‹ ŒuvresChapitre 42 sur 94 · TI1IER1U · texte numérisé non relu

TI1IER1U

MO

u me permettre d'y aller, je suis sûr que je paris viendrais à le tirer de sa captivité, » L évêque répondit qu'il le voulait bien ; et Léon, tout joyeux , partit en diligence pour le lieu qu'on lui avait indiqué (3),

A son arrivée, il épia d’abord l'occasion d'enlever Je jeune homme; mais la chose éLait trop difficile, et il fut contraint d’y renoncer. Alors il confia son projet à un homme probable ment romain de naissance, et lui dit : ^ V iens avec moi à la maison de << ce Barbare, eL la, vends-moi comme esclave: Far- « gçnt sera pour toi : tout ce que je demande c’est « que Lu me facilites les moyens d'accomplir ce que c j'ai résolu (4). » Cet arrangement fait, tous deux entrèrent dans la maison du Frank , et le cuisinier fut vendu par son compagnon pour la somme de douze pièces d'or. Avant de payer, le maître demanda à l’esclave quel genre d'ouvrage il savait faire, u Moi, répondit Léon T je suis eu état de préu parer tout ce qui se mange à la table des maîtres, u et je ne crains pas que pour ce talent on trouve « mon pareil. Je Le le dis en vérité, quand tu tûu- » tirais donner un festin au roi ; je me ferais fort ie de tout apprêter delà manière la plus convenable. n —EU bien l reprit Le Frank, voici te jour du soleil <( qui approche ; ce jour-là j 'in \ itérai chez moi mes u voisins et mes parents : il faut que tu me fasses u un dîner qui les étonne et dont ils disent : Nous « n'avons rien vu de mieux dans la maison du roi,

« — Que mon maître donne Tordre de me fournir « un bon nombre de volailles , et j’exécuterai ce u qu’il me commande (14). s* Le dimanche venu, le repas fut servi à la grande satisfaction des convives, qui ne cessèrent de complimenter leur hôte jusqu'au moment de se séparer.

Depuis ce jour, l'habite cuisinier devînt le fa vori de son maître; il avait Vit tendance de la maison et Je commandement sur les autres esclaves, auxquels il distribuait à son gré leurs rations de potage et de viande. 11 employa un an ù s'assurer les bonnes grâces de sou maître et à lui inspirer une entière confiance. Buis, croyant te moment venu, il songea à se mettre en relation avec A Gale, auquel il avait affecté jusque-là de paraître absolument étranger. Il se rendît, comme par passe-temps, dans te pré où le jeune homme gardait ses chevaux , et s'assît par terre a quelques pas de lui, pour qu'on ne les vit point causer ensemble. Dans cette position, il

(4) Vcni mecurn et vemiuda me în domo Barbari H! ins , si l que Lîhi lucrurn pretium meutn... (Gieg. Turoo.tutsupràd

[5j Ecce ohm dles aoîisadest^k cnim barbaries rocUsre dkm dorahnïcüm consueia esL) . în bâc die vicmi alrpie parente md Invitabimiur ïn dumo meà ; rugu ui fadas mUri prantlium quod admire cl tir , et dira ni : Quia în domo régi# meîifj& non adsperinibâi (Ibid*)

LETTRES SUR LTUSTGIRE J)E FRANCE* lui dît : « Voici le temps de songerait pays : celle

*c nud, quand lu miras ramené tes chevaux à leur u étable , je ^avertis que lu ne dots point céder au sommeil , mais te lenir prêt au premier ëppel ; u car nous nous mettrons en route (1)* ■?» Le jour ou cet entretien eut lieu , le Frank avait chez lui à dîner plusieurs de ses parents, parmi lesquels se trouvait le mari de sa fille* Celait un homme d'un caractère jovial et qui ne dédaignait pas de plaisanter avec les esclaves de son beau-père* Vers minuit , tous les convives ayant quitté la table pour aller se coucher, le gendre, qui craignait if avoir soif, se fit suivre à son lit par Léon, po liant une cruche de lierre ou d’hydromel* Pendant que l'esclave posait le vase, le Frank se mit à le regarder entre les yeux, et lui parla ainsi d’un ton railleur : ■»; Dis-moi donc, toi l'homme de confiance , est- ce que bientôt K Peu vie ne le prendra pas de voler les chevaux de « mon beau-père pour retourner dans ton pays? <t — Celte nuit même je compte le faire, s’il plaît à « Dieu, répondit le Romain sur le même ion* — « S’il en est ainsi, repartît le Frank, je ferai faire « bonne garde autour de moi, afin que tu ne mVm- <f portes rien. ?» Là-dessus iî rit aux éclate d'avoir trouvé celle bonne plaisanterie, et Léon le quitta en riant (2).

