SCR LA RESTAURATION DE
A propos tPuti ouvrage intitulé : J Usai historique sut le règne de Chartes II, par Jules lïerlùevin (1).
A la mort de Cromwell, la division se mil dans l’armée qui avait hérité de sa puissance; et l’espoir de la liberté* après dix années d’oppression, sc fit sentir à l'Angleterre. La présence d’esprit du général George Monck anéantit bientôt ces espérances,
Il imagina d’appeler les anciens concurrents de Cromwell au secours de la domination de Cromwell. Lu traité fut conclu entre Mcmck pour l'armée, el Charles 11 pour les royalistes; elle fils de Charles ïef fut ramené en triomphe dans Londres , par les mêmes bandes qui avaient escorté Charles Ier marchant au supplice. Voilà ce que les écrivains de [ histoire d’Angleterre ont appelé la restauration. Durant ces jours de fêtes fer uy antes et de déhanches, pendant que la populace , oubliant la liberté vaincue, s’enivrait avec les vainqueurs, les patriotes, poursuivis nu nom du roi, comme ils l’avaient été nu nom du protecteur , se cachaient ou fuyaient : Sidncy et Ludlow passaient les mers; Yane el Harrisson étaient emprisonnés*
Après les premiers transports, après le partage des places t des pensions, des titres, des profits, des honneurs , après que les serviteurs fidèles de la tyrannie usurpée eurent reçu , aux termes du traité d’alliance, des brevets signés du sceau royal* au mépris de ce même traité * le rot voulut verser du sang, el venger l’affront de ses défaites, sous le prétexte de venger sou père* Ses nouveaux courtisans, ceux dont la mort de Charles 1e"" avait fait la fortune, n’opposèrent aucune résistance à cet excès
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DIX ANS D'ÉTUDES HISTORIQUES
Je prêté filiale. Ils eurent même l'infamie de siéger parmi leu juges de ceux qu’on appelait régicides, et <1 envoyer à l'échafaud dix hommes qui avaient clé leurs amis, ou qui, en jugeant le roi, n’a valent fait qu’exécuter leurs ordres intimés à la pointe de J épée. Ce Fut avec ce sang qu'ils signèrent la promesse d'ètrc fidèles au nouveau pouvoir comme à l'ancien.
Mais ce ne fut pas tout; il fallait que la nation apprît que le patriotisme sans régicide, et même ennemi du régicide, n'en était pas moins digne de mort, Henri Vane cl Sidney avaient dédaigné de tremper dans le meurtre ignoble d'un roi captif : Henri Vane fut livré aux bourreaux ; et des assassins gagés poursuivirent Sîdney jusque dans l'extl. C'étaü madame Henriette, sœur de Charles II, ornement des bats de Louis XIV, madame Henriette, jeune, belle et sensible, qui, plus à portée, par son séjour en France, de diriger ces expéditions, se chargeait de donner des ordres et un salaire aux meurtriers. Chaque tèLe de proscrit devait être payée t ren t e c ou r on n es .
L’asile inviolable que le peuple de Hollande offrait aux patriotes anglais alluma contre celte nation libre la haine des maîtres de l’Angleterre ; Charles U biï déclara la guerre sous de faux prétextes de commerce. Ses flotte* assaillirent à T improviste les navires des marchands bataves, qui, loin de se venger par de biches représailles, publièrent que les Anglais étaient leurs amis, et qu’en s'armant contre leur despote, ils croyaienteom lia Lire pour eux. La nation anglaise désira leur victoire; et quand ftuyter et de W in brûlèrent, a la vue de Londres, les vaisseaux de Charles IL quand Charles 11 effrayé demanda des secours au parlement, le parlement, pour toute réponse, dressa un bïll qui licencia il toutes 1rs troupes. Les esprits superficiels auront peine à comprendre cette conduite, inspirée par un patriotisme plus haut que le patriotisme vulgaire. Le roi ne s'étonna point de voir ceux dont sa puissance détruisait Ja liberté, unis d'intérêt et d'espoir avec le peuple libre dont il poursuivait ia perte, lï suspendit l’exécution de scs projets ; maïs, durant la trêve, il médita un plan vaste. H réfléchit qu'il n'était pas i le seul roi en Europe, et qu'ai nsi il y avait des hommes que devait importuner, comme lui , la xm de l'indépendance hollandaise : il pensa à Louis XI V.
Ce trait de lumière, qui apparaissait à Charles 11, i frappa vivement le rot de France; une alliance secréte fut conclue ; et les deux monarques s'engagèrent à s’armer de toutes leurs forces contre les i F rov in ces -Unies, a détruire te gouvernement de ces provinces, et à rendre aux princes d'Orange leur autorité abolie. Après avoir prié Dieu de bénir celte expédition entreprise pour M sôutê gloire.
les deux rois firent avancer cent trente vaisseaux de guerre et cent trente mille combattants, contre la poignée d'hommes libres qui enrichissait de ses travaux et honorai L de son indépendance les provinces de la Batavic.
Les navires marchands des Hollandais furent poursuivis sur les mers, et surpris par des ru scs inf Ames; ou insulta ce peuple, dans des manifestes remplis d'avance de tout l'orgueil de la victoire que sc promettait le despotisme sur les seuls hommes qui fussent sans maîtres; et ce peuple, comme ta première fois, ne répondit que par des protestations d’amitiéenvers les nations dont les soi-disant représentants l'outrageaient et brûlaient ses villes. Mais! a fortune ne suivit pas la bonne cause ; les soldats de Louis XIV camper eut aux portes d'Amsterdam. Les citoyens rompirent les digues de la mer, et su limer gèrent leurs propres demeures, pour en écarter l’esclavage. Malheureusement, il y avait encore dans Ja Hollande des ambitieux et des biches; ceux-là prirent parti pour les rois agresseurs; et le prince d'Orange, à qui ces rois destinaient une autorité suprême, la reçut des mains de îa populace, soulevée contre ses magistrats. Les deux plus grands citoyens des temps modernes, les frères de Witt, périrent sous les coups des traîtres, La liberté périt avec eux ; le dessein des rois fut accompli.
Durant ces combats contre la liberté d’une nation étrangère, Charles II n'oubliaiL pas qu'il devait eiïaccr tout vestige d'indépendance dans les trots contrées que le sort lui avait soumises. L'Écosse, comme l’Angleterre , avait vu tomber quelques tètes ; mais bientôt elle fut frappée en masse, f ,a religion des Ecossais était le presbytérianisme, religion sans faste, sans prélats, etdont l'austérité un peu rude inspirait aux âmes de l'audace cLde la fierté. Un décret, parti de Londres, ordonnaaux Éccossais de cesser d’être presbytériens ; des juges, des bourreaux, des soldats furent envoyés pour contraindre à l'obéissance les hommes dont ce décret violait le droit le plus sucré. Des milliers de montagnards , à demi sauvages , furent déchaînes contre eux ; le pillage , les incendies, les massacres s’étendirent partout. Les femmes mêmes ne furent pas épargnées, et, de crainte que le récit de ces horreurs ne réveillât, par la pitié, le courage de la nation anglaise, il fut interdit, sous peine de mort, de sortir des frontières de l 'Écosse.
Tous ces exploits , si bien faits pour assurer la puissance , lui promettaient de longues années de repos ; et elle en eût joui sans doute, si, au dedans d’dle-mêine , elle eût pu se maintenu- unie. Mais le fléau des discordes intestines vint l'affligir nu milieu do scs succès. Le gouvernement de la restauration était partagé entre deux classes d'hommes
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autrefois ennemi es* Dans les premiers jours de celle grande réunion , le sentiment plus vif de leurs intérêts communs, et les fumées du vin* les avaient mis entièrement d'accord ; ils salaient embrassés comme des Frères; mais bientôt après * retombant sous le poids de leurs habitudes, ils s’ët aient bals comme des rivaux. Charles ü affectait envers lotis une impartialité difficile* Trop habile pour ne pas sentir que les traîtres à la fi ber Lé sont les meilleurs instruments contre elle, il livrait aux Crorawellistes la plus grande part de L’autorité , réservant à scs anciens amis des pensions pour dédommagement. Ceux-ci furent indignés de ce qu’on méprisait leur vieille expérience ; ils se plaignirent du roi, ifs murmurèrent; et des murmures ils en vinrent aux complots. Ils entreprirent de détrôner Charles il, et de faire roi lé duc d’York , son frère , mieux disposé pour leurs intérêts. Telle fut f origine de celle conspiration papiste, si célèbre dans l’histoire d’Angleterre * et ainsi appelée parce que les premiers rôles y furent joués par des catholiques* Charles II, habile et discret, voulut d’abord étouffer tout bruit du complot , sentant bien qu’il était en son pouvoir de désarmer, sans violence , le bras des conspirateurs. L’imprudence d’un ministre rendit ses efforts inutiles; et alors il s’empressa cle mettre fin aux enquêtes par te supplice de quelques jésuites et d’un tord , qui! efit pu sauver. Aussitôt , changeant de politique, il ramena à bu* par de nouvelles faveurs, les papistes, les nobles et le haut clergé*
Cette faction fut contente ; mais l’autre a son tour murmura : les apostats de la révolution , ceux qui Pavaient vaincue les premiers, craignirent de voir passer à d’autres mains tous les fruits de leur victoire* Dans leurs alarmes, ils se hasardèrent A parler de patriotisme , et à invoquer le secours des pat ri otes. Les patriotes* qu’un espoir vague ont rai naît, répondirent à leur appel. Ainsi naquit la fameuse opposition de 1678, premier exemple de celte opposition systématique qui s’est perpétuée en Angleterre, Charles il fut irrité de cette ligue , qui confondait toutes ses idées ; moins éclairé que ses successeurs , il crut sa domination en péril, quand il entendit les Shaftesbury attester de nouveau l'indépendance qu’ils avaient reniée et tendre la main aux citoyens qu’ils avaient vendus pour des places* Devenu farouche et cruel par peur, ü s'entoura d’espions, de faux témoins, et juges achetés, et avec leur aide U remplit les prisons et ensanglanta les échafauds. Pour répondre a ces violences, l'opposition conspira : elfe conspira non pas a la manière du peuple anglais, non pas pour la liberté, mais a la manière des mécontents papistes , pour avoir un roi à son gré* Ceux-ci avaient travaillé pour le dur d’York ; les nouveaux mécontents travaillèrent pour
le duc de Monmouth, fils naturel de Charles 11. Pendant que, pour mieux assurer leurs projets , ils redoublaient d'empressement auprès des amis de la patrie, Sidney , de retour après vingt ans d’exil, songea de son côté A rallier les vrais partisans de cette vieille cause tant de fois vaincue et jamais désespérée, Les chefs des opposants le recherchèrent; Sidney ne leur cacha point ses desseins; et eux, sans tomber d'accord avec lui sur l’objet de la guerre à entreprendre , se montrèrent disposés â poursuivre de concert deux projets bien différents î’un de Pautre, le réveil de la liberté , et un changement de maître* La mort du roi n’entrait point dans le dessein de Sidney, ni même dans le dessein de ceux des mécontents qui , comme le lord Russe! , avaient de la dignité dans l’Ame; ce meurtre, comploté sourdement par quelques mécontents subalternes, leur fut imputé a tous deux : Russel et Sidney périrent.
Également intrépides devant le supplice, tous deux offrirent un exemple de la grandeur de TA me humaine ; mais Russel, en aeeusant le despotisme, lui reprochait de tout niveler : <t II n’y a plus de grands, » disait-il; taudis que Sidney ne concevait de grandeur que celle de la vertu ou du génie : son bras ne s’était armé que pour conquérir la paix de l'indépendance (1),
Voilà les événements dont se compose la période de rhistoire d'Angleterre qui porte le nom de Charles II* Al* Jules Berthevin les a racontés simplement* exactement, mais sans les comprendre. Son ouvrage est plein de bonne foi, mais faible. L’auteur bUlme Charles 1! d’avoir violé ses promesses et fait des guerres injustes , d’avoir persécuté , de s’être entouré de scélérats gagés, d'avoir été faux et cruel ; et, dans la même page, il le loue des entreprises d’ambition qui t’ont conduit a ces infamies ; il le loue « d’avoir cherché A rentrer dans le noble apanage de ses pères , d’avoir voulu trouver dans l’autorité le droit de forcer le peuple à être heureux , et de soustraire ses sujets et lui- même aux caprices des assemblées tumultueuses* n L’auteur croit avoir besoin de pardon , parce qu’il ose « porter quelque intérêt sur les derniers instants de Sidney.» Nous ne voyons pas a qui H. Jules Berthevin peut adresser ces excuses. Jamais un homme de cœur, quel que soit son parti ou sa place, ne lui saura mauvais gré de n’avoir pas diffamé le grand Sidney* Bailleurs , l’écrivain ne doit à personne le compte de sa propre conscience, et l’écrivain peu libéral a plus besoin que tout autre de paraître ne dépendre que de lui-même.
(t) Sidney avait pris pour devise les vers suivants :
. ...Marti/ J hœc hit mica tr bannis
Ense petit ptacidam su b liberiate quîetem*
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Comme ses opinions n’ont aucune valeur logique, st ellespenreni prétendre à quelque respect, c'est à f o ree de dignité m or a le »
VI¬ SU R LX RÉVOLUTION DE inss (i).
