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coutume nationale. Cblothilde. qui avait aimé autrefois Chlodomir plus que scs autres fils, conservait pour ces en Parus l'affection la plus tendre, ne les qui Liant jamais et les menant avec elle dans les voyages qu'elle faisait. Un jour qu’elle étaiL venue à Paris pour y demeurer quelque temps, Iltldebcrt, voyant ses neveux en sa puissance, envoya secrètement à Chlolher, qui résidait à Soissons. un message conçu en ces termes : « Notre mère garde « auprès d’elle les enfants île noire frère et Veut « qu’ils aient son royaume; viens donc promple- « ment à Paris, afin que nous prenions ensemble « conseil sur ce qu'il faut faire d’eux; savoir s’ils «t auront les cheveux coupés pour être comme le « reste du peuple, ou si nous les tuerons, et parta- « gérons entre nous le royaume de noire frère (1), »
Ghlolher ne se fit pas attendre , et vint trouver llildehert dans l’ancien palais romain qu’il habitait sur la ri ve méridionale de la Seine* Des agents affidés répandirent dans la ville que le but de l'entrevue des deux rois était de mettre les trois enfants en possession de l’héritage de leur père. Après avoir conféré en semh le et pris leur parti, les rois députèrent vers Cblothilde un messager chargé de dire en leur nom ees paroles : « Euvoie-nous les enfants pour « que nous les élevions à la royauté, ^ La reine, ne se cloutant point qu’il y eût là-dessous quelque artifice, fut toute joyeuse ; et après avoir donné aux trois enfants à boire et à manger, elle les fit partir en leur disant : « Je croirai n’avoir pas perdu mon <r fils, si je vous vois régner à sa place, » Theode- WâM, Gonther et Chlodoald, le premier âgé de dix ans, et les deux autres, plus jeunes que lui, arrivèrent au palais de leur onde , accompagnés de leurs gouverneurs qu’on appelait alors nourriciers, et de quelques esclaves. Ils furent aussitôt saisis et enlevés aux gens de leur suite qu’on enferma séparément (2),
Alors le roi Hildcbcrt, appelant son confident Arcadius . lui dit d’aller trouver la reine afin d’apprendre d’elle ce qu’on devait faire des enfants : et pour joindre à cette demande l’éloquence des signes, que les Barbares aimaient à employer, il lui ordonna de prendre avec lui une paire de ciseaux et une épée. Le Romain obéit; et dès qu’il fut en présence de la veuve de Êhïodowig, il lui présenta les ciseaux et Tépée nue , en disant : « Très-glorieuse reine , “ nosseigneurs tes fils te font demander conseil sur
exsilio cûndemnatæ simt, ( Gregoriî Tnron. Hiat. Franc. , lib, Hf, cap. XII; apud acript. rcrnm francic-, t. II, p, 1Q2.)
(1) Ulrùra incisa cœsaric ut rcliqua plebs habcunlui^an cenè , fils iuterfeetb , regnum germant noslri inter nosmelipsoA actpialitatc lia bit il Ci vidât ur. ( Gregoni T atone nsi a ïhsi. Franc., lii)JII,cap, XVI11; apud script, remm fraude., iW.Kp) Ibid.
« ce qu’on doit faire de ces enfants : veux-tu qu’ils « vivent, la chevelure coupée, ou veux-tu qu’ils » soient égorgés? » Stupéfaite de ees paroles et de l’envoi qui donnait au message quelque chose de plus sinistre, Cblothilde hors d’elle-mème, sans trop savoir ce qu’elle disait, répondit : « Si l’on ne « veut pas qu’ils deviennent rois, j’aime mieux les « voir morts que tondus, » L’ambassadeur intelligent, se retira aussitôt, sans attendre d’autres paroles, et porta cette réponse aux deux rois , leur disant : « Vous avez l’aveu de la reine pour achever l’œuvre u commencée (ô) .»
