‹ ŒuvresChapitre 46 sur 94 · LETTRES SUR J/H · texte numérisé non relu

LETTRES SUR J/H

j »ni'Lîs opposes continuaient , quoique avec un succès inégal, à se faire une guerre d%É|pnats rt de brigandage. Sa présence donnant tout pouvoir aux adversaires delà commune, leur inspira aussi, pour -un moment, plus de calme et de modération, II y eut im intervalle de paix durant lequel on s’occupa de cérémonies expiatoires et de la réparation des églises ruinées par Hncëndie. L’archevêque de Reims, venu exprès, célébra une messe solennelle pour le repos des âmes de ceux qui avaient péri durant les troubles. Entre les deux parties de la messe, îl prononça un sermon analogue a la circonstance , et propre, n ce que l’on croyait, à calmer les esprits. Il prit pour texte ce verset de saint Pierre : « Servi, subditi estoiû in omnî “ timoré dominü ! Serfs, dit-il, soyez soumis en *< toute crainte a vos Seigneurs 5 et si vous êtes « tentés de vous prévaloir contre eux de leur du- « reié et de leur avarice, écoulez ces autres pa- «t rôles de l'Apôtre ; Obéissez non- seulement à u ceux qui sont bous et doux , maïs même à ceux *c qui sont rudes et fâcheux* Aussi les canons frapn pent-tls d’anathème quiconque, sous prétexte de “ relîgftin , engagerait des serfs à désobéir à leurs it maîtres , et a plus forte raison a leur résister par « Force (!)*•* »

Malgré ces autorités et ces raisonnements, la bourgeoisie de Laon ne se résigna point à son ancienne servitude, et les partisans de ces exécrables communes , comme s’exprime un narrateur contemporain (2), ne restèrent point en repos.

11 y eut nue nouvelle série de troubles dont il ne reste aucun détail historique, mais durant lesquels . selon toute apparence, le parti de la bourgeoisie reprît le dessus* En 1 année T 128, seize ans apres le meurtre de l’évêque Gamin, la crainte dune seconde explosion de la fureur populaire engagea son successeur a consentir à rinsLitulion d’une nouvelle commune, sur les bases anciennement établies. Le roi Louis le Gros en ratifia la charte dans une assemblée tenue à Compïègne. Une particularité remarquable, c’esi qu’on évita avec soin d écrire dans cette charte le nom de commune 3 et que ce mot devenu trop offensif, à cause des derniers événements , fui remplacé par ceux d’établïs-

(l) ..-Pïanù in auLherHïcis «ânombus damnantur- anatfcemate qui serves domffiU, région f* eausâ, doeuermt inohedire, ant quùvis subterfuge rc, ncdùm resistere. (Script fer francic,, t. XïT, p, 2d7.)

(5) De éfecrablïïfijtis communiM î] lis, {Ibid.}

(3) Termîm paris, . . omnes qui banc paeem juravertinL ( Recueil des ordoon. des rois de France , t, XI. ) La même Chase arriva pour la commune de Cambra? ; détruite en Inuiiêc \m par rempercur Frcderîk , elle obtint, à prix r ******* sou rêiahlîssement sous le nom de paix. « parce

5TOIRE UE FRANCE.

sèment de paix ; inslihUio pacte* Les bornes territoriales de la commune furent appelées bornes de lu patx y et , pour en désigner les membres , on se servit de la formule ; tous ceux qui ont juré cette paix (3). Voici le préambule de cet acte qui fixa, d’une manière définitive, tes droits civils cl politiques des habitants de la ville de Laon et du territoire au pied de ses murailles, depuis Ardon jusqu’au Breuil , en y comprenant le village de Leuilly avec ses coteaux eL scs vignobles:

« Au nom de la sainte et indivisible Trinité, h ainsî-soiML Louis, par la grâce de Dieu, roi des u Français, Faisons savoir à tous nos Féaux pre- 11 seuls et à venir, que, du consentement des « barons de notre royaume et des habitants de la « cité de Laon , nous avons institué en ladite rite « nu établissement devais. >■

Les articles suivants énoncent les limites de la juridiction municipale hors des murs de la ville. Indifférents cas de procédure et la fixation des tailles su r I e s bas es d u p re mier établissement; ensuite vien t un décret d amnistie conçu en ces termes :

« Toutes les anciennes forfaitures et offenses « commises avant la ratification du présent traité " soui entièrement pardon nées. Si quelque homme « banni pour avoir forfait par le passé, veut rentrer ü dans la ville, il y sera reçu et recouvrera la postt Scâ!iït)u de ses biens ; sont néanmoins exceptés du 11 pardon les treize dont les noms suivent : Foui- « que , fds de Homard , Raoul de Cabrisson , Ancelle, w gendre de Leberl, Haymon, homme déLebert,

^ Payen Scille t Robert , Ilemy Bute, Maynard « Bray, Ralmbauldde Boissons, Payen Osletoup tf Ancelle Quatre-ïïains, Raoul Gastiues et Jean du « Molratû (4). u

Je ae sais si vous partagerez l’impression que j’éprouve en transcrivant ici les noms obscurs de ces proscrits du douzième siècle. Je ne puis m empêcher de les relire et de les prononcer plusieurs fois, comme s ils devaient me révéler le secret de ce qu’ont senti et voulu les hommes qui les portaient il y a sept cents ans. Une passion ardente pour la justice , et la conviction qu’ils valaient mieux que leur fortune, avaient arraché ces hommes à leurs métiers , à leur commerce, a la vie paisible , mais sans dignité ,, que

“ 2UC ’ [Ut llH aulCllT contemporain , le mm de commune <■ fut toujours abominable, n Voici le passai entier : « Ci- " vts ad Imperatoram emnmallà pecuoiâ mmrrentee, ell- - minât 0 communîao nomme, quod «emper aborâmabile « exuiiL. suh nomme pacis , cûm tamen pox wn esset , f[ C(1f ra eaîscopïim et dericorum lïbertatem. privilegiiun U Sl,à Voltmlale<iUedit't>iîei)E€oumreportaverunLiJ (Script, rei nm ffcmcïc., L XI IL p. 541.)

4 Rccocil ries ordonnances des rois de France, t, Xt5

LETTRE XY1Ü, *m

tks serfs dociles pouvaient mener sous la protection de leurs seigneurs. Mes, sans lumières et sans expérience f an milieu des troubles politiques, ils y portèrent cet instinct d’énergie qui est le même dans tous les temps, généreux dans son principe, mais irritable à Textes, et sujet à pousser les hommes hors des voies de Thumnnilë. Peut-être ces treize bannis, exclus à jamais de leur ville natale, au moment où elle devenait libre , skiaient -ils signalés , entre tous les bourgeois de Laon, par leur opposition contreic pouvoir seigneurial : peut-être avaientils souillé par des violences cette opposition patriotique : peut-être enfin furent-ils pris au busard pour être seuls chargés du crime de leurs concitoyens* Huoi qu’il en soit , je ne puis regarder avec indifférence ce peu de noms de celte courte histoire, seul monument d'une révolution qui est loin de nous , i! est vrai, maïs qui lit battre de nobles cœurs et excita ces grandes émotions que nous avons tous, depuis quarante ans , ressenties ou partagées.

LETTRE XVIJL

Fin de Phiatoire de la commuas de Laon.

Les quarante-cinq années qui suivirent la révolution de Laon furent des armées de paix et de prospérité pour la nouvelle commune. Le souvenir de In guerre civile inspirait une sorte de crainte aux successeurs de Tévéque Gaudri ; mais , a mesure quTon s’éloigna de ce temps, le pouvoir épiscopal s’enhardit par degrés, et forma le dessein de reprendre tout ce qu’il avait abandonné* Ces projets se révélèrent tout à coup, en Tannée 1173, à Tavénrment de Roger de Rosoy. C’était un homme de grande naissance, parent des seigneurs de Pierrepont et d’Âvesne, et allié du comte de HainaulL À l’aide de ses puissants amis, Tévêque Roger se mit a travailler par intrigues et par menaces à la ruine du gouvernement communal. Comme c’était principalement ü cause de ses nombreuses alliances qu’il inquiétait les bourgeois, ceux-ci de leur côté cherchèrent un appui au dehors* Ils conclurent des traités dominé avec les communes de Boissons, de Crespy et de Yelly, et entrèrent en négociation avec le roi de France, Louis VU surnommé le Jeune* Ils

(î) Datâ régi Lufiovïco fiwtîmaüone pecnnke.*. [Ex Chi*o~ nico anonymi cancnici Lamïunensls } apud script. reritm francic*, t.XIU, p. 683.)

(-J El ut eedeataï suæ mïsawretur, communia m servonim suorum delendo, modU omnibus exorarlL (Ibid*)

lui demandaient, moyennant une somme d’argent, de confirmer et de jurer la charte donnée par son père (1). Leurs propositions furent acceptées, malgré les instances de Tévêque, qui suppliait le roi de ne point soutenir des serfs révoltés et d’avoir merci de son église {2).

En Tannée 1 177, Louis le Jeune donna aux bourgeois de Laon une nouvelle charte, portant confirmation de leur établissement de paix* Loin de reculer pour cela, Tévêque prit la résolution de pousser vivement sou entreprise* U avertît son frère Renaud, sire de Rosoy, et ses autres auiis, de venir le trouver avec autant de gens d’armes qu’ils pourraient en rassembler* Ce fut le commencement d'une seconde guerre civile* Les bourgeois préparant leurs moyens de défense , envoyèrent des messages aux communes avec lesquelles ils avaient fait alliance* Celles-ci tinrent leurs engagements; et le prévôt du roi leva quelques troupes dans les bourgs de sa juridiction (a). A la première nouvelle de l’approche des ennemis, les bourgeois, au lieu de les attendre derrière les murs de la ville* se portèrent à leur rencontre. Chemin faisant, dans leur effervescence démocratique , ils détruisaient les maisons des nobles qu’ils soupçonnaient de malveillance à leur égard* Arrivés près dTm lieu appelé Saint- Martin de Comporte, ils trouvèrent une troupe nombreuse de chevaliers rangés en bataille, suivant les règles de la tactique* Ils les attaquèrent imprudemment, et, ne pouvant réussir à les entamer, reculèrent bientôt en désordre* Poursuivis a course de cheval, ils regagnèrent la ville a grande peine , en laissant derrière eux beaucoup de morts (4)*

Comme Tévêque et ses partisans tenaient la ville en état de siège, le roi fit marcher ses troupes* et se mettant lui-même à leur tête, ravagea les terres du sire de Rosoy et de ses complices. Incapables de résister seuls a la puissance royale, les principaux d’entre eux adressèrent alors une demande de secours au comte de Haiaault , leur parent , et Tun des grands vassaux de l'Empire : ainsi la guerre civile de Laon fit éclore une guerre nationale. Le comte de HaïnauU rassembla sept cents chevaliers , et plusieurs milliers de gens de pied , A fa tête desquels il arriva sans coup fërïr jusqu’à peu de distance de Boissons, Obligé, par cette diversion, de rétrograderpourdéfendre ses domaines , le roi consentit a un traité de paix dans lequel furent compris tous les ennemis de la commune de Laon , a l’exception de Tévêque Roger, dont les biens restèrent en séquestre. On

(#) Vénérant eis in anjilium ex al iis commimiis plurimi, GalfrkU) Silvanectensï , lune Lâuduneûiî prœposilo, procurante. (Ex Chfonico anonymi eau on ici Lautlunmsis ; apud script, rerum fraude*, t. XIII, p. G82,)

(4) ibkb

TïUERftV.

LETTRES SUH L'HISTOIRE DE FRANCE

l'accusait de s'être trouvé en armes à la bataille de Comporte, et d’avoir tué de sa propre main plusieurs bourgeois. 11 se justifia sur ce dernier point par un serment public, et le roi lui pardonna à l’intercession du pape ; il reprit ses biens et son évêché, à condition de laisser en paix la commune (1).

Roger de Rosoy renonça dès lors à toute entreprise violente contre la liberté des bourgeois de Laon ; mais il n’en fut pas moins attentif à saisir toutes les occasions qui semblaient favorables à scs projets. Après la mort de Louis le Jeune, arrivée en 1180, il adressa au nouveau roi Philippe-Auguste les mêmes plaintes qu’à son prédécesseur. Ces doléances firent peu d’effet sur l’esprit du roi, jusqu’à ce que l’évêque eût proposé de reconnaître d’une manière convenable Rassis tan ce qu’il réclamait. Il possédait par droit héréditaire la seigneurie de la Fère-sur-Oise, et ne crut point faire un marche désavantageux en donnant cette seigneurie pour une charte d’abolition de la commune de Laon (2). Voici les termes de l’ordonnance royale rendue en 1190.

