angleterre, qui ne parlaient pas la langue du pays , ou la parlaient mal, cl dont la morgue (a) an glo -normande était peu d’accord avec la vivacité et la facilité de commerce des méridionaux* Aussi, chaque Fois qu'un des seigneurs gascons embrassait le parti français, un nombre plus ou moins grand de chevaliers et d'écuyers d’Aquitaine tournaient avec lui.

(1) Voyez Rymer,FœJmtcouveniîûnes,UllÊiD&, l. If, lit et IV (édit , de la Haye), passlm.

(2) Froiasarl, l 11 J, [>, CO,

(3) Ibid.

et allaient se joindre à l'armée du roi de France, i3»g Ceüe action, exercée en sens divers, occasionna, ^ durant tout le xm siècle et la moitié du xve, beaucoup rte mouvements parmi la population noble des châteaux de la Guienne, mais bien moins parmi la bourgeoisie des villes* Cette classe d'hommes tenait à la souveraineté du rot d'Angleterre, par l'idée généralement répandue alors que celle de l'autre roi devait amener infailliblement la ruine de toute liberté municipale. La décadence rapide des communes du Languedoc,- depuis qu'elles étaient françaises* entretenait cette opinion tellement enracinée dans l'esprit des Aquitains , qu'elles les rendait , pour ainsi dire, superstitieux. Lorsque le roi d'Angleterre. Édouard 111, prit le titre de roî de France, ils s'en effrayèrent, comme si ce simple litre, ajouté à sou nom, devait changer toute sa conduite à leur égard. L’a tanne fut si grande que, pour la dissiper, le roi Édouard crut nécessaire d’adresser à toutes les villes d'Aquitaine une lettre où se trouvait le passage suivant ; « K nus promettons de bonne foi ,

<f que nonobstant notre prise de possession du « royaume de France , à nous appartenant , nous « ne vous priverons en aucune manière tle vos li~ k ber Lés, privilèges, coutumes, juridictions, ou « autres droits quelconques (6), mais vous en laisiî serons jouir, comme par le passé , sans aucune * atteinte de notre part ou de celle de nos oflin ci ers. «

Dans les premières années du xv*1 2 3 siècle, le comte d' Armagnac, qui depuis quelque temps s'était mis, avec le sire d'Albret , à la tète d’une ligue formée entre Lous les petits seigneurs de Gascogne , dans le but de maintenir leur indépendance, en s'appuyant, selon le besoin, sur la France ou sur l'Angleterre , lit alliance avec Fun des deux partis , qui , sous les noms d'Orléans et de Bourgogne* se disputaient alors le gouvernement de la France. Il s'engagea ainsi dans une querelle étrangère, et y attira ses confédérés , moins peut-être par des motifs politiques que par intérêt personnel; car l'une de ses filles avait épousé le duc d'Orléans, cheF du parti de ce nom. L ne Fois mêlés aux intrigues et aux disputes qui divisaient la France, les Gascons, suivant la Fougue de leur caractère méridional , y déployèrent une activité si grande, que bientôt le parti d'Orléans changea son nom en celui d'Armagriae , et qu'on ne parla plus dans le royaume que de Bourguignons et d’ Armagnacs. Malgré la généralité de cette dietinetîon, il n'v avait de vrais Armagnacs que ceux du midi, et ceux-là, encadrés t pour ainsi

(4; Fr instar t, iiv. ]J[Ycliap. G.

(oj KaluiæviLio iumidos. (Script, rerura francic, , t. XVII,

(6) ftymer, t. Il, part. IV.

jU

nm dire, dans une faction bien plus nombreuse qu'eux , jjlj oublièrent , en se passionnant avec elles la cause qui premièrement les avait fait se liguer ensemble, rimlépemlanee de leur contrée natale. L'intérêt du pays cessa d’èlre l'unique objet de leur politique ; ils ne changèrent plus librement de patronage et d'alliés, mais suivirent, comme à l’aveugle , tous les mouvements d'une faction étrangère {!).

Sous le règne de Charles Vil , cette faction les engagea plus avant qu’ris ne rayaient jamais été dans l'alliance du roi de France contre l'Angleterre* Après les étonnantes victoires qui signalèrent la délivrance du royaume envahi par les Anglais , lorsque, pour acheter cette grande réaction, il s’agît de les expulser du continent cl de leur enlever la Guienne, les amis du comte d’ Armagnac s’employèrent tous à pousser vers ce dernier but la fortune de fa France (â)* Leur exemple détermina ceux i'i5 s tVcnLre les seigneu rs gascons qui tenaient alors pour le roi d'Angleterre , â le trahir pour le roi Charles* l)e ce nombre fut le comte de Foix ; cl ce petit prince qui, peu d’années auparavant T avait promis au premier des deux rois de faire pour lui la conquête du Languedoc . entreprit de diriger pour l’au Ire celle de tout le duché d’Aquitaine (5),

1431 Une sorte «le terreur superstitieuse , provenant 1433 de la rapidité des triomphes des Français, et du rôle qu’y avait joué la célèbre Pucetïe d’Orléans 3 régnait alors dans ce pays. On croyait que la cause du roi de France était favorisée du ciel, et quand le comte de Pcnthièvre , chef de T armée française , et les comtes de Foix et tV Armagnac entrèrent de trois côtés en Guienne , ils n’éprouvèrent , ni de la part des habitants, m môme de celle des Anglais, une aussi grande résistance qu 'autrefois. Ces derniers, désespérant de leur propre cause, firent graduellement. retraite vers la mer ; mais les citoyens de Bordeaux , qui tenaient plus à leur liberté municipale que Farinée anglaise a la domination de son roi sur le continent, souffrirent un siège de plusieurs mois. Ils ne capitulèrent que sous la condition expresse d’être à jamais exempts de tailles, de subsides et d’emprunts forcés. La ville de Bayonne se rendit la dernière de toutes au comte de Foix , qui l'assiégeait arec une armée de Béarnais et de Basques, dont les uns le suivaient à cette guerre parce qu'il était leur seigneur, et les autres parce qu'ils espéraient s'y enrichir* Aucune de ces deux populations ne songeait à la cause de la France; et pendant que les gens de guerre du Béarn com battaient pour le roi Charles, les habitants regardaient les Français comme des étrangers suspects , et fai-

(*) Chronique d*En [pi errand Je Mcmatretei, chap. 100,

2) Froissai- L

ô. Rymcr*,uV*— Hfei.génâr. du Languedoc, i.lV,p.4:27,

$ nient contre eux la garde sur leur frontière. Une fois, durant le siège de Saint- Se ver, une colonne française, par mégardc ou pour abréger sa route, entra sur le territoire béarnais; à la nouvelle de sa marche, le tocsin sonna dans les villages, les paysans s’assemblèrent en armes , et il y eut entre eux et les soldats du roi de France un engagement célèbre dans les annales du pays sous le nom de bataille de Mesplede fi).

Le sénéchal français de la Guienne, qui prit è Bordeaux la place de l'officier anglais portant le même Litre , ne prêta point, devant le peuple assemblé 3 l'ancien serment que ses devanciers prêtaient à leur installation, lorsqu'ils juraient , en langue bordelaise , de conserver à toutes gens , de la ville et du pays , îùr franquessas , privilèges , fiùertades , estahli$scme?its , fors cous fumas , usâtges et observances (8). Malgré les capitulations de la plupart des villes * le duché de Guienne fut traité en territoire conquis; et cet état de choses, auquel les Bordelais mêlaient point habitués , les mécontenta si fort , que, moins d’un an après la conquête, ils conspirèrent avec plusieurs châtelains du pays pour chasser les Français à Faïde du roi d’Angleterre* Des députés de la ville se rendirent à Londres, et traitèrent avec Henry VI , qui accepta leurs offres et fit partir quatre ou cinq mille hommes sous la conduite de Jean Talbot, Fameux capitaine du temps.

Les Anglais ayant débarqué è la presqu'île de Me doc , s'avancèrent sans aucune résistance , parce que le gros de l'armée française s'ëtart retiré , ne laissant que des garnisons dans les villes. A la nouvelle de ce débarquement , il y eut de grands débats à Bordeaux, non sur la question de savoir si Ton redeviendrait Anglais , mais sur le traitement qu’on ferait subir aux officiers et aux gens d'armes du roi de France (6). Les uns voulaient qu'on les laissât sortir sains et saufs , les autres qu’on en tirât pleine vengeance. Fendant ces discussions, les troupes arrivèrent devant Bordeaux ; quelques bourgeois leur ouvrirent une porte , et la plupart des Français restés dans la ville devinrent prisonniers de guerre. Le roi de France envoya en grande hâte six cents lances et des archers pour renforcer les garnisons des autres villes; mais avant que ce secours fût parvenu a sa destination, l'armée de Talbot, à laquelle s'étalent joints tous les barons du Bordelais et quatre mille hommes venus d'Angleterre j reconquiL presque loules les places fortes*

Cependant le roi Charles VII en personne vint avec une nombreuse armée sur les fr on Itères de la Guienne. D’abord il essaya de lier des intelligences

[4] Hisl. de la maison Je Foh, par Oilugaray, p. 352.

(5) Chronique bonrdelmse.

(0) Chronique de M<m*trdeL

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DE ^ANGLETERRE* — CONCLUSION

U52 avec les habitants . mais il n'y réussît pas ; personne tig ne s'offrait à conspirer pour le retour de son gouvernement (1)* Se voyant réduit à ne rien attendre que de la force, il enleva d’assaut plusieurs villes, et Ht décapiter, comme l mitres, tous les hommes du pays pris les armes à la main. Les comtes de Font et d’Albret et les autres seigneurs de Gascogne lui prêtèrent, dans eeLte campagne, le meme secours que dans la première ; ils reconquirent le midi de la Guienne , tandis que l'armée française livrait aux Anglais , près de Casüllon, une bataille décisive, où Jean Talbot fut tué avec son fils. Celte défaite ouv rit Je chemin de Bordeaux à l’armée du rot et à celle des seigneurs confédérés. Elles firent leur jonction à peu de distance de cette ville, qu'elles cherchèrent à affamer en ravageant son territoire ; et, en même temps, une flotte, composée de vaisseaux poitevins , bretons et flamands, entra dans la Gironde, Les Anglais , qui formaient la plus grande partie de la garnison de Bordeaux, voyant la ville investie de toutes parts , demandèrent a capituler et y contraignirent les citoyens. Ils obtinrent la faculté de s'embarquer et d’emmener avec eux tous ceux des habit an tsquî voudraient les suivre ; il en partit un si grand nombre que , durant beau* coup d’années , Bordeaux resta dépeuplé et sans commerce (3),

Aux termes de la capitulation , vingt personnes seulement devaient être bannies pour avoir conspiré contre les Français. De ce nombre furent les sires de l’Esparre et de Duras ; leurs biens et ceux de tous les autres suspects servirent a récompenser les vainqueurs. Le roi se retira à Tours ; mais il laissa de fortes garnisons dans toutes les villes, voulant, dit un contemporain, tenir aux habitants le fer au dos (S). Et pour mettre, ajoute le même historien , la ville de Bordeaux en plus grande sujétion qu’elle n -avait jamais été, les Français y bâtirent deux citadelles, Je Château-Trompelte , et le fort de ïïâ . Tendant que les ouvriers travaillaient à élever ces deux forteresses , on saisit le sire de ï’Esparre , qui avait rompu son ban 5 on le mena a Poitiers , où il fut condamné â mort , décapité et coupé en six morceaux, qui furent exposés en différents lieux.

im Longtemps après cette dernière conquête de la ut 4 Gui en ne ? b eft u cou p dfho m mes y regreltèren t e n co re ïe gouvernement des Anglais , et furent aLtenliFs à saisir ^occasion de renouer des intelligences avec 1T Angleterre. Ils ne réussirent point dans ces intrigues ; mais on en craignait l’effet, et les ordonnances du roi de France interdisaient le séjour de Bordeaux

£1) Monstrelei. l. III *

(2) Chronique hotirdéloiié, p. as.

Monslrdet, l. Ul? p. (iô.

ù tout homme de naissance anglaise. Los navires uss anglais devaient laisser à BLaye leur artillerie, leur ^ poudre et leurs armes; et les marchands de cette nation uc pouvaient entrer dans aucune maison de la ville, m aller à la campagne pour goûter ou acheter des vins, sans être accompagnés d’hommes armés et d'officiers institués exprès pour épier leurs actions et leurs paroles. Cet emploi, devenu inutile, se transforma , dans la suite des temps, en celui d’interprètes jurés (1),

Malgré ses regrets, la province (le Guienne demeura française; et le royaume de France, s’étendant jusqu’à Bayonne, pesa, sans contre-poids, sur le territoire libre de Gascogne, Les seigneurs du pied des Pyrénées ne tardèrent pas â sentir qu'ils s’étaienL laissé emporter trop loin dans leur affection pour la monarchie Française, lis s’en repentirent, mais trop lard, car Î1 leur était désormais impossible de lui Lcr contre cette monarchie, qui embrassait toute retendue de la Gaule, hors leur seul petit pays. Cependant la plupart d’entre eux s'aventurèrent avec courage dans celte lutLe inégale; ils cherchèrent un point d’appui dans la révolte de la haute noblesse de France contre le successeur de Charles Vil * et s’engagèrent dans la ligue qu’on appelait alors le bien public (tf). La paix que les i-iG4 ligueurs français firent bientôt après avec Louis XI, pour de l’argent et des offices, ne pouvait contenter les méridionaux , qui avaient cherché tout autre chose dans cette guerre patriotique pour eux. Trompés dans leurs espérances , les comtes d'Àrmagnac. de Fois, d’AlbrcL d'Àstarac et de Castres, s'adressèrent au roi d’Angleterre pour l'inviter à faire une descente en Guienne, promettant de mar cher a son aide avec quinze mille combattants, de lui livrer toutes les villes de Gascogne, et même de lui faire prendre Toulouse (B), Mais l'opinion des politiques anglais n’élail plus favorable â de nouvelles guerres sur le continent, et l’offre des Gascons fut refusée. Dans leur conviction que c’en était fait à jamais de leur ancienne liberté, si la province d’Aquitaine ne redevenait un État par elle-même, plusieurs d’entre eux intriguèrent pour engager le hgs propre frère du roi de France. Charles, due de Guienne, à se déclarer indépendant . Mais le duc mourut empoisonné , dès que Louis XI s’aperçut Hî 1 qu’il prêtait Ford Ile aces suggestions ; et une armée française vint assiéger dons Leetoure le comte Jean d’Àrmagnac, qui montrait le plus d’activité pour le vieil intérêt de la Gascogne. La ville fut prise d'as- ^73 saut, et mise à feu et à sang; le comte périt dans le massacre; et sa femme, grosse de sept mois, fui

(4) On le* appelait , à Bordeaux , co rial i ers. ( Chronique boonJeloiae. p. 50,)— ’fS Mûm. rie Philippe Je Commiue$;p.9.

(Cj Histoire Générale du Languedoc.

î >73 contrainte, par les officiers du roi de France de prendre un breuvage qui devait ta faire avorter et qui la fil mourir en deux jours (1). Un membre de la famille d’Àlhret, prisonnier dans celle guerre, fui décapité a Tours; el, peu de temps après, un bâtard d1 Armagnac, qui entreprit de relever la fortune de son pays , et réussit à reprendre quelques places, vaincu de même , fut condamné et mis A

1477 mort. Enfin Jacques d' Armagnac, duc de Nemours, qui nourrissait oti auquel on supposait de semblables desseins, eu! la tète Iran citée a Paris, aux Piliers des Halles ; et ses enfants furent placés sous Péchafaud pendant le supplice de leur père.

Cette sanglante leçon ne fut point perdue pour les barons de Gascogne; et quoique beaucoup d'hommes dans ce pays tournassent leurs yeux de Faulre côté de l'Océan, quoiqu'on y espérât longtemps encore voir revenir, avec des secours anglais. Gaillard de Durfort , sire de Duras, elles autres Gascons ou Aquitains réfugiés en Angleterre (2), personne n'osa tenter ce qu’avaient entrepris les d’ Armagnacs. Le comte de Forx , le plus puissant seigneur des Pyrénées, ne songea plus I tenir auprès des rois de France d'autre conduite que celle d’un loyal servi leur, galant à leur cour, brave dans leurs camps, dévoué h la vie et a la mort. La plupart des chefs de ces contrées et les nobles de la province de Guienne suivirent la même carrière; ne pouvant plus rien être par eux-mèmes, ils briguèrent les titres et les emplois que le roi de France donnait à ses favoris. Beaucoup d'entre eux en obtinrent, et même supplantèrent les Français d'origine dans les bonnes grâces de leurs propres rois. Ils durent ceL avantage, plus brillant que solide, a leur finesse naturelle et â une aptitude pour les affaires, qui était te résultat de leurs longs et pénibles efforts pour maintenir leur indépendance nationale contre l'ambition des rois voisins.

i Vm Wvm 1 (\VV

Les habitants du pays rie Galles.

Le reproche d’inconstance cl de perfidie , que les riss populations libres du midi de la Gaule reçurent

(1) Histoire générale du Languedoc, t. V, p„40.

'*) Rymer, t. v, pari, Ut, p. 64. —Philippe de Corn nain es,

(3j WdkRaîum fi J i? s est firici earentia... (Malh. Parie. .

(4) Yidentes tempus byemale madidurn flbl compcUîre. (Ibid., p. 031.’,

longtemps de leurs ennemis nationaux , les Fran- lm çais et les Anglo- Normands , fut constamment adressé par ces derniers aux indigènes de la Cambrie (â). Si en effet c’était perfidie que de ne tenir aucun compte du droit de conquête, el de faire de continuels efforts pour secouer le joug étranger, les Gallois seraient véritablement le plus déloyal de tous les peuples; car leur résistance contre les Normands, par la force et par la ruse, fut aussi opiniâtre que Lavait été celle de leurs aïeux contre les Anglo-Saxons. Ils faisaient une guerre perpétuelle d'escarmouches et de stratagèmes , se retranchant dans les Forêts et les marécages , el ne se hasardant guère en plaine contre des cavaliers armés de toutes pièces. La saison humide et pluvieuse était celle où les Cambriens étaient invincibles (4) ; alors ils renvoyaient leurs femmes, et chassaient leurs troupeaux dans les montagnes, occupa Sent les ponts, faisaient des tranchées dans les étangs, et voyaient avec joie la brillante chevalerie de leurs ennemis s'engloutir dans Dca u et la fange de leurs marais (tf). En général , les premiers combats leur étaient favorables; mais, à la longue, la plus grande force remportait, et une nouvelle portion du pays de Galles se trouvait conquise.

Les chefs de l'armée victorieuse prenaient des otages, désarmaient les habitants, et les forçaient de jurer obéissance au roi et aux justiciers d'Angleterre; ce serment prêté de force était bientôt viole (G), et le peuple gallois assiégeait les châteaux des barons et des juges étrangers. A la nouvelle de celLr reprise d’hostilités, les otages emprisonnés en Angleterre , dans les forteresses royales, étaient ordinairement mis à mort T et quelquefois le roi lui-même les faisait exécuter en sa présence : jean, fils de Henry II, en fit pendre un jour vingt-huit, tous en bas âge , avant de se mettre à table (7).

