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COUP DtKL Sülï l/niSTOIRE d'eSFAGSE (i)*
C’est l'indépendance qui est ancienne, c'est le despotisme qui est moderne, a dit énergiquement madame de Staël j et dans ce seul mot elle a retracé toute noire histoire, et FhisLoire de toute l'Europe. Il u’y a point lieu de séparer la destinée de FEspagne de celte destinée commune ; sa situation présente ,
{1} Courrier français du 6 novembre 1830.
12] La province des Asturies.
(Sj Citait le nom que la race gothique donnait à la
si nouvelle en apparence , n'est point non plus une nouveauté pour elle.
Plus d’une fois son beau soleil s’est levé sur des générations d'hommes libres, et ce qu'elle fait apparaître aujourd'hui aux yeux de F Europe étonnée n'esl guère que la restauration d'un édifice mal détruit, dont son sol gardait les fondements* Si les choses de ce inonde avaient un cours égal et uniforme, FEspagne eût toujours été* pour la liberté civile, bien loin en avant de la France.
La guerre intestine, suite et développement de la conquête, ne cessa jamais d'agiter la population mêlée de la Gaule ; la population de l'Espagne fut de bonne heure, par un grand désastre commun , réunie en fraternité commune, confondue dans le même intérêt, le même sentiment, la même condition, les mêmes mœurs. En Tannée 7 îâ, les Arabes envahirent tout le pays, hors un petit désert au nord-ouest, entre la mer et les montagnes (2), seule habitation laissée à ceux qui n avouaient point le S<ilroR des conquérants sur la demeure de leurs ancêtres* Resserrés dans ce coin de terre devenu pour eux toute la patrie. Golbs et Romains (3), vainqueurs et vaincus, étrangers et indigènes, maîtres et esclaves, tous unis dans le même malheur , oublièrent leurs vieilles haines, leur vieil éloignement, leurs vieilles distinctions : il rFy eut plus qu'un nom, qu'une loi, qu’un éLat, qu'un langage; tous furent égaux dans cet exil.
Ils descendirent de leurs eûtes escarpées , et reculèrent dans En plaine les limites de leur demeure ; ils bâtirent des forteresses pour assurer leurs progrès , et le nom de pays des châteaux (4) resta encore à deux provinces qui furen L successivement les frontières du territoire reconquis. Ils firent alliance, pour ces expéditions, avec la vieille race des habitants des Pyrénées, race dans tous les temps indépendante > qui n'avait point cédée la fortune des Romains dont elle ne parla jamais la langue, qui n'avait point cédé à la valeur féroce des Frank* dont elle écrasa l’arrière-garde à Roncevaux, qui avait vu le torrent des guerriers fanatiques de FOricnt gronder vainement à ses pieds. Celle union enleva aux Maures, vers le commencement du douzième siècle , les grandes villes de Saragossc et de Tolède; d'autres cités eurent bientôt le même sort. La plus belle partie de Fhlstoire d'Espagne est l'histoire politique de ces villes, successivement reconquises par la vieille population du pays.
L'égalité qui régnait dans les armées patriotiques des Asturies et de Léon ne pouvait périr par la victoire : ce fui ent des hommes pleinement libres qui
race espagnole , comme tes Franks le donnaient aux Gaulois»
(4) Caslïüa.
Qi^ DIX ANS D’ÉTÜD
occupèrent les maisons et les remparts désertés par la fuite de l'ennemi; ce furent des hommes pleinement libres qui devinrent bourgeois et citoyens. Ln propriété urbaine et h propriété rurale n’étaldïmil entre les hommes aucune distinction de rang. Le grade ou la considération personnelle ne passèrent point du possesseur au domaine ; et nul domaine ne put communiquer à celui qui T obtint pour son lot des droits sur les terres ou sur leshommes. Personne ne pouvait prétendre cfim autre que le respect de ses droits légitimes ; personne ne pouvait arracher des mains ePun autre les armes qu’ils avaient portées ensemble. Ainsi Vliomuie du fort et l'homme de la -ville., le châtelain et le paysan, également libres dans leurs possessions diverses, vivaient en voisins et non en ennemis. Çe n’était pas que, dans ces conLrées, les hommes valussent mieux qu’ailleurs; c’est que la tout s’établissait sur un fond d’égalité et de fraternité primitives i tandis que, dans les pays voisins, les révolutions roulaient ou contraire sur la base d’une inégalité absolue, imprimée au sol par les pas de la conquête, et se dégradant peu à peu, sans jamais pouvoir s’effacer.
Toute ville repeuplée de chrétiens devint une commune , c’est-à-dire une association jurée, sous des magistrats librement élus : tout cela naquit sans effort, sans dispute, par le simple effet de l’occupation de la cité. Les citoyens Retirent rien à payer hors la contribution civile ; Üs Reureni aucune obligation, hors celle de maintenir leur société et de défendre son territoire. Ils devaient se rallier, dans les dangers communs , au chef suprême du pays ; chacun se rendait à l'appel , sous la bannière de la commune, et sous des capitaines de son choix. Quiconque possédait un cheval de bataille et I armure d'un combattant a cheval était exempt, pour ce service, de la contribution de guerre; les autres devaient une redevance modique : ainsi la population se divisait , dans le langage, en cavaliers eL en contribuables; celle distinction de fait était la seule distinction, L’influence des mœurs étrangères vînt y ajouter, dans la suiLe, des droits qui Ren dérivaient pas.
Souvent les chefs établis sur de vastes territoires pour le soin de la défense commune, fondèrent aussi des villes, en appelant dans une enceinte protégée par leurs forteresses les chrétiens échappés du pays maure, et ceux qui Ravalent point de domicile as-
(1) Liberi semper et tngenm maneaUs, reddendo mihi et successoribus mvî&, in uuoquoque antio, in die PenLecuaies, de unâquAqiie don», 12 denarios. (Charte citée par Uallam. Europe au moyen âge.)
(S) peftmciü in pace principe , primate» totius regnï unà cum sacerd oUbiis successorem regni concilie commun! constituant. (ConcM. folcl.)