« Désirant éviter pour notre âme toute espèce de « péril, nous cassons entièrement la commune éla- •• blie en la ville de Laon, comme contraire aux « droits et libertés de l’église métropolitaine de « Sainte-Marie. Nous nous sommes déterminés a u agir ainsi par amour de Dieu et de la bienbeu- « reuse vierge Marie , en vue de la justice, et pour « l'heureuse issue du pèlerinage que nous devons « faire «à Jérusalem (3). »

Dès l'année suivante, le roi Philippe changea entièrement de dispositions à l'égard de la commune de Laon , et un traité d’argent , conclu , cette fois, avec les citoyens, lui fit oublier ce qu'il appelait le péril de son âme :

« Phlippe, par la grâce de Dieu, roi des Français, « faisons savoir à tous, présents et â venir, que notre « aïeul, de bonne mémoire, le roi Louis, ayant oc- « troyé une paix aux habitants de Laon ; que notre « père aussi, de pieuse mémoire, le roi Louis, leur « ayant octroyé la même paix et Payant confirmée « par serment, comme il est contenu dans sa charte « authentique que nous avons vue ; avec l'assenti- •< ment des citoyens, nous avons fait casser ladite « charte, par suite d’une nouvelle convention, dont « voici la teneur : En vertu de leur établissement « de paix, lesdils citoyens nous devaient trois droits « de gîte chaque année, si nous venions dans la « ville, ou vingt livres si nous n'y venions pas. « Nous leur remettons à tout jamais tant les trois

(1) Ex Gisleberii montensis Hannoniæ chronicoj apud script, rermn francic., t. XIII , p. 578.

(2 1 Histoire du diocèse de Laon, par Nicolas Le Lonp.p.275.

(3) Amore Dei et benlæ Virginis, et respeclu justitiœ et peregrinalionis nostiæ lcrosolymitanœ. ( Gallia chrisliana,

« gîtes que les vingt livres, et les en tenons quittes, « sous cette condilion, que, chaque année, à la fêle « de tous les Saints, ils payeront à nous et à nossuc- « ccsscurs deux cents livres parisis. Moyennant la « présente convention, nous garantissons et confir- « mons à perpétuité le susdit établissement de « paix (4). >»

Les successeurs moins belliqueux de l’évêque Roger n’employèrent contre la commune de Laon d’autres armes que les armes spirituelles. Le maire cl les jurés, qu’on nommait aussi échevins, furent plusieurs fois excommuniés par eux durant le cours du treizième siècle. Le prétexte ordinaire de ces excommunications était l’emprisonnement de quelque clerc ou serviteur de l’Église, coupable d’injures ou de violences envers un bourgeois. En effet l'hostilité du chapitre métropolitain contre la commune nourrissait une foule de querelles particulières et donnait lieu à de fréquents désordres que le chapitre négligeait de punir sur ses justiciables, mais que la commune, réduite à se faire justice elle-même, réprimait avec sévérité (b). Alors l’évêque de Laon écrivait au légat du pape, au roi et aux prélats de France, pour se plaindre des empiétements de l’autorité municipale; le ban de Dieu était mis sur la ville, et n’était levé que quand les magistrats communaux avaient donné satisfaction à l’Église. Obéissant à la nécessité , ils payaient les amendes pécuniaires et subissaient patiemment les cérémonies humiliantes que leur imposait l’autorité pontificale ; mais leur ferméte politique n’en était nullement ébranlée.

En l’année 1294. deux chevaliers, parents de l’un des clercs du chapitre métropolitain, se prirent de querelle avec un bourgeois, et la dispute s’échauffa au point qu’ils le maltraitèrent dans sa propre maison. Cette injure était du nombre de celles qu’on ne pouvait faire à un membre des communes sans exciter le ressentiment de tous. Aussi les voisins qui accoururent au bruit, voyant ce dont il s’agissait, s’armèrent de bâtons et de pierres et poursuivirent les deux chevaliers à travers les rues (6). Ceux-ci craignant de ne trouver de refuge dans aucune maison, coururent à l’église épiscopale, dont les portes leur furent ouvertes par un clerc qui était leur parent. Le bruit se répandit aussitôt que le chapitre avait pris parti pour ceux qui avaient violé le domicile d’un bourgeois. 11 y eut grande rumeur dans tous les quartiers; on sonna la cloche du beffroi; on ferma les portes de la ville, et les magis-

t.lX, p. 535.) — (4) Recueil de.i ordonn. de? roi* deFrnnce, t.XI,p. 287.

(5) Gallia chri.slia»a, t. IX, p. 537.

(6) Tùm iapidihus et baculis armali, tanto fnrore équité* perscqiiuntui- ut... (Ibid., p. 543.)

LETTRE XVII J

Ira Es Rassemblèrent. La foule se portait vers ré— gïise où les deux chevaliers et leur parent s'étalent barricadés ; on leur criait d'ouvrir cl de se remettre entre les mains de la justice. Mais ils n'en firent rien j et le chapitre refusa de les y contraindre, alléguant ses privilèges et la sainteté du droit d’asile. Ce refus poussa au dernier point l'exaspération populaire ; les portes de l'église furent forcées par ks bourgeois qui s y précipitèrent malgré les remontrances du trésorier et des chanoines, saisirent le clerc et les chevaliers 1 les maltraitèrent et les frappèrent jusqu'au sang (ï).

Regardant l'église comme profanée , le ch api Ire cessa d’y célébrer aucun office et transporta ailleurs les vases sacrés. L'official prononça l'excommunication contre les auteurs du sacrilège; enfin révoque mit l'interdit sur toute la ville et excommunia les magistrats municipaux, d'abord comme gardiens et représentants de la commune, et ensuite parce qu’ils avaient éLé témoins du désordre sans rien faire pour Fempècher. Le chapitre en corps adressa ses plaintes au pape Boni face VIII , qui écrivit au roi Philippe le Bel , pour l'exhorter à punir les coupables, à soutenir en tout poiut la cause du clergé de Laon , enfin a casser la commune comme contraire aux droits et à la tranquillité de l'église (3), Le roi envoya deux commissaires , nommés Pierre de Sargine et Jean Cboisel, pour faire une enquête exacte sur ce qui s'était passé. Les proces-verbaux dressés par eux furent soumis au parlement, qui prononça contre la commune de Laon un arrêt dont voici quelques passages :

w Attendu que les citoyens de Laon, réunis en « grand nombre , après avoir sonné la cloche de la « commune, ferme les portes de la ville, et fait « des proclamations publiques, se sont rués en sa- « crïlëges dans la mère-église, sans respect pour « les immunités ecclésiastiques ; qu'ils out arraché « par force de ladite église un clerc et plusieurs ■J nobles chevaliers , réfugiés dans cet asîïe sacré « pour sauver leur vie et échapper à la poursuite « de leurs ennemis qui ks ont blessés cruellement* h au point qu'un des chevaliers est mort par suite *t de ses blessures ; qu’ainsi ils ont violé les libertés IC de ladite église, et cela en présence de plusieurs ii officiers de la commune, des échcvins , jurés et ■« autres magistrats , qui , loin de s’opposer a ce «t c ri m e co m me ils pou vai ent et d ev aî eu t le fa ire, onL ü prêté secours , conseil et protection aux auteurs u du mal; vu l'enquête sur ce fai Le, d'après le lë-

(11 Eosque verberibus cædunl ad sanguiarm usque, (Cailla Christian*, l. IX , p, 543.)

(2) Communtam abrogel , Eecleaisa Jam dudum injurio- 5jm cl juvi ecclesiasiieo Inimicana. (CaU: christ, , loin* IX. P* 543 /i

« moignoge de toutes ks personnes qui devaient « être entendues; nous déclarons ks susdits élit toyens, maire, jurés , échevins, et tous autres « magistrats de la ville de Laon, coupables des faits « énumérés ci-dessus , et les privons , par le pré- « sent arrêt , de tout droit de commune et de a collège, sous quelque nom que ccsoit, leur t £ ôtant é tout jamais et entièrement leurs cloche, « sceau , coffre commun , charte , privilèges , tout « état de justice , juridiction, jugement, écheviu nage, office de jurés et tous autres droits de com- « mu ne (5). »

Une constitution municipale qui comptait près de deux cents ans d'existence ne pouvait être détruite d'un seul coup ; aussi l'arrêt du parlement ne fut-il point exécuté a la lettre. Four ne point renouveler à Leon les scènes de tumulte qui avaient signalé, au douzième siècle . l'établissement de la commune , le roi fui obligé de révoquer presque aussitôt la sentence portée contre les bourgeois , par une charte mai les maintenait provisoirement dam la jouissance de leurs droits politiques. Cette charte portait que la commune de Laon serait rétablie sous la réserve de demeurer en la main du roi; et la principale clause était conçue en ces termes : « Ne seront ladite i< commune et ledit échevinage, en vigueur qu'au - « tant qu'il nous plaira (4). » De son côté, le chapitre métropolitain fut obligé de capituler avec les bourgeois sur ks satïfactions qu'il exigeait. Les deux parties nommèrent des arbitres qui s'accordèrent , moyennant une rente payée n Féglise par la commune et certaines cérémonies expiatoires. À la première fête solennelle , cent des bourgeois excommuniés, nu-pieds, sans robe ni ceinture, marchèrent processionnclkment, la croix en tête, depuis le bas de la montagne de Laon jusqu’à la cathédrale. Trois d'entre eux portaient dans leurs bras des figures d’homme en cire, du poids de vingt livres, qu'ils remirent au doyen cl aux chanoines, en signe de restitution. Ensuite la sentence et l'interdit furent levés par mandement du pape (3),

À une époque où le s décisions législatives des roU de France prenaient plus de force qu'elles n'en avaient jamais eu depuis rétablissement des communes, la situation de celle de Laon devenait singulièrement précaire. Son existence dépendait entièrement de la volonté onde l'intérêt de Philippe IV et de ses successeurs. Ce roi lui fut favorable durant tout son règne, parce que les ennemis des libertés de Laon avaient pris parti pour le pape dans ses dé-

(3) Cet arrêt se trouve répété dans le préambule iToae charte postérieure de Charles IV. ( Recueil des ordonn. des mis de France, t. XÏL p.465 et suiv.)

(4) Rec, des ord, des rois de France, t, XII, p,- 403 cl suiv,

(5) Eïist. du diocèse de Laon, p, 308 et 500,

LETTRES SUR L’HISTOIRE DE FRANCE

mêlés avec la cour de France, Bonifaee VIII avait même récompensé leur zèle par tmc Übulle, où, de son autorité pontificale * il abolissait à perpétuité la commune ; mais le roi fit briller cette bulle (1). Philippe V3 cju t , eu Cannée 1316. succéda à son frère Louis, ne fuL pas plus favorable que lui aux adversaires de la commune de Laon, Soit qu'il cédât a un sentiment de respect pour des droits consacrés par le temps, soit que les bourgeois eussent offert de l'argent pour qu'il les maintînt dans leur liberté provisoire, il ratifia la charte de Philippe le Bel et confirma aux citoyens Fexereiee de leurs droits , « pour autant de temps qu’il plairait à la vo- « lonte roija le (£). » D'un côte les bourgeois, et de l'autre l'évêque et le chapitre de Laon, étaient en instance perpétuelle auprès de la cour du roi s et adressaient requêtes sur requêtes, les premiers pour obtenir une confirmation définitive, les seconds pour faire remettre en vigueur l'ordonnance de Philippe le fiel* Ces derniers réussirent auprès cle Charles IV , qui , dès Cannée de son avènement , en 13â2, rendit contre la commune de Laon une ordonnance dont voici les derniers articles :

« En sur ce délibération et conseil, nous statuons « et ordonnons, en vertu de notre autorité royale ,

» qu’en la ville, cité et faubourgs de Laon, il ne « puisse y avoir, à l'avenir, commune, corps, uui- « ver si té, échevinage, maire, Jurés, coffre commun,

“ beffroi, cloche, sceau, ni aucune autre chose ap- “ par te nant a l’état de commune* De notre certaine « science et autorité royale, nous mettons h néant,

K dans ladite ville, cité et faubourgs, le susdit état

* de commune et tous les droits qui en dépendent, h les déclarons annulés a perpétuité, et imposons

* perpétuel silence aux citoyens et habitants pré- ,r sents et à venir, sur toute demande et réclamation « relatives aux dits privilèges de commune, corps,

« université t mairie, échevinage, cloche , sceau et « coffre commun* Nous statuons en outre qu’ils ne ï' pourront être oms sur ces choses, ni par voie de ■' supplique, ni par aucune autre, décrétant que " t0ütes litres qu’ils pourraient avoir en confirma- IC lion des susdits droits sont nu Iles et de nulle w v^leurT et réunissons, pour toujours, a notre « p ré vêlé de Laon* la juridiction qui autrefois ap- « par tenait à la commune (3)* (r

Malgré les termes impératifs de cette ordonnance, les bourgeois de Laon ne désespérèrent pas tout h fait île leur cause, et ne reculant devant aucun sacitfice, ils entamèrent une négociation d’argent avec les officiers du roi. Quoiqu'il eût été décrété qu’ils

(1) Hist. du diocèse de Laon, p. SU.

(3) Or-daun. des rois de France, i. XJL (3i Ibid., p, 4G5 et suiv.

