‹ ŒuvresChapitre 56 sur 94 · RETS OPPOSÉS, — GRANDE RÉACTION NATIONALE · texte numérisé non relu

RETS OPPOSÉS, — GRANDE RÉACTION NATIONALE

La terre qu’habite le peuple anglais fut envahie , dans le onzième siècle, par une armée de Normands, qui en força l'entrée et s’y campa. Cette armée priL possession du sol et des hommes qui vivaient dessus, comme d’un champ et de machines propres à T exploiter. Elle se répandit dans la contrée, pour s’y nourri]' plus aisément ; maïs elle sc partagea sans se dissoudre ; on conserva les grades, la surbordination militaire, et tous les moyens do ralliement d’une troupe en campagne.

Même, l’armée se continua dans les fils de ceux

[1) Milites,

(2) KnigîUSf ou bien esquives, écuyers.

(5) Soua le commandement d*un des successeurs du conquérant , le comte de Varcime, qui avait en propre vingthuit villes cl deux cent quatre vingt-huit manoirs, interrogé sur son droit de propriété , lira sua épée eu disant : « Voilà «mes Litres. Guillaume le Bâtard né la il pas seul lorsqu'il h s’est emparé de cette terre j mon aïeul était de l’expédi- « lion. ” (H urne1 2 * 4 s UisL of Eu gland, vol, I, appendîï 11.)

(4) Subjectif de subjicere. Ce mot ne signifiait point la

qui la composaient , et encore dans les fils de leurs fils. Plusieurs siècles après la conquête, les arrièreneveux des conquérants campaient dans le pays , organisés comme Pétaient leurs ancêtres : il yavait un capitaine général, héritier de celui qui avait conduit l’expédition , des chefs secondaires et des soldats , issus des officiers et des soldats de la conquête.

Le nouveau capitaine , descendant du premier en ligne masculine ou féminine, se faisait donner le nom de ri>i. Les commandants en sous-ordre avaient le titre de barotis. On appelait le reste de la troupe , en latin , les gens de guerre (1) , et en anglais, les chevaliers {2).

Le partage primitif du sol s’était maintenu avec la distinction des grades. Le capitaine possédait, en propre , plusieurs perlions tic terre que son prédé* cesseur s’était attribuées; et, déplus, il avait le pouvoir de disposer de la possession de tout le reste, selon de certaines lois établies par la discipline ; privilège qu’il exprimait en ajoutant à son titre le nom du pays , eu se disant h roi de r Angleterre. De la même manière, les officiers qui, selon leur rang, occupaient des districts plus ou moins étendus, et les soldats qui y étaient cantonnés se faisaient distinguer par le nom de leurs provinces ou de leurs domaines.

Le chef de l’armée victorieuse s’était déclaré propriétaire du sol et des hommes vaincus , au nom de Dieu et de son épée; scs successeurs attestèrent Dieu et leur droit : leur droit , c'était l'hérédité. Les lieutenants avaient , pour litre de leurs possessions 5 leur droit, l'héritage de leurs aïeux , avec le bon plaisir du chef. Mais lequel de ces deux titres était décisif de la propriété? cela devait être souvent mis eu douLe ; et alors le chef faisait valoir sa volonté comme suprême , et les officiers leur succession. C’était une cause de disputes fréquentes (3),

Voilà quel était , m Angleterre , Tétât des fils des conquérants; quant aux fils des vaincus, qu’on désignait par le nom de sujets, c'est-à-dire subjugués (4) , ils étaient aussi dans la même condition que leurs pères. H leur fallait nourrir à discrétion cette multitude campée au milieu d'eux. Leur vie n'était quelque chose qu'au tant qu'elle servait aux vainqueurs- Le plus on le moins de profit à tirer de l'homme était la mesure du bon et du mauvais trai-

subordLnation politique, mais la soumission aux vainqueurs. Cinq cents ans après la conquête , on en faisait encore la différence. La reine Elisabeth , dans scs discours au parlement , n'appelait pas sujets les hommes sur qui die n'avait que la prééminence de l'autorité; mais elle donnait ce nom aux membres des communes , pour exprimer qu'elle avait sur eux une autre sorte de pouvoir. La formule était : « My right toving lords, and you, my rîght faüMul and obedient aulijects. T rès-affec Lionnes seigneurs ou maîtres , et três^ obéissants sujets. » (Ëehard's hist. of EuglandO

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temenfc. Si l'industrie ne produisait pas assez , on vendait le corps. Les naturels de T Angleterre étaient un article d'exportation pour Tlrlande et ks pays étrangers (1).

Chaque officier avait a ses ordres des agents chargés de ramasser les vivres qu'il tirait de son district, d'en protéger le transport, de s’opposer a la résistance de ceux sur qui la contribution se Levait, de punir les refus, de prévenir Les soulèvements, et même d’étouffer les querelles des sujets ; de réprimer toute offense, toute injure que LTun ferait à l'autre, soit dans sa personne, soit dans ses biens, afin que leur corps fût toujours propre à la fatigue, afin que Le capital sur lequel ils travaillaient pour le maître (2) ne diminuât point, afin qu'ils ne fussent point distraits du soin de produire ce qu'il voulait prendre d’eux. Ces agents, qui étaient des commis, des juges, des exécuteurs, composaient ce que le maître appelait sa com\

1/e général avait &ïnsi une cour, une compagnie de pourvoyeurs en station dans chacun de ses domaines: et il avait de plus une cour ambulante qui marchait avant lui, lorsque, dans de certaines occasions, accompagné de son Mal- major, il allait inspecter les quartiers. Il fallait que lui et sa suite trouvassent de quoi suffire à leurs besoins, dans tous les lieux où ils passaient ; et les pourvoyeurs s acquittaient si exactement de leur office, que sou* vent, à rapproche du roi , les habitants se retiraient à la hâte, avec tout ce qu'ils pouvaient sauver, au fond des forêts ou dans des lieux écartés*

Et lorsque les aides de camp du général voyageaient à sa place ou portaient ses ordres, ils exigeaient les mêmes provisions et faisaient le même pillage (3), Ces cou Lu mes, autorisées par ks fonctions du chef qui devait avoir Efeil à tout, étaient onéreuses à ses lieutenants, qui avaient d'autant moins à tjrer de leurs dépendants , que le général leur avait pris davantage pour son compte ; car ceux qui pouvaient suffire à upe seule contribution, ne pouvaient suffire a deux à la fois. Les officiers étaient donc intéressés à modérer les exactions du général et des agents ; et le général, de son coté, pour son intérêt, pour l'intérêt commun de toute l'armée, a la conservation de laquelle il devait veiller, était

(1) Clarke , Coup d'œil sur la force de l'Angleterre chap* K*

(2) Lord,

(o) Il ïs domcsïîçs Ipo, tfhcn sent upon business inlo distant parts of the kmgdom , clamed lhe same privilège, and demanded a supply of provisions , in every town ihrough which they travelled* (Remarks upon Ihchisloiy of England vol. I, p.ftgg,}

(A) Voy, Hume, ch. XL — Mijiar, L kr, p, 80, et le texte de la grande charte dans l'ouvrage de Klaksione,

(fi) Mate waate of bouses , woods , or men , without lhe

porté a empêcher que chaque officier ne dévorât trop dans sa province, pour que le pays ne se trouvât pas subitement épuisé, et que la famine ne vint pas dans Le camp*

( 1 100 — 1200. ) De là devait résulter, entre le chef et ses officiers s une sorte de lutte favorable dans le fait aux sujets, quoique dans TmlenLion ni le chef ni ses officiers ne songeassent à les soulager pour l'amour d'eux. Les barons plus vivement intéressés, parce qu'il s'agissait de leur subsistance personnelle, élevèrent tes premiers la voix, et exigèrent du roi qu'il souscrivit à un acte par lequel ils restreignaient son pouvoir de recruter leurs hommes pour la réparation des forteresses, des ponts et des routes ; qui limitait la quantité de grain et do bétail que devaicnL lever ses pourvoyeurs dans leurs courses, et qui interdisait la saisie des animaux de charge, des chariots de transport et des instruments de travail ; trois actes d'autorité, dont l'officier* propriétaire de La province qui les supportait, avait toujours à souffrir ; car, ou ks hommes étaient enlevas au travail, ou les outils du travail étaient enlevés aux hommes, ou le Irait du travail périssait. C’est ce pacte imposé par les lieutenants à leur capitaine, qui fut appelé la grande charte (4).

Le roi prît ensuite sa revanche, et il contraignit les barons à n'exiger des hommes subjugués que des taxes régulières ; il voulut qu'ils laissassent aux marchands la liberté de voyager; il favorisa les rassemblements de ceux qui voulaient mettre en commun leur industrie ; il prit les villes sous sa sauvegarde; il donna aux hommes des sauf-conduits, non par compassion, maïs par intérêt propre, et parce que tout sujet dont le travail était entravé ou qui périssait dans le travail, pour satisfaire aux besoins d’un seul, causait une perte à la communauté entière des vainqueurs*

La grande charte et les statuts qui vinrent après furent ainsi à l'avantage des subjugués; mais les termes seuls font voir que leur avantage n'était pas l’objet direct , et qu’on ne les estimait qu'à la manière des bêtes de fatigue qu'011 ne veut point perdre. Un article de la grande charte défend de détruire les maisons, les bois et les hommes, sans la permission du propriétaire (3).

spécial licence of lhe propHetor* ( Remarks upon the hislûry of fingland, vol* JL)

VeiU-on se convaincre que la guerre des barons contre Jean -aans-T erre n'élaU nullement falic pour tes sujets, il faut lire commuât les deux partis traitaient le pays dans leur colère et dans racharuement du combat. « INolhtng was Le be seen but lhe Gain es of villages mlnced to a s lies, and miser y of the tuba tâtants , tortures exercised by ike soldiery and reprisais no less baibarous commUted by lhe barons on royal de mes nés. The kmg marching lhe whote exlenl of Eugland, frorn Dover to llcrwie, laid lhe provinces

DIX ANS D’ÉTUDES HISTORIQUES* SW

A île certaines époques fixes ou déterminées par le capitaine, il y avait on rassemblement* général, et comme une revue de toute Famée- Chaque officier, chaque soldat s’y rendait, et les aumôniers du camp y assistaient. Cette assemblée avait le nom de parlement; ce qui signifie conférence, parce qu'on s'y expliquait en commun, et qu’on y prenait conseil sur les mouvements à faire dans le pays ou hors du pays, sur la disposition des postes, sur les moyens de se maintenir en repos au milieu des sujets, et de leur faire rendre le plus de vivres et le plus d'argent (1).

