HISTOIRE D’ANGLETERRE
VUE DES RÉVOLUTIONS D* ANGLETERRE (l).
la situation des hommes civilisés varie et se renouvelle sans cesse ♦ Chaque siècle qui passe sur un peuple n’y laisse jamais la même manière d’étrejes mêmes intérêts, les mêmes besoins qu'il y a trouvés. Mais, dans cette succession d’états divers t le langage ne change pas aussi promptement que les choses, et rarement les faits nouveaux rencontrent, à point nommé j de nouveaux signes qui les expriment. Les intérêts qui viennent de naître sont forcés de s'expliquer dans l'idiome de ceux qui ont disparu , et ils se font mal comprendre; les rapports présents se défigurent sous Tex pression des rapports détruits, et ils trompent la vue ou lui échappent.
Vérité, vérité, crie*t-on de toutes parts aux publicistes, comme si celui qui entreprend de parler aux hommes de ce qu'ils sont et de ce qu’ils ont à faire, pour être vrai, n'avait qu’à vouloir. Mais, à chaque instant , fou est subjugué par des formules convenues , et la vérité plie sous les mots. Il n’est pas étonnant que nos idées en politique soient encore mal fixées, quand nous ne trouvons, pour leur donner une forme , que des expressions vieilles de vingt siècles.
Souveraineté, , soumission 3 gouvernement f
(1) Morceau publié en î S 17, dan* le quatrième volume du Censeur lUtropèen.
peuple , prince f sujet* ces locutions, avec quelques autres qui ont cours depuis deux mille ans, tiennent si bien notre pensée captive, que nos théories les plus diverses ne sont en effet que ces mots diversement arrangés. Annoncer la souveraineté du prince ou la souveraineté du peuple ; prescrire la soumission du peuple au prince , ou la soumission du prince au peuple; dire les s?vets sont faits pour les gouvernements, ou les gouvernements sont faits pour les sujets , c’est toujours tourner dans un même cercle, quoîqu’ea sens différents ; c’est travailler également sur la supposition que ces termes qu’on assemble représentent encore quelque chose de réel et de nécessaire, et que les rapports qu’ils ont signifiés subsistent dans notre état social, d’accord avec nos besoins et notre nature présente. C’est se tromper également , si la supposition n’est point fondée, et voilà ce qu’avant tout il faudrait examiner.
Hommes de la même civilisation , nous devrions tous n’avoir qu’une seule voix sur nos relations civiles , et sur ce quç chacun de nous a lieu d 'exiger des autres. Pourquoi doue y a-t-il tant de controverses, tant de querelles, tant de haines sociales? C'est qu'il nous manque un langage exact , propre à rendre nos désirs particuliers d'une manière qui se fasse comprendre à tous. Les volontés diversement exprimées paraissent contraires , quand elles sont le mieux d'accord ; l'hostilité des mots se transporte aux hommes. Nous croyons être ennemis, lorsque
LïfiO DIX ANS D’ÉTUDES HISTORIQUES.
nous sommes frères, c’cst-à-dîre soumis aux mêmes intérêts , et entraînés par les mêmes penchants* Vi re fa république ! dit l’un ; rive la ?n anarchie ! dit l’antre; et à cesmots ils s’entr’égorgent. Tous deux voulaient dire, sans doute, Vive le bieu-âtre des hommes 1 Ils se seraient embrassés, s’ils avaient pu se comprendre.
Quand de nouveaux besoin» nous surviennent, au lieu de les étudier et de nous en rendre compte, nous trouvons plus commode pour notre paresse de saisir au hasard quehpie rapport vague entre ce que nous cherchons, entre ee que nous voulons être, et ce que d’autres ont été avant nous. Parce que nous nous sentons chassés hors de notre condition présente par une modification de nos facultés, parce que nous sommes tirés en avant, nous nous rejetons en arrière. Au lieu de penser que nous tendons à une manière d’être, nouvelle comme les intérêts qui nous excitent à changer, nous nous croyons plutôt rappelés vers un état passé, dont noire espèce est déchue. On invoque à grands cris l'ancienne sagesse, l'instinct des premiers temps, au lieu d’en appeler aux lumières du temps présent ci à ses propres inspirations (1).