[4) ibid. , p. 3 et suiv.

ne seraient ouïs par aucune voie, leurs offres ne furent point repoussées ; mais la partie adverse, admise à plaider contre eux, prolongea cette affaire, qui rTétait point encore terminée à la mort de Charles le Bel , arrivée en 1328* La discussion s’engagea de nouveau el plus vivement encore devant son successeur Philippe TL L'évêque et son chapitre soutenaient que le roi, en sa qualité de défenseur et spécial gardien des églises , devait faire exécuter rigoureusement la sentence rendue contre la commune de Laon, en punition de ses méfaits notoires, détestables et scandaleux. Ils disaient que si l'on ne tenait la main à cet arrêt , beaucoup de maux t d griefs pourraient s’ensuivre , ci ajoutaient que bien des gens dans la ville pensaient que ce ne serait pas profil quai y eût commune (4)* Pour réfuter ces arguments , les fondes de pouvoir de la bourgeoisie remontraient que la sentence rendue en 1294 était sans application , puisque le délit avait été amendé par des réparations de tout genre; que d’ailleurs tous ceux qui l’avaient commis étaient morts (g). Leurs raisons et peut-être leurs olfres prévalurent. La cour décida que le roi, u en vertu de son auto- 11 cité, avait droit de mettre el d'établir commune u cn Tdle de Laon, toutes fois qu'il lui plairait " et fiti’il lui semblerait profitable de le Faire, >» L'ordonnance rendue à cet égard Imposait perpétuel silence au doyen, à l’évêque et à son chapitre* Mais il ne fallut pas plus de deux ans ù l'évêque Albert de Roye pour faire écouter ses réclamations, et convaincre de la bon té de sa cause le même roi qui avait reconnu dans sa plaidoirie contre les bourgeois plus de haine que d'amour de Justice (6). Les nouveaux moyens de persuasion employés par ce prélat consistaient en une grosse somme d’argent qui fut remise entre les mains du trésorier de France, le 29 avril de l'année 1350 (7), Enliu, au commencement de Tannée 1531, fut rendue l'ordonnancé qui devait abolir, après deux siècles révolus, la commune ou paix de Laon :

« Philippe , par la grâce de Dieu, roi de France , savoir Faisons à tous présents et à venir, que •ï comme nous, considérant que la commune jadis « de Laon, pour certains méfaits et excès notoires, a énormes et détestables, avaiL été ôtée et abattue h a toujours par arrêt de la cour de notre très-cher « seigneur et oncle le roi Philippe le Bel, confirmé » et approuvé par nos très-chers seigneurs les rois tt Philippe et Charles, duuL Dieu ailles âmes, par « grande délibération de noire conseil , avons oru donné que jamais commune, corps, collège, éehe-

(5) Rcc, des ont. des rois do France, t. XII, p. 3 et suîv Ç0) Ibid.

(7) Maltam coolulit pecumam. , * ( GalL christ t IX \h 510. J

LETTRE XIX. sgi

« vinage, maire Jurés ou aucun autre état ou signe « a ce appartenant ne strient institués ou établis à 11 Laon ; Nous, considéré le bon gouvernement ijui w a clé en ladite ville, par nos gens, depuis que la « commune fut almLtue et qui est aussi et a été es it autres cites et bonnes villes de notre royal une , n estpi elles il n'y a nul état de commune, ni d’ëche- « vinage, eu sur ce grande et mûre délibération et u conseil, audit gouvernement avons pourvu et pourvoyons en la manière qui s’ensuit : ii Le foüilly de Vermandois, ou son lieutenant pour u connaîtra de toutes affaires, LanL en assises a l< Laon que hors d'assises* a ^ y aura a La ou un prévôt de la cité, à gages, u rPJÎ 7 exercera pour le roi la justice II au te, moyen ne *£ et basse, et dans tous les lieux qui étaient de la « commune, ou de la paix.

« Le prévôt établira à Laon le maître de tous les « métiers.

« Les sommes dont les habitants de Laon auront « besoin pour la défense de leurs pâturages, de « leurs droitures et de leurs franchises, pour la « conservation des puits, des fontaines et pour le « payement de leurs rentes a vie ou à perpétuité, seront levées par six personnes que le prévôt fera « élire par le peuple,

« II ii y aura plus à Laon de tour du beffroi ; et « les deux dociles qui y étaient en seront ôtées et “ confisquées au roi. Les lieux autres cloches qui ,i sont en la tour de Torle-Marld y resteront, dont « la grande servira à sonner ie couvre-feu au soir,

« le point du jour au matin, et Je tocsin; eL la pe- H üRb pour faire rassembler le guet fl), n Comme il n’y a guère de révolution sans changement de noms pour les édifices publics, une ordonnance postérieure défendit que la tour dont on avait enlevé les deux grosses cloches de la commune fût appelée tour du beffroi fl). El semblé qu’on voulût, par là, effacer les souvenirs démocratiques attachés a ces vieux murs d’où partait autrefois le signal qui annonçait aux bourgeois libres Tou vertu re de l’assemblée populaire ou les dangers de leur cité. Le beffroi ou la grande tour communale bâlie au centre de ta ville était un sujet d’orgueil et d'ému Talion pour les petites républiques du moyen âge. Elles employaient des sommes considérables à la construire et ù l'orner, alin qu’aperçue de loin, elle donnât une grande idée dé leur puissance. C’était surtout parmi les communes du Midi que régnait cette espèce d émulation ; elles cherchaient à se sur-

(I) ïkcuejl ika mriorm. des rois de France , t. Il ik 77 *t suiv.

(2; * . . . Et défendons que ladite tour soit jamais appelée beffroi. ( Ibid. . tome XIJ , cl préface du iomT xi, )

passer l’une l’autre en magnificence . et quelquefois en bizarrerie, dans la construction de leurs tours. Ou donnait à ces édifices des noms sonores et recherchés , comme celui de Miranda oit la Merveille (5); et il paraît que la fameuse tour de Pise doit a une vanité de ce genre son architecture singulière.

LETTRE XIX

Sur les communes d'Amiens , de Soiasonsel de Sens.

V histoire de la commune d’Amiens remonte jusqtfè l’année 1113, année qui suivit la catastrophe de la révolution de Laon, il paraît que l’exemple de celte dernière ville avait inspiré aux habitants leur premier désir de liberté. Amiens n’était point a ect égard dans une situation aussi simple que Laon ; cette grande et antique cité n’avait pas moins de quatre seigneurs. L’ëvéque exerçait les droits de la seigneurie sur une partie de ln ville, le comte sur une autre, le vîdame sur une troisième, et enfin le propriétaire d’une grosse tour, qu’on nommait te C/iâtillon (£)., prétendait aux mêmes droits sur le quartier voisin de sa forteresse. De res quatre puissances, la plus généralement reconnue, mais la plus faible de fait, étaiL celle de l’évêque, qui, n’ayant point de soldats, tremblait devant ic comte et recevait de ses autres coseïgneurs des injures qu’il ne pouvait rendre. Par intérêt, sinon par esprit de justice, l’évéque d’Amiens devait donc être favorable à la Formation d’une commune, qui, au prix de quelques concessions, lui assurerait un appui contre ses trois rivaux dont elle ébranlerait ou détruirait le pouvoir.

Le hasard voulut que la dignité épiscopale fût alors possédée par un homme d’une vertu exemplaire, d’un esprit aussi éclairé que le permettait son siècle, et plein de zèle pour le bien général. Sans se laisser épouvanter par les terribles scènes qui venaient d’avoir lieu à Laon, l’évêque Geoffroî comprit ce qu’avait de légitime le désir d’indépendance eL de garanties pour les personnes et pour les biens, 11 céda sans efforts et gratuitement aux requêtes des bourgeois, et concourut avec cm à

foj Voyez \c Recueil des poésie* des Troubadours , publié par U, Haynouard.

(4) P ru ftuirocutdlian)* , sic emro vocatiir.., (Guibcrbis ahhas de Xovigento ; apud script, rerum fraude.. U XII p.

LETTRES SUR V HISTOIRE DE FRANCE

l'érection d'un gouvernement municipal (1), Ce gouvernant, composé de vingt-quatre écbevins soufi la présidence d’un majeur, fut installé sans aucun trouble au milieu de la joie populaire ; et la nouvelle commune promulgua ses lois dans la forme suivante ;

« Chacun gardera en toute occasion fidélité a son « juré et lui prêtera aide et conseil.

k Si quelqu'un viole sciemment les consli Lu lions <i de la commune et qu'il en soit convaincu, la « commune , si elle le peut , démolira sa maison « et ne lui permettra point d*habiier dans ses limites jusqu’à ce qu'il ait donné satisfaction*

*£ Quiconque aura sciemment reçu dans sa mai- « son un ennemi de là commune et aura commuii niqué avec lui , soit en vendant el achetant , soiL u en buvant et mangeant, soit eu lui prêtant un n secours quelconque, ou lui aura donné aide et n conseil contre la commune, sera coupable de u lèse- commune, et à moins qu'il ne donne promp- <i teraent satisfaction en justice, la commune, si « elle le peut, démolira sa maison,

v Quiconque aura tenu devant témoin des propos n injurieux pour la commune, si la commune en est « informée, et que l'inculpé refuse de répondre en « justice, la commune, si die le peut, démolira sa u maison, et ne lui permettra pas d'habiter dans ses » limites jusqu'à ce qu'il ait donné satisfaction* k Si quelqu'un oLLaquc de paroles injurieuses le « majeur dans l'exercice de sa juridiction , sa mai- « sou sera démolie , ou il payera rançon pour sa il maison en la miséricorde des juges.

« Nul ne causera ni vexations ni LrouMes soit à « ceux qui demeurent dans les limites de la commune ii soit aux marchands qui viendront à la ville avec « leurs denrées. Si quelqu’un ose le faire, il sera « réputé violateur de la commune, et justice sera « faite sur sa personne ou sur ses biens*

« Si trn membre de la commune enlève quelque « chose à l’un de ses jurés, il sera sommé par le « maire et les écho vins de comparaître en présence •t de la commune, et fera réparation suivant l'arrêt il des échevîns* Si le vol a été commis par quelqu'un « qui ne soit pas de la commune, et que cet * homme ait refusé de comparaître en justice dans « les limites de la banlieue, la commune, après n l’avoir notifié aux gens du château oü le coupable a son domicile, le saisira, si elle le peut , lui ou

(!) Gtti episcoiMis nul là vî exclus debmsseï prseslorefavorern pririurimi eùm et nciuû emn urgeret, et coepiscopi atii c\m misera h ile ex i Lient et infaustorum àifitun coufiU Sium non literet. [ Çuibertus ahbas de NoVîgcnlo ; apud script* reniai francic., t, XII. p. 500. )

(31 Qui ver 6 juraium a tram Ecrvitm rccredentem , traili- Lôrem, etc. , Récréant, en vieux français, signifiait renê-

« quelque chose qui lui appartienne, et les retien- « dra jusqu'à ce qu'il ait fait réparation.

u Quiconque aura blessé avec armes un de ses « jurés, à moins qu'il ne se justifie par témoins et « par le serment, perdra le poing ou payera neuf « livres, six pour les fortifications de la ville et de « la commune, et Irois pour la rançon de son « poing ; mais s'il est incapable de payer, il abanu donnera son poing à la miséricorde de la comte mime. Si un homme, qui n'est pas de la comic nuiue, frappe ou blesse quelqu'un de la commune, u et refuse de comparaître en jugement , la comv mune, si elle le peut, démolira sa maison; et si « elle parvient à le saisir, justice sera faite de lui « par-devant le majeur et les échevïns.

« Quiconque aura donné à l'un de ses jurés les « noms de serf récréant, traître ou fripon , payera » vingt sous d'amende (3).

h Si quelque membre de la commune a sciemu ment acheté ou vendu quelque objeL provenant h de pillage, il le perdra et sera tenu de le restituer « aux dépouillés, à moins qu'eux- mêmes ou leurs « seigneurs n 'aient forfait eu quelque chose contre ■< la commune.

Dans les limites de la commune, on n'admettra » aucun champion gagé au combat contre l'un de « ses membres,

« En toute espèce de cause, l'accusateur, l'accusé « et les témoins s'expliqueront, s'ils le veulent, par « avocat.

« Tous ccs articles, ainsi que les ordonnances « du majeur et de la commune , n'ont force de loi » que de juré à juré : il n'y a pas égalité en justice « entre te juré et le non-juré (S). >■

La constitution , établie de commun accord par l'évêque et les bourgeois d’Amiens, fut soumise à l'agrément des trois autres seigneurs, comme parties intéressées. Le vidante, le moins puissant des trois , y donna sou approbation moyennant garantie pour quelques-uns de ses droits et une bonne rançon pour le reste* Maïs le comte ne voulut entendre à rien ; il dit qu'il maintiendrait jusqu'au dernier tous les privilèges de son litre, et entraîna dans son parti le châtelain de la grosse tour* Dès lors il y eut guerre déclarée entre ce parti et celui de la commune. Le comte d' A miras était Euguerraud de Bovcs ou de Coucyr, père de ce Thomas de Marie qu'on a vu figurer dans l'histoire

gat. U parait que serf rebelle était l'injure favorite îles ennemis de la révolution communale,

(5) Recueil des ordurm. des roîa de France, l. XI, p< 264, La charte originale, telle qu'on la retrouve dans une charte de Philippe- A u £iis le qui la reproduit, n’a pas moins de cinquante articles. J'ai traduit les plus importants, et j'eu ai interverti l'ordre afin d*y mettre plu» de suite.