( 1200— 1300, } Les sujets, en me nie temps qu’ils nourrissaient leurs maîtres, devaient vivre euxmêmes; tenus sans cesse en éveil, et l’esprit toujours tendu par le besoin d'être bien et par la difficulté d'y parvenir, ils avaient assez promptement accru la puissance de leur industrie : les manufactures étaient nées, les villes avaient grandi* Alors les vainqueurs ne pouvaient plus suffire a foire le recensement de ce que chacun possédait, et de ce qu'on pouvait lut retrancher, La propriété croissant toujours , les comptes faits cessaient bientôt d’ètre exacts; il eût fallu souvent en dresser do nouveaux, ou se résoudre à perdre sur 1rs recettes, en percevant les taxes d’après les estimations antérieures* On chercha naturellement un expédient qui écartât ces difficultés, et l’on en trouva un. C’était dans les villes que 1rs richesses mobiles pouvaient le plus difficilement s’apprécier ; on obligea les sïtfefs habitants des villes ù choisir un certain nombre d’entre eux pour venir en parlement, lorsque le généraL les lieutenants, les aumôniers cl les soldats seraient rassemblés , répondre à toutes les questions qu’on voudrait leur faire sur la fortune de leur bourg, de leur cité, de leur commune, dire tout ce qu'ils pouvaient supporter, et s'il y avait lieu d’exiger plus* On leur faisait signer les actes d'impôt, pour qu'ils n’allassent pas ensuite résister aux collecteurs, et différer ou refuser le payement,

vvasle on cach si Je of hEm ; and considered every ata le wliich waa nol hi$ immédiate prnperty as entlrcly boaiiîe , and ihc objeçt of mililary execution, n ( Hume** hkLory of England, ch. XI.)

fl) Tous les barons étaient forcés de venir au parlement ; Tordre était moins sévère pour les soldats ou chevaliers à qui le voyage était trop à charge ; leursofficicr* répondaient pour eux. Ce La faisait que rassemblée notait ordinairement qu'un conseil d'él al- major. U arrivait cependant quelqticfoi s que l'armée tout entière recevait Tordre de se réunir dans un lieu désîflné par le chef, u Thcre is aiso mention someîimcs mado of a crqwd or multitude Ibal ilirnuged kilo lhe great cound! on partïcular inleresting occasions. n (Ibid.* appendis 1U

(3) Le premier appel des députe» des bourgs fut fait par le vingt-troisième statu L d'Edouard ï«r, en 1395. cl Ile issued wHU to lhe sherîfFs , enjofolh# tbcm to send tu parEiamcnt

pour qu’ils fussent pris en quelque sorte par leur parole (2).

La dernière classe de l’armée , les chevaliers , n’ayant que de petites port ions déterre, et ne pouvant point , comme leurs supérieurs , prendre a discrétion sur le bien des vaincus , s’étalent mh à pratiquer l'indu strie, cl à ajouter le revenu de leur propre travail a la part qu’ils avaient aux revenus des sujet#* En prenant les arts de ces hommes, ils en prenaient les mœurs, et peu a peu se mêlaient à eux* Dans les premiers temps , lorsqu'ils étaient appelés, ils se tenaient en conférence commune dans un même lieu avec leurs officiers, avec les tords spirituels et temporels; après que des bourgeois et des membres des communes eurent été mandés au parlement, les soldats se séparèrent tic leurs chefs, et , réunis aux bourgeois, ils délibérèrent avec eux dans un lieu a pari (3).

Telle est l'origine de la chambre des communes dans le parlement d’Angleterre* Ce n'était pas volontiers que les villes envoyaient des députés; car ii fallait qu’elles prissent sur elles les frais de leur subsistance dans ce long séjour, loîo de leur travail et de leurs affaires* Ce n'était pas volontiers que les députés venaient se présenter, obligés qu’ils étaient de suspendre les occupations qui nourrissaient leurs familles, pour aller déclarer exactement , devant des maîtres dont ils voyaient toujours le bras levé , combien , sans les faire périr , ou pourrait désormais leur ôter du produit de leur peine et de leur industrie (4).

( 1300 — 1400, ) La convocation des délégués des communes fut trouvée commode et passa en usage : on ne manquait pas de les appeler toutes les fois qu'il s'agissait de foire; des levées d'argent (5). Daus le quatorzième siècle, l'armée commença à faire des excursions hors du pays pour acquérir de la terre et du butin* 11 fallait, pour ces entreprises, des armes, des bagages, des provisions. Les bourgeois étaient souveuL consultés (0).

nvo depuües from each Itôrough with in Lheir county, and these provided with s officient posera from their eom muni L y to consent , in their naine, lo what lies and his eouncil should require ni Lhcm. n (Hume1* hlalory, ch. XIII,)

(3) Lette réunion n’eut point lieu tout d'un coup, et pendant quoique temps les bourgeois convoqué* siégé real à part des chevaliers, comme à part des haut* barons et du la cour du foî. SouveuL, après avoir répondu aux demandes et accédé aux laxes , ils retournaient chez eux , quoique Je parlement ne fiU point dissous. (Ibid.)

(4) Pio intelligence coulti be more désagréable to any horough , titan to find thaï lhe y niustekct , or Lo aoy individual lhan ihat he was eleoied, (Ibid.)

(5) Richard JL fil im statut pour ordonner expressément aux villes de nommer des représentants. (Clarke, ch, I.)

(G) Lc&jfl voilons en France çôtmueucùi’cnl vers 1340, sous te règne d'Edouard IL

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A force de voir ses vainqueurs face à face, la bourgeoisie les redouta moins* Elle ne vit plus le conquérant armé, exigeant, sous peine de la vie; il iut parut comme un voleur mal assuré, prêt à capituler; et elle songea a faire des conditions. Engagée dans des entreprises industrielles plus étendues , le besoin plus pressant d’avoir en toute occasion des sommes disponibles la tenait éveillée sur les demandes : elle était plus sensible dans sa propriété. Lés députés apportèrent les plaintes de leurs commettants , et se mirent à plaider pour eux, L’est ainsi qu’une institution destinée à favoriser les exactions allait se retournant contre ceux qui l’avaient appelée à leur aide, et tendait à garantir les hommes subjugués contre la rapacité de leurs vainqueurs (J),

Longtemps le général de l’armée, le roi, n’avait eu qu à se montrer, qu'à parler, eL le peuple sujet se figurant encore, à ce seul aspect, toutes les horreurs de l'invasion, k ravage, l'incendie, le massacre, baissait le front, cl se laissait frapper, de crainte que la destruction ne punit aussitôt la moindre résistance (â), (Tétait la subordination naturelle , celle dn Faible fléchissant sous la force. Mais quand on fut déjà loin de ces temps, quand le souvenir ne les retraça plus que faiblement, quand la terreur cessa d’être la première impression , et qu'on put raisonner avant de craindre, celte subordination se relâcha ■ Le vainqueur le sentit ; et pour qu’on ne s’avisât point de se mesurer à lut, cl d’attendre l'effet après la menace, i! invoqua à l'appui de ses volontés, au lieu de son pouvoir déterminé , une puissance mystérieuse, supérieure à toute force humaine. Du moment que la pensée put venir aux sujets de mesurer Faction de leurs maîtres, la pensée vint aux maîtres de soustraire leur action à tout calcul,

( 1 SO0-Î0OO* ) Us proclamèrent solennellement leur droit, comme un droit sacré, un droit divin* C’était Dieu qui avait tiré J’épëe. qui avait vaincu par eux, qui prétendait se maintenir par eux dans sa conquête. C’est avec cet appui que leur volonté se présentait à l'imagination des subjugués* Et tous

(t) Dur ïng the n%tï oF Henry IV (1400) the bouse of co ramons I>eg3n to assume povvers , wliidi had noL beeu exerdaed hy thdr predeceasora. They matnlaiûed I tic pra- Uce of noi patioit any siipply before lhey receîved au aoswer io their pétitions ; which waa a tacil mariner of barjaîuing wilh lhe prince, [Hume1* hisîory, ch. XVIII.)

Le premier exemple d'opposition d*un membre du ta chambre des commîmes à une demande d'argent fui donné par Thomas Moms cm 1500. ( Voyez U a ri tiglon, Remarques snr les anciens statuts, )

(2) La province de KoÉÜmmberlaotl , punie par le conquérant : devait encore , après plusieurs siècles . présenter auï yeux un exemple terrible. Cette contrée , de soixante

se taisaient alors devant un doigt levé vers le ciel . comme autrefois devant une main mise à la poignée du sabre.

Dans Ja barbarie des premiers temps, celte sanction divine de la propriété conquise avait quelque chose d'utile, en ce qu’elle arrêtait par une force mystérieuse le brigand qui voulait acquérir, devant le brigand possesseur, et terminait ainsi les guerres, qui, sans cela, n'eussent jamais eu de fin. Les coutumes juives consacraient ces maximes, et c’est sur leur tradition que fut fondé le dogme moderne de la divinité des puissances. Mm la nouvelle doctrine était loin de ressembler à r ancienne, ce n’était plus le propriétaire se tournant vers ceux qui voulaient le déposséder, et leur criant : « Ne regardez « pas ma force cl ta vôtre ; il y a derrière moi que b * qu’un plus fort que moi cl que vous, qui possède « ces choses dont je n’ai que ) 'usufruit j et c’est à (( lui que vous aurez affaire (o), » Un homme disait à d’autres hommes : «Vous êtes à moi ; vous m’êtes u échus par une volonté supérieure à nous : celui w qui veut que je vous possède vous regarde, et me u soutient. » La conviction devait plus difficilement s’obtenir.