Et l’on n’a garde d'être d'accord sur les temps ou il faut recourir pour trouver le bon esprit et la prudence; chacun a son époque favorite, ou il se circonscrit , où il se retranche ; et de là viennent les disputes. Ce qu’on proclame comme une loi nécessaire , ce n’est pas le besoin dont on se sent tourmenté , et que les autres éprouvent aussi . c’est l’exemple qu’on aime cl que les autres rejettent. Allons n vingt siècles en arrière ; non , seulement rl dix siècles ; non, seulement à quelques années : voilà ce que disent les partis; mais la raison dit : Soyez ce que veut votre nature , consultez -vous, et ne croyez que vous-mêmes.
Le parti vainqueur dans cette guerre de mots et d’autorités , devenu seul maître du terrain, constitue, c’est-à-dire que, r histoire à la main, il réorganise certains arrangements d’hommes , dont quelques restes subsistent , ou que les siècles ont fini de détruire. Ces échafaudages, relevés en dépit du temps qui ne défait rien en vain . ne retrouvent plus leurs fondements, cl s’écroulent bientôt d’euxmêmes ; cet ordre imposé par violence est bientôt
(I) I.a révolution d'AtitâiïqDe est la seule parmi les plus récentes que Taninur île l'antiquité n’ait point fourvoyée, Lc$ Anglais se sont jetés dans les mu? Lira des Hébreux el des premiers chrétiens ; les Fronçais dans les moeurs des humains et des Grecs. La dégénération de Tespèce du mai fie en politique a été la doctrine favorite des écrivains, parce quTiI est plus aisé de vanter le passé que d'expliquer le présent ; on n’a besoin pour cela que do mémoire. Rousseau a dit que Part lie vivre en société .^oubliait de jour en jour; Machiavel Pavait annoncé avant lui;
rompu par les hommes qui ne sont poinL une matière morte , flexible en tous sens, et obéissant aux mains de Partisse (2),
Quand la nature a repris le dessus cl renversé l’œuvre des donneurs de lois , quand on est revenu à cette première question , que nous faut-il? on a fait une expérience ; on a reçu un avertissement. Mais de quel profit sera l'expérience seule, A quoi servira d’avoir appris qué le bien n’est pas où on Ta cherché, si l’on ne se met point à réfléchir sur sot-même pour apprendre où il est? Au sortir d’un sentier d’erreur, on se laissera engager dans un autre, et c'est ce qui arrive dans les révolutions. Après de longs efforts perdus, l’homme faible accuse la nécessité et s’endort dans l’attente ; l'homme généreux s’en prend à lui-même, et se relève, indigné de n’avoir pas assez fait. Il jure de périr dans le travail; mais qu'il prenne garde; si ce travail où il s7ohslinc est le même qui déjà l’a trompé, il périra inutilement * Vers la fin du dernier siècle, nous éprouvions une sorte de malaise dans notre état social ; en nous observant avec attention, en Interrogeant nos besoins, nous eussions découvert d’où venait le mal et d’où viendrait le remède. Mais nous ne nous avisâmes point de cet examen. Nous étions, à ce qu’on disait, dans une monarchw; i\m$ nous attaquâmes à ce mot ; et alors , au lieu de nous promettre que nos besoins seraient satîsfaits,el que nos facu îles a liraient leur liberté, nous résolûmes , pour unique dessein , de sorlir de Ta monarchie. Alors nous fîmes ce raisonnement : u Puisque la monarchie nous est Irès- « mauvaise, le contraire de la monarchie nous sera « très-bon : or, ï! est certain que la démocratie est, « en tout, l’opposé de la monarchie; donc, il nous « faut une démocratie. »
A peine arrangés en démocratie, nous fûmes tout étonnés d’être plus mal ; un second raisonnement venait à propos, nous ne manqué mespas de le faire : it Si le bien ne peut nous venir ni de la monarchie, u ni de la démocratie, qui sont deux extrêmes, il n faut nécessairement que nous le trouvions dans « un terme moyen, dans un système composé par « moitié de chacun de ces deux systèmes, n Pleins de confiance dans ce syllogisme, nous organisâmes en hâte un système mixte de démocratie cl de monarchie. Nous en avons bientôt; senti l'effet»,*
Montesquieu loi-môme notait pas fart éloigné rie cet avis, (2) U est Faux que des hommes réunis se soient jamais livrés à l'un d’entre eui, lui permettant de les arranger, et. Comme ou dit, de les constituer à sa manière, « lï faut , dit « Fergiraon , se défier tm peu de ce que la tradition nous •i apprend sur le compte des anciens législateurs ci des fout£ (ta lei i ru iTMals. Les plans qu’on suppose être venus d’eux n n’oul été probable me ni que les conséquences d'une situait lion antérieure. » (Éfsai sur l’Hjsloire de la société civile , îiv. IIJt ch. ï.)
