‹ ŒuvresChapitre 57 sur 94 · SUITE DU 11ÉME SUJET · texte numérisé non relu

SUITE DU 11ÉME SUJET

Caractère des partis politiques* — tm déistes. — Les presbytériens* — Les indépendants. — Les royalistes. — Les militaires. — Le peuple (1)*

Quel a été le talent de Cromwell? quelles ont été les fautes de Charles l*T? Comment l’un a-t-il gagné la puissance; comment l’autre l’a-t-ïl perdue? Esi-ee

{1) Censeur Européen du ta juillet tSlO.

Fhypoerisie ou le fanatisme qui ont fait la fortune du premier; est-ce un recours trop brusque à la force, ou remploi mal avisé de la ruse, qui ont défait la fortune du second? Voilà des questions qu’on entend souvent proclamer comme les points fondamentaux que doit résoudre Flustoire de la révolu Lion anglaise. Ces divers problèmes fourniraient sans doute de bons préceptes sur Fort de devenir despote, et sur Fart de se maintenir despote; mais il n’est pas facile de dire quel profit en pourraient tirer ceux qui ne 'prétendent qu’à vivre en paix avec autrui et avec eux- mêmes. D’ailleurs , ce n’est point de Charles Stuart ni d’Olivier Cromwell qu’il s’est agi dans la révolution d’Angleterre; c’est du peuple anglais et de la liberté.

Infortunes royales! génie des fondateurs d’enrprres ! voilà les mois qui ont encore le plus de prise sur noire pitié ou sur noire admiration. Que les malheurs d’un roi soient pour lus rois plus touchants que ceux d’un nuire homme; qu’aux yeux des courtisans de César ;le génie de César, qui les engraissera dans le repos, soit le plus puissant des génies, cela se conçoit : mais nous, citoyens fils de citoyens, quel le autre mesure pouvons-nous donner à notre intérêt ou à notre enthousiasme, que la grandeur des infortunes et la moralité des actions ? Les misères personnelles de Charles Stuart, que sont-elles devant les misères collectives du peuple anglais ? Qu’est-ce qucFastuce de Cromwell, devant la grande idée de la liberté? Le roi a péri : mais combien d’hommes ont péri pour l’autre cause l Les familles des patriotes ont payé cher une seule espérance. Le roi est mort : mais le peuple , qui ne pouvait mourir* fut obligé de contempler dans lui-même l’instrument de sa propre servitude; il vit les enseignes de la pairie foulées aux pieds par des traîtres, et le nom de la liberté inscrit par dérision sur les sabres de scs vainqueurs.

Nous devons dire que M. Ville main n’a point méconnu L’existence du peuple au gl ai s, co naine premier agent et premier objet de la révolution d'Angleterre. Ce peuple avait longtemps gémi sous le poids d’un gouvernement qui vivait de lui, mais non pas pour lui. Il implora du soulagement, et ne reçut pour réponse que des menaces, 11 fit des efforts qui furent punis corn me des crimes. En 1640, fort de sa longue indignation, il se leva enfin, regarda ses maîtres en face, et leur proposa, d’égal à égal, en échange des hostilités de l’oppression, un pacte de raison et de justice : il fut éconduit, trompé; et alors il en appela à l’épée, comme au dernier des arbitres* On combattit, et la liberté Fut victorieuse* Le chef du pouvoir se rendit; il devint alors plus traitable, et ses vainqueurs commencèrent à stipuler avec lui les conditions de la paix*

THIERRY

DIX ANS D’ÉTUDES HISTORIQUES

Yoiià in première époque de la révolu lion ^Angleterre,

Mais, durant les distractions de la guerre , la liberté fut oubliée, par ceux même qui combattaient pour elle. Ils voulurent rester armés et se Faire obéir des citoyens. On S'indigna, et pour seule réponse, ils proposèrent leur secours à renne mi; ils offrirent au roi de le relever de ses défaites, et de lui rendre la puissance, sous lu condition d’un partage, Les débats produits par ce complot remplissent la seconde époque, [/année voulait se vendre cher; le roi vouiait l'acheter à bas prix. Le roi tenta sous main d’autres alliances; mais il était faible, Farinée était forte : Farinée résolut de le punir; et, prenant sur elle seule Je soin de ruiner la liberté naissante, elle sacrifia à sa fortune celui q.u*eUe avait voulu s'allier*