Ces tune opinion aujourd’hui à la mode , que de vanter la révolu Lion anglaise de 1688 , et de désirer des Guillaume JH pour le saint et pour la vengeance des peuples* Dans cette admiration et dans ces vœux, quelque patriotiques qu'on les proclame, il y a de r ignorance et de la lâcheté* D’abord . îl est faux que la délivrance des nations opprimées puisse venir d'ailleurs que des nations elles- nié mes : et si réellement la liberté pouvait naître de la seule fortune de quelque aventurier hardi, sans travail, sans vertus publiques , Ta liberté ne vaudrait pas la peine d’ètre souhaitée. Mais il n'en est point ainsi ; les détrèneurs de princes ne manquent pas de se faire princes; le peuple n'est guère à leurs yeux que le prix bien acquis d'une expédition hasardeuse; et il faut, que ce peuple } qui n'a pas su prendre en main l'intérêt de sa propre destinée, qui n’a pas su vouloir et agir pour lui-même, qui n’a pas su être une personne, subisse la condition des choses pour lesquelles on veut, pour lesquelles on agit, et dont on dispose, a ce titrequ’on a voulu , qu'on a agi pour elles*
Or s telle a été, dans la révolution de 1688, la deslinée du peuple anglais ; étranger a la lutte sons laquelle ont succombé les Stuaris, il n’y apparaît, que comme l'objet passif de la dispute. Ce n'est point par sa force que tombe Jacques JI ; ce n'est point par elle que Guillaume lit est vainqueur; et si, de cet événement, il résulte pour lui quelque bien , il n'a pas plus à s'en louer lui-même qu’un domaine ne peut se vanter de ce qu’il prospère sous l'héritier mieux avisé d’un premier possesseur nonchalant* Si l'on objecte que beaucoup d’hommes nés Anglais ont prêté leurs bras à celle révolution f et Pont appelée le salut fie l3 Angleterre^ nous répondrons qu'avant d'affirmer sur les paroles de ces hommes , il faut examiner ce que vraiment elles signifient dans leur bouche ; s'il s’agissait en effet pour eux de patriotisme et de liberté ; ou si le salut du pays , quand ils Fai testaient , ne signifiait pas purement le salut de leurs places, do leurs litres, de leurs prétentions, de leurs espérances ambitieuses* Or, on peut légitimement les soupçonner,
CD Censeur Européen , numéros du 5, du 14 et du 17 novembre 4810.
quand on voit en contraste 5 avec la fougue de leurs transports, l’attitude morne et froide de cette masse que n’agitent jamais désintérêts étroits et privés, de tout ce qu'on appelle la nation , auti-efois si animé, si actif, si plein de vie dans le mouvement de 1640* C'est avec l’air d’un spectateur dégoûté que la nation assiste à ce délrôncinenl et a ce couronnement solennel , que les proclamations et les journaux de la nouvelle puissance appelaient , il est vrai, la b ber lé; singulière liberté, venue sur les vaisseaux du favori de Charles 11 , du meurtrier des de \\ iLl, et jurée dans sou camp par des lords u privilèges , par des officiers à brevets , par des prélats à bénéfices» Si un goût trop exclusif pour la secLe catholique n’eût pas fait oublier aux Stuarts leur première impartialité dans la distribution des places, Guillaume III n’eût point trouvé d’amis; ceux qui se levèrent a sa voix contre le pouvoir de Jacques II, eussent été aussi immobiles que dans le temps ou l’on coupait, en quartiers le corps vivant de Henri Vane, aussi muets que quand les dragons de Charles ü massacraient des femmes presbytériennes. Mais après avoir regardé de sang-froid ces infamies , après avoir vécu vingt années du gouvernement qui les commettait , ils ne purent supporter Jacques second livrant aux catholiques les postes de la cour, de l'église et del'armée* Voilà tout le secret de la popularité de Guillaume et de la prétendue délivrance de 1688*
La cause qui triompha dans celte révolution , ce n'est donc point la grande cause de 1640, la cause de îïambden, la cause des droits humains; si l’on recherche son origine, elle est née en 1683, à fa première conspiration des ambitieux mécontents* Ses premiers patrons , ses premières victimes furent un candidat au Irène , et un ministre disgracié ; ce furent Monmouilt et Shaftesbury» II est vrai que, dès son berceau , elle déploya hardiment les enseignes du patriotisme; il est vrai qu'elle appela Sidney ; mais Sidney , dépositaire fidèle du vieux secret de 1640, en s'insurgeant comme elle, se dis* tingua profondément d'elle ; c'est en vain que la même proscription le confondit avec les partisans de cette nouvelle cause ; en vain la même hache fit tomber leur tète et la sienne : son crime n'était pas leur crime ; Sidney fut coupable envers le despotisme; ils ne le furent qu'envers le despote.
La cause de Sidney périt avec Sidney; l’autre cause, promptement relevée de son premier revers, grandit et se fortifia en silence. Après six ans, vint son jour de triomphe , jour ou l'on vit s'opérer l'alliance étrange des grandes places , des gros profits, de tout l’appareil du pouvoir excessif , avec les mots de liberté et de patrie : jour où des hommes chargés de titres 1 end ire ni la main à ceux qu'insultaient les
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litres, en leur criant : ce que vous désirez est obtenu , la liberté est venue 3 car nous régnons.
Dans quel acte de ce gouvernement, soi-disant fils de ta révolution achevée et perfectionnée, s’est montré un esprit libéral et généreux? Ou cite pour ré- , ponse lebill tics droits, faible recueil de quelques principes livrés sans garantie à la discrétion du pouvoir ; vaine et stérile remontrance, qu'on a faussement nommée un contrat , et dont le pouvoir, depuis, a déchiré impunément toutes les pages* Encore n’esttl pas vrai que Guillaume ait eu le mérite d’accepter le loti des droits comme une condition de la royauté ; la royauté fut pour lui sans conditions ; H ne laissa à personne , qu’à ceux qui s’étaient loués à lui , le droit de compter avec lui. Quand le bill des droits fut dressé, Guillaume était roi; tout était ratifié pour lui , jusqu’à la succession de ses héritiers* Le bill des droits É rejeté d'abord par les pairs, et tout d’un coup adopté par eux , en vertu de sou insignifiance . fut publié avec Facte de couronnement ; et voilà sur quel fondement léger on a bâti la fable d’un traité entre te peuple anglais et le roi Guillaume.
Le premier acte de ce gouvernement , non pas même après son institution définitive, quand H pouvait, à l’abri du pouvoir, se rire de la conscience publique, mais avant que son existence eût été légalement décrétée, dans le temps ou il eût montré de la pudeur, s'il eût cru que la pudeur lui était nécessaire ; le premier acte de ce gouvernement fut d’interdire, par un simple édit, toute discussion sur les affaires publiques; aveu formel que tout ce qui s’était fait jusqu’alors, que tout ce qui allait se faire encore, était étranger à la volonté , à ^intérêt, à la raison du peuple. Plus tard il maintint, avec une opiniâtreté insolente , la loi des Sluarls qui établissait la censure des livres et 1 esclavage des imprimeries; il la conserva jusqu’au temps précis où, pour la prolonger encore, il eût fallu la décréter de nouveau, jusqu’en 1G9IS, terme qu’avait assigné à celte loi la sagesse non suspecte de Charles IL Tout l’esprit de îa révolution se développa au grand jour, parle renouvellement des statuts qui donnaient aux seuls anglicans le droit exclusif d’occuper les places: ainsi fut répudiée , par les hommes de 1688, cette secte énergique de non-conformistes protestants, la plus patriotique des sectes* Les hommes de 1688 visaient donc aussi à un monopole des places; le grand crime des catholiques , à leurs yeux , était donc d’avoir voulu élever monopole contre monopole; et c’est pour réprimer cette seule ambition, que se joua avec tant d’appareil le drame de l’insurrection civile. Par une infâme dérision , en même temps qu’on demandait au peuple sa reconnaissance éternelle pour Favoir délivré des S tu a rts et des agents des Stuart s , c’étaient ces agents mêmes qu’on allait
chercher pour composer le nouveau cabinet; c’étaient leslbinbyJcsNottingbam, les Jlrdîfax* Kirke, le plus féroce des soldats cL des bourreaux, l’exécuteur des arrêts de Jefferies, reçut alors un traitement et de l’emploi. El quand les victimes de ces hommes se présentèrent pour demander, contre leurs crimes et les crimes de leurs subordonnés, non des représailles, maïs la vengeance des lois, le gouvernement, par un acte d’amnistie, étendit effrontément sur eux sa sauvegarde toute-puissante*
Ces temps ont porté leurs fruits; sous la femme qui succéda au prince d’Orange , vint la corruption la plus déboutée ; il n’y cuL plus d’énergie que pour Fintrigue : on plaça dans les faveurs d’une cour ce repos que les Sidney ne voulaient chercher que dans la fière indépendance. Aussi, vingt années à peine avaient passé sur In révolution de 1688, que déjà le peuple anglais la maudissait ; il criait à bas les whigs! comme il avait crié à Bas les S tua r tel et les vvhïgs, comme les Sluarls, lui répondaient par des arrêts de haute trahison, par des exécutions à mort, par de nouveaux impôts , par de nouveaux décrets pour le maintien des titres et des places. La succession prétendue nationale fut sur le point d’ètre violée par des insurrections évidemment nationales ; il fallut invoquer pour elle le secours odieux d’une force étrangère. Ge fut le canon du slathouder de Hollande qui protégea le débarquement du premier Georges.
Les S t u arts n’a u ra ien t pas fa î t d a va n ta ge ; pei 1 1 être n’eussent-ils pas tant fait; leur puissance était de nature à s’user promptement. Ils u avaient pas , pour la rajeunir, le prestige de ces mots sonores de dynastie nationale , de princes du choix du peuple , de libérateurs de la patrie ; leur despotisme n’avait aucune racine populaire : aussi , ce revenu indépendant, cette année permanente, celte servitude du parlement, dont ils n’avaient guère joui qu’en idée, tout cela fut réalisé sous les Georges. Alors, quand quelque pauvre honnête homme s’avisa de s’indigner, outre la ressource de l'échafaud, pour lui imposer silence, on eui encore des moyens de le rendre odieux , cl de diffamer sa conduite ; on put l’accuser , devant le peuple lui-même, d’avoir indiscrètement ou méchamment menacé la puissance des sauveurs de la nation, d’en avoir voulu au roi du choix public, à îa dynastie protestante et patriote... Gharïes II avait pu tuer Sidney ; mais il n’eut pas été en son pouvoir de le flétrir comme IraiLre au peuple. C’est sous le règne de Charles 11, vers l’année 1085, comme nous l’avons dit plus haut , que paraît dans rhistoire la première ébauche de la révolution qui, en 1688. mil une famille nouvelle à la place de la famille des Stuarte. L’esprit de cette révu lu lion se | montre tout entier dans le complot qui se trama
TTTTEÏUIV.
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cinq ans auparavant , pour faire roi le due dé Menmouth, fils naturel de Charles IL sous la condition que Monmoulh serait roi au profit des presbytériens disgraciés, et de ceux qui avaient vendu la nation aux Sîuarts pour des places que les Stuart s ingrats livraient à d’autres* La conspiration fut trahie ; Moomouth n’obtint ta vie qu’à grande peine ; et ceux des conjurés qui survécurent aux vengeances du roi ne se sauvèrent que par PexiL Réfugiés en Hollande, ils continuèrent leurs projets et leurs manœuvres; mais ils choisirent un nouveau chef; ce fut un autre que le jeune et faible IHunmoulh, qu’ils désignèrent à la place demi d’Angleterre et de protecteur de leurs intérêts. Leur choix tomba sur le prince Guillaume d’Orangc, stalboudcr de Hollande, neveu de Charles IL et gendre du duc d'York, pu issant, actif, habile, protestant zélé, et ambitieux sans mesure ; ennemi non suspect de la liber Lé anglaise; car, en 1680, il avait protesté, comme allié de la famille royale, comme intéressé pour sa part à la conservation inviolable de Y héritage du pouvoir royal , contre les barrières que le parlement prétendait opposer à l’autorité d’un successeur catholique. Monmoulh s’était rendu en Hollande auprès de ses anciens partisans . Du moment que Guillaume eut été adopté à sa place, (pi and sa présence ne Fut plus que gênante pour la faction qui le répudiait, Monmoulh fut chassé de la Hollande,
Ce malheur, qui déconcertait les espérances de toute sa vie, lui fit tenter subitement uue résolution extrême. Aidé du peu d’amis qui lui restaient, et de quelques aventuriers qui se louèreut à lui , il fit une invasion en Angleterre. Jacques il commençait alors son règne. Monmoulh , dans ses premières proclamations, accusa le roi d’être un nouveau tyran, et s’annonça comme le vengeur de la liberté outragée. A cette voix patriotique , les simples citoyens vinrent eu foule dans sou camp ; mais les hommes à litres, à places, à pouvoir, n’y vinrent point; et c’était eux que Moumouth désirait. Pour les engager dans sa cause, il fit de nouveaux manifestes, où il appela Jacques II usurpateur du trône ; lui-même, il se proclama roi légitime, et menaça de sa vengeance les incrédules a ses paroles, et les rebelles à son pouvoir. Aussitôt les citoyens, qui Pavaient suivi, le quittèrent , et la noblesse et les puissants ne vinrent pas davantage, peut-être parce que Monmoulh avait eu le malheur d’être un moment populaire, L’année royale le rencontra presque sans armée; il fut pris et misa mort. En apprenant celte entreprise , le prince d’Orange s’était hâté d’offrir à Jacques H de prendre lui-même le commanditnenL dus troupes royales contre Moumouth, contre ce rival dont l’audace indiscrète, en donnant l’éveil auroî d'Angleterre, pouvait faire échouer l’autre complot.