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Ainsi , tout Pcffort tle notre révolution se faisait pour de vaines formules, et presque pour des jeux de mots; l'intérêt sensible, l’intérêt réel restait oublié. Vainement aurait-on essayé de nous représenter le vide des objets rpienous poursuivions; par malheur l’histoire était là, et nous pouvions la charger de parler pour nous, et de confondre la raison . Nous pouvions démontrer que, par le système démocratique , des peuples salaient trouvés heureux , et que d'autres peuples l'étaient par le système mixte. Mais il y avait deux questions préalables sur lesquelles nous passions à tort. Étions-nous de la même nature que ces peuples? Et quand même, était-ce réellement de cet appareil systématique bâti sur eux, de cette machine sociale où ils étaient employés comme matériaux, que résultait leur bien-être?
Un cri s’élève de toute l'antiquité : « La demo- » cralie est la vie de la société; hors de la démo- « cratie , l'homme civil végète et s’éteint. *■ Ce consentement unanime, le peu de figure qu’ont fait dans ces temps ceux qui ne pouvaient pas dire , nous sommes membres du souverain , tout cela nous a portés à regarder la discipline des Romains et des Spartiates comme une sorte de loi delà nature humaine , à la violation de laquelle s’attachait un malheur infaillible. Tout ce que nous désirions, tout ce qui nous manquait, nous l'attendions de cette discipline. Nous en ressuscitâmes toutes les règles, toutes les formes ; nous nous les imposâmes, nous les déclarâmes notre propriété imprescriptible. Pour dompter notre naturel déchu qui s’assujettissait mal à ces pratiques étranges , nous décrétâmes contre nous-mêmes la plus terrible des sentences, la démocratie ou ta mort.
Mais ce qui passionnait les hommes de l'antiquité, c’était le plein et libre exercice de leurs facultés actives; s’ils aimaient tant leur démocratie, c’est quelle les favori sait dans cet exercice. Or, les facultés et les penchants de ces hommes étaient loin d’avoir rien de commun avec les nôtres. Dans les circonstances où leur naturel les ex ci lait à l’a cl ion , le nôtre nous commande le repos ; où ils n’aimaient pas à agir, 1 activité nous est nécessaire. Ainsi, nous avons besoin d’être libres dans les actes où ils pouvaient supporter la gêne, et nous souffririons d’être contenus où ils ne voulaient aucun frein. Ainsi, leur règle de bien et de mal, de droits et de devoirs, leurs lois de commandement eide défense , pour nous être
(1) u L'homme civil , dit Rousseau , n'est qu'une unité « fractionnaire qui tient au dénominateur, et dont ta valeur a est dans son rapport avec rentier, qui est le corps social. n Les bonnes institutions sociales sont celles qui savent le « mieux dénaturer l'homme , lui ùter son existence absolue ii pdur tui en donner une relative , et transporter le mût v dans Puni té commune ; en sorte que chaque particulier ne TtïïÉtim\
applicables , auraient dù être tournées en sens contraire. La poix et l’industrie leur étaient interdites , et ils le souffraient volontiers; peut-être souffririons-nous qu’on nous interdit la guerre, La défense d’émigrer ne leur pesait point; ils voulaient être attachés S la terre natale, et il faut que nos pas soient libres : car pour eux Indépendance n'existait que dans les limites de la patrie ; au dehors , c’était l'esclavage; au dehors, c’étaient des ennemis : tandis que l'oppression peut nous venir de nos voisins, et ta liberté d’ailleurs ; taudis que partout il y a pour nous des amis, comme aussi des ennemis.
Que la cité s’empare de tous les individus et en fasse des fractions U'cUe-même; qu’elle réduise un homme qui peut agir personnellement à l’état de membre passif d’un corps qui le meuve, ranime, le détruise à son gré ; cette presque nullité d’existence j si elle n’est pas le seul état où il puisse vivre , sera l’état où il vivra le moins. Qu’on veuille disposer de ce que je possède, en régler la quantité et l’usage * si ce n’est pas le seul moyen pour que je le conserve, c’est un attentat à mon existence. Qu’on s’imagine rendre plus supportables ces règlements, en laissant â chacun le pouvoir de les décréter contre les autres, en les décrétant contre soi-même, c’est la plus absurde folie, si Ton n’est pas dans des temps où le despotisme ait pour les hommes plus d’attrait que le bien-être (1).