Pourtant, les pauvres sujets tout ébahis crurent d’abord, et s’humilièrent : quand un prêtre proclamait ces axiomes, on n'osait douter. L'homme par qui Dieu s’exprimait d’ordinaire pouvait-il jamais ouvrir la bouche sans que ses paroles vinssent de Dieu? Mais le temps arriva où ceux qui voulaient qu’on les avouât maîtres ne se crurent pas assez soutenus par le clergé seul, et voulurent renforcer en quelque sorte Pautorftà de la foi par l'autorité de la raison. Ils ameutèrent les légistes, sans voir que cette défense n’allait point à leur cause , et que le terrain où ils se retranchaient serait bientôt un camp ennemi. Rédigé en propositions mystérieuses , le droit divin repoussait l’examen ; le traduire en arguments logiques, c’était invoquer les discussions et livrer tout à la controverse* Les dogma Liseurs ne trouvaient point d’adversaires, les raisonneurs en furent assaillis. Chaque proposition jetée en avant en faisait sortir une contraire, À ceux qui prouvaient

milles d'étendue , avait été si bien cliâUéo , que iVxécitlïon finie, on n'y trouvait plus ni une maison ni un arbre, ni un Cire vivant, Lc& troupeaux avaient été saisis , les insLrumonts de ira va H brisés et tes hommes nus chassés dans k$ forêts oit ils lombaieot par milliers , morts de faim et de froid, (Hume1 s hjslory, cb, IV.)

(S) u La possession de ce qui appartient à voire Dieu, di* c sait Jcphlé au chef des Ammonites , ne vous esi-eHepas il légitimement due? nous possédons au même titre le*

« terres que notre Dieu vainqueur s'est acquises, u ftuirae ea quœ possidot Deus Lu un tihi jure debenturi quæ aunpi deminus Dcus nos 1er vicier oblinuîi, in nos tram codant passes» io ne m. (Jug. 5, ch, XI, verset 34,)

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par syllogismes que les vainqueurs avaient le droit de posséder les vaincus , les vaincus répondaient dans la même forme qu’il® avaient le droit de rdètre point possédés* Mais Dieu , (lisaient les premiers, vous a donnés à eux; mais Dieu , répliquaient les autres, longtemps auparavant , nous avait donnés à nous-mêmes.

Telle était la situation des choses et les rapports qui existaient entre les maîtres et les sujets, lorsqu’en l’année 1601, un avocat, député à la chambre des communes, parlant à l'occasion d’un subside demandé par b reine Élisabeth, commença ainsi son discours : « Je m’étonne que la chambre s’arrête à tf délibérer maintenant si un subside sera accordé ü et dans quel délai il sera payé* Ne savons-nous <* donc pas que tout ce que nous avons appartient à « sa majesté, et qu’elle peut légitimement exiger de « nous ce qu’il lui plaît d’exiger?» Aces mots il fut interrompu parties buées et des éclats de rire. Le président imposa silence; et l’avocat se levant de nouveau, soutint sa première assertion, el prétendit qu’il allait la prouver par des exemples du temps de Henri III, du roi Jean et du roi Étienne : alors , les huées recommencèrent {!}*

Les exemples, en effet, n’eussent pas manqué. Maïs les murmures de la chambre étaient un exemple présent aussi affirmatif que les autres. On pouvait y voir que jamais des phrases ni des témoignages ne sauraient opérer , sur les sujets anglais , cette conviction qui saisissait leurs aïeux , a la vue de l’épée de Guillaume k Bâtard dans la main de son fils ou de son petit-fils.

Dans ce tcmps-lâ, une nuée de jurisconsultes se levait pour démontrer ce qui ne se démontre point, le pouvoir. Le pouvoir se déclare en s’exerçant : c’est un fait que le raisonnement ne crée ni ne détruit. Toute puissance qui argumente et soutient qu’elle existe, prononce qu’elle a cessé d’être.

Déjà , en 12591 , tous les juges de l’Angleterre

(1} « I marvel much lhal the bouse shoiild stand upon « erantmc ofa suhsi&y or the time of payment. vyhen ali we « bave U her majestés , ami she may lawFully al her plea- « sure take il From us : she halb as much rïght le al î ou r « la mis and gonds, as lo any revenue of ber crown. * . » Hc sait! he could prove his former pnsii ion by precedenta in tbe Urne oFlIenry lhe Lhîrd, king John , kîng Stephen, etc* (Huïüè’s hlstory of lîngland, ch. XLïV.)

(5) tbid*

Cel acte, qui décrétait que T Angleterre était sous le pouvoir absolu, ne spécifiait point les droits, de peur, sans doute , de les borner en les énonçant ; on y affirmait simplement que rien ne pouvait limiter la volonté du roi 7 ni les statuts , ni les usages. C'est pour mettre sous les yeux les divers genres de pouvoir que le décret sanctionnait, que nous exposons quelques-unes de ses assertions impi tciles*

(3) Thaï ail Lrade was en Lire ty subject to lhe pleastire of Lbc sovereignj that even tbe statute wlvtch gave ibe liber ly

avaient fait, de concert, un décret, pour traduire en droits les faits de la conquête, cl ressusciter par la logique une aelîon matérielle dont le temps avait usé le ressort.

Ils déclarèrent ce qui se déclarait de soi-même trois siècles auparavant, «que le vainqueur était « souverain maître , et que les vaincus étaient à sa « discrétion (£) ;

te Que la terre, les habitants , l’industrie du pays « existant pour les besoins, la subsistance, les com- « modités , le luxe de l’armée conquérante , il était « de droit incontestable que le générai, agissant « pour Farinée , disposât du travail de subjugués, « le pressât, l’arrêtât, le réglât à son gré, fit fabriit quer ce qu’il préférait et prohiber ce qu’il n’aiiî niait pas; qu'il donnât des privilèges exclusifs à « ceux dont l’adresse lui plaisait (5);

« Que le roi avait le droit légitime d'arrêter le « transport des marchandises, de suspendre les « ventes , de retenir les vaisseaux prisonniers dans « les poris, pour faire acheter ensuite l’exemption « de ces entraves (4) ;

« Que nul sujet , sans son aveu , ne devait sorLîr « de la terre conquise , de crainte que la possession t£ des conquérants ue devint moindre de l’indug- « trie ou du corps de Fëmigrë (5) ; »

u Que la chambre des bourgeois n’ayant été créée « que pour la commodité des vainqueurs, son <1 intervention dans les levées d’argent n'ét ait point « de nécessité absolue ; que le général seul , par « un ordre du jour, pouvait faire prendre , où il u lui plairait , et par qui il lui plairait, les denrées « dont il avait besoin , comme on exige des requise si lions en campagne (6) ; n

« Qu’il avait le droit de déclarer en état de guerre u la ville ou le canton qu’il lui plairait , et dy faire « opérer militairement, comme dans un jour d’inva- « sion , sur les choses et sur les hommes (7); »

« Qu’en un mot , le roi qui était le suprême

of commerce , admiUed of ail prohibitions of lhe crowm (Hume's history , ch* XL,}

(4) Les embargos sur les marchandises , acte dû pouvoir trÈS' fréquent jusque sons le régne d'Elisabeth. (Ibid., appendix 111.

(5) Ko mao couîd Lravel witüoul Ibe consent of tbe prince. (Ibid,)

Si un paysan se réfugie dans une ville , dît le 54» statut d’Edouard il! , le principal officier doit le livrer; et s’il est pris, pariant pour un aulre pays, il ded être marqué au front de la lettre F,

(G) Les ordres du jour, qu'on appelai! proclamations , pouvaient s'étendre â tout ce qui louchait les relations des vainqueurs avec 1rs vaincus; ce qu'on y ordonnait était exéeulé avec la plus grande rigueur par une sorte de cour prévôialequi portail le nom de chambre étoilée , Star-Ckam ber, (llîïd*}

(7) C'était la toi martiale. On Faisait ces exécutions

SGS DIX ANS D'ÉTUDES HISTORIQUES

« gardien de la conquête, ayant à veiller toujours it à ce qu’elle Fût maintenue , devait être juge de « ce qui la menacerai el des moyens de la garante tir ; qu'il avait le droit par conséquent déjuger « seul , de punir seul , de se faire assister dans les u jugements par qui il trouverait bon, et d'établir « a son gré des tribunaux pour la conservation de <t Tordre établi par la victoire { ! ). h

Ces actes de puissance s'appelaient la prérogative royal g; ceux qui décrétèrent celle prérogative établirent en môme temps qu'elle était incontestable, et que c’était un crime d’en douter i prwroga- (ivam nemo audeat dispu lare (â).

Mais leur assertion rTctait pas une puissance contre des intérêts révoltés ; si l'épée de la conquête, si le bras même de Dieu, présenté à l'esprit des sujets, ne les domptait pins, que pouvait prétendre un légiste armé de sa plume? Aussi Ton ne tint pas compte de la défense , et Tan osa contester.

Il semble que, dans l'extrême de la misère, le besoin d'être mieux agisse moins violemment sur nous que dans une condition déjà supportable. Quand tes premiers besoins absorbent tou Le l'attention, l'esprit j fatigué d*y songer toujours , quand ils sont sa t j fa Us, se relâche, et n'est plus capable d'une autre activité, .Mais quand on iTa pas trop de peine à vivre, la pensée motus circonscrite se jéUe en avant ; alors on examine du plus près sa situalion ; on y découvre plus d'obstacles , parce qu'on a plus de désirs . et Ton se tourmente pour changer, Tant que les hommes subjugues d'Angleterre ne tirèrent de leur travail qu'un chétif revenu , ils se laissèrent garrotter et dépouiller sans murmure ; ils supportèrent la prérogative. On se résignait sous les Guillaume, lorsque les vainqueurs avalent tout el que les vaincus n’a va te ni rien ; on sc souleva sous Jacques 1er, lorsque la richesse des communes était devenue trois fois plus grande que celle îles lords (S),

C'est alors que la conquête commença d’être mise eu question , et que des voix s'élevèrent contre ses actes naturels. Le plus naturel de tous , c'était sans doute l'impôt que les vainqueurs exigeaient pour leur subsistance; c'étaient les mesures par lesquelles ils opéraient sur l'industrie , les biens et les personnes des sujets f afin de grossir leur revenu annuel

militaires à îa moindre apparent de soulèvement, (Hnme's liistûry , apptmthx il!.)