et gâter la fortune que Guillaume s’était promise. Mais la sécurité de Jacques II était sans bornes: if ne doutait nullement de l’avenir; il poursuivait, plein d’une confiance aveugle, ses plans en faveur des catholiques : déjà presque toutes les places avaient passé dans leurs mains; ils peuplaient le conseil, la flotte et l'armée. Le clergé épiscopal, dont l'autorité était encore intacte, appuyait le roi dans ses mesures; cet appui, regagné adroitement par Charles II, comptait pour beaucoup dans la puissance royale ; Jacques l’oublia, et i! eut l’Imprudence de se F ôter de ses propres mains. Il fil venir à Londres un nonee de Rome ; il institua des évêque» ca- 1 lliolïqires. A la seule vue de ces nouveaux concurrents, le haut clergé déserta ïa cause royale; et, au lieu des maximes de la soumission passive, et de la divinité du pouvoir qui retentissaient dans les chaires, on n’entendit qu’un cri d’alarme sur les dangers de FÉglîse ; et sur le devoir de résister; Ces voix sacrées encouragèrent les murmures; on publia hautement des manifestes contre Firruptioa des papistes dans les emplois; on fit des figues pour le maintien tics emplois entre les mains des familles protestantes; il y eut des affilia lions sous le serment : ou s’y engageait à mettre eu usage , pour changer l'esprit du roi, toutes les raisons, jusqu’à la dernière, jusqu’à la raison de la force. Le défaut d’héritiers catholiques donnait quelque espoir de réussir sans cette extrémité. Mais la naissance subite d’un fils de Jacques li ouvrit la guerre, et pressa les coups. Aussitôt des messages s’échangèrent entre les réfugiés de Hollande et les mécontents d’ Angleterre : ou recru la des hommes; on prépara des armes: voilà l’événement qui fixa à Tannée 1 688 le dénomment delà révolution qui couvait depuis cinq années, Jacques IX persistait dans son incurie; surtout, il était loin de soupçonner le prince d’ürange, dont F amitié pour les exilés anglais ne lui paraissait qu’une sympathie de religion. Telles étaient scs dispositions, quand une dépêche de son ministre à La Haye lui annonça tout à coup que de grands préparatifs se faisaient dans les ports de la Hollande pour une descente en Angleterre ; il pâlit à celle lecture , le papier échappa de ses mains : il comprit f pour la première fois ses dangers et son im puissance, Il appela le peuplé aux armes; le peuple resta immobile à sa voix ; tandis que des lords, des nobles, des évêques , des salariés de son trésor s’enrôlaient pour son rival, Guillaume, retardé quelque temps par un vent cou Ira ire, débarqua, le ld septembre 1688 , à Torbay , dans le comté de Dorcesler* Les habitants des lieux voisins couvraient le rivage . f contemplant le spectacle de ces vaisseaux et de ces soldats ; ils étaient silencieux , sans colère et sans joie ? comme des gens qui regardent les apprêts d’un
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cuinbaL qui ne leur importa point* L'année îles opposants dirigea sa marché vers Exclcr, et elïe publia ses rnrmi testes. L'on y parlait beaucoup de Finlërèl du pro testa ulisme , un peu de l'intérêt de la liberté , et par-dessus tout , Ton s’efforcait de persuader que le fils nouveau- né du roi Jacques était un enfant supposé* Ces manifestes furent lus ; mais aucun citoyen ne se leva* Durant neuf jours entiers, Guillaume s'avança sans trouver ni amis ni ennemis* Mais bientôt les amis lui vinrent en Foule * c’étaient les hauts personnages de l'opposition , des officiers militaires , toute la noblesse des comtés de Bevon et de Sommera et. Dans les provinces voisines, les mêmes hommes coururent aux armes, des pactes d’association furent jurés entre eu il et le prince. Les gouverneurs des villes arboraient ses enseignes ; on s'enrôlait en vertu de scs commissions ; les officiers du roi désertaient à lut avec leurs troupes. Tous les hommes dont le patrimoine était dans le gouvernement , tous ceux pour qui un changement de roi devait être ou un gain immense , ou la perte de tout , s'agi Laienl par toute f Angleterre : mais ceux dont l'existence ne devait rien au pouvoir, étaient en repos, l'armée de Fopposïlion n’en avait gagné qu’un petit nombre, et l’autre armée ne comptait dans ses rangs que les milices rassemblées par force.
Le roi s'avancait cependant pour ne pas périr sans combat; à chaque pas qu’il faisait dans sa marche, de nouvelles défections diminuaient scs forces * et à chaque ordre qui! donnait , les officiers répondaient par des murmures , lui reprochant sa mauvaise fortune , qui compromettait leurs emplois. Ceux qu’il avait le plus comblés de faveurs supportaient le plus impatiemment de se voir retenus auprès de lui , empressés qu'ils étaient d'obtenir de son rival la conservation de ce qu’ils avaient. Jacques Il ne trouvait personne en- qui il pût se confier ; ne sachant pas prendre une résolution lui-mème , il n’osait ni agir ni attendre; et les ennemis ne s’arrêtaient point. Au lieu de se porter en avant , il rétrogada et se relira sur Londres. À la première station que l’armée royale fit dans sa retraite, Anne, fille du roi , et Georges de Danemarck , sou gendre , quittèrent sou camp , et se rendirent au camp de son ennemi, À cette nouvelle, il tomba dans 1 abattement, et désespéra de sa propre cause , que ses enfants même répudiaient, il offrît à Guillaume de capituler ; Guillaume refusa de recevoir le porteur de ce message : alors Jacques U , incertain des projets de sou rival , et craignant pour sa vie , jeta le sceau royal dans la Tamise, et s’enfuit vers les eûtes, pour s’assurer une retraite. Les troupes royales $c dispersèrent , et l'autre armée s’avança librement. Cependant les lords cl les agents royaux qui
n étaient pas sortis de Londres, s'avisèrent que ie peuple de la ville, voyant le roi parti et Je prince encore éloigné, pourrait bien songer à lui-même,, cl faire pour sa liberté quelque effort qui compliquerait la guerre. Pour prévenir ce danger qui menaçait leurs places , et que, par une transposition ingénieuse* ils nommaient le danger de la ville, ils avertirent en hâte le prince d’Orange que son concurrent avait fui , et qu’il eût a presser sa marche; ils envoyèrent aussi des ordres aux chefs des troupes débandées ; ces troupes se rallièrent , et dans le temps même qu’elles se ralliaient , les lords se servirent du bruit de leur dispersion pour I rouhier les esprits des citoyens par une alarme salutaire, qui devait les détourner de toute pensée dln dépendance. Ils firent répandre que les papistes et les Irlandais de l’armée royale massacraient de toutes parts les protestants. En quelques jours, celle fausse nouvelle parcourut F Angleterre, on croyait entendre au loin les cris des meurtriers cl les plaintes des mourants ; on allumait des feux , on sonnait les cloches ; chacun . se croyant en péril de la vie, n’avait plus de sens, plus d’idées, plus de soucis que pour ce danger , et si l'on désirait quelque chose , cc n’était pas que les hasards de F insurrection vinssent se joindre encore aux hasards présents , c'ëtaïl que la victoire de Guillaume mit promptement fin à de telles angoisses.
Jacques II fuyait déguise ; il fut reconnu, a Le versham, par quelques hommes, qui l’insultèrent et le retinrent captif. De sa prison , il écrivît aux lords, qui venaient d'exercer son pouvoir dans Londres, pour leur demander la liberté et une escorte; sa lettre leur fut apportée par un homme du pays, qui pleurait en la remettant* Les lords se montrèrent moins sensibles, et leur première réponse fut que cette affaire ne les regardait point. Quelques-uns, d’un esprit plus délié , représentèrent que cette dureté mutile pourrait bien être mal payée par le rai futur, qui voudrait au moins paraître humain, ne LU- ce que par pure bienséance. A un tel argument, tous se rendirent, et ils envoyèrent deux cenls soldats pour délivrer Jacques et L’accompagner jusqu'à La mer. Mais te roi , devenu libre, refusa de suivre sou escorte, et retourna vers Londres. 11 fui applaudi à son entrée par quelques-uns de ceux que leur vie obscure et privée rendait étrangers a la guerre présente ; dépouillé de sa puissance odieuse, il ne leur paraissait plus qu’un homme, qu'un homme dans le malheur; et, ô ce LiLre, ils le plaignaient. Il n’en fut pas de même de ceux qui, durant ses prospérités, s'étaient engraissés de ses largesses : redescendu au simple état d'homme, il hélait plus rien pour eux ; il ue reçut de leur part qu'un accueil plein de froideur et de mépris : sa
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présence les gênait; car die les rendait suspects à celui auquel appartenait le pouvoir d’enrichir par les pensions et de décorer par les brevets. Heureusement cette gène finit bientôt ; Jacques fut sommé île quitter Londres, 11 était encore à Wluteliaïl . quand les soldats de G ni lia urne vinrent occuper ce palais. Le prince entra dans la viîïe en conquérant et en triomphateur, à la tète de ses troupes, au bruit des acclamations de ceux dont la Fortune allait grandir avec la sienne. Quelque satisfaction paraissait sur le visage des citoyens, à qui Ton avait Fait craindre d'être égorgés par les soldats royaux puais citait une joie tranquille, et qui marquait plutôt l'opinion d'un danger passé que le sentiment d'un bien-être actuel.
Jacques H s'était soumis aux ordres de Guillaume d'Orangc; il avait quitté Londres, et les troupes du vainqueur campaient dans la ville, La guerre était terminée, la révolution était accomplie, II ne s'agissait plus, pour assurer dans les mains de Guillaume et dans les mains de ses amis tous les profits de la victoire, que de la sanctionner par des actes légaux. Ce devait Être l'ouvrage d'un parlement. Les lords de la ville, réunis aux lords de l'armée victorieuse, prirent sur eux de reconnaître authentiquement tiens le prince le droit suprême de convoquer les communes, et, ce qui importait surtout aux vainqueurs de ce jour, k droit de donner les emplois et de lever les Luxes, Pour plus de régulante, on rassembla à Westminster les membres des deux dernières chambres qui avaient sîégésous les Stuart s, et on leur demanda une adresse semblable à celle des lords. Ils se rendirent docilement au lieu de leurs séances, et à peine assis , ils apprirent que la populace ameutée entourait leur salle, menaçant de ses imprécations et de sa vengeance ceux qui oseraient voter contre l'intérêt de Guillaume d'Ürange. Ils ne résistèrent point à la présence de cet le force populaire , que le même Guillaume avait su rendre autrefois si terrible pour les de Wltt , ci t’adresse fut décrétée. Alors, ce parlement provisoire fut dissous, et ceux de ses membres qui avaient déjà terminé leurs stipulations avec le pouvoir se répandirent dans les provinces pour influencer les nouveaux choix. Pendant ce temps, Guillaume nomma aux places, maintint dans les places, transféra les places, leva cinq millions d'impôts sur Londres, et défendit toute discussion politique, par des décrets rendus en son seul nom.
Le fut le 2% janvier 1689 ( 1688 vieux style ) que s'assembla te parlement nouveau ; il prît le Litre de convention, titre qu'avait porté trente ans auparavant rassemblée qui légalisa la trahison de Monck et la royauté de Charles IL Dans l'adresse votée par les deux ehàuihm. Guillaume Fui appelé libé¬
rateur , sans doute à cause du nombre d'hommes qu'il venait de sauver du danger de vivre sans places; ensuite la chambre des communes vota que le trône était vacant , parce que Jacques H avait rompu le contrat mutuel qui rattachait au peuple.
Les communes auraient dû dire de quelle date était ce contrat mutuel , et quelles en avaient été les clauses. En faisant l'équation , fausse dans ce cas, des idées de roi et d'obligé par contrai envers le peuple, elles faisaient l'équation funeste pour l'avenir, des idées de peuple et d'obligé envers le roi; elles établissaient par avance T que du moment où Guillaume serait roi, il y aurait, en vertu de ce seul Litre de roi, un pacte obligatoire entre la nation anglaise et Guillaume, pacte occulte et mystérieux, sans condition expresse, sans garantie stipulée, dont la vaine hypothèse , sans augmenter du moindre degré la force effective de la partie sujette, devait armer la partie régnante d’une autorité logique capable de légitimer la violence, et défaire de l'oppression un droit Fondé sur le consentement des opprimés, il n'y a pas d'argument plus terrible contre les nations que l'attestation Fausse de la volonté nationale ; c'est à l’aide dépareilles fictions que les rebelles au despotisme, que les héros de la liberté sont impunément flétris du nom de traîtres.
lies lords de ce temps ne s'y trompèrent pas; dans leur examen des votes des communes, ils passèrent rapidement sur l’idée du contrat mutuel, et m discutèrent avec sérieux que la proclamation de la vacance du trône. Plusieurs prêt eu dirent qu'il était mat de présenter comme rompue la continuité de succession qui avait fait la force de ce pouvoir royal auquel ils avaient dù tant de biens. Ils furent secondés en cela par les hommes qui, s'étanl réunis les derniers au prince d'Ürange , et ayant ainsi peu mérité de lui, auraient préféré le règne de sa femme, fille du roi dépossédé. Get article manqua (Vôtre supprimé, et ne passa enfla qu'à la faveur d'une capitulation entre les anus du prince et les amis de la princesse. Quand on posa la question décisive, qui est-ce qui sera roi? la réponse fut cclk-ct : « Les lords spirituels et temporels arrêtent I que Guillaume, prince, et Marie, princesse d’Orange, seront ensemble roi et reine ; le prince seul , au nom de tous deux, exercera le pouvoir royal. »
Les débats duraient depuis vingt jours; et au milieu de tant de soins pour l'organisation du gouvernement qui se disait national , il n'avait encore été question ni de la nation ni de la liberté.