Telles sont les scènes que présente fa lutte des Gallois contre les Anglo-Normands , jusqu’à l'époque où le roi Édouard, premier du nom depuis la conquête . franchit les hautes montagnes de la Lombric septentrionale, qu'aucun roi d'Angleterre n’avait passées avant lui. Le plus haut sommet de ecs montagnes, appelé en gallois Graig-eirï , ou le pic neigeux, et en anglais Snowdfm, était regardé comme sacre pour la poésie, et l'on croyait que quiconque s'y endormait devait $e réveiller inspiré (8), Ce dernier boulevard de l'indépendance

(5) Math. Paris , p, 051 .

[0j Gartharam juramentarumque suorum obliiL { Ibid. , p- 451.)

(7 j Ànlequàm cîbwn sumerel fecU28 pueras patihulo «uèpicodL Deïndè cibb et poiibus ipdtiljjcns... ( Ibid. ,

(R: PenaariLV Tour in Wylei. vol. IL p, 1G5L

DE L'ANGLETERRE* — CONCLUSION

1293 cambrienne ne fat point forcé par des troupes anglaises . mais par une armée venue de la Guienne, et en grande partie composée de mercenaires basques (1), Formés dans leurs montagnes à une tactique militaire presque en tout semblable à celle des Gallois, ils étaient plus propres à surmonter les difficultés du pays, que la cavalerie pesante et l'infanterie régulière qu’on y avait menées jusque-là.

Dans cette grande défaite périt un homme que ses compatriotes, suivant leur ancien esprit de superstition patriotique, regardaient comme prédestiné à rétablir Fantique liberté bretonne, (Tétait Leweüyn , fils de Griffith* chef de tout le nord du pays de Galles .qui avait remporté plus de victoires sur les Anglais qu’aucun de ses prédécesseurs» Il ex is t a i t u n e vie i lie pré d ï c Li on . d’après laqu el le u rt prince de Galles devait être couronné a Londres ; pour accomplir en dérision cette prophétie, le roi Edouard fit placer sur une pique, au sommet de la Tour de Londres, la tète de Lewellyn, coiffée d’une couronne d’argent {2}. David, frère de ce mai* heureux prince, tenta de recommencer la guerre; maïs, pris vivant par les soldats du roi d’Angleterre, il fut pendu et coupé en quartiers, ci sa tète fut mise à côté de celle de son frère , sur les créneaux de la Tour * où le vent et la pluie les firent blanchir ensemble (ô).

Ou ditqu’après sa victoire complète Édouard Ier assembla les principaux d’entre les vaincus, et leur annonça que, par égard pour leur esprit de nationalité, il voulait leur donner un chef oc dans leur pays, et n’ayant jamais prononcé un seul mot de français ni d’anglais . Tous furent en grande joie, et firent de grandes acclamations (i)» Eh bien donc, » reprit le roi, vous aurez pour chef et pour prince, !2S3 « mon fils Édouard , qui vient de naître à Caërnar-

von , et que j’appelle Édouard de Caernarvon, « De là vînt Fus âge de donner le litre de prince de Galles aux fils aînés des rois d* Angleterre*

Édouard Dr fit bâtir un grand nombre de châteaux forts sur les cèles (lî) , afin de pouvoir en tout temps envoyer des troupes par mer ; il fit aussi a abattre les forêts de l'intérieur qui pouvaient servir de refuge à des bandes de partisans (6). S’il n’est pas vrai qu’il ait ordonné le massacre de tous les bardes gallois , ce fut lui du moins qui commença le système de persécutions politiques dont celte

(1) fie VaHonensïbus ntquc Bascfia. (Math» Wcstmon. > p, 410.)

(2) Cumcaroüâ argçnteâ, $ecumlùm propheiiam Méritai.

(Maili. WcstmpaasL, — (*) Ibîrt.

(4j Qtiod WaUcittibus muRiun plaçait, ( Ibid., p* 453»)

(5) Circa marïüma firnia la castra pïorima» ffiamgF. Kygden, p. 188»)

classe d’hommes fut constamment Fobjet de 3a part jïsi des rois d’Angleterre (7). Les principaux d’entre M*e les bardes avaient péri en grand nombre dans les combats et les insurrections : ceux qui survivaient , privés cîe leurs protecteurs , après la ruine des riches du pays , et obligés d’aller chanter leurs vers de ville en ville , furent mis sur la ligne îles gens sans aveu par les justiciers anglo-normands. « Que (f nuis ménestrels, bardes et rymours , ni autres n vagabonds galeys » disaient leurs ordonnances n en langue française , ne soient désorraés soeffrez u de surcharger le pays , corne ad esté devant (S)» » Aucun Gallois d’origine ne pouvait, selon les mêmes ordonnances, occuper le plus petit emploi public dans son pays : et, pour être vicomte , sénéchal, chancelier, juge, connétable tic château , gardien des rôles, forestier, etc,, il fallait être né en Angleterre ou dans tout antre pays étranger (9)*

Les villes et les châteaux étaient occupés par des garnisons étrangères . et les indigènes imposés arbitrairement, ou, comme disaient les décrets royaux, selon la discrétion de leurs seigneurs , pour la sustin ence des garnitures desdits chasteaulx (10)*

Beaucoup d'hommes, forcés par la conquête à s’expatrier, allèrent en France, et y furent bien accueillis, comme ennemis du roi d’Angleterre : c’est probablement de ces réfugiés que descendent les familles françaises qui portent les noms aujourd’hui si communs de Gallois et Le Gallois, Parmi les plus considérables de ceux qui vinrent alors à la cour du roi Philippe le Bd , se trouvait un jeune homme appelé Owen , que le roi fit élever parmi les pages de sa chambre. Cet Owen était parent de Lewellyn , peut-être sou neveu ou son pettt-fiis ; et les Français, qui le regardaient comme Fhérilier légitime de la principauté de Galles, lui donnaient le nom d’ Y vain de Galles (H). Il fut armé chevalier de la main du roi de France , et chargé de plusieurs commandements militaires , entre autres, d’une descente dans File de Gnernesey, qui était anglaise depuis la conquête de F Angleterre par les 135<s Normands. Il prit part à la bataille de PoiLiers , et fut ensuite envoyé en Espagne , où les rois de France et d’Angleterre se faisaient la guerre sous le nom des deux prétendants au trône de Castille, Pierre le Cruel el Henry de Transtamare. À l’un îles combats livrés dans celte guerre t le comte de Pcmbrocke et d’autres chevaliers anglais , d’origine

(6) Succîaa surR nemora. (Hirnric, KjtyghlGn, p, 24 1 L)

(7) Cauibrian remisier fur 1706, p. 464.

(8) ftymer. Fœderj, t. Il U p* 200.

IMtL

(10) Ibid.

(ïî) Frotaart, 1. 1, thap. XXX. p. 38.

rxa normande , furent faits prisonniers par ks français, i m et comme on les emmenait à Saint-André, en Ga l ice , Owen , qui s’y trouvait alors, alla les voir, et, s'adressant au comte de Pembrocke, eu langue française : « Comte, dîf-il s venez -vous en ce pays pour u me faire hommage des terres que vous tenez dans « la principauté de Galles , dont je suis héritier, et h que votre roi m’ôte et m’enlève contre tout i< droit fl}?»

Le comte de Pembrocke fui étonné de voir un homme qull ne connaissait nullement l'aborder de cette manière : u Qui êtes-vous , répondit-il, yous « qui m’accueillez de telles paroles? — Je suis « Owen, fils du prince de Galles, que votre roi h d’Angleterre a fait mourir en me déshéritant ;

» mais , quand je pourrai , à raide de Diett et de tt mon très-cher seigneur le roi de France , j’y por- « terai remède ; et sachez que si je me trouvais en « lieu et place ou je pusse combattre avec vous , ii je vous montrerais ce que vous et vos pères et « ceux du comte de Hereford avez fait aux miens « en trahison et en injustices* » Alors un chevalier du comte de Pembrocke „ nommé Thomas Saint- Aubin, s'avança vers le Gallois et lui dit : « Y va in ,

« si vous voulez soutenir qu’eu monseigneur, ou « eu son père , soit ou ait été aucune trahison , ou « qu’il vous doive hommage , ou autre chose, jetez *i votre gage , et vous trouverez qui le relèvera* u — Vous êtes prisonnier, répliqua le Gallois, je « ne pourrais avec honneur vous appeler mainte* tt naut , car vous n’ètes pas a vous, mais à ceux qui k vous ont pris ; quand vous serez libre, je parlerai « plus avant; et la chose nJen de me u re ra pas là(2) . * . » Malgré cette parole donnée , la dispute n'eut pas d’autres suites, et, avant que le comte de lkmbrocke et Thomas Saint- Aubin eussent été délivrés, Yvain de Galles mourut , frappé d’un coup de stylet espagnol . par un homme de sa nation à qui il donnait toute sa confiance , et qui était secrètement vendu au roi d’Angleterre. St Ton en croit un chroniqueur contemporain , Fassassin, après avoir commis le meurtre , alla en Guienne , où il fut bien accueilli par le sénéchal des Landes et les autres commandants anglais (3).

Bien peu de Cambriens sc laissèrent aller à trahir leurs compatriotes et leur pays pour servir l'intérêt ou la passion des étrangers ; et ceux même qui vinrent aux guerres de France, sous les successeurs d’Édouard Ier, le firent par contrainte et malgré eux. Les Gallois qu’on levait en masse , pour former des corps d’infanterie légère , apportaient sous la

{l)Froissarl, t, II, disp* XVII, p, 2,

(2) Ibid*

R Ibid.* p.25,

(4j ibid*, chap, Lxxvni, p. m.

LA CONQUÊTE

bannière du roi d’Angleterre leur inimitié nationale l^g contre les Anglais, et souvent ils se prenaient de querelle avec eux jusqu’à en ventr aux mains; souvent aussi iis désertaient aux Français avec armes et bagages . ou bien sc répandaient dans le pays pour y vivre en compagnie# franches . G était un métier fort à la mode dans ce temps , clou devaient exceller les Cambriens, par leur longue habitude de faire la guerre en partisans dans leurs forêts et leurs montagnes. Aussi Tune de ces grandes compagnies, qui se rendirent alors si célèbres el*sï terribles, était-elle sous les ordres d’un Gallois, qu’on appelait en France le chevalier Rufin , et dont le vrai nom était probablement Riewan (4), Ce capitaine , sous lequel s’étalent réunis des aventuriers de toute nation , avait pris pour son département de pillage tout le pays compris entre la Loire et la Seine, depuis les frontières de la Bourgogne jusqu’à celles de la Normandie, Son quartier général était tantôt près d’Orléans, tantôt près de Chartres :

H mettait à rançon ou prenait les petites villes et les châteaux , et était sî redouté que ses gens s’éparpillaient par troupes de vingt , de trente ou de quarante, sans que personne osât mettre la main sur eux (S).

Dans la seconde moitié du quatorzième siècle, lorsque , chacun de leur côté , les rois de France et d’Angleterre épuisaient tous les moyens de se nuire, le premier , qui avait appris récemment à connaître l’esprit des Cambriens , lâcha de mettre à profit Fopiaiâlretc patriotique de ce petit peuple, dont ses prédécesseurs du douzième siècle soupçonnaient à peine l’existe n ce (B), Des émissaires furent envoyés au nord et au sud du pays de Galles, pour promeuve aux indigènes , s’ils voulaient s’insurger contre la puissance anglaise , le secours et la protection de la France* Ces agents parcouraient le pays* la plupart sous l'habit de moines mendiants, fort respecté alors , cl le moins suspect de tous * parce qu’il était porLë par des hommes de toute nation, qui s’en Élisaient un moyen d’existence. Mais Pau tonte anglo-normande s'aperçut de ces manœuvres , et , plusieurs fois , chassa du pays de Galles tous les étrangers , clercs ou laïques, et surtout les religieux errants (T). Elle interdit aussi aux Gallois de race ta faculté d acquérir des terres, soit en fiefs , soit à long bail , soit à ferme , sur te territoire anglais (8)» L’insurrection devait éclater à l’arrivée et au débarquement des troupes françaises sur la côte de Galles ; durant plusieurs années les Cambriens elles Anglais attendirent cette flotte avec des

(S) FrüSssart, t. H, chap. LXXVÏII, p* 188,

(0) Voyez livre VUI, p. 214,

(7) Rymer. tom. U* part, lit, p. 72*

(8) UmL, L lit, pari* III, p* IfiS.

DE L’ANGLETERRE, — CONCLUSION

j 3,i0 sen L i m e n t$ b ien à î ffércn ta . Ren uc ou p de pro û 1 a m a noü l*ons des rois Édouard III et Richard H portent ce préambule : « Attendu que nos ennemis de France « se proposent de débarquer dans notre principauté « de Galles (1)*., » La suite est un ordre adressé à tous les soigneurs anglo-normands du pays et des marches de Galles, pour que, dans le plus court délai , ils fassent garnir d'hommes et de munitions leurs châteaux et leurs villes fortes , et aux justiciers pour qu'ils fassent saisir et emprisonner sous bonne garde tous les hommes suspects d'intelligence avec l'ennemi, ou de simple adhésion à ses projets {$),

üoo Les préparatifs de la France pour une descente dans le pays de Galles furent moins prompts et moins considérables que ne le craignait le roi d'Angleterre , et que ne l'espéraient les Cambriens ; on en avait parlé dès l’année 1369, et en 1 400 rfën n'était encore prêt* En faisant de grandes promesses aux Gallois , les François n’avaient guère d'autre dessein que de les excitera un soulèvement qui pût détourner, utilement pour eux, une partie des forces du rot d’Angleterre ; et , de leur côté , les Gallois , ne voulant point se compromettre témérairement, attendaient , pour commencer rinstUTeclion, l’arrivée des secours de France, Cependant , comme ils avaient plus d'enthousiasme et d’impatience que Je roi leur allié , ils agirent les premiers , au risque de n’etre pas soutenus.

Un événement fortuit et de peu d'importance fit éclater cette insurrection. Vers la fin de l’année 1400, un Gallois, qui, par ambition et désir de briller , était allé à la conr d'Angleterre , où il avait été bien accueilli, commit contre le roi Henry IV une offense qui l’obligea de s'enfuir de Londres* Moitié par ressentiment personnel eL par embarras de sa position , moitié par un élan de patriotisme , il résolut de se mettre à la tête d'un mou veinent , que tous ses compatriotes désiraient . mais qu’aucun n’osait entreprendre. 11 descendait d'anciens chefs du pays et s'appelait Owen Glendowr , nom qu'à la cour d’Angleterre, pour lui donner une tournure normande , on avait changé en celui d’O* wen de Glendordy (3). Dès qu'Owen eut arboré le vieil étendard desKymrys dans la partie du pays de Hoi Galles récemment conquise, les gens les plus considérables de ces contrées se rangèrent autour de lui- On vit venir, entre autres, plusieurs membres d'une famille puissante, dont le nom était Ah-

(î) Rymer, t. Ht .part, HT, p. 07.

(2) Gmnes hommes suspectes arreslarl. (Ibid., p. 175.)

(3) Ibid., pari* IV, pasâlm.

(4) Pennanrs Tour in Wales, t. U, p. 26l.

(5) Cam brian Cïography.

(0) Omnes justiciables Uomincs Fraucigeuas, Flandre»- TïHERRY,

Tudowr , ou fils de Tudowr , et qui comptait parmi uot ses ancêtres un nommé Ednyféd Vÿchan , lequel, voulant sc faire des armoiries à la mode des barons* d’Angleterre, avait blason né son écusson de trois tètes de Normands coupées (4}* Au bruit de ce mouvement national les restes dispersés des bardes gallois s'animèrent d’un nouvel enthousiasme, et annoncèrent O wen Glendowr comme celui qui devait accomplir les anciennes prédictions, et rendre aux enfants desKymrys la couronne delà Bretagne* Plusieurs pièces de vers , composées à cette occasion , nous ont été conservées (5). Elles produi- iwi sïrent alors un tel effet que , dans une grande hcu assemblée des insurgés , Owen Glendowr fut proclamé et inauguré solennellement chef et prince de tout le pays de Galles* IJ envoya des messagers dans la contrée du sud pour y propager l'insurrection , pendant que le roi d’Angleterre , Henry IV , ordonnait à tous ses loyaux sujets du pays de Galles , Français, Flamands, Anglais ci Gallois, de s'armer contre Owen de Glendordy , soi-disant prince de Galles, coupable de haute trahison envers la majesté royale (G).

Les premiers combats furent heureux pour les insurgés* Ils défirent les milices anglaises de la province de Hereford , et les Flamands de Ross et de Pembrocke* Ils allaient passer la frontière d’Angleterre, lorsque le roi Henry s'avança contre eux en personne , avec des forces considérables* 11 les contraignit à rétrograder ; mais à peine eut-il mis le pied sur k territoire gallois, que des pluies continuelles, détrempant les routes et enflant les rivières, l’empêchèrenl d'aller plus loin , et l’obligèrent de tenir, pendant plusieurs mois, son armée campée dans des lieux malsains, où elle souffrait à la fois des maladies et de la disette* Les soldats, dont F imagination était échauffée par les fatigues et l’inaction, se rappelèrent avec effroi de vieux contes populaires sur la sorcellerie des Gallois (7), et crurent que le mauvais temps qu'ils éprouvaient était l'ouvrage de puissances surnaturelles aux ordres d'Ôwen GlendowT(8). Saisis d’une sorte de terreur panique, ils refusèrent de marcher plus avant contre un homme qui disposait de la tempête et de la pluie* CeLte opinion eut alors un grand crédit parmi le peuple en Angleterre; maïs toute la magie d'Owen était son activité et son habileté aux affaires* Il y avait alors parmi l'aristocratie anglo-normande un parti de mécontents qui voulait détrôner le roi Henry IY, et à

scs * Anglicos et Vallenses. . , ( ftymer, t. I II , part. IV, p. Î01.)

(7) Voyez livre XI, p. 285 et $mv,

(8) *,,TUe Kyng îiacl oever but lempest* foulé antireyne As long as lie was a y in Wales grounU*

(Hjrd'Tiigf* C hrtmi el e . )

ï (Oi h tète duquel se trouvaient Henry de Pcrcy, fils du j404 comte de N orlhti mherlafld (1) , d’une Famille qui dominait dans ce pays depuis la conquête, et Thomas de Percy , sou frère, comte de Wo reester. Le nouveau prince de Galles établi t des intelligences avec eux, et l'alliance qu’ils conclurent attacha pour un moment a la cause de l'indépendance galloise tout le nord des marches de Galles , entre Ta Deect la Sa ver ne. surtout la province de Chester, dont les habitants, de pure race anglaise, étaient naturellement moins hostiles pour les Cambriens que les Normands et les Flamands établis au sud, Maïs la défaite complète des deux Percy, dans une bataille livrée près de Shrewshury, rompit tes relations amicales des insurgés gallois avec leurs voisins de race anglaise, et ne leur laissq d’autre ressource que leurs propres forces et leur espoir dans l’appui du roi de France.