LETTRE XIX

de la commune de Laon, Afin de s'assurer un appui contre ce puissant adversaire, la commune eut recours au roi , et par Pentremfse de son évêque clic obtint, à prix d'argent, l'approbation, ou, suivant le style officiel, l'octroi de ses règlements municipaux (1), Quoique le nom du roi, inscrit eu tête de la charte d'Amiens, lui conférât la lëgi Limité, selon le droit public du royaume, Engucrrand n'en !rnt nul compte, et faisant marcher sur la ville tout ce qu’il avait de chevaliers et d'archers , il entreprit d’en rester maître. -Menacés par des forces qui avaient sur eux In supériorité île la discipline, les bourgeois n’eurent d'autre ressource que de se recommander, comme ceux de Laon, au fameux Thomas de Marie, qui alors était en guerre avec son père (S).

A l'aide de ce secours, ils parvinrent h chasser le comte de la ville et à le contraindre de se renfermer dans la grosse tour, dont le châtelain, nommé Adam, lui ouvrit les portes. Celte tour, qui était d'une telle force qu'on la jugeait imprenable, fut attaquée avec vigueur ; mais un incident vint tout a coup changer la face îles affaires et ruiner l'espérance de In commune. Engucrrand de Boves, que son tige em péchait de monter a cheval et de prendre pari aux fréquentes sorties qui se faisaient contre les bourgeois, ne put supporter, comme il le disait , que des cabaretiers et des bouchers se moquassent de sa lourdeur (5), La haine qui ranimait contre les gens d'Amiens lui fit sacrifier ses ressentiments contre son lits; ils se réconcilièrent et conclurent ensemble un traité d'alliance contre la commune, le vidamc et révèque, Les terres de ce dernier, soit qu'elles lui appartinssent en propre, soit que ce fussent des domaines de l'Église, commencèrent alors à Cire dévastées par le pillage cl l'incendie* L'impitoyable Thomas de Marie, dès le premier jour qu'il entra en campagne contre scs anciens allies, tua trente hommes de sa propre main et brûla plusieurs églises; mais bientôt sa fougue le fit tomber dans une embuscade ou il reçut île graves blessures qui V obligèrent à quitter les environs d'Amiens et à se tenir en repos chez lui (4),

En partant, il laissa scs meilleures troupes dans

(1) Poat Fimeittim exddii LaudunuosEs evenüim,Amïtiani, rp&e iliccLo pccimiîs, fccêrc comrnimiam. (Galber lus de iïovïgenlo, a pmi script. rcriim Fmneîc. . t. \U , p. 560.)

(U) El Thomara , quasi om.inLiorom suunt rfomioutn, ad cammuniæ illius *acr<imenla vacante*, contré parentem, ut put ni iTr, Ruurn fiEiimi snsciUrunl. ( IhiiL)

(5) Perpenduns mlereâ Infteîraouus quia sut ævt gravi taie m caUponcs et maceUarii im lièrent. (J bld., p. 561.)

(4) Thomâ Uaque né sna translata, ci ex vy lucre pralihatoiam&pqienlcr agcule* (Ibid., p. 205.)

la tour du CfaâüHon, qui, bâtie, à ce qu'il paraît, à Fondes angles du mm de la ville, pouvait être ravitaillée et recevoir garnison par Tes teneur. Les soldats renfermés dans cette forLeresse faisaient , de jour etde nuit, dans la ville des sorties meurtrières, massacraient femmes et enfants , pillaient et brûlaient à plaisir. Dépourvus des moyens de conduire un siège, les bourgeois ne pouvaient opposer à ces agressions qu'une résistance purement passive (5), Le découragement les gagna ; et à la vue de tout ce qu’ils souffraient, l'évêque GeoffroL qui les aimait, fut saisi d'une vive affliction ; il désespéra de la cause à laquelle il s’était lté et sentit même s'ébranler la confiance qu'il avait dans la bonté de ses intentions. Cedant aux clameurs des gens de son ordre, qui l'accusaient d'avoir excité des troubles qu’i! était incapable d'apaiser (G), il se suspendit lui-même des fonctions épiscopales. Il renvoya à l’évèque de Reims son bâton cl son anneau, et se retira d'abord au monastère de Cluny, ensuite à la Grande-Ghartreu&e, près de Grenoble (7), Il n'en revint qu’à la sommation de l'archevêque de Reims, et lorsque Louis le Gros, déterminé par les plaintes du clergé à faire la guerre à Thomas de Marte, marcha en personne sur Crecy et sur NogenL f et rendit ainsi quelque espérance aux ennemis de ce terrible baron (8)*

Celle guerre présentait de singuliers contrastes : d'un côté, le sire tîe Marie, ennemi de la commune d'Amiens, était ami de celle de Laon, dont les membres les plus compromis s'étaient réfugiés sur ses terres \ de l'autre, le roi, en s'avançant contre ce seigneur, venait par le fait sauver h première de ces communes et accabler la seconde. Après la soumission de Thomas de Marie, Louis le Gros dirigea ses forces contre Engucrrand de Boves, comme allié et complice de son fils. Son entrée dons Amiens ranima le courage et les espérances populaires. L'évèque, associé de coeur aux intérêts et aux passions de in multitude, le dimanche des Rameaux de l'année 11 15, prêcha, devant le roi et tout le peuple assemble, un sermon sur les événements du jour. Il prononça de grandes invectives et tous les anathèmes de l'Écriture sainte contre la garnison de la grosse tour, promettant de la pari de Dieu le

(bjlteferrl ooo pimuiiL ah aliquo, ne ah ci* quîtlcm quorum pars pcriclilabaïur, faeico neces tîe liurgcnsibus per turre lises, ciim amè obaîdjocem , tu eu posteà crebriores. Xullus eoim ajïud urbaine actoserat, sed passio sota. (G uihe rtus de ïNoviçeiiLo, a pmi script, rerum fraude., t. XII * p. 5G2.)

(6) Turbam rooverat quam sedare non poleràt<(ïb., p.26a«j

(7) Archiepiscopo rem e nsi nnntihun sanrialiaque remisit, üL se in ëxiHura ituruin . nuinqijàmque Ueinceps Episcopum fulurnm ntrotîqiiè mandavit. (Ibid., p, 20 L)

(S) Voyez plus haut* Lettre XVII.

&04 LETTRES SUR LMTSTOIRE DE FRANCE

royaume diTciel a quiconque périrait à l’attaque de celte forteresse (1), 11 fut décidé que les soldats royaux* réunis à tous les bourgeois en état de porter les armes, et conduits parle roi en personne, livreraient un assaut général. L'évêque se rendit nupieds au tombeau de saint Àcheul, et |y pria avec ferveur pour le succès de l'entreprise (2). Au jour fixé, les ingénieurs du roi, dont le chef se nommait Âlerau, firent avancer contre le Ghâtillon plusieurs des machines au moyen desquelles on s'approchait alors des places fortes ! c* étaient des tours de bois posées sur des roues et garnies de ponts-levis qui Rabaissaient contre les parapets de la muraille. Parmi ces tours, il sTeu trouvait deux qui dominaient la forteresse et qui étaient chargées d'n ne grande quantité de pierres qu'on devait jeter sur les assiégés. Quatre-vingts femmes de la ville, transportées de cet enthousiasme qui éclate dans les crises politiques, demandèrent a y monter et à lancer les pierres, afin de réserver les hommes pour le combat a la lance et à T arbalète (o), Malgré la discipline des troupes royales et le dévouement de la bourgeoisie, la grosse tour du Châtillon garda sa réputation d'imprenable. Les assaillants furent repoussés ; toutes les machines furent démontées par les pierriers qui tiraient dessus. Beaucoup de bourgeois périrent, soit au pied des murailles , soit sur les ponts-levis des tours, où Lun eombnllail à l'épée. Les quatre-vingts femmes, qui étonnèrent par leur courage, furent toutes blessées, cl le nu lui-même reçut une flèche dans son haubert (3).

Louis VI qui, en obligeant Thomas de Marie a rester en repos et à se faire absoudre par l'Église, avait accompli F objet de son expédition, ne jugea pas à propos de s'exposer aux dangers et aux fatigues (Vun nouvel assaut. IJpartiten laissant quelques troupes qui , avec la coopération des bourgeois, tournèrent en blocus le siège de ta grosse lotir (b). Ce fut seulement au bout de deux ans que les assiégés rendirent le CbâtilloQ , qui fut aussitôt démoli et rasé par ordre du roi et de Fêvêque. Gedfjroi ne démentit point son caractère d'ami des libertés du peuple, il avait encouru le blâme des adversaires des communes, qui étaient nombreux parmi la noblesse et le clergé ; mais ses mœurs étaient si pures,

(1) Spontlfns rcana cœlorum his qui Innim expiignâodo |n?rierintqGuihet‘lU5de KovigenLo,apud script. têt. franeic., lomo XII, p. 2G5.)

(2) E|iiscopus undipeâ ad S. Àceoluro, non lune pro hoc cxaiKhendua, nhieral. {I bit! .)

l3) [>U33 , qiias i tfîfti lue rat, pliais Hcas opponii , et qualer vicenaa peut tnu lierez ad allia , gu ET imposiîïsrat , intorqueuda (Ü^oclt. (lbidO

fA) Cùmqije Aeliiilcis animis sna propugnaciila defensareutmu lieras vlris ©qui para ml æ... Fervente jachi missiîium, quater viccnia . ut leliuum est f vulneiaiis, eltam regem

et son zèle religieux si éclatant, quuprès sa mort l’Église Lhouoradu nom de saint. Si le mérite d'avoir fondé une commune ne lui fut pas compté, il y a sept siècles, parmi ceux qui lui valurent ce titre, c'est â nous de l'y ajouter comme un motif de plus pour vé n é r e r s a me m oi re .

Pendant que ces événements sc passaient et que la commune d'Amiens lu lia il avec tant de peines contre scs anciens seigneurs, la ville de Boissons s'affranchit et se constitua en commune, sans qu’elle eôl besoin pour cela d'entrer en rébellion ouverte. L évêque elle comte, intimidés par les exemples de violence et d'obstination que venaient de donner deux villes voisines, consentirent, pour le maintien delà paix , à l'établisse ni ont d’un gouvernement municipal , sauf à disputer ensuite sur Détendue des privilèges que s'attribuerait ce gouvernement. Voici les principaux articles de la nouvelle charte, qui, avec l'approbation du roi cL pour la paix du pays, établissait , dans la ville de Soissons , une commune, entre tous les hommes possédant une maison ou un terrain , soit dans la ville, soit dans les faubourgs (6).

« Tous les hommes habitant dans renccmic des « murs de la ville de Boissons et en dehors dans le « faubourg, sur quelque seigneurie qu'ils demeu- “ rent, jureront la commune : si quelqu'un s'y re- « fuse, ceux qui l'auront jurée feront justice de sa n maison et de son argent.

k Dans les limites de la commune, tous les « hommes s’aideront mutuellement, selon leur u pouvoir, ci ne souffriront en nulle manière que « qui que ce soit enlève quelque chose ou fasse « payer des tailles à l'un d'entre eux.

« Quand la cloche sonnera pour assembler la « commune, si quelqu’un ne se rend pas à Tassernh Idée, it payera douze deniers d’amende.

<i Si quelqu'un de la commune a forfait eu quein que chose et refuse de donner satisfaction devant u les jurés 3 les hommes de la commune en feront « justice,

« Les membres de celte commune prendront i< pour épouses les femmes qu'ils voudront, après en avoir demandé permission aux seigneurs; et» it les seigneurs refusent , et que quelqu’un prenne

Jaqoto in pectore [oricato Tæserunl. (GuibrrUis de Sovï* ffenlo, a pati script, m-mn fi-sncic*, I. X 11 , p.2fi3.]

(5) Vïdens rex ines paiera bilem îociuai , cessit; ohsideri jubens dum famé coaeü se rallièrent. ( ïliid.)

(G) Contigu ah pocem patriæ non in dvKate Sucsaîonensi commimiam çnmüLuisse Je homimbus illis qui eâ die dûmmn aut plate a ni lui h chant infra lennmoi urhis cl .autourhiorum cjus , . eisque ffiMvamina dimisimua qü® à

domînis suis paliehatüur : undè et ipsis charUm feciniua, (tharta Ludovic! VI ; apud script, rerum franeic. , l. XIV , p. l.XXll præFaUants,) '

LETTRE XIX

« sans leur aveu une Femme d’une autre seigneurie, » H payera cinq sous d’amende,

« Si un étranger apporte son pain ou son vin ts clans la ville pour les y mettre en s R reté, et qu’eum suite un différend survienne entre son seigneur « et les hom mes de celte commune, il aura quinze t; jours pour vendre son pain et son vin dans la « ville et emporter l’argent , A moins qu’il n’ait for* « fait on ne soit complice de quelque forfaiture.