Une seule fois , dans une conférence entre les deux chambres, quelques voix s’élevèrent pour demander , , qu'on marquât des limites certaines au pouvoir du roi futur. Un envoyé de Guillaume vint trouver les hommes qui avaient tenu ce langage, « N'insistez
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pas , leur dit-il , sur le point de limiter un pouvoir que le prince veut posséder tout entier* Je dois vous dire de sa part qu'il a des moyens de vous punir , et qu’il les mettrait eu usage. Craignez , en le dégoûtant du succès qu’il vient d’obtenir , de le forcer à se retirer de vous , et ù vous abandonner à la merci du roi Jacques, j» Cette réponse outrageante montre ce que croyait Guillaume dit prétendu pacte violé par Jacques second , et vengé par le peuple anglais : s’il eut pensé que le vol détrôné l'avait été par la puissance de la nation, i! n'eût pas fait à cette nation , capable de se délivrer du roi Jacques, la menace de la livrer à sa colère* Quand tout fut terminé . quand les communes eurent reçu des lords l'actc qui déclarait roi et reine le prince et la princesse , et après eux leur postérité , mie sorte de pudeur vînt saisir la chambre, et elle dressa , sous la forme d'un projet de loi , la liste des excès de pouvoir qui avaient fait haïr les deux derniers règnes. Ainsi naquit ce qu'on appela le bill des droits j exposé de principes sans aucune garantie, simple appel à l'humanité et à la raison des go u ver* nanis* Qti y dit que les élections doivent être libres, que les parlements doivent être souvent assemblés, que les citoyens peu vent faire des pétitions et avoir des armes selon leur état, maximes vagues, aussi faciles à éluder qu’a proclamer, et dont la mieux respectée n'a pas eu en Angleterre dix années de stricte observance* Le bill des droits règne encore, et c'est sous son facile empire que se fait le trafic des villes représentées , et que les parlements d urent sept ans*
Ainsi il a manqué une qualité à la révolution anglaise de J b88, et précisément celte qualité est celle dont on ïhonore gratuitement ; cette révolution n'a point ëLé une révolution nationale , c'cst-a-dirc une révolution faite par les mains de ceux , faite au profit de ceux qui ne tirent aucun gain des impôts publics , aucun honneur, aucun crédit de la puissance publique; dont la vie est toute privée, qui n'ont nul intérêt à ce que le gouvernement soit à tel ou tel homme, ait telle ou telle figure, mais à ce que le gouvernement, quel qu'il soit, qui que ce soit qui l'exerce , soit dans l'impuissance absolue de violer ce qui est éternellement saint , éternellement inviolable , la liberté* Si la révolution de 1688 eût été faite par ces hommes et pour ces hommes , on ne les verrait pas aujourd'hui en Angleterre assiéger le pouvoir de leurs réclamations, et le menacer de leurs soulèvements*
(t) Napoléon en 1815,
(3) fl y a , entre la révolution de 1088 et celle de 1850 , celle différence que la dernière eat vraiment une révolution nationale, puisque toutes les classes de la nation * hors une seule, y ont concouru* Le peuple s'est sauvé lui-même , il a combat Lu pour sa propre cause , et toute la puissance de la royauté nouvelle dérive delà victoire populaire. Ou reste *
Nous aussi , nous avons eu notre révolu Lion de 1688 ; ce n’est plus pour nous une épreuve à faire ; nous savons dans quelle situation d’âme une pareille révolution met un peuple, et si, en la subissant, il doit se glorifier ou rougir de lui-même* Quand celui qui fut pour nous Guillaume III (1} se faisait précéder, à sa rentrée dans Paris , par des pièces de canon , des mèches brûlantes et des sabres nus , avons-nous cru bien de bonne foi à notre puissance et à nos volontés , dont il se disait l'ouvrage? Nous sommes-nous vraiment persuadés que c'était par nous et pour nous qu'îl marchait de nouveau sur nos tètes? C'était son profit de nous inspirer de l'orgueil au milieu de notre néant, de nous gonfler de ceüe vanité que la fable a rendue ridicule , de la folle vanité de Hneecle qui se vante de guider le char, quand le char remporte et va l'écraser* Le despotisme a surtout beau jeu lorsqu'il peut répondre aux peuples qui murmurent: c'est vousmêmes qui m'avez voulu,
À Dieu ne plaise qu'une telle réponse puisse encore nous être adressée* Si nous avons le malheur d'être opprimés, n'ayons jamais la honte d'être appelés esclaves volontaires, nous fuirons Vm et l'autre, en poursuivant avec calme et constance l'œuvre de liberté commencée si heureusement par nos pères , et dont les fondements furent dispersés par le premier chef d'une dynastie prétendue nationale. Qu’importe au Sisyphe de la fable, la figure et la substance du rocher qu’il soulève? qu’importe de même aux nations la forme et l’origine du pouvoir ? c'est par son poids, c'est par leur faiblesse que le pouvoir tes accable. Élevons dans nos lois et surtout dans nos âmes des barrières et des forts inviolables contre toute tyrannie, soit d'ancienne, soit de nouvelle forme , soit d'ancienne , soit de nouvelle date : laissons le reste au temps, et ne nous abaissons jamais à conspirer avec la fortune (2)*
suit LTES P IUT NATIONAL SES IRLANDAIS ,
A propos des Mélodies Irlandaises de Thomas Moore [3).
Il y a des peuples qui oui la mémoire longue, que la pensée de l'indépendance «'abandonne point
ü je m’étais trouvé avec nies opinions je vingt-quatre ans en présence de cette révolution et de scs résultats politiques , j’aurais certainement porté sur elle un jugement aussi partial cl aussi dédaigneux f l'âge m’a rendu moins enthousiaste des idées , et plus indulgent pour les faiLs.
(ôj Censeur Européen du 28 février 1S20.
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dans l'esclavage , et qui , s'opiniâtrant contre rtiabîtude , ailleurs si puissante, délestent et renient encore , après des siècles , l'existence qu'une force supérieure leur a imposée malgré eux. Telle est la nation irlandaise. CelLe nation , soumise par conquête au gouvernement anglais, refuse* depuis six cents ans , de consentir à ce gouvernement ci de lui donner son aveu ; elle le repousse comme au premier jour; elle proteste contre lui, comme protestait ta vieille population d’Irlande , dans les combats où elle fut vaincue ; dans ses révoltes, die ne se croit point en rébellion, mais en guerre juste et légitime. CTest vainement que la puissance anglaise s'est épuisée d’efforts pour vaincre celte présence esprit si vivace, pour faire oublier la conquête, et faire accepter les fruits de l'invasion armée comme l’exercice d’une autorité légale ; rien n’a pu anéantir l'obstination irlandaise. Malgré les séductions , malgré les menaces, malgré les supplices , tes pères l’ont léguée a leurs fils. La vieille Irlande est encore la seule patrie que les vrais Irlandais avouent; c’est à cause d’elle qu'ils ont tenu à sa religion , comme « son langage ; et , dans leurs insurrections, c'est encore die qu’ils invoquent sous le nom d 'Êrin , par lequel la nommaient leurs ancêtres.
Tour maintenir cette chaîne de mœurs et de traditions contre les efforts des vainqueurs , les Irlandais se sont fait des monuments que ut le fer ni le feu ne pouvaient détruire ; ils ont eu recours à fart du chant , dans lequel ils se vantaient d'être habiles, et qui , dans les temps de l'indépendance, avait faiL leur orgueil et leurs plaisirs. Les bardes et les ménétriers devinrent les archivistes de la patrie* Errant de village en village, ils allaient porter dans chaque foyer des souvenirs de ïa vieille Irlande ; ils s’étudiaient à les rendre agréables à tous les goûts et à tous les âges ; ils avaient des chants guerriers pour tous les hommes , des romances U'amour pour les femmes , des coûtes merveilleux pour les enfants du logis. Chaque maison conservait deux harpes toujours prêtes pour les voyageurs , et celui qui savait le mieux célébrer la liberté de l’ancien temps, la gloire des patriotes et la grandeur de leur cause, en était récompensé par une hospitalité plus attentive. Les rois d'Angleterre essayèrent plus d’une fois de frapper l'Irlande dans ce dernier refuge de ses regrets et de ses vœux; les poètes errants furent persécutés, bannis, livrés aux tortures et aux supplices ; mais la violence ne fit qu’irriter des volontés indomptables, Fart du chant et des versent ses martyrs comme la religion ; cl les souvenirs qu’on voulait éteindre se redoublèrent par le senti me ni de ce qu’il en coûtait pour les garder.
Les paroles des chansous nationales . dans lesquelles l’Irlande a consigné ses longues souffrances, ont péri pour la plupart; la musique seule s’est conservée. Cette musique peut servir de commentaire à l'histoire du pays. Elle peint l'intérieur des âmes aussi bien que les récits peignent les actions; ou y trouve beaucoup de langueur et d'abattement, une tristesse profondément sentie, mais vaguement exprimée, comme la douleur qui se relient parce qu’on l’observe. Quelquefois un peu d'espérance ou de légèreté s'y montre; mais , dans les refrains les plus vifs, il survient toujours quelque accord triste, quelque changement de mode qui ramène brusque* ment des teintes plus sombres, comme on voit, dans un jour nébuleux, un rayon de soleil paraître un instant pour se dérober aussi Lût,
iU, Moore est a la fois poete et musicien, comme les vieux bardes de sa patrie; mais, au lieu de leur inspiration sauvage, il a toutes les grâces du talent cultivé; ut sou amour pour l'indépendance, agrandi par la philosophie moderne, ne borne point tous ses vœux à la délivrance d'Értn et au retour du vieux drapeau vert fl). II célèbre la liberté comme le droit de tous les hommes, comme le charme de tou Les les contrées du monde. Les paroles anglaises qu'il a composées sur le rh y Lh me des anciens airs de Flchmle, sont remplies de sentiments généreux, bien qu'empreintes le plus sou vent de la couleur et des formes locales. Ces formes , presque toujours mystérieuses, ont d'ailleurs un charme qui leur est propre. Les Irlandais aiment a faire de la pairie un être réel qu'on aime et qui nous aime; ils aiment à lui parler sans prononcer son nom, et à confondre Fauiour qu'ils lui vouent, cet amour austère et périlleux, avec ce qu’il y a de plus doux el de plus fortuné parmi les affections du cœur. Il semble que, sous le voile de ces illusions agréables, ils veuillent déguiser à leur âme la réalité des dangers auxquels s'expose le patriote, et s'entretenir d’idées gracieuses en attendant l’heure du combat; comme ces Spartiates qui se couronnaient de [leurs, sur le poi n t < le pé rir aux T h crm o py les ♦
Nous citerons pour exemple le morceau suivant que l'aù Leur suppose adressé par un paysan à sa maîtresse :
u A travers mille dangers* â travers mille malheurs, ton sourire a égayé ma route. Plus notre destin devenait sombre, plus la flamme de nos cœurs était vive. J’étais esclave, mais dans tes bras mon âme retrouvait l'indépendance; eL je bénissais jusqu'à mes misères, qui me rendaient plus cher à tes yeux,
« J’ai vu ta rivale honorée, quand le mépris était
fî) Ancien étendard des chefs de l’Irlande,
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ton partage; j'ai vu ion front ceint d'épines, quand Por étincelait sur te sien; elle m'offrait une place dans scs temples, quand le creux tics rochers était ton refuge. Mais que je tombe sans vie à les pieds, si je me donne à celle que je n'aime pas, si je le dérobe une seule de mes pensées, h
Un antre morceau d?un ton plus élevé est placé dans la Imuehe d’un de ces vieux portes errants, qui parcouraient l'Irlande en pleurant les destinées de la patrie :
1 1 Oit! ne blâmez pas le barde s’il fuit vers ces réduite secrets, oh le plaisir repose et sourit nonchalamment à la gloire; il était né pour des projets plus nobles; dans des temps moins contraires, son âme eût brûlé d'une flamme plus sainte. La corde, qui maintenant languit sur sa lyre, aurait tendu Tare redoutable et lancé les flèches du guerrier. Sa bouche. qui ne sait plus soupirer que le tourment des vains désirs . aurait versé â larges flots les accents mâles du patriote*..
■r Mais, ô mon pays î ta gloire est perdue; ils sont brisés ces courages qui ne devaient plier jamais. tes fils se cachent et fuient le jour pour gémir librement sur tes ruines; car on les nomme traîtres lorsqu'ils V aiment, et la mort les punit de te défendre. Le mépris est leur partage, à moins qu'ils ne te soient infidèles ; ils sont condamnés à vivre obscurs, s'ils refusent de renier leurs pères; et le flambeau qui les conduit aux honneurs s'allume au bûcher funeste où la patrie git expirante.
<i Quoique ton orgueil soit abattu , quoique ton espoir ait fui comme l'ombre, je t'aime, ù £rms et ton nom vivra dans mes chants; jamais, dans ses heures de joie, mon cœur ne repoussera le souvenir de tes maux. Je veux que f étranger entende retentir [es gémissements dans ses plaines; je veux que le son de la harpe s'élance au delà des flots qui nous entourent; je veux que les maîtres eux-mêmes, dans le moment où ils rivent tes fers, s’arrêtent àla voix de leur cscl ave, et 1 atssen t éch a pper n ne larme* » Souvent M, Moore rétrogradé vers les temps de l'indépendance irlandaise, et chante les héros de la patrie libre h « Qu'Érin se rappelle les anciens jours, ees jours où ses enfants ne la trahissaient pas. — Honneur aux épées du vieux temps, honneur aux hommes qui les portèrent. » Quelquefois, il invoque le souvenir des batailles dont le sort a décidé de la liberté; il peint la marche nocturne du conquérant, et la dernière veille des soldats de la patrie, qui, retranchés sur 1e penchant des collines, fi attendaient le jour pour mourir, u
« ÿ 'oubliez pas les champs où ils sont Lorabés, les derniers, les plus fidèles des braves; ils ne sont plus, et noire espérance a péri sans retour avec eux * i Oh ! si nous pouvions reconquérir sur la mort
ces cœurs qui bondissaient pour la patrie! b ils se relevaient à la face du ciel , pour renouveler ïe combat de F indépendance!
!t Eu un instant serait brisée la chaîne que (a tyrannie nous impose; ni hommes, ni dieux n auraient le pouvoir de la renouer.