Ce roi, Charles, sixième du nom, qui n’était pas encore entièrement tombe en démence, voyant les Cambriens en hostilité ouverte avec le roi d’Angleterre, se décida è remplir envers eux ses promesses et celles de ses prédécesseurs. Il conclut avec Owen Gïendowr un traiLé dont le premier article portait que « Charles, par la grftce de Dieu, roi de France, ai et Owen, par la même grôce, prince de Galles, « seraient unis . confédérés et liés entre eux par k les liens de vraie alliance, vraie amitié, et bonne w et solide,1 * 3 4 union , spécialement contre Henry de h Lancaster, ennemi desdit* seigneurs roi et prince, 14Dr( « et contre ses fauteurs ou adhérents (2). Beaucoup de Gallois se rendirent en France pour accompagner les troupes que le roi Charles devait envoyer ; et plusieurs d'entre eux furent pris dans divers débarquements que les Français tentèrent d'abord sur la côte d’Angleterre, aimant mieux s’enrichir au pillage de quelque grande ville ou port de mer , que d’aller faire la guerre dans le pauvre pays de Galles (3) , au milieu des montagnes et des marais.

À la fin, pourtant, une assez grande flotte partit de Brest, pour aller au secours des Cambriens : elle portait six cents hommes d’armes cl dix-huit cents fantassins commandés par .Scan des Rieux , maréchal de France, et Renaud de Hengrst, grand maître des arbalétriers. Ils abordèrent è Mïlfurd , dans le comté de Pembroeke, et s’emparèrent de celle ville et de celle de Haverford , fondées toutes les deux , comme leurs noms l'indiquent , par les Flamands qui , sous le règne de Henry s’élaïent emparés du pays. Les Français se dirigèrent ensuite vers

(1) El quia lienricus de Percy le filz , ehivaler associons se rebellihtts oosiriu Walkæ. { ftymer, i IV, part. I, p. 57. )

{*) Ibid.* l>. 65.

(3) MonsLrclet, drap. XI, p. 13.

(4) Et ibl cepU forlalida , oecupavit miudlioaes et castra

l’est ; et à In première ville purement galloise qu'ils uns rencontrèrent, ils trouvèrent dix mille insurgés sous uq7 la conduite d’un chef que les historiens du temps ne nomment pas. Tous ensemble marchèrent sur Caermarlhen; de la ils allèrent à LIandovery, et prirent la route de Worccstcr, attaquant et détruisant su rieur passage les châteaux des barons et des chevaliers anglo-normands (4). A quelques lieues de Woreester, une forte armée anglaise se présenta devant eux ; mais , au lieu de leur offrir le combat, elle prit position , et se retrancha sur des collines.

Les Français et les Gallois firent de même, et les deux troupes ennemies restèrent ainsi huit jours en présence, séparées par un grand vallon. Chaque jour, de part et d’autre, on se formait en bataille pour attaquer; niais tout se bornait à des escarmouches, où furent tués quelques centaines d’hommes.

L’armée française et galloise souffrit bientôt du manque de vivres, parce que les Anglais occupaient îa plaine aux environs de ses cantonnements : suivant leur tactique accoutumée, les Gallois se jetèrent de nuit sur les bagages de remiemh et s’emparant de la plus grande partie des provisions de bouche , ils déterminèrent à la retraite l’année anglaise, qui, a ce qu’il parait, ne voulait pas engager le combat la première fo). Les gens d'armes français, peu habitués a la famine, et à qui le grand attirail d'armes, de chevaux et de valets qu’ils traînaient avec eux , ne rendait ut aisée ni agréable la guerre daus un pays montagneux et pauvre, s’ennuyèrent de celle entreprise où il y avait beaucoup de dangers obscurs à essuyer , et peu de renom a acquérir par de brillants faits d’armes en plaine ou en champ clos. Laissant doue le peuple cambrien se débattre avec ses ennemis nationaux , ils traversèrent de nouveau le pays de Galles, et allèrent débarquera SainbPol-de* Léon, racontant qu’ils venaient de faire une campagne que , de mémoire d’homme , aucun roi de France n’avait osé entreprendre (fî), et qu’ils avaient ravagé plus de soixante lieues de pays daus les domaines du roi d’Angleterre. Ainsi iis ne se vantaient que du mal fait aux Anglais, et nullement du secours qu’ils avaient prêté à la nation galloise, a laquelle personne en France ne s’intéressait pour elle-même.

Les insurgés du sud du pays de Galles furent dé- MK faits pour la première fois en 1407 , sur les bords delà rivière d’Usk, par une armée anglaise, sous le commandement de Henry, fils du roi Henry I?, qui, portant en Angleterre le titre de prince de Galles, était chargé du soin de la guerre contre le chef élu

adveraadorum dicli princtpis Goalîîæ.fEx ebron. DHL. aprol Hlat. tic Bretagne par dom Lobincau, 1 1! , p. 300.)

(3) Giron, d’Enguerrûod de Murourdet, chap. XY\ p, 15.

(0) Qnod non al tenta venant faccre reges Francisa ex meniorià bomïniun. (Hïst. de Bretagne, t. H, p. 3Ô0f)

DE L’ANGLETERRE. — CONCLUSION

1407 par les Gallois. Une lettre qu’il écrivit à son père 14â„. pour lui annoncer celle vicloire s’est conservée parmi les anciens actes publics d’Angleterre. Elle est en français, langue de l’aristocratie anglo-normande, mais en français un peu différent pour Torthographe, la grammaire, et, autant qu’on en peut juger, pour la prononciation, de celui de la cour de France vers la même époque. Il parait qu’à l’accent de Normandie, gardé en Angleterre par les hommes de descendance normande, s’était graduellement joint un autre accent étranger à tous les dialectes de la langue française, et que les lils des Normands avaient contracté à force d’entendre, autour d’eux, parler anglais, ou bien de parler eux-mêmes le jargon anglo-français qui leur servait à communiquer avec les gens de basse condition. C’est du moins ce qu’on est tenté de croire en lisant les passages suivants, pris au hasard dans la lettre du fils île Henry IV. « Mon très-redoulé et très souverain seigneur et «t père... Le onzième jour de cest présent moys de « mars, vos rebels des parties de Glamorgan, Uske, u Netherwent et Ovcrwent furent assemblés à la nombre de oyt mille gentz... A eux assemblèrent « vos foyals et vaillants chivalcrs.... vos gentz « curent le cbampe nienlmeins (1)... »

La fortune des insurgés gallois ne fit que décliner depuis leur première défaite, quoiqu’il se soit encore écoulé dix années entre cette défaite et l’entière réduction du pays. Déjà réduits une fois à l’état de peuple conquis, ils ne pouvaient plus retrouver cette énergie et cette confiance en eux-mêmes qui avaient soutenu si longtemps leur indépendance. Peut-être aussi leur espoir dans le secours des Français, espoir toujours déçu et toujours conservé par eux, leur causa-t-il une sorte de découragement que n’avaient point éprouvé leurs aïeux , qui ne comptèrent jamais que sur eux-mèmes. Owcn Glendowr, le dernier homme qui ail été investi du litre de prince de Galles par l’élection du peuple gallois, survécut à la ruine de son parti, et mourut obscurément.

14|8 Son fils Meredilh capitula, se rendit en Angleterre et y reçut du roi son pardon (2). Les autres chefs de l’insurrection l’obtinrent aussi, et l’on donna même à plusieurs d’entre eux des emplois à la cour de Londres, pour qu’ils n’habitassent plus le pays de Galles, qui d’ailleurs avait cessé d’être un séjour habitable pour les Gallois, à cause du redoublement de vexations des agents de l'autorité anglaise. Parmi ces Cambriens émigrés par nécessité ou par ambition , se trouvait un membre de la famille des fils de Tudowr, nommé Owen ab Meredilh ab Tudowr, qui, durant tout le règne de Henry V, vécut auprès

(I) Rymcr, t. IV, part. ! ,p. 77.

(2j Ibid., part. Il, p. 15.1.

(1) Ibid.,

de lui comme écuyer de son palais, plaisant fort au \m roi qui lui accordait beaucoup de faveurs et daignait J4^l’appeler nostre c/iier et foyal (3). Scs manières et sa belle figure firent une vive impression sur la reine Catherine de France, qui, étant devenue veuve de Henry V, épousa secrètement Owen ab Tudowr ou Owen Tudor, comme on l’appelait en Angleterre.

11 eut d’elle deux fils. Jasper et Edmund, dont le second, parvenu à l’àgc d’homme , épousa 3larguerite, fille de Jean de Bcaufort , comte de Somerset, issu de la famille royale des Plante-genest.

C’était le temps où les rejetons de cette famille s’entrégorgaient pour la possession de la royauté , conquise par Guillaume le Bâtard. Le droit de succession héréditaire avait, par degrés, prévalu contre l’élection , conservée , quoique imparfaitement , dans les premiers temps qui suivirent la conquête.

Au lieu d’intervenir pour déférer la couronne au plus digne de la porter, l’aristocratie anglo-normande se bornait à examiner lequel des prétendants se rapprochait le plus par son lignage de la souche originelle du conquérant. Tout se décidait par la seule comparaison de ces arbres généalogiques dont les familles de race normande se montraient si fières, et qu’on désignait, à cause de leur forme , par le nom de pé-dc-gru (4) , ou pieds de grue. L’ordre de succession héréditaire fut assez paisible tant que dura la ligne directe des descendants de Henry II ; mais quand l’héritage passa aux branches collatérales , il s’éleva plus de prétendants en vertu du droit héréditaire ; il y eut plus de factions, de troubles et de discordes que jamais n’en avait occasionné nulle part la pratique de l’élection. On vit éclater la plus hideuse des guerres civiles, celle des parents contre les parents , et des hommes faits contre les enfants au berceau. Durant plusieurs générations, deux familles nombreuses s’entre-tuèrent, soit en bataille rangée, soit par l’assassinat, pour soutenir leur légitimité, sans qu’aucune des deux put décidément anéantir l’autre, dont quelque membre se relevait toujours pour combattre , détrôner son rival et régner jusqu’à ce qu’il fût détrôné lui-même. 11 périt dans ces querelles , suivant les historiens du temps, soixante ou quatre-vingts princes de la maison royale (3), presque tous jeunes ; car la vie des mâles n’était pas longue dans ces familles. Les femmes, qui vivaient davantage, eurent le temps de voir leurs fils massacrés par leurs neveux , et ces derniers par d’autres neveux ou des oncles, assassinés bientôt eux-mêmes par quelque parent aussi proche.

(4) En anglais moderne , et par corruption , pedi gwe.

d>) Philippe de Commiaes, p. 07.

im So m le île Richard J il, de la maison d’York, qui devait la couronne ;i plusieurs assassinats, un filsd’Edmund Tudor eide Marguerite de Beau fort, nommé Henry, se trouvait en France, où il avait été obligé de fuir comme antagoniste du parti d’York* Ennuyé de vivre en exil, et se fiant sur la haine universelle excitée par le roi Richard, il résolut île tenter îa fortune en Angleterre, connue prétendant a la royauté par le droit de so mère , issue d’Édouard III. Payant ni croix, ni pile, dît un vieil historien (1), il s’adressa au roi de France, Louis XI, qui lui donna quelque argent, à l’uidc duquel il enrôla trois mille hommes en Normandie et en Bretagne. Il partit du port de Harfleur, et, après six jours île traversée, débarqua dans le pays de Galles, patrie, de ses aïeux paternels. A son debarquement il déploya un drapeau rouge, Fancien drapeau des Cambriens, comme si son projet eût été de soulever la nation pour la rendre indépendante des Anglais (2). Celte nation enthousiaste , sur laquelle la puissance des signes fut toujours très-grande, sans examiner si la querelle de Henry Tudor ei de Richard 111 ne lui était pas étrangère, se rangea, par une sorte d’instinct, autour de son vieil étendard, ]4fi3 Le drapeau rouge (à) fut arboré sur la montagne 3i3i Snowdoii , que le prétendant désigna pour rendez-vousa ceux des Gallois qui lui avaient promis de s’armer pour sa cause; pas un ne manqua au jour fixé {4). Les bardes mêmes, retrouvant leur ancien esprit, chantèrent et prophétisèrent, dans le style d’autrefois , la victoire des Kymrys sur Feniienu saxon et normand. Mais il ne s’agissait pas d’affranchir les Cambriens du joug de l'etranger, et tout le fruit de la Victoire devait être de placer un homme qui avait dans les veines un peu de sang gallois, sur le trône des conquérants du pays de Galles, Lorsque Henry Tudor arriva sur la frontière d’Angleterre, il trouva un renfort de plusieurs milliers d’hommes que lui amenait s ht Thomas Bouehier, Normand de nom et d’origine ; d’autres gentilsbommesdes provinces de l'ouest vinrent avec leurs vassaux et leurs fermiers se joindre à l’armée du prétendant, 11 pénétra sur le territoire anglais sans rencontrer aucun obstacle jusqu’à Rosworth, dans la province de Leieester, où il livra bataille à Richard IIÏT le défit, le tua, et fut couronné a sa place sous le nom de Henry VJL Henry VII plaça dans ses armoiries le dragon cambrien a côté des trois lions de Normandie, Il créa un nouvel office de poursuivant d’armes sous

(ï) Philippe de Commrnea, p. S5G.

(S) PennanlTa Tour in Wales, I, II, p. 3 J. fô) Voyez livre I, p. 53 el 54,

(4) Pennanrs Tour in Wales, p, -375.

1,5) ihid., U U j p. 51. Rytner, t. IV.

LA CONQUÊTE

le nom de rouge dragon (5) , et a Faîde des ar- im diives authentiques ou fabuleuses du pays de Galles, il fi t remonter sa généalogie jusqu’à Cadwallader, dernier roi de toute la Bretagne , et de là jusqu’à Bru lus, fils il'Énée, prétendu père des Rrelons (6),

Mais ce fût à de pareils actes de vanité personnelle que se borna toute la reconnaissance du roi pour h peuple dont Je dévouement lui avait procuré la victoire et la couronne* Son fils, Henry VU! , tout en c o user va ntà ceux des G allô i$ qu e Hen ry V 1 1 a vai t anoblis, pour des services rendus à sa personne, leurs titres normands de comtes, de barons et de baronnets , traita , comme ses prédécesseurs , la masse du peuple en nation conquise, qu’on craint et qu’on n’aime pas. Il entreprit de détruire les anciennes coutumes des habitants de la Cambrie ? les restes de leur état social, et jusqu’à leur langage (7).

Lorsque la suprématie religieuse du pape eut wu été abolie en Angleterre, les Gallois , à qui l’Église romaine n’avait jamais voulu prêter aucun secours jïour le maintien de leur indépendance nationale , suivirent sans répugnance les changements rdi- m[ glcux décrétés par le gouvernement anglais. Mais ce gouvernement, qui encourageait de tous scs efforts la traduction de la Bible, ne la fit point traduire en langue galloise; au contraire , quelques personnes du pays, zélées pour la nouvelle réforme, ayant publié n leurs propres frais une version des Ecritures, loin de les en louer, comme on Petit fait en Angleterre , on ordonna la destruction de tous les exemplaires, qui furent enlevés des églises, et brûlés publiquement (8), L’autorité anglaise s’ab laqua , vers le même temps, aux manuscrits et aux documents historiques , plus nombreux alors dans le pays de Galles que dans aucune autre contrée de [ Europe. Plusieurs familles qui avaient des archives particulières furent obligées de les enfouir pour les dérober aux perquisitions des agents royaux (9), Ce fut même pour quelques-unes de ces familles un titre de défaveur, que d’avoir communiqué des renseignements curieux aux érudits qui, à la fin il u xvf siècle , s’occupèrent des antiquités et des * curiosités du pays de Galles, Un écrivain estimable, îe41 Edouard Ltewyd, auteur de Y Archœol&gie bretonne (10), essuya toutes sortes de dégoûts, à cause de la publication de son livre. Ce genre de savoir ci de travail rendait suspect, et on le devenait bien plus encore en allant s’établir dans le pars de Galles ; ce fui le motif d’une accusation judiciaire intentée

(0) Cambrû'Dnloü., t. IT p, 457,

(7) Archeoloey of vvaies* préface , p. 10,

(fi) Ibid.

(0) Ibid.

(10) Fermant1* Tour in Wales , p. 470.

DE L’ÀNGLETERBE

]ai3 sous le règne d'Élisabeth , dernière descendante de Henry Tüdor.

La famille écossaise des S Lu a ris ne montra pas plus de bienveillance pour la nation galloise; et cependant , lorsque les habitants de l'Angleterre se furent soulevés contre celle famille, les Gallois se rangèrent en majorité dans son parti 7 par une sorte d'opposition nationale a ce que le peuple anglais désirait. Peut-être aussi espéraient-ils s'affranchir quelque peu, a la faveur des troubles d'Angleterre, et au moyeu d'un pacte avec la famille royale qu’ils auraient soutenue contre les Anglais. Il n’en fut lien ; la royauté succomba > et le pays de Galles eut à subir, comme royaliste, un nouveau surcroît d'oppression. Depuis ce temps , les Cambriens ont souffert en repos lous les changements politiques arrivés en Angleterre, ne s'insurgeant plus , mais n’oubliant pas quels motifs ils auraient pour s’insurger. « Nous savons, dit un de leurs écrivains, que K les seigneuries et les meilleures terres du pays se « trouvent en la possession d'hommes de race ëlran- <t gère, qui les ont enlevées par violence à d’anciens « propriétaires légitimes, dont les noms et les vrais ü héritiers sont connus. *

mi En général , les possesseurs de grandes terres et 1795 de seigneuries dans le pays de Galles étaient , il n’y a pas longtemps , et probablement sont encore plus durs qu’en Angleterre pour les fermier# et les paysans de leurs domaines. Cela vient sans doute de ce que, la conquête des province» galloises n’ayant été achevée que vers le quatorzième siècle, les nobles y sont plus nouveaux venus ; eL de ce que la langue du peuple indigène est toujours restée entièrement distincte de celle des conquérants. L’espèce d’hostiliLë nationale qui régnait entre les seigneurs et les paysans a contribué à rendre plus nombreuse Fëmîgraiion de j ouvres familles galloises aux États-Unis d’Amérique* Là, ces descendants des anciens Kymrys ont perdu leurs mœurs et leur langage, et oublié, au seiu de la liberté la pins complèLe dont un homme civilisé puisse jouir , les vains rêves de f indépendance bretonne. Ceux qui sont demeurés dans la patrie de leurs ancêtres y gardent , au milieu de la pauvreté ou de la médiocrité de fortune qui de tout temps fut leur partage, un caractère de fierté qui tient à de grands souvenirs et à de longues espérances déçues , mais jamais abandonnées. lis tiennent le front levé devant les puissants et les riches de l'Angleterre et de leur pays , « et se croient de

meilleure et de plus noble race, disait un Gallois « du siècle dernier, que cette noblesse d’hier, issue h de bâtards, d’aventuriers et d’assassins (1). »

(1) Camhrko regis ttr, for 1790, p. 241.

(2) JS edfwt Wekhman.

(3) New-bm-fHsm. V. récrit intitulé Cafflbro-fîrUon.