Depuis ce temps, l’armée régna comme avait régné la cotir; elle régna avec des chances diverses de licence pour les soldats et de despotisme pour les chefs; mais l’oppression des citoyens fut uniforme et constante ; telle fui la troisième époque.

La quatrième époque s’ouvrit à la mort du général Cromwell, par des divisions dans Farinée : Fesprit de liberté reparut dans le peuple ; mais Far ruée, à cette résurrection menaçante, se reporta vers le vieux projet d'une ligue avec les royalistes; un chef eut [-honneur de l'accomplir, et il eut aussi l’honneur de ne comprendre que lui-même dans le traité, et de vendre ses compagnons d’armes en même temps qu'il vendit le peuple. Voilà les faits dont la suite remplit les vingt ans de la révolution d'Angleterre, depuis l’année 1640, jusqu’au 39 mat 1660, jour de rentrée de Charles IL

C’est dans le cercle de ces événements qu’ont agi les partis divers que rhistoîre a distingués, savoir : les déistes, les presbytériens, les indépendants, les royalistes, les milita ires, et enfin le peuple, parti composé du vulgaire des autres, espèce de centre commun où ils aboutissaient tous, et se rencontraient par leurs nuances les plus faibles* La secte des déistes fut la moins nombreuse, la plus pure en raison, et non la moins énergique ; elle comptait Sidory dans scs rangs. L'idée qu’elle se faisait de la liberté était haute et vaste* La liberté lui apparaissait comme simple et universelle à la fois, comme n’appartenant h aucun régime, mais pouvant être sous plusieurs, comme le résultat de la raison et de la volonté humaines, non d’un arrangement Fortuit et passager* Les presbytériens croyaient la liberté nécessairement éloignée d’un peuple par la présence de la discipline épiscopale, et surtout par le culte catholique; hora de ces exclusions, ils la reconnaissaient compatible avec diverses formes, soit politiques, soit religieuses. Mais les puritains ou les in¬

dépendants ne lut accordaient d’asile que dans une seule forme, la religion sans sacerdoce, et le gouvernement sans chef unique. De ces trois sectes, la première fut toujours également calme et ferme; il ne pouvait y avoir de fanatisme pour ceux qui n’excluaient rien. La doctrine des presbytériens, au contraire, n’était pas sans péril pour la raison; sa proscription de l'épiscopal la rendait haineuse et passionnée : sa tolérance sur tous les autres points, peu philosophique, parce qu’elle n’clail pas universelle, dégénérait facilement dans un scepticisme indolent , et dans une tendance lâche à suivre la fortune. Wluleloeke déserta vers Cromwell, Hoilis déserta vers Charles 11; tandis que Sidncy, placé plus haut , n’espera et ne craignit rien du hasard qui dispose du pouvoir : ni les parlements, ni le dictateur, ni les conseils militaires, ni le roi, né purent arrêter un moment scs yeux fixés vers la liberté. Les puritains, qui resserraient l’idée de Findépendance dans le cercle étroit d’une formule précise, et Fy retenaient pour ainsi dire captive, devaient faire trop facilement l'équation fausse de la liberté avec le symbole exclusif on ils la localisaient. Il est vrai qu’aspirant sans cesse à un objet fixe cl sensible, l’esprit de là plupart de ces hommes contracta une habitude remarquable de détermination et d’énergie. Us furent dupes de la confusion de leurs idées; mais ils acceptèrent noblement les persécutions sous la république, et I échafaud sous Charles TL