Quand tout le monde fut endormi, le cuisinier sortît de sa chambre , courut à rétable des chevaux, et appela Àttale* Le jeune homme fut debout m un instant , et sella deux chevaux* Quand ils furent prêts, sou compagnon lui demanda s’il avait une épée* « Je n’ai, répondit-il , d’autre arme qu’une ■' petite lance* « Alors Léon, entrant hardiment dans le corps de logis qu’habilait le maître, lui priL son bouclier et sa tramée (5)* Au bruit qu’il fit t le Frank s’éveilla et demanda qui c’était, ce qu'on voulait* L’esclave répondit : h C’est moi, Léon ton « serviteur ; je viens de réveiller Attale pour qu’il se lève en diligence et mène les chevaux au pré : u ü a U1 * * * (S) sommeil aussi dur qu’un ivrogne. — Fais M comme il Le plaira, » répondit Je maître 5 et aussitôt il se rendormit* Léon donna les armes au jeune homme; et tous deux , prenant sur leurs chevaux un paquet d’habits, passèrent la porte extérieure sans être vus de personne. Ils suivirent ta grande

(1) boenhans in terré cum tro à langé , a y mil dorais , uL

non cogiiosecrt'Uir qnùd Inqueronmr «hnul , ditii puera ;

’f Tempo* est enim ni jnm cogtMre de p;iiriâ dcbeanuisw., *

(Gregorfm Turoneas,* p. ïOL)

(S) u Die lu, 6 créditer anceri mai, si vateas , quanrîè valimlatcin adhibdùs, ut, imumplis equiubus ej^s, eas in pa~ tnam luam? » Hoc quasi joco délecta ns dix 11,,, el rîdetues disçessciîjnt* (Ibid*)

P) A|i|n ehcndiL sçiUum ejus ac frameain* — Fram, dam \ ancienne langue germanique , voulait dire en avant y et fntmen f tancer; ainsi la tramée devait être une arme de

route de Reims depuis Trêves jusqu’à la lieuse ; mais quand il fallut traverser la rivière, ils trouvèrent sur k pont des gardes qui ne voulurent point les laisser passer outre, a moins de savoir qui ils étaient , et s’ils ne prenaient pas de faux noms. Obligés de passer le fleuve à la nagé, ils attendirent la chute du jour, et, abandonnant leurs chevaux, ils nagèrent en s’aidant avec des planches jusqu’à Foutre boni* A la faveur de Fobscurîté , ils gagnèrent un bois et y passèrent la nuit (4)*

Cette nuit était la seconde depuis celle dé leur évasion , et ils n’avaient encore pris aucune nourriture; par bonheur ils trouvèrent un prunier couvert de fruits dont ils mangèrent, cL qui "Soutinrent un peu leurs forces* Us continuèrent de se diriger sur Reims à travers les plaines de la Champagne , observant soigneusement si quelqu’un n e ve naît p a s d e rr iè re eux * Pe ndan t q u* i Is m a rc h aie n t ainsi avec précaution , ils entendirent le trot de plusieurs chevaux* Aussitôt iis quittèrent la route, et trouvant près de là un buisson , ils se mirent derrière, couchés parterre, avec leurs épées nues devant eux. Le hasard fit que les cavaliers s’arrêtèrent ]irès de ce buisson* L’un d’eux , pendant que les chevaux urinaient, se mil à -dire : « Quel malheur « que ces maudits coquins aient pris la fuite 3 sans u que j'aie pu encore les retrouver : mais . je le dis « par mon salut, si je mets la main sur eux, je ferai « pendre Fun et hacher l’autre par morceaux (K).» Les fugitifs entendirent ces paroles et aussitôt après le pas des chevaux qui s’éloignaient. La nuit même ils arrivèrent a Reims, sains et sauTs, mais accablés de fatigue. Ils demandèrent à la première personne qu’ils virent dans les rues la demeure d’un prêtre de la ville, nommé Paul* Ayant trouvé la maison de leur ami, ils frappèrent à sa porte au moment on l’on sonnait matines* Léon nomma sou jeune maître et conta en peu de mots leurs aven lu res, sur quoi le prêtre s’écria : u Voilà mon songe vérifié:

^ celte nuit j’ai vu deux pigeons. Fun blanc et h l’autre noir, qui sont venus en volant se poser w sur ma main (b)* »

Celait te dimanche ; et , ce jour-là l’église * dans sa rigidité primitive, ne permettait aux fidèles de prendre aucune nourriture avant la messe* Mais les

: cependant ce mol a ici , et dans plusieurs autres passages des écrivains la Uni, le sens tPêpêe.

(4) Gregürins T tirent? rts te, jn Î95,

;5,i Distique equl ntinam projicamit : u V®

mjhi , quia ftigfunt bi délesta foi J es mberî, nec repetriri possuiU j verùm dico per salulem nioam , quia si Invenirfeotttr, mntm patrbulo candemùàri , ei aliurn gladiorum ieUbus in trusta discerpi jttberem.it HhuL)

(0; Ve la est entm Visio mea : nam vtdebam duas lu Mc nocte coîumbafl advoiare, et cünsedure hi manu n>câ,ex quUws umt alla, ali a auicm ntgra ferai* <lb|d,)

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