Les deux rois entrèrent dans le lieu où les enfants étaient gardés, et aussitôt Chlolher, saisissant l’abé par ie bras, le jeta par terre et lui enfonça un couteau sous faisselle. Aux cris de douleur qu’il jetait , son frère Gonther courut à Hildcbcrt, et s’attachant à lui de toutes ses forces ; «Mon père, dit-il, moa n bon père , viens à mon secours : fais que je ne « sois pas tué comme mon frère. » En dépit de ses résolutions, le roi Hildcbcrt fut ému, les larmes lui vinrent aux yeux ; il dit à son complice : « Mon cher « frère, je t’en prie, accorde-moi la vie de cet « enfant : je te donnerai tout ce que lu voudras; H je te demande seulement de ne pas le tuer.» lais Chlolher , saisi d’une espèce de rage à In vue du sang, accabla son frère d’injures: « Repousse-lc « loin de toi, cria-t-il, ou tu vas mourir à sa place: « c’est toi qui m’as mis dans cette affaire, et voilà it que Lu manques de parole (4)! >* Hildcbcrt eut peur : il se débarrassa de l’enfant ? et le poussa vers Chlolher, qui l’atteignit d’un coup de couteau cuire les côtes. H paraît qu’au moment où $e terminait celle horrible scène , des seigneurs franfcs , suivis d’une troupe de braves, forcèrent les portes, et, sans tenir compte, comme il arrivait souvent, de ce que diraient ou feraient les rois, enlevèrent le pies jeune des enfants, Chlodoahl, et le mirent eu sûreté hors du palais {£)* Les nourriciers et les esclaves qui n’excilaient pas le même intérêt , furent tous mis à mort, de crainte que l’envie ne leur prit de se dévouer pour venger leurs jeunes mai 1res. Après ces meurtres , le roi Chlolher , sans paraître aucunement troublé, monta à cheval et s’en alla vers Boissons : Rildebert sorLil aussi de Paris et se relira dans un de ses domaines voisin de la ville*
Soit par prudence , soit par une sorte de justice barbare * les deux meurtriers appelèrent leur frère
(3) Fa vente regmâ, opua eoepUim perfidie. (Greg. Turon-» p. i960
{A) Tu. inquit, es ïnceslatoi' hujus cznjsæ, et tain veloclurr iic fldc résilia. ( GregtiriuÊ Turonensîs apud scFipt. reru m franeic., I. il, p. 107.)
(B) Terüwn verù f.hiodovaliîum comprehendercnon pducrunt, ipda per aux ilium vi forum fortin m liberalus est(1bklj
LETTRE VüL
aîné Theoderik au partage du royaume de Ghlodojïiir. Il reçut le Maine et l'Anjou, à condition d'oublier l'injure que Hildebert lui avait faite en s'emparant de l'Auvergne, Les deux rote se jurèrent amitié, et ? pour garantie de leurs serments , se donnèrent mutuellement des otages. Us les prirent non dans les familles des Franks, trop fiers pour subir de bonne grâce cette espèce de caplîfjt& maïs par mi les fils des nobles gaulois. Beaucoup de jeunes gens de racé sénatoriale furent ainsi déportés d'un royaume dans l'autre, et donnés en garde par chacun des deux rois à ceux des capitaines franks dans lesquels il avait le plus de confiance. Ce ne fut qu'un exil tant que la paix dura; mais, à la première mésintelligence, tous les otages, sans exceptions, furent réduits en servitude; les uns devenant la propriété du fisc ; les autres celle des chefs qui les avaient reçus en garde. Assujettis soit aux travaux publics, soit à un, service domestique dans la maison de leurs maîtres, ils employèrent pour sortir d’esclavage toutes les ruses d’un esprit plus admît et plus inventif que celui des Franks. Beaucoup réussirent a s'évader : c’était probablement ceux qui étaient retenus o peu de distance du centre de la Gaule. Mais les otages du roi Theoderik, disséminés dans les environs de Trêves et de Metz, furent moins heureux (1).
Au nombre de ces derniers se trouvait un jeune homme appelé Alt ale, neveu de Grégoire, alors évêque de Laugres et anciennement comte d'Aulun. Issu d’une des premières familles sénatoriales de la Gaule, il était devenu l'esclave d’on Frank qui habitait le voisinage de Trêves; eL son emploi éLait de garder au champ les nombreux chevaux de son maître. Dès que la discorde eut éclaté entre les rois Hildebert et Theoderik, l'évèquede Langrcs se hâta d’en voyer dans je Nord! la recherche de son neveu, afin de savoir exactement en quel étal il sc trouvait. Au retour des gens chargés de celte commission , TévÆque les envoya de nouveau avec des présents pour le Barbare dont Atlote gardait les chevaux; mais celui-ci refusa tout, en disant : '«Un homme « de si grande famille ne peut se racheter à moins « de dix livres d'or (â).uOn rapporta celte réponse à l'évêque, et en un moment toute sa maison en fut instruite. Les esclaves s’apitoyaient sur le sort du jeune homme. L'un d'eux , nommé Léon, qui avait l’office de cuisinier, dans un élan de dévouement , courut vers son maître , et lui dit : u Si Lu voulais
(1) Muîtf latnen eh per fngam elapiî , îo pairiam rcdierout , non tin Ni in servit to sont retenti. ( Grregoriï Turonefisü Hîsi. Franc. 1 11b. IH , cap. XV ; a pu il script, renim lïancie., U H, p. 104.)
(2j Bic de talî ^eneralione deeem an ri J i bris redimi débet. (Ibid.)
(3$ Gre^riut Turonensto, lit suprô.