W C'en est fait, l'histoire grave sur scs tables le nom tic celui qui nous a vaincus; mais maudite est sa renommée, maudit est son char de triomphe, qui roule sur les tètes des hommes libres*
H On aimera mieux la tombe, on aimera mieux le cachot illustré par un nom patriote , que les trophées de ceux qui marchent â la gloire sur les ruines de la liberté, «
C'est un grand titre à la reconnaissance d'une nation que d'avoir su chanter en vers capables d'être populaires sa liberté présente ou passée - ses droits garantis ou violés, Celui qui ferait pour In France ce que M. Moore a fait pour F Irlande , serait récompensé au delà de scs peines par l'estime du public et par la conscience d’avoir rendu service a la plus sainte de toutes les causes* Dans les temps de l'arbitraire, nous avions des refrains mordants pour arrêter l'injustice par la crainte frivole du ridicule; pourquoi , dans ees temps de liberté douteuse * n'a u rions-nous pas des chants plus nobles pour énoncer nos volontés f et les présenter comme une barrière au pouvoir toujours tenté d'envahir? Pourquoi les prestiges de Fart ne se joindraient-ils pas à la puissance de notre raison et de nos courages? Pourquoi ne nous ferions- nous pas une poésie nouvelle , inspirée par la liberté et consacrée à sa défense , une poésie, non pas classique, mais nationale , qui ne serait pas la vaine imitation des génies qui ne sont plus, mais la peinture vivante des âmes et des pensées d'aujourd'hui ; qui protesterait pour nous 5 se plaindrait avec nous , nous parlerait de la France et de son destin , du destin de nos aïeux et de nos fils ?
îîous avons réussi dans l'élégie amoureuse, craindrions-nous d'entreprendre l'élégie patriotique, non moins touchante, non moins douce que l'autre ? Quelle image plus digue de pitié et d amour , que cette patrie de nos pères, si longtemps le jouet de la fortune, tant de fois vaincue par la tyrannie , tant de fois trahie par ses propres soutiens , aujourd’hui ranimée , mais encore chancelante *, eL réclamant d'une voix débile nos secourset notre dévouement. Quoi de plus poétique que sa longue existence , où se rattache par tant de liens notre existence passagère? Nous qu'on appelle des hommes nouveaux, sachons prouver que nous oe le sommes pas ; sachons nous rallier par des souvenirs populaires aux hommes qui , avant nous, ont voulu ce que nous voulons . aux hommes qui ont compris comme
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nous les libertés de la terre de France, L’esprit dTune indépendance généreuse et paisible nous a précédés de loin sur cette terre ; ne craignons pas de In remuer profondément, pour y retrouver cet esprit : nos roche relies ne seront point vaines , mais elles seront tristes ; car nous rencontrerons plus souvent des supplices que des triomphes. Ne nous y trompons pas , ce n’est point à nous qu’appartiennent les choses brillantes du temps passé ; ce n’est point à nous de chanter la chevalerie : nos héros ont des noms plus obscurs. Nous sommes les hommes des cités, les hommes des communes, les hommes de la glèbe , les fils de ces paysans que des chevaliers massacrèrent près de Meaux , les fils de ces bourgeois qui firent trembler Charles V(i), les fils des révolLés de la Jacquerie.
SUR LA CONQUÊTE BE l’aNGLETERRE PAR LES NORMANDS A propos du roman iVIvanhoe (2).
Le jour oit Guillaume le Bâtard , duc de Normandie , à la faveur d’un vent d’est, entra dans la haie de Mastings avec 700 vaisseaux et 60,000 soldata, pour envahir le pays des Anglo-Saxons, une lutte à mort commença entre ce peuple et la troupe des envahisseurs. Il y allait de la propriété , il y allait de l'indépendance , il y allait de In vie : In contestation devait être longue; elle le fut en effet; mais vainement en chercherait-on le récit fidèle dans les historiens modernes de l’Angleterre, Ces historiens présentent nue fois pour toutes, les Saxons aux prises avec les Normands; ïU détaillent un seul combat; et puis après, ni Normands, ni Saxons, ni vainqueurs, ni vaincus, ne reparaissent plus dans leurs pages. Sans s’inquiéter des démêlés ultérieurs, ni de la destinée diverse des masses d’hommes qui ont combattu pour se disputer le pays, ils passent avec un calme admirable au récit de la vie et de la mort de Guillaume premier du nom, roi d’Angleterre, successeur de Harold, dernier roi des Anglo- Saxons, Ainsi les conséquences de l’invasion semblent se borner, pour la nation vaincue, à un simple changement de dynastie. L’asservissement des indigènes de FAngleterre , leur expropriation en masse , et le partage de leurs biens entre les envahisseurs étrangers , tous ces actes de conquête et non de gouvernement, perdent leur caractère véritable pour
prendre mal a propos une couleur administrative.
Un homme de génie, Walter Scott , vient de présenter une vue réelle de ces événements si défigurés par la phraséologie moderne; et chose singulière, maïs qui ne surprendra point ceux qui ont lu ses précédents ouvrages , c’est dans un roman qu’il a entrepris d’éclairer ce grand point d’histoire , et de présenter vivante et nue celte conquête normande, que les narrateurs philosophes du dernier siècle, plus faux que les chroniqueurs illettrés du moyen âge, ont élégamment ensevelie sous les formules banales de succession M degouv&ïmnemGn£J de mesures d'Efat, de conspirations réprimées f de pouvoir , et de soumission sociale .
Le roman dTvanhoe nous place a la distance de quatre générations après l'invasion des Normands, au temps de Richard , fils de Henri Plante-Genest ou Planta g enet, sixième chefdeptiis le conquérant. À cette époque ou {'historien Hume ne sait nous présenter tpi’ un voie l V Angleterre*, sans nous dire ce que c’est qu’un roi ta ce qu’il entend par l’Angleterre, Walter Scott, entrant profondément dans l’examen ries faits, nous montre des masses d’hommes 5 des intérêts , des existences distinctes , deux peuples, un langage double, des mœurs qui se repoussent et sc combattent; d'un côté la tyrannie et l’insolence , de l’autre la misère et la haine, développements réels du drame de la conquête , dont la bataille de Hastings n’avait etc que le prélude. À cette époque beaucoup de vaincus ont péri, beaucoup ont plié sous le joug, mais plusieurs protestent encore. Le Saxon esclave n’a pas oublié la liberté de ses pères* et trouvé du repos dans son esclavage. Scs maîtres sont encore pour lui des usurpateurs étrangers ; il se rend compte de sa dépendance , et ne la croit point une nécessité sociale; il sait quels ont été ses droits sur Fhéritaÿe qu'il ne possède plus. Le vainqueur, de son côté, ne déguise point encore sa domination sous une vaine et fausse apparence d’aristocratie politique ; il sc dit Normand , et non pas gentilhomme; c’est comme soldat normand qu’il règle, qu’il commande, qu’il dispose de l’existence de ceux qui ont plié sous l’épée de ses ancêtres. Tel est le théâtre réel et vraiment historique où vient se placer la fable dTvanhoe, dont les personnages fictifs servent à rendre plus frappante encore la grande scène politique ou Fauteur les fait figurer,
Cedric de Rotherwood, vieux chef saxon , dont le père fut témoin de l’invasion , homme brave et surtout fier à l’excès, a su conserver son héritage en se faisant craindre des vainqueurs. Cedric, libre et propriétaire , au milieu de sa nation subjuguée et
(G En lorsqu'il était régent du royaume.
R) Censeur Européen dit 20 mai 1830,
DIX ANS D’ÉTUDES HISTORIQUES
sans domaine, s’cst cru sous l’oMigiitiôii d’affranchir scs compatriotes ; il a bercé Ions les jours tle sa vie «lu vain rêve tle l'indépendance. Apres mille projets divers et mille tentatives stériles, son esprit, tas de suivre ce grand essor, s’est rabattu sur un dernier plan et sur une dernière espérance bien faible et bien incertaine. II est !e tuteur d’une jeune personne nommé Rowena , qui descend de la race d’Alfred, et il s’est persuadé que le mariage de sa pupille avec Athelstane de Coningshurgh , dernier rejeton d’Édouard le Confesseur, en confondant aux yeux du peuple saxon le sang de deux de ses anciens chefs, présentera à ce peuple un point de ralliement pour une insurrection décisive. Cette idée , ou toute l'activité de Cédrie s’est en quelque sorte emprisonnée, l’occupe et le travaille sans cesse ; il a déshérité son propre fils Wilfrid , <[ui £ ose traverser ses projets en aimant Rowcna et en parvenant à lui plaire. Wilfrid , plus amoureux que patriote , a déserté , dans son désespoir , la maison de ses aïeux pour le palais du roi normand; il a reçu de Richard Cœur de Lion, des grades, des faveurs, et le titre de chevalier dTvanhoe. Les incidents qui naissent de son retour et du retour de Richard en Angleterre , remplissent le corps du roman. Tout se dénoue favorablement pour Wilfrld dTvanhoe; il s’unit à ïlowena ; le vieux Cedrie voit sans s’indigner la fille d’Alfred suivre Wilfrid à la cour du chef des conquérants. Ce dénomment satisfait le cœur humain; il est triste pour le cœur patriote ; mais l’auteur ne pouvait fausser rhistoîre ; il est trop vrai que les Saxons n’ont point su l’art de briser leur joug.
Ce Cedrie, le dernier représentant de la liberté saxonne, est peint comme un homme d'un caractère bun, mais inflexible dans son aversion contre les usurpateurs étrangers. Iï étale avec faste son vieux nom de Saxon , au milieu de gens dont la lâcheté le renie; iï a le regard hautain et jaloux, signe d’une vie passée à défendre chaque jour des droits chaque jour envahis. Fatigue du présent, il se reporte sans cesse en ‘arrière, au delà de celte funeste journée de Hasfcmgs , qui ouvrit l'Angleterre aux Normands et à l'esclavage. Il déleste la langue des vainqueurs, leurs coutumes, leurs fêtes, leurs armes, lotit ce qui n’étaït pas sur le sol anglais quand le peuple anglais était libre. A côte de lui figurent deux de scs serfs , les fils des serfs tle ses ancêtres ; ces hommes portent te collier d’esclavage où est iuscriL le nom de leur maître ; et cependant ils aiment ce maître, parce qu’il csL environné d’ennemis qui sont aussi leurs ennemis, parce que Hn science étrangère qui pèse sur lui et sur eux , rapproche leur destinée tic la sienne , et confond en quelque sorte dans une même cause deux intérêts autrefois contraires. Des
troupes de proscrits sans asile, obligés d’habiter les bois et de s’y faire brigands pour vivre, nous montrent les débris des ravages de la conquête , nous peignent le sort de ceux que l’interdictiou des armes de chasse, décrétée par un vainqueur soupçonneux, plaçait entre la faim et le crime. Mais la peinture la plus énergique et la plus sombre des fruits de l’envahissement , est celle d’une femme saxonne , qui , après avoir vu sou père et ses sept frères tués eu défendant leur héritage,:) vécu seule pour servir honteusement aux plaisirs du meurtrier de sa famille, Portant dans le lit de son maître une haine implacable et la soif ardente de se venger, elle a usé des séductions de sa beauté pour armer le fils contre le père , et souiller d’un parricide la salle do festin des vainqueurs. Vieillie dans sa servitude nouvelle , elle a perdu par degrés son empire, et le mépris est devenu son partage; mais, au milieu de l'opprobre et des insultés, elle n’a pas oublié la vengeance. Cedrie . prisonnier dans le château du Normand, la rencontre et apprend son histoire.
« Ma vie a été lâche et atroce, lui dît-elle; je veux l’expier en vous servant. » Au moment où une attaque est livrée au château par les amis du Saxon, au moment où les hommes d’armes sont au mur de défense, au moment où le maître du château, blessé dans le combat, est déposé sur son lit, loin des remparts et loin des combattants, la vieille Saxonne accomplit son dernier et terrible projet: elle allume le bois amoncelé sous le bâtiment; puis, courant à la chambre où son ennemi est étendu, privé di force, mais plein de connaissance, elle lui rappelle avec ironie le dernier repas de son père; elle lui fait sentir la vapeur du feu qui couve sous l’apportemeut ; elle insulte a l’impuissance de ses efforts et de ses cris; elle lui donne Tavant-goût de la mort; et , quand l’incendie a éclaté, elle gagne le sommet de la plus haute tour, s’y tient debout, les cheveux épars, souriant à la llammu qui s’élève, et chantant à haute voix un de ces hymnes guerriers que les Saxons, encore païens, faisaient entendre sur les champs de bataille.
Yoiià les personnages qui nous représentent les vaincus. Quant aux vainqueurs , quant aux fils des aventuriers qui suivirent la fortune du bâtard, Reginald Front de Reuf, Philippe de Malvoisin, lingue de Rracy et le prince Jean Plantagencl , nous les figurent. Nous trouvons en eux le conquérant ombrageux ci vain , attribuant l’origine de sa fortune à la supériorité de sa nature ; se croyant d’une espèce meilleure cL d’un sang plus pur; qualifiant sa race du titre de noble ; employant au contraire le nom de saxon comme un nom d’injure; disant qu’il tue un Saxon sans scrupule, et qu’il ennoblit une Saxonne eu disposant d’elle contre son gré;
TUIERttY.
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rien qui ne soit à lui , et les menaçant , s'ils devenaient rebelles, de leur arracher la peau de la tête.