*î Si l’évêque de Boissons amène par mégnnle « dans la ville un homme qui ait forfait envers ira h membre de cette commune, après qu’on lui aura *: remontré que c’est Fun des ennemis de la corn- « nnme, il pourra Fem mener celle fois, mais ne le « ramènera en aucune manière, si ce n'est avec « l’aveu de ceux qui ont charge de maintenir la commune.

a Toute forfaiture, hormis Fi «fraction de com- « mu ne et la vieille haine, sera punie d’une amende « de cinq sous (1). «

Si la promulgation de cette nouvelle loi eut Heu sans éprouver d’obstacle, lorsqu’il s’agit de F exécuter les embarras commencèrent. Tous les intérêts qu’elle froissait se soulevèrent en même temps contre elle. Les seigneurs laïques s’irritèrent donc plus recevoir que cinq sous d’amende pour toute espèce de délit. Ceux dont les terres étaient voisines des limites de la commune se plaignirent de ce que leurs serfs, enhardis par l’exemple et les encouragements des bourgeois, refusaient ou ajournaient lé payement du cens et des tailles. D’autres ne v oui aient pas se contenter de t’amende fixée pour te mariage d'un membre de la commune avec une femme étrangère, et réclamaient, comme leur appartenant de corps et de biens , les femmes qui avaient passé de leurs seigneuries dans la commune. Quelques-uns revendiquaient au même Litre les habitants de leurs terres qui étaient allés, sans leur aveu, s établir à Boissons. Il y en avait qui accusaient la commune de leur foire violence , en les empêchant de saisir les meubles de ceux qui avaient commis des forfaitures ou qui n’exécutaient point les corvées. On imputait a crime aux bourgeois de lever un droit de péage ou (FentrepOl sur les marchandises et les denrées qui entraient dans la ville. Enfin F évêque reprochait à la commune de s’être approprié son

(î) La charte originale s'cH perdue \ maïs on en retrouve tout le dispositif dans une charte de rünftrmaüan donnée par Philippe-Auguste. Plusieurs articles sont empruntés à la charte de Beauvais , je los al supprimés , et j'ai interverti Tontre des autres. { Voyez le Bec. dos ordoim. des rois de France, t. XI, p. 2190

(&) Tallias et corvatlas, vjoîeniiam dominé terrarum îuferen le com m u o j A . pe rso! V ere oegl i pe ha n t, , , la perv a l u i i à episcopi cl infra clomos ejus couvenliis sua* faciehat, et m nia^nà curiâcaptos stios , nolenle episcopo , incarcerahaL

THIERRY

promenoir pour y tenir les assemblées délibérantes, et d’avoir transformé en prison publique la grande salle de son palais (S).

Tous ces grtefa, adressés à plusieurs reprises à Louis le Gros dans les vingt années qui suivirent rétablissement de la commune, le déterminèrent à y faire droit. En 1130, il cita devant sa cour, tenue à Saïut-Germaimen-Laye , le maire et les jurés de Soissons. L’évêque de la ville, appelé Goslin, y comparut , comme par lié adverse , en son nom et au nom des autres plaignants, La cour décida que In commune avait usurpé sur les seigneurs, tant de la ville que de la banlieue, des droits qui ne lui appartenaient point, qu’elle avait grandement oulrepassé la teneur de sa charte , et qu’il lui serait enjoint tle $Ty renfermer à Fa venir. Les magistrats furent sommés de jurer en présence du roi qu’ils obéiraient A cette sentence, elle sénéchal du royaume alla recevoir le serment de toute la commune. Dans cet accord forcé , il n’y eut qirune seule victime, ce fut un nommé Simon que la cour du roi ordonna d’cxpulscrdela ville, corn me agitateur du peuple (5).

La charte de la commune de Boissons devint celle de plusieurs villes, non-seulement en Picardie, mais en Champagne et jusqu’en Bourgogne. Daus Tannée llitî, les bourgeois de Sens, ayant formé entre eux une association de défense mutuelle, l'adoptèrent avec Tagrémenl du roi Louis \ II. Mais A peine le gouvernement communal fut-il établi A Sens , que le clergé des églises, et suri oui les religieux de Sain t-Fîerre-le- Vif, élevèrent un cri d’alarme sur l’aboli lion de leurs justices. Le pape Eugène 111, chassé de Rome, venait de passer en France, et le roi l'avait reçu A Dijon avec toute sorte de respects. Ce fut à lui ([lie les clercs de Sens adressèrent leur réclamation par Fent remisé d'Herbert, abbé de Sa i nt-Pierr e de-Vif* Celte ambassade eut un plein SUpcès ; cl le roi , à la requête du pape, ordonna que la nouvelle commune fût incontinent dissoute (4),

Pendant qnc cet ordre s’exécutait dans toute sa rigueur, Fahbé Herbert revint dans la ville jouir des renier ciments de son ordre et se préparer pour le voyage A la terre sainte, ou il devait suivre ïe roi. Son arrivée, dans de telles circonstances, exaspéra les esprits au point qu’un rassemblement de bour-

(Charte Ludovic! Vïjapud script, rerum Irancic., loin, XIV, p. lxxïï prœfatO

(ô) Hoc tnmeri pro pacc utnosque concessum est , quèd Simone de eu m muni A ejecto, qui toi Lus mali causa extitarai, , , {Script, rerum fraude. , lom. XIV, p. LXXÏtJ P las Fai. )

(4) Dcstructa est Seuonum cominimia ah Eugcuio papâ rornano et à Ludovteo rege Fraueorutn , per deprecatiouem Herbertî abbatis S. Pétri -YM. ( Ex Chromco S. Pétri- Vivi se nonces] s j apml script, rerum frûucic, , t, XII, p. 384.)

LETTRES SUR Î/ÏUSTOIRË DE FRANCE

geois armés sc forma aussitôt pour attaquer I’abbaye de Saint-Pierre* Us enfoncèrent les portes et massacrèrent PflËgé, ainsique son neveu « jeune chevalier plein de courage, qui périt en essayant de h- défendre. Ce crime, excité par la frénésie du désespoir, fut puni avec une grande rigueur. Des troupes envoyées par le roi investirent la ville de Sens, et arrêtèrent en grand nombre les auteurs et les complices de l'émeute; plusieurs furent mis a mort sans forme de procès , et par une sorte de raffinement on les fit monter au haut de la tour de Saint-Pierre, d’ofi ils furent précipités ; les autres, emmenés et jugés i Paris, eurent la tète tranchée par la main du bourreau (1).

fl y avait trop de vie dans T institution des communes, pour que celle de Sens pérît par ce seul échec. Elle fut rétablie ou plutôt reconnue par Pblfippe-Àuguste, après quarante ans, durant lesquels, si Ton en juge par te préambule de la charte royale, la guerre n’avait point cessé entre les bourgeois et îe cierge de la ville : «Dans T intention de conserver « la paix dorénavant, nous avons octroyé que, u sauf notre fidélité, une commune fût établie à *£ Sens* Elle sera jurée par tous ceux qui habitent i[ soit 0ns reneeinte des murs , soit dans le fanu bourg , et par ceux qui entreront dans la coulis mûrie , à l'exception des hommes et des femmes « que nous avons rendus à rarebeyéque, aux u églises et aux clercs de Sens (£)„,* k L’existence de la commune de Boissons, malgré la haute réputation de sa charte municipale, fui peu tranquille et assez malheureuse. Son histoire n’est qu’une série de querelles entre la magistrature bourgeoise et les dignitaires des églises et des chapitrés. Ces derniers étaient sans cesse en réclamatton auprès de roi, et menaçaient de suspendre la célébration des offices, soit parce que la commune usurpait leur juridiction, soit parce qu’elle leur déniait justice. Une fois, c’étail un prévenu arrêté par la commune dans une maison bâtie sur remplacement d'un ancien cloître 5 une autre fois, c’était un clerc turbulent emprisonné au beffroi , malgré les franchises de son ordre. Tantôt les bourgeois avaient maltraité ou injurié des membres ou des officiers du chapitre; tantôt ils avaient refuse de les secourir contre ceux qui les maltraitaient, et n’avaient point voulu sonner la cloche ni crier dans les rues haye! baye ï comme il était d’usage en cas de mêlées. Sur toutes ces pla Entes, portées, dans la dernière moitié du treizième siècle, devant le pnrlc-

( t} Ois çiijus uHioncm rejf quosdam îïlorum de thrre m~ nûnenti prœcipiürï Pedt , fpKîadam aulem Parteik demm- IÎîvU retfi* Lurfov[ci VU; apmt script, rcrum fraueic

(2) Ttec. dus mlrmn. des rois de France, t, Xî , j.ï.${ï2.

ment de Paris, le clergé eut gain de cause, et lu commune fut condamnée à payer non-seulement de fortes amendes envers le roi et les églises, mais encore tous les dépens des procès intentés contre elle (3). Les frais et ces amendes s'accumulèrent tellement, que la ville se trouva chargée d’une dette qu’elle était hors d’état de payer sans ruiner les bourgeois par des impôts énormes. Dans cette extrémité, les habitants, ne sachant plus que faire, proposèrent au roi Charles TV' de lui vendre l’aboliiion de leur commune et de se soumettre au régime prévôtal, à condition que la dette publique tomberait à la charge du roi. Cette proposition fut agréée el le traité conclu en l’année 1325 ;

<1 Charles , par la grâce de Dieu, etc., faisons tt savoir à tous, présents et avenir, que, comme « nous, ayant reçu de la commune de Soissous *£ supplications des bourgeois et habdanls dïl lec , h pour certaines causes tendantes aux fins qu’ils h fussent ci-après gouvernés ù perpétuité, en pré- « vôtë en noire nom, par un prévôt que nous y ü établirons désormais, sans qu’ils aient maire ni n jures en la commune, nous, à la supplication *s desdits habitants, la commune avec les juridic- « lions, droitures et émoluments, avons reçu et « recevons des maintenant par la teneur de ces « présentes lettres , et gouvernerons en notre nom * dorénavant par un prévôt que nous y députerons;

« et voulons que le prévôt qui de par nous sera « député en ladite ville, pour la gouverner eu notre » nom, gouverne en prévôté les habitants, aux lois « cl coutumes, avec les libertés cL Franchise* qu’ils » avaient au temps qu’ils étaient gouvernés en comic niune, excepté que dorénavant majeurs ni jurés « n'y seront mis ni établis (4), h Ce passage de l'état de commune à un régime analogue en beaucoup de points à l'administra lion actuelle des villes de France (15) n’eut pas lieu sans regret du passé, sans que les bourgeois de Boissons jetassent un regard en arrière sur le temps où ils avaient une existence par eux-mêmes, une bannière, un trésor, un sceau, un beffroi, des élections et des assemblées publiques. Déchargés du poids de leur dette, ils ne senlimit plus que l'humiliation d’avoir perdu leurs vieilles lois et leurs libertés héréditaires » Aussi , moins de dix ans après leur abdication entre les mains de Charles le Bel , ils entamèrent avec son successeur , Philippe de Valois, de nouvelles négociations pour obtenir qu'on leur rendît tout ce qu ils avaient aliène. Leurs députés remonta Üifit. île Soyons par Claude [ïmmay, loin, ü, p, 300 el suiv,

(4] Recueil des ordonn, des rois de France, mm. XI , p. 500.

f5) Fcrïlen 1823.

LETTRE XX

Lrcrenl « que n’y ayant point de corps de ville à « boissons, personne n'y prenait’ soin des affaires ■. publiques, et que , toutes choses étant négligées, »» on devait s’attendre a une perte totale des édifices « et du revenu 5 que d'ailleurs il ëiaiL pitoyable u qu'une si noble et antique cité lût non-seulement n inférieure aux autres en droits et en privilèges, n mais encore privée de tout ce qu’elle avait con- « serve de son ancien état (1). » Le roi écouta ces doléances, mais oc consentit point au rétablissement de la commune telle qu’elle avait été fondée au douzième siècle, dans l’âge d’or des libertés bourgeoises. Il maintint dans la ville de Soissons le gouvernement en son nom et F office de prévôt royal 5 seulement il per mil aux bourgeois d’élire chaque année quatre personnes qui, sous le titre d’dche vins, assisteraient le prévôt dans sa justice cl prendraient soin des affaires municipales (2).