(î) Lorsque le roi était présent à îa Chambre Étoilée, il était le seul Juge; les attires oe pouvaient que il ire leur avis. Ce tri b composé du conseil du roi et do biffes nommés par loi, avait le pouvoir d’imposer à discrétion des amendes, d'emprisonner, d'infliger des peines corporelle»* (Ibid,)

(3) Ibid,, ch. XLIV.

(4) Ibid., ch, L.

el de faire des profits extraordinaires ; la lutte s’ouvrit par l’attaque de ces mesures.

Ce fut dans leur propriété, dans leur industrie, que les vaincus songèrent à s’a (franchir : de tous Côtés leur industrie était gênée; les prohibitions arrêtaient les entreprises ; les monopoles décourageaient le travail et renversaient tes établissements fondés ; les tribunaux , par leurs arrêts, suspendaient toutes les affaires; un homme emprisonné subitement était ruiné et minait ses correspondants; la justice arbitraire qui frappait un seul industrieux, nuisait par contre-coup aux autres qu'elle épargnait. Quand les sujets furent parvenus au point de sentir ces rapports de Tin dépendance avec la richesse, de sentir les liens d’intérêt qui les attachaient les uns aux autres, par le besoin que chacun avait de la liberté de tous, ils se rallièrent ensemble ; ils devinrent une nation , ils devinrent une puissance.

Car îï ne faut pas qu’on croie qu'il y eût , avant ce temps-là, une nation anglaise. Il y avait dans le pays d'Angleterre une nation en campement, une nation d’étrangers ; mars les indigènes n'avaient entre eux rien de commun que leur misère. Chacun , isole , servait son maître ; il ne faisait rien pour ses pareils, qui ne faisaient rien pour lui; c'ëLail une multitude éparse. L’industrie les réunit par des services mutuellement rendus; l'industrie leur inspira le désir d’une liberté commune (5).

(1603.) Dans ces conjonctures, le roi, pour raffermir la conquête menacée , se leva à la tête , non de ses guerriers, mais de scs chapelains. Armé de théologie , il soutint, de sa propre Louche, à la face des communes, que Dieu avait déclaré dieux, comme lui-même , les généraux vainqueurs et leurs fils : I)ixi quod Biïestis (6). En élevant de pareilles prétentions, il détournait contre lui seul la colère et les efforts des sujets, il se dévouait , lui ou son successeur, pour la cause dont il était le chef,

La querelle s'engagea ainsi entre la chambre des communes, entre les députés du peuple sujet, et le roi , qui se mettait seul en avant s ne laissant à la naLîon privilégiée que le soin de lui prêter secours dans les occasions pressantes.

Les communes déclarèrent, au nom de tous les sujets , leur volonté unanime de ne plus supporter

(S) They former! no community ; werc col regardera* a body poli tic - and were reaîly nolhîng but a nu m ber of îow dépendu nt Iradesmen , îiving wHhout any pariieuîar civil Lie in neicJihourliuod togeihcr. ( H uni c'a history , appendix tî. )

(fl) Ce mot fui dit dans lo parlement par un avocat fin pouvoir royal; le roi soutenait lui-même cette doctrine dans scs discours et dans scs écrits. (Voyez Hume, cU, XLV et XL VL)

DIX AXS D’ÉTUDES HÏSTORIOÜES. SGÏ)

les monopoles ni les taxes mises sur les denrées* Elles représentèrent que les taxes a il aient croissant, et les entraves se resserrant de pins en plus; qu'H fallait qu'on s'arrêtât enfin, et qu’on songeât que si les sujets s’épuisaient de travail, ce n 'était pas proprement pour fournir matière aux impôts; qu’ils voulaient vivre aussi pour eux- mêmes, travailler pour eux -mêmes, jouir eux-mêmes des fruits de leur travail (1).

À toutes les réclamations tics sujets, le roi ne répondait qu’un mot , et le seul qu’il eût à répondre, j 'use de ma prérogative (2), Les communes alors dressaient des bïlls, où, en abolissant les usages qui les gênaient, elles entamaient 3a prérogative. Mats la chambre des maîtres ou des tords n’avait garde Je sanctionner ces résolutions : elle se tenait à son poste, ralliée autour de son chef, et le soutenant de sa résistance. Ainsi , les mêmes hommes qui s’êl aient rencontrés aul refois les armes a la main se retrouvaient en présence après six siècles, et sc faisaient une guerre d’intrigues et de paroles, avant d’en venir à la force , la dernière des raisons* Les communes ne se relâchaient point; les biïls se suivaient en foule : le pouvoir des ordres du jour ou proclamations, le pouvoir des tribunaux fut attaqué; mais c’était peine perdue. Les lards arrêtaient tout par leur refus de sanctionner les décisions ; et le roi , de son côté , emprisonnait les députés qui élevaient la voix, en vertu de ces pouvoirs même qu’ils travaillaient à détruire (3), 11614—1621*) Pourtant, ees débats Te fatiguèrent ; il cassa le parlement , espérant que les nouveaux élus seraient plus dociles. Pour les bien préparer, à l'ouverture de la session t il leur fît la leçon en ces termes : « Di tes-moi , qu’est-ce que vos prb* « v Uéges? de simples licences de nos ancêtres, et ■t des concessions libres de notre munificence : en « vous per mol tant quelque chose, on ne s’est pas u engagé à ne vous rien refuser ; la complaisance a ses bornes. Rappelez-vous mieux qui vous êtes et qui nous sommes ; vous avez des devoirs, et nous « des droits (4). »

Les communes auraient pu répondre : ■« Les faits « que vous attestez sont exacts , nous ne voulons « pas les nier* Vos ancêtres nous ont vaincus ; « nous étions pour eux une proie de guerre ; ils ont u trouvé commode que nous devinssions plus lift) Hutte* ch. XLVL m IbîdTch* XLVJL

(3) Ibid.

(4) Tour privilèges were demed from llic giaee and permission of our anccstora and us Lr fur lhe musL of them grew from precedents , whîch shows rallier a toleralion iban iïiheritance ); yet as long as you cou tain yoursdves wilhin ilie limita of jour doty we will be as carcfol io

n bres; ils ont relâché nos liens, comme ils les h eussent resserrés, dans la vue de leur seul ïntë- <t rèt ; ils nous ont octroyé; maintenant nous exi- « geons* Vous croyez- vous forts? refusez, et nous « verrons après* Vous s entez-vous faibles? subissez « le sort de toute puissance usée ; cédez. Il n’y « a ici ni droits â défendre , ni droits à réclamer ; « c’esl le destin des choses humaines , qui ont des « bornes. »

Mais au lieu de s’exprimer avec cette vérité, et de braver les faits, les communes les éludèrent* Elles trouvèrent mieux de répliquer au roi dans son propre langage, et de s’attribuer, comme lui, des droits* Elles protestèrent que tout ce qu'elles revendiquaient pour elles et leurs commettants, en licences, en franchises, en privilèges, n’était rien autre chose qu’une ancienne et incontestable propriété des habitants de T Angleterre (S). C’était une fiction pareille à celle que faisaient les avocaLs des conquérants, quand ils allaient chercher leurs raisons contre les vaincus ailleurs que dans le fait constant de la conquête , dans la volonté de la maintenir, et dans la force de soutenir cette volonté* De part et d’autre on laissait derrière soi les réalités, et l’on sc retranchait dans l'abstraction ; cela rendait la guerre moins franche et son objet moins précis ; nous en verrons les suites*

Chaque parti se recruta sous des noms qui indiquaient sa nature, son origine et ses prétentions; ceux qui étaient pour les va in eus s’appelèrent le parti du pays, et les autres le parti de la cour (6),

Jacques Ier laissa â son fils , non pas ce qu’il avait reçu à son avènement, c'est-à-dire la direction d’une exploitation peu contestée encore par ceux qui la souffraient , mais ce que te conquérant avait autrefois légué au premier de ses successeurs, le commandement d’un parti qui devait subsister sur le travail des habïtanls, et à qui les habitants étaient tout prêts à refuser la subsistance*

Il n’y avait que la force qui pùt vider entièrement cette querelle ; et cependant , de chaque côté , on différait d’en venir aux mains. On essayait de se convaincre mutuellement , et de faire convenir son adversaire de ce qu’on voulait de lui. Ceux du pays prétendaient qu’ils n’avaient jamais été conquis T qu’ils avaient toujours nourri les autres par bienveillance et non par contrainte. Ceux de la cour

main tain ami préserva your lawful îitrerüés and privilège*, as an y oF our prcdecessors wer-e , nay as to préservé our royal prérogative. [Humc*s history, ch. XLŸÏ1L)

{5} That Uic liheriies , franchises and juridictions of parlement , arc ibe ancient and uartoubled hiithright and inheritance of ihesubjets of Eugland* tHume’t history, ch. XL VIII.)

(6) Cotmtry-pariy, — Côurl-party . (Ibid,)

TH1EHRÏ*

370 DIX ANS D'ÉTUDES IIISïORIOUES*

soutenaient que les premiers avaient toujours été clans Fétat de sujets; que citait ln leur condition naturelle , ei que rien n’avait pu, et que rien ne lierait à l'avenir relâcher pour eux les rigueurs de cel état, sinon le bon plaisir de leurs maîtres. Mais rîntérètj ne se reposant pas, faisait de temps en temps succéder des assauts plus décisifs a ce conflit d’arguments et. de répliques. L'on se signifiait durement ses volontés.

(1G25.) Le premier subside demandé aux communes par le nouveau roi, Charles Ier, fuL accordé avec tant d’épargne, que c 'était plutôt, dit If unie , une marque de dérision qu'un secours ; le second fut formellement refusé (1).

Leroi déclara aux communes que, si elles refusaient de faire leur devoir, en subvenant aux besoins de V État 9 il saurait les y contraindre , ou se passer de leur consentement; que le Ciel lui en avait donné le pouvoir (9).

Ce mot de besoins de VÉiat fil réfléchir les membres des communes : s'agissait-il purement des besoins du parti des anciens conquérants, ou bien de quelques intérêts qui leur étaient communs avec les subjugués? qu’était- ce que Y État? Il fallait avant tout que cette question fût posée et éclaircie.