Il n’était pas inutile sans doute de nous rappeler qu’autrefois , quand , au nom de l’État , les hommes étaient troublés dans les jouissances de leur vie privée , ce n’ëlatt pas le bien de quelques familles , mais une nécessité sociale , qui commandait les privations et les gènes ; mais il nous eût fallu reconnaître en même temps ce que voulait notre nature présente, ne pas nous imposer, de gaieté de cœur, des contraintes que les anciens supportaient comme le moindre mal, ne pas nous laisser duper par l’alliance de mots la plus menteuse, un gouvernement qui donne la liberté*
Sur la foi d’un exemple , nous avons attendu vainement que la liberté nous vî ut du gouvernement démocratique ; sur la foi d’un exemple , nous rattendons à présent du gouvernement mixte.
Depuis cent cinquante ans, en Angleterre, le peuple qui pratique l’industrie, le peuple qui n’a point de brevets pour vivre sur le travail U’àulrui , le peuple civilisé à notre manière moderne, déclare
i! so croie plus un, mais partie de l'unité , cl ne soit plus u sensible que dans le tout. Un citoyen de Rome n'étaïl ni u CaUis ni Lucius, c'était tin Romain, u
On voit que Rousseau prend ici une loi de circonstance pour la lot générale et nécessaire de l'état social , et transforme en civilisation absolue une civilisation particulière ; c'est là Terreur de toute sa politique.
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qu'il est heureux , et qu’il le doit à sa constitution .
Celle voix nationale, l'orgueil avec lequel les habitants de l’Angleterre comparent leur état social à celui du reste des Européens, un gouvernement vanté par d'autres que par ceux qui en vivent, tout cela devait produire un grand effet sur nos esprits incertains de nouveau après une expérience malheureuse.
L’opinion se précipita vers la constitution des Anglais, comme vers la constitution des Romains ; et nous ne pensâmes point à nous rendre plus de compte de ce que le peuple entendait réellement , lorsqu’il se disait heureux par elle. « Les constitués u sont heureux à les en croire ; il faut que leur bon- « heur soit l’effet d’un travail commun de toutes « les parties de la constitution ; il faut que chaque « pièce y joue son rôle ; pour nous assurer le même « bien-être , n’oublions pas le moindre détail, n C’est sur cette idée qu'a près avoir regardé comme des machines à produire le bien des hommes en société, des tribuns , des orateurs , des comices, V ostracisme r les lots agraires 7 nous dotâmes de cette propriété merveilleuse d es pairs, des députés de provinces , une noblesse , des pensions et des bo nrgs po u rris (IJ.
Il n’y a rien d’absolu pour l’espèce humaine, ni dans le mal, ni dans le bien. Un pauvre naufrage , rejeté par le mer sur une côte déserte, va s’écrier qu’il est heureux ; et il est nu , et il a faim : de même, un peuple longtemps gêné dans l’exercice de ses facultés , se trouvant tout d’un coup plus au large , peut proclamer qu’il est heureux ; ce qui ne veut rien dire alors , sinon que son état est plus supportable. On se tromperait st l’on entendait par là que toute sa situation lui est propice , que nulle aelîon exercée sur lui ne le trouble, ne le gène, ne le contrarie ; qu’il veut sa condition tout entière, qu’il s’y maintient à plaisir , et qu’il s’interdit de changer*
Nous nous sommes enthousiasmés de l'instinct admirable avec lequel le peuple anglais a bâti sa comtifuiiQ/i t pièce à pièce, ajoutant, retranchant, remplissant les vides , accordant les parties, jusqu’à la perfection systématique de l'ensemble; nous nous sommes félicités de vivre dans un temps ou ce chefd’œuvre de la sagesse moderne était achevé et s'offrait à l’imitation; noua n’avons plus aspiré qu’à le connaître , qu’a le transporter parmi nous.
Mais les Anglais n’ont point fait leur constitu - (ion. Jamais ils n'ont eu en tête Je dessein de se
[IJ On a écrit en France que les Eüurqs-FoitrHs{ÂûPen- Horoug/ts) étaient un des meilleurs ressorts de ta con$ti~ tu tien anglaise.