La commune d’Amiens cul de plus longs jours ; elle ne perdit que lentement et une à une ses anciennes prérogatives. Supprimée par ordonnance de Philippe IV, elle fut rétablie par le même roi en Fa nuée lo07 , et, selon toute probabilité, ce fut sa grande richesse qui La sauva. On ne peut dire à quelle somme d’argent monta le prix de son rétablissement ; mais on sait que, peu d’années après, il lui en coûta 6^000 livres une fois payées et une rente de 700 livres pour le rachat définitif de tous ses droits. Dès lors, elle parcouru l en paix le cercle entier de la destinée des vieilles constitutions municipales. L'élection du majeur el des vingt-quatre échevius subsista jusqu’en l'année 14397, où un édit du roi Henri IV réduisit à la fois le nombre el tes privilèges de ces magislrals populaires. Les anciens droits des comtes , dont la commune avait hérité , lui furent enlevés avec la plus grande partie de scs revenus, et la juridiction de l'échevinage fut bornée au petit criminel^ aux disputes entre bourgeois, aux procès concernant la police des rues, les métiers, le service du guet et le logement des gens de guerre (3).

Toutefois, dans les cérémonies publiques, les insignes de la haute justice, du droit de vie et de mort cou Liuuèrent d'accompagner , comme dans l'ancien temps , le maire el les échevius d'Amiens, Ces attributs d'une puissance qui n’était plus consistaient en deux glaives d'une forme antique, portés à ta main par deux officiers de ville, qu'on désignait s â cause de leur emploi, par le tenue provincial tfespadrons (4). Lue coutume semblable régnait dans presque toutes les grandes communes; le seul monument qui rappelle aujourd'hui IVxis-

(1) Histoire de Soî&sons. par Dormay, t* il. p, 510*

Ibid,

Stï 7

te uce de celle de Toulouse est, avec un volume dépareillé de l'ancien registre des capitouis. le large sabre qui jadis était pour ses magislrals l'équivalent des haches consulaires. C'est un cimeterre é chancre vers la pointe , à poignée d'acier , sans garde , et d'un aspect vraiment imposant, L'on croît aujourd'hui dans la ville que cet instrument fut fabriqué exprès pour Je supplice du maréchal de Montmorency , en l’année 1G3Ü; mais quiconque L’examine avec un peu d'attention reconnaît que c'est une arme de parade, incapable d'avoir jamais tranché une tète, à cause d’un cordon en saillie qui garnil et décore le dos delà lame* Ainsi les traditions s'interrompent et succèdent l'une à l’autre* Une nouvelle célébrité, de nouveaux noms s’attachent faussement aux mêmes objets ; et il faut que l'historien , démêlant celle confusion , se prononce contre la voix publique cL lui fasse avouer l’erreur.

LETTRE XX

Histoire de J a commune de llciim.

La ville de Reims, célèbre dès les temps les plus reculés par sa grandeur et son importance, fut, parmi les ciLés du nord de la Gaule, celle qui conserva le mieux, après la conquête franke» l'organisation municipale qu’elle avait reçue des Romains, C'était, durant le moyen âge, une tradition populaire à Reims que le privilège d'être jugé par des magistrats de leur choix remontait, pour les habitants de celte ville, jusqu'à une époque antérieure à saint ftemi, qui convertit et baptisa l’armée des Jïauks. Celle vieille institution n’avait pu , sans s'affaiblir, traverser un si long espace de temps : les magistrats municipaux, réduits quant m nombre, avaient perdu l’une après l’autre Leurs attributions politiques* De tous les droits que les lois romaines accordaient aux curies ou corps de ville, il ne leur était resté que celui de rendre la justice dans les causes qui n'entraînaient point de condamnation capitale. Us avaient aussi changé de nom et pris le litre de skepene, mol de la langue franke, qui, altéré par la prononciation romane, a produit celui iFédicvins.

Le pouvoir, don t les empiétements successifs dimïnuèreul ainsi, a Reims, les prérogativesdes magistrats civils élus par les citoyens, fut celui des archevêques* D'ahdrd magistrats eux-mêmes et défenseurs de

rô, Nist* d'Arëfeflft , i>av Je pÈre LJaîrc, î, I, p. GU et suiv.

A) IbliL

308 LETTRES SUR LT1IST0IKE DE FRANCE

la cité (I), ils transformèrent, a la longue, cet office <ie patroiiflgë légal en une seigneurie absolue , comme celle des barons féodaux * À mesure que ce changement se prononça, la justice municipale ou V échevinage, seule garantie des eiloycns contre la puissance des archevêques, entra en lutte avec eux et avec leurs sergents ou officiers de police administrative et judiciaire. Cette longue querelle est obscure et de peu d'importance jusqu’à l’époque où le mouvement imprimé par la révolution communale sc fit sentir dans le voisinage de Reims, a Noyon, à Beauvais, à Laon, a Amiens et à Boissons. L’exemple de ces villes inspira aux citoyens de Reims de nouvelles idées politiques cl un nouveau degré d'énergie. Us résolurent de reconstituer T par un effort commun, et de rendre, à l’avenir, inattaquables les garanties de liberté dont les débris s’étaient conservés chez eux pendant plusieurs siècles (3).

Ce fut vers l'année 1138, dix ans après la promulgation de la charLe de Laon, qu*une association politique se forma, pour la première fois, parmi la bourgeoisie de Reims. Cette association prit le nom âe compagnie, alors synonyme de celui de commune» La vacance du siège épiscopal, causée par la mort de l'archevêque Renaud, avait facilité ce mouvement, sur lequel il reste trop peu de détails. Tout ce qu’apprennent les courtes notes éparses dans Ics anciens registres des églises, c’est que les bourgeois sc conjurèrent pour établir une république. Par ce mot Ton n’entendait point désigner nue Lcd ta Lire différente de celle qu’avaient faite, avec plus ou moins de succès, les habitants des villes voisines. A Reims, on no connaissait pas mieux qu -ailleurs, et Ton ne regrettait pas davantage les formes du gouvernement de l’antiquité; mais, sans rapporter ce qu’ils voulaient établir à aucune théorie politique, les r o nj u rés aspiraient à s’o rga n i s cr en sue ié t é i ndé pe u dante. hors de la seigneurie épiscopale, qui deviendrait ai nsi pour eux une sorte de puissance étrangère » Du t ant la vacance du siège de Jlehns , l’église métropolitaine était sous le patronage du roi , qui en percevait les revenus temporels et en exerçait la seigneurie* Louis Vil , qui régnait alors depuis près d'un an, était eu querelle avec le pape J nu ocrut II, qui avait mis ses terres en interdit. Pour se venger des hostilités de la puissance ecclésiastique, il retardait à dessein l'élection d’un nouvel archevêque; et cette circonstance diminua les obstacles que les bourgeois de Reims devaient rencontrer dans Rétablissement de leur commune. Le roi

(1) Voyez , sur ruffiçe de déFeascur ( dufeosor ) dans les vilLüa ruinâmes , et sur les pouvoirs municipaux attribués ;m\ évêques, les Essais de M. Guizot sur ITitftlOïre de France, Premier Essai.)

n’avait aucun intérêt personne! a faire la dépense d un armement pour dissoudre leur association et les ramener sous l’obéissance de l’Église ; et tout l’espoir du clergé métropolitain, pour le rétablisseuicni de ses droits seigneuriaux, était dans une prompte élection qu’il sollicitait de la manière la plus pressante* Bernard, fondateur et premier abbé du monastère de Clair vaux , près de Bar-sur- Aube, homme que l’Eglise vénère aujourd'hui comme saint, et qui, de son temps jouissait du plus grand Crédit, â cause de son zèle religieux, de son éloquence et de son habileté diplomatique, s’entremit dans eetle affaire, et écrivit soit au roi, soit au pape, un grand nombre de lettres, dont la suivante mérite d’être citée comme échantillon de son style :

ü A son Lrès-aimé père et seigneur Innocent, h souverain pontife, le frère Bernard de Clair vaux, t[ appelé abbé, ce qui est peu de chose*

« L’église de Reims tombe à sa perte; une cité « glorieuse est livrée aux opprobres : die crie a t< ceux qui passent par le chemin qu'il n’y a pas de « douleur semblable a sa douleur, car au dehors u est la guerre, au dedans la crainte, et de plus, u au dedans la guerre, car ses iils combattent H contre elle, et elle n'a pas de père qui puisse la ft délivrer. Son unique espérance esL dans Innocent, tt qui essuiera les larmes de ses joues. Mais jusqu’à « quand, Seigneur, tarderez-vous à étendre sur « elle le bouclier de voire protection? Jusqu’il iÉ quand sera-t-elle foulée aux pieds et ne trou- « vera-t-elle personne qui In relève? Voici que le roi <î s’est humilié, et que sa colère contre vous est tt apaisée : que reste-t-il doue, sinon que la main " apostolique vienne soutenir l’affligée, apportant « des soins et un appareil pour ses blessures? La ü première chose à faire, c’est de presser l’élection, ü de crainte que l’insolence du peuple rémois ne « ruine le peu qui subsiste encore, a moins qu’on K IJi; résiste, le bras levé, à sa fureur, Si l'élection « était so leu nisée avec les cérémonies d’usage, nous “ avons confiance que , dans tout Je reste, ie Seiu goeur nous donnerait faveur et succès (5)* a

La cour de Rome commençait à prendre l'alarme sur les progrès de cette révolution communale, qui, gagnant l’une après Rature les villes métropolitaines, tendait à ruiner partout la puissance temporelle des évêques. Aussi le pape mît-il en oubli sa rancune contre le roi de France, pour ne pins songer qu’à leglise de Reims et au péril dont elle était menacée (4). Afin d’engager Louis le Jeune à détruire

.(di MartoU raelropoliB Rcmensis Eistoria , liber [I , p. 337 .

(-3) Script* ter. franc ie., i. XV, n» 304

[A) Ibid.

LETTRE XX

loul ce qu'avaient failles bourgeois, el à les châtier de leur rébellion, il lui adressa une lettre pleine de paroles affectueuses cl qui se terminait de Ja manière suivante : « Puisque Bien a voulu que tu fusses élu « et sacré roi pour défendre son épouse, c'est-à- « dire la sainte Église rachetée de son propre sang, « et maintenir ses libertés sans atteinte, nous le « mandons par celLe lettre apostolique et L'enjuî- « gnons, pour la rémission de les péchés, de dissi- « per par ta puissance royale les coupables associa* « lions des Rémois, qu'ils nomment compagnies , a el de ramener tant l'église que la ville en 1 état et « liberté où elles étaient au temps de ton père d’ext! ce lien te mémoire (1). »

Selon toute probabilité, cette lettre arriva trop lard, et Irouva la commune de Reims déjà légalisée, en quelque sorte, par le consentement du roi. Ce fut en l'année 1139 que Louis Vil fit sceller de Sun grand sceau une charte par laquelleil accordait aux habitants de Reims la constitution municipale de Laon : « Acquiesçant à votre humble requête et à « vos supplications , nous vous avons octroyé une m commune sur le modèle de la commune de Laon, * sauf le droit et les coutumes de l'archevêché et " des autres églises (2).... :■ Ces réserves, énoncées en termes vagues et qui ne fixaient point d’une manière précise les bornes où devait s'arrêter la puissance bourgeoise, ne pouvaient manquer de produire bientôt de nouvelles disputes et de nouveaux troubles* L'enthousiasme politique qui animait les habitants de la cité de Reims, c'est-à-dire de la parlie de la ville renfermée dans l'enceinte des murs, avait gagné naturel le me ni ceux des quartiers extérieurs. et de quelques paroisses rurales. (les gens , vassaux on serfs de corps, soit du chapitre înëtropolitain -, soit de l'abbaye de Saint-Remi f solides autres églises , désiraient entrer dans la commune , c’est-à-dire obtenir pour eux-mêmes les franchises garanties par la charte royale. Mais le chapitre et les églises soutenaient que la concession du roi n’avait de valeur que pour les habitants de la cité; et ces derniers, pensant que leur commune gagnerait en force si elle devenait plus nombreuse, travaillaient, de tout leur pouvoir, à étendre sa juridiction hors des murs. De là naquirent beaucoup de débats et une seconde guerre civile entre les partisans des libertés bourgeoises el ceux de la seigneurie épiscopale.

(J) SoripL rc rom francle*, t. XV . p. St?4 .

(*) Ihiih, tome XV I, page S* .'Cotte [i h rase est extraite d’une IcUrcècrUc par foula VU, postérieure mont à la rédaction de la charte de commune , qui ne fed point conservée jusqu’à nous*

[3) £x necrolugio 5<mclh5ymphoriard ; apud script, rer* fruncie*, i, XVI. p. S,

nm

Les chefs du parti populaire se nommaient Àubri et Simon ; malheureusement les documents originaux ne fournissent aucun détail sur leur compte, si ce n'est qu'ils avaient avec eux un prêtre coudamné par les tribunaux ecclésiastiques., auquel ils firent célébrer la messe , un jour de la Toussaint, dans l'église de Sa i n t-Sy ni p horion (3). CelLe messe, qui fut regardée par le clergé comme un acte de sacrilège, et à cause de laquelle l’église fut de nouveau dédiée et consacrée, eut lieu, probablement, à l'ouverture d’une assemblée générale de tous les membres de la commune* La cloche de Saint-5ymphorïen servait à Reims de beffroi communal ] et celle circonstance semble prouver que le grand conseil des bourgeois tenait ses séances dans l'église même. D'autres villes offraient, à la même époque, l'exemple de cet usage introduit par nécessité, fan Le de locaux assez vastes pour mettre à couvert une assemblée nombreuse* Aussi, l'un des moyens que la puissance ecclésiastique employait pour gêner l'exercice du droit de commune était de faire défense de se réunir dans les églises pour un autre motif que la prière , et de sonner les cloches à une autre heure que celle îles offices (4).