(1028.) Afin d'éprouver ce qu'entendait réellement par l 'État celui qui avait prononcé ce mot, la chambre fit un bïH, où elle s'attribua la faculté de contrôler toute espèce de demande d’argent, et de refuser ou (Fa e corder, scion qu'elle verrait T intérêt de ses commettants compris , ou non , dans l’intérêt de YÉtaL Ce biü fut nommé pétition de droits.

Les communes demandaient : « Que toute manière « de lever de l'argent qui porterait l’apparence d’une n réquisition de guerre, fût abolie; et que si, dans « les dépenses , on ne mettait pas tout à fait hors u de compte les affaires de ceux qui payaient, on « voulût Lien s'assujettir à la condition indispensa- « Lie de toute contribution publique , au consente- « ment libre des imposés ou de leurs ayants cause ; a et ainsi, que oui oc pilt être forcé de subvenir « à aucune taxe . à aucun prêt , à aucune bënéw- « lance qui n’aurait pas été octroyée par la chambre « des communes (3)* j*

Cette requête portait un coupMécfeïf, Si In caste

(1) Hütaïe’eliïstory, ch, L,

(2) If ihey shouîd rot dn lheir du lies , in conïribuüng \o Ibe nécessitiez of Ihc si a le, lie mus! use ihose others mua ns Vfbich God had put inlo bis liauJ-s. u Take nol ibis foe a ihreaicnjuç , ad iled lhe kîng , for I scorn le threaten any tint my equaïs. n (Ibid., ch. LL)

(3j T liât no ni an hereafler be compclled to make or yeld atiy gift, loan , bcnevolence, Ux , or such îîkc charge, withoul commun consent by act of parlement ; and ihat

victorieuse n’y accédait pas, il fallait en venir aux mains; si die y accédait, tout lui manquait, ses moyens d’existence , de plaisir, de luxe $ son honneur même qu’elle mettait à guerroyer au dehors. 11 lui eût fallu renoncer à tout cela ; car, de faire croire aux sujets qu’ils liraient de là quelque profil, la chose était trop difficile. L'énergie que montraient les communes fit prendre aux vainqueurs le dernier parli; mais ce ne fut pas sans peine. Les lords , en approuvant fa pétition de droits, essayèrent de l'annuler par une clause où le pouvoir souverain était reconnu. Le roi hésita longtemps avant de souscrire a ce pacte que sa situation lui dé Pcn da i L de m a in ten i r ( 1 ) .

(1620.) Peu de mois après, il se remit à lever, de son autorité privée, les droits de tonnage et de pondagé) en déclarant aux communes qu’il y était contraint par la nécessité. Les marchandises de ceux qui refusèrent de payer, se reposant sur la pétition de droits } furent saisies et confisquées (3).

Les députes s’indignèrent à celte violation d'un traité, qui pourtant ne pouvait manquer d’être viole; ils déclarèrent ennemis des sujets y ennemis de la chambre, ceux qui tenteraient de lever ccs taxes, et traîtres à la cause, commune ceux qui consentiraient à les payer (6). Le roi , poussé à bout, ne vit de recours que dans la force. Il cassa la chambre , fit emprisonner des députés , eu cita d’autres à son tribunal ; sur leur refus de comparaître , leur infligea des amendes , et donna à ses collecteurs l'ordre de violer les domiciles (7).

De jour en jour l'existence de ceux qui n’avaient pour vivre que lus impôts levés sur les sujets devenait plus difficile. Ce conseil de bourgeois , qu’on avait établi pour rendre des comptes , s’avisait d’en demander; il s'avisait de vouloir scruter les besoins auxquels il avait à pourvoir. Le roi résolut de ne plus convoquer ces assemblées incommodes. Un de ses aïeux avait fait un décret pour enjoindre aux cités de ne point manquer d’élire, et aux hommes élus de ne point manquer de s’assembler. Les choses avaient changé depuis les Richards (8).

(IGôO.)Un statut d'Edouard II ordonnait que tout sujet possédant un revenu de 20 livres sterling serait tenu, sur la réquisition du roi, d’entrer dans l’ordre de la chevalerie, c’est-à-dire de se faire

neme be çonfined , or othenvise molesled or dtaquieted for lhe refusai thereof. (tînmes history, ch. LL)

{4} ibiiL— (5) Ibid.

(6) Th ote tv ho levled tonnage and pûundage tvere de- Clared capital en cm î us* And eveq merchaots who shtml d volontarily psy ihese du Lies , were denorainaied betrayers of englî&h liberty, and public eue mies, (Ibid.)

(7) Ibid., ch. LU.

(8) Ibid.

DIX AXS D’ÉTUDES HISTORIQUES. 6H

enrôler dans Farinée d’occupation T ou bien de payer l’exemption de ce service. C’était tin moyeu de recrue pour les vainqueurs, qui contraignaient ainsi les vaincus à devenir les instruments de leur commune oppression. Charles 1er fit revivre ce décret : il en attendait ou quelque renfort d’hommes ou quelque secours d’argent pour son parti ; mais il fut trompé dans cet espoir. Le temps ir était plus où les subjugués, rendus égoïstes par l’excès de leur misère, s’estimaient heureux d’obtenir quelque garantie contre l'oppression , en trahissant la cause de leurs frères d’infortune, Celte cause leur était devenue sacrée, depuis qu’ils espéraient la faire prévaloir. Ce n’était plus en s’échappant des rangs de ceux qui périssaient, qu’ils voulaient chercher leur saint 5 ils voulaient se sauver tous, ou périr tous (1),

(1634.) 11 était dans les besoins de l’armée campée eu Angleterre d’entretenir des flottes pour ses expéditions et sa défense. L’argent que ces dépenses exigeaient était levé sur les habitants des côtes et des ports, sous le nom de taxe des vaisseaux. Le roi tit porter celte taxe sur tous les hommes du pays à la fois , cl il décréta celle mesure nouvelle au nom de ta sûreté et de l'honneur national {%.

L’honneur national , la sûrcLé nationale..*, que voulaient dire ces mots adressés aux sujets? qu il élaït de leur avantage que ceux qui occupaient le pays fussenl assurés par des forces navales de n’ètre point chassés de leur possession , ci de pouvoir gagner au contraire des possessions au delà de la iner? Les sujets n’eurent pas besoin de longues réflexions pour sentir que cet intérêt pouvait bleu regarder la naLion des vainqueurs, mais qu il ne les regardait en rien. Leur sûreté nationale, c’était de n’étre plus exploités; leur honneur national, c’était de réussir dans ce dessein qu’ils poursuivaient : il n’y avait pas besoin de vaisseaux pour cela.

Le roi , voulant par tous les moyens possibles décourager l’opposition , fit aux légistes de sa cour cette demande : Si , dans les cas de nécessité , pour la défense du royaume , il n’était pas en son pouvoir d’imposer à son gré des taxes, et s’il n’était pas Je seul juge de la nécessité? Les légistes furent pour l’affirmative (3),

Mais , malgré la volonté prononcée du roi , malgré cette déclaration qui donnait à sa volonté une espèce de fondement logique , les esprits courageux ne

(1) Hume1* UiMory, ch. LU-

(2) Ibid.

(3) Ibid*

(5) tniquiUms taxes , lhey sahl , are supporte*! by arbb trary punishmenls; and alJ ibe privilèges of ilic nation

cédèrent point. C’est alors que Hambden parut : il refusa de se soumettre à l’impôt. Il fut accusé, et condamné (4).

A celle condamnation , les su/e fs se soulevèrent tous. Hambden les avait réveillés, au péril de sa for Lu ne et de sa vie, « >'ous avons été des enfouis, u s’écriait- on de toutes parts; alors on nous frappait,

« et nous baissions la tète : nous sommes mainten nant des hommes. Nous avons depuis tant de « siècles vécu pour d’autres , n’csl-il pas temps de « vivre pour nous-mêmes? Nous sommes des mil- « lions , et eux , combien sont-ils (6) ?

(JG40-J Leroi faisait la guerre au peuple d’Ecosse; le peuple anglais se montra mécontent de cette guerre et disposé à refuser tout, aussi longtemps qu’au la poursuivrait. Le roi, dans un discours à la chambre des communes , en parlant des Écossais, prononça le mot de rebelles {G); la chambre se déclara offensée*

La justice était l’arme dont on usait contre les sujets; les communes remployèrent pour leur service : elles accusèrent juridiquement tous les commandants militaires, qui, sous le prétexte de la sûreté ou du repos public > opéraient sur les comtés comme en temps de guerre , tous ceux qui avaient levé la taxe des vaisseaux et les taxes sur les denrées, tous ceux qui avaient pris part aux arrêts des tribunaux extraordinaires. Lotis ceux qui faisaient des monopoles par privilège du roi , et ceux qui avaient jugé Hambden (7)*

Depuis son institution, la chambre des communes avait souvent présenté des suppliques, où elle exposai! les souffrances des subjugués , demandant humblement qu’on y fit quelque attention, et qu’on les frappât d’une main plus légère. En 1640, elle fit dresser une remontrance générale sur l’état du peuple d’Angleterre; mais elle ne l’adressa pas au roi ni aux lords , elle en appela au peuple lui- même. C’était pour la première fois qu’un pareil signal de ralliement était élevé.