(3) Expressions de quelques écrivains. II est bon de remarquer que ces termes magnifiques de société parfaite ,
partager par générations les travaux successifs qui devaient compléter leur organisation , finir leur état social, les amener au meilleur système (2).
Ils ne se sont point avisés qu’il y avait trois éléments essentiels qu’il s’agissait de combiner sans les confondre, savoir, la monarchie . l'aristocratie et la démocratie. 11 n’est pas vrai que, de dessein prémédité, ils aient élevé sur eux une monarchie, et en même tem ps une aristocratie pour ïâ combattre, qu’ils aient mis ensuite à côté une dose de démocratie, laquelle ils ont voulu grossir peu à peu, jusqu’à ce qu’elle fît équilibre avec les deux antres principes, et qu'il y eût symétrie. Ces spéculations abstraites peuvent bien passionner quelques penseurs de profession; mais elles n’occupent guère les peuples qui sont plus matériels dans leurs intérêts.
Vivre , jouir de son travail , exercer librement scs facultés et son industrie, voilà à quoi tendent les hommes réunis, et où le peuple anglais „ comme tous les autres, s’est efforcé d'atteindre. Les voies qu’il a suivies ont été simples , c’était de s’attaquer aux obstacles qui arrêtaient ses désirs ; il en a détruit ce qu'il a pu détruire. Voilà son ouvrage, voilà son succès; hors de là rien n'est de lui.
Nous devons nous défier de l'histoire. Trop souvent l'écrivain , au lieu de raconter naïvement ce qu’il a devant les yeux , nous présente ce qu'il imagine, eL substitue ses idées aux faits , ou dénature les faits en établissant des rapports forcés entre eux et d 'autres faits étrangers* On peut prouver que, pendant sept cents ans, tous les esprits de l’Àngleterre ont été occupés à ajuster ensemble le roi , les pairs et les communes , pour sc tenir après eu repos et jouir du spectacle; on peut prouver que cette idée leur venait des Romains dont ils voulaient se procurer les institutions, et avoir à la fin dans un roi deux consuls, dans une chambre haute un sénat, dans une chambre basse des comices en petit; on peut prouver qu’ils sc proposaient pour modèles les barbares de la Germanie.* .
Ou peut tout prouver par les faits avec des systèmes et des allusions; souvent l’histoire n’est qu'un mensonge continuel; et malheureusement , pendant que les écrivains la contournent à leur mode et en font un habit pour leurs pensées, ils la présentent aux peuples et aux hommes comme la vraie règle de leurs actions , l'institutrice qui enseigne à vivre , magistrq vîtœ; c’est qu’ils savait bien qu'ils sont cachés derrière , et qu’en préconisant
cïc constitution incomjiarahk , sont un slpne du peu if avancement de la science politique : c'est avec ce faste que, dans tous les temps , rqjnorance a parlé des premiers procédés des arts; les vraies lumières ont un ton plus modeste.
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lliialoirc, c'est proprement leur esprit qu'ils vantent.
Sans proposer de notre chef aux Français Fexeuv pie de la nation anglaise , sans nier cependant que cet exemple leur soit applicable, sans mettre en avant aucune espèce de ressemblance dans la situa» lion des deux peuples, mais aussi, sans rejeter l'opinion de ceux qui y trouvent quelque rapport , nous allons essayer de décrire simplement et avec vérité les principales révolutions qui ont changé l’étaL des hommes en Angleterre. Dans ce récit , nous nous dépouillerons , autant qu'il nous sera possible, de toute vue politique prise d'avance; nous ne tiendrons nul compte des idées courantes ni même des mots qu’on échange tous les jours , sans trop eu vérifier le titre ; enfin, nous chercherons a remonter toujours jusqu'aux faits, à laisser toujours parler les faits.
Qu'on trouve dans cette histoire quelque chose de bizarre, d’extraordinaire, cela ne nous étonnera point : les notions des événements ont été si fort obscurcies , que la vérité a lieu de paraître étrange. Que certaines personnes crient à la malveillance , cela ne nous étonnera pas non plus. Mais nous avertissons ceux qui se croiraient blessés , qu'ils doivent s'en prendre , non point au narrateur qui n'est pas libre, qui n'a pas le choix de ce qu'il doit dire, mais aux faits qui gouvernent sa plume, et dont il n’est que l'interprète.
CONQUETE DE L'ANGLETERRE PAÏl LES NORMANDS. — ORDRE DE