Les différents corps du clergé de Reims , alarmés des progrès rapides que l'esprit d’insurrection faisait hors des murs de la ville , adressèrent de grandes plaintes à cet égard aux évêques suffragants du diocèse, aux légats du saint-siège et au roi. La commune n’avait encore qu’une seule année d'existence ; mais l'ardeur et l'opiniâtreté de ses membres en rendaient la destruction impossible sans beaucoup de violence et une grande effusion de [sang. Louis VII n'essaya point de revenir sur ce qu’il avait accordé ; mais il adressa au maire et à toute Ja commune de Reims une lettre où il se plaignait qu’on eût excédé les bornes prescrites par la charte de Laon ; « Prétendant, disait- il, que le droit des « églises n'est point un lirait, el que les coutumes n établies en leur faveur, dès les temps anciens, ne « sont pas des coutumes, vous envahissez par vio- <t le n ces les prérogatives et les possessions des .il églises. » Le roi enjoignait aux magistrats et aux bourgeois de laisser en paix toutes les églises , et spécialement celles de la Bienheureuse-Marie et de Saint- Rémi, les avertissant que si, à l'avenir, ces églises lui criaient merci, il ne voudrait ni ne pourrait leur dénier justice Cette lettre, conçue en

(4J Co o fi [vu au o » par Louis VI des règle me uU faits pour }a commune du S.aiut'Kiq.utai\ (Recueil des tmlonü* des rats de France, t. XL p* J 84.)

f5j w Alîùquin ilU eccleaitc, et aliia post nos misera bUiler u clîtmanüïxus, à jusiitii deeaae noc volumus, nec dehemns, * nec cdani powutnui, a ( Script, rérum fraude* * l. XVI * P* S. }

LETTRES SUR L’ HISTOIRE DE FRANCE

termes values et assez doux , ne fut suivie cDuucun effet. Menacée par la liguede tous les peliLs seigneurs ecclésiastiques qui Démoliraient , la commune avait besoin d'envahir sur eux pour n’ètre point écrasée; tes bourgeois le sentaient, et ce sentiment les poussait à D obstination et a l'audace, quelque péril qu’il y eût pour eux. Les plaintes réitérées du clergé contraignirent donc bientôt le roi d’adresser aux habitants de Reims un avertissement plus sévère ;

U Au maire et a la commune de Reims, Louis, « par la grâce de Dieu , roi des Français et duc des « Aquitains, saint et faveur,

« 11 nous est très-pénible de voir que vous faites ir ce qu'aucune autre commune n’a osé faire. Vous « excédez en tout point les bornes de la commune fl de Laon qui vous a été donnée pour modèle, et ce que nommément nous vous avons défendu, »< savoir, de foire entrer dons votre commune les u quartiers et les villages du dehors, vous le laites, « avec audace et assurance. Les revenus cou lu a inters des églises , possédés par clics depuis, piun sieurs siècles, ou vous les leur enlevez vousü mêmes, ou vous défendez aux sujets de les payer a par l’autorité de votre commune. \ ous détruisez a entièrement ou vous diminuez les libertés, cuua tûmes et justices appartenant aux églises de « Reims, et spécialement celles des chanoines de « rëglise de Sainte-Marie, qui maintenant est eu a notre main , et n’a d’autre défenseur que nous. a En outre, vous avez contraint à rançon les serti geais des chanoines qui sont sous la même liberté a que leurs maîtres; vous en avez emprisonné > plusieurs, et quelques-uns même n'osent sortir ■ de JT église , par la peur qu:ils ont de vous. Pour a tous ces excès , nous vous avons déjà mandé , et a maintenant vous mandons et ordonnons de les a laisser aller en paix, de leur restituer ce que vous a leur avez pris, et de conserver entièrement aux v églises et aux chanoines leurs justices, coutumes a et franchises. Adieu (1). »

En l’année 1140, le siège vacant fut rempli par la consécration d’un nouvel archevêque, nommé Sanson de filai voisin. Ni cet événement 5 ni les menaces du roi n’a rrè 1ère nt la fermentation des esprits, et. sept ans après, une insurrection éclata hors des murs de la ville, dans le quartier populeux qu’on appelait le ban de Saint- Re mi : Le mot ban, qui, dans la langue du moyen âge, signifiait proclamation ou ordonnance, s’appliquait aussi à Détendue respective de chaque juridiction seigneuriale. C’est dans ce sens qu’on donnait à la cité de Reims le nom de txin de l'archevêque , tandis que le faubourg, sur lequel l'abbé de SainURemï exerçait le droit de jus-

O) Sert pu rennn fraude., t. XVI . p. $.

lice, se nommait ban de Samt-RemL Ce faubourg, réuni depuis à la ville par une même enceinte de murs, en était séparé , au douzième siècle, par des prairies et des jardins. LeiàaMtanïs, trop peu nombreux pour espérer de former une commune capable de se défendre , souhaitaient vivement de se réunir eu un seul corps avec ceux du ban de Parehevèque. Ils commencèrent par chasser de leur quartier les officiers et les partisans de la juridiction abbatiale, et descendirent tumultueusement dans la cité, où tous ceux qui désir aient la réunion s’armerent et se joignirent à leur troupe. Tous ensemble marchèrent vers le palais épiscopal, pour présenter leur requête à l'archevêque et le contraindre d’y fa i rc ù v ai t . Sa n s un 1 es h ara n gi i a d 1 u n e feu êt re , c t tâcha de leur persuader de renoncer à ce qu’ils demandaient; mars, loin décéder, ils devinrent plus a u d ae leu x , ma 1 1 ra i tè re ut les o hic ie rs d c l’a rc î i evê que T pillèrent leurs meubles et démolirent leurs maisons. Obligé de se renfermer dans son palais et d'y rester comme en prison, par crainte des ressentiments populaires, Rare h evéque Sanson écrivit à Suger, abbé de Sai ut-Denis, alors régent du royaume à cause du départ du roi pour la terre sainte , ïe priant de lui envoyer du secours. En effet, des troupes* furent dirigées sur Reims ; et en même temps Joscelin , évêque de Soissons, accompagné du célèbre saint Bernard, partît pour être médiateur entre les bourgeois et Rarchevèque. À rapproche des troupes j le meute cessa, et le ban de Saint- Rerni demeura séparé de la commune, mais toujours prêt à se soulever pour J a réunion , quand un nouvel incident causait du trouble dans la ville (2).

Durant les treize années qui s'écoutèrent entre cette révolte et la mort de Sanson , cet archevêque ne cessa de lutter contre la commune de Reims, et de travailler, quoique sans succès, à sa ruine. Dans les petits combats auxquels ces disputes donnaient lieu n soit dans les mes, soit hors des murs, les bourgeois eurent toujours Davantage. Mais en Dannée 1 160 les événements changèrent de face. Sanson de Malvoisin eut pour successeur le propre frère du roi, Henri de France, ci-devant évêque de Beauvais, qui avait déjà signalé dans cette ville sa haine contre les communes. Attaquant dans leur essence même les droits de celle de Beauvais , il avait voulu faire rentrer tous les habitants sous sa juridiction immédiate, et restreindre celle des pairs et des échevius an seul cas de déni de justice. Pour mieux réussir dans son entreprise et imposer silence aux bourgeois, il avait invité son frère à se rendre dans la ville, et, durant son séjour, il avait obtenu de lui le décret suivant :

I (i) H ht. tto Iteims, par Anquetil, U I, \\. 201 cl suit'.

LETTRE XX

u Louis , par la grâce de Lien , roi des Français « et duc d' Aquitaine, à tous nos fidèles à perpétuité,

« II co ii v i en L à 1 ’ex c e l le ri ce d c no t rc sc c p tr e de « protéger les droits de tous ceux qui sont sous notre « sujétion, et Spécialement des églises, qui devien- « dront la proie de lu violence des méchants, si le » glaive matériel et royal ne se porte à leur secours, h Sachent tous nos fidèles, présents et à venir, que ii Henri, notre frère, nous a porte plainte contre les « citoyens de Beauvais, scs hommes, qui, à l’occa- « sien de leur commune prenant une audace nou- « velle et illicite , ont usurpé les droits de l’évèque « cî de l’église de Beauvais* ainsi que la justice pos- « sédëe par Févèque sur chacun et sur tous* Pour « cette cause ledit évêque nous a fait venir à Beau- « vais, et* en notre présence, la plainte ayant été *t débattue, et la charte de la .commune lue en puii bïjc, les citoyens ont reconnu enfin que la jusiiee « sur toute la ville appartenait à PévÉïpie seul; qu'eu « cas d’excès ou de forfaiture* c’est à l’ëvèque ou à « son official que la réclamation doit être portée. « Nous statuons donc, d’après l’excellence de notre h autorité, que les plaintes seront toujours admit secs à l'évêque, et ordonnons que nul ne soit assez « p réso m plueux p our s’en t rem e i Lre à Be au va i$ da n s « le droit de faire justice, qui appartient A l'évêque it et à l’église, tant que ce droit sera en effet exercé

par révèque. Mais si. ce qu’à Dieu ne plaise, il « reste en demeure a cet égard, alors les habitants « auront licence de rendre la justice a leurs eunei- « loyens, parce qu’il vaut mieux que justice soit il faite par eux, que de ne pas l’être du tout {!). »

Le nouvel archevêque entreprit d’arracher aux bourgeois de Reims un pareil aveu de scs droits absolus de justice et de seigneurie; mais cela devait être beaucoup plus difficile qirà Beauvais , à cause des traditions populaires sur l'antiquité de l’échevinage. Les Rémois adressèrent d’abord an prélat des remontrances respectueuses, le suppliant de les traiter avec justice, et de les laisser vivre sous la loi par laquelle la ville avait été régie depuis le temps de saint ftemi, apôtre des Franks (2). Ils négocièrent même avec lui , et offrirent de payer une somme de deux mille livres, s’il voulait renoncer A ses projets. L’archevêque refusa tout, et mit dans son obstination tant de mauvaise grâce, qu’une partie du clergé métropolitain et plusieurs des chevaliers qui habitaient la ville ne purent s’empêcher de le condamner et de prendre parti pour les bbuar-

(1) Recueil ries or donc, des rois do Franco .tom, XI.

(2) Lectbus vlvere palereiur qui b us civilas continué nsa C$1,, 4 tempore sancti Remi^ii Froocomm npostclL (Epis-lOla ioaiïids Snmbertensis; apad Marloli thaL remercia melrûpnl . , p. T>01 et s«f.)

geois. On disait qu'il voulait imposer à la ville une servitude nouvelle, indue cl insupportable ; et il se forma, pour lui résister, une association sons te serment , dans laquelle entrèrent des clercs et des nobles (ô) .

Les membres de cette ligue prirent les armes, et, s’empara Bides maisons fortes et des tours des églises. ïls contraignirent les partisans de l'évêque h sortir de la ville. Dans le péril ou il se trouvait, Henri de France eut recours à son frère; il le supplia de venir en grande hâte dissiper la conjuration formée contre lui et tirer vengeance des coupables. Le roi vint en effcL h Reims avec des troupes. Une députation de citoyens se présenta devant lui pour lui exposer le véritable état des choses. !! parait qu’au fond du cœur Louis VII donnait tort a soit frère; mais comme celui-ci, emporté par la passion, ne voulut consentir à aucun arrangement , disant qu’il fallait écraser la ville (4), le roi prononça, quoiqu’à regret, la condamnation du parti populaire. La plupart îles bourgeois s’enfuirent à cette nouvelle, et ceux qui ne purent trouver d’asile au dehors se cachèrent dans les bois, sur la montagne entre Reims et Épernay. Le rot fit démolir chiquante maisons appartenant aux plus opiut Aires , et après cet Le exécution il se rcLira. Quand les bourgeois rentrèrent et qu’ils virent leurs maisons abattues en signe de châtiment et de mépris pour eux , leur haine et Leur emportement redoublèrent, Ils démolirent par représailles les hôtels des chevaliers qui tenaient pour l'archevêque, et le contraignirent lutmème à se renfermer dans une forLcresse voisine de son palais.