On récapitulait dans cette pièce tous tes actes de pouvoir qu'on était disposé à ne pas supporter plus longtemps ; Ton y parlait de ceux qu’on avait nourris jusque-là , comme de gens ovules à qui l’on donnaiL toujours, et qui, loin d'en savoir gré, rendaient Poutrage et l’oppression pour le bienfait. Tout y respirait la haine et la colère. La chambre des communes la fit imprimer et publier sans ïa soumettre à la chambre haute , dont elle regardait

transmitled Lhrough 90 niaoy âges , aiui pnrchased by ItiÇ bjaoii of so many berces and pantois , dûw lie prosirate at lhe fccL of Ibe monarcli, tic is luit one man ; and Lhe privilèges of lhe people , Oie inheritance of millions , arc to variable to lîe sàcrifieed to him, (Uutne’s hisLOt v, ch. HL)

(6) Ibid., ch. LlV.-(7) Ibid., ch. LV,

37i DIX ANS D’ÉTUDES HISTORIQUES*

les affaire» comme à part des siennes et de celles de ses commettants {!)*

Pour établir une barrière entre les intérêts qu’elle regardait comme ennemis , elle ordonna la résistance au pouvoir qu’exerçait le roi de donner des offices aux sujets t et de recruter parmi eux ses armées* Elle voulait que , si Pou en venait aux mains s chacun se trouvât à la disposition de son parti, et qu’il n’ y eût point de coalition forcée des vaincus avec les vainqueurs (2),

Les Mis qui contenaient ces dispositions ne passaient point à la chambre des lords , qui n’avaient garde de rien changer aux anciennes coutumes (Poli dépendait leur existence, et quisc ralliaient à leur chef, au représentant de leurs intérêts communs* C’était leur devoir de se serrer tous autour de lui, et de faire corps tous ensemble contre la révolte de leurs communs dépendants (3)*

Chose remarquable l la chambre des communes alla jusqu’à sanctionner par sa volonté ce refus des tords de participer aux actes qu’elle dressait : « C’est « au nom des habitants de celte terre* leur disaitil die, et pour eux que nous agissons, et nous en <f avons la mission * nous sommes leurs représ en- « lanls choisis par eux* Blais vous, à quel Litre « viendrez-vous vous immiscer dans leurs affaires? « Qu’y a-t-il de commun entre notre naLion et it vous? Vous n’ètes, à sou égard , que des parti- -i culicrs* Nous agirons seuls, nous déciderons seuls; h vous verrez nos décisions ; et si elles vous blésit sent , vous en demanderez compte , et nous it répondrons (4)* n

Pendant ce iemps-là, les partis s’aigrissaient; Pheurc de ia force allait sonner. La chambre des commîmes s'entoura d’une garde; le roi la cassa; et comme on murmurait, pour ne point se déclarer trop tôt ennemi, il offrit une nouvelle garde sous les ordres d’un de ses officiers ; mats la chambre refusa celle offre, lui donnant à entendre que c’était lui et les siens que ses membres avaient à craindre {aj,

(IG42*) Cinq membres des communes furent accusés, au nom du roi, d’avoir voulu renverser l'ordre de choses établi dans le pays , priver le roi de son pouvoir, le rendre odieux aux sujets, et soustraire à son obéissance une partie de scs soldats* Hambden

(1) Hume^hUlory , ch. LV,

O) Ibid,

(ô) Ibid.

(4) Thaï ihey Lbomsolves were the représentative body of Lbc whuk kiiigdom, and that the peert were nedhing but ittdividuals , whoheïd ihcîr scats fa a pankular capaciLy.

(5) They absohitely refuscd llie offerand were well pleasad to insinuate *hal theîr danger chkfly aroac frcmi the King hhmçlf, (Ibid.)

était parmi les accusés. La chambre prit sous sa sauvegarde la liberté de ses membres, et refusa de les livrer au sergent d’armes* Le roi vint en personne, cl la chambre renouvela son refus. Les accusés se retirèrent dans la Cité , et les bourgeois en armes les gardèrent tonie la nuit (6)*

Le lendemain, le roi se rendit au conseil commun, et de tous côtés , sur son passage, il entendit retentir les cris de privilège} privilège du parlement f C’était la manière dont le peuple exprimait qu’il s’unissait de volontés avec la chambre des communes (7)*

Le peuple des provinces envoya en foule des adresses aux communes ; Pon demandait à s’armer; Pon jurait de vivre et de mourir pour leur défense (S).

Les choses en étaient venues au point que l'épée seule, qui juge en dernier ressort, pouvait décider entre les parties . Il fallait que l’événement d’un combaL anéantît ou fit revivre ce qu’un combat autrefois avait fondé* Les communes firent des magasins d’armes ; elles enjoignirent aux officiers de farinée soldée de ne recevoir d’ordres que d'elles , afin que ceux qui étaient sujets par naissance rentrassent dans leur parti naturel. Elles envoyèrent de semblables messages aux gouverneurs des ports et des fortereses* Le roi sc retira à jfork (9).

Ï1 cherchait un campement favorable et rasscm* Mail ses forces. De toutes parts, ceux que leur naissance faisait scs compagnons d’armes vinrent se joindre à lui , cl l'exhortèrent encore à ne point souffrir que leur ancienne domination se changeât en dépendance (10), Les communes tentèrent, pour ia dernière fois, un accommodement impossible ; elles voulaient faire souscrire un Mil, dont la première disposition était que les sujets eussent des armes*

Le roi refusa* « Je suis roi, disait-il , je suis le u chef de vos maîtres , et vous voudriez me faire ce « que vous êtes. Vous me laisseriez mon litre , le « titre de ma condition naturelle; mais je ne serais ^ en réalité qu\m homme. Piu lût la guerre qu’une a pareille paix (1 !). «

Alors touLe transaction fut rompue* Les sujets s’armèrent, en invoquant leurs besoins, leurs volontés et leur union* Le roi, attestant sa fortune passée et sa longue domination , Dieu et son droit , éleva

(6) llume’s hïstory, ch, LV.

(7) ïbîd.

(&) Ibid*

(9; Ibid*

(10J ExîiorLed him Lo save hîmself and ihcm , from tlut innommions sîavery wïih whïch they wc rc threatetmï* (Ibid.)

(ÎÎJ «t Sbottid | pi^nt thèse demanda, ihc tïtle of majesiy « may be conUmird Lo me, but as Lrue and real power,

« 1 should romain but lhe mil aide , but the pîeture, but the

D IX AXS D'ÉTUDES H1S10RIQU83* tfïô

près de ftottingham F étendard du chef normand , signal de la guerre déclarée au pays ( 1 ).

Chaque personnage dont les aïeux s'étalent trouvés enrôles dans l’armée d'invasion quittait son château pour aller dans le camp royal prendre le commandement que son litre lui assignait, Ces habitants des villes et des ports se rendaient en foule au camp opposé* On pouvait dire que le cri de ralliement des deux armées était, d'un côté , oisiveté et pouvoir, de Tau Ire travail et liberté : car les désoeuvrés, les gens qui no voulaient d'aidre occupation dans la vie que celle de jouir sans peine, de quelque caste qu'ils fussent , s'enrôlaient dans les troupes royales, ou ils allaient défendre des intérêts' conformes aux leurs; tandis que les familles de îa caste des anciens vainqueurs, que l'industrie avait gagnées, s’unissaient au parti des commîmes (â).

C’était pour ees intérêts positifs que la guerre se soutenait de part et d’autre. Le reste n’était qu'apparencc ou prétexte. Ceux qui s'engageaient dans la cause des sujets , étaient pour la plupart presbyte* riens , c'est-à-dire que , même en religion , ils ne Voulaient aucun joug* Ceux qui soutenaient la cause contraire étaient épiscopaux ou papistes : c’est qu'ils aimaient à trouver, jusque dans les formes du culte, du pouvoir à exercer et des impôts à lever sur les bommes (5),

(1645 — 1646,) Le parti royal fut vainqueur à Stratton , a Roundwaydown ? à Üropredy-Brigdç, et défai L zEdgehilf à Marstonmocre, à ISewbunj> et enfin à Naseby 14),

Dans chaque province que travci’saït l'armée qui combattait pour l'an etc une domination, elle faisait sentir aux hommes qu’ils étaient reconquis; elle s'arrogeait leur propriété : l'armée du parlement respectait les possessions et les hommes; sa présence les affranchissait (y).

Parmi tes prenne rs^ il régnait une discipline sévère, la subordination des anciens conquérants ; chacun avait sa place marquée d'avance ; il s’y tenait, reconnaissant ses supérieurs aussi bien que ses subordonnés, Parmi les autres, il y avait souvent des divisions et des désobéissances* C'est que chacun d'eux, dévoué à l’in dépendance de tous, voulait l'anticiper pour lui-même, et goûter au moins îa liberté, sur le point de mourir pour die* » Nous ne sommes

if siftu of a kroft, * War on any lerms was eiléelned by ibo king and hh counsellors prêtera bl a lo so îguommious a ï»eace. (Haine1* hîslory, cb, LV.)

CI) Ibid,

{% Ibid,, ch. LVÏ*

(û) The wliig* considéra) ail rc3 i jjlnus 0|ti n rorss vvkh a view to poliûcks. Evcrt in litgir baLred ofihe pepery ihey dîd not ïo mnch regard the supcrgU lion or ïmputed idolatry oF thaï

u pas, disaient-ils , des janissaires, des soldats dont ü on dispose parce qu'on les paye (6) ; » etees bandes sans ordre renversaient des ba taillons ranges*

Des conférences furent plusieurs fois essayées , mais sans succès. Les sujets demandaient toujours de rester armés; le roi s’obstinait à vouloir que ce droit ne fût que pour lui seul et pour les siens* La guerre continuait.

(1648. ) Enfin , après une déroute, le roi, poursuivi par les parlementaires, tomba dans le camp des suj'e ts d’Éeoss c, q u i le l i vr èr ent aux suj ets d 'A ngle terre* Il se réfugia dans Hle de Wight; il y fut saisi et emprisonné (7).

Le général ennemi était captif; que devait faire le parti victorieux ?

Chaque officier de l’armée défaite intervenait dans cette guerre . non point seulement pour le compte du chef , mais aussi pour son propre compte : la guerre devait continuer ; et de plus* le fils du chef était là, et l'usage le faisait son successeur.

Ainsi donc , de quelque manière qu’on disposât du prisonnier, les choses restaient au même état; toujours Î1 fallait que la querelle achevât de se vider.

Les etrangers qui avaient envahi ['Angleterre massacrèrent ceux qui ne pouvaient supporter de devenir des machines à les nourrir. Les Anglais, s'affranchissant après six siècles, ne devaient point voir là un exemple pour eux-mêmes . Ils avaient à offrir à leurs conquérants vaincus un asile et le travail, et sî dépareillés offres étaient refusées par eux, à tes renvoyer hors du pays*

( 1610, ) Malheureusement , dans les querelles des hommes, l’humanité se fait rarement en tendre ; après les violences nécessaires , viennent les représailles inutiles* Le roi fut jugé et condamné à mort.