Tel est l'esprit national des hommes les plus énergiques parmi les Cambriens actuels, et ils le poussent quelquefois à un tel degré d'emportement , qu’on leur donne en anglais un surnom qui ne peut se traduire que par les mots de cerveau bridé (£). Depuis les révolutions d’Amérique et de France, cet esprit s’est allié chez eux a toutes les grandes idées de liberté naturelle et sociale que ces révolutions ont partout éveillées. Mais, en se passionnant pour les progrès de la liante civilisation moderne, les habitants éclairés du pays de Galles n’ont pas perdu leur antique passion pour leur histoire , leur langue et leur littérature nationale. Les plus riches d’entre eux ont formé des associations libres , dans le but de favoriser la publication de leurs nombreuses collections de documents historiques, et pour ranimer, s’il est possible, la culture du vieux talent poétique des bardes. Ces sociétés ont établi des concours annuels de poésie et de musique ; car ces deux arts , dans le pays de Galles , ne vont point l'un sans l’autre; et, par un respect peut-être un peu superstitieux pour les anciennes coutumes, les assemblées littéraires et philosophiques des nou~ maux bardes (3) se tiennent en plein air sur des collines. Dans le temps où la révolution de France faisait encore peur au gouverne ment angtais, ccs réunions, toujours extrêmement nombreuses, furent interdites par l’autorité locale , à couse des principes démocratiques qui y régnaient (4). Aujourd'hui elles sont pleinement libres , et l’on y décerne chaque année le prix de l'inspiration poétique, faculté que la langue cambrienne exprime en un seul mot , awen.

L'awen se retrouve aujourd'hui principalement chez les Gallois du nord, les derniers qui aient | maintenu leur ancien état social contre l’invasion des Anglo-Normands (3). C’est aussi chez eux que la langue indigène est parlée avec le plus de pureté cl sur la plus grande étendue de pays. Dans les provinces du sud, plus anciennement conquises, l'idiome gallois est mélangé de mots et d’idiotismes français et anglais. 11 y a même des districts entiers d’où il a complètement disparu , et souvent un ruisseau ou un simple chemin de traverse marque la séparation des deux langues , qui sont , d’un côté , du cambrien corrompu, de l'autre un anglais barbare parlé par la postérité mtdaugée des soldats flamands , normands et saxons qui conquirent le pays au douzième siècle. Ces hommes, quoique, pour ta plupart , d’une condition égale à celle de la population vaincue s ont conservé pour elle une sorte de mépris héréditaire. Ils affectent, par exem-

(4) Cambrian réguler, for 1790, p. 1G3.

(5j Ibid., [>. 45&.

iTîia pic , île ne pas savoir le nom U- un seul individu habitant la partie du canton ou de la paroisse où Ton parle gallois, « Je ne connais pascefa, répondent-ils n aux étrangers ; ceiu démeure quelque part dans « la AVclcherie (1), «

Voila quel esL nia in tenant Tétât de cette population et de celte langue dont les bardes du sixième siècle ont audacieusement prédit Fcterofté ; s\ leur prédiction doit être démentie, du moins ne sera-ce pas de nos jours* L'idiome cambrien est parlé encore par un assez grand nombre d'hommes pour tpie son extinction totale soit dans un avenir impossible à prévoir, U a survécu y tous tes autres dialectes de T ancienne langue bretonne ; car celui des indigènes de la province de Cornouailles vient de tomber a Tétât de langue morte, vers la fin du siècle dernier. Il est vrai que , depuis le dixième siècle, où elle fut refoulée par les Anglo-Saxons au delà delà rivière de Tainer {S) , la population de Cornouailles n’a jamais joué aucun rôle politique. Au moment de la conquête normande, elle soutint les Anglais des provinces voisines dans leur résistance aux étrangers ; mais, vaincue avec eux , die subit Lotîtes les chances de leur destinée ultérieure* A mesure que , de proche en proche , elle se fondait avec les populations de race anglaise, son langage originel perdait du terrain dans la direction du nord au sud ; de sorte qu’il y a cent ans Ton ne trouvait plus que quelques villages, à l'extrémité du promontoire, où l'ancien idiome du pays fût encore parlé (3). En 177G, des voyageurs questionnèrent, sur ce sujet, un vieux pécheur de l’un de ces villages, qui leur répondît : ^ Je ne connais guère que quatre « ou cinq personnes qui parlent breton, et ce sont " de vieilles gens comme moi, de soixante a qua- *c ire-viogts ans ; tout ce qui est jeune n’en sait plus «i un mot (4). »

Ainsi le dix-huitième siècle a vu finir la langue du pays de Cornouailles , laquelle n'existe plus aujourd'hui que dans un petit nombre de livres. Elle différait , d’une manière assez remarquable, du dialecte gallois , et avait probablement été pariée dans [ ancien temps par toutes les tribus bretonnes du sud et de Test , par les hommes que les vieilles annales appellent LoCgrys, H qui, avant d’aller rejoindre les Kyiurys dans file de Bretagne, avaient séjourné plus ou moins longtemps au sud-ouest delà Gaule (a)*

Ht*

Les Ecossais.

En Tannée 1174, Guillaume, roi d'Écossc, fit une invasion au nord de l'Angleterre; mata il fut vaincu et pris par les barons anglo-normands, et sa défaite fut regardée comme un effet miraculeux du pèlerinage du rot Henry II au tombeau de Thomas Beeket (G). Ceux qui le firent prisonnier renfermèrent dans le château de Riche-mont , aujourd'hui Richmond, dans Tïcrkshire, bâti , au temps de la conquête , par le Ras-Breton Alain-Fer go n. Cette circonstance fut regardée comme Ta ccora plissement d’une prophétie de Merlin , conçue en ces termes : « On lui mettra aux dents un mors forgé sur les « rives du golfe armoricain (7)* 3» Et. ce qu’il y a de plus bizarre , c’est que la même prophétie, peu de mois auparavant * avait été appliquée à Henri II, serré de près par les Bretons auxiliaires de ses fils (8)* Le roi d’Ecosse, transporté de Richement :ï Falaise, ne sortit de prison qu'en renouvelant le serment d'h om mage-lige, que scs prédécesseurs avaient prêté aux rois normands , et avaient rompu cnsuiLe (9). Cet acte de soumission forcée donna peu d’ influence au roi d'Angleterre sur les affaires de T Écosse, tan t qu’il ny eut point dans ce pays de divisions intestines, c’est-à-dire durant les cent vingt ans qui s’écoulèrent jusqu’à la mort d’Alexandre, troisième du nom*

Jamais la royauté , chez les Écossais , n’avait été purement élective; car tout leur ordre social sc fondait sur l’état de fami lle i mais aussi jamais Thé-, redite royale n’avait eu de règles fixes, et le frère était souvent préféré au petit-fils, et même au fils du roi mort* Alexandre III Délaissa ni fils, ni frères, mais des cousins en grand nombre, la plupart d'origine normande ou française, du côté paternel, et portant des noms français, tels que Jean Railleul, Robert de Brus, Jean Comine, Jean d'Eaucy et Nicolas de Solles (H))* Il y avait neuf prétendants, qui tous, a différents titres, se disaient héritiers du royaume; ne pouvant s'accorder entre eux, et sentant le besoin déterminer pacifiquement la dispute, ils la soumirent â Édouard IBr, roi d'Angleterre , commeà leur seigneur suzerain (H). Le roi Édouard se déclara pour celui qui avait le meilleur litre ,

(H CàmhHats regis Lcr, far 1796, p* 43S*

(2) Voj'ce livre lï, p* 40.

i3> Wtrn. de lasoctélédcs Antiq, de Londres, t. Il* p. 3 05*

'4j Ibid., l. V, p, 83*

tS) Voyez livre I, p; 32 et suîv*

(0) Voyez livre X, p. 203.

7 Vidclur Inxpleia Mcrlim prophelia dicenti» : Dahjlur

m.?xiIMs ojus Prenum , quoi! in .irmorico sinn fabriuatiir, (ïUalii, Paris,, p* 90* )

(8) Script, rmim fran ci car u m.

(0) Maih. Paris., p* 91.

( J 0) A nnal l>s Wa vo riei ense s , p * 245.

(TI) Serjteiuiæ domloi Edward!. unanimi consenti ci comwrdîtcr sc siCmmenmi. r Ann. W amie mises t p. 243* )

I)E L’ANC LETEBUE* - CONCLUSION*

i2ûi sel ou I e d roi l héréd i l aire par pr î mogén î tu re ; c Y ta i l rm Jean Baiileul ou Baliol, comme orthographia tant les Écossais. Jt Put couronné ; maïs le roi d’Angleterre, se prévalant de ta déférence que 1rs Écossais venaient de lui témoigner , voulut rendre effective* à leur égard, sa suzeraineté, jusque-là purement honorifique*

Le mi d’Ecosse, afin de gagner un appui contre tes intrigues de ses compétiteurs * sc prêta d’abord complaisamment aux vues du rot d'Angleterre; il donna à des Anglais la plupart des offices et des dignités du royaume, et se rendit a la cour de son suzerain pour hii Paire honneur et recevoir ses ordres, Encouragé par celle condescendance du rot son protégé, Édouard alla jusqu’à lut demander, pour gage de sa fëautë et de son allégeance f les forteresses de Berwicb, Edimbourg et ltoxbourgh, les meilleures de tonte l’Écosse (1). Mais il s’éleva contre cette prétention mie opposition nationale IdlemenL forte, que Jean Baliol fut contraint d’y céder, et de refuser l’entrée de ses forteresses aux 129G gens du roi d’ Angleterre* Alors Édouard le somma de comparaître à Westminster, pour y répondre de son refus; mais, au lieu de se rendre h la sommation, Baliol renonça solennellement à son hommage el â sa foi comme vassal* À celte nouvelle, le roi d’Angleterre s’écria dans son français normand : « Ah ! ii le fol félon tri folie fait i s’il ne venit à nous, nous if veindrons à Jy (2)* »

mû Édouard 1er partit en effet pour i’Écosse avec toute sa chevalerie d’Angleterre et d’ Aquitaine, des archers de race anglaise , tellement habiles qu’ils perdaient rarement une de leurs douze flèches, et disaient, en plaisantant, qu’ils avaient douze Écossais dans leurs trousses; enfin des Gallois, armés â fa légère, qui étaient plus souvent en querelle avec les Anglais qu’avec l’ennemi , pillaient îles premiers lorsqu’il y avait quelque chose à prendre , mais, le plus souvent, res l aient neutres durant l’action* Malgré le courage cl l’énergie patriotique des Écossais, ta guerre fut malheureuse pour eux : leur roi ne la soutenait point de bonne grâce, et se montrait toujours prêt â faire amende honorable au roi Édouard, pour la résistance qn’ïl avait entreprise, î ans dîsa ï l-il, par ma u mis e t fan x co n seii (5)* De plus , lîos ^ °y avait alors eu Écosse ni villes bien fortifiées, ni châteaux forts à la manière de ceux que les Normands avaient bâtis en Angleterre. Les habitations seigneuriales n’étaient point des donjons

(î) Chrome* îkmîd Kayghtoa, |>. 2478.

(2) Forduol Scott Chronicon, édition de lïearne.p* 069.

(3) Cutn nous par nos Ire DialYêa cmmeatle et fini#, etc* (Chrome* HemicI Knyghton, p* 2481 .)

(4) Voyez livre VJfL p* 194*

(5) William Wallace thaï mai# ter was of Uiicvea. (CUroo*

entourés d’une triple muraille, mais de petites tours im carrées, avec un simple fossé, ou situées sur le m$ bord de quelque ravin* Le roi Édouard pénétra donc facilement dans tes plaines d1 Écosse, s’empara de toutes les villes, où il mit garnison , et fît transporter à Londres la Fameuse pierre sur laquelle on couronnait les rois du pays (4). Ceux des Écossais qui ne voulurent point se soumettre à la domination étrangère sc réfugièrent dans les montagnes du nord et de fonçât, et dans les forêts qui les avoisinent*

C’est de là que sortit le fameux patriote William Wallcys ou Wallace, qui pendant sept ans fit la guerre aux Anglais, d’abord en partisan et ensuite à la tête d’une année, Les conquérants le qualifiaient de voleur de grand chemin,- de meurtrier et d’incendiairç (5): cl quand ils l'eurent pris, ils le pendirent à Londres, et placèrent sa tète au bout d’une pique sur le sommet de la Tour* Les habitants de la partie soumise de TÉcosse éprouvaient, dans toute leur étendue, les maux qui suivent une conquête; ils avaient des gouverneurs étrangers, des sherifFs et des baillis étrangers. « Ces Anglais, dit u un poêle contemporain * étaient tous avides et ■t débauchés, hautains et méprisants ; ils insultaient K nos femmes et nos filles; de bons chevaliers, tt dignes et honorés, étaient mis a mort par la corde, it Ah ï la liberté est une noble chose (6)..* ! » .

Ce sentiment, énergique dans le cœur des Ecçs- im sais, les rallia bicnltH autour d’un nouveau chef, Robert de Brus ou Bruce, l’un des anciens compétiteurs de Jean Baliol* Bruce fui sacré roi dans l'abbaye de Scone s quand il n’y avait presque pas une ville, depuis la Tweed jusqu’aux Qrcadcs, qui ne fût au pouvoir des Anglais. Sans armée et sans trésor, il prit pour quartier, comme Wallace, les forêts et les montagnes, el y fut poursuivi par ses ennemis avec de la cavalerie et de l'infanterie, et jusqu’à des chiens dressés à suivre l'homme comme le gibier à la piste (7)* Il n’y avait dans son royaume, dit un vieil historien (8), personne qui osât l’iiéberger, ni en châteaux, ni en forteresses* Traqué comme une bête fauve, il alla de colline en colline JW8 et de lac en lac, vivant de chasse et de pèche, jus- ^ qu’à la pointe du promontoire de Canlyre, et de là dans la petite île de Rachin ou Rath-Erin, voisine de la côte d’Irlande*

Là il planta son drapeau royal , aussi fièrement que s’il eût été à Edimbourg, envoya des messagers

of Peler La nj; loft, p* 508.) — Publient lalro. (Thomas Walaingbam.)

(fi) A J freedom te s noble Uiingî (David Barbour, (he Bruce, p. 12. )

(7) The Iting Edward witb homes àttd liouuds 10 m soumit, (Uai'iiîny's rhroaide*)— (8) Froissait.

nos en Irlande, et obtint quelques secours des Irlandais rfis indigènes* à cause de l'ancienne fraternité des deux nations* et de leur haine commune contre les Anglo-Normands, U envoya ensuite dans le» îles Hébrides et sur toute 1a côle de F ouest, pour solliciter l'appui de» chefs galliqnes de ces contrées* peu soucieux , dan» leur sauvage indépendance ( de ce qui advenait de la population des plaines d'Ecosse* qu’ils appelaient saxonne, comme celle de F Angleterre, et qu’ils n’aimaient guère davantage, lous les clans, h l'exception d'un seul* lui promirent leur foi et leur secours, Les chefs et les barons des basses terres , de race anglaise, normande ou écossaise , firent entre eux des pactes d'alliance et de fraternité d'armes, a la vie et a la mort, pour le roi R ober tell e pay s * c o n tr e to u 1 h o iu me, F ra n ça i » , Anglais ou Écossais (1). Probablement, par le premier de ecs noms, ils voulaient désigner le roi et tous les seigneurs d* Angleterre, qui ne parlaient alors entre eux d'autre tangue que la française (S) ; car tes Français proprement dits étaient alors les meilleurs amis des patriotes de FÉcossc.

Robert Bruce donna rendez-vous à scs partisans du côté de Stirling, vers le Heu où commence à s'élever (a chaîne des montagnes de l'ouest; et c'est 13 ï 3 près de la que fut livrée la bataille décisive de Bannoek-Burii, ou du ruisseau de Ifcmnock* Les Écossais y furent vainqueurs; leurs ennemis, affaiblis par cette grande défaite, se virent successivement chassés de toutes les villes fortes , et obligés de repasser la Tweed en désordre, poursuivis, à leur tour, par toute la population des plaines du sud , et surtout: par celle des frontières ou du Border, population alors très- redoutable pour une armée en déroute*

Les Frontières de F Angleterre et de l'Ecosse ne furent jamais bien fixées du côté de l'ouest , où le pays est montagneux et entrecoupé dans tous les sens par une foule de vallées et de petites rivières* Les habitants d'une assez grande étendue de terre dans ces contrées n'étaient , à proprement parler, ni Écossais, ni Anglais, et le seul nom de nation qu’ils connussent était celui de B or devers, c’est-ài3ia dire, gens de la frontière. C'était une agrégation 15a48 de toutes les races d'hommes qui s'étaient rencontrées dans la Grande-Bretagne ; des Bretons chassés par les Anglo-Saxons, des Saxons chassés ou déshérités par les Normands, des A oglo -Normands ou des Écossais bannis pour des félonies ou d'autres délits. Cette population était divisée par grandes familles, a l’instar des clans celtiques ; mais les

{1} Centra omnes morUles Francos , Angloa , Scoloi de- Fcndcre ail nUinimn lermimim vîOe... ( Walter ScuEs T>ord of tlie i nies, notes,)

(2) ...The king him an & w ered soon

LA CONQUÊTE

noms de dans ou de familles étaient, pour la plu- ms part, anglais ou français. La langue de tous les ha- n® 1 d tan U était le dialecte anglo-danois du sud de F Écosse et du nord de V /Angleterre* Les chefs et le» vassaux vivaient assez familièrement ensemble, l'un dans sa maison forte, entourée de palissades grossières et ayant pour fossé le lit de quelque torrent ; les autres dans des huttes bâties à l'entour- Tous faisaient le métier de maraudeurs, ne se nourrissant que de bœufs et de moutons enlevés aux habitants des plaines voisines. Ils faisaient leurs courses a cheval, armés d'une longue lance, et portant pour armure défensive une casaque piquée et matelassée, sur laquelle étaient cousues et disposées le plus régulièrement possible des plaques de fer ou de cuivre (5).

Bien que partagés administra tivement en deux nations distinctes, et. suivant le territoire qu'ils occupaient . sujets de FÉeosse ou de l'Angleterre, ils n’en regardaient pas moins les rois de cesdeuxpays comme des étrangers, et se trouvaient tour à tour Écossais, lorsqu'il s'agissait de fourrager en Angleterre, et Anglais lorsqu'il y avait une descente à faire en Écosse. Us ne se battaient guère entre eux que pour des motifs d'inimitié privée. Quant à leur brigandage, ils l'exerçaient sans pitié, mais sans cruauté, comme une profession qui a ses règles et sou point d’honneur. Les plus riches d'entre eux prenaient des armoiries, dont les Normands avaient introduit la mode en Angleterre et en Ecosse. Ces armes, que conservent encore plusieurs familles du pays, font presque toutes allusion au genre de vie des anciens Borderers. En général, le champ de l’écusson est un ciel portant une lune et des étoiles, pour signifier que le meilleur temps des Borderers était la nuit ; les devises, en anglais ou en latin, sont également significatives , c'est : Gardez mm bien. Ne dormez pas; car je veille , Avant que je manque, va us ma n que) Yez ; etc . (4) .

L'Écosse délivrée donna le nom de sauveur à Robert Bruce, Normand d'origine , et dont les aïeux, au temps de la conquête de l'Angleterre, avaient envahi, sur le territoire écossai s, le bourg et la vallée d'Annan. Les anciens rois d'Ecosse leur avaient confirmé , par des chartes, la possession de ce lieu, où les ruines de leur château se voient encore. L'Écosse est la partie de l'Europe où le mélange des races qui s'y sont micontrées s'est opéré le plus aisément, et a laissé le moins de traces clans la situation respective des différentes classes iF habitants. Jamais il n'y eut de villains ou de paysans serfs dans ce pays, comme

Ail en Ull Frankïfih ai u$cd he...

(WwdïWFM. VojPTt Eltis's VI':ti LCüt romance*-}

(S) MinaLrelsy of lhe Scolish Border.