Les royalistes, ennemis de tous ces partis, les combattait, soit en haine de la liberté, soit par h crainte d’une concurrence d’ambition, soit par affection pour la personne ci la famille de Charles Stuart, Celte dernière espèce de royalistes parut être la plus rare. Ce que la plupart aimaient , ce n’était pas le roi; c'était la royauté, c'était le pouvoir de signer des brevets et do donner des pensions. Leur culte intérieur était pour cc pouvoir; leur idolâtrie adorait la couronne qui en était le signe visible. « Mon fils, disait le vieux Windham. u soyez fidèle à la couronne; je vous recommande « de ne jamais abandonner la couronne, quand « même vous la verriez suspendue à un buisson. ?■ Voilà quels furent les partis ; quant au peuple que nous avons compté parmi eux, et qui participait à la fois de la nature de chacun, U parut successivement, et selon les chances de la fortune, tout presbytérien, tout indépendant, tout royaliste. Le besoin de faire des acclamations lui fit célébrer toutes les victoires ; mais si chaque formule figura dans son langage, aucune ne pénétra jusque dans sa conviction. Le peuple fut égoïste, comme il devait l’être. 11 n’eut d’attachement que pour son intérêt; en revanche, son intérêt fut également méprisé

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par tous ceux qui gouvernèrent , cl qui applaudit tour à tour.

Revenons à ITiistoîrç de Cromwell, L’indication de quelques passages du livre qui fait l 'objet de cet article rendra plus frappantes les quatre époques que nous avons distinguées dans les vingt années de la révolution anglaise. Au moment de la défaite des royalistes et de la reddition de Charles Ie1', IH* Vi demain montre l'année parlementaire déshabituée delà vie civile, et ne voulant plus que la guerre et des grades. Quand le roi fut enlevé par l'armée, le parlement réclama son prisonnier, le général Fairfux engagea Charles à retourner de luimème ; le roi refusa : « XI. 3e général, dit-il, j'ai dans l'armée autant de crédit que vous U), f Le roi trouvait en effet dans le camp et de l’amilié et des égards. Les officiers lui faisaient leur cour, et il faisait sa cour aux soldats (i). Il traitait presque d'égal à égal : « Je dois jouer mon jeu autant que je puis « , disait-il (5). AIuïs d joua si mal son jeu, qu’il souleva contre lui ses alliés futurs ; ce fui la cause du sa per Le.

Après la mort de Charles Ier, l'oppression de Farinée se fit sentir ou peuple, et l'oppression du chef à l’armée. Des pamphlets dénonçaient aux citoyens les secondes chaînes de la Grande-Bretagne, tandis que Cromwell fusillait les soldats qui s'avisaient de revendiquer leurs droits d'hommes libres (4) ; mais les royalistes étaient protégés et accueillis* Ludlow, emprisonné à la Tour, reçut la visite d'un noble Irlandais , qui lui offrit ses reeornma ml a lions auprès du lord protecteur (£}. Le projet d'une réconcilia Lion occupa a fa fois le lils de Charles Ier et la famille de Cromwell ; une duchesse fut médiatrice (B) : Cromwell daignait s'excuser auprès des anciens nobles de ce qu'il ne s’accommodait pas avec Charles , et il leur donnait à entendre que leur fortune n’y perdrait point ; mais partout le cri publie éLait : A bas /es courtisons et tes soldats (7)! Les armes du protecteur, mises sur la porte de Fhôlel de Sommer set , furent couvertes de boue à sa mort.

Richard Cromwell n'eul pas le courage de continuer la tyrannie, et il déplut aux officiers; il fut déposé ; l’armée se divisa et les patriotes se ralliérctil : des mouvements se préparaient ; alors les officiers songèrent a renouer le paeLe déjà lente en vain avec Charles II et les royalistes. Fleetwood , gendre de Cromwell , et plusieurs autres en eurent rklée (B). Georges Monck l'exécuta.

Monck, transfuge de l'armée royale, puis créa-

fl) Histoire do Cromwell, l. 1, p. 150.

(2) Ibid., (i, 143-Miï.— (3) Ibid., p. 1SG.