Menacé pour la seconde fois d’être assiégé par les révoltés, Henri de France ne s’adressa pas à son frère qu'il trouvait trop tiède, mois à un souverain étranger, le comte de Flandre, 11 l'invita à venir à Reims arec une troupe de mille chevaliers , ce qui , en comptant les sergents d’armes dont chaque chevalier était accompagné, devait faire environ six mille hommes. Les membres de la commune n'aynnl point de forces suffisantes pour résister à cette armée, prirent le parti de sortir île la ville, et d’emporter ou de détruire toutes les provisions de bouche afin d’affamer FennemL CeLLe précaution produisit tout l'effet qu’ils en attendaient; et, après un jour et une nuit . les Flamands se retirèrent: . craignant de manquer de vivres. L’archevêque fit tout ce qu'îl put pour tes retenir plus longtemps, et, ne pou-

(S) Conspuaverant cites de clericorum cancMio et nutitio minium, . . ÎSov.ib qnaMt.im mdchllctl el in toléra biles servii mies volehal imponerc. (Epis L Joa nn, Sarisb , ; apud Marloli, HbL metropaL Rem,, p. 591 et seq. )

(4) lit în brachia cjtis conlereret cmtatem, ( Ibid. * p. 393. )

LETTRES SUR L’HISTOIRE DE FRANCE

vaut y réussir, il entama des négocia lions avec lèà bourgeois , par l’en L remise de son frère Robert de Dreux. Après avoir faiL serment de passer les mulins au fil de Tépée , d’en châtier une partie par des supplices exemplaires et de rançonner le reste a merci (1) * il fut contraint de faire sa paix avec la commune , et de promettre qu’il respecterait les anciennes lois de la ville , se contentant d'une somme de quatre cent cinquante livres pour tous dommages et intérêts (2).

Le mauvais succès des tentatives de l'archevêque Henri contre la liberté des bourgeois de Reims, ne Fut pas sans influence sur la conduite de son successeur Guillaume de Champagne, Cet homme, d'un naturel pacifique, semble avoir craint pardessus tout les troubles occasionnes par la lutte du pouvoir municipal contre la seigneurie de l'Église. 11 essaya de concilier ces deux puissances rivales par une charte destinée à fixer les limites de leurs droits respectifs. Mais cet acte inspiré* il faut le reconnaître, par un sentiment généreux , fut loin de produire tous les fruits que son auteur en attendait. La principale cause de ce mécompte fut une omission importante , celle du mot commune, due probablement a un simple hasard , mais qui, dans la la suite „ servit de prétexte à de nouvelles tentatives d'envahissement de la part des archevêques. En effet, les ennemis de la commune de Reims s'en autorisèrent bientôt pour soutenir qu'elle n'avait point d'existence légale, et que la charte de Guillaume de Champagne avait abrogé implicitement toutes les concessions antérieures, Yoicï lepréa infinie de cette charte :

(1) CL cives périrent m ore glartii t nul redimendi et torquendi conjimeuinr în vinûula. { Epiât. Joaun, Sarish.j apnrf MarJoli Hist melropol, Rem., p, 392.)

(2) Pour concilier le récit contemporain avec certaine* expressions d’une charte postérieure , des historiens modernes ont écrit qu’en vertu du traité conclu alors avec les bourgeois de Reims, la commune fut maintenue et Téchevinagcaboll. Mais d'abord l'archevêque n'y aurait gagne que la suppression d’un vain litre, car l'existence de la commune impliquai! celle d’une justice mmiicipaie sons nn nom ou sous un antre ; ensuite il lraut se garder de prendre h la lettre le protocole usité dans les actes officiels du moyen âge, où les mois octroyer et res (Huer n'ont souvent d’au tic valeur que celle de garantir et de confirmer. Cet abus de langage provenait de Peu vie de faire une plus large part au hou plaisir des seigneurs ou des rois. Dans les chartes relatives aux communes, les rnis disent : J*ai octroyé } lorsqu’il s’agit de choses antérieurement établies, et ils le disent meme en ratifia ih des actes où plusieurs de leurs pr éd écesseius on t su ocessiv cm en lemp loyé lamé me fo rm u | e.

(3) Marloti meLtopoJ . Rem, Hist. 3 p, 417. Les chartes de commune offrent m général trop peu de détails sur la manière dont ou procédait à l'élection des magistrats mimicïliaux. a Péroone, les douze mairies des métiers, réunies séparément chaque année, élisaient vingt-quatre personnes.

« De même que les seigneurs terriens, en res- « perlant les droits et la liberté fie leurs sujets, « peuvent acquérir Tamour fie Dieu et fin prochain, « de même aussi, en violant ou altérant fies privi- <[ Iéges obtenus depuis longues années, ris peuvent « encourir l'indigna t tou du Très-Haut, perdre la « faveur du peuple, et charger leurs Ames d’un u fardeau éternel. Nous donc , déterminé par ces n moi ifs , et considérant la soumission et le dévoue- » ment que vous . nos chers fils rl nos fidèles bour- « geois , vous nous avez témoigné jusqu’à ce jour, il nous avons jugé à propos de restituer et fie con~ « fiimer pour toujours, par la garantie de notre « autorité , à vous et à vos descendants, les coutumes « octroyées il y a longtemps, mais mal gardées, k u cause fies fréquents changements fie seigneurs,

c Nous voulons que les édievins soient restitués iï à la ville , qu’ils soient élus au nombre fie douze, tt entre les habitants fie notre ban par votre cou- « seulement commun, qu’ils nous soient ensuite ci présentés, et soient renouvelés chaque année, fi le jour du vendredi saint; enfin qu’ils prêtent série ment fie vous juger selon la justice , et de garder it fidèlement nos droits en tant qu’il leur appar- « tiendra {!)... »

Cette charte , comprenant un grand nombre d’articles relatifs à la police municipale , fut signée en l’an 1182 par Farchevèque Guillaume qui prononça l'anathème contre tout homme qui irait à rencontre. Toutefois, malgré ses intentions bienveillantes, il éprouva, sur la fin fie sa vie, des dégels qui lui furent suscités par les querelles de parti qu aucune charte ne pouvait éteindre : car, si

savoir, deux par corps de métiers ; ces vingt-quatre élus , après avoir prêté serment, choisi s* aie ni dix jurés parmi tous les habitants, à rexœplion des vingt-quatre électeurs. Les dix jurés, ainsi élus, on choisissaient dix au 1res qui , réunis aux dix premiers , en choisissaient encore dis , ce qui complétait le corps des jurés. Les trente jurés, après avoir prêté serment, élisaient un maire et sept écho vins. Entre les trente jurés . il ne pouvait pas y en avoir plus do deux qui fussent parents. A Douay, tous les bourgeois s'assemblaient par paroisses dans les églises , et choisissaient onze personnes pour six p a rois scs , celle de Saint- A met ti’cn élisant qu'une. Ces onze prêtaient serment d’élire , sans brigue et sans corruption , douze échevins pour gouverner ta loi de la ville pendant l'année , et six personnes pour prendra garde sur tes mises et dépenses. \ Toiunay a \ç$ chefs d'ostef s’assemblaient k son de cloche en la halle, et, après avoir prêté ferment , ils élisaient parmi toutes les paroisses de la vide, selon leur population respective, l rente prud’+ hommes, appelés e&gardeurs ? qui , A leur tour, élisaient vingt jurés, et parmi ces jurés, deux piëvdtsqui ne devaient paa être parents, ni appartenir au même métier. Les trente esgardeiirs choisissaient en outre quatorze échevins parmi les prud'hommes bourgeois hérités et nés de la ville , (Renieil des ordonn., lom. V, p. 130 et suiv, , 572 et siïiv., 153 et suiv.)

LETTRE XI

I a rch e a1 èque d e R eîm s é l a i 1 1 e premier da n s s on é gli se , il en partageait P administration avec un chapitre dont les vues n’étaient pas toujours d’accord avec les siennes. Ce chapitre se montrait singulièrement jaloux de ses droits de juridiction dans la ville , et ne négligeait aucune occasion de les Paire valoir au détriment de la juridiction communale. Les moyens de chicané ne manquaient pas sur ce point; nonseulement fétat de la personne accusée , mais la nature de sa faute et le lieu où elle avait été commise , décidaient devant quelle justice la cause devait être plaidée, II y avait conflit perpétuel entre les échevîns eL les juges ecclésiastique!^ et souvent même entre ces derniers , selon qu’ils appartenaient an ressort de Larcher èque ou à celui des chanoines (1), I)e son eoté^ la commune, aigrie par des provocations obscures, niais journalières, s’agitait sou i ■(! cm e n t , e 1 pa rats sait t ou j u u r s prè le à se soulever contre l’Église. Affligé de voir ses lionnes intentions produire si peu de bien . Guillaume de Champagne s’en plaignait vivement dans les lettres qu’il écrivait a ses amis. L’un d’entre eux, Étienne, évêque de Touruay, essayait, en lui répondant, de l’égayer par des plaisanteries : « 11 y a eu ce monde, « luîdi sait-il» trots troupes criardes et une quatrième « qu’on ne fait pas taire aisément ; c’est une com- « mu ne qui veut dominer, des femmes qui se que- * relient, un troupeau de porcs, et un chapitre « divisé d’opinions» Nous nous moquons de la « seconde, nous méprisons la troisième; niais, « Seigneur , délivrez-nous de la première et delà ii dernière (S). »

C’était un singulier état de choses que la coexistence de ces deux gouvernements ennemis , dont chacun tendait sans relâche a subjuguer et à ruiner Tau Ire. On ne savait, a proprement parler, à qui appartenait la ville ; car tantôt la commune y paraissait maîtresse, nommait les commandants du guet et de la garde , et avait en son pouvoir les clefs des portes ; tantôt l'archevêque reprenait la garde des clefs et l’exercice de f autorité militaire. II s’élevait i\ ce sujet de violents débats , où chacune des deux parties , avant de recourir à la force , tâchait de foire a aloir ses raisons» Les archevêques s’appuyaient sur l’auoîennelë de leur seigneurie , et les bourgeois disaient que la garde de la ville appartenait naturellement à ceux qui y avaient le plus d’intérêt (3)» En l’année 121 1 , dans une contestation de ce genre, les échevins sVbstmèrenL à soutenir leurs droits contre l'archevêque Aubry de Haut-Villïers. L’archevêque, ne se sentant pas assez fort pour user dé contrainte,

(1) Hîst. de Reims, par Auquel!!, t. ïl, p, IG et siuv,

'3) A primo et quarto libéra nos, Domine? (Ibid», t. I, p. 333» )

(3; bictUantes urbium cuslodiam penes esae eos rfebere

adressa scs réclamations au roi Philippe- Auguste , qui se prononça contre les bourgeois , comme on le voit par la lettre suivante :

il Philippe, par la grâce de Dieu, roî des Fran- « eais . à ses atnës les ëchevins et citoyens de Reims, « salut ei amitié»

« Nous vous mandons ci ordonnon s strictement u de rendre T sans contradiction ni retard , à notre « amë et féal l'archevêque Aubry, les clefs des te portes de la ville de Reims qu’il tient de nous, « d’obëîr a ses bans de la même manière qu’ils ont <i été observés au temps de ses prédécesseurs ; « enfin de ne point recevoir dans là ville, sans sa « permission, les personnes qu’il aura bannies, s mats de vous conduire . envers l’a rchevèque votre n seigneur, de telle sorLe qu’il n’ait plus lieu de nous « adresser des plaintes sur votre compte; car nous <t ne pouvons lui manquer et ne pas lui garantir la « possession de ce qu’il tient de nous (4). »

L’année suivante, de nouvelles doléances furent adressées au roi par l’archevêque de Reims, 11 se plaignait de ce que tes bourgeois refusaient d’obéir à ses ordonnances , à moins qu’il ne Tes eût rendues d’après l’avis et le consentement des magistrats municipaux. Aubry de Jlaut-Yilliers s’irrita de ce refus et des prétentions de la commune, qui , selon lui, faisaient autan L de tort ail roi qu’à hu-mème f puisqu’elles tendaient à diminuer les privilèges d’un des grands fiefs de la couronne. Philippe- Auguste jugea dans le même sens, ei adressa aux bourgeois de Reims dès injonctions plus impératives ; » Ions « tous ordonnons» leur disait-il, d’observer avec t< humilité les bans de P archevêque ; que si vous n les trouvez déraisonnables, remontrez -le- lui « paisiblement , comme à votre seigneur, et requë- « rcz-le d’amender ce qui devra être amendé , ne et vous mettant point en contradiction avec ses M ordres, mais l’avertissant et le requérant comme

un seigneur, afin qu'il pourvoie comme il le doit u au péril qui pourrait advenir ; que si , en ayant « été requis , il refuse de le faire , et que vous nous « adressiez, sur ce point, vos remontrances, nous « ferons avec plaisir, â cet égard , tout ce qui est « de notre devoir (3).

Cette promesse vague d’une protection qui jusqu’alors ne s’était guère étendue que sur leurs ennemis, ne pouvait décider les bourgeois de Reims à s’abandonner à la merci du pouvoir épiscopal. Ce qui se passait journellement entre eux et les agents de ce pouvoir était bien autrement grave que ne le ferait croire le style doucereux des dépêches offi-

quorum maximè ïulereâseï» (Marloti 11ht. melropol. Rem., p. 478.)

{A) Ibid.

(ttj Ibid,

Thierry.

LETTRES SDH L’ÏÏISTÛÏRE DE FRANCE.

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