(4) Wàteh wel \ - yç slialJ waol ere l wmt, (ïbiih)

nu en Angleterre el en France, et les antiquaires ont

i&\s observé que les anciens actes de l'Écosse tt'offrenl aucun exemple d'une vente de 1T homme avec la terre, qu'aucun ne présente cette formule si ordinaire ailleurs : k Avec les bâtiments el tout le cheptel, manants, bestiaux, charrues, etc. (1). » De temps immémorial , les bourgeois des principales villes siégeaient dans le grand conseil des rois (FÉçosse à côté des gens de guerre de haut rang , qui s’intitulaient, à la manière normande, chevaliers, barons, comtes et marquis, on cou servaient les vieux titres anglo-danois de t/tanes et de lairds. Quand if s'agissait de défendre le pays, les diverses corporations des gens de métier marchaient sous leurs propres bannières el conduites par leur ôurgmaster. Elles avaient sur le champ de bataille leur honneur à soutenir et leur pari de gloire à remporter. De vieilles romances populaires , qu'on chantait encore il n’y a pas longtemps dans les provinces écossaises du sud, célèbrent la bravoure des cordonniers de Seikirk, a la fameuse fiataille de Flodden, livrée et perdue, en 1513 T par le roi d'Ëcosse Jacques IV (3J,

L'opposition nationale, ou la réaction naturelle de l'esprit de liberté contre le pouvoir, suivit on Écosse le cours qu’elle doit suivre dans tout pays on la nation n’est pas divisée en deux races d'hommes séparées Tune de Pau Ire par un étal d’hostilité héréditaire ;elle fut constamment et presque uniquement dirigée contre les rois. Dans les guerres civiles il n'y avait que deux partis, celui du gouvernement et celui de la généralité des gouvernés, et non point, comme ailleurs, trois partis : la royauté, la noblesse et le peuple. Jamais la classe militaire et opulente ne s'unit aux rois contre le peuple, et rarement le peuple eut besoin de favoriser le pouvoir royal en haine de celui des grands. Dans les temps de trouble, la lutte avait lieu entre le roi et scs courtisans d’une part, et de l’autre tous les ordres de la nation ligués ensemble. Il est vrai que les barons et les nobles cTÉcosse , actifs et turbulents, figuraient toujours en tète, dans les commotâèns politiques , et que, suivant Texpression de l’un d'entre eux , ils utlacham fil le grelot (3) ; mais lcsT actes de violence qu'ils se permirent souvent contre les favoris des rois, et contre les rots eux-mêmes, ne furent presque jamais impopulaires*

1548 Vers le milieu du seizième siècle, un nouveau lien vint resserrer cette espèce d'alliance politique entre la noblesse et la bourgeoisie d’Écosse ; elles

(1) Cum donubus ac colahus „ anumilibLis . et oinnî pcctinià vivâ... [GiûËsaives Ducangc et de Spelman*)— Voyez Flnkerlûü’s Hislory oFSccKland. t. T, p. 147*

embrassèrent ensemble , et , pour ainsi dire , d’un mu seul élan, les opinions de réforme religieuse les plus extrêmes , celles des calvinistes* Toute In population du sud et de l’est , qui parlait la même langue et avait le même genre d'idées et de cïvîli salion, concourut à cette révolution, Il n’y eut que les dans des montagnes el quelques seigneurs dans les plaines du nord , qui tinrent à la religion catholique, les uns par esprit d'hostilité naturelle contre les gens des basses terres, les auLres par conviction individuelle , plutôt que par esprit de corps* Les évêques mêmes n’opposèrent pas aux partisans de la réforme une très-grande résistance ; la seule opposition redoutable que ceux-ci eurent à éprouver vint de la cour, alarmée de bonne heure par là crainte que les changements religieux n’en amenassent de politiques : mais le parti des novateurs l’emporta dans cette lutte ; ils s'emparèrent du roi Jacques VI , encore enfant , eL le firent élever dans les nouvelles doctrines*

Sa mère, l'infortunée Marie Stuart, se perdit nm par ignorance du caractère national des Ecossais ; ieos ce fut à la suite d’une bataille livrée aux réformés presbytériens qu'elle passa en Angleterre où elle périt sur un échafaud. Après sa mort, et pendant iso* que son fils régnait en Écosse , et professait, selon le nouvel esprit de la nation, le croyance presbytérienne dans toute sa rigidité , la lignée des rois d'Angleterre de la Famille de Tudor vint à s'eteïndre dans la personne d'Élisabeth , petite-fille de Henry VIL Jacques , descendant de Henry Y II par les femmes * se trouvait ainsi le plus proche héritier des Tudor,

H vint à Londres, où il fut reconnu sans difficulté et prit le litre de roi de la Grande-Bretagne , réunissant sous leur ancien nom ses deux royaumes d'Angleterre et d’Écosse. Il plaça dans ses nouvelles armoiries le chardon écossais à côté des léopards de Normandie, et sur les drapeaux de ses armées et les pavillons de ses flottes , entrelaça la croix blanche de saint André avec la croix rouge de saint Georges.

Le roi Jacques, premier de ce nom pour l'An- mi glelcrre , trouva l’étal des esprits, relativement aux 1023 réformes religieuses , bien different , dans son nouveau royaume * de ce qu’il était en Écosse* H n'y avait point parmi les Anglais d’opinion généralement établie en matière de croyance. Ils différaient sur ce point , selon qu'ils appartenaient a la classe supérieure ou bien aux classes inférieures de la nation, chez qui l'ancienne hostilité des deux races semblait reparaîtra sous de nouvelles formes* Quoique le

(2; Tbe soüleriof Sctklik.fMUistrelsy of the Seotisb Border.)

(5) ru heil the cat* ( Mot tfArcbibald Douglas, comte d'Aiigns, sous îc rêcae de Jacques III . )

TntEftRV.

loua temps et le mélange du sang eussent déjà beaucoup affaibli cette inimitié primitive » il restait au fond des cœurs un sentiment confus de haine et de défiance mutuelles» L’aristocratie tenait fortement pour la réforme mitigée , introduite cinquante ans auparavant par Henry VII ï , reforme qui , substituant simplement le roi au pape, comme chef de l'église anglicane . conservait à l’épiscopat son ancienne importance. La bourgeoisie r au contraire , tendait a la réforme complète établie par les Ecossais » dont le culte mm évêques était indépendant de toute autorité civile. Les partisans de ces opinions formaient u ne secte persécutée par le gouvernement, mais dont la persécution augmentait l'enthousiasme ; ils étaient d’un rigorisme excessif jusque dans les moindres choses ; ce qui leur faisait donner le nom de précis , purs ou puritains. Le sobriquail de têtes rondes sous lequel on les désignait par dérision, leur vint de ce qu'ils portaient les cheveux courts et sans aucune frisure, usage contraire à la mode que suivaient alors les gentdshommes et les gens du monde.

Les presbytérien s d’Angleterre s’élaienl flattés de voir régner leur croyance sous un roi presbytérien ; maïs le triomphe de ces opinions se trouvant lié à celui de l'intérêt populaire sur l'intérêt aristocratique, le roi , quel qu’il fiU, ne pouvait nullement y contribuer. L’église épiscopale fut donc maintenue sous Jacques l , comme sous Élisabeth , par des mesures de rigueur contre les adversaires de celte église ^ bien plus , à force de se pénétrer des dangers politiques, du puritanisme en Angleterre, le roi forma te projet de le dét ruire même en Écosse, où il était devenu religion de TEtai, et il entra, pour ce projet , en lutte ouverte, non plus seulement avec les classes moyennes ci inférieures , mais avec la nation tout entière. C’était une entreprise difficile, dans laquelle il obtint peu de succès , et qu'il légua avec la couronne à son fils , Char les

im Charles, amplifiant et systématisant en quelque sorte les vues de son père , résolut de rapprocher le culte anglican des formes du catholicisme, et d’imposer ce culte, ainsi réformé , aux deux royaumes d’ Angleterre et d’Écosse, Par là il mécontenta les épiscopaux et les classes aristocratiques d'Angleterre , tandis qull soulevait contre lui l’uni versalitë delà nation écossaise. Nobles, prêtres et bourgeois , entrant en rébellion ouverte , s’assemblèrent spontanément à Édimbourg , et y signèrent, sous le nom de Co venant , un acte d’union nationale , pour la défense de la religion presbytérienne. Le

(1) For Ch mt's crown and CoveuanL (Scolisfe Borâer's Mindreby. ) (3) IbkL

roi leva une armée cl fil des préparatifs de guerre 1025 contre TÉcosse ; et , de leur cùté , les Ecossais for- ^ nièrent des milices nationales, auxquelles on donna des chapeaux portant celle devise : Pour la cou- « ronne du Christ et le eovenanl {!)* » Des gens de toutes conditions vinrent à l’eim se faire enrôler dans ces indices , et les ministres du culte prononcèrent dans les églises malédiction contre tout /tomme, tout cftemt et toute lance qui serait avec le roi contre les défenseurs de la foi nationale (2).

La résistance des Écossais fut approuvée en Angleterre, où le méconlcatémcfrt devenait général contre le roi Charles, à cause de ses innovations religieuses et de scs tentatives pour gouverner d’une manière absolue, sans le concours de rassemblée (pii , sous le nom de parlement, n’avait jamais cessé d’exister depuis la conquête.

Les bourgeois d’Angleterre, qui d'abord u avaient comparu à celte assemblée que comme cités , en quelque sorte, devant le roi et les barons, pour recevoir des demandes d’argent et y répondre , étaient devenus, par l’elfet d'une révolution graduelle, partie intégrante du parlement. Réunis à un certain nombre de petits feu dataires qu’on appelait chevaliers des comtés (5) , ils formaient , sous le nom de Chambre des Communes, une section du grand conseil national ; dans l’autre chambre, celle des Lords, siégeaient les gens titrés, comtes, marquis, barons, avec les évêques anglicans. Celte chambre entra, comme l’autre, en opposition contre les projets de Charles 1er; mais il y avait entre elles celle différence, que la première tendait seulement au maintien de la religion établie cL des aneious privilèges du parlement, tandis que, dans la seconde, la majorité aspirait à rétablissement du presbytérianisme et à une réduction de l’autorité royale.

Ce désir de réforme , assez modéré en ce qui touchait à l’ordre politique , avait pour soutien , au dehors de rassemblée, quelque chose de plus violent que lui , le vieil instinct de haine populaire contre les familles nobles , propriétaires de la presque totalité du sol. Les classes inférieures sentaient le besoin vague d’un grand changement ; leur situation présente leur était à charge 5 mais, n’apercevant pas clairement ce qui devait la rendre meilleure, elles s’attachaient, au hasard, à toutes les opinions extrêmes , et. eu religion , à ce que je puritanisme avait de plus rigide et de plus sombre. C’est ainsi que le langage habituel de celte secte , qui cherchait tout dans la Bible, devint celui du parti le plus exagéré en politique. Ce parti , s’éta-

^3) En langue anglo-normande Chirale? de Countec , en anglais moderne, kmglu of lhe dure.

DE L ANGLETERRE. — CONCLUSION. 33

ifun blîssGùt en idée dans la situation du peuple juif au

ÎG'42 milieu de ses ennemis , donnait à ceux qu’il baissait îes noms de Philistins et d’enfants de Reliai. II empruntait aux psaumes et aux prophéties les menaces qu’il voulait proférer contre les lords et les évêques , se promettant , selon les paroles de l'Écriture, de saisir te glaive à deux tranchants et de garrotter tes nobles du siècle avec des entraves de fer (1) .

Charles 1er eut grande peine à rassembler des hommes et de l’argent pour faire la guerre aux Écossais. La ville de Londres lui refusa un prêt de trois cent mille livres s et les soldais disaient tout haut qu’ils n’iraient point risquer leur vie pour soutenir L'orgueil des évêques. Durant les retards occasionnés par ces difficultés, les Écossais , attaquant les premiers, firent une Invasion en Angleterre et s’avancèrent jusqu’à la Tyne , précédés d’un manifeste où ils se disaient amis et frères du peuple anglais , et appelaient sur eux-mêmes la malédiction d’en haut, s’ils faisaient le moindre mal au pays et aux particuliers. M n’y eut contre eux de résistance que de la part de farinée royale, qu’ils battirent complètement près de Newcastle. Après celte victoire j les généraux de l’armée d'Écosse s’excusèrent , dans des proclamations adressées à la nation anglaise, de la violence des mesures qu’ils avaient été obligés de prendre pour la défense de leurs droits, souhaitant, disaient -ils , que leur succès put aider celle nation à faire valoir les siens propres. Le parti de l’opposition en Angleterre, surtout la majorité de la bourgeoisie , répondit en votant des remercîmenis et des secours d’argent aux Écossais; et plusieurs envoyés partirent de Londres pour aller conclure un traité d’alliance et d’amitié à Edimbourg entre les deux peuples,

uns Ce pacte fut signé en 1642 ; et , dans celte même année, ïe parlement d’Angleterre, et surtout la chambre des communes , entra en lutte ouverte avec le pouvoir royal. Par degrés, l'opposition s’ëtait concentrée dans celle chambre; car la grande majorité de celle des lords, sentant où la dispute allait en venir, s’était rapprochée du roi. La chambre basse déclara qu’en elle seule était ta représentation nnl ionale avec tous les droil s du pa rlement (2); et pendant que les députés de la bourgeoisie et des petits propriétaires s’emparaient ainsi du pouvoir législatif, les classes moyennes s’armèrent spontanément et saisirent les munitions des arsenaux. Lie son côté, le roi se préparant i\ k guerre , arbora sur le donjon de Nottingham son étendard aux trois lions de Normandie* Tons les vieux châteaux bâtis par les Normands ou leur postérité furent fermés ,

(1) El gladil audpUcaiii manibus aorum. . * Ad ligandiim noMlea in compedibue ferreie*

approvisionnés, garnis d’artillerie, et la guerre a *154* mort commença entre les fils des seigneurs et ceux des villa ins du moyen-âge*

Dans cette lutte, les Écossais secondèrent puissamment le parlement d’Angleterre , qui abolit de prime abord l'épiscopal et établit la religion presbytérienne. Celle communauté de culte Fut la base d’un nouveau traité ou covenaat entre les deux peuples ; ils se rendirent solidaires l’un de l’autre pour la défense du christianisme sans évêques; mais , quoique cette alliance fût conclue de bonne foi , elle n’avait ni le même sens ni le même objet pour les deux nations* La guerre civile était pour les Écossais une querelle religieuse avec Charles S Lu a rl , leur compatriote et leur roi national : aussi devait-elle finir pour eux , du moment que le roi reconnaîtrait l'existence légale du culte presbytérien en Angleterre comme en Écosse. Chez les Anglais, au contraire, il y avait un instinct de révolution , dépassant de bien loin le simple désir de réformer l’église épiscopale. Cette différence dans l’esprit des deux peuples, résultat nécessaire de leur différente situai ion, cl dont aucun d’eux n Avait ta conscience bien claire , devait amener entre eux un complet désaccord , aussitôt qu'elle se révélerait; et c’est ce qui ne larda pas à arriver.

A la bataille de Nasehy, dans la province de te4s NorihampLon , l'armée royale Fut mise en déroute complète , et le rot lui-même, ayant la retraite coupée 3 se rendit volontairement aux Écossais, ses compatriotes, aimant mieux être leur prisonnier que celui des parlementaires. Les Écossais le remirent à leurs alliés, nullement dans le dessein de le perdre, mais afin que ceux-ci t'obligeassent à conclure un traité à l'avantage des deux peuples.

Des débats d’une tout autre nature s’élevèrent alors dans l’armée anglaise : ou u’y agitait pas la question historique de l’origine du pouvoir royal et seigneurial , car le temps en avait effacé toutes les données ; mais les esprits ardents s’enthousiasmaient de l’idée de substituer a l’ancienne forme de gouvernement un ordre de choses fondé sur la justice et le droit absolu. Ils croyaient trouver la prédiction de cet ordre de choses dans la fameuse époque de mille ans* annoncée par l'Apocalypse, et, suivant leurs formules favorites , ils rappelaient le règne du Christ. C'est aussi Æ«m passage des livres saints que ces enthousiastes s’autorisaient pour demander le jugement de Charles l*^. disant que le sang versé dans la guerre civile devait retomber sur sa tête, afin que le peuple en fût absous (3).

Durant ces discussions, dont le fond était profon-

(2) Huirie’a llisiory of En gland.

(3 Mémoire of mistresa Hiitchmson.

o 40 HISTOIRE DE LA CONOÜÈTE

j <145 dément sérieux % quoique la forme en fût bizarre, 1Ji7 les partis entres les derniers dans la tu Lie eonLre la royauté , c'est-à-dire tes classes inférieures du peuple et les u lira -réformateurs en religion , gagnèrent du terrain , et rejetèrent hors de la révolution ceux qui ravalent commencée, c’est-à-dire tes propriétaires des comtés et les riches bourgeois des villes, anglicans ou presby tériens* Sous te nom dYradé pendants s'éleva par degrés nue nouvelle secte qui, reniant jusqu’à Pantorilé des simples prêtres* investissait chaque fidèle de toutes les fonctions sacerdotales. Le progrès de cetLe secte alarma fortement les Écossais; ils sc plaignirent de cc qu’en outre-passant ta réforme religieuse, telle qu’ils Ta- I047 raient établie de commun accord , les Anglais violaient Pacte solennel d'union conclu entre les deux peuples* Ce fut le commencement d’une mésintelligence qui s^accrut au dernier point lorsque le parti des indépendants s'étanl saisi de la personne du roi, l'emprisonna et le fit comparaître en accusé devant une haute cour de justice.