(1) Ibid., p. *31-240.— (5) IbUL, t. 1l,p. 147.

Ht) Ibid., 1 . \ . p, 322. -(71 Ibid., t, LU p. 150.

turc de Cromwell, réussit dans cette entreprise, à force de secret et de mensonges. « Sa politique, dit M. Villemaîû , fut une profusion de faux serments; on doit même avouer qu’U poussa jusqu'à l'excès la précaution du parjure (9). Pendant qu'il conduisait ses manœuvres, îî répétait à Ludluw : u il faut vivre et mourir pour la république et, mettant sa main dans celle de l'inflexible Haslerïg, il jurait de s’opposer à l'élévation de Charles Stuart et de tout autre (10). »

Ou trouve, dans l'ouvrage de JL Ville main , une grande vérité de caractères , cl le talent de faire ressortir à propos des faits encore inaperçus. Par exemple, on lui doit d'avoir remarqué le premier que les épithètes odieuses de factieux abominables ^ d* hommes capables tle tous les crimes, et dignes de tous les mépris, dont les historiens les plus philosophes ont qualifié le parti des nivctcurs , sont des productions île l'esprit de Cromwell , cl l'accompagnement ordinaire d’insu Iles dont il poursuivait ceux qui lui résistaient , en les envoyant à la mort* C'est de sa bouche que ces mots ont passé dans l'histoire (il). JfLViUeraam a découvert encore que la dénomination d'insensés et de fanatiques , dont Hume et Voltaire ne craignent pas de flétrir les plus respectables patriotes , est proprement de l'invention de Monck ; que ce fut lui qui la proféra le premier, et qui la mit à la mode pour aider à la restauration (13).

L’histoire de Cromwell est écrite d'un style grave, clair, élégant , sans aucune mollesse. Elle a le mérite entièrement neuf d'ètre composée d'après les mémoires et les documents originaux , et de reproduire la couleur de l'époque avec une parfaite exactitudes On pourrait y désirer plus de précision et d'unité dans les vues politiques; mais, à notre avis, il n'existe aucun ouvrage qui présente un tableau aussi complet ci donne une idée aussi juste de la grande révolution de 1G40.

SUR LA VIE DU COL ON Et IUJ rCîliNSOS , 5IE5IBRE DU LONG PAR LE VIENT,

écrite par sa veuve Lucie Apsley (J 5),

Vers le milieu du quatorzième siècle, vingt chevaliers anglais, revenant ensemble des guerres de

(8) Histoire de Cromwell, l. H, p. 322.

(D) Ibid, , p. 15e.— CIO) Ihïii.H, p. 2S8.

(H) Ibid., 372, -C12Ï Ibid., p. 27 G.

[13; Censeur bu ropéeu du 17 avril 1820.

S&Q DIX ANS D'ÉTUDES HJSTGfilQUES.

Flandres, traversaient ta France pour se rendre en Aquitaine. Arrivés près de Meaux, ils rencontrèrent sur leur passade une de ces troupes de paysans qui se soulevaient alors contre les maîtres du sol , pour les contraindre à la justice. Les nobles anglais, au lieu de passer outre, se crurent obligés d’ép arguer aux seigneurs du lieu la peine de massacrer des serfs rebelles ; ils s'élancèrent , avec leurs chevaux de bataille et leurs armures complètes, au Milieu de ces hommes presque sans armes; ils en tuèrent un grand nombre, et poursuivirent leur route, dit le chroniqueur naïf, en se félicitant des beaux coups de lance qu’ils avaient faits pou?' fes dames .

Ainsi, malgré leurs querelles, les nobles de tous les pays se croyaient frères, et le gentilhomme était, avant tout, de la nation des gentilshommes. Hommes de la liberté, nous de même, nous sommes, avant tout, de la nation des hommes libres; et ceux qui, loin de notre pays, luttent pour l'indépendance, et ceux qui, loin de noire pays , sont morts pou relie, sont nos frères et nos héros.