Outre ccs caractères qui dérivent de Tétât politique du pays , l’auteur d'ivanhoe n'a pas manqué d'en introduire d'autres qui dérivent des opinions du siècle. Il peint le templier à l'esprit hardi, plein d’ambition et de projets , méprisant la croix dont il est le soldat, tuant des Sarrasins par spéculation de fortune; el , en regard , le templier fana Li que , esclave passif de sa règle et de sa foi , le prêtre hypocrite et sensuel ; Icjuif humble , souple et patient, entouré de mépris et de périls , obligé de tromper pour se défendre, et d'être fripon adroit , parce que les puissants du monde peuvent l'être à son égard impunément et le front levé. Mais il y a un personnage qui efface tous les autres , et auquel
me du lecteur s’attache par un intérêt irrésistible ; c'est celui de Rébec ca, la fille du juif Isaac d’York. Itébecca est le type de celle grandeur morale qui se développe dans Fâme des faible^ et des opprimés de ce monde , quand ils se sentent meilleurs que leur fortune , meilleurs que les heureux qui les écrasent. Tout ce qu'il y eut jamais de dignité calme dans Fême d'un Caton ou d'un Sidney , se joint en elle à la modestie naïve , à la patience qui ne murmure jamais , à ce pouvoir si touchant de souffrir qui est Fattribut des femmes* Ce caractère, si fort au-dessus de notre nature , y est ramené par Fauteur avec un art si parfait, il s'introduit si naturellement dans les scènes où il se développe, que, quelque idéal qti'il soit, nous sommes entraînés a y croire , et que nous nous sentons grandir en y croyant. Une scène admirable , dont nous essayerions vainement de rendre l’effet , est celle où Rébecca , prisonnière du Lemplïer Briand de Bobguilbert, est visitée par lui dans la tour où il la lient enfermée. Seule , en présence de cet homme , violent dans ses passions , et indomptable ment volontaire, qui lui déclare sans aucun détour qu'elle est sa captive par l’épée et qu'il usera du droit de la force, elle sait lui imposer le respect de sa personne , et faire tomber devant elle, comme une flèche qui a manqué le but , toute la véhémence de ce soldat farouche, qui, dans le combat, renversait des rangs entiers , et qui , dans le commerce de la vie , abaissait les hommes comme le veut abaisse les roseaux.
Il y a , dans ce roman , bien d'autres choses dont nous ne rendons pas compte. On y trouve des scènes de gaieté tellement naïves, tellement vivantes, que, malgré la distance des temps où Fauteur se place, on se les figure sans effort. C'est qu'au milieu du monde qui n'est plus , Walter Scott a soin de placer le monde qui est , et qui sera toujours , c'est-à-dire Fhumanité , dont il connaît tous les se¬
crets. Tout ce qn'il y a de particulier aux temps et aux lieux , l'extérieur des hommes, Faspecl du pays et des habitations , les costumes, les usages, sont décrits avec la vérité la plus exacte ; et pourtant l'érudition immense qui a fourni tant de détails ne se laisse apercevoir nulle part, Walter Scott semble avoir pour le passé cette seconde vue que, dans les temps d’ignorance , certains hommes s'attribuent pour l'avenir, Dire qu'il y a plus de véritable histoire dans ses romans sur FÉcosse et sur F Augletcrre que dans les compilations philosophiquement fausses qui sont encore en possession de ce grand nom , c'est ne rien avancer d'étranger aux yeux de ceux qui ont lu et qui ont compris les Pu vilains f Waveriey , Rob-Roy , V Officier de For tune et la Prison d? Édimbour g *
SUR LA VIE D'aJîNE BOLEïN , FEMME DE HENRI VIII.
A propos de V ouvrage de mUf Benger , Intitulé : Memaïrs °f die life of Anne Boleyn } queen of Henry F£ll (1),
Cet ouvrage est une des pièces du procès que ta morale et la raison doivent intenter au xvi* siècle. Si la mort violente d'Anne Boleyn appartient au seul Henri VIII , les circonstances de ce qu'on appelle l'élévation et la chu le de cette femme appartiennent aux moeurs de l'époque, et surtout à l'esprit des cours, esprit qui, dans la France d'alors, était le même qu'en Angleterre,
Anne fut Fa rrière-pel île-fille de Geoffroî Boleyn, négociant de Londres , que son crédit et sa fortune acquise avaient élevé à la place de premier magistrat municipal de la première ville d'Angleterre, Les enfants de cet homme, abjurant la condition paternelle, dispersèrent ses biens dans des maisons nobles où ils s'allièrent; ils achetèrent des brevets de courtisans , au prix des richesses de leur famille ; et c'est ainsi que la descendante du riche roturier naquit noble et pauvre i\ la fois. Le père et la mère d'Anne Boleyn vivaient comme parasites à la cour du roi Henri Vïll, dont ils étaient fort goûtés tous deux , l'un pour son esprit , l'autre pour ses grâces. À peine Anne fut-elle hors du berceau , à peine eut-elle montré les premiers signes de cette beauté qui la rendit ensuite si célèbre et si malheureuse, que ses parents la destinèrent à la vie qu'ils menaient prétendant que ses sujets saxons ne possèdent eux-mêmes. Il y avait , dans ce temps, à la cour ,
fî) Article in&éré dam le Courrier Français, 1821.
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tics places pour les complaisants et pour les belles de tout âge. Aune fut fille d'honneur à sept ans ; avec ce litre, elle partit pour la France, à la suite de Marie, sœur du roi d’Angleterre , qu’im traité diplomatique unissait de force au vieux Louis XII, dans le moment où elle avait pour un autre homme une passion violente et déclarée. Maïs , de même que les parents d’Anne Boleyn s’inquiétaient peu de voir leur enfant livrée aux hasards d’une éducation étrangère , et privée de leurs caresses et de leurs soins, pour vu qu’elle devînt femme de cour; de même Henri VIII n’hésitait point à faire entrer sa jeune soeur dans le lit d’un vieillard infirme , pourvu qu’elle devînt reine de France.
Anne consuma ses années d’enfance dans de continuelles études de l’art de plaire; elle sut de bonne heure figurer avec grâce dans ces mascarades puériles qui aidaient les puissants du siècle à conduire à leur fin des journées vides et sans emploi; elle apprit à séduire les yeux et à encourager les hommages; elle apprit à écouter les adorations des hommes, ayant Fdge de les comprendre; elle apprit surtout à exciter par scs succès l’envie de ses jeunes compagnes, non pas cette envie d’émulation qui naît du sentiment de ce qui est bien et qui double le désir d’y atteindre, mais cette jalousie haineuse qui s’indigne de voir un autre marcher plus rapidement au but commun; car la beauté même et les grâces personnelles n’étaient estimées que comme des moyens pour acquérir et avancer. Parmi les haines d’envie qu’Ànne Boleyn excita quand elle revint dans son pays, il y en eut de violentes et d’implacables qui la poursuivirent jusqu’à la mort. Elle fut sur le point d’échapper heureusement à la fortune qui 1 attendait, en épousant un jeune lord Pcrcy qui Faîmail et qu’elle aima en retour; mais le père de ce jeune homme, averti par un cardinal que Henri VIII jetait les yeux sur la fiancée, menaça son fils de le déshériter s’il persistait à gêner le roi. Lejeune homme fut contraint de céder; et Anne, quittée par son amant, devint accessible à Henri VI IL II venait la visiter dans la maison de campagne acquise par le travail de son aïeul, lieu de repos où elle s’était retirée pour guérir sou amour blessé. La Lradîlion désigne encore la colline d’ou le son d’un cor de chasse annonçait rapproche du roi, et faisait baisser le pont-levis qui le séparait de la femme qu’il croyait obtenir au prix de quelques empressements passagers. Aune . plus fiére ou plus habile que lui-même ne l’avait pensé, lui répéta le mot d’Élisabeth Grey à Édouard IV : <i Je « suis trop digne pour être votre maîtresse, pas « assez pour être votre épouse. »
Henri VIH s’irrita par l’obstacle; il était marié depuis des années à une femme d’une vertu et d’une
tendresse irréprochables; il sollicita contre elle le divorce, ce remède des unions mal assorti es, que l’église romaine refusait obstinément aux besoins du peuple, mais qu’elle accordait sans peine aux plus légers caprices des grands. L’histoire nous a transmis les détails du procès de la reine Catherine, que la cour de Rome hésitait à sacrifier, cette fois, parce qu’elle était parente de Lbarles-Qutnl ; la plume de Shakspeare a immortalisé la noble résistance de cette femme au despote qui la rejetait comme un meuble usé de sa maison. Henri VIII, à défaut de la voix du pape, acheta celle des universités catholiques : le divorce fut prononcé; et Anne Boleyn, pour prix de sa jeunesse, livrée à un homme plus vieux que son père, reçut le Litre de reine, que, depuis sa première enfance, elle avait appris à envier.
Son père, satisfait jusqu’alors de la faveur dont il jouissait, s’irrita et devint mécontent, parce qu’il n’obtint point un accroissement de fortune proportionné à Félëvalion de sa fille; le chagrin qu’il en ressentit fut tel quil s’éloigna de b cour, laissant celte qu’il devait protéger à b merci des ennemis nombreux que son nouveau rang lui créait. Parmi tous les parents de la nouvelle reine, il n’y eu eut qu’un seul, un de ses frères, qui garda quelque affection pour elle; les autres la détestaient par envie, ou l'accusaient amèrement des mécomptes de leur ambition. Elle-même, dans le premier mois de son prétendu triomphe, se vil humiliée sous son dais de pourpre par un pauvre frère franciscain, qui, dans la chapelle même de Henri VIII, et en sa présence, reprocha à ce prince d’avoir rompu sa foi envers une épouse fidèle. Tous les moines de cet ordre fu* rentbannis de l’Angleterre; mais leur bannissement ne put effacer le remords du cœur du despote, et la rougeur du front de sa compagne. Des gens de rien, qui ne craignaient pas b mort, répétèrent plus d’une fois cet outrage à celle qulïs appelaient usurpatrice, et lui assaisonnèrent d’amertume les mets de la table royale : son âme douce s’aigrit peu à peu; elle conçut une haine lâche et injuste contre celle dont elle occupait la place, contre la pauvre Catherine, retirée au fond d’un cloître, et désabusée des pompes du monde ; elle souhaita la mort de celte femme qu’elle avait aimée autrefois, et qui levait beaucoup aimée. Le jour de cette mort, elle ne put s’empêcher de trahir sa joie et de s’écrier t Enfin je suis reine !
Mais déjà elle ne l’était plus; car elle n’avait déjà plus le coeur de l’homme qui disposait de ce titre : une jeune fille présentée au roi avait effacé à ses yeux toutes les grâces d'Anne Boleyn. Anne surprit son mari en adoration auprès de l'objet de son nouveau culte, elle osa proférer une plainte, et, de ce
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moment, elle fut dévouée à la mort, comme coupable de lèsc-pui ssauce. Aux premiers signes de sa disgrâce, ses ennemis secrets se déclarèrent, et è leur tôle parut le duc de Norfolk, le frère de sa propre mère. Elle fut environnée d’espions; ou cherchait à surprendre ses pensées; on tenait registre de ses soupirs : elle fut accusée d'adultère avec deux hommes dont elle avait aimé la société, et d’inceste avec son propre frère, le seul appui qui lui restât* Chose plus révoltante encore, ce fut la femme de ce frère qui osa porter témoignage contre sa belle-sceur et son mari. L’accusation ne put se soutenir; alors ou se rejeta sur une conversation où Anne avait exprimé des craintes sur la faible santé du roi; ou bûliL sur quelques paroles innocentes l'évidence d’un complot formel contre la majesté sacrée : le frère et les deux autres accusés furent condamnés comme complices, et le tribunal de ^aristocratie anglaise prononça leur sentence de mort. Le jour qu'Anne Boleyn eut la tèLe tranchée dans une salle de la Tour de Londres, Henri VIII, qui était à Richmond, se rendit sur une éminence d’où t! pouvait entendre les décharges d’artillerie et découvrir le drapeau noir quî devaient annoncer aux citoyens que l’exécution était faite. Quelques années après, il eut l’impudence de faire valoir, au nom de la femme qu’il avait assassinée, des droits sur ^héritage de sa famille, sur l'ancienne habitation du négociant Geoffroi Boleyn,
Ainsi sc termine cette histoire de misères, d’infamie et de cruauté ; telle fut le sort de îa femme qui avait aspiré à s’unir è un roi absolu. L’auteur des Mémoires de la vie d’Anne Boleyn ne s’est pas borné îi rë veiller l’intérêt humain qu’offrent ces événements ; elle en a fait sortir de grandes leçons sur la vie des cours, sur l’ambition des femmes, et sur ces positions fausses que le vulgaire appelle grandes ; il ne lui a pas suffi de présenter en foule des détails piquants et des descriptions pleines de vie, d’rmpremdre de la couleur du temps une narration toujours animée ; miss Bonger n'a pas négligé, comme femme, de porter des jugements moraux sur la destinée de la femme de Henri VIII « Ces jugements , sévères et graves* donnent autant de prix ù son livre que le talent d’écrire s’y remarque. Après tant de siècles de mauvaises lois et de mauvaises mœurs , quand la nature humaine* longtemps jetée hors de sa vraie place , cherche péniblement a s'y rasseoir, les femmes ont, aussi bien que nous, des exemples à observer et des méditations à faire. Quand l'ambition des hommes ctaîL d’écraser leurs semblables, rambïtïon des femmes était de partager les plaisirs elles profits du pouvoir ; aujourd'hui l'humanité, mieux connue, ouvre de tout autres chemins. Noire sexe ne se propose plus, comme objet suprême, la
domination et La varice ; l'autre, â son tour, aimera mieux sans doute la fortune des gens de bien que celle des dominateurs du monde ; et quelque chargé de brillants qu’ait été le bandeau des reines , la ^ jeune fille, au dix-neuVième siècle, n’hésitera pas à prononcer que l'épouse d’un Henri VJ 11 n’csl rien auprès de celle d’un Sidney,
sub l'histoire d’ëcosse, et sur le caractère
rïATIONAL DES ÉCOSSAIS (l).
EsUcc par un simple effet du hasard que l’Éeosse a produit le premier écrivain qui ait entrepris de présenter T histoire sous un aspect à la fois réel et poétique? Je ne le crois pas; et selon moi c’est la forte teinte d’originalité répandue sur toute rîiisloîre de son pays, qui, frappant de bonne heure l'imagination de Walter Scott, l’a rendu si ingénieux a saisir ce qu’il y a de caractéristique dans les histoires étrangères. Malgré son immense talent pour décrire toutes les scènes du passé, c’est de ^histoire d’Écosse qu’îl a faïtsortir le plus d'intérêt et d’émotions nouvelles.