Soixante -dix juges , choisis dans la chambre des ^ communes. Tannée parlementaire et la bourgeoisie de Londres, prononcèrent un arrêt de mort contre Charles Stuart et Tabolitiou de la royauté. Les uns agissaient par conviction intime de la culpabilité du roi ; d’autres voulaient de bonne foi rétablissement d’un ordre social entièrement neuf ; d'autres enfin , mus parla seule ambition, ^aspiraient qu’à usurper l’autorité souveraine. La mort de Charles 1er mit fin au règne des presbytériens en Angleterre, et à l'alliance des Anglais avec les Écossais. Ces derniers, jugeant de la situation sociale du peuple anglais d'après ta leur, ne pouvaient concevoir ce qui venait de se passer ; ib se croyaient indignement trompés par leurs anciens amis ; et , joignant à cc dépit une secrète ‘affection nationale pour les Stuart, leurs compatriotes, ils se rapprochèrent de celle famille, aussiLôt que les Anglais eurent rompu violemment avec elle» Pendant qu’à Londres on renversait toutes les effigies royales , cl qu’on inscrivait sur leurs piédestaux : le dernier des rois a passé (1), Charles, fils de Charles I?** fut proclamé roi dans la capitale de TÉeosse*

Celle proclamation n'était point, de la part des Écossais, un signe de renoncement aux réformes qu'ils avaient conquises et défendues les armes à la main. Lorsque les commissaires envoyés d’Ecosse vinrent trouver à Breda Charles II , qui avait déjà pris, de son propre mouvement , le titre de roi de la Grande-Bretagne, ils lui signifièrent les conditions rigoureuses sous lesquelles le parlement d’Edimbourg consentait à ratifier ce litre : c’é¬

taient l’adhésion au premier eavenanl signé contre son père, et Tabolîlton perpétuelle de l'épiscopat. Charles II ne fil d’abord que des réponses évasives, pour gagner du temps et essayer un coup de main qui devait, selon son espérance, le faire devenir roi sans conditions. Ce fut Jacques Graham* comte de Montross , d’abord zélé covenan taire, et ensuite partisan de Charles lor, qui fut chargé de celte entreprise. 11 débarqua au nord de TÉ cosse avec une poignée d’aventuriers rassemblés sur le continent, et, s'adressant aux chefs des clans des montagnes et des îles , il leur proposa une guerre à la fois nationale et religieuse contre les presbytériens des basses Lerrcs. Les montagnards qui, déjà une fois, en Tannée (644, s’élaknt insurgés, sous la conduite de Montross , contre l'autorité des sectateurs dm covenant, et avaient été complètement défaits, montrèrent peu d’ardeur pour une nouvelle attaque; quelques bandes, mal organisées, descendirent seules dans la plaine autour d’un drapeau sur lequel était peint le corps de Charles Lr décapité (1). Elles furent mises en déroute; Montross lui-même fut pris , jugé comme traître , condamné à mort, et exécuté à Edimbourg. Alors Charles U, désespérant de reconquérir la royauté absolue , se rabattit sur celle que lui offraient les commissaires écossais, signa le covenant y jura de l’observer inviolaldemeul, et fit son entrée, comme roi, à Edimbourg, pendant que les membres du malheureux Montross, coupés en quartiers, étaient suspendus aux portes de la ville*

Tout en reconnaissant les droits de Charles II, les Écossais ne se proposaient point de l’aider à reconquérir la royauté en Angleterre* lis séparaient leurs affaires nationales de celles de leurs voisins , et ne songeaient à garantir an fils de Charles Ier que le seul titre de roi d'Ecosse, Mais le parLi qui, en Angleterre, s’était emparé de ta révolution , s'alarma de voir l'héritier de celui qu'il appelait le dernier des rois , établi sur une portion de la Grande-Bretagne* Craignant de sa part une tentative hostile, les indépendants résolurent de le prévenir* Le général Fairfax, presbytérien rigide, fut cl jargé de commander Tannée qu’oti leva pour envahir TËcosse; mais, refusant de servir contre une nation qui, disait-il, avait coopéré à la bonne œuvre pour laquelle il avait naguère tiré Tëpée, il envoya sa démission à la chambre des communes. Les soldats eux -mêmes montraient de la répugnance à se baLtre contre des hommes qu’ils avaient si longtemps appelés nos frères d'Ecosse*

Le successeur de F air fax . Olivier Cromwell,

{1) Exiïl lyranmie, rrfrnm nllimua*

(t; Sçnfièb Barilir1* Miû$lrel*y.

DK L'ANGLETERRE. — CONCLUSION*

mi homme d'une rare activité politique et militaire , surmonta ces hésitations par la persuasion ou La violence , marcha vers le nord , battît les Écossais et leur roi à Duribar , cl s'empara d'Edimbourg. Cromwell somma le peuple dT Écosse de renoncer à Charles II , mais les Écossais refusèrent d'abandonner dans le péril celui qu’ils y avaient attiré, et souffrirent patiemment les vexations qu’exerçait partout Famée anglaise, Charles II était loin de leur rendre dévouement pour dévouement ; au plus fort des malheurs de FÉcosse, se détachant des presbytériens , il s'entoura d'anciens partisans de l'épiscopat, de chefs des montagnards qui donnaient le nom de Saxons, Sa&senachs, à leurs voisins de religion différente , et de jeunes nobles débauchés à qui jl disait, dans ses orgies, que la religion des Tétes-rn ndes n’é ta U pas digne iV u n gen liïbo mme { 1 ) . Avec le secours des aventuriers qu’il réunissait autour de lui, il tenta sur 1* Angleterre une invasion par l'ouest , pendant que Formée anglaise occupait l’est de FÉcosse. Il y avait encore dans les provinces de Cumberland et de Lancaster un assez grand nombre de familles catholiques, qui, a son passage, prirent les armes pour lui* Il espérait soulever le pays de Galles, et faire tourner au profît de sa cause l'inimitié nationale des Cambriens contre les Anglais; mois ses troupes furent complètement battues près de Worcesler ; cl Uti-mème , a travers beaucoup de périls, s'enfuit déguisé vers la cùtc de l'ouest, où il s'embarqua pour la France, laissant les Écossais sous le poids des malheurs que son couronnement et surtout son invasion en Angleterre avaient attirés sur eux.

Ces malheurs furent immenses : regardée avec défiance comme un heu de descente et de campement pour les ennemis de la. révolution, FÉcosse sc vit traitée en province conquise, À la moindre apparence de révolte ou d'opposition, Fou emprisonnait ou Fon condamnait à mort les principaux habitants; les trente membres écossais appelés à siéger dans le grand conseil de la république d’ Angleterre, loin d'offrir â leurs concitoyens un secours et un appui , n'étaient guère que les instruments de la ms tyrannie étrangère, Olivier Cromwell gouverna jgüo despotiquement les Écossais jusqu'au moment où, sous le nom de Protecteur , il obtint sur toute la Grande-Bretagne une autorité sans bornes ; le général George Monck , qui le remplaça en Ecosse, y tint une conduite non moins dure et non moins cruelle* Telle était la situation des îGfio choses, lorsqu'on l'année JG60, après la mort du protecteur et la déposition de son fils Richard Cromwell, Monck, changeant subitement de parti,

(1) Ihirnefs Hirîbry of 1m own Time,

conspira contre la république pour le rétablisse- igco ment de la royauté.

La joie causée par la restauration des Stuart fut universelle en Écosse; elle n'étail pas, comme en Angleterre, simplement causée par l'espèce de découragement et de scepticisme politique où le mauvais succès delà révolution avait jeté les esprits, mais par un sentiment d'affection réelle pour un homme que les Ecossais regardaient presque comme le roi de leur choix. Le retour de Charles 11 n'était point lié dans leur pays au rétablissement d’un ancien ordre social, oppressif et impopulaire; ce grand événement ne se présentait a leurs yeux que comme une restauration en quelque sorte personnelle* Ainsi la nation écossaise espérait que les choses allaient revenir au point où elles étaient avant l'invasion de l'armée de Cromwell, et que le çovenant, juré alors par Charles II, serait la règle de son gouvernement. Elle attribuait la première aversion du roi pour la rigidité de la discipline presbytérienne à des erreurs de jeunesse, dont Fùge cl le malheur devaient l’avoir corrigé.

Mais le fils de Charles Ier portait en lui toute la haine de son aïeul et de son père contre le puritanisme, et d'ailleurs il ne ressentait aucune reconnaissance pour le don que les Écossais lui avaient fait d'une royauté qui , selon son opinion, lui ëtaîl due par héritage* Sc croyant donc dégagé de toute obligation envers eux , il fit lacérer te covenant à Edimbourg, sur la place du marché, et des évêques, envoyés d'Angleterre , furent promenés en triomphe à travers les rues par les officiers royaux*

Ils exigèrent de tous les ministres du culte le serment d'obéissance à leurs ordres , l'abjuration du Covenant p et l'aveu de l'autorité absolue du roi en matière ecclésiastique* Ceux qui refusèrent de jurer furent déclarés séditieux et rebelles ; on les expulsa vio le mme ut des presbytères et des églises, et Fon donna leurs cures et leurs bénéfices a des nouveaux venus, ta plupart Anglais de naissance, ignorants et de mau vaises mœurs» Ceux-ci commencèrent à célë* brer le service et à faire les prédications d'usage ; mais personne ne venait les entendre , et les églises restaient désertes (I),

Tous les fidèles, zélés pour leur croyance nationale, se rendaient, chaque dimanche, dans les lieux déserts et les montagnes qui servaient de refuge aux ministres persécutés ; une loi sévère fut portée contre ces réunions paisibles, auxquelles les agents de l'autorité donnaient le nom de couvert tieuf es (2)*

Ou cantonna des troupes dans les villages où le peuple ne fréquentait plus l'église, et beaucoup de per sonnes suspectes ou convaincues d'avoir assisté à

{2 Conventlchs.

i oeil q uelq u e conventicule furen t empr iso n nées e i mê me ^ ffm et tée s pu blîquem eut. Ces ae Les d e sévërï i é e are u t lieu principalement dans les provinces du sud-ouest, dont les habitants se montraient plus disposés à la résistance, soit à cause de la nature du pays , couvert de collines et de ravins , soit par un reste du caractère enthousiaste et opiniâtre de la race bretonne, dont ils étaient issus en grande partie. Ce fui dans ecs provinces que les presbytériens commencèrent à sc rendre en armes à leurs assemblées secrètes, et que des familles entières, quittant leurs maisons, s’en allèrent habiter les rochers et les marécages, pour y écouter librement les exhortations de leurs prêtres proscrits et satisfaire au besoin de leur conscience,

La dureté toujours croissante des mesures prises contre les convenliciües occasionna bientôt une insurrection déclarée, où figurèrent, comme chefs, beaucoup d’hommes riches et considérés du pays. Le mouvement ne attendit point cependant sur les provinces de l’est, parce que les forces du gouvernement et la terreur qu’il inspirait augmentaient à mesure qu’on approchait de la capitale. L’armée presbytérienne fut battue à Pentland-hilJs , par des troupes régulières qui avaient ordre de Luer les prisonniers et de poursuivre les fuyards avec d'énormes chiens de chasse (1). Après la victoire, on exigea de chaque famille, dans les provinces d’Àyr et de Gal- Joway, le serment de ne pas se rendre aux assemblées de religion, et de ne donner ni güc, ni pain, ni refuge, à un ministre errant ou à un presbytérien réfractaire (â). Sur le refus d’un grand nombre de personnes, on déclara tous les habitants, en masse, rebelles et ennemis du roi ; et Ton distribua des pardons en blanc pour tous les meurtres commis sur eux.

Ces atrocités furent enfin couronnées par une mesure qui les effaçait toutes, ün auLorisa les clans des montagnes du nord à descendre dans la plaine et a y commettre tous les ravages auxquels les exciterait leur vieil instinct de haine nationale contre les iG79 habitants. BunrnL plusieurs mois , huit mille montagnards parcoururent , dans tous les sens, la province d’Ayrei les provinces voisines, pillant et tuant eu liberté, ün corps de dragons fut envoyé d'Edimbourg pour les assister et les protéger data leur expédition. Quand on jugea qu’elle avait produit son effet, un ordre, scellé du grand sceau, les renvoya à leurs montagnes , et les dragons restèrent seuls pour assurer rentière soumission du pays (3). Mais le mal qu’on venait de faire aux presbytériens avait accru leur fanatisme en les réduisant au

(t) The dmed an lossed Western mtm.

(tH'iatUll Burilrr1* M'nülrelpj )

iA CONQUÊTE

désespoir ; quelques-uns des plus exaspérés ayant m surpris en voyage févèque Sharp, que Charles II avait nommé primat d’Éeosse, le UrèrenL hors de sa voilure et le tuèrent entre les bras de sa fille.

Ce crime d’im petit nombre d’hommes fut vengé sur tout le pays par un redoublement de vexations et une foule d’ exécutions à mort. Il s’ensuivit un second soulèvement plus généra! et d’un caractère i' plus redoutable que le premier. L’armée presby- im léricnne , commandée celte fois par d’anciens militaires, dont plusieurs étaient d’origine noble, avait quelques corps de cavalerie , formés par les pro- ^ priëtaïres et les riches fermiers ; mais l’artillerie et les munitions lui manquaient. Chaque corps avait un drapeau bleu , couleur favorite des covenanl aires. De nombreuses troupes de femmes et d’enfants, suivant l'armée jusque sur le champ de bataille, excitaient par leurs cris les hommes à bien combattre. Quelquefois , après avoir marché et s’être battus tout un jour, sans boire ni manger,

Us se rangeaient en cercle autour de leurs ministres , et écoutaient, dans le plus grand recueillement, un sermon de plusieurs heures, avant de songer à se procurer des vivres et à prendre un peu de repos.

Telle était l’armée qui , à quelque milles de Glasgow , mit en fuite le régiment des gardes , la meilleure cavalerie de toute rÊcesse, s’empara de la ville, et Força un corps de dix mille hommes h se replier sur Édlmbourg. L’alarme qu’elle inspira au gouvernement fut telle, qu’on envoya de Londres, en toute bâte , des forces considérables , commandées par le due de Monmouth , fils naturel de Charles II, homme d’un naturel doux et disposé à la modération , jnaïs auquel on adjoignit deux lieutenants d’un caractère bien différent. C’étaient le général Thomas Dakel, et Graharo de Claverhouse , qui , , rendant inutiles toutes les dispositions conciliantes de Monmouth, rédigèrent à livrer bataille aux insurgés, près de la petite ville de H ami 1 ton, au sud de Glasgow. La Clyilc, dont le courant est très- rapide en cet endroit , y était traversée par un pont de pierre, long et étroit, qu’on appelait le > pont de BolhweU , et que les presbytériens avaient occupé d’avance. Ils furent chassés de cette position par l'artillerie qui lirait du bord de la rivière, et par une charge de cavalerie exécutée sur le pont.

Leur déroute fut complète, et l’armée anglaise entra dans Edimbourg, portant au boni île ses piques des têtes et des mains coupées, et menant, liés deux à deux sur des charrettes , les chefs de l’armée presbytérienne et les ministres qu’on avait

fS) ScollsIj HorUer’s MïnsLrdsy,

(3) BurnePs lliaiory of liis oivn Time.

DE L ANGLETERRE. — CONCLUSION. 343

K579 faits prisonniers. Ils subirent, avec une grande leso fermeté, la torture et ensuite te supplice de la corde, rendant témoignage jusqu’à la mort, comme ils le disaient eux-mêmes , pour leur symbole de foi nationale (1).

Le parti presbytérien ne put se relever de la défaite du pont de Bothwell , et la masse des Écossais, renonçant au corenant 7 pour la défense duquel tant de sang avait etc répandu, se soumiL à une sorte d'épiscopat mitigé, et reconnut l'autorité du roi en matière ecclésiastique. Mais le regret d'avoir perdu une cause qui était nationale depuis un siècle et demi, et le souvenir de ta bataille qui avait détruit toute espérance de lavoir jamais triomphe^ se conservèrent longtemps en Écosse. De vieilles romances , qu'on chantait encore dans les villages a la fin du siècle dernier, parlent du pouL de Bothwell et des braves qui y moururent , avec des expressions touchantes de sympathie et d'enthousiasme (2). Aujourd'hui même les paysans se découvrent la tète en passant près des pierres noircies qui marquent çè cl là , sur les collines et dans ies marais , la sépulture de quelqu’un des puritains du dix -septième siècle.

À mesure que s'affaiblirent F enthousiasme et l'énergie des presbytériens d'Éeosse , le gouvernement sc montra moins ombrageux et moins cruel à leur égard. Jacques, due d’York, qui, du vivant de son frère Charles 11, avait assisté, par passe-temps à la torture des ministres réfractaires, n’exerça contre eux aucune sévérité après qu’il fut devenu roi (5), et ses tentatives pour substituer le catholicisme au protestantisme anglican furent loin d'exciter en Écosse autant de haine qu'eu Angleterre. Les presbytériens lui pardonnaient son amour pour le papisme en faveur de l'inimitié qu'il montrait contre les épiscopaux, leurs derniers persécuteurs. Lorsqu'une conspiration, en grande partie conduite par les évêques et les nobles d'Angleterre, eut appelé Guillaume d'Orange et expulsé Jacques IJ, le peuple lésa écossais montra peu d'enthousiasme puur celte révolution, qu'on appelait glorieuse de l'autre côté de la Tweed ; il hésita même à s’y joindre , et son adhésion fut plutôt l'œuvre des membres du gouvernement rassemblés â Edimbourg , qu’un acte véritable d’assentiment national. Cependant les auteurs de la révolution de 1GSS firent à 1TÉ cosse, en matière religieuse, des concessions qu’ils n'avaient point faites à l’Angleterre, où furent maintenues dans toute leur rigueur les lois intolérantes des Stuart, Mais, en revanche, le petit nombre d’enLhousîa&tes

(1) Burnefs Hislojry of hj$ ovvn Time.

(Sï A long ihe bras beyond the brig

Monf abrave man lies câuld aurt ctni

obstinés qui, sous le nom de Caméroniens, essayé- um renl de ranimer, au commencement du dix-h uî- i7*3 tième siècle, le vieux foyer, è demi éteint, du puritanisme, furent violemment persécutés, et rendirent témoignage par le fouet et par le pilori sur la place publique d’Édimbourg, Après eux , cette croyance austère et passionnée , qui avait réuni en une même secte toute la population des basses-terres d’Ecosse, se concentra par degrés dans quelques familles isolées qui se distinguaient des autres par une plus grande exactitude à observer les pratiques de leur culte, une probité plus rigide, ou une plus grande affectation de probité, et l'habitude d’employer à tout propos les paroles de récriture.

Malgré le mal que les Stuart avaient fait à l’Ecosse depuis qu’ils occupaient Je trône d’Angleterre , les Ecossais conservèrent pour cette famille une sorte de sympathie, indépendante , dans l’esprit d’un grand nombre d'entre eux, de toute opinion politique ou religieuse, Lne aversion instinctive contre la nouvelle dynastie se faisait sentir à la fors, quoique a un moindre degré , aux montagnards et aux gens des basse s- terres* J^es premiers y mettaient toute l’ardeur de leur ancienne haine contre les habitants de T Angleterre ; et parmi les autres, la différence de position sociale, de relation avec le gouvernement existant, de croyance religieuse ou de car ac 1er es pe rson n els , p r o d u is ai L d iff éren tes nuances de zèle pour la cause des héritiers de Jacques IL L’insurrection jacobite de 1713 et celle de 1 7 4 3 , a u dé ba r queme nt d u fils du P réten d a n t, co m- 1745 ineucèrenl toutes deux dans les montagnes : la seconde trouva dans les villes du sud et de l’est assez de partisans pour faire croire que la race celtique et In race tculouique de l'Ecosse, jusque-là ennemies l'une de l'autre, allaient devenir une seule nation. Après la victoire du gouvernement anglais, son premier soin fut de détruire l'organisation immémoriale des clans galliques, îl fit périr sur Lécha fa ud plusieurs chefs de ces clans, éloigna les autres du pays pour y suspendre l'exercice de leur autorité patriarcale, construisit des routes militaires à travers les rochers et les marais, et enrôla un grand nombre de montagnards parmi les troupes régulières qui servaient sur le continent. Par une sorte de condescendance pour l'opiniâtreté avec laquelle les Gaîls tenaient à leurs anciens usages, et pour tirer parti de leur vanité patriotique . on les laissa joindre , d'une manière bizarre , à l'uniforme des soldats anglais une partie de leur costume national*

But long wï’ll rniml and «air wfîl vue The bïndy battis of Bothwell hUL

(Scoi OS Borde rVKEîu \x*hy . )

(3) Flislory of fi&glAnâ.