A ce tiLre , la vie clu colonel Jïuichinson , patriote anglais de 1640, nous appartient comme à r Angleterre ; car c’est notre cause qui se débattait dans la guerre que Charles Irtr déclara au parlement ; c’est pour rendre témoignage à notre cause, qu’ont péri Ha m bd en , Sidney, Henri Vane et le colonel H u tch în son lui-même. Ses mémoires, longtemps inconnus , doivent avoir à nos yeux le même prix qu'avait , pour les premiers chrétiens , la découverte de quelque légende racontant les mérites et le courage d’un martyr des terres étrangères. À cet intérêt, l’ouvrage dont nous nous occupons en joint encore un autre; c’est que la vie du patriote y est décrite par réponse même du patriote ; c’est que Tâme de l’historien s’y développe noblement a côte de celle du héros, et que, dans le simple récit des actions d’un seul homme, ou trouve ainsi deux grands modèles.

Dans les temps de lutte et de péril du christianisme au berceau, le plus touchant des caractères était celui de l’épouse du chrétien. Aujourd’hui que la résistance , les dangers et la force morale sont pour le patriotisme, Je caractère le plus touchant est celui de la femme qui a partagé la vie austère du patriote. Madame Hutchinson parait l’avoir sentien écrivant ses mémoires, et ce sentiment contribue à donner à ses récits un air de grandeur qui en relève sans effort jusqu’aux moindres circonstances. Lés attachements naturels, redoublés par une puissance d’une grande conviction commune . une même pensée ralliant deux existences , lus afflictions domestiques s’effaçant devant la perspective d’un grand avenir, la liberté apparaissant

dans ce lointain comme une providence infaillible, voilà les idées généreuses et les images de bonheur que présente cc livre ; et il n’y a la aucune exagération d’enlbousiasme ; il n’y a rien que de simple et d'intelligible pour les âmes capables de sentir et de goûter le vrai.

Le propre du colonel fînlchinson , comme de tous les grands caractères, était le calme dans la force. Privé de sa fortune par ses sacrifices pour la cause de la liberté , chassé de ses emplois par Cromwell , calomnié par les pamphlétaires que salariait le protecteur, dénoncé au peuple, tantôt comme traître, tantôt comme fanatique, sa constance fut inébranlable. Le despote, qui ne concevait point les longues pensées hors de l’ambition , crut un jour avoir assez fait pour le vaincre , et lui fil demander, dans sa retraite, s’il persistait a se tenir loin des affaires et à vivre inutile au public. « Quand le moment d’être utile sera venu .répondit le colonel , je ne me tiendrai point a l'écart. J’attends ce moment. Je ne partagerai point rinfamie de ceux qui trempent è prix d’or dans l’asservissement de leur pays. >»

Cette réponse énergique fut un arrêt de proscription pour celui qui l’avait prononcée; le colonel Ilutcbinson fut destiné par le protecteur à partager les fers de Henri Vane. Mais , avant que Cromwell eût envoyé ses satelliLes pour s’emparer du patriote, la mort vint le surprendre lut- même; et, bientôL après, la restauration fit passer en de nouvelles mains l’héritage de son pouvoir et de ses vengeances. Ceux que Cromwell avait hais furent cités à comparaître devant les courtisans de Cromwell, travestis en juges royaux ; plusieurs furent condamnés a perdre la vie, soit comme juges du dernier roi, soit comme patriotes trop incorrigibles ; beaucoup furent bannis, et dépouilles de leurs biens: le colonel Hutchinson fut excepté de toutes ces sentences ; mais , dit Fauteur des mémoires , il se plaignait amèrement d'être épargné dans ce jour fatal , où la cause à laquelle il avait dévoué sa vie était trahie et condamnée. 11 se regardait comme jugé 7 comme exécuté lui-même , dans la personne de ses amis. Quoique reconnaissant envers Dieu de sa délivrance, il ne savait s'il devait l’accepter; jamais, disait-il à sa femme, dont les soins elles démarches empressées avaient contribué à écarter de lui ce péril , jamais vous n’avez rien fait qui m’ait déplu davantage. Sans les pleurs de sa famille, il se fût livré volontairement à la mort : une seule pensée le déterminait à supporter la vie , c’est qu'il croyait, scs jours réservés pour de plus éclatants sacrifices, n