Peut-Être penserait- on que c’est l’aspect pittoresque du pays, ses montagnes, ses lacs, ses torrents, qui donnent aux romans historiques dont la scène est en Écosse quelque chose de si attrayant; mais rintérèl profond qu’ils inspirent provient bien moins de cette cause matérielle que du spectacle vivant offert par une série de commotions politiques, toujours sanglantes, sans exciter le dégoût, parce que la passion et la conviction y jouent un bien plus grand rôle que l’intrigue. Il y a des pays en Europe où la nature a un aspect plus grandiose qu'en Ecosse ; mais il iveu est aucun où il y ail eu tant de guerres civiles* avec tant de bonne foi dans la haine, tant de chaleur d'âme dans les affections politiques. Depuis la première entreprise des rois d’Écosseconire Tin dépendance des montagnards , jusqu’aux 1 guerres de religion du seizième et du dix -septième siècle, et aux insurrections jacobites du dix-huitième, c'est toujours le mémo esprit et presque les mêmes caractères qui nous ont paru si pittoresques dans liob-Uoy et dans TJaverley.
Aucune histoire ne mérite à un plus haut degré d'ètre lue avec attention et étudiée à ses sources originales, que celle de ce petit royaume, si tong-
(1) 1654. C'eaL au mois tTavrïl de l'année suivante que parai la première édition de mon Histoire de fa conquête de V Angleterre par fes Normands.
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temps ennemi de F Angleterre et réduit maintenant à Fétat de simple prov tuée de Fempire britannique. Les histoires d'Angleterre les mieux écrites ne suffisent nullement pour cette étude; elles donnent une trop petite parL à F Écosse ; cL , dans le pressentiment de la réunion future des deux portions de la Grande-Bretagne , elles font peser d’avance sur celle du nord quelque chose de la nullité politique ! a laquelle nous la voyons condamnée. D'un autre côté , les histoires d'Ecosse les plus célèbres et les plus détaillées , celle du docteur Robertson, par exemple , ont un autre genre de défaut. Quelque recommandable que soit cet ouvrage , I auteur y néglige trop les temps anciens et paraît faire trop peu de compte des origines nationales. Il passe rapidement sur tout ce qui précède la grande époque de h réforme et des dissensions religieuses ; c'est là seulement qu’il commence a développer son récil, et qu'il s’attache à épuiser les textes originaux. Loin de donner aux autres époques une pareille importance, H les traite avec légèreté et avec une sorte de dédain philosophique, qui ne fait point de gril ce à l'ignorance dp vieux temps, en faveur de ce qu’il a de poétique et même d’instrucLîf. U semble qu'aux yeux de Robertson il u’y ait point d’histoire d Écosse, ni même de nation écossaise avant le, quatorzième siècle; cette nation apparaît dans son livre toute formée, toute constituée, au moment précis où il la juge digne de figurer sur la scène historique. Les faits nombreux et incontestables qui se rapportent â l’origine de la population et aux races dont elle se compose, tous ces faits dont la trace est visiblement empreinte dans son organisation sociale , ces changements de destinée politique, ces partis à des époques postérieures, sont négligés par l’historien. Ne connaissant point la nature primitive du peuple écossais, on comprend mal comment il agit et coinmcnL sa conduite est il 'accord- avec son caractère national; Fou attribue à des causes fortuites , à de purs accidents du hasard, à des influences personnelles, ce qui a des racines profondes dans les instincts moraux et les passions héréditaires des grandes masses d'hommes .
Un fait domine toute F histoire d'Ecosse > c'est la différence primitive de races, non-seulement entre les Écossais et les Anglais, maïs encore entre les deux branches principales de la population écossaise. Quoique les habitants des deux portions de la Grande-Bretagne , séparés par la rivière de Tweed et le golfe de Solvay , aient cessé depuis longtemps de former deux États distincts el hostiles l’un envers l’autre, ils se distinguent encore par des différences de mœurs et de caractère , qui sont le signe d’une origine différente. Au nord de la Tweed, une plus grande promptitude d’esprit, un goût plus vif pour
la musique . la poésie et les travaux intellectuels ? une disposition plus marquée à tous les genres d'enthousiasme, Indiquent une population originairement celtique; tandis que, sur la frontière anglaise, le caractère germanique domine dans les mœurs comme dans le langage,
Les nouvelles recherches p hysï ologiqu es , d 'accord avec un examen plus approfondi des grands événements qui ont changé l’état social des diverses nations, prouvent que la constitution physique et morale des peuples dépend bien plus de leur descendance et de la race primitive a laquelle ils appai- Lien tient , que de Fiufiucnee du climat sous lequel le hasard les a placés. Il est impossible de ne pas reconnaître, dans ce qui subsiste aujourd'hui de l'ancienne population irlandaise, une race d’hommes de même origine que celles qui habitent les pays chauds du midi de l'Europe , quoique son émigration sous le ciel humide et froid de l’Irlande remonte à nue époque incertaine. Il en est de même de la population des montagnes tFÉcosse. Tout ce que les Français méridionaux ont de brusque et de passionné dans leur langage, dans leurs amitiés et dans leurs haines, tout, jusqu’à la danse rapide des paysans de F Auvergne, se retrouve chez les montagnards écossais, Placés dans l’ordre d ancienneté avant toutes les populations qui, en différents temps, sont venues occuper 1rs plaines d’ Écosse* et les peupler par leur mélange , ils portent au plus , haut degré celle empreinte méridionale qui ne se trouve que fort affaiblie chez les Écossais du midi, quoiqu'elle suffise encore a distinguer ceux-ci de leurs voisins du nord de F Angleterre. Enfin, et c'est ce qui donne à Fhistoire d’Écosse une physionomie particulière, la race des montagnes, restée pure de tout mélange avec des races étrangères, a conservé jusqu'à ces derniers temps, contre la population des basses terres, dont le langage diffère du sien , une haine instinctive qui* à toutes les époques, a constitué le pays en étal de guerre intestine.
A ce partage de’ FÉeosse entre deux nations régies nominalement durant une longue suite de siècles par la même autorité royale, mais complètement distinctes pour la langue, les mœurs et la constitution politique, se rattachent la plupart des révolutions qui , dans le cours des temps, ont changé Fétat de ce pays. Toutes, malgré les différences d'époque et de couleur, soit politique, soit religieuse, ne sont que des scènes de la grande lutte des montagnards contre la population des plaines, lutte constante et acharnée, qui se reproduit dans Fhisluire sous les aspects les plus varies, et prête des forces énergiques aux différents partis nés de la simple diversité d'opinions. De Ut résulte un développement remarquable dacLivité politique, de
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grands contrastes de mœurs cl de croyances, une grande variété de caractères originaux, en un mot, tout ce qui constitue Fin ter êt dramatique et pittoresque de l’histoire.
Walter Scott n’a rien ignoré de tout cela ; simple romancier, il a porté sur ^histoire de son pays un coup d’oeil plus ferme et plus pénétra ni que celui des historiens eux-mêmes* II a curieusement étudié, ù chaque période, la composition essentielle de la n a Lion écossaise 5 et c’est ainsi qu'il est parvenu à donner aux scènes historiques où figurent ses personnages quelquefois imaginaires, le plus haut degré de réalité. Jamais il ne présente le tableau d’une révolution politique ou religieuse, sans la rattacher à ce qui la rendait inévitable , à ce qui doit , après die, en produire d’analogues, au mode d’existence du peuple, à sa division en races distinctes, en classes rivales et en factions ennemies.
La plus importante de ces divisions, celle des races, et FhosLilîîé native des Highlanderf tt des Lowîanders, est le fonds sur lequel il a bâti le plus volontiers les aventures fictives de ses héros. En ne cherchant peut-être que des moyens de frapper plus vivement l'imagination par des contrastes de mœurs et de caractères, il est allé aux sources mêmes de la vérité historique, lia mis en évidence le point fixe autour duquel ont roulé, pour ainsi dire, toutes les grandes révolutions accomplies ou tentées en Écosse; car on retrouvées habitants des montagnes opposés aux habitants de la plaine, dans les guerres do dynastie, où un prétendant lutte contre un autre; dans les guerres aristocratiques, où la noblesse combat contre les rois ; dans les guerres religieuses , ou le catholicisme est aux prises arec la réforme; enfin, dans les révoltes vainement essayées pour briser le lien d’union de i’Écosse et de F Angleterre sous un même gouvernement. Cette espece d’unité historique, qui ne se rencontre au même degré clans aucun autre pays, a produit, en grande partie, le vif intérêt qui , pour la première fois, s’est attaché à des récits d’amour encadrés dans des scènes d’histoire nationale*
sur l'histoire be la constitution anglaise,
A propos de Fouvrage de Henry Bal ta m , mliffté ConstUutional htelory of Eriytand (i)t
M. Henry Hall âmes! Fauteur d’un ouvrage intitulé r Europe au moyen âge, dont une traduction
(L Ce morceau, publié êd 1827, dans la îlevue trimestrie fie f se compose do différentes nu tes que j'avais préparées
française a paru, tl y a quelques années. C’est une de ces compositions historiques fort ù la mode en Angleterre, dans lesquelles on essaye de décrire d’une manière abstraite les variations du gouvernement et de la législation d’un pays. Ces sortes d’écrits , séduisants au premier aspect, sont loin de donner réellement l'instruction qu’ils semblent promettre* Ils ont un défaut essentiel, celui de supposer connue Fhistoire civile et même l’histoire politique du paya dont ils traitent , et de présenter ainsi les actes législatifs , isolés des circonstances qui les ont fait naître, et dont le tableau fidèle peut seul fixer leur véritable sens. L’auteur d’une histoire constitutionnelle dirige toute son attention vers Félude des lois et des documents administratifs; et, quant ù la série des faits historiques, d’ordinaire il s’en rapporte au premier narra Leur qui lui tombe sous la main, sans soumettre les faits à une nouvelle critique, sans faire le moindre travail pour pénétrer , d’une manière plus intime , au fond de PéLat social dont les révolutions ont amené les différentes phases de la constitution législative. C’est ainsi que M, Hallam écrivant, il y a dix ans, son Europe au moyen âge, dans la partie de cet ouvrage qui concerne la France, ne s’est guère élevé au-dessus de Yelly et de ses continuateurs, qui lui ont paru donner une idée satisfaisante des mœurs nation a les du peuple français, depuis le sixième siècle jusqu’au seizième. Les mêmes défauts, aussi remarquables dans les chapitres consacrés à l’empire d’ Allemagne , à ['Italie et aux autres États UcFEurope, se fout moins sentir dans ceux qui traitent de l’Angleterre, Dans cette partie de son travail, Fauteur , naturellement mieux informé de Fhistoiredeson propre pays , avait moins besoin d’études spéciales ; aussi doit-on le féliciter d’avoir renoncé a son ancien plan, et de s’ètre borné à continuer, depuis le seizième siècle jusqu’au milieu du dïxhuïtïème, Fhistoire constitutionnelle de FÀuglelerre, La vaste érudition de M. Hallam, comme légiste , fait de son ouvrage le catalogue le plus complet et le mieux raisonné des lois et dea actes du parlement d’Angleterre; mats les molifs réels de ces lois et de ces actes ne se laissent apercevoir que faiblement dans le petit nombre de faits historiques qui viennent se placer au hasard sous la plume de l’écrivain. On voit la constitution du peuple anglais a ses différents âges; mais le peuple n apparaît jamais.
C’est contre l’abstraciïon en fait d’histoire que s’est élevé principalement la nouvelle école , qui vient de commencer en France la régénération des études historiques* Cette école a frappé d'mi coup mortel
pour la conclusion ite mon Histoire de la conquête de l'Jngfeterre par les Normands }çl qui a’onlpuy trouver place.
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la version monarchique de l’histoire de France, Nous croyons qu'elle est destinée à porter d'aussi rudes attaques è la version constitutionnelle de l'histoire d'Angleterre. Déjà des écrivains français ont présenté, sous un jour nouveau, trois des principaux événements de Hiisloire politique de la Grande* Bretagne, la conquête normande, la révolution populaire de 1610, et la révolution aristocratique de 1088(1). Certes , rien dans leurs ouvrages ne peut suppléer au volumineux travail de H. llailam sur la législation anglaise ; maïs les écrits des historiens, rapprochés de celui du légiste , pourraient donner a cette vaste compilation la vie qui lui manque. Cor, nous le répétons , l'entente des faits n'est pas le propre de M. llailam ; et , en général , celte qualité ne domine guère chez les écrivains anglais. Ce qu'il y a de caractéristique dans les différentes périodes de leur histoire nationale, est étouffé par eux sous une enveloppe de for ni ules convenues et de locutions métaphysiques. Le mot de Par tentent* faUpîus de mal a Phis foire d1 Angleterre que la chose ellemême n'a fait de bien au pays. Il a été la source d'une Foule d'anachronismes de l'espèce la pins choquante, de ceux qui transportent d’une époque à l'autre , non les circonstances matérielles, mais les faits moraux et les situations politiques : c’est grâce ù lui que la constitution anglaise prolonge son existence dans les écrits des historiens, depuis l'invasion de Guillaume le Conquérant jusqu'à nos jours* Et quant à cette invasion , l'événement le plus grave de toute l'histoire d’Angleterre , il ne figurait dans les récits modernes que comme un changement de succession faiblement contesté cl promptement accompli , avant que Waller Scott , dans une de ses fantaisies poétiques , se fût avisé de montrer , pour la première fois , à ses compatriotes , ce que c'élaît que la conquête normande.