HISTOIRE DE L.4 CORQUÈTE

nia et marcher an son des cornemuses, leur instrument

favori *

Depuis que les Ecossais ont perdu leur enthousiasme religieux et politique , ils ont tourné vers la culture des lettres les facultés d’imagination qui semblent chez eux une dernière trace de leur origine celtique, soit comme Galls T soit comme Bretons. L’Écosse est peut-être le seul pays de l'Europe où le savoir soiL vraiment populaire* et où les hommes de toutes les classes aiment à apprendre pour ap p re 11 cl rc , sans m o t î f d’in tërè L , sans dés ir de changer d’état. Depuis la réunion définitive de ce pays à l’Angleterre* son ancien dialecte anglo-danois à eessë d’être cultivé, et l’anglais lui a succédé comme langue littéraire. Mais, malgré le désavantage qu’éprouve tout écrivain qui doit employer dans ses ouvrages un autre idiome que celui de sa conversation habituelle, le nombre des auteurs distingués en tout genre , depuis le milieu du siècle dernier, a été bien [dus considérable en Écosse tju’cn Angleterre, eu égard a la population des deux pays. C'est surtout dans la composition historique et le talent de raconter , que les Écossais excellent ; et Ton serait tenté de regarder encore celle aptitude particulière comme un des signes caractéristiques de leur descendance originelle; car les Irlandais et les Galïois sont les deux peuples qui ont le plus longuement et le plus agréablement rédigé leurs anciennes annales.

La civilisation, qui fait de rapides progrès parmi toutes les branches de la population écossaise, se répand aujourd'hui hors des villes des basses- terres, où elle a pris naissance, et pénètre dans les montagnes. Mais peut-être, pour Fy propager, a-t-on pris , dans ces dernières années , des moyens trop violents et plus capables de conduire à la destruction qu’a l'amélioration de la race gallique. Transformant leur suprématie patriarcale en droit seigneurial de propriété sur toute la terre occupée par leurs clans, les héritiers des anciens chefs , la loi anglaise à la main, viennent d’expulser de leurs habitations des centaines de familles a qui cette loi était absolument étrangère. A la place des dans dépossédés, ils ont établi d’immenses troupeaux et quelques hommes venus d’ailleurs, éclairés, industrieux, capables d’exécuter les meilleurs plans de culture. On vante beaucoup les grands travaux agricoles entrepris de cette manière dans les provinces de Ross et de Sutherland; mais, si un pareil exemple est suivi , la plus ancienne race des habitants de l’tle de Bretagne , après s’ être conservée pendant tant de siècles et au milieu de tant d’ennemis , disparaîtra, sans laisser d’autre trace qu’tm vice de prononciation anglaise aux lieux où son langage aura été parlé.

Les Irlandais de race elles Ànglô^tornumds d'Irlande.

La conquête de l’Irlande parles Anglo-Normands m est peut-être la seule, ou, apres les premiers dés as- ^ très, le cours lent et Insensible des choses n’ait point amené une amélioration graduelle dans l’état du peuple vaincu. Sans avoir jamais pu s’affranchir de la domination étrangère, les descendants des Anglo-Saxons ont cependant fait de grands progrès ( en bien-être et en civilisation. Mais les Irlandais indigènes, quoique en apparence placés dans une situation pareille, ont constamment décliné depuis cinq siècles ; et pourtant cette population est douée parla nature d’une grande vivacité d’esprit et d’une aptitude remarquable à toutes sortes de travail intellectuel. Bien que le sol de l'Irlande soit fertile et propre à la culture, sa fécondité n’a pas plus tourné au profit des conquérants qu’à celui de leurs sujets, et malgré Fë tendue de ses domaines , la postérité des Normands s’est graduellement appauvrie connue celle des Irlandais. Celle bizarre et triste destinée, qui pèse d’une manière presque égale sur les habitants anciens et nouveaux de File d'Érin , a pour cause le voisinage de FAngleterre, et l'influence que son gouvernement exerce, depuis la conquête, sur les affaires intérieures de ce pays.

Celle influence est toujours venue à propos pour déranger le cours des relations amicales, que le temps et l’habitude de vivre ensemble tendaient à établir entre les Anglo-Irlandais et les Irlandais de race. L’intervention des rois d’Angleterre , quelque but qu’elle se proposât , eut toujours pour effet de maintenir la séparation et l'hostilité primitive. En temps de guerre, ils prêtaient secours aux hommes de race anglo-normande : puis, lorsque ees derniers avaient contraint les indigènes à se tenir en repos, les rois, jaloux de leur puissance, et craignant une séparation politique, s’étudiaient à les tourmenter et à les affaiblir. Ainsi il devenait impossible que la lutte des deux populations eût jamais de terme, soit par la victoire de l'une ou de l'autre, soit par leur fusion complète. Celle fusion aurait été rapide , et eût présenté un phénomène qui ne s’est point rencontré ailleurs. Par suite de la douce ur de caractère et de la sociabilité des indigènes, leurs conquérants éprouvaient une sorte de penchanL irrésistible à s’assimiler aux vaincus, à prendre leurs mœurs, leur langage et leur habillement. Les Anglo-Normands se faisaient Irlandais; iis aimaient à remplacer leurs titres féodaux de comte et de baron par des surnoms patronymiques : les Dnhourg s’appe-

DE L'ANGLETERRE. ~ CONCLUSION. rm

u?a I aient Mac-Wüliam-Bourg; les De Vére , Mati;m Swyne ; les Bclangle, Mae-Costilôgh ; les fils d’Oura. Mac-Mahon; eî les fils de GcranlcL Mac-Gheroit (T)* Us prenaient goût au chant et à la poésie irlandaise, invitaient les bardes a leur table , et donnaient à leurs enfants, pour gouvernantes , des femmes du pays* Les Normands d'Angleterre, si hautains envers les Saxon», appelaient cela dégénérer.

Pour arrêter cette dé génération. et maintenir dans leur intégrité les anciennes mœurs des À nglo -Irlandais, les rois et le parlement d'Angleterre firent beaucoup de lois, dont la plupart sont très-dures (2). Tout Normand ou Anglais de race cftii épousait une Irlandaise, ou prenait l'habit irlandais, devait être traité comme Irlandais , c’est-à-dire comme serf de corps et de biens. Il y eut des ordonnances royales sur la coupe des cheveux et de la barbe en Irlande, sur le nombre d'aunes d’étoffe que devait avoir un babil, et sur la couleur de Féloffe. Tout marchand de rare anglaise qui trafiquait arec les Irlandais était puni par la confiscation de ses marchandises- et tout Irlandais pris en voyage dans la partie de nie habitée par les Anglo-Normands, surtout si c'était un barde, était considéré comme espion (3)* Tout seigneur suspect d'aimer les Irlandais était, par cela seul, en butte à des persécutions politiques; et , s’il était riche et puissant, on l’accusait de vouloir se faire roi d’Irlande, ou tout an moins séparer ce royaume de la couronne d’Angleterre* Le grand conseil des barons et des chevaliers d'Irlande, qui, a l’exemple de ceux d'Angleterre, s'assemblaient chaque année en parlement , était regardé presque arec autant de haine et de mépris que les assemblées nationales tenues par les irlandais indigènes sur les sommet des collines (4). On refusait toute liberté au parlement d’Irlande : il ne pouvait se réunir sans que le roi eût approuvé les motifs de sa convocation ; et, même alors, il ne votait que sur des articles rédigés d'avance en Angleterre* D'un autre côté, le gouvernement anglais déployait tous ses moyens d’action sur les Irlandais d’origine, pour les faire renoncer à leurs usages nationaux et à leur ancien ordre social. Il faisait déclarer par les archevêques, presque Ions venus d'Angleterre, que les vieilles lois du pays, celles qui avaient régi l'Irlande dans le temps où on la nommait F lie des Saints, étaient abominables à Dièu (14), Tout Irlandais convaincu

(1) Ancien! ÏH$h historié*. p.tOO, — Campîon’s Chrontcle, p. 12*

(2) CoJlcclanea de rébus hihemcîa, t, 11, p, 5G7 à 571.

(3) Ancien! lriali historiés, ji, 4$.— liâmes Jlibmika i p. 83 à 07.

(4) ïbid.

(5) Pro eo qubd loges qutbus uluntur Hihérmci Deo abominâtes éxiatunt, (Statut» d'Édouard î«t.)

TiHEÏHVY,

d'avoir soumis quelque procès à des juges de sa na- im lion était excommunié, et rangé au nombre de ceux nal6 que les ordonnances d'Angleterre appelaient les frreys anemts nos Ire seff/neur te rey ((i).

Afin de réagir contre les efforts que Faisait les gouverneracnl anglais pour détruire leurs anciennes mœurs, les Irlandais mirent toute leur opiniâtreté à ïes maintenir (7)* Ils montraient une aversion violente contre la politesse en la recherche des manières anglo-normandes : « Ne faisant compte, dit Hiistou rien Froissart, de nulle joliveté , et ne voulant « avoir aucune connaissance de gentillesse, mais « demeurer en leur rudesse première (8). i* Cette rudesse n'était qu’apparente, et les Irlandais savaient bien vivre avec les étrangers et se faire aimer d'eux, surtout s'ils étaient ennemis des Anglais. Ils conclurent contre ces derniers des alliances politiques avec plusieurs rois du continent; et lorsqu'au quatorzième siècle l’Écossais Robert Bruce eut été nommé roi par ses compatriotes , des corps de volontaires irlandais passèrent la mer pour le soutenir. Après rentier affranchissement de FÉcosse, Édouard Bruce, frère de Robert , descendît au nord de l'Irlande , afin d’aider les indigènes à reconquérir leur pays , et les Anglo-Normands dégénérés à se venger des vexations de leur roi (0),

En effet , plusieurs de ces derniers , et entre autres les Lacys , se joignirent à l'armée écossaise, qui . dans sa marche vers le sud, saccagea plusieurs villes et démantela beaucoup de châteaux bâtis par les fils des compagnons de Jean de Gourcy , premier conquérant de l’ lister. Plusieurs familles qui possédaient de grands domaines dans ce pays , telles que les Àudelys 7 les Talbot . les Touche! , les Chamberlain , les Mandeville et les Sauvage, tous Normands de nom et d'origine , furent contraintes d'abandonner le pays (10), Arrivé a Dundalk, Édouard Bruce fut élu et couronné roi d'Irlande , malgré l'excommunîcatîon prononcée par le pape contre lui, ses Fauteurs et ses adhérents (11).

Maïs son règne ne dura qu'une année, et il fut tué dans une bataille perdue contre des forces considérables envoyées d'Angleterre. Les troupes écossaises furent rappelées dans leur pays, et par degrés les Anglo-Normands reconquirent leur domination en Irlande , sans cependant pouvoir atteindre leurs anciennes limites du cèle du nord. La

(6) 8Ate& ibi parlement d1 2 3 4 5 Angleterre, vingtième année de Henry VL

(7) Harrfi’a ïïibernica, p, 101.

(8) FfoiÂsârt, i. U, j). 185.

(0) In anaïlium nostrum et juvamen . ( Forduni Scott ChrmiteoD, t. 11, p, 728.)

(10) Ancieni ïrish biatorîe*, p.

(11) Voye* Rymer, Fœctera, t. Il, p. t|g.

ùAÙ HISTOIRE DE U

vui province d’îjlster demeura en grande partie ïrlan-

15-)ï daise. et le peu de familles normandes qu’ony remarqua depuis ces événements étaient pauvres, ou avaient fa i l a ni Lilé avéelés i nd i gèn es . L e s des ce n riants ni .èm es du conquérant Jean de Courcy dégénérèrent par degrés (1), Malgré le peu de durée et le peu d'effet de la conquête d’Eri ou arri Bruce , le souvenir en resla profondément gravé dans l'esprit du peuple irlandais. On attacha son nom à beau cou prie lieux où il n eïnH point passé, et des châteaux qu'il n’avait point hiUis reçurent le nom de château rie Bru ce, à peu près comme, dans le pays de («ailes et nu sud de l’Erosse, un grand nombre de ruines portent le nom d'Arthur.

Les choses étant retombées en Irlande dans le même état qu’auparavant , les indigènes ne firent plus rie conquêtes sur les Angle -Normands par les armes , mais ils en firent par les mœurs , et la dégénérât tou continua, Les mesures prises contre ce mal, et qui consistaient, pour la plupart, en lois sur la manière de se divertir et de «Rhabiller, et dans la prohibition des ëlolfes les plus communes dans le pays, et par conséquent les moins coûteuses , causaient une gène de l ous les jours à la population anglaise établie en Irlande, Le sentiment de cette gène rendait les Anglo-Irlandais encore plus attachés aux coutumes quTon voulait leur faire quitter contre leur gré et la nature des choses. Quant aux Irlandais de race, faction du gouvernement sur eux se bornait , en temps de paix , à des tentatives pour attirer en Angleterre les chefs eL les princes, qui étaient en grand nombre , et pour obtenir que leurs fils fussent mis sous la garde et élevés dans Dhôtel du roi; On regardait comme une grande conquête de parvenir à leur donner du goût pour la pompe seigneuriale et les manières aristocratiques du temps : c’est ce qu’on appela d’abord la réforme , et plus tard la civilisation rie l'Irlande.

Mats lT habitude de la familiarité en Ire personnes tic conditions différentes était si enracinée dans ce pays, que les chevaliers anglo-normands , chargés de rétlucalïon des jeunes héritiers ries anciens rois d’Ërïn, ne purent jamais leur faire quitter l’usage de manger è la même table que leurs hardes et leurs serviteurs, et de toucher ta main à tout venant (2). Ceux des chefs irlandais qui , dans le quinzième et le seizième siècles, se firent donner des chartes de noblesse angle- normande et les titres de comte ou de baron, ne gardèrent pas longtemps, pour la plupart , ces litres ël rangers à leur langue et sans aucune relation avec l’hisloire , les mœurs et l’ordre social de leur nation. Ils s’ennuyaient de les porter, aimant mieux être appelés, comme ci-devant,

(!) rampions Hiilory oï Irclaoü, p . 7a h 70.

(5) Frobsart,

CONQUÊTE

O’Neil , ou O’Brienn , au lieu de comte de T ho moud, hit ou de Tyrone. S'ils n’y renonçaient pas dVux-mê- i|| mes , souvent l’opinion publique les contraignait à rejeter ces signes d’alliance avec les ennemis du pays ; car elle avait des organes respectés et craints de tout Irlandais.

Ces organes de la louange ou du blême populaires étaient les bardes , poêles et musiciens de profession , dont l’autorité immémoriale ëtaiL fondée sur la passion des Irlandais pour les vers et pour le chant. Us formaient en Irlande une espèce de corps constitué dont on prenait l’avis dans les circonstances importantes ; et les devoirs d’un bon roi, selon d’anciennes maximes politiques, étaient ri 'honorer les bardes et de se conformer aux lois. Depms l'invasion des Anglo-Normands, la corporation des bardes avaii pris parti contre eux, et aucun ne s’était démenti dans son attachement à l’antique liberté du pays. Ils ne louaient guère dans leurs vers que les ennemis du gouvernement anglais, poursuivant de leurs satires mordantes quiconque s’ëtaît réconcilié avec lui et en avait accepté quelque faveur* Enfin ils plaçaient hardiment au-dessus des princes et des chefs «mis des rois d'Angleterre les rebelles et les bandits, qui , par haine du pouvoir étranger, exerçaient le vol à main armée, et pillaient de nuit les maisons des Saxons (3). Sous ce nom, les indigènes comprenaient toute la population soit anglaise, soit normande, qui ne parlait point la langue erse , et qui probablement employa de bonne heure un langage mixte, composé de français cl de vieux anglais. Ils n’accordaient le nom d Irlandais qu’a eux-mèmes, ou à ceux qui avaient adopté leur idiome, tandis qu’en Angleterre on refusait le nom d’ Anglais aux hommes de cette nation établis en Irlande ; on les appelait Irais en langue normande , et en langue anglaise Irse , ou Irish ; et la seule manière rie les distinguer des véritables Irlandais était de donner à ces derniers le nom d'Irlandais sauvages , Wilde Irish.

La situation des Anglo-Irlandais , haïs par leurs voisins indigènes, et méprisés par leurs compatriotes d’outre-mer , était singulièrement difficile. Obliges de lutter contre l’action du gouvernement anglais , et en même temps de recourir à l’appui de ce gouvernement pour résister aux attaques de l’ancietifie population , ils étaient tour à tour Irlandais contre l’Angleterre, et Anglais contre les habitants de race gallîquc. Cet embarras ne pouvait cesser que par la rupture du lien de dépendance qui les attachait à T Angleterre , et par l’établissement complet rie leur domination sur les indigènes. Us

(31 Spensrr's StaiÆof ireUnd,p. IL — Campion’* Hislory,

DE L’ANGLETERRE. — CONCLUSION

]:i,7 tendaient simultanément à cç double but, et , de 15*a , î eu r cùtë , les i ndi gè n e s leu da ienlau $s i à s e sép arer de 1! Angleterre * mais en reconquérant leur pays, et eu se délivrant de toute autorité qui ne fût pas purement Irlandaise. Ainsi, quoique la politique des irlandais par conquête , et celle des Irlandais de race j fussent calculées naturellement dans des vues d’hostilité mutuelles , il y avait cependant un poi n L e tun inu n où s’ac e o r d at en L 1 es d isp os j t ï on s de ces deux classes d'hommes ; c'était le désir de rendre à l'Irlande son indépendance , comme État* Ces intérêts complexes, que te cours naturel des choses devait difficilement ramener à un ordre de relations plus simple , se compliquèrent encore davantage , au seizième siècle , par une révolution qui ajouta des germes de dissension religieuse aux anciens éléments d'hostilité politique.

153 j Lorsque le roi Henry Vili eut aboli , a sou profil,

la suprématie papale en Angleterre, la nouvelle réforme religieuse, établie sans difficulté sur la côte orientale de l'Irlande et dans les villes où Ton parlait anglais , fit peu de progrès dans ^intérieur du pays* Les Irlandais de race, même lorsqu'ils comprenaient l'anglais , étaient peu disposés a écouter les prédications faites en celte langue ; et d’ailleurs les missionnaires envoyés «^Angleterre , suivant les instructious qu’ils avaient reçues , leur faisaient un article de foi de renoncer à leurs anciens usages cl de prendra les mœurs des Anglais (1). L’aversion qu'ils avaient pour ces mœurs et pour le gouvernement qui vouiaiL les leur imposer s’étendît ainsi à la réforme et aux réformés, qu'ils s’habituèrent a désigner par le simple nom de Saxons , Sasson, D’un autre côté , les familles normandes ou anglaises établies dans les lieux éloignés de la mer , et , en quelque sorte , hors de la portée de Maturité , résistèrent aux tentatives que l’on lit [mur leur persuader ou les forcer de changer de culte* Elles burent au catholicisme \ ce qui forma entre elles et les Irlandais de nouveaux liens de sympathie, Ce changement eut aussi pour elfeL de rattacher aux affaires générales de l’Europe la querelle des indigènes de ITrhmde contre les fils de leurs envahisseurs , querelle jusque- la isolée comme le coin de terre où elle avait lieu. Elle devînt dès lors une partie de la grande dispute du catholicisme contre le protestantisme \ et les demandes de secours étrangers que lit la population de l’Irlande ne s’adressèrent plus seulement aux tribus du même origine qui peuplaient

(JJ CoIlceUnea de rébus b i ber nids, p. ÏÏ2, ÎjS,

(3) Memoira uf ihe digérant h hh rébeiLoiu , hy sir nichant AlLtfrcvavc. t. L t>- 25 1 àS.r- Cet ouvrage, composé en grande partie de pièces authentiques, offre un tableau compte! des nombreuses révoltes arrivées en mande. L'auleur, Ton des agents du gouvernement dans les E roubles de 1793?,

une partie de l'Ecosse, mais aux puissances catho- is^i Iiquea , telles que le pape et les rois d’Espagne et de France (â).