Quand Charles 11, pour ne pas fausser tlrop impudemment sa parole, avait proposé une loi d’amnistie qui bornait le cercle des représailles que

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la restauration devait exercer, il avait dit un confidence à la chambre des lords , qu’on emploierait (faufreâ moyens pour se défaire îles patriotes intraitables* Ces paroles eurent leur effet ; après un au ! île repos, le colonel Hulchïnson fut enlevé dé sa maison île campagne , el conduit a la Tour Je Londres. II demanda communication de l’ordre en vertu duquel il se trouvait emprisonné; ou lui répondit par un refus; el tout ce qu’il put apprendre , c'est qu'une dépêche ministérielle avait enjoint au gouverneur de J a province où il résidait de le comprendre dans une conspiration quelconque. Le colonel , condamné sans motif à une détention sans terme . dé fendit à sa femme et à ses amis de faire aucune démarche pour sa délivrance* « Me voilà heureux , disait-il , je ne dois plus rien à ces hommes ; ils m'avaient lié les mains en m’épargnant; leur injustice me rend la liberté* Je n’ai plus à pren* dre conseil que de mon courage et de ma prudence* » U semblait que son malheur l’eût débarrassé d'un fardeau pénible, et sa gaieté naturelle s’en augmentait. Quand U voyait sa femme s’attendrir sur lui et pleurer i « Eh bien, lut disait-il , vous oubliez donc quelle est la cause pour laquelle je Souffre ; vous oubliez que cette cause est la cause de Dieu même, et qu'elle ne périra point* — La cause vivra je Je suis, répondait-elle, mais vous , vous mourrez , dans ce cachot , privé d’air et de lumière,— Je mourrai ; mais que m'importe, pourvu que lu cause triomphe* pourvu que mon sang hile sa victoire, en retombant sur nos ennemis* » Le colonel Hu le h inson succomba , en effet, après onze mois d *em p r is o n ne m eut,

II y a de singulières ressemblances entre ce caractère et celui d’un de nos compatriotes, don! le nom doit vivre parmi nous aussi longtemps que le nom de la liberté* M. de Lafayette a porté ce calme et celle sérénité imperturbable dans toutes les vicissitudes de sa longue carrière patriotique* En Amérique, dans ses triomphes ; en Allemagne, au fond de sa prison; quand tout un peuple l’adorait, que ce même peuple le nommait traître, M* de LafayelLe a été le même ; aucun succès n'a pu renfler, aucun revers ira pu rabattre. C’est en souriant qu’il apprenait, dans scs champs de Lagrange, les complots qu'un despotisme ombrageux faisait machiner pour Ty comprendre* Cette ùme toujours égale, pleinement dévouée sans exaltation apparente, semble attachée à la liberté comme nous le sommes tous à la vie, par une sorte de penchant Involontaire. Quiconque verra M , de balayette, sans le connaître, dira d’abord de lut que c'est un homme aimable , et sera tout surpris d’apprendre ensuite que cet homme , d’une nature sî douce, porte feu lui quarante années de résistance à lotîtes les

séductions et à toutes les menaces du pouvoir.

Le colonel HuLcbmsou a trouvé le plus digue historien de sa vie dans la femme qui en fut la compagne , Elle comprenait tous les secrets de cette vie de patriotisme eL de dévouement* Elle est fière de Lavoir partagée; elle croit à Lavénemen! infaillible de la liberté humaine; et c’est avec mépris que, des hauteurs de cette noble pensée, elle regarde la pauvre malice des despotes et leurs crimes aussi vains qu’odieux. » Ils ont pu tuer le corps de celui que j’aimais, s’éerie-l-elle ; ils iront tué ni sa gloire, ni son exemple. >

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