L’aspect faux sous lequel les historiens de F Angle terre ont envisagé celte conquête ne nuit pas seulement à la vérité tîe leurs récits , dans le court espace de temps qui sépare la bataille de Hastîngs de la dernière insurrection saxonne; mais il frappe d'inexactitude les jugements portés sur la plupart des grands événements postérieurs» En effet . il est impossible qu'un pays, où il y eut réellement pendant plusieurs siècles deux nations distinctes et ennemies l'une de l'autre , quoique les étrangers les confondissent ensemble sous un même nom, n’offre pas, dans scs révolutions politiques, quelque chose dé particulier, quelque chose qui ne se rencontre point dans les États ou la société est une et homo
{!) Histoire de la révolution d'Angleterre, par M. Guizot. — Histoire de ta con Ire-ré voltiUoii en Angleterre sous Charles II et Jacques 11, par M, Armand CarreL
gène. Les mois d'aristocratie, de démocratie, de monarchie même, que nous avons empruntés aux livres des anciens pour les appliquer bien ou mal aux différentes formes qu'affecte l’état social dans notre temps, sont incapables de donner une idée exacte des différents changements survenus dans les institutions du moyen âge. Le plus sûr serait de lèS abandonner tout à fait, quand il est question de mettre en scène des hommes qui employaient de tout autres formules pour exprimer leurs idées, leurs besoins ou leurs passions politiques. Le plus siïr, mais le plus difficile , serait de pénétrer jusqu'aux faits eux-mêmes , et de les décrire tels qu'ils se présentent , sans songer à leur donner une qualification générale et a les faire entrer dans des cadres tracés d’avance»
En appliquant cette méthode à Phistoire d'Angleterre, on la dépouillerait de celte espèce de merveilleux philosophique, qui semble Fen tour er à l'exclusion de toutes les autres histoires modernes. Si, détournant les yeux du présent pour ne point demeurer sous son influence, on se reporte franchement en arrière, si l'on cesse de colorer le passé cFun reflet des opinions contemporaines , on apercevra jusque sous les mêmes noms des choses entièrement différentes, Les mots de Parlement , de Chambre des pairs , de Chambre des communes , perdront le prestige dont les entoure la liberté actuelle du peuple anglais. On verra cette liberté, fruit de la civilisation moderne, sortir, à tme époque récente, d'un ordre de société dont le principe était ce qu’il peut y avoir de plus libéra! , ou la partie puissante de la nation se vantail d'ètre d'origine étrangère et d'avoir usurpé ses héritages , ses titres et sa noblesse à la pointe de l'épée ; où la distinction entre les classes n'était que ! 'express ion de la distance entre le Conquérant et le subjugué , où tous les pouvoirs sociaux étaient entachés de cette origine violente, ou la royauté, appartenant de droit à la liguée du chef delà conquête , n'était point, à proprement parler , une Institution, mais un fait. Du milieu de tout cela s'est élevée l'Angleterre moderne , qui est, presque en tout point, l'opposé de la vieille Angleterre, I /intervalle de temps qui les sépare l'une de l'autre présente bien plutôt la chute graduelle d'un ordre de choses violent, que la formation tente d’une société destinée à servir de modèle aux autres. Pourtant ce dernier point de vue a prévalu : il règne presque seul chez les historiens de la constitution anglaise, non qu’ils paraissent l'avoir préféré à Fautre après un môr examen , maïs parce que tous négligent de poser , en avant de leur histoire constitutionnelle , le grand fait d'une conquête territoriale. La conquête est la source commune de tous les pouvoirs politiques qui ont continué d'exister
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en Angleterre depuis le douzième siècle : il faut que la vue s’arrête sur ce fait primitif, avant de suivre jusqu’à notre temps ses altérations progressives. Nous allons essayer (Vapplîquer eette méthode à rhisloire de la royauté , du Parlement et du système électoral en Angleterre.
Si¬
ne la nature du pouvoir royal.
La population saxonne ayant perdu , par son asservissement, toute existence politique, et le pouvoir de ses anciens rois ayant passé aux mains d’un étranger, le litre de roi changea de sens pour les vaincus, et ne conserva que pour les vainqueurs son ancienne signification (1ÛGG). Pour les premiers, le mot saxon king que les Normands traduisaient par celui de rcy t n 'exprimait plus qu’une autorité violente et illégitime 5 et c’était seulement quand on 1 appliquait aux nouveaux habitants de FAngleterre que ce Litre réveillait ridée de la souveraineté déléguée ou consentie. Cette accumulation bizarre de deux significations entièrement différentes rendit bientôt incertaine Fétendue des prérogatives de la personne qui portait le titre de roi. Le Saxon, tremblant devant un maître, était dispose à une soumission illimitée et à des complaisances serviles, que le fils du Normand , plus fier parce qu’il était plus fort, ne comptait pas au nombre de ses devoirs envers son seigneur. Par une tendance naturelle , les rois inclinaient à croire et à faire croire que le litre qu’ils portaient leur donnait droit à une égale soumission de la pari de tous leurs inférieurs, et ils aspiraient a ranger dans une même condition à leur égard les deux races d’hommes qui habitaient le pays avec tin sort si différent. De la vînt , pour les rois anglo-normands , une tendance à la personnalité et è l'isolement, qui offensa de bonne heure les fils des compagnons du duc Guillaume (1). Ils s’indignèrent de ce que , confondant ensemble les deux parties distinctes de son pouvoir royal , leur chef prétendait les traiter rom me il traitait les Saxons qui peuplaient ses villes et ses bourgs* Leur résistance à eette prétention amena des troubles et des guerres. Les divers événements qui signalèrent eetLe lutte, firent pencher, tantôt vers son côté violent, tantôt vers son côté légal , l'autorité indécise des rots, H y eut a cet égard des fluctuations qui ne s'étaient pas rencontrées au temps de la royauté anglo-saxonne , où tout était simple, parce que ta nation était une (â),
(U Dès Vhsm&s 1074.
(Sj bègues de Guillaume le Houx , de Henri 1^ et détienne, 1087*1154,
Dans les débats que eette singulière situation ru naître . lorsque les hosLilîtés furent suspendues , et que chaque parti exposa ses droits pour les faire avouer parle parti contraire, les Normands invoquèrent contre l'ambition de leur chef les traditions de la royauté anglo-saxonne. Us soutinrent que les anciennes limites du pouvoir royal devaient être rétablies, et recueillirent tout ce que la tradition fournissait pour préciser ces limites. Les jurisconsultes normands rédigèrent , sur des informations verbales, les coutumes qui avaient régi F Angle terre antérieurement à la conquête , et décorèrent leur recueil du nom de Lois du roi Edouard le Confesseur*
Telle fut F origine de cette réclamation des lois d’Edouard, si souvent reproduite en Angleterre au douzième cl au treizième siècle, par les barons anglo-normands contre les rois. L’objet de leurs plaintes cl de leurs insurrections n’était point d’obtenir pour tous les habitants du pays , sans distinction d’origine, des garanties contre une oppression commune. Les chartes, qui résultèrent d’un accord momentané des deux partis, témoignent qu’il n’étaiL réellement question de garantie que pour les seuls possesseurs des lois de terre distribués après la conquête : ceux qui vivent sur un domaine qui ne leur appartient pas en propre restent dans la classe sur laquelle le pouvoir royal est absolu, et ne peuvent sortir de cette classe, à moins d’une émancipa Lion personnelle* En effet , les coutumes qui avaient existé au temps de F indépendance saxonne ne pouvaient revivre qu’au profit de ceux qui se trouvaient, après la conquête, dans Fétat des anciens hommes libres saxons; et la race anglo-saxonne 3 presque tout entière, était déchue de eet état. En perdant ses propriétés territoriales , elle avait perdu le privilège de franchise qui, dans le moyen âge, y était exclusivement attaché : elle était tombée dans cette classe de fermiers et de tributaires que les vieilles lois du pays appelaient keorls , et pour laquelle ces mêmes lois, antérieurement à la conquête , avaient été extrêmement dures. Les Saxons, habitants des villes , se trouvaient dans la condition de servitude qui pesait sur les non 'propriétaires dans les campagnes; car ils n 'étaient regardés que comme simples fermiers de la cité qui était leur domicile commun. Là possession de la plupart des villes, distribuées, au partage delà conquête, comme de grands lots indivis, était le principal attribut de la prérogative royale dans sa portion arbitraire*
La première charte de liberté que les seigneurs anglo-normands forcèrent leur chef à souscrire, fut celle de Henri 1er. Cette charte , dressée moins de quarante ans après la cou quête, semble n’avoir
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pour but que de garantir plus fortement aux fils des vainqueurs leurs droits naturels i l'être exempts de toutes les vexations que subissaient les indigènes* Elle déclare que tous les propriétaires (et alors on ne reconnaissait plus aucun droit de propriété antérieur a la conquête ) hériteront de leurs possessions i n tégralemen t et franchement, c'est-à-dire sa ns payer au roi aucune espèce de redevance. Elle assure en outre à tous les barons et chevaliers, c’csi-a-dïre aux hommes de naissance normande , la liberté de marier leurs filles et leurs parents sans la permission du roi, et de garder ta lui elle de leurs proches parents tant que durera leur minorité , droit qui était refusé aux Saxons, ou dont ils devaient payer le rachat par des taxes plus ou moins fortes. Cet acte, ainsi destiné à distinguer d'une manière plus art ne les deux faces opposées de laprërogatiYeroyaïc, fut solennellement juré , puis ouvertement enfreint, à cause de la tendance des rois vers un ordre de choses ou la conquête n'existerait qu'à leur seul profil , et où la population tout entière serait abaissée au même ni venu. Mais, trente-six ans après lasrguaturc de la charte de Henri Ier, lesbarons réclamèrent du roi Étienne lé serment d'observer cette charte, et en outre ils exigèrent de lui des garanties contre ta prêtent ion qu'avaient les rois d'interdire aux Normands comme aux Saxons te port d’armes dans les forêts. Les nouveaux actes furent signés et déposés dans Féglise de Westminster , près de Londres. Mais ils disparurent bientôt, et le pouvoir royal recommença à confondre ensemble les deux ordres d'hommes qu’il devait distinguer. Une opposition armée et ta guerre civile fui ent les conséquences dé cette nouvelle tentative. Une confédération des descendants des compagnons de Guillaume se forma contre te roi Jean (1214), Ils lui représentèrent la chérie de lien ril°% elle menacèrent, s'il persistait a oublier scs devoirs enverseux, de saisir scschàteaux , ses possessions, ses villes, tout ce qu'il avait hérité des fruits de la grande victoire remportée en commun par leurs ancêtres. La querelle fut sanglante; plus d’une fois le roi promît et viola sa promesse ; enfin une trêve fut conclue, et un Irai té signé da ns la plaine de IUmnîng-Mead, près de Windsor, entre tes deux armées en présence (i 3 juin 1213). Le traite de paix consistait en deux chartes distinctes, l'une appelée charte des libertés communes; l'autre appelée charte des forêts* La dernière ne faisait que reproduire tes dispositions d'une ancienne charte du roi Étienne ; maïs Ta litre, devenue sî célébré dans rtiistoirç d’Angleterre, sous le nom de grande charte t s’énonça d’une manière plus formelle et avec plus de détail que toutes les chartes précédentes.
La charte des liber tés communes établissait l'obli¬
gation stricte où était le roi de ne point lever d’argent sur b classe des propriétaires territoriaux, à moins qu’elle-même n’y èùi consenti par le vote libre de ses chefs eL de ses représentants. Trois cas seulement étaient réservés où le roi, sans vote préalable, pourrait, de sa propre autorité lever une contribution modérée. Dans toute autre occasion. les archevêques, les évêques, les abbés, les comtes et les plus hauts barons devaient être convoqués par lettres adressées individuellement à chacun d’eux, et un certain nombre îles barons de moindre étage et des chevaliers domiciliés dans les provinces, devaient recevoir des officiers royaux un avertissement coJIec* lif pour se réunir à un jour marqué en assemblée délibérante. Cet avertissement devait précéder de quarante jours l’époque de la convocation. Il fut établi qu’aucun homme constitué en dignité ne pourrait être condamné à une amende que par le jugement de ses pairs ; qu’aucun homme libre ne pourrait, en aucune manière, être détruit ou ruiné dans son corps ou dans ses biens que par suite du même jugement ; que, sans jugement , il ue pourrait être banni, emprisonné ou dessaisi de son héritage* Les ga ranties accordées a u x personnes libres s’étendaient jusque sur leurs domaines et sur les instruments agricoles qui servaient à les faire valoir. Les chariots et les attelages qui appartenaient aux manoirs seigneuriaux ne pouvaient être requis pour la réparation des forteresses, des ponts et des routes, dont la dépense ci le Havail retombaient ainsi entièrement sur les fils des Saxons , vassaux de bas étage , fermiers, cotagcrs, bordiers, en un mot sur cette nombreuse classe d'hommes que les Normands désignaîentpar le nom d t vilains* Une seule disposition modérait l'action administrative et judiciaire du roi a leur égard : on excepta de la saisie mobilière qu’ils encouraient fréquemment pour retard dans ïe payement de taxes, ou pour des contestations d'intérêt avec tes baillis de leurs seigneurs, les outils de labour que la charte appelle leur gagnage^ ou, comme nous dirions, leur gagne-pain. Dans ce traité de pacification entre la royauté et le baronnage, it n'est fait aucune mention de la bourgeoisie d'Angleterre, à l'exception de celle de Londres, ville ou un grand nombre de familles normandes avaient établi leur domicile , et dont les habitants , pour cette raison , participaient en quelque sorte au privilège de descendance étrangère* Les bourgeois de Londres, qui prenaient le titre de barons comme les possesseurs de domaines, obtinrent avec eux l'assurance de n ’è t r e j a ma Is t a xés qu e il il c on se n t e me n l il u gra n d conseil national, qu’en langue normande ou française on appelait ïe Parlement. Pour les autres villes et bourgs une pareille concession n’eut point lieu ; on déclara seulement qu'il fallait maintenir