Les papes surtout ? ces anciens ennemis de flr- laso lande, qui avaient excommunié les indigènes armés pour conquérir leur patrie , devinrent pour eux des alliés constants, qu’ils aimèrent de cœur , comme ils aimaient tout ce qui leur donnait l'espoir de recouvrer leur indépendance. Mais In cour île Rome, qui , au seizième et au dix-septième siècles , n’avait guère plus d’alfection pour l’Irlande que dans le lumps où elle autorisait par ses bulles la conquête du roi Henry II , fil de ceLLe iïe un foyer d’intrigues politiques entièrement étrangères à l’objet de son affranchissement. Au moyen de leurs nonces apostoliques, et surtout de l’ordre clés jésuites, qui déploya , dans celle occasion , son habileté accoutumée, les papes réussirent à se former en Irlande un parti de catholiques purs , aussi ennemi des irlandais de race devenus protestants , que des Anglais eux -mêmes, et détestant ces derniers* non comme usurpateurs , mais comme aulipapistes. Dans les rébellions qui éclatèrent depuis cette époque* ce parti joua un rùlc distinct de celui des catholiques irlandais , A qui de simples motifs de patriotisme avaient fait prendre les armes; i! est facile de remarquer celle différence , même dans les entreprises où ces deux classes d’hommes agirent ensemble et de concert (3).

A la faveur des troubles excités par les querelles de religion, et des encouragements que les puissances catholiques oJfraient aux révoltés de tous les partis, la vieille cause des Irlandais de race parut reprendre quelque force $ leur énergie se réveilla . et les hardes chaulèrent qu’une nouvelle àme était descendue dans Érin (4). Mais l'enthousiasme que font naître les dissensions religieuses s’était aussi eumuiuniquëaux Anglo-Irlandais réformés, et même aux habitants de V Angleterre , qui , vers la fin du seizième siècle, allèrent servir dans les guerres d’Irlande avec plus d’ardeur que jamais, comme à une sorte de croisade protestante. Leur zèle fournit pour ces guerres à la reine Elisabeth plus d’argent et de troupes qu’aucun roi n’en avait obtenu avant elle* Reprenant avec de grands moyens et une grande activité, l’œuvre inachevée de la conquête „ Élisabeth recouvra les provinces du nord et envahit celles de l’ouest , qui avaient résisté jusque-là* Tout ce territoire fut divisé en comtés,

montre , il est vrai , partial contre tes It landais j mais celle partialité même confirme plus p|eJnciqeut tes faits qui sont à leur avantage.

(5) Sir Richard Muagrâvcs Mémo 1rs. etc., U l.p, 73 1

<4) Voyez Transactions of lhe Hibemiao society of Dublin.

comme r Angleterre , et ail ministre par des Anglais, jüü3 qui, voulant, comme ils le disaient, civiliser les I ria nda is-Sa u mges7 les firent périr, par milliers, de faim et de misère.

Jacques Ier poursuivît fourrage de cette civilisation , en s'emparant d'un grand nombre de chefs , et en les faisant juger à Londres pour crime de rébellion présente ou passée. Selon la vieille loi anglo-normande, ils furent condamnés à perdre leurs domaines , comme félons envers leur seigneur lige; et l'on eut soin de comprendre sous ce nom de domaines toute l'étendue de pays occupée par les clans qu'ils régissaient, attendu qu'en Angleterre les tenanciers de chaque seigneurie n’élaieut que les fermiers du lord à des termes plus ou moins longs. Au moyen de cette assimilation forcée de deux ordres de choses entièrement différents . le roi Jacques confisqua en Irlande des cantons entiers, qu’il vendit par lots à des entrepreneurs de colonisation , appelés en anglais adveniu?'ers. Les clans dépossédés se réfugièrent dans les forêts et les montagnes, et en sortirent bientôt pour attaquer à JiV)3 main armée les nouvelles colonies anglaises ; mais a ilÿ furent repoussés par des forces supérieures ; et alors la province dTJlster , qui avait été le principal théâtre de la guerre , fut déclarée forfaite , et tout titre de propriété annulé pour ses anciens habitants. On ne leur permît pas même d'emporter avec eux leurs meubles ; et une compagnie de capitalistes s’établit à Londres pour exécuter sur un plan uniforme la colonisation de ce pays. Iis engagèrent un grand nombre de laboureurs et d’artisans écossais, qui s’embarquèrent à la pointe du Galloway et allèrent s’établir en Irlande , aux environs de Dery, qui devint, sous le nom de Londondery , une ville manufacturière ; d’autres émigrés de la même nation passèrent successivement an nord de l’Irlande, et y formèrent une population nouvelle et un nouveau parti religieux; car ils étaient zélés presbytériens, et, sous le rapport de la croyance , également ennemis des anglicans et des catholiques, lfî:î5 Les troubles survenus en Angleterre, au commencement du règne de Charles Iar, encouragèrent de nouveau le parti des vieux Irlandais et celui des papistes d’Irlande , d’abord parce que la lutte où le gouvernement s’engageait contre le peuple anglais diminuait ses moyens d’action à l’extérieur , et ensuite parce que le penchant marqué du roi pour le catholicisme semblait promettre aux catholiques son appui , ou du moins son assentiment, La faction purement religieuse s’insurgea la première . sous lu conduite dim An ghh* Irlandais , George Mo or , contre ce qu’elle appelait la tyrannie des hérétiques. Elle obtint peu de succès, tant que la portion du peuple qui nourrissait contre les Anglais

LA CONQUÊTE

une haine politique se tint en repos, ou ne lui im prêta point secours; mais dès que les Irlandais de 1(fw race, conduits par Phélim O’Connor , eurent pris parti dans la guerre civile, celle guerre fut poussée plus vivement, et cul pour objet, non le triomphe des catholiques, mais l’extirpation de toutes les colonies étrangères , d’ancienne ou de nouvelle date. Les colons presbytériens de fUlster et les habitants anglicans des provinces de fouest furent attaqués dans leurs maisons, aux cris de Vive Erin! Erin-go-Brctgh! et Ton porte à près de quarante mille le nombre des personnes qui périrent alors par différents genres de mort.

Le bruit de ce massacre fit une vive impression *6*0 en Angleterre; et quoique la victoire obtenue par les hommes de race irlandaise fût uiï grand coup porté à la puissance du roi , le parlement l’accusa d’avoir contribué au massacre des protestants : il s’en défendît avec chaleur , et . pour écarter tout soupçon, envoya en Irlande des troupes qu’il eût voulu conserver en Angleterre pour le maintien de son autorité. Le parlement donna d’avance les terres des rebelles à ceux qui fournirent de l’argent pour les frais de la guerre. L’armée anglaise ne fit quartier a aucun Irlandais ; on ne voulut pas môme accepter la soumission de ceux qui offriraient de poser les armes ; et le désespoir excité par ces représailles donna de nouvelles forces aux fanatiques de religion ou de patriotisme, Quoique avec des moyens militaires beaucoup moindres, ils résistèrent aux Anglais, et reconquirent sur eux la province d’Ulster , dont ils chassèrent beaucoup de familles de race écossaise. Redevenus ainsi maîtres de la plus grande partie de l’Irlande , ils formèrent un conseil d’admmisiralion nationale , composé d’évèques , d’anciens chefs de tribus . de seigneurs féodaux d’origine anglo-normande , et de députés choisis dans chaque province par la population indigène (1).

Lorsque la guerre civile eut éclaté entre le roi et le parlement d’Angleterre, rassemblée nationale des Irlandais entretint des intelligences avec Ttin et fantre de ces deux partis , offrant de s'attacher à celui qui reconnaîtrait le plus entièrement l'indépendance de l’Irlande. Quelle que fût l’habileté diplomatique naturelle aux Irlandais, ii était difficile qu’il s’opérât un rapprochement formel entre eux et les parlement air es ; car ces derniers se montraient alors animés d’une grande haine contre les papistes: le roi s’accorda plus aisé tuent et plus promptement avec les confédérés. Par un traité signé à Glamorgan, ils s'engagèrent ;î lui fournir dix mille hommes; et, en retour, il leur lit des concessions qui équivalaient

(I) Sir Richard Masgr a vtf’i M^moirs, etc,, l, I. p* 50*

de VAmwmm£. — conclusion.

im presque à l’abdication de sa royauté quant a l’Irlande. Cet accord ne tint pas,* maïs ce fut le roi qui le viola le premier, en y substituant une convention privée avec ceux des Anglo-Irlandais qui avaient épousé la querelle des royalistes d’Angleterre, el â la tête desquels se trouvait le duc d’Ûrmond. La masse dus confédérés qui, nyanl pour objet une sépara-» lion totale, n’était pas plus royaliste que parlementaire 3 resta en dehors de cette alliance ; et même le parti papiste s’en trouva exclu , parce qu’on n’y avait stipulé que des intérêts politiques. Sous la conduite du nonce du pape, il s’unit plus étroitement que jamais nu parti indigène, qui reconnaissait pour chef ]Q4G un homme du nom d'Û’Ncil ; mais les intrigues du nonce et l’ intolérance des prêtres, qui avaient pris un grand empire sur la multitude peu éclairée, brouillèrent encore une fois les affaires du peuple irlandais* par la confusion de la cause religieuse avec la cause patriotique* Quelques hommes d’un esprit ferme continuèrent seuls d’envisager ces deux întérets d’une manière distincte ; et, après la condamnation â mort de Charles Ier, ils entamèrent des négociations avec les fondateurs de la république {1), pendant que les anglicans et les presbytériens d’Irlande, s'unissant au duc d’Ofmond, proclamaient la royauté de Charles IL

Les républicains alarmés firent partir pour ITr* lande leur plus grand homme de guerre, Olivier Crom well, qui, dans l’ardeur de son zèle cl Tin flexibilité de sa politique, fit â tous les partis une guerre d’extermination, et même entreprit d’achever totalement et pour toujours la conquête de file. Après avoir distribué à scs troupes, qui manquaient de solde, des terres en levées aux rebelles, fl renouvela sur un plus vaste plan la grande expropriation 1650 exécutée par Jacques Ier. Au lieu d’expulser tes Irlandais, maison par maison, et village par village, ce qui leur donnait le moyen de se rassembler dans le forêts voisines, on assigna pour unique habitation à tous les indigènes, et aux Ânglo- Irlandais catholiques, la province occidentale dcConnaughl. Tous reçurent l’ordre de s’y rendre, dans un délai fixé , avec leurs familles et leurs meubles; et quand ils y Furent réunis, on forma autour d’eux un cordon de troupes, et l’on décréta la peine de mort contre quiconque le traverserait* L’immense étendue de terrain qui resta vacante fut vendue par le gouvernement à une société de riches caj ata listes, qui la revendirent par lots è de nouveaux colons, ou à des entrepreneurs de colonies.

Ainsi s’éleva en Irlande , à côté des Irlandais de race, des anciens Anglo-Irlandais et des Écossais presbytériens , une quatrième population mal re-

(Il Sir Richard MusgravtPu Mémoire, etc., 1. 1, p* 50,

gardée par les premières, soit a cause de son orî- ieao gine, soit à cause de la nouveauté de son établisse* iwq ment dans le pays. Il n’y eut entre elles aucune discorde sérieuse, tant que la république d’Angleterre resta puissante, sous le protectorat de Cromwell ; mais, après sa mort, lorsque le gouvernement anglais tomba en anarchie , fl se forma aussitôt en friande, pour la restauration des Stuart, un parti composé en majorité d’A agio- Irlandais protestants on catholiques, et seulement d’un petit nombre d’indigènes. La masse de ces derniers, ennemie par instinct de toute entreprise tendant à placer le pays sous la puissance d’un Anglais, loin de donner son adhésion au parti de Charles II, se mit en opposition ouverte, lorsqu’il s'agît de le proclamer rot de la Grande-Bretagne et de l'Irlande. La dispute des Irlandais purs avec les l oyalistes s’échauffa au point que de part et d’autre on prit les armes, et qu’il y eut plusieurs rencontres ; mais les amis des Stuart, qui réunissaient dans leur parti tous les colons anciens et nouveaux, remportèrent sur une population que le dernier gouvernement avait désorganisée et appauvrie.

Charles II . qui sentait que son rétablissement iw provenait de la lassitude des partis, évitant avec soin tout ce qui pourrait les ranimer, changea peu de chose en Irlande. 11 résista en général aux de- ts» mandes que faisaient les indigènes K les papistes pour rentrer dans leurs biens occupés par les soldats ou les nouveaux colons. Mais , sons le règne de son successeur Jacques 11 , qui était catholique, le parti catholique prit , à l’aide de l'autorité royale , un grand ascendant en Irlande. Tous les emplois civils et militaires furent donnés à des papistes, et le roi , qui doutait de l’issue de la lutte qu’il soutenait eu Angleterre contre l’opinion publique, essaya d’organiser en Irlande une Force capable de l’appuyer. Ce fui dans celte lie qu’après sa déposition , fl alla chercher un refuge; fl réuni ta Dublin un parlement composé de papistes et d'irlandais indigènes.

Ces derniers de mandèrent au roi Jacques, préalablement à toute autre discussion , de reconnaître l’entière indépendance de l'Irlande; le roi s’y refusa, ne voulant abandonner aucune de ses anciennes prérogatives, et il offri L, comme moyen d'accommodement , de ne tolérer à l’avenir d’autre culte que le catholicisme. Mais les Irlandais , inébranlables dans leurs vues d’affranchissement politique, répondirent , par un message , que . puisqu’il se séparait de leur cause nationale , Ih feraient leurs affaires sans lui (2). L’est au milieu de ces dissensions que le lm nouveau roi d’Angleterre , Guillaume 111, descendît eu Irlande avec des forces considérables , et gagna

(2) Sir Richard Mmgravtês Mémoire , etc., L l , p. 51-32.

HISTOIRE UE LA CONQUÊTE

TG90 sur les deux partis confédérés des vieux Irlandais et

7* des papistes la bataille décisive de la Boy ne.

La conquête de l’irïaodc par Guillaume llï fut suivie de confis cations et d'expropriations qui implantèrent encore dans Hie une nouvelle colonie anglaise, autour du laquelle ae rallièrent les prolestants zélés cl tous les amis de la révolution , qui pre* fiaient le titre d’orangistes ( Qrang&wien ) . Tonte L'administration des affaires publiques passa entre leurs mains , et les catholiques n’exerçèrenl plus le moindre emploi ; mais les protestants qui les opprimaient furent opprimés eux-nièmes par le gouvernement d'Angleterre , comme rayaient toujours été, depuis cinq siècles, les Anglais établis en Irlande* üu gêna leur industrie et leur commerce par des prohibitions , et Ton ne permit que très-rarement au parlement irlandais de s’assembler. Sous la reine Anne, ce parlement fut privé du peu de droits qui lui restaient; et, comme pour atténuer ce tort aux yeux des anglicans, et les étourdir sur leur intérêt propre en flattant leur animosité religieuse, on persécuta individuellement les papistes. Il leur fut défendu d’acquérir des terres , ou des fermages à long terme* et même d’élever leurs enfants chez eux* Maïs la communauté de souffrance , quoi qir à un degré fort inégal, réunit dans une même opposition les protestants et les catholiques ai igio-ir landais ou irlandais de race, qui formèrent un nouveau parti entièrement poli Ligne , sous le nom de parti des 172» patriotes. Ils s accordaient tous sur un point, la nécessité de rendre Tir lande indépendante de r Angleterre ; mais les uns formaient ce désir en haine du gouvernement seul , et les autres en haine de la nation , ou , pour mieux dire , de la race anglaise. C’est ce que prouvent des satires composées au milieu du siècle dernier contre les enfants û'Érin qui apprenaient et parlaient l'anglais (IJ* put) Le parti patriote se fortifia par degrés , et en vint jiJ2 plusieurs fois aux mains avec le parti anglais , sur lé bruit, fondé ou non, qu’on ovaiL dessein de supprimer définitivement le parlement d'Irlande. Vers le même temps, les grands propriétaires des comtés du sud et de l’est commencèrent à convertir en prairies leurs terres labourables, et à enclore les pâturages communs pour augmenter leur revenu par l’éducation des bestiaux. Ce changement agricole occasionna Fox pulsion d'un grand nombre de petits fermiers, la ruine de beaucoup de famées pauvres , et une grande cessation de travail pour les journaliers, la plupart Irlandais de race cl catholiques. Les laboureurs congédiés ou demeurés sans ouvrage , et ceux qui croyaient avoir autant de droit

que le seigneur lui-tnème sur les terrains où , de na temps immémorial, ils avaient fait paître leurs mou- ^ tous , se rassemblèrent eu troupes, et s’organisèrent. Armés de fusils, de sabres, de pistolets, et précédés de cornemuses , ils parcouraient le pays, brisant les clôtures, mettant à contribution les protestants, et enrôlant les catholiques dans leur association , qui prenait le nom de société des Enfants blancs. (Whîté Boys), à cause d’une souquenille blanche qu'ils portai enl tous comme signe de ralliement (3). Plusieurs personnes d’origine irlandaise , ayant quelque fortune , entrèrent dans celte association, qui négociait, à ce qu'il paraît, avec le roi de France et le fils du Prétendant, Chn ries- Édouard , lorsque ce dernier fut défait à Culbden* On ne sait pas précisément quels étaient leurs projets politiques ; il est probable qu’ils auraient agi de concert avec l'expédition française que devait commander M. de Confia ns (5) ; mais s quand la France y eut renoncé, les efforts des Enfanta blancs se bornèrent à une petite guerre contre les agents de Pautorilé royale.

Dans les comtés du nord , une autre association se forma sous le nom de Cœurs de chêne ( Ilcarts of Oak) ; ceux qui en étaient membres portaient , pour se reconnaître* une branche de chêne à leurs chapeaux: des fermiers, évincés à P expi ru Lion de leurs baux , s’unirent et s’armèrent aussi , sous le nom de Cœurs d’acier (Uearts of Steel) ; et enfin une société plus étroitement liée parut dans les provinces du sud , sous le nom d' Enfants du droit (flïght Boys). Tous ceux qui s’y affilia ient juraient de ne payer de dîme à aucun prêtre , même catholique 3 et de n obéir aux ordres de personne , excepté a ceux d’un chef mystérieux appelé 1 e CapUaim Droit (Cap tain Right) (4). Ce serment était si bien w observé que , dans beaucoup de lieux , les officiers du gouvernement ne purent trouver, à aucun prix, des hommes pour exécuter les jugements rendus contre les Enfants du droit .

Pendant que la lutte de ces diverses associations p contre l’autorité civile et militaire occasionnait dans ,4, le pays une foule de désordres et de brigandages , i quelques propriétaires et des jeunes gens de familles riches eL protestantes imaginèrent de former . sous le nom de volontaires { vohmteers ï, une contreassociation dans le seul but de maintenir la paix publi que ; ils s’équipèrent, à leurs frais, d’armes et de chevaux , et firent des patrouilles, de nuit et de jour, dans les lieux où il y avait du trouble. La rupture de l'Angleterre avec ses colonies de l’Amérique septentrionale venait de lui attirer une dcclaratiou

(1) Transactions ufihe Hthcrnian society of Dublin.

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