Il n’v avait d'autre motif naturel de cette sentence que la volonté de ceux qui avaient vaincu. JYous voulons que le captif périsse : à un pareil arrêt point de réponse possible; il ne reste qu'à se soumettre.

Maïs, peut-èl re par un besoin qu'éprouve la conscience de trouver un appui dans la raison, les juges motivèrent leur vouloir : « Charles Stuart ayant été k fait roi d'Angleterre, ayant reçu en dépôt un pou- « voir limité , a fait la guerre au peuple et à ses reit présentants, dans la vue d'agrandir ce pouvoir et k de le changer en tyrannie* À ces causes, nous

unpopuUrseci as its leiutency lo esiabïïih arbitrary power jr Ihc s ta le. (FüîPs bis tory of die ndffïi of James the second d

(4) T-Iimic’s htèïory, ch. LVI, LVli, LYIJL

(5) Ibid., cb. LVÎJL

(0) T ht y wenr not , Ihey sa kl , mere jam/aiies ; me rtcnary troops cnlîslcd for bire , and to be diqmsed of aL iba will of theîr paymnMcrs, (Ibid-, eh. LIV,)

(7' Ibid.

DL* ANS D'ÉTUDES HISTORIQUES

" l'accusons comme traître (i),n Tel fut le discours du solliciteur, parlant au nom des communes* Dans ce peu de mots tout était faux *

Ce notaient pas les #«/e/sqm avaient fait Charles Stuart roi d'Angleterre; sa naissance lui avait Iran s* uns le titre de son père. Aucun pacte n'avait ëlé fait entre lui et ceux sur lesquels il avait exercé le pouvoir. Le pouvoir lui était échu par hasard, et non par accord. Le prisonnier savait mieux les faits. « Je suis ko j par héritage , répondait-il ; ce n'est « pas de vous que je tenais ce que j'ai revendiqué , « c’est de l'ordre suprême des choses (2). »

Ce traité supposé, que les sujets mettaient en avant, était de nature à se retourner un jour contre eux. Le fils du condamne pouvait dire à son tour, s'il était vainqueur : <i Le contrat laciLc qui existait u entre vous et mon père , par la seule raison qu'il ü était fils de Jacques , existe entre vous et mot , h parce que je suis son fils. J'ai le droit , de votre h propre aveu, de disposer de vous et de vos biens, « dans la mesure que vous aviez proscrite a tu an « prédécesseur. Je m'empare de ce droit selon vos « paroles. La justice que vous avez exercée eonlre ii lui, je l’ai par cela même contre vous. Il est mort h légalement . disiez-vous , pour avoir prétendu à « plus de pouvoir; vous aussi, vous mourrez léga- « Iemeni, si vous prétendez à plus de liberté* »

SLR LE CAftÀCTÈDE DES GUANOS HGHSEE3 DE LA. DEVOLU’ Tl ON DE 1040.

A propos d&VII Moire de Cromwell par K- vllieimiii (3).

Sous le nom d'Jnstoirede Cromwell . JL Villcmain a écrit Fhistoire complète des révolutions d'Angleterre, depuis le commencement des débats entre l'opi n î on p u Ld i que et le roi (jba ries Ier , j usq u ’ au retour du roi Charles IL Cromwell figure sur celle grande scène , parmi beaucoup d'autres hommes. L'auteur ne pouvait pas Vy présenter seul ; et T si Cromwell n'y parait pas dominer tout ce qui i'en-

(t) The solîcîior in lhe name of commom represeo- « letf; lhat Charles Stuart, being admîtteii kinç of Kngfànd, ii and inttosted w Elh a timited power ; yet ncvenhdess, tp from a wickfid design to erecl an unlimiled and tyranu nical gpverntnciil , had Irailorously and maliciously * leviéd war againsl lhe présent parlement , and lhe ts people whomihcy represetiled and was lhe refore impeah ched ai atyrantilraHor, murdcrerjelc.^Ctlüme’s hislory,

« eh. 1.1X0

toure, c'est la faute des faits et non la sienne. Pour un historien sincère et juste , Cromwell n'est point le héros de sa propre histoire, Cromwell a un rival dont la destinée heureuse ou malheureuse affecte plus Lime du lecteur que des batailles gagnées, des tours d'adresse ou des coups de force ; ce rival , c'est la liberté ; la liberté déjà pleine de vie dans le coeur des hommes énergiques, lorsque Cromwell n'est rien encore 5 la liberté, plus grande que Cromwell dans ses grandeurs , même quand il la lieuL sous lui abattue et expirante.

Des critiques se sont plaints poétiquement que la grande figure (c'est ainsi qu’ils nomment Cromwell) n’apparaissait pas assez dans cet ouvrage. Pour donner quelque valeur à cette remarque, il eût fallu citer les endroits précis du livre où l'apparition aurait dû se faire et ne se faisait pas ; il eût fallu, pour parler nettement* mettre sous les yeux du public les faits altérés on les circonstances omises, Sans toutes ces précautions, le reproche fait à l'historien est nul; et il semble ne lui avoir été adressé que pour te plaisir de hasarder ce mot pompeux de grande figure , qui eslune insulte à la révolution de 1640e taux révolutions qui ont eu le même sort,

11 n'y a peut-être pas de pays où l'on ait moins lu qu'en France les faits de l'histoire de Cromwell, et il u'y a pas de pays où l'on affirme plus intrépidement que Cromwell est grand. Ü ne faut qu'un peu de mémoire pour découvrir d'où nous vient cette opinion consacrée , et qu’elle est pour nous une partie des traditions de l'ancien régime. Dans le temps où l'Anglais Sîdney , chaque jour de sa vie , appelait Cromwell tyran , et agissait en conséquence de cette malédiction répétée (4), dans ce temps-là le ministre français Mazarin le saluait comme le génie du siècle , et le roi de France Louis XIV se tenait la tête découverte en parlant à ses ambassadeurs (h). Voilà les opinions imposantes , sans doute, qui ont formé la nôtre. Ce jugement de Siduey a disparu devant ces grandes autorités. Qu'est-ce en effet qu'un factieux eu présence de deux hommes (V État ? de quel poids peut être la raison de celui qui n'a su que mourir pour ta liberté, devant la raison de ceux qui ont su gouverner en paix et longtemps? Sidney, il est vrai , a pour garant de son jugement sur Cromwell la conscience du peuple anglais

(2} That he him&eîr was lheir iiejilüita n t kimg; nor was lhe whote aulhorUy pf *lhe siale eulitled W iry hîm , who derîved his dignity from lhe suprême Majesty of heaveiu Thaï ihose who arrogaicd a tille 10 sil as hîa judgea s were liorn hts suhjects. (Qu me1! hislory, ch. LïX.)

(3) Article inséré dans le Censeur Européen (journal) , Etuméro du 31 juin ISIO.

{ 4 ) Uisloire de Cromwell, t, II, p. 230.

(5) Ibid., L 11, p. 301.

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énoncée par dix ans d’insurrections continuelles. Mais aussi Louis XIV et Mazarin ont pour eux Christine, reine de Suède, qui admirait Cromwell d’avoir chassé le parlement (1); le roi de Portugal , qui le nommait tendrement son frère (2) ; le roi d'Espagne , qui rengageait à se faire roi, et lui offrait ses secours (3); et le prince de Conti , qui parlait de Richard , fils de Cromwell, comme du pins lâche des hommes, parce qu’il n’avait su être que citoyen (4).

Ce n’est pas un paradoxe de dire que le prestige qui s’attache au nom de Cromwell , dans l'esprit rte ceux qui ne connaissent de lui que son nom , est l'ouvrage des hommes du pouvoir et des écrivains pour Le pouvoir, Clarendon , éloigné de P Angleterre durant toute la révolution , admire , en rentrant avec Charles lï , l’anéantissement delà liberté, rabattement des esprits, la facilité de l'obéissance, l'énormité des taxes et de l’année; et, à cette vue, il célèbre dans un livre, écrit pour le roi, les grandes choses que l’usurpateur a faites. Le poète Cowley, qui avait assisté à la création de ces grandes choses, et qui en avait subi sa part , n'en est pas aussi joyeux que le lord Clarendon ; quand il veut parler du Protecteur , il ne trouve sons sa plume que ces mots d’une énergie sombre : « Cet homme se jouait de nos souffrances, » Le nom du héros de Mazarin a été, durant sa vie, fort à la mode dans les cours, et fort peu chez les nations* Nous n’étions pas une nation alors ; mais le peuple de Hollande en était une ; et P on peut voir , dans les livres du temps , ce qu’on y pensait * ce qu'on on y disait du destructeur de la liberté anglaise, Nous sommes une nation aujourd’hui ; ce n'est pas une raison sans doute pour croire ce que les nations ont cru, mais c'en est une pour lire sérieusement , pour penser d'après nousmêmes, et pour secouer le joug des admirations de Rouis XIV , et des anathèmes du prince de Conti,

Nous aimons la liberté, nous la cherchons; et le nom de ceux qui l’ont aimée, qui Font cherchée, est aussi inconnu de nous que s’ils n’a valent pas existé. Combien d’entre nous eon naissent Ludlow , Harrisson,Yane, ÎInstcrig, et même le grand Sidney? Une bouche française aurait peine à prononcer ces noms étrangers ; mais nos enfants apprennent à bégayer le nom du protecteur Cromwell. Le Gaulois Pavait bien dit : u Malheur aux vaincus! » L’opmon humaine est souvent infidèle à la eau se de P humanité même* En présence du vainqueur d'une révolution, quand le champ de bataille est déblayé, quand le triomphateur est le seul homme qui soit debout et qui se montre , le souvenir de cette grande défaite

tl) Histoire de Cromwell, L If, p. 400.

12) Ibid*, p, 410, — (3) Ibid,, p. 5.

$e réduit bientôt dans notre esprit à quelques espérances trompées , à quelques convictions démenties* a quelques chimères évanouies. Notre intérêt , qui veut toujours s’attacher a quelque être sensible, se retire sans peine de ces objets métaphysiques , et , faute d’aliment , il se livre à la fortune du vainqueur, à la fortune de notre propre ennemi, Nous jouissons de sa joie ; nous melons notre voix aux acclamations qui proclament notre néant. Tel est le fatal entraînement de la sensibilité humaine : les Français en ont fait l'expérience. •

Mais sachons que ce ne sont point de pures abstractions que ces espérances, ou, si l'on veut, ces chimères de liberté, à la destinée desquelles nous savons si difficilement compatir* Elles avaient pris racine dans des cœurs d'hommes; elle s’y étaient attachées invinciblement; elles n'ont pu cesser d'exister, sans que ce$ cœurs aient cessé de battre* Voilà le Souven ir que nous ne devrions jamais perdre.

Le mérite de M * Vilkmain est d'avoir etc plus juste que la destinée aveugle, et d'avoir relevé ceux qu'd le avait couchés par terre : historien du vainqueur, il s'est fait l'ami des vaincus; il a mis sous nos yeux, à côté du triste spectacle des défaites de la liberté f le tableau de ses luttes diverses s et des vertus qui la défendaient* La constance et les malheurs des patriotes , les protestations énergiques des villes , la résistance d'un simple marchand, les sou (Iran* ces obscures d'un écrivain , occupent une grande place dans ses pages. Il n’a point oublie de signaler les grands caractères et les entreprises périlleuses de ceux qui s’indignaient que la liberté anglaise fût perdue, après tant de sang versé pour elle* Ceux qui ont critiqué son ouvrage ont peu remarqué ce soin, qui est l’un des meilleurs titres de l’an leur à l'estime publique. Parmi tant de caractères heureusement tracés, le seul qui paraisse avoir frappé les yeux , est celui de l'amiral Blake. Est-ce parce que Rlake commande, est victorieux, et coule à fond des vaisseaux hollandais? Est-ce parce qu'il répétait» ses marins uqu'iïs ne devaient point se mêler de ce qui se passait à Londres , et ne s'occuper que des étrangers (3)? n Scrait-ce donc, en effet, le type de l'homme public, qu'un général gagnant des batailles, et portant en lui cette impassibilité politique, qui fait illustrer le despotisme d'un maître, au nom de la gloire de la patrie ? Nous ne le croyons pas » et malheur à la France, si elle le pensait encore 1

l>ourquoi n’a-t-on pas remarqué plutôt ce Bradshaw qui, lorsque Cromwdl venait de chasser le parlement, lui disait en face : « Le parlement n'est pas dissous ; sachez qu'il n'y a sous le ciel d'autre auto-

(4) Histoire de Cromwdl* t* II, p* 537.

13} Ibid*, p. 207,

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rilé que la sienne , qui ait le pouvoir de le dissoudre (î)?« Ce Ludlow, qui disait au fils même de Cromwell : u Je détesterais mon propre père s'il était à la place du vôtre (2 J ; j> qui , menacé par Cromwell d'être envoyé à la Tour, lui contestait avec calme le droit d'ordonner une arrestation, et disait : «tfo jnge de paix le pourrait, car il est autorisé par la loi; vous, vous ne Têtes pas (3) ; » qui se crut coupable d’avoir une place, aussitôt que la liberté fut vaincue , et répondît à T objection banale, qu’ci» abandonnant sou poète il perdait l’occasion de faire du bien : h C’est un mal que d'aider à l'usurpation de Cromwell, et je ne veux pas faire le mal, dût-il en résulter quelque bien (4)? Ce Harrisson, qui, <1 pour son compte, voulait être pauvre et persécuté (3) ; qui bravait la haine de Cromwell , sans fléchir et sans se plaindre (6)? » Cet Hutchinson, qui , pressé par Cromwell d'accepter un poste et des faveurs, répondait : « Je ne veux pas m’enrichir en servant a l'esclavage de mon pays (7)$» Cecoloml Rieb qui, cité devant le conseil d’Élat de Cromwell , refusait obstinément le serment de ne rien entreprendre contre sa personne et son pouvoir (B)? Ce Sidney , « inflexible sous Cromwell comme sous Charles lrr (9)? » Ce Lïlburn . mutilé par ordre du roi Charles 1er, pour avoir osé écrire, cl qui, marqué ainsi de la réprobation de la tyrannie, la bravait encore, en écrivant sous Cromwell? La tyrannie ne Toublia pas; u il mou rut en prison, dit éloquemment M. Vi demain , martyr de la liberté sous tous les pouvoirs, et traité d'esprit chimérique et insensé par ceux qui ne conçoivent pas la résistance contre le plus fort. i»

Tous ces hommes, et bien d’autres encore dont on pourrait citer les noms , habitèrent les cachots sous Cromwell ; et ceux d’entre eux qui survécurent aux souffrances de l'emprisonnement, et qui ne purent s’échapper de leur pairie, ensanglantèrent les échafauds sous Charles IL

Voilà ceux pour qui furent les malheurs t veulon savoir ce qu’est à côté d’eux celui pour qui fut la fortune, et pour qui maintenant on semble réclamer la gloire? M suffit de le suivre dans ses actions, et de rapporter quelques-unes de ses paroles; on décidera entre eux et lui.

Déjà, en 1644, Cromwell , simple officier, cherchait à nuire à la liberté, en excitant la mésintelligence entre les Anglais et les Écossais qui étaient venus au secours des Anglais contre les prétentions de Chartes 1er. En 1646, il était lieutenant général : des clubs de citoyens armés s’étalent réunis pour

(1) Histoire de Cromwell, 1. 1, p, 387.

(2) Ilrid,, »a p. 67.

(B) Ibid., p. m.

(4) Ibid, j p. 27.

préserver les propriétés du pillage inséparable de la guerre; Cromwell les dissipa en plusieurs lieux; et quand il éprouva de la résistance, il les fit charger par ses soldats. En 1648, quand le parlement, ; voyant la fin des hostilités vernie et le rot prisonnier^ voulut licencier Tannée, Cromwell excita ouvertetement T esprit de sédition dans les troupes ; il cherchait à corrompre les officiers , en leur disant que c’était une chose misérable que de servir un parlement, et qu’il valait bien mieux être à la solde d’un général ; il répétait indécemment que les députés ne se tiendraient pas tranquilles, avant que Tannée leur eiU tiré les oreilles. En 1647, Cromwell s’empara du roi Charles Ier, prisonnier des Anglais, et négocia avec lui pour lui vendre l’appui de l’armée contre les Anglais. 11 promettait de purger la chambre des communes, de manière à lui donner la constitution nécessaire à l’intérêt de sa majesté.

En 1648, quand de jeunes citoyens de Londres vinrent à la porte de la chambre des communes, pour présenter des pétitions contre le pouvoir militaire, et demander que la chambre fit, au nom de la nation, un traité avec Charles Ier, Cromwell, a la tête de scs dragons, les chargea à travers les rues, criant aux soldats de n’épargner ni les femmes ni les enfants. La même année, irrité de ce que le roi traitait avec des envoyés des Écossais, il souleva l’armée contre lui, et après avoir chassé tout ce qirii y avait d’énergique dans la chambre des communes, et subjugué le reste par la terreur, il fit conduire à Tééhafaud, en vertu d’un arrêt du parlement, celui avec lequel il avait négocié contre ce même parlement.

En 1649, il fil sabrer et Fusiller les hommes de son armée, qui, se souvenant d’avoir conibatlu pour la liberté, la réclamaient au nom de l'Angleterre. En 1660, Ü exerça en Irlande le droit de guerre des temps de barbarie, passant au fil de l’épée les garnisons qui se rendaient; devenu maître du pays, il en relégua les habitants dans une seule province déserte et inculte, où ils eurent ordre de demeurer sous peine de mort, et il partagea le reste de la terre à ses soldats. En IGîSi, il voulu l se faire roi ; «i Votre projet, lui répondirent ceux à qui il se confia, est opposé aux vœux de la nation; vous aurez contre vous neuf personnes sur dix, j>“

" A la bonne heure, dit Cromwell ; maïs si je désarme les neuf premiers et que je mette une épée dans la main du dixième, cela ne fera-t-il pas l’affaire ! » En 1634, la Tour de Londres était remplie de républicains prisonniers. En 1633, dans une

{3} Histoire de Cromwell, L. 11, p, 457,

(6) IbirL.p. 23,

{7) Ibid. , p, 310.

(8) Ibkt. jp .62.— (0) Ibid., p, 48.

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^aiise ou Cromwell était intéressé * il fit assigner le jury par ses ordres particuliers; un juge congédia ce jury illégal; le protecteur accabla de reproches cet homme courageux et laissa échapper ces mots : u Vous n’ètes pas fait pour être juge. » En lfb>6* il fil répandre des menaces contre les électeurs qui donneraient leur suffrage aux hommes qui ne lui étaient pas dévoués* Il chassa cinq fois* à main année, les députés de la nation; il emprisonna une première fois onze députés* puis trente-neuf, puis enfin tous ceux des anciens patriotes qui ne voulurent pas s'associer à sa tyrannie, et les officiers qui, après avoir servi le parlement, lui étaient suspects par leur inaction*

Il foula impitoyablement aux pieds les deux garanties fondamentales de la vie sociale, la liberté de la pensée et la justice dés jugements* 11 fut sourd aux plaintes des amis de la patrie, qui, lorsqu’il fit les premiers pas dans le pouvoir, lui criaient par la bouche de Millon : « Respecte l’espoir de la patrie; respecte la présence et les hlessures de tant d’hommes courageux, qui ont combattu avec loi pour la liberté; respecte l’opinion des autres peuples, et les grandes idées qu’ils se forment de cette république que nous avons si glorieusement élevée, » Mais ceux qu’il persécutait étaient calmés au milieu de leurs traverses, et lui il était inquiet comme s’il se fût cru condamné à la mort par un arrêt de l'humanité, obligatoire pour tous les hommes, et qu’à chaque instant il eût attendu le bourreau. Sa mère ne pouvait entendre un coup d’arme à feu sans tressaillir et sans le nommer; et il ne marchait jamais qu’armé sous ses vêtements.

Dans l’article sui vant, nous considérerons le caractère général des partis dans la révolution anglaise , comme nous venons de considérer le caractère des individus : Fourragé de M* Vi demain nous parait encore remarquable à cet égard*

in.

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